L’édition 2026 du rapport Financement multilatéral du développement passe au crible un système qui se trouve à un moment charnière de son existence. Après des décennies d’expansion, le système multilatéral de développement est aujourd’hui confronté à une conjonction de pressions, notamment à une érosion de la confiance dans le multilatéralisme, un resserrement des budgets d’aide et une surveillance croissante de l’efficience de l’utilisation des ressources. S’appuyant sur les données et les projections de l’OCDE, ce chapitre de synthèse offre une évaluation des tendances récentes concernant les apports financiers au système multilatéral (entrées de fonds) et les financements accordés par ce dernier (sorties de fonds), et met en lumière le fait que malgré un volume record de décaissements, une réduction non coordonnée des financements pourrait avoir des conséquences disproportionnées, en particulier pour les pays à faible revenu et les pays vulnérables. Des recommandations sont formulées sur la manière de mettre à profit le moment présent pour remettre à plat le système de financement multilatéral du développement afin de l’articuler autour de principes plus clairs et d’une action coordonnée.
Financement multilatéral du développement 2026 (version abrégée)
1. Vue d’ensemble
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1.1. Le système multilatéral de développement, conçu pour opérer à grande échelle et favoriser la complémentarité, est confronté à de multiples pressions
Copier le lien de 1.1. Le système multilatéral de développement, conçu pour opérer à grande échelle et favoriser la complémentarité, est confronté à de multiples pressions1.1.1. La coopération multilatérale pour le développement prend en compte un large éventail de besoins, de risques et de contextes de financement
Le système multilatéral de développement a connu un essor régulier depuis sa création au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Au fil des décennies, les pays ont mis en place de nouvelles institutions multilatérales pour relever les défis naissants en matière de développement : les mandats se sont ainsi multipliés et la complexité institutionnelle s’est accentuée. Ce processus progressif a donné lieu à une architecture diversifiée mais complexe. Rien qu’au cours des deux dernières décennies, le nombre d’organisations multilatérales de développement a presque doublé, atteignant plus de 200 entités en 2020 (OCDE, 2024[1]).
Aujourd’hui, le système multilatéral de développement constitue un pilier essentiel de l’architecture de la coopération pour le développement. Les organisations multilatérales de développement reçoivent et acheminent une part croissante des financements fournis par les membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE au titre de la coopération pour le développement : en 2024, 41 % de l’aide publique au développement (APD) des membres du CAD a été acheminée vers ou par l’intermédiaire du système multilatéral de développement, contre 37 % en 2010. Ainsi, les donneurs bilatéraux s’appuient de plus en plus sur des mécanismes multilatéraux pour concourir à la réalisation du programme d’action mondial à l’appui du développement.
Outre cette importance grandissante en tant que canal d’acheminement de l’APD, le système apporte également une valeur ajoutée qu’aucun donneur ne peut offrir seul, à savoir : une portée mondiale (y compris dans les contextes très fragiles ou touchés par un conflit), l’aptitude à produire des résultats à grande échelle (grâce à la mise en commun des ressources et à la mobilisation de capitaux) et des compétences spécialisées (dans divers domaines allant de l’action humanitaire au financement des infrastructures, en passant par les biens publics mondiaux).
Cette valeur ajoutée unique lui permet de fonctionner en prenant en compte un large éventail de besoins, de risques et de contextes de financement. Collectivement, les organisations multilatérales de développement apportent un appui à des pays qui se trouvent à des stades de développement différents, qu’il s’agisse de la fourniture de services essentiels et de l’assistance humanitaire dans les contextes à haut risque ou du financement d’investissements publics de grande ampleur, ou encore de la mobilisation de capitaux privés lorsque les conditions le permettent. Comprendre comment ces rôles s’articulent est essentiel pour déterminer si l’architecture du système reste cohérente et adaptée à son objectif, en particulier dans un contexte de demandes croissantes et de ressources en contraction (Graphique 1.1).
À l’une des extrémités du spectre de financement, là où les interventions ne sont pas rentables pour l’investissement privé, le système des Nations Unies pour le développement joue un rôle fondamental dans la mise en place de l’écosystème qui sous-tend le développement. Les activités relevant de ce système sont largement concentrées dans les secteurs sociaux et de l’assistance humanitaire. Elles sont rarement rentables et se déroulent souvent dans des contextes très fragiles ou touchés par une crise, mais sont indispensables pour protéger des vies et assurer la continuité de la fourniture des services de base. Au-delà de la mise en œuvre de projets, les activités du système des Nations Unies pour le développement contribuent à l’instauration d’un environnement favorable (normes, capacités institutionnelles et capital humain notamment), sans lequel ni l’investissement public ni l’investissement privé ne sont soutenables.
Les fonds verticaux interviennent généralement dans un autre segment du spectre, sur des opérations associées à des risques élevés et focalisées sur les biens publics mondiaux et sur les défaillances du marché qui réclament une action collective. Leur large présence dans des secteurs comme la santé, le climat et la biodiversité est le reflet de mandats qui visent à expérimenter de nouvelles approches, absorber les risques qui se manifestent à un stade précoce et démontrer la viabilité d’une activité lorsque les incitations à l’investissement privé sont faibles. Certains fonds verticaux sont également actifs dans des domaines liés aux infrastructures, généralement en rapport avec les investissements verts.
Les guichets concessionnels des banques multilatérales de développement (BMD) occupent une place centrale dans le spectre du financement en ceci qu’elles rendent possible des investissements risqués. Ces guichets interviennent à la fois dans les secteurs sociaux et dans celui des infrastructures, reflet de leur double mandat consistant à favoriser les investissements publics essentiels tout en facilitant le déploiement de financements à grande échelle dans les pays à faible revenu et les pays vulnérables. De cette façon, ils comblent l’écart entre les interventions qui reposent sur des dons et les formes de financement qui sont davantage orientées vers le marché.
À l’autre extrémité du spectre, les branches des BMD dédiées aux financements non concessionnels et au secteur privé s’attachent principalement à accroître les investissements productifs et en faveur des infrastructures. Ces institutions jouent un rôle essentiel en convertissant les efforts de réduction des risques en investissements durables. Toutefois, leur efficacité dépend du fonctionnement des parties situées en amont de la chaîne de financement, qui préparent les pays et les projets en vue d’un financement par le marché.
Graphique 1.1. Les organisations multilatérales ont vocation à jouer des rôles complémentaires, en apportant des financements à l’appui du développement dans différents contextes
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Maintenir une répartition cohérente des tâches au sein du système multilatéral de développement, sur fond de réductions budgétaires et d’érosion de la confiance, exige une attention volontariste à la fois des institutions multilatérales et de ceux qui les financent. Avec le temps, il arrive que certaines organisations multilatérales de développement étendent leur champ d’activité au-delà des domaines où elles possèdent un avantage comparatif pour faire face à l’évolution des priorités des donneurs ou à des pressions financières concurrentielles. Si une telle adaptation peut se justifier dans certaines circonstances, elle peut aussi, à terme, brouiller les frontières de la répartition logique des rôles au sein du système. Le paysage du financement présenté ci-dessus dans tout son spectre, bien que simplifié et non exhaustif, fournit une boussole générale pour assurer la bonne gestion du système en précisant les domaines dans lesquels chaque type d’institution apporte la plus grande valeur ajoutée.
Si le système multilatéral de développement a connu un essor régulier et s’est vu confier de nouveaux mandats au fil du temps, les conditions qui ont permis cet essor sont en train d’évoluer. L’architecture multilatérale du développement, qui a été progressivement mise en place à une époque d’optimisme relatif à l’égard du multilatéralisme, s’inscrit désormais dans un contexte de contestation accrue quant à son rôle, sa légitimité et son efficacité, avec en toile de fond la réduction des budgets de coopération pour le développement de plusieurs donneurs de premier plan. Par conséquent, le système entre dans une ère d’austérité et les financements devraient connaître une contraction comprise entre 23 % et 30 % entre 2023 et 2027. Cette dynamique, examinée plus en détail au chapitre 2, met au jour des défis structurels existant de longue date et oblige à réévaluer l’architecture, la structure de financement et le rôle stratégique du système.
1.1.2. En raison des pressions qu’il subit sur de multiples fronts, le système multilatéral de développement doit s’adapter pour survivre
Le système multilatéral de développement doit s’adapter pour maintenir sa pertinence. Pendant des années, les préoccupations quant à la multiplication du nombre d’institutions, la qualité des financements et leur fragmentation ont orienté les débats sur l’efficacité de la coopération multilatérale pour le développement. Cependant, face à l’accentuation des pressions, il convient désormais de passer du débat à l’action. Trois facteurs interdépendants, décrits ci-après, redéfinissent les incitations et les modèles de financement : i) la fragmentation géopolitique et l’érosion de la confiance dans le multilatéralisme, ii) le resserrement et la volatilité accrue des budgets d’aide, et iii) la surveillance croissante de l’efficience des organisations multilatérales.
L’essor d’un ordre géopolitique plus fragmenté pourrait marquer la fin de l’âge d’or du multilatéralisme
La fragmentation géopolitique fragilise les fondements de la coopération multilatérale, laquelle repose sur le consensus, et redéfinit les incitations des donneurs. À mesure que la confiance entre les principales parties prenantes s’érode, les décisions de financement sont de plus en plus influencées par des considérations stratégiques nationales plutôt que par des évaluations de l’efficacité collective ou des besoins mondiaux.
À l’origine, le système multilatéral de développement a été conçu pour fonctionner comme un investissement collectif, reposant sur des financements prévisibles et flexibles qui permettaient la mise en commun des ressources ainsi que des économies d’échelle, comme l’illustre le quadrant vert dans le Graphique 1.2. Avec le temps toutefois, le comportement des acteurs multilatéraux a évolué : les donneurs ont progressivement privilégié des formes d’intervention plus discrétionnaires en utilisant des ressources préaffectées pour avoir un plus grand contrôle et une visibilité accrue sur l’utilisation de leurs contributions, tandis que les organisations multilatérales de développement ont été incitées à élargir leur mandat et à accroître leurs ressources.
Le contexte actuel de fragmentation géopolitique et de confiance déclinante dans le multilatéralisme accélère ces tendances ; il incite à adopter des approches unilatérales et fragilise les assises politiques sur lesquelles repose l’action collective. Dans ce contexte, les incitations des donneurs mais aussi des organisations multilatérales de développement s’apparentent de plus en plus à un « dilemme du prisonnier », dans lequel des décisions individuelles rationnelles peuvent produire des résultats sous-optimaux au niveau collectif. Ainsi, certains donneurs ont commencé à réduire ou à rééquilibrer leurs engagements multilatéraux et en conséquence, les organisations multilatérales de développement risquent de devoir davantage entrer en concurrence pour l’obtention de ressources préaffectées qui leur permettront de compenser les contributions en baisse, ce qui aura pour effet de renforcer les comportements susceptibles de saper l’efficacité du système multilatéral. Ces tendances tendent à indiquer que le système ne fonctionne plus selon un équilibre coopératif. Il se rapproche au contraire de plus en plus des configurations intermédiaires et instables décrites dans les quadrants orange.
Si cette dynamique de non-coopération perdure, les fondements du système multilatéral de développement pourraient s’affaiblir et son efficacité pourrait diminuer. Si on laisse le système dériver vers un équilibre peu coopératif (quadrant rouge), dans lequel les mesures d’austérité de certaines parties prenantes multilatérales amènent la plupart de leurs homologues à réduire également leurs activités, les fondements du système pourraient s’en trouver affaiblis et l’efficacité globale pourrait être réduite. Pour éviter une telle trajectoire, il faut faire des choix délibérés qui renforcent les incitations collectives au lieu d’accentuer la dynamique de concurrence.
Graphique 1.2. Les incitations des donneurs s’apparentent de plus en plus à un « dilemme du prisonnier »
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Au cours des dernières années, cette dynamique géopolitique a déjà commencé à remodeler le paysage de la coopération multilatérale pour le développement. Alors qu’il est de plus en plus difficile de dégager un consensus à large assise, les donneurs et les organisations multilatérales de développement se tournent de plus en plus vers des formes d’engagement plus ciblées, fondées sur des coalitions, pour promouvoir des priorités spécifiques. La multiplication du nombre de fonds verticaux et d’autres mécanismes poursuivant des objectifs spécifiques depuis les années 2000 témoigne en partie de cette tendance. En ce sens, le multilatéralisme à « géométrie variable » invoqué par certains dirigeants politiques (Gouvernement du Canada, 2026[2]) traduit l’intensification d’une tendance de long terme, qui s’accélère désormais sous l’effet d’un multilatéralisme de plus en plus contesté et de priorités des donneurs de plus en plus divergentes. Le recours croissant à ce type de « coalitions de volontaires » soulève des questions sur la finalité de ces dispositifs, à savoir s’ils serviront in fine de tremplins pour le système multilatéral ou au contraire de pierres d’achoppement, autrement dit s’ils permettront d’avancer de manière plus affirmée en facilitant les progrès là où le consensus est difficile à obtenir ou s’ils fragmenteront encore davantage le système en détournant l’attention et les ressources des cadres universels.
La crise mondiale de l’aide menace de saper les fondements financiers de la coopération multilatérale pour le développement
Le paysage de la coopération pour le développement entre dans une ère de fortes tensions financières, après l’annonce par des fournisseurs d’APD de premier plan de réductions substantielles de leurs budgets d’aide en 2025. Au moins 11 membres du CAD de l’OCDE réduisent leurs budgets d’APD, en rupture avec la tendance expansionniste qui caractérisait le système multilatéral de développement durant les décennies antérieures. Ce groupe comprend plusieurs des plus grands contributeurs au système multilatéral de développement, comme les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France. Comme le montre le Graphique 1.3, ces membres représentent une part importante du financement des principales organisations multilatérales de développement, ce qui tend à indiquer que les répercussions des réductions annoncées seront probablement vastes à la fois en termes de volume et du nombre d’entités affectées. En outre, comme souligné dans la section 1.2.1 ci-après, il s’agira probablement d’une contraction durable et non d’un ajustement de courte durée.
Graphique 1.3. Les 11 membres du CAD qui ont annoncé des réductions de leurs budgets d’aide représentent une part importante du financement total des principales organisations multilatérales de développement
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Note : Gavi = L’Alliance du vaccin ; FVC = Fonds vert pour le climat ; FEM = Fonds pour l’environnement mondial ; IDA = Association internationale de développement ; OIM = Organisation internationale pour les migrations ; PNUD = Programme des Nations Unies pour le développement ; HCR = Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ; UNICEF = Fonds des Nations Unies pour l’enfance ; PAM = Programme alimentaire mondial.
Source : Les calculs effectués pour la partie A se fondent sur un ensemble de données relatives aux contributions apportées par les donneurs au système des Nations Unies pour le développement en 2024, fourni directement aux auteurs par le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DESA ONU). Sont exclues de l’analyse les contributions locales (c’est-à-dire les financements fournis par un gouvernement en faveur d’activités des Nations Unies mises en œuvre dans son propre pays). Les calculs effectués pour la partie B se fondent sur les derniers cycles de reconstitution des ressources des fonds multilatéraux pour lesquels des données complètes sur les contributions versées sont disponibles : IDA20 (IDA, 2022[3]), Fonds mondial-7 (Le Fonds mondial, 2022[4]), deuxième reconstitution officielle du FVC (Fonds vert pour le climat, 2023[5]), Gavi 2021-2025 (Gavi, l'Alliance du Vaccin, 2026[6]) et FEM-8 (Global Environmental Fund, 2022[7]). Tous les fournisseurs ayant annoncé des réductions de leur APD pour 2025-2027 ne contribuent pas à tous les fonds multilatéraux analysés.
Si les organismes d’aide bilatérale semblent avoir été les premiers à faire les frais des réductions des budgets d’aide, le système multilatéral de développement est loin d’être à l’abri de la crise de l’aide. La réduction des budgets d’aide bilatérale et des effectifs des organismes de coopération pour le développement ainsi que la fusion des portefeuilles d’aide dans ceux des ministères des Affaires étrangères ont fait la une de l’actualité. Toutefois, des signes de tension apparaissent également dans les différentes organisations multilatérales de développement, à l’heure où les financements deviennent plus fluctuants et incertains, et une réduction durable des financements alloués au système multilatéral de développement est à prévoir dans les années à venir.
La mesure dans laquelle ces tensions se traduiront par une baisse des financements multilatéraux dépendra de la manière dont les donneurs répartiront les réductions entre les canaux bilatéraux et multilatéraux. Les réductions peuvent être répercutées symétriquement dans les deux canaux, toucher de manière disproportionnée les contributions multilatérales, ou être en partie compensées si les donneurs acheminent une part plus importante de leurs budgets d’aide limités par l’intermédiaire des mécanismes multilatéraux.
Les réformes en cours du système multilatéral sont largement guidées par des impératifs d’efficience
Les contraintes politiques et financières qui sous-tendent les réformes risquent de reléguer au second plan les objectifs d’efficacité du système. Alors que les budgets se resserrent et que les demandes de redevabilité se multiplient, les programmes de réforme en cours sont souvent structurés autour de la nécessité de démontrer l’efficience de l’utilisation des ressources, d’optimiser l’effet de levier et de maîtriser les coûts. La vague actuelle de réformes du système multilatéral illustre ces tensions, comme le montrent notamment les initiatives, impulsées par les actionnaires des BMD et soutenues par le G7 et le G20, visant à accroître la capacité de prêt de ces institutions par l’optimisation de leurs bilans (U.S. Department of the Treasury, 2024[8] ; G20, 2024[9]), ainsi que les réformes en cours au sein du système des Nations Unies destinées à améliorer sa viabilité financière et son efficience. Si ces objectifs répondent à des contraintes légitimes, ils peuvent restreindre le prisme de la réforme en mettant l’accent uniquement sur les indicateurs financiers et les gains d’efficience à court terme, et potentiellement écarter des objectifs plus ambitieux et plus difficiles à atteindre en matière d’efficacité, de coordination et d’impact sur le développement à long terme.
Au sein des BMD, les initiatives de réforme sont de plus en plus axées sur l’optimisation des bilans et l’augmentation des capacités de prêt. Si certains débats mettent l’accent sur la nécessité d’accroître les financements en faveur des biens publics mondiaux, en particulier l’action climatique (Bridgetown Initiative, 2022[10]), les réformes actuelles des BMD se focalisent de plus en plus sur l’innovation financière visant à optimiser l’utilisation des ressources existantes. Cette réorientation est en partie le reflet d’un effort d’adaptation aux évolutions politiques nationales dans les principaux pays actionnaires comme les États-Unis.
La réforme du système des Nations Unies pour le développement se déroule dans un contexte de manque criant de liquidités, qui en détermine à la fois le rythme et la substance. Les arriérés persistants et les contributions en baisse des États membres ont contraint les Nations Unies à adopter des mesures de compression des coûts, notamment des réductions du budget-programme et des ajustements du personnel (Nations Unies, 2025[11]) (Graphique 1.4). Si ces mesures sont parfois inévitables sur le court terme, il est essentiel de veiller à ce que l’assainissement budgétaire ne se fasse pas au détriment des réformes stratégiques, en particulier à l’heure où les demandes à l’égard du système des Nations Unies pour le développement (et notamment de ses organismes humanitaires) ne cessent de se multiplier.
Graphique 1.4. Le budget-programme des Nations Unies pour 2026 témoigne des efforts déployés par l’institution pour maîtriser ses coûts
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Note : Le budget-programme des Nations Unies sert principalement à financer les dépenses de fonctionnement, de personnel et de programme des principaux organes des Nations Unies (Assemblée générale, Conseil de sécurité, Conseil économique et social, Secrétariat et Cour internationale de Justice).
Source : Calculs des auteurs d’après Nations Unies (2024[12]), Résolutions adoptées par l’Assemblée générale le 24 décembre 2024, https://digitallibrary.un.org/record/4071044?ln=en&v=pdf, et Nations Unies (2025[13]), Résolutions adoptées par l’Assemblée générale le 30 décembre 2025, https://docs.un.org/en/A/RES/80/244%20A-C.
Bien que motivée en grande partie par des impératifs politiques et financiers, l’actuelle vague de réformes ouvre des possibilités pour s’attaquer à certaines faiblesses structurelles du système. Alors que les pressions financières contraignent à hiérarchiser plus clairement les priorités, une plus grande attention peut désormais être portée aux préoccupations persistantes quant au chevauchement des mandats, à la multiplication du nombre d’institutions et à un certain manque de transparence concernant les résultats à l’échelle du système. Les chevauchements de portefeuilles, en particulier dans des domaines comme la santé, soulignent l’importance de différencier plus clairement les rôles et d’établir des mécanismes de coordination plus solides (Sands, 2025[14]). Si elles sont appréhendées dans un esprit stratégique, les réformes en cours pourraient donc renforcer la cohérence systémique au lieu de s’en tenir à réduire les coûts. Mettre à profit et étendre les analyses déjà menées par l’OCDE sur les similitudes de portefeuille pourrait contribuer à la réalisation de cet objectif en cernant plus précisément la répartition des tâches, les chevauchements et les synergies potentielles entre les portefeuilles des différentes organisations multilatérales de développement (OCDE, 2022[15]).
Les trois sources de tension décrites dans cette section mettent en évidence un système multilatéral de développement qui apporte une valeur ajoutée collective importante, mais repose sur des fondations de plus en plus fragiles. De par son aptitude à mutualiser des ressources, à mobiliser des capitaux et à s’adapter à un large éventail de contextes, le système a été en mesure d’obtenir des résultats que la somme de ses donneurs ne pouvait pas produire. Or, cette valeur ajoutée collective dépend fondamentalement de la confiance qui est placée dans l’action collective et des choix de financement qui renforcent la cohérence à l’échelle du système.
1.2. Après des années d’expansion, les financements destinés au système multilatéral de développement ont atteint un tournant
Copier le lien de 1.2. Après des années d’expansion, les financements destinés au système multilatéral de développement ont atteint un tournant1.2.1. La trajectoire à la hausse des contributions des donneurs destinées aux organisations multilatérales s’est inversée et des problèmes structurels sont désormais visibles
Après plusieurs années de hausse constante, la trajectoire des financements destinés au système multilatéral de développement s’est inversée en 2024, marquant un tournant. Les contributions des pays du CAD au budget central des organisations multilatérales de développement ainsi que leurs contributions préaffectées destinées à ces organisations n’ont cessé d’augmenter jusqu’en 2023 pour atteindre un pic de 107.6 milliards USD, avant de retomber à 91.3 milliards USD en 2024. Ce dernier chiffre représente une baisse de plus de 15 % en termes réels (Graphique 1.5).
Graphique 1.5. Les contributions au budget central d’organisations multilatérales et les contributions préaffectées destinées à ces organisations ont diminué de 15 % en 2024
Copier le lien de Graphique 1.5. Les contributions au budget central d’organisations multilatérales et les contributions préaffectées destinées à ces organisations ont diminué de 15 % en 2024
Note : Calculs basés sur les versements, aux prix constants de 2023. UE = Union européenne ; FMI = Fonds monétaire international ; GBM = Groupe de la Banque mondiale.
Source : Calculs des auteurs d’après OCDE (OCDE, 2026[16]), « Utilisation du système multilatéral par les fournisseurs » (ensemble de données). Téléchargé le 22 février 2026, http://data-explorer.oecd.org/s/1td.
À la différence des épisodes précédents de fluctuation, la baisse enregistrée en 2024 est la manifestation de pressions structurelles plus profondes pesant sur les budgets d’aide. Les épisodes précédents, tels que la diminution des contributions au budget central d’organisations multilatérales en 2022, s’inscrivaient sur fond de tendance générale à la hausse et reflétaient en partie les corrections apportées à la suite d’augmentations exceptionnelles liées à la pandémie de COVID-19 et à la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine. À l’inverse, la régression actuelle coïncide avec les réductions pluriannuelles de l’APD annoncées par plusieurs donneurs de premier plan, ce qui tend à indiquer que la contraction des contributions aux organisations multilatérales reflète une inversion à moyen terme de la tendance et non un ajustement temporaire.
En raison de sa forte dépendance à l’égard d’une poignée de donneurs du CAD, le système est particulièrement exposé aux réductions budgétaires
La concentration des financements multilatéraux entre les mains d’un petit nombre de donneurs du CAD accroît l’exposition du système aux réductions annoncées. Comme indiqué plus haut, une grande partie des contributions des membres du CAD au système multilatéral de développement provient de donneurs qui ont annoncé des réductions de leurs budgets d’aide. Onze membres du CAD, qui représentent collectivement 63 % des contributions totales du CAD au système multilatéral en 2024, ont annoncé des réductions de leurs budgets d’APD en 2024 (Graphique 1.3 et Graphique 1.6), et la plupart prévoient de nouvelles baisses jusqu’à la fin de 2027 (OCDE, 2025[17]). Ces baisses simultanées et substantielles opérées par un tiers des membres du CAD sont sans précédent dans les dernières décennies et ont des répercussions importantes sur le système.
Graphique 1.6. Les 11 membres du CAD qui ont annoncé publiquement des réductions de leur APD en 2025-2027 représentaient environ deux tiers des contributions totales du CAD au système multilatéral en 2024
Copier le lien de Graphique 1.6. Les 11 membres du CAD qui ont annoncé publiquement des réductions de leur APD en 2025-2027 représentaient environ deux tiers des contributions totales du CAD au système multilatéral en 2024Part des contributions totales des membres du CAD, 2024
Note : Calculs basés sur les versements, aux prix constants de 2023.
Source : Calculs des auteurs d’après OCDE (OCDE, 2026[16]), « Utilisation du système multilatéral par les fournisseurs » (ensemble de données). Téléchargé le 22 février 2026, http://data-explorer.oecd.org/s/1td
Les projections donnent à penser que les contributions aux organisations multilatérales pourraient encore diminuer si les réductions annoncées de l’aide sont mises en œuvre comme prévu. D’après des données d’enquête sur les variations attendues des budgets d’APD des membres du CAD (OCDE, 2025[17]), les apports totaux de financement destinés au système multilatéral de développement pourraient connaître un recul compris entre 23 % et 30 % environ entre 2023 et 2027 (Graphique 1.7), ce qui confirmerait la présence d’une contraction durable plutôt que d’un ajustement de courte durée.
Graphique 1.7. Les contributions au système multilatéral de développement devraient continuer de diminuer
Copier le lien de Graphique 1.7. Les contributions au système multilatéral de développement devraient continuer de diminuerContributions totales des membres du CAD au système multilatéral, 2010-2024 et projections
Note : Calculs basés sur les versements, aux prix constants de 2023. Les projections sont établies en appliquant la variation en pourcentage de l’APD de chaque donneur, telle qu’estimée dans (OCDE, 2025[17]), à leurs contributions multilatérales respectives.
Source : Calculs des auteurs d’après OCDE (OCDE, 2026[16]), « Utilisation du système multilatéral par les fournisseurs » (ensemble de données). Téléchargé le 22 février 2026, http://data-explorer.oecd.org/s/1td, et OCDE (2025[17]), Réductions de l’aide publique au développement : Projections de l’OCDE pour 2025 et à court terme, https://doi.org/10.1787/811056e3-fr.
Le repli des donneurs traditionnels du système multilatéral pourrait ouvrir des possibilités et permettre aux donneurs émergents de jouer un rôle plus important. Bien que les donneurs publics non membres du CAD et les fournisseurs du secteur privé demeurent des contributeurs relativement modestes au niveau du système, la crise de l’aide pourrait offrir aux donneurs émergents la possibilité d’assumer une plus grande part du financement et d’exercer une plus grande influence. Des financements résilients de la part des donneurs émergents contribueraient également à réduire la dépendance de longue date du système à l’égard des contributions du CAD, un facteur de vulnérabilité mis au jour par les réductions concomitantes des budgets d’aide des donneurs du CAD.
Les derniers cycles de reconstitution des ressources de l’Association internationale de développement (IDA), le guichet concessionnel du Groupe de la Banque mondiale, l’illustrent parfaitement. Au cours du vingt-et-unième cycle de reconstitution des ressources de l’IDA (IDA21), qui s’est achevé en 2025, plusieurs des principaux donneurs (États-Unis, Japon, Allemagne et France) ont réduit leurs engagements par rapport au cycle précédent. La République populaire de Chine (ci-après la Chine), en revanche, a rehaussé ses engagements de 14 % et s’est ainsi hissée, pour la première fois dans l’histoire des reconstitutions des ressources de l’IDA, parmi les cinq principaux donneurs. Il s’agit là d’une hausse notable, étant donné que la Chine était encore classée au 20e rang pour l’IDA16, qui s’est achevé en 2010 (Martinez et Estes, 2025[18]).
Une dynamique analogue est visible parmi les donneurs du secteur privé, qui peuvent jouer un rôle plus important lorsque les fournisseurs traditionnels réduisent leurs activités. Par exemple, l’absence d’engagement des États-Unis lors de la dernière reconstitution des ressources de GAVI a propulsé la Fondation Gates au deuxième rang des contributeurs de l’institution, derrière le Royaume-Uni (Rigby, 2025[19]), et la Fondation est devenue le premier bailleur de fonds du budget central de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’organisation philanthropique se retrouve ainsi à assumer une part extraordinairement importante du financement et de l’influence en matière de gouvernance mondiale de la santé publique.
1.2.2. Les conséquences du tarissement des financements pour le système multilatéral de développement
La diminution des financements amène les donneurs du système multilatéral de développement à devoir opérer des arbitrages difficiles
Selon les institutions et les instruments qui sont privilégiés, la réduction des financements peut se traduire par des résultats très différents en termes d’ampleur, de composition et de répartition des apports multilatéraux. Le Graphique 1.8 illustre ces arbitrages via une simulation stylisée fondée sur une réduction hypothétique mais plausible de 15 % des contributions des donneurs destinées au système multilatéral. Les donneurs ont globalement le choix entre trois options stratégiques, chacune impliquant des arbitrages entre échelle et concessionnalité :
1) Accorder la priorité aux institutions qui recourent fortement à l’effet de levier afin de préserver les volumes globaux ;
2) préserver les dons et les financements concessionnels pour protéger les contextes les plus pauvres ; ou
3) appliquer des réductions proportionnelles dans tous les domaines (réduction généralisée).
Graphique 1.8. Les choix des donneurs en matière d’affectation de leurs contributions multilatérales impliquent des arbitrages explicites
Copier le lien de Graphique 1.8. Les choix des donneurs en matière d’affectation de leurs contributions multilatérales impliquent des arbitrages explicitesExemples d’arbitrages en matière de réduction des financements d’aide : scénario de réduction budgétaire de 15 %
Note : À des fins de transparence, la simulation repose sur des relations d’effet de levier simplifiées : le financement au moyen de dons est considéré comme ayant une relation de un-à-un entre le coût pour le donneur et le financement fourni, tandis que pour les prêts, on part du principe que chaque dollar de contribution du donneur génère trois dollars de financement. Le scénario de référence suppose que les sorties de fonds sont composées à 30 % de dons et à 70 % de prêts, ce qui représente globalement l’équilibre historique entre les financements multilatéraux concessionnels et non concessionnels.
Ces trois scénarios offrent une illustration de la raison pour laquelle l’ambition fréquemment invoquée d’établir un système multilatéral de développement qui « fasse plus avec moins » est irréaliste dans un contexte de contraction des financements. S’il arrive que les organisations multilatérales de développement augmentent leur productivité et leur efficience à la faveur de réformes ou d’innovations, les données issues des réformes récentes et en cours montrent que ces gains mettent du temps à se concrétiser et n’éliminent pas la nécessité d’opérer des arbitrages (Groupe d'experts indépendants du G20, 2024[20] ; Dag Hammarskjöld Foundation, 2021[21]). Lorsque les enveloppes de financement globales des donneurs diminuent fortement, le système multilatéral ne peut pas simultanément préserver les volumes et la concessionnalité. La question à laquelle les donneurs doivent répondre n’est donc pas de savoir si le système peut absorber les réductions de financement sans en subir les conséquences, mais quels objectifs devraient être prioritaires et quelles conséquences ils sont prêts à accepter.
L’évolution des modalités de financement pourrait aggraver les effets de la baisse des contributions multilatérales
L’équilibre entre les contributions au budget central des organisations et les contributions préaffectées a des répercussions majeures sur le fonctionnement du système. Les contributions au budget central des organisations multilatérales de développement offrent à ces dernières la flexibilité nécessaire pour accomplir leur mission, investir dans les capacités institutionnelles et répondre à l’évolution des besoins dans le cadre d’une stratégie globale. Les contributions extrabudgétaires (préaffectées) permettent aux États membres de conserver un certain contrôle sur leur utilisation et peuvent aider à cibler de nouvelles priorités. Lorsqu’elle est utilisée de manière stratégique et conformément aux mandats institutionnels et aux priorités des pays partenaires, la préaffectation des ressources peut donc jouer un rôle constructif au sein du système. Toutefois, il a également été démontré que le recours massif aux financements préaffectés fragmente le financement, élève les coûts de transaction et réduit la marge de manœuvre dont disposent les organisations multilatérales (Ihl et al., 2025[22]). La modification de cet équilibre pèse donc non seulement sur les différentes organisations, mais aussi sur la cohérence du système multilatéral de développement dans son ensemble.
Les financements préaffectés ont connu un essor régulier au cours de la dernière décennie et pourraient de plus en plus supplanter les contributions au budget central des organisations multilatérales à mesure que les budgets se resserrent. Le Graphique 1.9 montre que la part de ces financements dans l’APD totale consentie par les membres du CAD est passée de 11 % en 2010 à 18 % en 2024, avec un pic à 21 % en 2022. Au cours de la même période, les contributions au budget central des organisations multilatérales, qui s’étaient maintenues aux alentours de 27 % pendant la majeure partie de la dernière décennie, sont tombées à 23 % en 2024, ce qui indique que ce type de contribution peut devenir une marge d’ajustement lorsque les priorités évoluent et que les enveloppes de financement des donneurs se contractent.
Graphique 1.9. Les contributions au budget central des organisations multilatérales diminuent sous l’effet de l’augmentation des dotations bilatérales et des dotations multilatérales préaffectées
Copier le lien de Graphique 1.9. Les contributions au budget central des organisations multilatérales diminuent sous l’effet de l’augmentation des dotations bilatérales et des dotations multilatérales préaffectéesPart des contributions bilatérales directes, des contributions au budget central et des contributions multilatérales préaffectées des pays du CAD dans l’APD totale, 2010-2024
Note : L’APD bilatérale directe correspond à l’APD bilatérale des membres du CAD, à l’exclusion des contributions préaffectées (aide multi-bilatérale). Les calculs sont basés sur les versements bruts, aux prix constants de 2023.
Source : Calculs des auteurs d’après OCDE (2026[23]), « CAD1 : Flux par fournisseur (APD+AASP+privé) » (ensemble de données). Téléchargé le 22 février 2026, http://data-explorer.oecd.org/s/9w.
Si les ressources préaffectées venaient à supplanter non plus les programmes bilatéraux mais les contributions au budget central d’organisations multilatérales, l’efficacité du système multilatéral s’en trouverait affaiblie. Faute de ressources suffisantes pour alimenter leur budget central, les organisations multilatérales de développement peuvent avoir du mal à financer des fonctions transversales, telles que la coordination, ou à s’adapter aux nouveaux défis de développement. Qui plus est, si les ressources préaffectées supplantent les financements destinés au budget central, le système multilatéral risque d’être utilisé comme un canal pour la poursuite de priorités des donneurs plutôt que comme une plateforme d’action collective. Préserver les contributions au budget central des organisations multilatérales n’est donc pas seulement une question de stabilité institutionnelle, mais aussi de rétablissement de la logique fondatrice du système.
Les organisations multilatérales de développement n’ont pas toutes le même niveau d’exposition et de vulnérabilité aux réductions de financement opérées par les donneurs
La réduction des financements et la modification des modalités de financement, par exemple le passage de contributions préaffectées selon des critères souples à des contributions préaffectées selon des critères plus stricts, n’ont pas la même incidence sur toutes les organisations multilatérales de développement. La réduction des financements aura des effets différents sur les organisations selon l’ampleur des réductions, mais aussi selon les caractéristiques structurelles des organisations concernées. Parmi ces caractéristiques figurent le modèle de financement (fondé sur les dons ou recourant à l’emprunt sur les marchés), la concentration de la base de donneurs, la dépendance à l’égard des contributions volontaires par rapport aux contributions obligatoires, et l’accès à des sources de financement privées. Plutôt que de représenter des risques isolés, ces dimensions ont tendance à interagir, ce qui accroît l’exposition des différentes organisations aux réductions de financement et au retrait des donneurs.
Dans l’ensemble du système des Nations Unies pour le développement, les multiples dimensions de la vulnérabilité financière se recoupent souvent, d’où une exposition particulièrement élevée aux contractions budgétaires. Le Graphique 1.10 montre comment la plupart des entités du système des Nations Unies pour le développement dépendent largement de contributions volontaires, tirent leur financement d’un groupe relativement concentré de donneurs publics et attirent des ressources privées limitées. Les organisations qui conjuguent ces trois facteurs (OIM, PAM, ONUSIDA, ONUDC, par exemple) apparaissent comme particulièrement exposées à une réduction des contributions multilatérales (quadrant supérieur droit).
Graphique 1.10. La plupart des entités du système des Nations Unies pour le développement dépendent largement des contributions volontaires
Copier le lien de Graphique 1.10. La plupart des entités du système des Nations Unies pour le développement dépendent largement des contributions volontairesPart des contributions volontaires (%), concentration des donneurs publics (0-100) et part du financement privé des entités du système des Nations Unies pour le développement, moyenne 2023-2024
Note : La part des contributions volontaires (axe des abscisses) va de 0 % (contributions obligatoires uniquement) à 100 % (contributions volontaires uniquement). L’indice de concentration des donneurs publics (axe des ordonnées) indique si, pour chaque organisation, les financements provenant de donneurs publics bilatéraux sont répartis de manière égale entre l’ensemble des donneurs publics (0) ou proviennent d’un petit groupe concentré de donneurs (100). La part du financement privé (%) représente la proportion des financements provenant du secteur privé, des fondations et des organisations non gouvernementales (ONG) dans le financement total. Le Graphique comprend toutes les entités du système des Nations Unies pour le développement, sauf celles qui ne comptaient pas plus de 10 donneurs publics en 2023 et 2024. Les contributions locales sont exclues de l’analyse (c’est-à-dire les financements fournis par un gouvernement en faveur d’activités des Nations Unies mises en œuvre dans son propre pays).
Source : Calculs des auteurs à partir d’ensembles de données sur les contributions des donneurs au système des Nations Unies pour le développement en 2023 et 2024, fournis directement aux auteurs par le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DESA ONU).
L’expérience de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) illustre les risques liés à la variabilité des financements, mais aussi les possibilités d’adaptation au niveau de l’organisation. Les multiples suspensions et retraits de financements opérés par les États-Unis depuis 2011 ont exposé l’organisation à des chocs importants sur le financement. À la suite du retrait de 2017, l’augmentation des contributions volontaires d’autres membres a contribué à en amortir l’impact sur le court terme. Outre ces ajustements immédiats, l’UNESCO a adopté diverses stratégies d’adaptation à plus long terme, notamment en s’efforçant de diversifier davantage sa base de donneurs, d’ajuster ses dépenses et de poursuivre les réformes déjà en cours. Même si l’organisation s’emploie également à anticiper et atténuer les risques afin de réduire les répercussions du dernier retrait des États-Unis, celui-ci devrait néanmoins avoir des effets importants au niveau financier et opérationnel, ce qui met en évidence les possibilités d’adaptation des organisations à la volatilité du financement, mais aussi les limites de cette adaptation.
La manière dont les organisations multilatérales de développement font face à ces tensions financières déterminera non seulement le volume et la composition des ressources multilatérales futures, mais aussi l’efficacité de leur déploiement. La section suivante examine les sorties de fonds des organisations multilatérales de développement et analyse comment ces dernières utilisent les contributions qu’elles reçoivent pour financer le développement des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire.
1.3. La poursuite de la croissance des sorties de fonds des organisations multilatérales contraste avec les premiers signes de tensions sur le système des Nations Unies pour le développement
Copier le lien de 1.3. La poursuite de la croissance des sorties de fonds des organisations multilatérales contraste avec les premiers signes de tensions sur le système des Nations Unies pour le développement1.3.1. Le niveau record des sorties de fonds des organisations multilatérales en 2024 masque une pression grandissante sous la surface
Le total des sorties de fonds des organisations multilatérales a enregistré un nouveau sommet en 2024, démontrant la capacité du système multilatéral à intensifier ses activités en réponse aux chocs récents. Comme le montre le Graphique 1.11, les apports multilatéraux, qui comprennent à la fois les apports provenant du budget central des organisations multilatérales de développement et les apports préaffectés acheminés par leur intermédiaire, se sont élevés à 296 milliards USD en 2024, soit une hausse de 37 % par rapport aux niveaux d’avant la pandémie (2019) et de 4 % par rapport à 2023. Cette expansion reflète, entre autres choses, l’augmentation soutenue de la capacité de prêt des BMD au cours de la dernière décennie, étayée par des augmentations périodiques de capital et plusieurs réformes de leurs modèles financiers.
Graphique 1.11. Globalement, face aux crises mondiales, les apports des organisations multilatérales ont considérablement augmenté ces vingt dernières années
Copier le lien de Graphique 1.11. Globalement, face aux crises mondiales, les apports des organisations multilatérales ont considérablement augmenté ces vingt dernières annéesÉvolution et composition des sorties de fonds des organisations multilatérales, 2004-2024
Note : Calculs basés sur les engagements, aux prix constants de 2023. Les calculs incluent les prêts d’APD, les dons d’APD, les autres apports du secteur public (AASP) (hors crédits à l’exportation), les prises de participation et les instruments du secteur privé (ISP).
Source : Calculs des auteurs, d’après OCDE (2026[24]), Système de notification des pays créanciers de l’OCDE (série de données). Téléchargé le 22 février 2026, https://data-explorer.oecd.org/s/52.
Toutefois, cette résilience apparente reflète des mécanismes d’amortissement, susceptibles de retarder l’ajustement, mais pas de l’empêcher. Étant donné que certaines parties du système fonctionnent selon des cycles budgétaires pluriannuels (par exemple pour les reconstitutions de ressources des fonds verticaux) et de modèles de financement permettant de mobiliser des ressources en empruntant sur les marchés financiers (dans le cas des BMD), il peut y avoir un décalage entre la dégradation de la situation concernant les entrées de fonds et la contraction des sorties de fonds des organisations multilatérales. Si ces modalités peuvent temporairement permettre de protéger la mise en œuvre des activités et de retarder les coupes dans les financements, elles risquent également de dissimuler l’ampleur des tensions sous-jacentes qui pèsent sur le système multilatéral de développement et de retarder les ajustements nécessaires. Néanmoins, une fois cet « amortisseur » épuisé, les institutions multilatérales devront peut-être revoir à la baisse leurs engagements existants ou nouveaux, ce qui augmentera le risque d’un ralentissement des sorties de fonds multilatérales plus brutal que ce que ne laissent prévoir les chiffres globaux actuels.
Les premiers signes de tension se font jour, en particulier parmi les entités du système des Nations Unies pour le développement, qui dépendent en grande partie des dons de leurs Etats membres
Alors que les BMD ont continué d’accroître leurs volumes de prêts, de nombreuses entités du système des Nations Unies pour le développement connaissent une stagnation ou une baisse de leurs sorties de fonds depuis 2022. La contraction est particulièrement prononcée parmi les grandes entités du système des Nations Unies pour le développement à vocation humanitaire. Entre 2022 et 2024, les sorties de fonds du Programme alimentaire mondial (PAM), lequel, à l’aune du volume de financements fournis, est le plus grand organisme du système des Nations Unies pour le développement, ont diminué de près d’un tiers (‑32 %), passant de 8.2 milliards USD à 5.6 milliards USD (Graphique 1.12). Les répercussions sur le plan humanitaire sont immédiates et dramatiques. Au début de 2025, le PAM anticipait qu’il risquait de subir une nouvelle réduction de 34 % de ses financements par rapport à 2024 (PAM, 2025[25]). Il estimait que, dans ce scénario, 16.7 millions de personnes, soit environ 21 % de ses bénéficiaires, pourraient ne plus avoir accès à une assistance alimentaire.
Graphique 1.12. Les principales organisations du système des Nations Unies pour le développement enregistrent déjà une baisse significative de leurs sorties de fonds
Copier le lien de Graphique 1.12. Les principales organisations du système des Nations Unies pour le développement enregistrent déjà une baisse significative de leurs sorties de fondsÉvolution du volume des sorties de fonds parmi les 20 premiers organismes du système des Nations Unies pour le développement, 2022-2024
Note : Calculs basés sur les engagements, aux prix constants de 2023.
Source : Calculs des auteurs, d’après OCDE (2026[24]), Système de notification des pays créanciers de l’OCDE (série de données). Téléchargé le 22 février 2026, https://data-explorer.oecd.org/s/52.
À court terme, de nombreuses organisations multilatérales de développement ont recours à des mesures d’ajustement pour absorber le choc subi au niveau du financement. De nombreuses organisations multilatérales de développement ont mis en place un gel des embauches, des reports de dépenses et des mesures de maîtrise des coûts administratifs. Il ressort par ailleurs d’une enquête menée récemment auprès des organisations multilatérales de développement que les coupes dans les financements entraînent déjà des retards dans les programmes, une réduction de la couverture géographique et une révision à la baisse des objectifs d’exécution (Graphique 1.13). En outre, ces coupes exercent des pressions sur les fonctions en amont qui sont moins visibles mais essentielles à l’efficacité du développement, comme l’établissement de normes.
Graphique 1.13. Plus de 70 % des organisations ayant répondu à l’enquête prévoient de réduire ou de suspendre des projets en raison des baisses de financement
Copier le lien de Graphique 1.13. Plus de 70 % des organisations ayant répondu à l’enquête prévoient de réduire ou de suspendre des projets en raison des baisses de financementConséquences opérationnelles des réductions actuelles des financements alloués aux organisations multilatérales de développement
Note : Ce Graphique présente les réponses apportées par les répondants à la question « Quelles sont les implications opérationnelles des réductions de financement actuelles pour votre organisation ? ». Parmi les 18 répondants à l’enquête figuraient 14 entités des Nations Unies, trois partenariats ou fonds et une institution financière internationale.
Source : MOPAN (2025[26]), Mapping of Multilateral Organisations’ Response to the Current Funding Environment, https://www.mopan.org/content/dam/mopan/en/publications/our-work/insights/thematic-briefs/mapping/mopan-mapping-exercise-2025.pdf.
1.3.2. La contraction à venir pourrait avoir des répercussions importantes sur les sorties de fonds des organisations multilatérales
Les effets sur l’influence et l’ambition du système pourraient être substantiels et durables
Les atouts mêmes qui ont permis au système multilatéral de développement de produire des résultats à grande échelle sont également source de vulnérabilités en période de resserrement des budgets d’aide. En temps normal, les institutions ayant la capacité d’exercer un effet de levier sur les contributions de leurs membres, telles que les banques multilatérales de développement, parviennent, pour chaque dollar de soutien des donneurs, à fournir plusieurs dollars de financement pour le développement: le système réussit à mobiliser des ressources bien au-delà des contributions budgétaires directes. Pourtant, cet effet multiplicateur peut jouer en sens inverse : lorsque les engagements des donneurs diminuent, la capacité de financement peut s’amoindrir dans une bien plus grande mesure. Le Graphique 1.14 montre qu’une réduction d’un dollar dans le financement de mécanismes à effet de levier tels que l’IDA, le Fonds africain de développement (FAD) ou le Fonds international de développement agricole (FIDA) peut entraîner un « manque à investir » dans les pays les plus pauvres de trois dollars ou plus.
Graphique 1.14. Réduire le financement des mécanismes multilatéraux à effet de levier risque de générer une baisse des sorties de fonds qui dépasse de loin les économies budgétaires réalisées
Copier le lien de Graphique 1.14. Réduire le financement des mécanismes multilatéraux à effet de levier risque de générer une baisse des sorties de fonds qui dépasse de loin les économies budgétaires réalisées
Source : FIDA (2025[27]), Rapport 2025 sur l’efficacité du FIDA en matière de développement (RIDE), https://webapps.ifad.org/members/eb/145/docs/french/EB-2025-145-R-19.pdf ; Banque africaine de développement (2025[28]), « Le Fonds africain de développement lève un montant historique de 11 milliards de dollars, marquant le début d’une nouvelle ère pour l’appropriation africaine et le développement axé sur l’investissement », https://www.afdb.org/fr/news-and-events/press-releases/le-fonds-africain-de-developpement-leve-un-montant-historique-de-11-milliards-de-dollars-marquant-le-debut-dune-nouvelle-ere-pour-lappropriation-africaine-et-le-developpement-axe-sur-linvestissement-89751 ; Groupe de la Banque mondiale (2023[29]), « IDA20 Mid-term Review », https://thedocs.worldbank.org/en/doc/f1d0b477064fadf03bd4e4aa96b5b63d-0410012023/original/ida-20-MTR-factsheet-11-16-2020.pdf.
Compte tenu de ces dynamiques, les fournisseurs bilatéraux doivent déployer stratégiquement leurs rares ressources de façon à préserver l’effet catalyseur du système multilatéral. En d’autres termes, ils devraient choisir délibérément où affecter leurs ressources de sorte qu’elles puissent avoir le plus d’impact possible sur le développement, sans diluer les mandats ni multiplier les doublons. Cela peut nécessiter de réévaluer la façon dont les ressources limitées des donneurs sont allouées et de comparer les effets attendus sur le développement de diverses modalités et mécanismes de financement. Ainsi, des contributions ciblées au budget central des guichets concessionnels des BMD pourraient avoir davantage d’impact qu’une multitude de contributions fragmentées et de faible montant à des fonds fiduciaires de BMD.
Les conséquences des réductions de financement ne se limitent pas à telle ou telle organisation, mais s’étendent à l’ensemble du système. La section suivante examine comment les coupes appliquées à certaines institutions centrales de l’architecture multilatérale peuvent avoir des répercussions sur l’ensemble du système et sur les pays qu’il dessert.
Des coupes insuffisamment coordonnées dans les financements alloués aux canaux multilatéraux centraux pourraient entraîner des défaillances dans la capacité d’action collective du système
Le système multilatéral de développement fonctionne comme une chaîne de mise en œuvre aux composantes interdépendantes, dans laquelle les perturbations au niveau des institutions les plus centrales peuvent avoir de vastes répercussions. Les donneurs bilatéraux dépendent fortement des entités du système des Nations Unies pour le développement pour déployer leurs programmes d’aide humanitaire et de développement. Les fonds verticaux dépendent des BMD et des entités du système des Nations Unies pour le développement comme partenaires de mise en œuvre pour le financement vert et le financement de la santé. Les organismes normatifs, comme l’OMS ou l’Organisation internationale du travail (OIT), définissent les normes et les cadres que d’autres acteurs multilatéraux appliquent.
Dans cette architecture interconnectée, le ciblage des coupes importe tout autant que leur échelle. L’analyse de la centralité dans le réseau multilatéral présentée dans le Graphique1.15, partie A, montre que parmi les institutions qui sont actuellement confrontées à d’intenses pressions financières, plusieurs sont des plus centrales dans la chaîne d’exécution multilatérale – comme le HCR, l’UNICEF et ONU-Femmes – et c’est donc d’elles dont sont le plus tributaires d’autres acteurs. Lorsque des coupes affectent les nœuds très centraux, le risque n’est pas seulement une contraction de leurs propres opérations, mais aussi un affaiblissement du système, avec une incidence sur la continuité opérationnelle dans l’ensemble du réseau.
Il est probable que les conséquences de ces perturbations pèseront de manière disproportionnée sur les contextes les plus pauvres et les plus fragiles. Comme le montre le Graphique1.15, partie B, les contextes fragiles ou touchés par un conflit et les pays les moins avancés (PMA) sont, respectivement, 52 % et 42 % plus exposés que la moyenne des pays en développement aux défauts potentiels de mise en œuvre de ces institutions très centrales. Les coupes dans les budgets des acteurs multilatéraux centraux risquent donc d’amplifier les déficits de financement précisément là où les besoins sont les plus grands et où la substitution par d’autres acteurs est le moins réalisable.
Graphique1.15. Des coupes affectant des organisations multilatérales de développement centrales pourraient réduire considérablement la capacité du système à soutenir ceux qui en ont le plus besoin
Copier le lien de Graphique1.15. Des coupes affectant des organisations multilatérales de développement centrales pourraient réduire considérablement la capacité du système à soutenir ceux qui en ont le plus besoin
Note : Dans la partie A, le degré entrant de centralité dans le réseau mesure le nombre de connexions entrantes qu’une organisation reçoit d’autres membres du réseau. Appliquée ici au réseau des organisations multilatérales de développement, elle met en évidence les organisations qui servent le plus fréquemment de canal d’exécution au sein du système multilatéral de développement. Les organisations multilatérales de développement affichant les scores de centralité dans le réseau les plus élevés apparaissent dans les cercles du milieu du Graphique figurant le réseau et sont représentées en couleurs plus foncées. La partie B montre l’exposition relative de différents groupes de pays à d’éventuels défauts d’exécution de la part d’organisations multilatérales de développement qui affichent un score de centralité élevé et sont affectés par les réductions de financement actuelles, à savoir : le HCR, l’UNICEF, le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat), le PNUD et ONU-Femmes.
Source : Calculs des auteurs, d’après OCDE (2026[24]), Système de notification des pays créanciers de l’OCDE (série de données). Téléchargé le 22 février 2026, https://data-explorer.oecd.org/s/52.
Au-delà du risque de perturbation des chaînes de mise en œuvre, l’environnement de financement actuel pourrait bien modifier la destination et les modalités d’affectation des ressources multilatérales. Contraintes de prouver qu’elles réalisent des économies d’échelle et de démontrer leurs rendements financiers, il se peut que les institutions donnent la priorité à des opérations qui maximisent l’effet de levier ou la rapidité de décaissement, possiblement au détriment de contextes et de secteurs plus difficiles à financer.
Les ressources concessionnelles sont menacées, ce qui a des conséquences pour les plus vulnérables
Le financement concessionnel est fondamental dans la capacité du système multilatéral de développement à servir les pays à faible revenu et les secteurs sociaux essentiels. En 2024, les apports concessionnels ont représenté l’écrasante majorité des financements multilatéraux reçus par les pays à faible revenu, tandis que les secteurs humanitaire, social et de la gouvernance ont également été principalement tributaires de dons et de ressources hautement concessionnelles (Graphique 1.16). Si ces instruments deviennent la principale variable d’ajustement en cas de pression budgétaire, les conséquences se feront sentir de manière disproportionnée sur les pays et les secteurs qui ont le moins accès à d’autres sources de financement.
Graphique 1.16. Les pays à faible revenu et les secteurs sociaux et humanitaires sont particulièrement exposés aux réductions des financements concessionnels multilatéraux
Copier le lien de Graphique 1.16. Les pays à faible revenu et les secteurs sociaux et humanitaires sont particulièrement exposés aux réductions des financements concessionnels multilatéraux
Note : Calculs basés sur les engagements, aux prix constants de 2023. Les graphiques montrent les volumes de prêts d’APD, de dons d’APD et d’AASP (hors crédits à l’exportation), mais n’indiquent pas les investissements sous forme de prises de participation ni les instruments du secteur privé (ISP), qui représentent des parts marginales des volumes totaux. Ces composantes sont néanmoins intégrées dans les calculs présentés dans le texte.
Note : PFR : pays à faible revenu ; PRITI : pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure ; PRITS : pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.
Source : Calculs des auteurs, d’après OCDE (2026[24]), Système de notification des pays créanciers de l’OCDE (série de données). Téléchargé le 22 février 2026, https://data-explorer.oecd.org/s/52.
La baisse de l’APD bilatérale fournie aux pays les plus pauvres et les plus vulnérables accentue encore l’importance stratégique des financements multilatéraux concessionnels. Selon des projections récentes de l’OCDE, les PMA et les pays d’Afrique subsaharienne pourraient connaître une baisse supérieure à 10 % de leur APD bilatérale nette en 2025 par rapport aux niveaux de 2023 (OCDE, 2025[17]). Étant donné qu’une part importante du soutien à ces contextes est également acheminée par l’intermédiaire d’institutions multilatérales, le rôle du système multilatéral de développement en tant que point d’ancrage stabilisateur devient plus prononcé lorsque l’intervention bilatérale se contracte. En cas de diminution concomitante des financements multilatéraux concessionnels, les pays vulnérables risquent d’être confrontés à des déficits de financement qui se surajoutent les uns aux autres.
Dans ce contexte, la préservation des capacités concessionnelles devient un impératif stratégique. Pour préserver les dotations destinées aux contextes fragiles et à faible revenu, ainsi qu’à des secteurs tels que l’action humanitaire, les services de base et le capital humain, il faut délibérément leur donner la priorité au sein d’enveloppes budgétaires qui s’amenuisent. Sans cette discipline, le système multilatéral de développement risque de s’orienter vers des contextes plus faciles à financer. Toutefois, pour y parvenir, il faut gérer une tension stratégique dans le financement du développement : entre le déploiement de ressources publiques rares là où elles peuvent permettre de mobiliser le plus grand volume de capitaux additionnels, et leur orientation vers des contextes où aucune autre source de financement n’est disponible.
Les acteurs du système multilatéral doivent donc faire face à un choix crucial entre une réduction non gérée des apports et une adaptation stratégique délibérée. Ce choix déterminera si le système sortira de cette période affaibli et plus fragmenté, ou s’il sera rationalisé et stratégiquement recentré sur son principe fondamental d’action collective.
1.4. Plus forts ensemble : un programme d’action pour repenser le système multilatéral de développement
Copier le lien de 1.4. Plus forts ensemble : un programme d’action pour repenser le système multilatéral de développementLes périodes de contrainte peuvent ouvrir la voie à un renouveau : le point d’inflexion actuel offre l’occasion de remettre à plat le système multilatéral de développement, en s’appuyant sur ses principes fondateurs. Les pressions auxquelles est confronté le système ne conduiront pas nécessairement à une perte d’efficacité si elles sont accompagnées d’une action délibérée et coordonnée. En situation de contraintes, il faut faire des choix délibérés pour que l’ensemble du système reste supérieur à la somme de ses parties. Les États membres et les organisations multilatérales de développement ont pour responsabilité commune de préserver la fonction première du système : permettre une action collective et produire des résultats qui dépassent ce que les approches bilatérales peuvent permettre d’accomplir. Grâce à une action délibérée et coordonnée de la part des États membres et des organisations multilatérales de développement, le système peut en ressortir allégé et mieux centré sur sa mission, conservant une capacité à produire une valeur qu’aucun acteur ne peut obtenir à lui seul. Pour renforcer l’efficacité du système, les organisations multilatérales devront mener des réformes qui affineront leur additionnalité en matière de développement, au lieu de la diluer, et renforceront la cohérence à l’échelle du système. Cette section résume les principales recommandations qui se dégagent de ce rapport.
1.4.1. Recommandations à l’intention des États membres
Protéger les fondements financiers du système
Préserver une base de contributions flexibles et prévisibles. Les ressources disponibles au budget central sous-tendent nombre des avantages qui sont propres au système, comme sa capacité à opérer à l’échelle mondiale, à intervenir de manière flexible et à déployer des programmes à grande échelle dans différents pays et secteurs. C’est pourquoi une augmentation continue de la proportion de financements préaffectés aura nécessairement des conséquences sur l’efficacité du système. Les bailleurs de fonds du système devraient donc éviter de se détourner progressivement de ces ressources flexibles et prévisibles, compte tenu du rôle fondamental que jouent les contributions au budget central dans la mise en œuvre des mandats des organisations.
Utiliser les financements préaffectés de manière plus stratégique pour rétablir la cohérence du système. Il n’est sans doute pas réaliste de vouloir réduire la part des ressources préaffectées dans un proche avenir, d’autant que cette modalité peut aider les organisations à se maintenir sur le plan financier dans une période où des donneurs de premier plan réduisent leurs dépenses. Il est toutefois possible de maîtriser cet effet de distorsion que peut avoir la préaffectation des ressources si ces financements sont alignés sur i) les priorités des donneurs, ii) les mandats institutionnels et iii) les stratégies des pays partenaires. Cette approche suivant un « triple alignement » peut aider à concilier redevabilité et visibilité avec des objectifs collectifs. Cela suppose que les donneurs précisent dans leurs stratégies de collaboration multilatérale comment ils entendent utiliser les différentes modalités de financement.
Réévaluer le partage de la charge entre les bailleurs de fonds du système. La récente contraction des contributions multilatérales a mis en évidence la forte dépendance de nombreuses organisations multilatérales de développement à l’égard d’un nombre limité de contributeurs, ce qui les rend vulnérables aux réorientations stratégiques ou aux coupes budgétaires opérées par une poignée d’États membres. Diversifier la base de financement peut contribuer à réduire cette vulnérabilité. En interne (parmi les membres du CAD), il s’agit d’éviter une concentration excessive des donneurs qui laisserait les organisations dépendantes d’un ou de quelques grands bailleurs de fonds. À l’extérieur (en dehors du CAD), il s’agit d’associer les donneurs émergents et d’étudier les moyens d’accroître leur participation aux reconstitutions des ressources des organismes clés.
Éviter les coupes généralisées et non coordonnées qui risquent de provoquer des dommages systémiques
Préserver les institutions et les fonctions qui jouent un rôle central dans la cohérence du système et dans l’additionnalité en matière de développement, plutôt que d’appliquer des réductions généralisées, en cas de coupes budgétaires (Graphique 1.8). Les décisions de financement devraient expressément tenir compte des retombées systémiques, c’est-à-dire des effets indirects que les réductions de financement opérées dans une partie du système peuvent avoir sur l’ensemble. Ainsi, les coupes appliquées à des mécanismes multilatéraux à effet de levier peuvent réduire les volumes de financement globaux de plusieurs fois la valeur de la réduction initiale en raison d’un effet de levier inverse. De même, les réductions des financements alloués aux entités centrales des Nations Unies peuvent perturber des programmes financés par d’autres organisations multilatérales de développement et des donneurs bilatéraux. La prise en compte de ces interdépendances peut contribuer à faire en sorte que les restrictions budgétaires à court terme n’entraînent pas des coûts d’opportunité disproportionnés sur le long terme.
Renforcer la coordination entre les donneurs afin d’atténuer les risques d’ajustements concomitants et déstabilisants. Une plus grande transparence sur les intentions de financement (par le biais des enquêtes du CAD ou de discussions structurées au sein du CAD et avec les partenaires multilatéraux, par exemple) peut permettre d’envoyer des signaux d’alerte précoce et de réduire l’incertitude des organisations multilatérales de développement en matière de financement. Dans la mesure du possible, les donneurs devraient éviter de procéder tous en même temps à des coupes budgétaires dans des institutions d’importance systémique, dont la contraction du budget pourrait se répercuter sur les contextes à faible revenu et vulnérables.
1.4.2. Recommandations à l’intention des organisations multilatérales de développement
S’adapter structurellement à un environnement fragmenté et soumis à des contraintes
Renforcer l’efficacité grâce à une refocalisation sur leurs mandats et à une différenciation plus claire des avantages comparatifs. Les institutions doivent se recentrer sur les domaines dans lesquels elles apportent une valeur ajoutée et – lorsque la fragmentation nuit à l’impact – envisager de rationaliser leurs programmes de façon à réduire les chevauchements et les coûts de transaction. Dans certains cas, il peut être nécessaire de fusionner des organisations ou de procéder à l’extinction ordonnée d’organisations dont le mandat est devenu redondant ou ne reflète plus les priorités actuelles en matière de développement, en s’appuyant sur des approches telles que les analyses de similitude des portefeuilles élaborées par l’OCDE. À cette occasion, les organisations multilatérales de développement devraient également réfléchir à la manière dont les réformes structurelles peuvent les aider à mieux répondre aux besoins et aux priorités des pays partenaires. Dans le même temps, comme les portefeuilles d’aide bilatérale sont de plus en plus utilisés pour poursuivre les priorités géopolitiques ou nationales des donneurs, les canaux multilatéraux peuvent devoir assumer un rôle plus important pour protéger les objectifs de développement qui risquent d’être relégués au second plan, comme la réduction de la pauvreté ou l’investissement dans les contextes à faible revenu ou caractérisés par une forte fragilité.
Renforcer la résilience en diversifiant et en adaptant soigneusement les modèles de financement des organisations multilatérales de développement. L’élargissement de la base de financement des organisations multilatérales de développement (y compris au moyen d’une collaboration avec des donneurs publics non membres du CAD et, éventuellement, des acteurs privés) peut renforcer la stabilité de chaque organisation, mais doit être géré de manière à préserver l’équilibre de la gouvernance et l’additionnalité en matière de développement. Dans les parties du système où les contributions préaffectées ont régulièrement augmenté ces dernières années, les organes directeurs des organisations multilatérales de développement peuvent être amenés à revoir leurs portefeuilles de contributions préaffectées afin de s’assurer qu’ils sont en phase avec leur mandat principal. Ils peuvent également envisager d’adapter leurs processus budgétaires, par exemple en exigeant qu’un prélèvement soit effectué sur chaque contribution préaffectée, lequel alimentera le budget central. Parallèlement, les organisations sans effet de levier, c’est-à-dire, notamment, la plupart des entités du système des Nations Unies pour le développement et des fonds verticaux, pourraient étudier les possibilités dont elles disposent pour accroître leur effet catalyseur par l’adoption de mécanismes de financement innovants ou l’augmentation du cofinancement avec les BMD, à condition que ces efforts ne les détournent pas de leurs mandats.
Considérer les ressources concessionnelles comme un atout stratégique et non comme une variable d’ajustement
Préserver les enveloppes concessionnelles pour les pays les plus pauvres ou les plus vulnérables. Ce point est essentiel pour préserver l’additionnalité en matière de développement et éviter un creusement des déficits de financement. Lorsqu’il existe d’autres sources de financement, en particulier dans certains pays à revenu intermédiaire, il peut être nécessaire de recalibrer les cadres d’allocation de façon à conserver les rares capacités concessionnelles pour les secteurs où elles sont indispensables. Il est tout aussi crucial de protéger les secteurs à fort impact en termes de développement mais à levier financier limité (notamment l’action humanitaire, les services de base et le capital humain).
Veiller à expliciter les choix d’affectation des ressources, de façon à renforcer la redevabilité et la clarté stratégique. Les organisations multilatérales de développement devraient évaluer, suivre et faire connaître les effets des réductions de financement en termes d’allocation, en s’assurant que les conséquences sur la redistribution entre les pays, les secteurs et les instruments sont comprises par leurs bailleurs de fonds et leurs actionnaires. Concrètement, cela implique de suivre l’incidence des réductions de financement sur différents groupes de pays et secteurs qui dépendent fortement des ressources concessionnelles. Une plus grande transparence sur ces impacts peut permettre aux États membres de prendre des décisions de financement plus éclairées et contribuer à faire en sorte que les réductions de financement ne retombent pas, par manque d’attention, sur des pays et secteurs disposant de peu d’autres sources de financement.
Répartir les dons, le financement mixte et les instruments non concessionnels de manière plus délibérée, de sorte que les rares ressources concessionnelles soient utilisées là où elles apportent le plus de valeur ajoutée. Par exemple : les dons pourvoient à ce que les marchés ne couvrent pas, les financements mixtes réduisent les risques, et les financements non concessionnels peuvent permettre d’accroître les investissements lorsque les conditions sont réunies. Cette clarté peut contribuer à éviter les situations dans lesquelles les rares ressources concessionnelles sont utilisées pour des projets qui auraient pu être financés par des instruments moins subventionnés.
Références
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[29] Groupe de la Banque mondiale (2023), IDA20 Mid-term Review, Groupe de la Banque mondiale, Washington, D.C., https://thedocs.worldbank.org/en/doc/f1d0b477064fadf03bd4e4aa96b5b63d-0410012023/original/ida-20-MTR-factsheet-11-16-2020.pdf.
[20] Groupe d’experts indépendants du G20 (2024), Implementing MDB Reforms: A Stocktake, Center for Global Development, https://www.cgdev.org/publication/implementing-mdb-reforms-stocktake.
[3] IDA (2022), IDA20 - Building Back Better from the Crisis : Toward a Green, Resilient and Inclusive Future, https://documents.worldbank.org/en/publication/documents-reports/documentdetail/163861645554924417.
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[4] Le Fonds mondial (2022), Pledges at Global Fund Seventh Replenishment Conference, https://archive.theglobalfund.org/media/12328/archive_seventh-replenishment-pledges_list_en.pdf.
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[11] Nations Unies (2025), « United Nations revises 2026 regular budget proposal, pairing cost reductions with initial reform measures », ONU Info, https://news.un.org/en/story/2025/09/1165850.
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[24] OCDE (2026), Système de notification des pays créanciers (ensemble de données), https://data-explorer.oecd.org/vis?pg=0&snb=8&df[ds]=dsDisseminateFinalDMZ&df[id]=DSD_CRS%40DF_CRS&df[ag]=OECD.DCD.FSD&dq=DAC..1000.100._T._T.D.Q._T..&lom=LASTNPERIODS&lo=5&to[TIME_PERIOD]=false&lc=fr (consulté le 22 February 2026).
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[25] PAM (2025), Food Security Impact of Reduction in WFP Funding, https://docs.wfp.org/api/documents/WFP-0000166581/download/.
[19] Rigby, J. (2025), Global vaccine group Gavi has $9 billion, short of its target, https://www.reuters.com/business/healthcare-pharmaceuticals/global-vaccine-group-gavi-secures-9-billion-after-funding-summit-2025-06-25/#:~:text=The%20United%20Kingdom%20was%20the,in%20cutting%20international%20aid%20budgets.
[14] Sands, P. (2025), Transforming Global Health To Maximize Impact And Accelerate Self-Reliance, https://www.forbes.com/sites/petersands/2025/11/13/transforming-global-health-to-maximize-impact-and-accelerate-self-reliance/.
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