Les chocs et perturbations récents ont mis en lumière les risques associés à la dépendance à l’approvisionnement étranger. Le présent chapitre examine ces enjeux et prend appui sur la modélisation pour recenser les éventuelles vulnérabilités et anticiper les effets possibles des chocs. Il évalue également les impacts économiques probables des tentatives de « relocalisation » de la production.
Examen de l’OCDE sur la résilience des chaînes d’approvisionnement
3. Comprendre la dépendance commerciale et les effets des perturbations
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Le chapitre précédent décrit l’évolution des chaînes d’approvisionnement dans le commerce international, et explique en quoi cette évolution a contribué à l’interdépendance des économies nationales. Dans ce contexte, il est intéressant d’examiner si cette interdépendance commerciale accrue a aggravé les conséquences économiques des chocs récents, ou si elle les a au contraire atténuées (OCDE, 2022[1] ; Arriola, Kowalski et van Tongeren, 2021[2]). Toutefois, les tensions géopolitiques et commerciales actuelles, l’interventionnisme accru des pouvoirs publics dans les pays, l’intensification de la concurrence internationale pour les ressources naturelles rares, et l’incertitude croissante liée à l’action publique ont contribué à faire prendre conscience des répercussions potentiellement négatives des interdépendances commerciales, et du risque d’une dépendance excessive à l’égard de certains partenaires commerciaux, qui pourrait engendrer des dommages économiques et sociétaux majeurs en cas de perturbations imprévues, ou servir d’outil de coercition économique, compromettant ainsi la sécurité nationale ou stratégique.
Cette prise de conscience des aspects négatifs des dépendances commerciales a donné lieu à des appels en faveur de la démondialisation, de la délocalisation dans des pays amis (« friend-shoring »), de la délocalisation de proximité(« near-shoring »), de la création de blocs commerciaux, ou de la relocalisation des chaînes d’approvisionnement (p. ex. Arriola (2020[3]) ; Crowe et Rawdanowicz (2023[4]). D’un autre côté, certaines interventions des pouvoirs publics visant à réduire le plus possible les risques commerciaux et à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement suscitent des inquiétudes. Mal conçues, elles pourraient en effet altérer par inadvertance les avantages du commerce international et faire perdre en résilience (voir le chapitre 5 pour une analyse plus approfondie de cette question). Il existe également un risque que ces mesures entraînent une fragmentation du système commercial international.
Le présent chapitre examine les relations commerciales potentiellement vulnérables, qualifiées ci-après de « dépendances commerciales » ou de « dépendances commerciales critiques » (c’est-à-dire des dépendances jugées particulièrement importantes sur le plan économique, ou autre)1. Une solution pour réduire les risques commerciaux et renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement consiste à recenser ces dépendances commerciales et à concevoir des mesures visant à accroître la diversification. On trouvera dans ce chapitre un examen des méthodes employées pour quantifier ces dépendances dans les grandes économies participant aux échanges internationaux et sur un large éventail de produits échangés, suivi d’une analyse la concentration géographique des importations et des exportations de marchandises pour certains partenaires commerciaux. En outre, il décrit les méthodes de modélisation économique visant à mettre en évidence certaines dépendances dans un éventail plus large de secteurs, notamment celui des services. Ce chapitre se clôt sur une analyse des coûts économiques susceptibles de découler d’un recul de l’intégration commerciale induit par des choix politiques visant à limiter les dépendances commerciales. Il est lié à l’analyse statistique par pays relative aux interdépendances des chaînes d’approvisionnement internationales et à leur évolution, disponible en annexe. L’annexe B offre un aperçu de la concentration des importations et des exportations dans les pays de l’OCDE au fil du temps.
3.1. La hausse perçue des chocs externes sape la confiance dans les échanges
Copier le lien de 3.1. La hausse perçue des chocs externes sape la confiance dans les échangesLe sentiment d’incertitude géopolitique, politique et économique met en lumière les aspects négatifs potentiels de l’interdépendance et de la propagation des chocs dans les chaînes d’approvisionnement internationales. Ces phénomènes sont difficiles à mesurer, et les résultats ne sont pas toujours faciles à interpréter. Toutefois, les cinq dernières années ont été marquées par plusieurs chocs majeurs (la pandémie de COVID-19 et les perturbations qui en ont découlé dans les transports et les chaînes d’approvisionnement, la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, ainsi que les interruptions de trafic dans les canaux de Suez et de Panama). Par ailleurs, plusieurs études et initiatives récentes en matière de mesure ont mis en évidence un accroissement du sentiment d’incertitude.
Par exemple, l’indice d’incertitude de la politique économique (Economic Policy Uncertainty Index), qui s’appuie sur l’analyse des termes utilisés dans de grands titres de presse, des sources publiques officielles et des enquêtes menées auprès de prévisionnistes professionnels (Baker, Bloom et Davis, 2016[5]), montre que l’incertitude mondiale liée aux politiques économiques s’est progressivement accrue lors des récents épisodes de chocs économiques et géopolitiques. Cet indice donne à penser que l’incertitude mondiale a considérablement augmenté dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001, pendant et à la suite de la crise financière mondiale de 2008–10, pendant la pandémie de COVID-19, et après la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine en 2022. Au cours de la période 2020–23, cette incertitude était, en moyenne, nettement plus élevée que lors de toutes les décennies précédentes couvertes par ce même indice (Graphique 3.1, partie A).
De même, l’indice de risque géopolitique, fondé sur le contenu d’articles de presse (Caldara et Iacoviello, 2022[6]), met en évidence une hausse des risques géopolitiques perçus dans le sillage des attentats du 11 septembre 2021, et une progression encore plus marquée à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022 (Graphique 3.1, partie B). Si l’on prend encore plus de recul, ce même indice montre que, si l’importance perçue des risques géopolitiques enregistrée au début des années 2020 était plus élevée qu’à la fin des années 1990, elle restait néanmoins nettement inférieure à celle observée lors de certains précédents épisodes de tensions géopolitiques, tels que la guerre du Golfe, la guerre de Corée et, en particulier, la Première et la Seconde Guerres mondiales (Caldara et Iacoviello, 2022[6]).
Les indices de confiance des entreprises et des consommateurs de l’OCDE, fondés sur des enquêtes portant sur les attitudes face aux évolutions futures, mettent en évidence une hausse de l’incertitude des entreprises comme des consommateurs dans la zone OCDE dans le sillage des attentats du 11 septembre et de la crise financière mondiale, au début de la pandémie de COVID-19 et, pour les consommateurs en particulier, après la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine (Graphique 3.2).
Lors de l’évaluation de la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales, il est essentiel de garder à l’esprit que la période 2020–22 a été marquée par des défis d’une ampleur sans précédent, ce qui apparaît clairement dans le Graphique 3.3. Ce graphique présente l’indice de pression sur la chaîne d’approvisionnement mondiale (GSCPI) de la Federal Reserve Bank de New York, une mesure synthétique des perturbations des chaînes d’approvisionnement. Les valeurs du GSCPI observées au plus fort de la pandémie de COVID-19 ont largement dépassé tout ce qui avait été observé au cours des deux décennies précédentes, une période qui avait pourtant connu d’importants chocs sur les chaînes d’approvisionnement (comme le séisme au Japon et les inondations en Thaïlande en 2011). Malgré les tensions géopolitiques persistantes, le GSCPI est resté inférieur à sa moyenne sur longue période depuis le début de l’année 2023.
3.2. Anticipation des risques associés à la dépendance commerciale
Copier le lien de 3.2. Anticipation des risques associés à la dépendance commercialeLe recensement des dépendances commerciales potentielles, ainsi que des risques économiques et autres qui y sont associés, figure en bonne place parmi les priorités des pouvoirs publics depuis la pandémie de COVID-19. Il reste néanmoins difficile de définir des critères analytiques et des mesures objectifs permettant de distinguer clairement les liens commerciaux susceptibles de poser problème de ceux qui sont avantageux, notamment du fait que les considérations pertinentes sont souvent d’ordre non économique et rendent compte des perceptions propres à chaque pays pour ce qui est des priorités en matière de sécurité nationale. Ainsi, la contribution potentielle de l’analyse économique est limitée, mais peut néanmoins permettre de brosser un tableau plus complet de certaines caractéristiques économiques des relations commerciales internationales et nationales présentées comme des exemples de dépendances commerciales. Elle peut également contribuer à l’évaluation des coûts et des avantages économiques associés aux différentes options stratégiques.
D’après les dernières publications sur ce sujet, comme résumé dans Arriola et al. (2024[8]), les dépendances commerciales critiques peuvent être définies comme des flux commerciaux réunissant trois caractéristiques : une grande importance économique (ou autre) ; un risque élevé de perturbation de l’approvisionnement ; et peu de possibilités de diversification ou de substitution des fournisseurs ou des produits (Graphique 3.4). Ces trois caractéristiques et leur mesure sont examinées ci-après.
Graphique 3.4. Trois critères permettent de mettre en évidence une dépendance commerciale critique
Copier le lien de Graphique 3.4. Trois critères permettent de mettre en évidence une dépendance commerciale critique
Source : Arriola et al. (2024[8]). « Towards demystifying trade dependencies: At what point do trade linkages become a concern? », https://doi.org/10.1787/2a1a2bb9-en.
La détermination des produits importés essentiels sur le plan économique ou autre nécessite souvent de commencer par examiner de quelle manière une importation spécifique (p. ex. une ressource minérale ou un service) est utilisée dans les processus de production des branches d’activités nationales. L’étape suivante consiste à déterminer si ces branches d’activités sont elles-mêmes des secteurs clés de l’économie nationale, ou si les importations sont primordiales d’un autre point de vue (p. ex. produits alimentaires ou médicaments essentiels). Dans certains cas, un critère supplémentaire est ajouté pour déterminer si l’absence du produit causerait un préjudice considérable à l’économie, à la société ou aux intérêts stratégiques d’un pays. Une consultation avec des spécialistes du secteur est nécessaire à cette fin. Pour ce qui est des secteurs importants sur le plan économique, une perturbation de leur approvisionnement pourrait avoir des répercussions macroéconomiques. Toutefois, des secteurs de moindre envergure peuvent également être considérés comme importants, par exemple s’ils sont concentrés géographiquement ou s’ils jouent un rôle clé dans les résultats d’un pays sur le plan industriel, technologique ou social. Pour mettre en évidence les dépendances critiques au niveau des exportations, l’analyse examine généralement la contribution d’un produit exporté au total des exportations. Toutefois, d’autres aspects stratégiques peuvent également être pris en compte, comme le caractère essentiel du produit exporté, ou les technologies qu’il intègre.
Les perturbations de l’offre ou de la demande pouvant avoir des origines variées, toute analyse du risque associé doit examiner les risques politiques, géographiques ou naturels susceptibles d’affecter des produits spécifiques ou des éventails plus larges de produits. Plus la probabilité de perturbations est élevée et plus le risque d’approvisionnement est important, plus le degré de criticité est élevé. La détermination des principaux partenaires commerciaux prenant part aux relations d’échanges est l’un des enjeux majeurs de l’évaluation des risques dans le contexte du débat sur la dépendance commerciale. En effet, les risques géographiques, économiques et géopolitiques sont souvent liés à l’affiliation des pays ou à l’emplacement des partenaires commerciaux. Toutefois, la fréquence croissante des perturbations liées au changement climatique a également conduit à s’intéresser aux risques susceptibles d’être concentrés dans certaines zones géographiques (p. ex. les régions côtières ou sujettes aux inondations, les zones exposées à des températures extrêmes, ou certains itinéraires de transport).
Les conséquences des perturbations de l’offre ou de la demande peuvent être atténuées si d’autres partenaires commerciaux (ou d’autres types de produits) sont disponibles. Dans l’analyse appliquée des politiques commerciales, cette substituabilité est généralement mise en évidence par le niveau de concentration des importations et des exportations entre les pays partenaires et d’un produit à l’autre, ainsi que par les élasticités de substitution2.
Les critères de dépendance commerciale figurant dans le Graphique 3.4 établissent une distinction utile sur le plan théorique entre les différentes caractéristiques pouvant expliquer une dépendance critique, même si la plupart des mesures utilisées pour les quantifier dans les travaux appliqués peuvent être soit des indicateurs imparfaits de ces caractéristiques, soit englober plusieurs d’entre elles. Dans une analyse récente, l’OCDE a étudié plusieurs sources de données et cadres de modélisation essentiels pouvant être utilisés pour cerner les flux commerciaux relevant de cette définition, et examiner leurs caractéristiques ainsi que leur évolution (Arriola et al., 2024[8]). L’une des conclusions était que, compte tenu de l’absence de définition et de procédure communément admises pour mesurer les dépendances commerciales, et du fait que les diverses sources de données et méthodes de modélisation présentent différents avantages et limites, il est préférable d’associer plusieurs méthodes distinctes pour éclairer la question des dépendances commerciales.
Une solution consiste à analyser les données des tableaux internationaux d’entrées-sorties (TIES), qui ont été examinées dans le chapitre 1 dans le contexte de la cartographie des interdépendances dans les chaînes d’approvisionnement. Cela permet de mieux rendre compte des liens indirects et des dépendances entre l’offre et la demande, tout en prenant en compte l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, qui peut couvrir différents secteurs économiques (p. ex. Ayadi et al. (2021[9]), Baldwin et Freeman (2022[10]), Schwellnus et al. (2023[11]), Inomata et Hanaka (2021[12]), Arriola (2024[8])). Une autre méthode consiste à utiliser des modèles économiques complets – généralement des modèles d’équilibre général calculable (EGC) – qui non seulement intègrent des informations sur la concentration des échanges et les liens intersectoriels, mais permettent également de modéliser les réactions comportementales à la fois dans des secteurs économiques spécifiques et dans l’ensemble de l’économie (Grassia et al., 2022[13]); (Arriola et al., 2020[3]); (Arriola et al., 2023[14]); (Chepeliev, Hertel et van der Mensbrugghe, 2022[15]); (Rose, Chen et Wei, 2022[16]). Toutefois, ces modèles reposent généralement sur des données agrégées par secteur et peuvent donc occulter certaines vulnérabilités liées à la production et au commerce de produits spécifiques. Ils reposent également sur des hypothèses et des paramètres de modélisation supplémentaires (section 3.7.).
La troisième méthode couramment utilisée – qui est celle employée dans la section ci-dessous – consiste à évaluer la dépendance commerciale à partir de données granulaires sur le commerce de marchandises. Bien qu’elle présente certaines limites – la plus notable étant que ces données ne couvrent que les échanges directs de marchandises3 – cette méthode permet de dresser un tableau détaillé des liens entre une grande diversité de marchandises (environ 5 000 produits) et d’assurer une couverture exhaustive des partenaires commerciaux (quelque 230 pays) sur les 20 dernières années. Les études qui y ont recours prennent appui sur le concept de concentration des échanges, c’est-à-dire de dépendance à l’égard d’un nombre limité de fournisseurs pour ce qui est des importations, ou d’un nombre restreint de marchés pour ce qui est des exportations de produits spécifiques (p. ex. Bonneau et Naka (2020[17]), McKinsey Global Institute (2023[18]), Productivity Commission (2021[19]), Commission européenne (2022[20]), Vicard et Wibaux (2023[21]), Barthou, Haraboure et Samek (2024[22])). Bien que les différentes études utilisant cette méthode des données granulaires sur les échanges de marchandises soient susceptibles de recourir à des mesures de la concentration et des critères de détermination de la dépendance quelque peu différents, l’hypothèse commune est la suivante : si les importations ou les exportations d’un produit donné par un pays ne reposent que sur un nombre limité de partenaires, ce pays pourrait avoir du mal à trouver des solutions de substitution en cas de perturbations de l’offre ou de la demande à l’étranger.
3.3. La concentration des importations et exportations nationales s’accroît
Copier le lien de 3.3. La concentration des importations et exportations nationales s’accroîtLa méthode susmentionnée fondée sur des données granulaires relatives aux échanges a été utilisée dans des travaux récents de l’OCDE pour étudier les principales caractéristiques des dépendances commerciales et leur évolution au fil du temps, tant à l’échelle mondiale que dans la zone OCDE (Arriola et al., 2024[8] ; Kowalski et Bates, à paraître 2025[23]). Dans ce cadre, la dépendance commerciale a été déterminée en analysant conjointement plusieurs mesures de la dépendance, telles que les concentrations globales des exportations et importations de produits dans l’ensemble des pays exportateurs et importateurs, les concentrations des importations de produits spécifiques par les pays, ainsi que les parts des principaux partenaires commerciaux dans ces importations et exportations.
Pour mesurer la concentration globale des importations et exportations de produits entre les partenaires commerciaux, ces travaux prennent appui sur plusieurs études récentes utilisant l’indice de concentration de Herfindahl-Hirschman (IHH). L’IHH, qui équivaut à la somme des parts de marché au carré, varie entre 1/n (lorsque l’ensemble des n fournisseurs disposent de parts égales) et 1 (lorsque les importations ne proviennent que d’un seul fournisseur, en situation de monopole, ou que les exportations n’ont qu’une seule destination, en situation de monopsone). Bien qu’il n’existe pas de seuils objectifs des valeurs de l’IHH permettant de faire clairement la distinction entre une concentration faible ou forte, certains seuils indicatifs ont été utilisés dans les travaux appliqués4. Dans les travaux de l’OCDE susmentionnés, une valeur de l’IHH de 0.2 indique une concentration relativement élevée5.
Pour brosser un tableau exhaustif et équilibré de la concentration des échanges et de la dépendance commerciale, cette méthode calcule les valeurs de l’IHH pour différents types et niveaux d’échanges internationaux de marchandises.
Lorsqu’il est calculé sur l’ensemble des pays exportant (ou important) un produit donné, cet indice rend compte de la concentration mondiale de l’offre (ou de la demande) de ce produit.
Lorsqu’il est calculé pour un produit donné et un pays importateur (ou exportateur) spécifique, en tenant compte de l’ensemble de ses partenaires commerciaux correspondants, l’indice rend compte de la concentration nationale des importations (ou exportations) de ce produit.
La concentration mondiale conjuguée à la concentration nationale permet de mettre en évidence les cas de concentration nationale « notable ». Dans cette situation, la concentration des importations (ou des exportations) d’un pays est nettement plus élevée que la concentration mondiale des exportations (ou importations) correspondantes, ce qui laisse penser que les importations proviennent (ou que les exportations sont à destination) d’un nombre de pays bien plus restreint que ce qu’il est théoriquement possible.
Certaines relations commerciales bilatérales au niveau des produits peuvent être classées comme des dépendances commerciales bilatérales lorsque plus de 10 % des importations (ou exportations) d’un pays proviennent d’un seul partenaire (ou lui sont destinées), et que ce pays présente une forte concentration nationale d’importations (ou exportations) de ce produit.
L’une des principales conclusions de cette analyse est que la concentration mondiale des exportations et des importations de produits6 a augmenté depuis le milieu des années 1990, avant de diminuer quelque peu pendant la pandémie de COVID-19 (Graphique 3.5). La hausse de la concentration mondiale des échanges traduit probablement, en partie, un renforcement de la spécialisation dans les chaînes d’approvisionnement internationales, qui se sont considérablement développées au cours de cette période. Dans les chaînes d’approvisionnement internationales, la spécialisation s’opère généralement au niveau de certains intrants et tâches spécialisés plutôt qu’au niveau des produits finis complexes. Par conséquent, un nombre bien plus important d’acteurs, souvent de taille plus modeste, participent à la production de produits complexes, apportant des contributions relativement limitées sous forme de pièces, de composants ou de produits semi-transformés. Cela peut donner à lieu au développement de flux commerciaux plus spécialisés et plus concentrés. Cette évolution est en phase avec la perception d’un accroissement des vulnérabilités face aux chocs imprévus se propageant par l’intermédiaire du commerce international et des chaînes d’approvisionnement, et plus particulièrement avec les préoccupations relatives à la concentration croissante de l’offre. Toutefois, il est également évident que, bien que la concentration mondiale des exportations et celle des importations aient augmenté, leurs niveaux moyens restent faibles, les valeurs de l’IHH ne dépassant pas 0.2.
Le Graphique 3.5 montre également que la concentration mondiale des exportations dans les pays fournisseurs est plus élevée que la concentration mondiale des importations dans les pays de destination. Cela peut s’expliquer par la propension des pays à se spécialiser dans la production de différents produits (ou intrants et composants), tout en consommant des paniers de biens relativement similaires.
Dans l’ensemble, les données montrent que des segments importants, voire prépondérants, des échanges sont relativement bien diversifiés. Par exemple, même pour ce qui est des exportations mondiales, qui sont généralement plus concentrées que les importations mondiales (Graphique 3.5), seuls 30 % environ des produits affichent des niveaux de concentration relativement élevés, tandis que les exportations de tous les autres produits restent relativement bien diversifiées7 (Arriola et al., 2024[8]). Cela donne à penser que de larges segments des marchés internationaux se caractérisent par un niveau de concurrence raisonnable, ce qui par conséquent limite le pouvoir des exportateurs et des importateurs sur l’approvisionnement ou la formation des prix.
En outre, les produits d’exportation les plus concentrés ne sont généralement pas ceux habituellement considérés comme « stratégiques »8. À l’inverse, il s’agit généralement de produits de l’industrie légère, en particulier les textiles et les chaussures (Graphique 3.6). Certains produits animaux et végétaux figurent également parmi les exportations fortement concentrées, tout comme certains produits chimiques inorganiques et métaux de base. Dans le même temps, les exportations mondiales de plusieurs produits de fabrication avancée (comme ceux de l’industrie mécanique de pointe et de l’industrie automobile) sont généralement relativement bien diversifiées dans les pays exportateurs. Cela met en évidence plusieurs facteurs susceptibles de favoriser la concentration de la production et des échanges, notamment ceux qui stimulent la spécialisation et le commerce internationaux, tels que les richesses naturelles, l’avantage comparatif, les faibles coûts de production et de transformation, ainsi que les économies d’échelle.
Graphique 3.6. La concentration des exportations mondiales est plus élevée dans certains secteurs
Copier le lien de Graphique 3.6. La concentration des exportations mondiales est plus élevée dans certains secteursClassement des trente secteurs du SH dont les exportations mondiales sont les plus et les moins concentrées, 2017–19
Note : Les valeurs correspondent aux moyennes simples des valeurs de l’IHH calculées pour l’ensemble des produits SH6 appartenant à une catégorie SH2 donnée (c’est-à-dire un chapitre du SH, qui est une catégorie plus agrégée de produits du SH). Plus la valeur de l’IHH est élevée, plus les exportations du produit sont concentrées. Il convient de souligner que pour certaines catégories spécifiques de produits SH6, les valeurs de l’IHH peuvent être très supérieures à la moyenne du secteur.
Source : Arriola (2024[8]), « Towards demystifying trade dependencies: At what point do trade linkages become a concern? », https://doi.org/10.1787/2a1a2bb9-en.
Si les exportations mondiales de produits ne semblent pas excessivement concentrées (Graphique 3.5), les pays s’approvisionnent généralement auprès d’un nombre de partenaires inférieur à celui théoriquement disponible à l’échelle mondiale, comme l’illustrent les valeurs supérieures de l’IHH lorsqu’il est calculé pour les importations et les exportations nationales (Graphique 3.7). De même, les pays exportent vers un nombre de marchés inférieur à celui théoriquement disponible à l’échelle mondiale9. Toutefois, la concentration moyenne des exportations nationales demeure inférieure à celle des importations et a légèrement diminué au cours de la période étudiée. Cette concentration plus forte des importations s’inscrit dans le droit fil des débats publics qui ont récemment eu lieu dans de nombreux pays concernant les dépendances aux importations. Toutefois, certains pays peuvent également être très dépendants des exportations10.
Les échanges sont généralement plus concentrés au niveau des pays qu’au niveau mondial, ce qui s’explique probablement par une conjonction de facteurs naturels – comme la proximité géographique – et le coût des échanges, en particulier dans les chaînes d’approvisionnement internationales, qui restent concentrées à l’échelon régional (ce qui signifie qu’une part importante des intrants importés provient de pays situés dans la même région géographique, comme l’Europe, l’Amérique du Nord ou l’Asie). Cela rend également compte des préférences et des politiques des pays, qui sont notamment illustrées par l’essor des accords commerciaux régionaux et préférentiels depuis les années 1990. Ces accords sont conçus pour réduire le coût des échanges et offrir des avantages spécifiques à certains partenaires, ce qui, en principe, favorise la concentration des échanges. Les politiques économiques stratégiques des importateurs et des exportateurs peuvent également jouer un rôle. Selon Arriola (Arriola et al., 2024[8]) et les analyses présentées plus loin dans ce chapitre, la concentration relativement forte des importations nationales chez les partenaires commerciaux coïncide, par exemple, avec les stratégies commerciales axées sur les exportations de la Chine, qui joue un rôle croissant dans les dépendances commerciales de nombreux importateurs (section 3.6).
3.4. La concentration des échanges est relativement faible dans les pays membres de l’OCDE, mais ils ont la possibilité de se diversifier davantage
Copier le lien de 3.4. La concentration des échanges est relativement faible dans les pays membres de l’OCDE, mais ils ont la possibilité de se diversifier davantageLes données mettent parfois en évidence des écarts marqués entre la concentration mondiale et nationale des échanges de certains produits. Pour comprendre ce phénomène, il convient d’envisager deux scénarios : l’un dans lequel le nombre de fournisseurs est naturellement limité, car seuls quelques pays exportent le produit ; et l’autre dans lequel, malgré la diversité des fournisseurs ou des clients à l’échelle mondiale, certains pays préfèrent prendre appui sur un nombre de partenaires commerciaux plus restreint que ce qui est théoriquement disponible. Ce dernier cas de figure s’explique par des « choix économiques spécifiques » (McKinsey Global Institute, 2023[18]) : des facteurs propres à une économie donnée, tels que la géographie, les accords commerciaux ou les préférences des consommateurs, poussent les pays à limiter leurs échanges à un nombre plus restreint de partenaires que ce qui est possible en théorie, ce qui donne lieu à une concentration nationale supérieure à la concentration mondiale.
Arriola (2024[8]) et Kowalski et Bates (à paraître 2025[23]) ont établi à partir de cette observation une méthode combinant les calculs des concentrations nationale et mondiale afin d’évaluer la fréquence de ces échanges concentrés de manière si notable. Dans ce contexte, les importations ou exportations nationales « fortement concentrées » ou « concentrées de manière notable » sont définies comme des importations (ou exportations) de produits importés (ou exportés) par un pays donné auprès d’un éventail de fournisseurs (ou vers des marchés) au moins deux fois plus concentrés que ce qui est possible à l’échelle mondiale. Il convient de noter que la « concentration notable » des importations (ou exportations) a été calculée uniquement pour des produits dont la concentration est déjà élevée à l’échelle mondiale, c’est-à-dire dont l’IHH des exportations (ou importations) mondiales est supérieur ou égal à 0.2.
Cette mesure, exprimée en nombre de produits SH6 dont les importations ou exportations nationales sont fortement concentrées (Graphique 3.8, parties A et B), est comparable d’un pays à l’autre. Elle présente aussi l’avantage de tenir compte des possibilités théoriques de diversification sur les marchés internationaux11. Elle est donc utilisée dans ce chapitre pour illustrer les niveaux relatifs de dépendance commerciale et son évolution dans l’ensemble des pays. Elle est également utilisée à l’annexe B pour illustrer l’évolution du nombre de produits dont les importations et exportations sont concentrées de manière notable dans chaque pays membre de l’OCDE.
De manière générale, les importations et exportations nationales fortement concentrées sont de plus en plus fréquentes en moyenne, cette hausse étant nettement plus marquée pour les importations que pour les exportations. Le Graphique 3.8 présente le nombre moyen de produits dont les importations sont fortement concentrées pour l’ensemble des pays de l’échantillon, les membres de l’OCDE, les autres grandes économies12 et tous les autres pays (c’est-à-dire ceux qui ne sont membres ni de l’OCDE ni des autres grandes économies). Dans l’ensemble des pays, la proportion de produits dont les importations sont fortement concentrées a augmenté de 50 % en moyenne entre la fin des années 1990 et le début des années 2020 (Graphique 3.8, partie A). En revanche, le niveau des exportations fortement concentrées est resté relativement stable sur toute la période examinée (Graphique 3.8, partie B). Au début des années 2020, chaque pays comptait en moyenne six fois plus de produits à forte concentration des importations que de produits à forte concentration des exportations. Toutefois, bien que les importations fortement concentrées aient augmenté dans l’ensemble des pays depuis le milieu des années 1990, la moyenne des pays membres de l’OCDE est restée relativement stable – des baisses ponctuelles ayant même parfois été enregistrées.
Les pays à plus faible revenu affichent généralement les niveaux les plus élevés d’importations fortement concentrées à l’échelle mondiale. Nombre de ces pays appartiennent à la catégorie « Autres » du Graphique 3.8. Par rapport aux membres de l’OCDE ou aux « autres grandes économies », les pays de ce groupe affichent en moyenne un nombre nettement plus élevé de produits dont les importations présentent une concentration notable ; nombre d’entre eux affichent des revenus par habitant généralement très inférieurs à ceux de l’OCDE et des autres grandes économies. Plusieurs font partie des pays les moins avancés (PMA), sont enclavés, et ont été, ou sont encore, affectés par des conflits militaires (Arriola et al., 2024[8]).
Bien que le niveau des importations fortement concentrées soit resté globalement stable en moyenne dans les pays membres de l’OCDE, certains ont enregistré des variations plus marquées, comme le montre plus en détail la partie A du Graphique 3.9 pour les pays du G7. Sur toute la période étudiée, le Japon et le Canada, et dans une moindre mesure, les États-Unis, ont affiché des niveaux d’importations fortement concentrées supérieurs à ceux des membres européens du G7. Il est intéressant de constater que l’ensemble des pays du G7 ont enregistré un recul progressif des importations fortement concentrées depuis 2007–09.
À l’inverse, on a observé une hausse frappante des importations fortement concentrées dans le groupe des autres grandes économies (Graphique 3.9, partie B), principalement en Inde, au Brésil et en Indonésie, où les scores des importations fortement concentrées ont approximativement doublé entre le milieu des années 1990 et le début des années 2020. En Afrique du Sud, en Russie et en Chine, les importations fortement concentrées ont progressé de moins de 50 %, la Chine ayant enregistré la hausse la plus modeste au sein de ce groupe. À l’instar des pays du G7, la Chine a progressivement réduit sa forte dépendance aux importations depuis 2007–09.
Parmi l’ensemble des pays membres de l’OCDE, certains affichent des niveaux de concentration des importations et des exportations plus élevés que d’autres (Graphique 3.10). On observe également des différences d’évolution de cet indicateur de dépendance commerciale d’un pays à l’autre au fil du temps, comme le montre l’annexe jointe sur les données détaillées par pays pour chaque pays membre de l’OCDE. L’Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l’Italie enregistrent généralement les scores les plus faibles des pays membres de l’OCDE pour ce qui est de la forte dépendance aux importations et aux exportations. En revanche, on n’observe aucune tendance claire pour ce qui est des pays affichant les scores de dépendance les plus élevés. On constate néanmoins que les petites économies affichent généralement des scores relativement élevés pour ce qui est de la forte dépendance aux exportations – voir également Kowalski et Bates (à paraître 2025[23]).
3.5. La dépendance commerciale mondiale et des pays de l’OCDE vis-à-vis de la Chine a fortement augmenté, mais la Chine dépend également des pays de l’OCDE
Copier le lien de 3.5. La dépendance commerciale mondiale et des pays de l’OCDE vis-à-vis de la Chine a fortement augmenté, mais la Chine dépend également des pays de l’OCDELes risques géographiques, économiques et géopolitiques sont souvent liés à l’affiliation géopolitique ou à la situation géographique des principaux partenaires commerciaux des pays. Le recensement des partenaires commerciaux dont un pays dépend le plus parmi ses relations commerciales fortement concentrées peut contribuer à mieux appréhender les risques associés à la dépendance commerciale.
Différents indicateurs de la concentration des échanges décrits dans la section 3.4 montrent qu’au cours de la période examinée, l’un des changements les plus marquants a été la montée en puissance de la Chine en tant qu’acteur incontournable des relations commerciales fortement concentrées à l’échelle mondiale. Cela se traduit par une hausse progressive de la part de la Chine dans les indicateurs de concentration moyenne des importations et exportations mondiales, les parts d’autres grands partenaires commerciaux, comme les États-Unis, l’Allemagne et le Japon, ayant diminué (Graphique 3.11). En données chiffrées, la part de la Chine dans la concentration notable des importations est passée de 5 % à 30 % au cours des 25 dernières années, alors que celle, cumulée, des États-Unis, de l’Allemagne et du Japon a diminué, passant de 30 % à 15 % (de 20 % à 11 % pour les États-Unis, de 7 % à 3 % pour l’Allemagne et de 3 % à 1 % pour le Japon (Graphique 3.11 Partie A).
Pour mieux rendre compte de l’ampleur de la dépendance commerciale à l’égard de la Chine, il est possible d’analyser les indicateurs de concentration notable des importations et exportations de produits en fonction du principal partenaire commercial. Le Graphique 3.12 indique la fréquence moyenne à laquelle un partenaire commercial représente la plus grande part des importations (partie A) ou des exportations (partie B) des produits dont les importations et les exportations sont fortement concentrées, pour l’ensemble des pays. Au début des années 2020, la Chine était le principal partenaire commercial dans 30 % des cas d’importations fortement concentrées (contre 5 % à la fin des années 1990, Graphique 3.12, partie A). Pour ce qui est des exportations, elle représentait 6 % des cas de concentration notable (contre 2 % auparavant, Graphique 3.12, partie B). Toutefois, le nombre moyen de produits à forte concentration des exportations était nettement inférieur au nombre de produits à forte concentration des importations13.
La dépendance à l’égard de la Chine est plus marquée pour le groupe des autres grandes économies que pour celui des pays membres de l’OCDE (Graphique 3.13 et Graphique 3.14). Au début des années 2020, la Chine était le partenaire commercial principal dans 60 % des cas d’importations excessivement concentrées dans les autres grandes économies (contre seulement 9 % à la fin des années 1990 ; partie B du Graphique 3.13). Dans les économies de l’OCDE, cette part atteignait 22 % (contre seulement 5 % à la fin des années 1990 ; partie A du Graphique 3.13). En revanche, pour ce qui est des exportations, la part de la Chine n’a que modérément progressé dans les exportations fortement concentrées des deux groupes de pays (Graphique 3.14)14.
L’ampleur et la progression de la dépendance vis-à-vis de la Chine décrites dans le Graphique 3.12, notamment pour ce qui est des importations, sont confirmées par une autre étude récente (Arriola et al., 2024[8]), qui utilise une autre méthode pour évaluer la contribution de certains partenaires commerciaux bilatéraux à ces dépendances commerciales15. Cette étude a révélé que la dépendance commerciale bilatérale vis-à-vis de la Chine a considérablement augmenté dans plusieurs pays et régions membres de l’OCDE depuis le milieu des années 1990. Aujourd’hui, la Chine est le pays le plus important en termes de dépendance commerciale dans l’ensemble de la zone OCDE et dans plusieurs de ses pays membres.
Dans le même temps, la dépendance commerciale des économies de l’OCDE vis-à-vis de la Chine peut également être analysée dans le contexte des dépendances de la Chine vis-à-vis des pays membres de l’Organisation. L’OCDE en tant que groupe – et en particulier plusieurs de ses pays membres considérés individuellement – occupe une place bien plus stratégique dans les importations et exportations fortement concentrées de la Chine que l’inverse (Graphique 3.15). Pendant toute la période étudiée, les importations fortement concentrées de la Chine provenaient majoritairement de partenaires commerciaux membres de l’OCDE. Tout au long de cette période, le Japon et les États-Unis étaient les principaux fournisseurs des importations fortement concentrées de la Chine. Toutefois, leur part dans les dépendances commerciales chinoises diminue progressivement (Graphique 3.15). L’Union européenne en tant que groupe a également progressivement gagné de l’importance en Chine. Juste avant la pandémie de COVID-19, l’Union européenne était le principal partenaire dans 24 % des importations fortement concentrées de la Chine, contre 10 % à la fin des années 1990. Les dépendances sectorielles de la Chine vis-à-vis des pays membres de l’OCDE concernent des secteurs dans lesquels plusieurs de ces pays membres dépendent également de la Chine. Cela est particulièrement visible dans le secteur de la fabrication avancée (p. ex. construction de véhicules automobile, fabrication de préparations pharmaceutiques, fabrication de paliers, engrenages et organes mécaniques de transmission, et fabrication de matériel de levage et de manutention).
Les parts élevées des pays membres de l’OCDE dans les dépendances commerciales de la Chine, et réciproquement, mettent en évidence le caractère mutuel de certaines de ces dépendances commerciales. Pour ce qui est du groupe des autres grandes économies, la croissance de la dépendance aux importations semble être à sens unique. Si ces pays sont devenus beaucoup plus dépendants de la Chine, la dépendance des importations chinoises vis-à-vis des membres de ce groupe n’a que légèrement augmenté.
3.6. Il convient de comprendre et d’anticiper les chocs sur les chaînes d’approvisionnement
Copier le lien de 3.6. Il convient de comprendre et d’anticiper les chocs sur les chaînes d’approvisionnementÉtant donné la diversité des chocs susceptibles de perturber les chaînes d’approvisionnement, les décideurs doivent analyser l’impact potentiel de différents événements sur les parties prenantes nationales et internationales. Pour l’OCDE, l’une des clés de la résilience des chaînes d’approvisionnement consiste à comprendre la nature des perturbations pour mieux anticiper les risques (Graphique 3.16). L’analyse de la dépendance commerciale à partir des flux commerciaux bruts de produits individuels, comme indiqué précédemment, permet de dégager les grandes tendances des dernières décennies. Toutefois, elle ne reflète pas l’ensemble des dynamiques en jeu. Cela s’explique par le fait que l’exposition des économies nationales aux chocs potentiels, ainsi que leur capacité d’adaptation à ces chocs, dépendent de leur spécialisation et de leur intégration dans les chaînes d’approvisionnement internationales. Ces caractéristiques sont difficiles à évaluer précisément sans un modèle complet de l’économie mondiale qui intègre à la fois les liens intra- et intersectoriels, tout en rendant correctement compte des ajustements macroéconomiques. Cette section présente l’analyse de l’OCDE, qui a mobilisé des données et des outils de modélisation pour suivre les effets potentiels dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. L’objectif est de mieux informer les pouvoirs publics et les entreprises afin de renforcer la résilience des chaînes logistiques.
Graphique 3.16. Pour l’OCDE, l’anticipation des risques est l’une des quatre clés de la résilience des chaînes d’approvisionnement
Copier le lien de Graphique 3.16. Pour l’OCDE, l’anticipation des risques est l’une des quatre clés de la résilience des chaînes d’approvisionnementBoîte à outils de l’OCDE pour améliorer la résilience des chaînes d’approvisionnement
Source : OCDE (2024[25]), Keys to Resilient Supply Chains. OECD Policy Toolkit: Increasing supply chain resilience, Resilient-Supply-Chains_Brochure-2024.pdf.
Le modèle METRO de l’OCDE, qui est un modèle d’équilibre général calculable (EGC), a été utilisé pour analyser la propagation des chocs dans toute la chaîne d’approvisionnement, et les principaux ajustements du marché (Arriola, Kowalski et van Tongeren, 2024[7]).16 En intégrant les relations internationales entrées-sorties, ce modèle permet de rendre compte de l’exposition aux chocs des liens commerciaux concentrés, qu’ils résultent de relations directes d’import-export ou de liens commerciaux indirects (p. ex. lorsqu’un produit exporté d’un pays vers un autre contient un composant fabriqué dans un troisième pays). Cette méthode permet également d’analyser les dépendances directes et indirectes dans les secteurs des services, contrairement à l’analyse des données sur les échanges de marchandises présentées dans les sections 3.4 et 3.5 ci-dessus. Le modèle prend également en compte les mécanismes d’ajustement conventionnels, tels que l’ajustement des prix, la substituabilité de différents intrants entre eux, le rééquilibrage des marchés de produits intermédiaires et finaux, ainsi que les marchés de différents types de main-d’œuvre et de capital, et brosse ainsi un tableau relativement exhaustif des effets économiques possibles.
L’analyse, qui met l’accent sur les réactions des secteurs économiques nationaux face aux chocs de production se produisant dans d’autres secteurs nationaux et étrangers, qu’ils soient connectés verticalement au travers des chaînes d’approvisionnement ou horizontalement au travers de la concurrence sur les marchés des produits, a examiné quels pays et grands secteurs sont susceptibles d’être particulièrement vulnérables aux chocs ou de constituer une source majeure de risque pour les autres. Bien que l’analyse repose sur plusieurs hypothèses qui doivent être considérées avec prudence au moment de formuler des recommandations d’action (comme c’est le cas pour tout exercice ayant recours à ce type de méthodologie), elle met en lumière certaines conclusions générales et conséquences stratégiques intéressantes, résumées ci-après.
L’analyse montre que la structure actuelle des liens économiques nationaux et internationaux, ainsi que les mécanismes d’ajustement qui y sont associés, ont plutôt tendance à atténuer les impacts des chocs qu’à les accentuer. C’est ce que révèle la constatation selon laquelle, dans la plupart des cas, les perturbations de la production survenant dans une région du monde entraînent des ajustements relativement légers de la production ailleurs. Cela dit, quelques données particulièrement aberrantes ont également été relevées, ce qui indique que les chocs survenant dans certains segments de l’économie mondiale peuvent avoir des répercussions bien plus importantes que d’autres.
Les effets des chocs survenant dans les autres secteurs nationaux sont généralement plus importants que les effets des chocs survenant dans les secteurs étrangers. Cela s’explique par le fait que, dans la plupart des secteurs, la dépendance des produits finaux aux intrants et aux marchés étrangers demeure inférieure à la dépendance aux intrants domestiques et aux marchés nationaux de produits et de facteurs17. En outre, les marchés internationaux offrent des possibilités d’ajustement et de diversification bien plus importantes que les marchés intérieurs.
Les perturbations de la production se produisant dans des secteurs étrangers connectés verticalement – ces types de chocs étant souvent au centre des débats sur les risques dans les chaînes d’approvisionnement internationales – ne semblent pas être la principale cause des dérèglements observés. Les résultats confirment que les perturbations rencontrées dans les secteurs situés en amont de la chaîne de valeur peuvent limiter l’accès aux intrants intermédiaires, tandis que les baisses de production en aval peuvent réduire la demande d’intrants. Toutefois, la majorité de ces effets verticaux sont 100 fois inférieurs aux chocs initiaux. Ces effets sont également moins dispersés que ceux des chocs nationaux. Cela met une nouvelle fois en lumière le degré actuel de diversification et les possibilités d’adaptation avantageuses dans les chaînes d’approvisionnement internationales.
Ces résultats donnent également à penser que de nombreux mécanismes d’ajustement économiques, tant nationaux qu’internationaux, jouent un rôle clé dans la manière dont les économies réagissent aux chocs, comme les signaux de prix, qui encouragent la substitution par d’autres fournisseurs ou marchés, et les ajustements des marchés du travail et du capital. Ces mécanismes doivent donc être intégrés aux évaluations de la dépendance commerciale et de la résilience aux chocs.
Les effets des chocs sur les économies nationales sont généralement plus limités lorsque les facteurs de production ne peuvent pas passer d’un secteur à l’autre (c’est-à-dire à court terme) que lorsqu’ils peuvent circuler librement (moyen à long terme). Cela démontre notamment que les perturbations de courte durée ont généralement moins d’impact que celles qui s’étendent sur une plus longue période. En effet, les chocs prolongés laissent davantage de temps aux marchés des facteurs pour s’adapter et répercuter les effets sur d’autres secteurs. Cela donne également à penser que des politiques visant à protéger l’emploi contre les chocs temporaires ou à restreindre les mouvements de capitaux à court terme peuvent contribuer à atténuer l’impact de ces perturbations18.
Les effets des chocs se propageant à travers les chaînes d’approvisionnement sont généralement bien moindres que les chocs initiaux. Toutefois, dans certains cas plus rares, l’ampleur des répercussions peut être plus de trois fois supérieure au choc d’origine. En outre, une succession de chocs négatifs peut avoir des conséquences bien plus importantes. Les statistiques analysant les réactions à des constellations de chocs aussi négatives donnent à penser que certains secteurs et pays pourraient être plus exposés que d’autres. Par exemple, les économies entretenant de solides liens verticaux avec de grandes puissances étrangères sont généralement plus vulnérables aux chocs sur les chaînes d’approvisionnement internationales. Selon cette étude de modélisation, l’Allemagne, le Canada, la France et le Royaume-Uni figurent parmi les pays les plus exposés. Les États-Unis, le Brésil et la Chine sont moins exposés, car ils s’appuient davantage sur leurs marchés nationaux de produits et de facteurs dans la plupart des secteurs (Graphique 3.17)19.
On observe également des différences importantes entre les pays et les secteurs pour ce qui est de la nature des chocs qui contribuent le plus à l’exposition. Par exemple, le secteur automobile allemand, qui d’après cette analyse n’est que modérément exposé aux chocs sur les chaînes d’approvisionnement internationales par rapport à d’autres secteurs, est généralement plus exposé que le secteur automobile des États-Unis. Une part importante de cette exposition peut être attribuée aux chocs survenant en Chine (Arriola, Kowalski et van Tongeren, 2024[7]).
Toutefois, les chocs qui surviennent dans d’autres secteurs de l’économie nationale (c’est-à-dire les chocs intérieurs), dominent généralement les indicateurs d’exposition, ce qui donne à penser que les principales sources de risques proviennent des économies nationales. L’exemple de l’Afrique du Sud dans le Graphique 3.18 illustre bien ce phénomène : la plupart des secteurs du pays (axe de droite) sont fortement exposés aux chocs internes, c’est-à-dire aux perturbations provenant d’autres secteurs de l’économie nationale (axe de gauche). Toutefois, la Chine est généralement le pays à l’origine de la plus grande part de l’exposition aux chocs économiques se produisant à l’étranger.
Ces deux exemples – le secteur automobile allemand et l’économie sud-africaine – confirment les conclusions de l’analyse des données granulaires présentée dans les sections précédentes : la Chine est la deuxième source majeure de chocs pour la plupart des pays (après leurs propres économies nationales).
Les résultats de la modélisation montrent que les variations des indicateurs de l’exposition sont plus marquées entre les secteurs qu’entre les pays, ce qui donne à penser que des initiatives sectorielles pourraient être mises en place pour réduire l’exposition aux chocs. Dans ce contexte, il convient de noter que les secteurs manufacturiers sont en moyenne beaucoup plus exposés aux chocs de production étrangers que les secteurs des services ou les secteurs agricole et alimentaire. En effet, les secteurs manufacturiers sont plus internationalisés, tant pour ce qui est de la destination de leur production que de l’approvisionnement en intrants intermédiaires. Ainsi, les secteurs de l’électronique, des métaux, du fer et de l’acier, des machines et des équipements, ainsi que des produits chimiques semblent les plus exposés (Graphique 3.19)20.
Les chocs économiques trouvant leur origine dans les secteurs des services, lesquels représentent une part importante de l’emploi dans certains pays (comme l’hôtellerie, le commerce de détail, la construction et l’entreposage et les services auxiliaires), peuvent avoir des répercussions relativement importantes sur l’économie mondiale. Les simulations montrent toutefois que les effets des chocs survenant dans les grands secteurs des services ne se propagent généralement pas par l’intermédiaire de restrictions d’accès aux intrants intermédiaires ou d’une baisse de leur demande (c’est-à-dire par l’intermédiaire des liens verticaux dans les chaînes d’approvisionnement internationales), mais qu’ils se diffusent plutôt à l’échelle de l’économie nationale, en impactant les marchés des facteurs de production. À moyen et long terme, une baisse de la production dans ces secteurs entraîne généralement une libération de main-d’œuvre et de capital, qui sont réaffectés à d’autres segments de l’économie, ce qui a des effets sur les autres secteurs. Par exemple, les chocs affectant les services aux entreprises – un secteur fortement interconnecté en amont et en aval avec les secteurs manufacturiers – se propagent selon un schéma plus classique de transmission verticale des chocs étrangers par l’intermédiaire des chaînes d’approvisionnement internationales (c’est-à-dire entre des secteurs liés verticalement en amont et en aval et situés dans différents pays).
Les agrégations peuvent masquer certains effets sur les produits critiques. La modélisation utilisée dans cette analyse offre une vision claire de l’exposition globale aux chocs économiques et de leurs mécanismes de transmission à l’échelle de l’économie mondiale. Toutefois, cette modélisation est limitée par certaines hypothèses qui dépendent souvent de la disponibilité des données, et nécessitent de prendre des précautions importantes dans le cadre de cette analyse. L’agrégation des secteurs utilisée dans cette analyse pose notamment problème21, car elle peut occulter certains effets liés à des catégories de produits stratégiques plus spécifiques, qui sont au centre des débats sur la propagation des chocs et la résilience des chaînes d’approvisionnement (comme les semi-conducteurs, les ressources minérales utilisées par les technologies respectueuses de l’environnement, ou certaines catégories de produits alimentaires et médicaux). Cela peut s’avérer particulièrement problématique si, dans la pratique, l’hétérogénéité est forte au sein des grands secteurs. Par exemple, différentes matières premières susceptibles d’être des intrants essentiels à la production de différents secteurs industriels sont regroupées ensemble, ce qui risque de donner une vision trop optimiste des possibilités de substitution22. Néanmoins, si l’analyse menée à l’échelle des grands secteurs met en évidence des signes d’exposition aux chocs, cela signifie probablement qu’au moins certains produits ou activités plus spécifiques relevant de cette catégorie sont également susceptibles d’être exposés. Cette analyse et ses conclusions ne prétendent donc pas être exhaustives, elles constituent plutôt un premier filtre permettant de recenser les grands secteurs économiques qui pourraient faire l’objet d’une étude plus approfondie au moyen de méthodes permettant de détailler davantage les produits.
Il est important de faire preuve de vigilance face à la simplification excessive de relations complexes. De manière générale, ce type de modélisation, traditionnellement utilisé pour analyser certains aspects importants des secteurs agricole, extractif et manufacturier, repose sur des hypothèses simplificatrices concernant les liens incroyablement complexes et à fort impact potentiel qui sous-tendent actuellement l’économie mondiale. Autre exemple : le système financier et de paiement. Dans l’analyse présentée plus haut, les services financiers ne sont soit pas pris en compte du tout (c’est le cas dans l’étude des données granulaires sur les échanges de marchandises), soit uniquement intégrés dans la mesure où leur utilisation par les consommateurs constitue un intrant pour la production d’autres secteurs (dans les méthodes TIES et EGC), les marchés monétaires et de devises ou le système de paiement étant exclus. Les dépendances associées (comme celles liées à certaines devises ou aux systèmes de paiement), qui peuvent être tout aussi importantes – voire plus – que les dépendances commerciales classiques, ne sont donc pas prises en compte. Toutefois, les publications récentes montrent que la forte concentration des services financiers dans certaines économies pourrait engendrer des dépendances importantes pour certains pays (Maggiori, Clayton et Schreger, 2024[26]).
3.7. La relocalisation ou la réduction des échanges limite-t-elle l’exposition aux chocs et diminue-t-elle la dépendance commerciale ?
Copier le lien de 3.7. La relocalisation ou la réduction des échanges limite-t-elle l’exposition aux chocs et diminue-t-elle la dépendance commerciale ?L’analyse présentée dans ce chapitre met en évidence une forte concentration de certaines relations commerciales, ce qui pourrait accroître le risque de dommages économiques ou autres causés par des chocs, notamment ceux induits par l’action des pouvoirs publics. Cela souligne l’importance de suivre de près les indicateurs de concentration commerciale afin d’anticiper les effets potentiels des chocs et des perturbations. Les entreprises auront probablement tout intérêt à intégrer ces indicateurs dans leurs stratégies de gestion des risques. Les décisions stratégiques des entreprises dépendent non seulement des relations de dépendance, mais également de la probabilité des chocs, notamment ceux liés à l’action publique. Toutefois, si les décideurs jugent insuffisantes les mesures d’atténuation mises en place par le secteur privé, ils peuvent choisir d’intervenir (p. ex. Felbermayr et Janeba (2024[27])). Certains gouvernements pourraient intervenir en proposant de privilégier les partenaires commerciaux des pays voisins ou des pays amis. Une telle stratégie pourrait entraîner la disparition de certaines interdépendances commerciales avantageuses.
Certaines tensions géopolitiques et incertitudes sur le plan de l’action publique influencent déjà les décisions des entreprises (Evenett, 2023[28]). Une enquête menée auprès de nombreuses entreprises (Accenture, 2023[29]) et une autre menée auprès d’entreprises allemandes (EconPol, 2024[30]) ont révélé qu’un nombre croissant de sociétés investissent massivement dans la relocalisation, le déplacement de leurs opérations et la diversification de leurs fournisseurs, parmi d’autres stratégies visant à améliorer la résilience. Ces évolutions s’observent également à l’échelle macroéconomique, notamment à travers la réorganisation des échanges bilatéraux entre la Chine, les États-Unis et l’Union européenne, ainsi que par l’essor d’économies tierces (OCDE, 2024[31]).
Une analyse récente des effets macroéconomiques montre que l’inversion de l’intégration économique mondiale pourrait être coûteuse. D’après un rapport du FMI synthétisant plusieurs analyses par modélisation des coûts de la fragmentation des échanges, réalisées par différents auteurs et institutions dans le sillage de la pandémie de COVID-19 et de la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine (FMI, 2023[32]), les obstacles aux échanges et aux circuits de diffusion technologique23 pourraient coûter jusqu’à 12 % du PIB national à certaines économies24.
L’OCDE étudie également ces effets. Une étude par modélisation de l’OCDE a comparé deux scénarios : un système d’échanges commerciaux entièrement « interconnecté » et un système « localisé ». Elle a révélé que certaines politiques visant à relocaliser les chaînes de valeur pourraient engendrer des coûts élevés en termes d’efficience, et ne garantiraient pas nécessairement une plus grande stabilité face aux chocs économiques (Graphique 3.20). Par rapport à un système interconnecté, une relocalisation associée à des hausses des droits d’importation, des subventions à la production nationale et des restrictions supplémentaires à l’approvisionnement international dans l’ensemble des pays25, pourrait réduire les échanges mondiaux de plus de 18 % et entraîner une baisse du PIB réel mondial supérieure à 5 %. Les pertes individuelles des pays pourraient s’échelonner de 1.1 à 12.2 % du PIB, selon le degré et la nature de leur intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Par ailleurs, la modélisation d’un ensemble stylisé de chocs sur les chaînes d’approvisionnement26 dans un système localisé a montré que la stabilité du PIB, de la production et de la consommation ne variait guère par rapport à un système d’échanges interconnecté. En réalité, dans plus de la moitié des économies, le système localisé a entraîné une baisse de la stabilité du PIB. Cela remet en question certains arguments avancés dans le cadre du débat général sur les risques liés aux chaînes de valeur mondiales, et démontre que l’ouverture et la diversification géographique des sources d’approvisionnement et des débouchés peuvent à la fois offrir des possibilités importantes de s’adapter aux perturbations, et exposer à des chocs provenant d’un plus large éventail de sources.
D’autres études cherchent à mettre en évidence les risques d’une désintégration plus marquée du commerce mondial pour les échanges et le développement à l’échelon international. Une étude de l’OMC prend appui sur le modèle de commerce mondial de cette organisation et la méthodologie élaborée par Góes et Bekkers (2022[33]) pour analyser les potentielles répercussions de l’invasion de l’Ukraine par la Russie (OMC, 2022[34]). Cette étude modélise plusieurs scénarios hypothétiques dans lesquels la montée des tensions géopolitiques entraîne une division de l’économie mondiale en deux blocs : oriental et occidental. Les pays seraient répartis entre ces blocs en fonction de leur vote à l’Assemblée générale des Nations Unies sur les résolutions condamnant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Elle examine les effets de la diffusion technologique entre les économies avancées et en développement, et met en évidence un large éventail d’effets économiques possibles, s’échelonnant de moins de 1 % du PIB pour certains pays à 12 % pour d’autres, en fonction de leur niveau de développement et de leur dépendance à l’égard du circuit de diffusion technologique27.
Une étude connexe du FMI s’est concentrée sur la région Asie-Pacifique et a analysé les effets d’une élimination hypothétique du commerce dans les secteurs des technologies de pointe et de l’énergie au sein de blocs géopolitiques rivaux définis de manière similaire (FMI, 2022[35]). Cette étude a mis en évidence des pertes de production mondiale pouvant atteindre 1.5 % du PIB global. Toutefois, les pays à forte intensité commerciale de la région Asie-Pacifique subiraient des pertes encore plus importantes, estimées à environ 3.3 % du PIB. Une évaluation ultérieure menée par le FMI a examiné différents scénarios de fragmentation, allant de restrictions partielles à totales des échanges entre les différents blocs. Selon le scénario et les élasticités commerciales, qui influencent les coûts d’ajustement aux chocs commerciaux dans le modèle, les pertes de production ont varié de moins de 1 % à 7 % du PIB mondial dans les scénarios les plus extrêmes (Bolhuis, Chen et Kett, 2023[36]).
Une autre étude récente de modélisation menée par l’OCDE met en lumière certains des coûts économiques liés à la fragmentation du commerce mondial (Arriola et al., 2024[8]). Examinant de plus près les conséquences possibles de la fragmentation du commerce mondial sur les pays membres de l’OCDE, cette étude a modélisé les effets macroéconomiques potentiels d’une réduction des échanges entre les pays membres de l’OCDE et les autres grandes économies28. Un scénario modéré et très stylisé pose l’hypothèse selon laquelle tous les flux d’échanges de biens et de services entre chacun des pays membres de l’OCDE et chacune des autres grandes économies ont été réduits de 10 % en termes réels (ce phénomène étant qualifié de « choc de réduction des échanges » ou de « choc commercial »)29. Ce scénario a été analysé à l’aide des données et des techniques de l’OCDE prenant appui sur les tableaux internationaux d’entrées-sorties, et du modèle METRO d’équilibre général calculable du commerce de l’OCDE30.
Cette analyse révèle que la plupart des pays membres de l’OCDE et des autres grandes économies subissent des pertes dans ce scénario de réduction des échanges, bien que l’on observe d’importantes variations d’un pays à l’autre. Selon le cadre de modélisation utilisé et le pays étudié, les baisses du PIB s’échelonnent de zéro à environ 1.7 %. Les pays membres de l’OCDE et les secteurs dont les échanges commerciaux sont plus étroitement liés aux autres grandes économies qu’à l’OCDE subissent des effets plus négatifs, tandis que ceux qui entretiennent des liens plus forts au sein de l’OCDE sont mieux protégés contre les impacts du choc commercial. Les pays membres de l’OCDE en Asie-Pacifique, notamment la Corée du Sud et l’Australie, sont les plus touchés, alors que les pays membres de l’OCDE en Amérique du Nord restent largement épargnés. Dans toutes les régions de l’OCDE, la principale cause de la réduction du PIB est la diminution des échanges avec la Chine, même si certains pays membres de l’OCDE sont également exposés de manière notable à d’autres grandes économies. Cela n’est guère surprenant dans la mesure où la Chine représente près des deux tiers du total des échanges commerciaux des autres grandes économies avec l’OCDE.
On observe que le choc commercial modélisé affecte le PIB de certaines autres grandes économiques plus durement que celui des pays membres de l’OCDE. Cela s’explique par le fait que les liens d’exportation et d’importation perturbés dans ce scénario représentent une part plus importante de l’économie des autres grandes économies. Les effets négatifs sur l’exploitation et l’extraction minières rendent compte de l’importance des flux de ressources minérales entre l’OCDE et les autres grandes économies.
Tous les secteurs de l’économie ne sont pas exposés dans la même mesure au choc commercial modélisé31. La liste des secteurs les plus touchés varie d’un pays à l’autre, mais il est fréquent de constater que le secteur primaire, et en particulier les industries liées à l’exploitation et l’extraction minières, présentent les niveaux d’exposition les plus élevés. Cela s’explique par le fait que le choc commercial limite plusieurs flux essentiels de ressources minérales entre l’OCDE et les autres grandes économies.
Dans l’ensemble, les résultats de ces différentes études de modélisation prenant appui sur divers scénarios de fragmentation du commerce international donnent à penser que le débat sur la dépendance commerciale et la réduction des risques doit minutieusement prendre en compte les coûts et les avantages potentiels des différentes stratégies politiques. Les différentes méthodologies employées pour obtenir des données mettent toutes en évidence une forte interdépendance commerciale entre l’OCDE et les autres grandes économies (en particulier entre les pays membres de l’OCDE et la Chine), ainsi que des coûts économiques potentiellement élevés en cas de perturbations majeures des échanges entre ces partenaires commerciaux.
Références
[29] Accenture (2023), Resiliency in the making: Turning adversity into advantage for engineering, supply, production and operations, Accenture, https://www.accenture.com/content/dam/accenture/final/accenture-com/document-2/Accenture-Resiliency-in-the-Making-Report.pdf.
[14] Arriola, C. et al. (2023), « Challenges to international trade and the global economy : Recovery from COVID-19 and Russia’s war of aggression against Ukraine », Documents de travail de l’OCDE sur la politique commerciale, n° 265, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/5c561274-en.
[8] Arriola, C. et al. (2024), « Towards demystifying trade dependencies: At what point do trade linkages become a concern? », Documents de travail de l’OCDE sur la politique commerciale, n° 280, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/2a1a2bb9-en.
[3] Arriola, C. et al. (2020), Efficiency and risks in global value chains in the context of COVID-19, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/3e4b7ecf-en.
[7] Arriola, C., P. Kowalski et F. van Tongeren (2024), « Shocks in a highly interlinked global economy », Documents de travail de l’OCDE sur la politique commerciale, n° 283, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/4a2f0127-en.
[2] Arriola, C., P. Kowalski et F. van Tongeren (2021), « The impact of COVID-19 on directions and structure of international trade », Documents de travail de l’OCDE sur la politique commerciale, n° 252, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/0b8eaafe-en.
[9] Ayadi, R. et al. (2021), « Demand and supply exposure through global value chains: Euro‐Mediterranean countries during COVID », The World Economy, vol. 45/3, pp. 637-656, https://doi.org/10.1111/twec.13156.
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. Cela s’inscrit dans le droit fil de la plupart des publications récentes, comme résumé dans Arriola et al. (Arriola et al., 2024[8]).
← 2. Celles-ci dépendent des technologies utilisées dans le cadre de la production, ainsi que des préférences des consommateurs, et sont généralement estimées de manière économétrique et intégrées dans les évaluations par modélisation, en tant que paramètres de ces modèles.
← 3. Le fait de prendre appui uniquement sur des données granulaires relatives aux échanges ne permet généralement pas de rendre compte des liens directs entre commerce et production (ou « entrées-sorties »), ce qui peut conduire à sous-estimer les dépendances et l’exposition des secteurs nationaux. En outre, les échanges bruts ne rendent pas compte des vulnérabilités découlant des liens indirects intégrés dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Par exemple, les écrans d’ordinateur fabriqués en Corée peuvent dépendre indirectement du cuivre produit au Chili, qui est utilisé pour le câblage des LED fabriquées en Chine et intégrées aux écrans coréens. En raison des limites inhérentes à l’emploi d’une seule méthode, les études en combinent souvent plusieurs ou élaborent des solutions innovantes pour pallier ces contraintes. Par exemple, Arriola (2024[8]) a recours à une analyse des données granulaires combinée à des modèles d’entrées-sorties et d’équilibre général calculable afin d’obtenir une vision plus globale de l’évolution des dépendances commerciales à l’échelle mondiale.
← 4. Le département de la Justice et la Réserve fédérale des États-Unis considèrent, par exemple, que les marchés dont l’IHH est compris entre 0.15 et 0.25 sont modérément concentrés, et que ceux dont l’IHH est supérieur ou égal à 0.25 sont fortement concentrés. Voir : https://www.justice.gov/atr/herfindahl-hirschman-index.
← 5. Il s’agit du résultat que l’on obtiendrait si l’on ne comptait que cinq fournisseurs bénéficiant d’une part de marché égale, soit 20 % chacun. Si l’on comptait dix fournisseurs ayant chacun une part de marché de 10 %, on obtiendrait alors une valeur de 0.1. Ces exemples sont donnés uniquement à titre illustratif, car en réalité, de nombreuses configurations de parts de marché inégales peuvent aboutir à une valeur donnée de l’IHH.
← 6. Dans cette analyse, les produits sont définis au niveau à six chiffres du Système harmonisé (SH) de désignation et de codification des marchandises des Nations Unies. Voir https://www.wcoomd.org/fr/topics/nomenclature/overview/what-is-the-harmonized-system.aspx.
← 7. Il convient de noter que les indices de concentration des produits SH6 varient considérablement autour de leurs valeurs moyennes. Par exemple, sur la période 2017–19, 52 des 4 839 produits SH6 faisant l’objet de liens commerciaux actifs, soit environ 1 % de l’ensemble des liens actifs, étaient exportés par un seul pays (c’est-à-dire présentaient un IHH égal à 1). Plus de 90 produits exportés présentaient un IHH supérieur ou égal à 0.75 (2 % de l’ensemble des liens actifs). À l’inverse, 3 502 produits – soit 72 % des produits exportés – présentaient des IHH des exportations mondiales inférieurs ou égaux à 0.2 (Arriola et al., 2024[8])
← 8. Par exemple, une liste de produits stratégiques a été constituée par Arriola et al. (2024[8]) à la suite d’une étude de la fragmentation des investissements internationaux directs (FMI, 2023[32]) prenant appui sur une liste de ressources naturelles et de secteurs manufacturiers de pointe désignés comme stratégiques dans une étude menée par l’Atlantic Council (Tran, 2023[37]).
← 9. Il convient de souligner que les restrictions d’accès aux marchés et les accords commerciaux préférentiels ne sont pas pris en compte.
← 10. Comme indiqué dans Kowalski et Bates (à paraître 2025[23]), la dépendance aux exportations joue un rôle majeur dans les petites économies ouvertes, telles que la Lituanie.
← 11. De même, cette mesure est fortement corrélée à d’autres indicateurs de la concentration nationale des échanges, qui peuvent être calculés à partir des mêmes données et de la méthodologie de l’IHH et des parts de marché pour suivre et évaluer l’ampleur de la dépendance commerciale entre les pays et dans le temps.
← 12. Le groupe des autres grandes économies est composé de l’Afrique du Sud, du Brésil, de la Chine, de l’Inde, de l’Indonésie et de la Russie.
← 13. Il convient également de noter que la part relativement élevée des Pays-Bas en tant que pays de destination des exportations fortement concentrées s’explique par le rôle important joué par le port néerlandais de Rotterdam en tant que principal point d’entrée des importations de marchandises dans l’Union européenne. Cela illustre également certaines des limites susmentionnées de l’utilisation des données commerciales brutes pour mesurer la dépendance commerciale.
← 14. Là aussi, la part relativement élevée des Pays-Bas en tant que pays de destination des exportations fortement concentrées s’explique par le rôle important joué par le port néerlandais de Rotterdam en tant que principal point d’entrée des importations de marchandises dans l’Union européenne.
← 15. Cette étude définit la dépendance commerciale bilatérale comme suit (voir également la section 3.4 ci-dessus) : un pays est considéré comme dépendant vis-à-vis d’un partenaire spécifique au cours d’une période donnée dans le cadre du commerce d’un produit si : 1) au moins 10 % des importations (ou exportations) de ce produit à l’échelle nationale proviennent de (sont exportées vers) ce partenaire spécifique ; et dans le même temps 2) ce pays ne peut pas facilement remplacer ces importations (exportations) bilatérales spécifiques par d’autres sources (ou marchés), parce que ses importations proviennent d’un nombre relativement restreint de fournisseurs (ou qu’il exporte vers un nombre relativement restreint de marchés) ou, en d’autres termes, la concentration globale de ses importations (exportations) nationales de ce produit est élevée. On considère que la concentration des importations (ou des exportations) est forte lorsque l’IHH de concentration des importations se rapportant aux pays fournisseurs (ou de concentration des exportations se rapportant aux pays de destination) est supérieur ou égal à 0.2.
← 16. Le modèle des échanges de l’OCDE, METRO, est un modèle d’équilibre général calculable (EGC) multisectoriel et multirégional de l’économie mondiale qui utilise des données pour étudier l’impact économique des changements de politique, de technologie et d’autres facteurs. METRO assure le suivi des innombrables modes de connexion des économies, suit la façon dont la production et le commerce sont liés par les chaînes de valeur mondiales et analyse comment répartir au mieux les ressources entre toutes les activités économiques. Pour plus de détails, voir https://www.oecd.org/fr/themes/modele-metro.html.
← 17. Il s’agit des marchés des facteurs de production (les matières premières, la main-d’œuvre, le capital et la terre), que les entreprises doivent acheter, louer ou embaucher pour produire des biens et des services.
← 18. Par exemple, plusieurs pays de l’Union européenne ont mis en place des politiques de protection de l’emploi pendant la pandémie de COVID-19. Cela dit, l’ampleur des effets prévus par les différentes hypothèses de mobilité des facteurs varie selon les secteurs et les pays, et dépend du poids du secteur touché dans les marchés nationaux du travail et des capitaux. Pour plus d’informations, voir Arriola, Kowalski et van Tongeren (2024[7]).
← 19. Il convient de souligner qu’en raison de contraintes liées aux données et aux capacités de calcul, cette analyse couvre moins de pays que l’étude détaillée des données sur les échanges présentée plus haut dans ce chapitre.
← 20. Toutefois, si l’on part de l’hypothèse que les facteurs de production ne peuvent pas passer d’un secteur à l’autre, les industries extractives ainsi que les secteurs manufacturiers qui leur sont associés (métaux, fer et acier, produits chimiques) deviennent les plus exposés aux chocs économiques. Voir Arriola, Kowalski et van Tongeren pour une analyse de cet effet (2024[7]).
← 21. L’analyse distingue 23 secteurs (15 secteurs manufacturiers et 8 secteurs des services), illustrés dans le Graphique 3.19.
← 22. Il convient de souligner qu’une analyse connexe de l’OCDE a exploré une autre méthodologie associant des données granulaires sur les échanges à une analyse des TIES, afin d’approfondir certains détails majeurs (Berthou, Haramboure et Samek, 2024[22]).
← 23. D’autres facteurs entrent en jeu, comme les migrations, les flux de capitaux transfrontières et l’intégration financière, bien que ces aspects soient moins étudiés.
← 24. Cette étude a également révélé que l’estimation des coûts repose sur des hypothèses solides, mais souvent incertaines, concernant non seulement la manière de représenter les interdépendances économiques complexes qui caractérisent le système commercial mondial, mais aussi les types de stratégies de fragmentation ou de réduction des risques à envisager. Ces stratégies peuvent varier, depuis de légers renforcements des barrières commerciales jusqu’à la création de blocs commerciaux géopolitiques plus ou moins autarciques, en passant par une intégration régionale discriminatoire.
← 25. Le système des économies localisées a simulé une série de mesures de relocalisation hypothétiques et stylisées. Dans ce scénario, tous les pays décident de réduire leur intégration à la chaîne d’approvisionnement en imposant des droits de douane de 25 % sur tous les biens importés, en combinant des hausses des droits de douane, des subventions à la production nationale (par la mise en place de subventions à la valeur ajoutée équivalant à 1 % du PIB, ciblant à la fois la main-d’œuvre et le capital dans les secteurs nationaux autres que les services) et des restrictions supplémentaires à l’approvisionnement international (mises en œuvre au travers d’une réduction de moitié des élasticités de transformation des exportations et des élasticités de substitution des importations entre les variétés nationales et étrangères de produits, et des élasticités de substitution entre les différentes variétés de produits étrangers).
← 26. L’éventail des chocs modélisés comprenait des hausses et des baisses de probabilité égale et non corrélées géographiquement du coût des échanges bilatéraux (des importations comme des exportations) entre chaque pays ou région du modèle et l’ensemble de leurs partenaires commerciaux.
← 27. Cette étude montre que les économies en développement et émergentes seraient les plus touchées par le découplage commercial et technologique, car leurs performances économiques dépendent largement du circuit de diffusion des technologies, qui est affecté par le découplage des échanges entre les blocs.
← 28. Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde, Indonésie et Russie.
← 29. Tous les autres flux commerciaux étaient supposés ne pas être affectés directement, mais pouvaient subir des effets indirects, par exemple en cas d’interruption des liens indirects dans le cadre des échanges entre l’OCDE et les autres grandes économies, si de tels liens existent, ou encore par la réorientation des flux commerciaux et d’autres ajustements économiques.
← 30. Comme décrit plus haut, ces deux méthodes permettent d’évaluer les implications macroéconomiques des dépendances commerciales, mais avec des niveaux de détail différents en fonction des pays et des secteurs, et en mettant l’accent sur divers mécanismes d’ajustement économique. Elles examinent également les chaînes d’approvisionnement d’un point de vue plus global, en rendant compte non seulement des dépendances commerciales découlant de relations directes d’import-export, mais aussi de celles pouvant découler de liens commerciaux indirects (p. ex. lorsqu’un produit exporté d’un pays vers un autre contient un composant fabriqué dans un troisième pays).
← 31. Dans plusieurs cas, les secteurs les plus dépendants des échanges entre l’OCDE et les autres grandes économies ne représentent qu’une faible part de l’économie de leur pays. À l’inverse, la liste des secteurs fortement touchés comprend également des secteurs revêtant une importance majeure, à l’échelon national comme international.