Ce chapitre résume les enseignements tirés des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 dans les quatre domaines couverts par ce rapport, utiles à la fois pour les futurs organisateurs de grands événements, ainsi que pour les politiques publiques plus larges en matière d’emploi, de PME, d’économie sociale et solidaire, de commande publique, d’environnement, de sport et de culture.
L’héritage des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024
5. Enseignements internationaux et recommandations
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Créer des emplois, tirer parti de l’économie sociale et solidaire et générer des opportunités pour les TPE-PME
Copier le lien de Créer des emplois, tirer parti de l’économie sociale et solidaire et générer des opportunités pour les TPE-PMELorsqu’ils sont planifiés de manière stratégique, les grands événements peuvent laisser un héritage durable en matière d’inclusion, de développement des compétences et de croissance des entreprises. Toutefois, des défis communs doivent être surmontés pour permettre aux TPE-PME et à l’économie sociale et solidaire de bénéficier pleinement des opportunités offertes par ces événements, notamment des procédures de passation de marchés complexes, une connaissance limitée des opportunités disponibles et des difficultés à répondre aux exigences de l’événement. Il est également souvent difficile de maximiser les opportunités d’emploi et de formation pour les publics défavorisés et les personnes éloignées du marché du travail. L’expérience de Paris 2024 offre des enseignements suivant pour les organisateurs d’événements et les décideurs en matière d’emploi, de soutien aux PME et de politiques d’achat :
Réunir les partenaires sociaux autour d’engagements ambitieux et mesurables : La Charte sociale et la Charte SOLIDEO pour l’emploi et le développement territorial ont fixé des objectifs quantifiables. Dépassant l’objectif initial de 25%, 37% de la valeur totale des contrats a été attribuée à des TPE-PME et à des entités de l'ESS. De plus, 23,5% du nombre total d'heures travaillées sur les projets de construction liés aux Jeux ont été effectuées par des personnes en insertion, soit plus du double de l’objectif initial de 10%. À l'instar de Paris 2024, les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver des Alpes françaises 2030 ont pris l'engagement de conclure avec les partenaires sociaux une Charte sociale ambitieuse. Au-delà des Jeux, les principes de la Charte sociale s’étendent également à des applications plus larges dans la construction et l’organisation d’événements.
Mettre en place une planification stratégique des ressources humaines. Une anticipation précoce, rendue possible par une cartographie détaillée des besoins en emploi établie six ans avant les Jeux et actualisée régulièrement, a permis de planifier efficacement la main-d’œuvre dans des secteurs clés tels que la construction, le tourisme et l’événementiel.
Pour garantir des impacts durables, cibler la formation et le recrutement sur les secteurs en pénurie chronique de main-d'œuvre. La nature à court terme des Jeux a posé des défis uniques, en particulier pour garantir des résultats durables en matière d’emploi. Pour éviter un élan temporaire sans impact durable, les efforts de recrutement et de formation ont été concentrés sur les secteurs en pénurie chronique de main-d'œuvre, tels que la sécurité et l'hôtellerie, également importants pour le renforcement du secteur français des grands événements à plus long terme.
Renforcer la coordination pour faciliter la mise en relation entre employeurs et demandeurs d’emploi. Les efforts conjoints du COJOP, de la Ville de Paris, de France Travail, de la SOLIDEO et des acteurs régionaux ont permis de rationaliser les processus de formation et de recrutement. Des initiatives telles que la plateforme EMPLOIS 2024, les référents uniques, ainsi que les « Pactes parisiens pour l’emploi », ont facilité la mise en relation entre employeurs et demandeurs d’emploi, notamment dans les secteurs en tension. Après les Jeux, la plateforme EMPLOIS a été élargie pour répondre aux besoins économiques plus larges de l’Île-de-France, afin de maximiser l’héritage des Jeux pour la région et sa main-d’œuvre.
Innover pour permettre aux publics défavorisés d’accéder à la formation et à l’emploi durable, et planifier l’emploi post-Jeux pour garantir des bénéfices à long terme. Des programmes comme « Du Stade vers l’Emploi » et « Paris Tous en Jeux » illustrent une innovation en matière de recrutement et d’accompagnement des publics éloignés du marché du travail, en offrant un soutien renforcé et mieux adapté pour favoriser l’accès à la formation et à l’emploi durable. Les initiatives post-Jeux, telles que « Mon métier après les Jeux », ont facilité les transitions professionnelles et permis un maintien en emploi élevé dans des secteurs clés comme la sécurité.
Renforcer le secteur de l’événementiel pour maximiser les opportunités d’emploi à long terme. Si les grands événements sportifs précédant les Jeux ont contribué à structurer un écosystème événementiel en France, il reste un potentiel de coopération plus étroite et plus systématique entre les différents types d’événements — qu’ils soient sportifs, culturels ou économiques. Des stratégies partagées peuvent favoriser la mise en place de parcours structurés permettant aux travailleurs de passer d’un événement à un autre tout en développant et en consolidant leurs compétences. Ces collaborations sont particulièrement efficaces lorsqu’elles dépassent le cadre des entreprises et prestataires propres à chaque événement pour s’appuyer sur des partenariats sectoriels plus larges.
Les Jeux ont offert une opportunité unique de soutenir le tissu économique local, et notamment les TPE-PME, l’économie circulaire, sociale et solidaire. L’expérience de Paris 2024 offre des enseignements utiles pour les organisateurs d’événements et les décideurs en matière de soutien aux PME et de politiques d’achat :
Faciliter l’accès des PME et des acteurs de l’ESS à la commande publique par l’information et le renforcement des capacités. Les plateformes Entreprises 2024 et ESS 2024 ont joué un rôle central dans le soutien aux TPE-PME ainsi qu’aux acteurs de l’économie circulaire, sociale et solidaire, en facilitant leur accès aux opportunités de marchés publics et leur intégration dans l’écosystème élargi des Jeux.
Renforcer la contribution des TPE-PME indépendantes. À l’avenir, il sera possible d’améliorer l’accès des PME indépendantes aux marchés publics : en s’appuyant sur les outils développés pour Paris 2024, il est possible de renforcer l’intégration des PME indépendantes (par opposition aux PME sous-traitantes ou filiales) dans les grands contrats, leur permettant ainsi de jouer un rôle plus important dans les futurs événements et d’accéder à des marchés publics plus larges.
Envisager d’introduire une part minimale de fournisseurs issus de l’ESS. S’appuyant sur les succès de Paris 2024, cette mesure pourrait s’appliquer à tous les marchés liés aux événements publics en France, dans le respect des règles de concurrence et des aides d’État. À l’international, les futurs grands événements pourraient fixer des objectifs distincts pour les acteurs de l’économie circulaire, sociale et solidaire. Cette approche est cohérente avec les indicateurs OCDE d’évaluation de l’impact des grands événements.
Valoriser les opportunités de marchés offertes par les Jeux au-delà de leur impact économique. Pour de nombreuses petites entreprises, les bénéfices ont dépassé la simple opportunité économique offerte par les Jeux, ils leur ont également fourni une vitrine pour accroître leur notoriété commerciale. En démontrant la viabilité de solutions innovantes dans un événement d’envergure, plusieurs PME ont acquis de l’expérience et de la crédibilité dans l’exécution de contrats pour les Jeux. Les futurs organisateurs pourraient ainsi mettre en avant cette création de notoriété commerciale et cette acquisition d’expérience auprès du secteur privé et du secteur de l’ESS.
Les Jeux ont démontré les impacts d’une ambition environnementale proactive et concertée dans la commande publique
Copier le lien de Les Jeux ont démontré les impacts d’une ambition environnementale proactive et concertée dans la commande publiqueL’empreinte environnementale liée à l’organisation des grands événements nécessite de repenser en profondeur les stratégies de livraison des Jeux. Face à ces défis, l’Agenda 2020+5 du CIO invite les organisateurs à transformer leur modèle. Paris 2024 est le premier à avoir été conçu et livré selon cette stratégie, en plaçant la performance environnementale au cœur de l’organisation et de ses partenariats. L’expérience de Paris 2024 offre des enseignements utiles pour les organisateurs d’événements :
Afficher des ambitions environnementales fortes traduites en actions concrètes dans les stratégies d’achats. En communiquant dès le début sur leurs stratégies responsables et durables des achats, Paris 2024 et la SOLIDEO ont envoyé un message clair et fort au secteur privé sur l’ambition environnementale des Jeux Olympiques de 2024. Déclinée autour de deux piliers – « faire avec moins » et « faire mieux » – cette ambition s’est traduite dans les pratiques quotidiennes d’achat, contribuant ainsi à généraliser la performance environnementale dans l’ensemble des chaînes d’approvisionnement.
Faire de la performance environnementale un facteur décisif dans l’attribution des marchés publics. Identifiée comme un levier prépondérant pour réduire l’empreinte carbone de l’événement, Paris 2024 a tiré profit de la commande publique pour augmenter la performance environnementale des Jeux en intégrant un critère dédié à la dimension environnementale et sociale dans tous les appels d’offres dépassant un million d’euros. La prise en compte des bénéfices environnementaux est ainsi devenue un facteur déterminant dans l’attribution des marchés. Ce critère a bénéficié d’une pondération moyenne d’environ 20 %, atteignant même jusqu’à 30 % dans certains cas, plaçant ainsi les considérations environnementales au cœur des décisions d’achat.
Associer tout l’écosystème à l’atteinte d’objectifs environnementaux ambitieux dans les marchés des Jeux. Grâce à cette approche, Paris 2024 a pu mobiliser l’ensemble des parties prenantes de la commande publique – décideurs, promoteurs et fournisseurs – pour réduire drastiquement l’empreinte carbone des infrastructures, des biens et des services nécessaires à l’organisation des Jeux. Représentant 37 % de l’empreinte carbone totale de l’événement, les stratégies d’achat liées aux infrastructures et aux opérations ont largement contribué à atteindre l’objectif de réduction de moitié des émissions par rapport aux éditions précédentes de Londres et de Rio. De nombreuses initiatives mises en place ont démontré que cette réussite n’a été possible qu’en passant d’une relation traditionnelle de méfiance entre pouvoirs adjudicateurs et fournisseurs à un partenariat de confiance articulé autour d’objectifs communs.
Maximiser l’impact social des Jeux en matière de santé et d’inclusion
Copier le lien de Maximiser l’impact social des Jeux en matière de santé et d’inclusionLes grands événements peuvent contribuer à faire avancer les objectifs de santé et d’inclusion en s’attaquant à la diversité des facteurs et des barrières : manque d’infrastructures sportives de proximité, aménagements urbains peu favorables aux mobilités actives, accessibilité insuffisante pour les personnes en situation de handicap, ou d’autres obstacles socio-économiques freinant l’accès à l’activité physique. Paris 2024 a mis en œuvre un ensemble riche et diversifié d’initiatives, articulées avec les grandes politiques publiques, afin d’en maximiser les effets à long terme. Les futurs organisateurs et les décideurs publics peuvent s’inspirer des enseignements suivants :
Équilibrer l’utilisation des sites existants et temporaires avec des investissements ciblés pour combler les lacunes en matière d’infrastructures sportives. Le Centre aquatique en Seine-Saint-Denis, l’un des deux seuls équipements sportifs permanents construits pour les Jeux, apporte des bénéfices à long terme dans un département où les infrastructures sportives sont insuffisantes et où le taux d’apprentissage de la natation chez les enfants était faible. Au-delà des sites de compétition, les Jeux ont accéléré le développement des infrastructures de transport actif et de loisirs, l’ouverture de sites de baignade publics dans la Seine et la Marne à partir de 2025. À l’échelle nationale, le programme « 5 000 équipements sportifs – Génération 2024 » via l’Agence nationale du sport, qui se poursuit après les Jeux, finance la rénovation et la construction d’équipements sportifs locaux, élargissant l’accès au sport dans les zones sous-desservies.
Améliorer l’accessibilité pour les personnes en situation d’handicap. Paris 2024 a assuré un aménagement inclusif des sites et des logements 100 % accessibles dans le Village des athlètes. Les Jeux ont apporté des améliorations considérables à l’accessibilité des transports publics, avec 240 gares et stations accessibles, des bus et tramways entièrement accessibles et 1 000 taxis adaptés. Le dispositif « Clubs inclusifs », qui continue après les Jeux, renforce la formation des clubs de proximité partout en France pour mieux accueillir les personnes en situation de handicap.
Déployer des programmes d’activité physique en pensant comment les pérenniser à long terme. L’un des objectifs clés de la Stratégie d’impact et d’héritage de Paris 2024 était d’accroître la pratique d’activité physique pour contribuer à la lutte contre la sédentarité. La vision reposait sur le développement des pratiques sportives partout, pour tous et à tous les âges, en mobilisant de nombreuses politiques publiques. Une initiative majeure en matière d’héritage – 30 minutes d’activité physique quotidienne à l’école – a été introduite pour lutter contre la sédentarité des enfants. En 2024, 42 % des écoles élémentaires avaient mis en place cette initiative.
Assurer un financement stable et une approche systémique pour promouvoir l’activité physique. D’une manière plus générale, les recherches de l’OCDE et de l’OMS rappellent que l’activité physique nécessite une approche globale, durable et multisectorielle, soutenue par un financement de long terme. Les futures politiques devraient éviter une dépendance aux financements ponctuels ou aux projets pilotes, en construisant un cadre structurant visant à encourager durablement l’activité physique pour tous les publics.
Olympiade culturelle - promouvoir l'intersection du sport et de la culture
Copier le lien de Olympiade culturelle - promouvoir l'intersection du sport et de la cultureL’intégration de la culture dans les grands événements permet d’élargir les publics, de relier sport, culture et société, et de valoriser le patrimoine du pays hôte. Elle pose toutefois des défis : assurer l’accessibilité, coordonner les acteurs culturels et sportifs, et inscrire la culture dans les stratégies d’impact au-delà d’une vitrine temporaire. Paris 2024 a relevé ces défis à travers une approche innovante, en mobilisant une large diversité de lieux, d’artistes et d’acteurs culturels. Les futurs organisateurs et les décideurs culturels et sportifs peuvent s’inspirer des leçons suivantes :
Valoriser l’intersection entre sport et culture pour élargir les publics et maximiser les retombées sociales. L’Olympiade culturelle, les cérémonies de Paris 2024 et la programmation culturelle de la Ville de Paris et des autres territoires ont démontré le potentiel de l’intégration du sport et de la culture pour diversifier les publics, renforcer l’engagement citoyen et valoriser le patrimoine artistique et culturel. La programmation hors des stades, dans les lieux emblématiques, a permis d’amener les Jeux au cœur des villes et d’attirer de nouveaux publics vers les pratiques culturelles.
Intégrer pleinement la dimension culturelle dans les stratégies d’impact et d’héritage. Si Paris 2024, ainsi que la Ville de Paris et la Ville de Marseille ont engagé des efforts significatifs d’évaluation de l’Olympiade culturelle, les futurs hôtes pourraient aller encore plus loin en intégrant l’Olympiade culturelle dans les stratégies globales d’impact et d’héritage afin de renforcer la cohérence de l’évaluation et les liens avec les autres dimensions des Jeux. L’absence de critères d’évaluation standardisés souligne la nécessité d’indicateurs plus clairs pour mesurer les retombées culturelles. Le CIO, la Fondation Olympique pour la Culture et le Patrimoine et l’OCDE pourraient contribuer en apportant orientations et bonnes pratiques dans ce domaine.