Ce chapitre présente les principaux résultats de l’édition 2025 du Cadre multidimensionnel de l’OCDE sur la fragilité, notamment l’état de la fragilité dans le monde et les grandes caractéristiques des 61 contextes en situation de fragilité élevée ou extrême. L’analyse met en évidence les tendances les plus pertinentes à prendre en compte dans la perspective de l’action humanitaire et de l’action en faveur du développement et de la paix, en attirant l’attention sur les tendances en matière de fragilité qui sont liées à la politique, à la violence et à l’économie ainsi que sur leurs conséquences sur des enjeux tels que les inégalités, l’insécurité alimentaire et les déplacements forcés.
2. L’état de fragilité en 2025
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En bref
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Les 177 contextes analysés en référence au Cadre multidimensionnel de l'OCDE sur la fragilité sont tous exposés à un certain niveau de fragilité, mais 43 d'entre eux sont considérés comme en situation de fragilité élevée et 18 en situation de fragilité extrême. Le présent rapport porte principalement sur ces 61 contextes.
La polarisation politique, l’augmentation des besoins de financement et le manque de données compromettent sérieusement la concrétisation du Programme de développement durable à l'horizon 2030. Aucun contexte de fragilité élevée ou extrême n’est propice à la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) concernant la paix, la famine, la santé et l’égalité des genres.
Les tendances négatives liées aux dimensions sécuritaire, économique et politique sont les plus marquantes. Elles sont étroitement liées au creusement des inégalités, à l’aggravation de la pauvreté et de l'insécurité alimentaire et à la multiplication des déplacements forcés. Les contextes en proie à une fragilité élevée ou extrême hébergent 25 % de la population mondiale, mais 72 % des personnes en situation d’extrême pauvreté de la planète. D’après les calculs effectués aux fins du présent rapport, il se pourrait que, d’ici à 2040, 92 % de la population mondiale en situation d’extrême pauvreté vivent dans des contextes de fragilité élevée ou extrême.
De nombreux types d’économies sont en proie à une fragilité élevée à extrême, plus souvent observée dans des contextes à revenu intermédiaire (34) que dans des contextes à faible revenu (26). La reprise au lendemain de la pandémie a été d’autant plus difficile que le niveau de fragilité était élevé : le taux de croissance médian par habitant s’est stabilisé autour de 2 % dans les contextes exposés à une fragilité élevée alors qu’il était négatif dans des contextes de fragilité extrême. En 2023, ces contextes ont attiré moins de 5 % des entrées nettes mondiales d’investissement direct étranger (IDE) bien qu’ils hébergent un quart de la population mondiale.
Les conflits violents sont fortement concentrés dans les contextes en situation de fragilité élevée ou extrême En 2023, 27 des 61 contextes présentant un niveau élevé ou extrême de fragilité ont été confrontés à la violence organisée. Au moins une des parties à 47 des 59 conflits armés impliquant des États était en situation de fragilité élevée ou extrême.
Les avancées récentes en matière d’égalité des genres sont soumises à des menaces multiples. Huit des dix contextes affichant les disparités les plus marquées entre les genres sont exposés à une fragilité élevée ou extrême. Les tendances négatives en termes d’égalité des genres et de violence à l’encontre des femmes et des filles vont de pair avec le recul de la démocratie ; de nombreux dirigeants en poste dans des contextes autocratiques et en voie d’autocratisation instrumentalisent en effet les questions de genre à des fins politiques, au détriment des droits des femmes.
Les contextes de fragilité élevée ou extrême sont l’origine et le réceptacle de la majorité des populations déplacées de force dans le monde. Plus de 100 millions de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays viennent de contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême, ce qui représente près des quatre cinquièmes des personnes déplacées de force à l’échelle mondiale.
Tendances mondiales de la fragilité en 2025
Copier le lien de Tendances mondiales de la fragilité en 2025Les rapports précédents sur les États de fragilité ont attiré l’attention sur le fait qu’un tournant décisif pour la concrétisation du Programme de développement durable à l'horizon 2030 a été manqué (en 2020), ce qui a donné lieu à une période de crises (2022) déclenchées par les chocs systémiques mondiaux du COVID-19, du changement climatique et de la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine. En 2025, les conclusions tirées de la mise en œuvre du Cadre multidimensionnel de l'OCDE sur la fragilité ont fourni la matière de l’évaluation présentée au chapitre 1 qui évoque un monde en pleine mutation où tous les contextes présentent un niveau de fragilité plus ou moins élevé. (Infographie 2.1). La concentration de la fragilité dans les contextes les moins dotés en capacités pour y faire face est toutefois une tendance établie ; 43 des 177 contextes analysés sont considérés comme exposés à une fragilité élevée, et 18 à une fragilité extrême1. En 2025, 2.1 milliards de personnes, soit 25 % de la population mondiale, vivent dans ces 61 contextes qui, en 2024, accueillaient 72 % des personnes en situation d’extrême pauvreté dans le monde. D’après les projections établies aux fins du présent rapport, il se pourrait que, d’ici à 2040, 92 % de la population mondiale en situation d’extrême pauvreté vivent dans des contextes de fragilité élevée ou extrême.
Infographie 2.1. La fragilité est universelle car tous les contextes s’échelonnent sur un spectre de risques et de résilience
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Comme le montre le Graphique 2.1, la fragilité dans le monde a progressé modérément dans l’ensemble. C'est dans les contextes extrêmement exposés que la fragilité a le plus augmenté, même si l'on observe également une hausse notable dans des contextes qui ne sont pas éligibles à l'aide publique au développement (APD) et dont la fragilité est d’un niveau moyen à faible. Si les contextes non éligibles à l'APD font preuve d’une plus grande résilience que ceux présentant une fragilité élevée ou extrême, la tendance à l’aggravation de la fragilité est la traduction de tensions politiques et d'un mécontentement croissant face à des pressions économiques telles que l'inflation.
Les écarts entre les contextes les plus et les moins exposés continue de se creuser (Graphique 2.1 ), faisant écho aux tendances associées sur le plan de la pauvreté et des inégalités qui sont analysées plus en détail dans une autre partie du chapitre. Le creusement des écarts montre également qu’à l’échelle mondiale, la reprise depuis le COVID-19 n’a pas gagné de manière égale tous les contextes.
Graphique 2.1. C'est dans les contextes exposés à une fragilité extrême que la fragilité a le plus augmenté
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Note : chaque trait de couleur représente la moyenne pondérée par la population des scores de fragilité de chaque catégorie de contextes. En 2023, 18 contextes étaient exposés à une fragilité extrême, 43 à une fragilité élevée et 116 à une fragilité moyenne à faible (contextes éligibles, ou non, à l’APD). Le graphique de gauche montre les scores de fragilité remis à l’échelle de 0 à 100 (du plus faible au plus élevé) ; le graphique de droite montre l'évolution relative de la fragilité, en 2015, pour chaque catégorie en partant de 0.
Source : UN DESA (2024[1]), 2024 Revision of World Population Prospects (base de données), https://population.un.org/wpp/.
La capacité à suivre l’exposition à des facteurs de risque et la résilience sur des périodes plus longues a considérablement amélioré la compréhension des dynamiques de fragilité et de leurs répercussions. Le Cadre de l’OCDE sur la fragilité a été créé en 2015, l’année du lancement des ODD. Depuis lors, la fragilité est restée élevée dans un ensemble spécifique de contextes (Graphique 2.1). Sur les 56 contextes recensés dans le cadre de la première application du Cadre sur la fragilité en 2016, 50 continuent d'être exposés à une fragilité élevée ou extrême. Pourtant, cette apparente stabilité masque une puissante dynamique. L’Encadré 2.1 présente un panorama de certaines des nuances qui se cachent derrière ces tendances.
Encadré 2.1. Principales tendances observées depuis 2015 en matière de fragilité
Copier le lien de Encadré 2.1. Principales tendances observées depuis 2015 en matière de fragilitéC'est au Timor-Leste, aux Maldives, en Gambie, en Arménie, au Qatar et en République de Moldova que l'exposition à la fragilité a le plus diminué depuis 2015 (sachant que tous les contextes partaient d'un niveau de référence différent) ; bon nombre de contextes où la fragilité a reculé ont connu récemment un mouvement de démocratisation. À l’inverse, c’est en République bolivarienne du Venezuela, en Syrie, au Myanmar et au Nicaragua qu’elle a le plus augmenté.
L’aggravation de la fragilité est un phénomène mondial
La fragilité a progressé depuis l’adoption du Cadre sur la fragilité, en particulier au regard des dimensions sécuritaire, politique et économique. Produit de l'incidence croissante de multiples formes de violence, la fragilité dans sa dimension sécuritaire est devenue plus prononcée dans 93 contextes sur 177. La fragilité politique et sociétale s’est accrue dans 107 des contextes, sous l’effet de la troisième vague d’autocratisation. La fragilité s’est également aggravée dans sa dimension économique dans plus de la moitié des contextes, soit 94. Bien que les tendances générales associées à la fragilité environnementale soient restées relativement stables, cette forme de fragilité a pris de l’ampleur dans plusieurs cas concentrés dans certaines régions, à savoir le Moyen-Orient et le Sahel.
Les cas où l’on observe une diminution de la fragilité humaine donnent à penser que la coopération pour le développement peut avoir des retombées positives
La fragilité dans sa dimension humaine a reculé dans 135 des 177 contextes depuis 2015. Les contextes dans lesquels l’amélioration a été la plus notable sont la Sierra Leone, l’Irak (même s’il reste exposé à une extrême fragilité), le Nigéria et le Bangladesh. C’est en République populaire démocratique de Corée, au Venezuela et en Libye en revanche qu’elle a gagné le plus de terrain. Il est intéressant de noter que le Venezuela a également eu des besoins humanitaires pendant des périodes prolongées et que la Libye s’est retrouvée enlisée dans une guerre civile ; les deux pays sont fortement dépendants des recettes tirées de ressources naturelles (pétrole) et sont soumis à des tensions politiques (guerre civile en Libye et crise macroéconomique au Venezuela).
Chaque profil de fragilité continue de correspondre à une configuration unique en termes de risques et de résilience
Bien que la fragilité en matière de sécurité ait marqué un repli en Libye et en Syrie (à partir, dans les deux cas, d'un niveau de référence élevé), cette dimension en recoupe d'autres, en particulier les dimensions politique et sociétale, laissant entrevoir une situation de paix négative qui, dans ces deux contextes, pourrait facilement conduire à un effondrement. Le renversement du régime baasiste en Syrie à la fin de 2024 est à cet égard un exemple parlant. En Afghanistan, la transition du conflit armé à la paix a abaissé le niveau de fragilité en matière de sécurité, mais accentué la fragilité sociétale, en particulier en raison de la fragilisation de la situation des femmes et des filles.
Les conflits en Éthiopie, au Soudan et en Ukraine expliquent la fragilité accrue de ces pays en matière de sécurité depuis 2015. L’Ukraine se démarque toutefois par la force de sa résilience au regard de multiples dimensions, et son exposition globale à la fragilité, malgré trois années de guerre conventionnelle sur son territoire, est toujours considérée comme moyenne à faible. Cette évaluation témoigne également de l’engagement soutenu des membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE à assurer la résilience de l’Ukraine depuis l’escalade de l’agression armée perpétrée par la Russie en 2022. Les conflits régionaux et l’impact d’une crise économique prolongée ont en revanche fragilisé le Liban malgré la grande résilience dont il avait preuve pendant une grande partie de la période qui a commencé en 2015. Haïti est un autre exemple de profil de fragilité spécifique au contexte : la violence criminelle organisée et l’absence de capacités résilientes au niveau de l'État, dont témoigne la forte exposition d’Haïti à la fragilité sociétale et humaine, ont pesé sur sa fragilité en matière de sécurité depuis 2015.
Note : la dimension humaine de la fragilité n’a été ajoutée dans le Rapport sur les États de fragilité qu’en 2022, mais les données relatives aux années antérieures sont disponibles.
Les chocs mondiaux recensés dans l’édition 2022 – à savoir l’impact systémique du COVID-19, les conséquences politiques et économiques de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les effets persistants de l’accélération du changement climatique – ont laissé des séquelles qui subsistent. Mais celles-ci se sont encore amplifiées à la suite d’une série de crises régionales de natures diverses comme les conflits au Moyen-Orient, au Myanmar, au Soudan et au Sahel. C’est dans les contextes de fragilité élevée ou extrême que les secousses provoquées par ces événements continueront d’être ressenties avec le plus d’acuité, exacerbant les risques existants et tarissant encore davantage des sources de résilience déjà rares (Graphique 2.2).
Le changement climatique offre une illustration particulièrement frappante de cet état de fait. Bien que ses effets soient inégalement répartis, ils se conjuguent manifestement à des facteurs régionaux de fragilité au Sahel et au Moyen-Orient à l’heure où la politique, les économies et les sociétés s’efforcent de s’adapter aux réalités urgentes que sont la désertification, la rareté d’eau, les inondations, les sécheresses et les vagues de chaleur. L'impact le plus visible de la conjonction de ces différents types de fragilité est l'explosion du nombre de personnes déplacées, principalement en raison de conflits, et aussi le niveau sans précédent de la demande d'aide humanitaire. Au début de l’année 2025, les Nations Unies (ONU) prévoyaient que 305.1 millions de personnes auraient besoin d’une aide humanitaire et d’une protection en raison des urgences climatiques, des conflits et d’autres crises (OCHA, 2024[2]). En outre, environ 91 % des personnes ayant besoin d’assistance ou de protection vivaient dans des contextes de fragilité élevée ou extrême, la plupart des autres en Ukraine (exposée à une grave fragilité sécuritaire) et dans des contextes d’Amérique latine, notamment d’Amérique centrale (Salvador et Honduras principalement). Compte tenu de l'ampleur du défi, les Nations Unies et les organisations partenaires ont lancé un appel de fonds d'un montant de 47.4 milliards USD pour venir en aide à 189.5 millions de personnes dans 72 pays en 2025 (OCHA, 2024, pp. 7-8[2]).
Graphique 2.2. Si la fragilité est universelle, elle est concentrée dans les 61 contextes en situation de fragilité élevée ou extrême
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Note : Pour de plus amples informations sur la méthodologie employée pour regrouper les contextes en fonction du degré de fragilité, voir https://www3.compareyourcountry.org/states-of-fragility. Les couleurs correspondent à la gravité de la fragilité pour les 61 contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême. Elles forment un dégradé allant du plus foncé (pour les plus fragiles) au plus clair (pour les moins fragiles).
Le Cadre multidimensionnel de l'OCDE sur la fragilité, présenté dans l'infographie 2.2, offre un aperçu unique de la diversité des caractéristiques pour toutes les dimensions de la fragilité dans les 61 contextes connaissant une fragilité élevée ou extrême. Les dégradés de couleurs utilisés pour les différentes dimensions correspondent aux différents degrés de fragilité caractérisant chaque contexte pour telle ou telle dimension. En traduisant en couleurs cette diversité, le Cadre permet de concilier la complexité de la fragilité avec la simplicité requise pour orchestrer des actions efficaces et différenciées selon les contextes.
Infographie 2.2. Le Cadre multidimensionnel de l’OCDE sur la fragilité
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Note : pour en savoir plus sur la méthodologie employée pour élaborer le Cadre multidimensionnel de l’OCDE sur la fragilité, voir les notes méthodologiques à l’annexe A.
Encadré 2.2. Mouvements entre les niveaux de fragilité
Copier le lien de Encadré 2.2. Mouvements entre les niveaux de fragilitéSur les 61 contextes en situation de fragilité élevée ou extrême, il est apparu que 29 voient leur niveau de fragilité décliner et 32 expérimentent une évolution inverse. Contrairement à ce qui ressortait des éditions précédentes du rapport, aucun n’est sorti de la catégorie des contextes extrêmement fragiles.
Trois contextes sont passés d’une situation de fragilité élevée à extrême
Le Cameroun, la Libye et Madagascar ont suivi une trajectoire qui les a conduits vers une exposition extrême à la fragilité :
le Cameroun doit cette évolution à une fragilité sociétale, politique et humaine grave. Cette situation résulte principalement de la détérioration de la situation dans le secteur éducatif conjuguée à une fragilité élevée sur le plan environnemental (amenuisement des ressources en eau et en nourriture) et sécuritaire (sur fond de crise dans le bassin du lac Tchad).
la Libye, qui était sur le point d’être classée dans la catégorie des contextes exposés à une extrême fragilité en 2022, est désormais entrée dans cette catégorie à cause d’une détérioration au regard de multiples dimensions de la fragilité, notamment à son exposition à une fragilité sociétale grave et à des fragilités sécuritaire, politique, humaine et environnementale élevées. Les facteurs de résilience économique dont elle dispose n’ont pas été suffisants pour contrebalancer l’aggravation globale de sa fragilité.
Madagascar a basculé dans une exposition à une extrême fragilité imputable à une fragilité humaine, environnementale et sociétale grave et à une fragilité politique élevée. Sa fragilité sur le plan environnemental en particulier s’est considérablement aggravée depuis l’évaluation conduite en 2022. Madagascar se situe au quatrième rang dans le classement mondial des pays les plus touchés par le changement climatique (Nations Unies, 2024[3]) et est l’un des rares pays mégadivers qui abrite une forte proportion de la biodiversité du monde.
Trois contextes sont passés d’une fragilité élevée à une fragilité moyenne à faible
Le Bénin, le Honduras et le Lesotho, qui n’ont jamais perdu leur statut de contexte en situation de fragilité élevée depuis 2015, sont considérés dans la présente édition comme exposés à une fragilité moyenne à faible.
Le Bénin se caractérise par des niveaux modérés de fragilité sociétale, politique et environnementale et par une faible fragilité économique, mais il est exposé à une fragilité humaine grave. Depuis la dernière édition du rapport, sa fragilité a légèrement reculé au regard des dimensions sociétale, politique et environnementale. Le Bénin a généralement été considéré comme se situant à la limite entre la catégorie des contextes exposés à une fragilité élevée et celle regroupant les contextes en situation de fragilité moyenne à faible (à l’instar du Malawi et du Timor-Leste).
Le Honduras est passé dans la catégorie des niveaux de fragilité moyen à faible avant tout grâce à des améliorations au regard de la dimension politique (notamment à un changement de gouvernement en 2022) et aussi à des changements au regard de la dimension sociétale. En revanche, sa fragilité a augmenté pour ce qui est de la dimension sécuritaire, l’état d’urgence ayant été décrété pendant une bonne partie de l’année 2023 au Honduras pour tenter d’obtenir des progrès en matière de sécurité en s’inspirant de l’exemple du Salvador (InSight Crime, 2024[4]).
Le Lesotho est entré dans la catégorie des contextes de fragilité moyenne à faible à la faveur d’améliorations au regard des dimensions politique, environnementale et économique. Cependant, une montée récente de l’insécurité alimentaire ainsi que la sécheresse provoquée par le phénomène El Niño donnent à penser que ces acquis pourraient être de courte durée (World Vision, 2024[5]). Le Lesotho demeure également exposé à une fragilité économique, environnementale et humaine élevée.
Quatre contextes ont évolué d’une situation de fragilité moyenne à faible vers une exposition à une fragilité élevée
Le Gabon, le Liban, le Malawi et le Rwanda sont entrés dans la zone de fragilité élevée en 2025 :
Le Gabon a vu sa situation se détériorer au regard des dimensions sécuritaire et humaine et se caractérise par une fragilité humaine grave ainsi que par une fragilité politique et économique élevée.
Le Liban subit une fragilité économique grave et une fragilité sécuritaire, politique et environnementale élevée. Sa fragilité économique et sécuritaire s’est sensiblement accrue, probablement à cause d’une multitude de crises interdépendantes, dont la cessation de paiement de la dette publique, la hausse du taux de pauvreté et l’explosion dans le port de Beyrouth. Les données les plus récentes ne rendent pas compte des évolutions survenues en 2024.
Le Malawi a basculé dans une situation de fragilité élevée à la suite d’une dégradation au regard des dimensions environnementale, politique, économique et sociétale. Il est exposé à une fragilité humaine grave en même temps qu’à une fragilité économique et environnementale élevée. Le Malawi figurait généralement à l’intersection entre la catégorie des contextes exposés à une fragilité élevée et celle des contextes en situation de fragilité moyenne à faible.
Le Rwanda est soumis à un niveau de fragilité élevé, principalement au titre d’une détérioration de sa situation sur le plan sociétal et politique. Il pâtit en particulier d’une grave fragilité sur le plan sociétal et d’une fragilité environnementale, politique, humaine et économique élevée. Néanmoins, des améliorations s’inscrivant dans le sillage d’une trajectoire de développement à plus long terme ont pu être observées au regard des dimensions économiques et humaines.
Principales tendances observées dans des contextes de fragilité moyenne à faible
Si le présent rapport met l’accent sur les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême, les tendances dans les contextes en situation de fragilité moyenne à faible font ressortir une diversité similaire des facteurs de fragilité. Les 38 membres de l’OCDE font certes partie des contextes les plus résilients, mais il convient toutefois de noter que la fragilité de 29 d’entre eux a augmenté, sous l’effet des répercussions des mesures prises face à la pandémie de COVID-19 et eu égard à la nécessité de rester focalisé sur les piliers fondamentaux de la résilience pendant une période de forte instabilité (Infographie 2.1 ci-avant). Au-delà de l’OCDE, les profils de fragilité sont particulièrement divers, comme en témoignent les exemples de l’Ukraine, de la Russie et de Fidji :
L’Ukraine conserve un grand nombre de facteurs de résilience en dépit des conséquences et de l’aggravation de sa fragilité sécuritaire qui pèsent lourd à présent du fait de la guerre d’agression que la Russie mène contre elle depuis février 2022. Sa résilience est particulièrement remarquable pour ce qui est des dimensions politique, sociétale et humaine, la fragilité politique ayant légèrement diminué au cours des deux dernières années. La résilience de l’Ukraine a également renforcé sa position dans d’autres domaines tels que les capacités de l’administration en matière de cybersécurité.
La Russie a intensifié la répression à l’égard de la dissidence politique et de la société civile russes après sa décision d’engager une guerre d'agression contre l’Ukraine, et par là même, elle a accru sa fragilité au regard des dimensions politiques et sociétale. Si sa fragilité économique s’est également accentuée en partie en raison des sanctions à son encontre, elle demeure assez résiliente : le Produit intérieur brut (PIB) par habitant a augmenté depuis 2021 grâce au niveau élevé des recettes tirées de l’énergie et à la relance budgétaire liée à la guerre, même si certains signes indiquent un ralentissement de l’activité économique (Stognei et Seddon, 2024[6]).
Fidji a enregistré des améliorations au titre de toutes les dimensions, perceptibles en particulier dans le déclin de sa fragilité sociétale, politique et économique. Ces progrès résultent pour partie du premier transfert de pouvoir pacifique à un gouvernement de coalition fin 2022 (Runey, 2023[7]) et de l’abrogation d’une loi restrictive sur les médias qui a ouvert l’espace dévolu à la société civile (CIVICUS, 2023[8]).
Source : ONU (2024[3]), "Climate-affected Madagascar adapts to new reality", https://news.un.org/en/story/2024/02/1146737 ; InSight Crime (2024[4]), InSight Crime's 2023 Homicide Round-Up, https://insightcrime.org/wp-content/uploads/2023/08/InSight-Crimes-2023-Homicide-Round-Up-Feb-2024-2.pdf ; World Vision (2024[5]), "Lesotho Declares National Disaster: Food Insecurity Due to El Niño-Induced Drought", https://www.wvi.org/stories/global-hunger-crisis/lesotho-declares-national-disaster-food-insecurity-due-el-nino-induced ; Stognei and Seddon (2024[6]), "The surprising resilience of the Russian economy", Financial Times, https://www.ft.com/content/d304a182-997d-4dae-98a1-aa7c691526db ; Runey (2023[7]), "Case study: Fiji", in The New Checks and Balances: The Global State of Democracy 2023, https://www.idea.int/gsod/2023/chapters/asia-pacific/case/fiji/ ; CIVICUS (2023[8]), Fiji: Repeal of restrictive media law, reverse of travel bans and other reform commitments a positive signal for civic freedoms, https://monitor.civicus.org/explore/fiji-repeal-of-restrictive-media-law-reverse-of-travel-bans-and-other-reform-commitments-a-positive-signal-for-civic-freedoms/.
Les avancées dans l’exécution du Programme à l’horizon 2030 ont marqué le pas dans la plupart des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême
Copier le lien de Les avancées dans l’exécution du Programme à l’horizon 2030 ont marqué le pas dans la plupart des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrêmeLes ODD demeurent le cadre fédérateur de l’action à l’appui du développement durable et fournissent la matière qui alimentera le Pacte pour l’avenir, le Pacte numérique mondial, la Déclaration sur les générations futures, la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement ainsi que d’autres cadres sur le point d’être adoptés qui façonneront peut-être une conversation dans l’après 2030 réconciliant les nécessités géopolitiques et la réalité de la fragilité dans le monde. La concrétisation des ODD est une priorité déclarée des membres du CAD et de presque tous les partenaires en situation de fragilité élevée ou extrême. En juillet 2024, 58 des 61 contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême avaient soumis des examens nationaux volontaires au Forum politique de haut niveau des Nations Unies, ce qui dénote une augmentation constante de la participation au cours des dix dernières années.
Cependant, les progrès enregistrés au niveau mondial sur la voie de la réalisation des ODD sont assurément insuffisants, ce qui soulève des interrogations quant à l’adéquation et à la pertinence de l’architecture internationale dont il est question dans le chapitre 1 (Sachs, Lafortune et Fuller, 2024[9]). L’essoufflement de la dynamique est encore accentué par l’accroissement des déficits de financement, estimés à 4 000 milliards USD par an en 2023 contre 2 500 milliards USD en 2015 (ONUDC/OCDE/Banque mondiale, 2024[10]). Sur fond d’intensification de la polarisation politique, de creusement des inégalités de revenu à l’intérieur des pays et d’inquiétudes croissantes dans le domaine de la sécurité humaine, il est devenu plus difficile de répondre à des problématiques toujours plus interdépendantes (PNUD, 2024[11]). Les lacunes en termes de qualité et de disponibilité des données permettant de suivre la concrétisation des ODD (Encadré 2.3) invitent à s’interroger sur la capacité d’observer de manière précise et complète les progrès réalisés au regard de ceux-ci. Cette mise en garde étant faite, la présente section propose une première analyse établie à l’aide des sources existantes.
Les contextes de fragilité élevée ou extrême perdent du terrain sur le plan de la lutte contre la pauvreté comme sur celui de la paix, de la justice et de l’efficacité des institutions
Pas un seul contexte exposé à une fragilité élevée ou extrême n’est sur la bonne voie pour atteindre ne serait-ce que huit des 17 ODD. Selon les données disponibles, plus de 75 % d’entre eux enregistrent un recul ou une stagnation sur le chemin de la réalisation des ODD 1 (élimination de la pauvreté) ; 2 (éradication de la faim) ; 5 (égalité des sexes) ; 11 (villes et établissement humains durables) ; 15 (écosystèmes terrestres) ; et 16 (paix, justice et institutions efficaces). Il est particulièrement préoccupant de constater que dans plus de 38 % des contextes en situation de fragilité élevée ou extrême, les avancées sont remises en cause au regard de l’ODD 16, et que dans 28 % des cas, le même mouvement est observé pour l’ODD 1, témoignant du fait que la reprise économique depuis la pandémie de COVID-19 est d’une ampleur limitée et que les effets de multiples crises qui se conjuguent se font sentir. Seuls deux contextes peuvent espérer atteindre l’ODD 1, et pour tous, l’ODD 16 semble hors de portée. À titre de comparaison, 43 % des contextes exposés à une fragilité moyenne à faible sont en bonne voie pour atteindre l’ODD 1, ce qui donne à penser que les avancées en direction de l’élimination de la pauvreté se concrétisent presque exclusivement dans des contextes relativement moins exposés à la fragilité. Parmi les contextes se caractérisant par une fragilité élevée ou extrême, 16 sur 60 disposant de données peuvent espérer atteindre l’ODD 3 (action climatique), et neuf l’ODD 12 (consommation et production responsables). Pourtant, le tableau d’ensemble est celui d’une nette régression dans la concrétisation des ODD par rapport aux tendances projetées et attendues dans le rapport 2022 sur les États de fragilité.
Graphique 2.3. La réalisation des Objectifs de développement durable sont hors de portée de presque tous les contextes connaissant une fragilité élevée ou extrême
Copier le lien de Graphique 2.3. La réalisation des Objectifs de développement durable sont hors de portée de presque tous les contextes connaissant une fragilité élevée ou extrême
Note : ce chiffre ne tient compte que des Objectifs de développement durables (ODD) pour lesquels on dispose de données suffisantes sur les avancées réalisées (soit une couverture correspondant à plus de la moitié des contextes de chaque groupe). Dans chaque partie, les ODD sont mentionnés dans l’ordre décroissant en commençant par ceux pour lesquels la plus forte proportion de contextes enregistre une inversion ou un arrêt de la progression. Les contextes en situation de fragilité moyenne à faible figurent tous dans le Cadre de l’OCDE sur la fragilité. Seule l’appartenance à la catégorie « En bonne voie ou réalisation non remise en question » augure qu’un ODD spécifique sera atteint.
Source : calculs des auteurs d’après Sachs, Lafortune et Fuller (2024[9]), Sustainable Development Report 2024: The SDGs and the UN Summit of the Future, https://sdgtransformationcenter.org/reports/sustainable-development-report-2024.
Encadré 2.3. État des données utilisables pour suivre les progrès sur la voie de la réalisation des Objectifs de développement durable
Copier le lien de Encadré 2.3. État des données utilisables pour suivre les progrès sur la voie de la réalisation des Objectifs de développement durableIl existe des lacunes largement connues en termes de disponibilité, d’actualité et de qualité des données utilisables pour suivre les progrès accomplis au regard des ODD dans le monde, (Kitzmueller, 2019[12]) y compris pour les données relatives aux groupes marginalisés. On ne dispose par exemple de données comparables au niveau international sur les ODD 5 (égalité entre les sexes), 13 (action climatique) et 16 (paix, justice et efficacité des institutions) que pour moins de la moitié des pays du monde (Min, Chen et Perucci, 2024[13]). Les difficultés et les insuffisances, en termes de qualité des données, sont généralement plus criantes dans les contextes de fragilité élevée ou extrême, en partie en raison de l’insuffisance des ressources allouées aux systèmes statistiques (Medina Cas, Alem et Bernadette Shirakawa, 2022[14]), souvent symptomatique de la faiblesse des capacités administratives, en particulier dans des contextes en proie à une extrême fragilité ou à un conflit.
Selon les indicateurs de performances statistiques de la Banque mondiale, les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême ont amélioré, en moyenne, la communication de données pour cinq seulement des 16 ODD sur la période 2019-22, chiffre en déclin par rapport à la période 2015-19 durant laquelle l’amélioration avait concerné dix des 16 objectifs. Le taux de notification a en outre diminué pour des objectifs essentiels, en particulier les ODD 1 (élimination de la pauvreté), 5 (égalité entre les sexes), 9 (industrie, innovation et infrastructures) et 16 (paix, justice et efficacité des institutions). Les déficits de données créent des angles morts pour les responsables de l’action publique, les lacunes en termes de précision, d’exactitude et de comparabilité étant particulièrement marquantes en ce qui concerne les groupes vulnérables (à savoir les personnes déplacées, les sans-abri, les minorités ethniques et religieuses) et les indicateurs ventilés par sexe (Groupe de la Banque mondiale, 2021[15]).
Graphique 2.4. La couverture des données relatives aux Objectif de développement durable diminue dans les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême
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Note : les données sont fondées sur une moyenne mobile sur cinq ans de la disponibilité des données pour les indicateurs couvrant tous les ODD conformément à la méthodologie définie dans le cadre applicable aux indicateurs de performances statistiques de la Banque mondiale.
Source : Groupe de la Banque mondiale (2021[15]), Rapport sur le développement dans le monde 2021 - Des données au service d’une vie meilleure, https://wdr2021.worldbank.org/fr/the-report/ ; Kitzmueller, Brian and Gerszon Mahler (2019[12]) “Are we there yet? D’après la nouvelle édition des indicateurs de performances statistiques de la Banque mondiale, un grand nombre de pays ne rendent pas compte des progrès accomplis sur la voie de la réalisation de l’ensemble des ODD, https://blogs.worldbank.org/en/opendata/are-we-there-yet-many-countries-dont-report-progress-all-sdgs-according-world-banks-new ; Groupe de la Banque mondiale (2024[16]), Indicateurs de performances statistiques (base de données), https://github.com/worldbank/SPI.
Tendances dans les contextes en situation de fragilité élevée ou extrême
Copier le lien de Tendances dans les contextes en situation de fragilité élevée ou extrêmeLa présente section porte essentiellement sur les principales tendances interdépendantes observées pour chacune de chacune des six dimensions de la fragilité et entre ces dimensions, l’accent étant placé sur la manière dont les diverses sources de risque et de résilience s’articulent pour produire des résultats différents. Il ne s’agit pas d'une analyse exhaustive. L’idée est plutôt de mettre en évidence l’adaptabilité du cadre qui permet d’analyser la fragilité à différents niveaux afin de comprendre la marche du monde et d’appréhender comment les politiques peuvent être conçues pour relever des défis interdépendants.
Les troubles politiques, la violence et la fragilité économique continuent de gagner du terrain, mais des progrès sont possibles même dans des contextes exposés à une extrême fragilité
Toutes dimensions confondues, les évolutions les plus marquées observées depuis 2015 et 2020 se sont produites au regard des dimensions sécuritaire, politique et économique (Graphique 2.5). La violence sous toutes ses formes est un symptôme en même temps qu’un facteur de fragilité. Il devient toujours plus urgent d’agir sur les facteurs de fragilité à mesure que le recours à la violence se développe. La paix a reculé au cours de 12 des 16 dernières années (Institute for Economics and Peace, 2024[17]). La période 2021-23 a été marquée par des taux de mortalité parmi les plus élevés depuis le génocide au Rwanda en 1994, s’expliquant pour l’essentiel par les conflits en cours en Éthiopie, au Moyen-Orient, au Soudan et en Ukraine (Davies et al., 2024[18]). Et si le Cadre de l'OCDE sur la fragilité ne permet pas encore de disposer de données pour 2024, certains éléments donnent à penser que la tendance à la détérioration de la sécurité semble devoir s’accélérer en raison de l’explosion de la violence politique pendant l’année 2024, durant laquelle près de 200 000 événements violents ont été recensés (Raleigh, 2024[19]). La fragilité du Soudan a sensiblement augmenté depuis qu’une guerre civile à l’échelle de l’ensemble du pays a éclaté en avril 2023, imposant de graves souffrances aux populations locales et précipitant le pays à grands pas vers l’effondrement de l'État et la catastrophe humanitaire (International Crisis Group, 2024[20]). D’autres conflits en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ainsi qu’au Liban, et les incertitudes qui pèsent sur l’avenir de la Syrie et du Yémen, ont amplifié les inquiétudes autour de la fragilité au Moyen-Orient qui avaient été soulignées dans le rapport de 2022. Ces crises sont emblématiques d’une fragilité régionale plus globale, dépassant largement les préoccupations géopolitiques et sécuritaires les plus fréquemment mentionnées, qui se situe au confluent des fragilités économique, environnementale et sociétale.
Dans ces contextes exposés à des niveaux élevés de fragilité, ce qui frappe en particulier, c’est la forte augmentation de la fragilité politique depuis 2015. Celle-ci a en effet progressé depuis lors dans 28 des 43 contextes (et notamment dans des contextes touchant des populations nombreuses comme le Bangladesh, dont il est question dans le chapitre 4, le Nigéria et le Pakistan), où elle recoupe souvent les dimensions environnementale et sociétale, et où la nécessité d’organiser une prévention structurelle et systémique en amont ne fait que croître. Dans les contextes en situation de fragilité moyenne à faible, une détérioration importante est observée au regard des dimensions politique et sociétale. Cependant, la disparité des profils dans les contextes caractérisés par une fragilité moyenne à faible est prononcée, et les chiffres agrégés masquent des poches de fragilité notables et préoccupantes sur lesquelles l’attention est attirée dans la suite de la présente section.
Pour certaines autres dimensions, le Cadre sur la fragilité montre que des avancées se matérialisent ou sont possibles même dans les contextes les plus exposés à la fragilité. Les améliorations au regard de la dimension humaine ont été modestes dans presque tous les contextes (17 sur 18) exposés à une extrême fragilité. Des progrès ont également été accomplis sur le plan de l’efficacité de la réaction des pouvoirs publics face à des défis multidimensionnels tels que les conséquences de la pandémie de COVID-19 ou la fragilité environnementale, ce que démontre de façon évidente la réponse de l’Irak face à la fragilité climatique et environnementale (chapitre 4). La diversité des expériences selon les contextes est grande, même à l’intérieur d’une même région, comme on peut le voir dans la Corne de l’Afrique. L'Éthiopie avait réellement progressé, comme indiqué dans les éditions précédentes du rapport sur les États de fragilité, mais la guerre du Tigré a rapidement accru sa fragilité. Même si cette dynamique s’est par la suite infléchie, hormis au regard des dimensions politique et sociétale, après la signature d’un accord de paix en novembre 2022, le rétablissement des avancées accomplies antérieurement n’est pas encore une réalité. La Somalie, en revanche, a pris des mesures positives, notamment au regard des dimensions politique et sociétale, et progresse dans la construction de sa résilience économique même si elle partait d’une situation plus défavorable (chapitre 4).
Graphique 2.5. C’est au regard des dimensions sécuritaire, politique et économique que la fragilité a augmenté le plus dans tous les contextes (2015-23)
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Démêler les tendances en matière de démocratie et d’autocratie dans des contextes de fragilité élevée ou extrême
Copier le lien de Démêler les tendances en matière de démocratie et d’autocratie dans des contextes de fragilité élevée ou extrêmeLa fragilité politique et sociétale sont fortement corrélées, et pour ces deux dimensions, une détérioration a été observée entre 2019 et 2023
La fragilité politique et sociétale s’est accrue dans la plupart des contextes entre 2019 et 2023. Le signe le plus manifeste de cette évolution est la tendance montante à l’autocratisation, observée indépendamment du niveau de fragilité du contexte (Graphique 2.6). Dans les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, légèrement plus de la moitié (34) des régimes sont devenus plus autocratiques, et 14 plus démocratiques, tandis que la qualité de la démocratie2, mesurée par l’indice de démocratie libérale (Liberal Democracy Index-LDI) de l’Institut Varieties of Democracy (V-Dem), est restée à peu près stable dans les 15 autres3. L’autocratisation a souvent été le résultat de dynamiques de recul démocratique progressif (dans 25 contextes) et de coups d'État (dans 9 cas) (Encadré 2.4). Entre 2019 et 2023, le nombre d’autocraties fermées a doublé, passant de 10 à 20, tandis que le nombre d’autocraties électorales a baissé, de 42 à 35. Sur les huit démocraties électorales considérées comme étant en situation de fragilité élevée en 2023, seules quatre ont conservé sans interruption un régime démocratique de 2019 à 2023 ; les quatre autres ont subi des changements de régime pendant ce laps de temps. Le LDI fait également apparaître une détérioration globale de la qualité de la démocratie dans tous les contextes, y compris dans ceux éligibles à l’APD exposés à des niveaux de fragilité moyens à faibles, cette détérioration ayant produit des effets en cascade sur la fragilité sociétale. Dans les contextes de fragilité élevée ou extrême, la baisse du niveau de démocratie et de la qualité de la démocratie s’est manifestée à plusieurs niveaux : élections ; liberté d’association pour les partis d’opposition et champ d’action de la société civile ; et liberté d’expression, y compris liberté de la presse et des médias, liberté universitaire et liberté d’expression culturelle4.
Graphique 2.6. Les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême ont tendance à devenir plus autocratiques
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Note : ce chiffre repose sur la classification des régimes du monde selon l’Institut V-Dem, étant précisé que la Cisjordanie et la Bande de Gaza ainsi que la Somalie et le Somaliland sont classés, selon dans ces données, dans deux contextes séparés.
Source : Coppedge, et al. (2024[21]), “V-Dem [Country-Year/Country-Date] Dataset v14”, https://doi.org/10.23696/mcwt-fr58.
Bien que l’exposition à des niveaux de fragilité plus élevés ait des implications pour les démocraties tout autant que pour les régimes autocratiques, les premières obtiennent généralement de meilleurs résultats que les seconds dans plusieurs domaines, notamment sur le plan de la stabilité et de la prévisibilité de la croissance économique (Lundstedt et al., 2023[22]) ainsi qu’au regard de nombreux indicateurs relatifs au développement humain et aux conflits. La démocratisation dans les États dotés de faibles capacités, dont beaucoup sont en situation de fragilité élevée ou extrême, n’a pas de conséquences négatives sur le développement économique (Knusen, 2019[23]). Néanmoins, elle coïncide souvent avec des périodes de montée de la corruption et du clientélisme (Lundstedt et al., 2023[22]), la corruption étant à son plus bas niveau dans les démocraties qui fonctionnent très bien et dans les régimes autocratiques stricts. À l’aune de nombreux indicateurs cependant, les démocraties surclassent les autocraties, y compris pour ce qui est des taux de scolarisation, de mortalité infantile et d’accès aux biens publics (Lundstedt et al., 2023[22]). L’une des explications pourrait être que la démocratie a tendance à promouvoir la mise en place de mécanismes de redevabilité, tant selon un axe vertical (élections et risque de rotation des dirigeants) que transversal (rôle de surveillance des médias et de la société civile). Les démocraties libérales affichent en principe une efficacité de la gouvernance supérieure à celle de beaucoup d’autocraties (Infographie 2.3). Quelques exceptions notables méritent toutefois d’être mentionnées. Certains contextes autocratiques en Asie présentant des niveaux élevés de fragilité politique ne sont pas classés comme étant exposés à une fragilité élevée ou extrême au motif qu’ils sont dotés de facteurs de résilience importants qui neutralisent les risques ou compensent le manque de résilience au regard d’autres dimensions de la fragilité.
Les élites politiques sont mues par les opportunités inhérentes à certains types de régime, des préférences personnelles et des contraintes institutionnelles
L’analyse des systèmes de gouvernance et de la manière dont le pouvoir fonctionne au sein de ces systèmes fait ressortir plusieurs composantes de la fragilité qui ont une influence sur les trajectoires conduisant à l’autocratisation, y compris les opportunités associées à certains types de régime, les capacités institutionnelles et la motivation des élites.
Il existe une grande variété de systèmes de gouvernance dans les pays membres du CAD : Sur les 20 autocraties fermées en situation de fragilité élevée ou extrême en 2023, on comptait neuf régimes militaires, un régime héréditaire et dix régimes de parti unique5. Certains contextes peuvent être considérés comme des États fracturés par la rivalité entre élites ou remis en question par la base (Luckham, 2021[24]) qui n’exercent qu’un contrôle limité sur leur territoire et voient leur monopole de la violence contesté ; d’autres sont des régimes qui usent de la violence pour assurer leur survie alors que beaucoup organisent des élections pluralistes et/ou se caractérisent par la présence de partis hégémoniques. En outre, de nombreux contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême sont des régimes hybrides dans lesquels la fourniture de services, la sécurité et l’accès à d’autres biens publics sont assurés par des autorités publiques et des entités coutumières, informelles ou d’autres entités non étatiques. Ces systèmes de gouvernance peuvent se chevaucher, coexister et/ou entrer en concurrence (Caparini, 2022[25]) et ont tendance à fonctionner sur la base de « transactions personnelles consistant à échanger des services et des allégeances politiques contre des récompenses matérielles négociées sur un mode concurrentiel »6 (de Waal, 2016[26]).
Les capacités de l'État, définies comme un mélange de capacités coercitives et administratives, sont généralement plus faibles dans les contextes de fragilité élevée ou extrême (Graphique 2.7). Le manque de données statistique ou de lisibilité sur l’étendue et la profondeur des connaissances de l'État sur ses citoyens et leurs activités (M. Lee, 2017[27]) ainsi que sur les facteurs associés comme les niveaux d’éducation et les incitations sont des obstacles majeurs à la construction de la résilience. Ce phénomène a tendance à prendre de l’ampleur sur fond de tendance de la communauté internationale à se retirer. Comme on l’a vu avec la Somalie (chapitre 4), l’élaboration de données statistiques produites au niveau national (notamment à partir de recensements et d’enquêtes auprès des ménages), présentées selon un format normalisé, actualisées et comparables et le renforcement des capacités du bureau national de statistique sont des étapes cruciales pour que l'État puisse exercer des fonctions essentielles qui lui incombent telles que le recouvrement des recettes fiscales et la fourniture de biens publics. Dans des contextes fortement exposés à la fragilité, une large proportion de la population ne dispose souvent pas de papiers d’identité officiels, ni de certificats de naissance, ce qui peut compromettre son accès à l’emploi et à des services financiers et empêcher la participation aux élections et la perception des aides financières publiques.
Graphique 2.7. On manque cruellement d’informations statistiques dans les contextes de fragilité élevée ou extrême
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Note : ce chiffre correspond au nombre de contextes dans chaque catégorie (fragilité élevée ou extrême) qui ont organisé au moins un de ces types de recensement au cours des douze dernières années (2012-2023).
Source : Groupe de la Banque mondiale (2024[16]), Statistical Performance Indicators (database), https://github.com/worldbank/SPI.
Au vu de ces caractéristiques, la façon dont les élites perçoivent, dans des contextes de fragilité élevée ou extrême, leur fragilité et leur pouvoir relatifs est un facteur déterminant dans les processus de transition permettant de sortir de l’autocratie, ou y conduisant. Historiquement, plus des deux tiers des passages de l’autocratie à la démocratie ont eu lieu dans les trois à cinq ans suivant un choc interne violent (coup d'État ou assassinat politique, notamment) ou un choc externe (retrait d’une puissance hégémonique, par exemple) (Miller, 2021[28]). La fréquence des coups d'État ces dernières années est un élément qui apporte un éclairage précieux sur les motivations des élites et leurs choix, dont il est question dans l’encadré 2.4. La résilience très limitée des institutions étatiques encourage la prise de décisions transactionnelles dans un cadre restreint entre dirigeants politiques. Lorsque les options politiques sont limitées, les coups d'État sont souvent considérés comme un moyen efficace d’atteindre des objectifs politiques dans des contextes de fragilité élevée ou extrême.
Encadré 2.4. Caractéristiques des coups d'État dans des contextes en situation de fragilité élevée ou extrême
Copier le lien de Encadré 2.4. Caractéristiques des coups d'État dans des contextes en situation de fragilité élevée ou extrêmeLa fréquence des coups d'État est frappante lorsque les forces militaires sont profondément enracinées dans le tissu politico-économique. Le nombre de coups d'État tentés ou réussis a augmenté, ce qui a eu des répercussions importantes sur la façon de penser la construction de la paix, la prévention des conflits et d’autres thèmes spécifiques comme l’action dans le secteur de la sécurité (chapitre 3). Sur la période 2021-23, on a dénombré dix coups d'État dans des contextes de fragilité élevée ou extrême. Il s’agissait dans neuf cas de coups d'État militaires. Six de ces dix coups d'État se sont produits dans la seule région du Sahel où plusieurs contextes se caractérisent par de faibles niveaux de sécurité humaine, notamment par une fragilité sécuritaire localisée, au niveau infranational, et par la présence d’une population nombreuse de personnes déplacées de force.
La présence établie de militaires exerçant directement le pouvoir ou le maintien du régime en place par l’armée pendant de longues périodes est une caractéristique commune aux contextes qui sont le théâtre de coups d'État. Le Myanmar, dirigé de façon permanente par l’armée de 1962 à 2011, offre une illustration de cet état de fait (Maizland, 2022[29]), et le coup d'État de 2021 y a accéléré l’aggravation de la fragilité sécuritaire déjà existante. Dans la région du Sahel, les nouvelles juntes militaires ou les gouvernements formés après un coup d'État ont cherché d’autres sources de légitimité et de sécurité ainsi que de soutien économique et diplomatique. La Russie par exemple a été particulièrement active dans le domaine de la sécurité, mais d’autres contextes régionaux et de proximité ont également œuvré en prenant des mesures, y compris en distribuant une aide économique (Singh, 2022[30]).
Source : Maizland (2022[29]), Myanmar’s Troubled History: Coups, Military Rule, and Ethnic Conflict, https://www.cfr.org/backgrounder/myanmar-history-coup-military-rule-ethnic-conflict-rohingya; Wilén (2024[31]), “Contagious coups in Africa? History of civil-military imbalance’, https://doi.org/10.1093/afraf/adae011 ; Institut danoir des études internationales (2023[32]), “The 'politics of coups' shape the response to West Africa´s military juntas”, https://www.diis.dk/en/node/26399 ; Singh (2022[30]), “The myth of the coup contagion”, https://www.journalofdemocracy.org/articles/the-myth-of-the-coup-contagion/.
Dans de nombreux contextes, et pas uniquement dans ceux où des coups d'État ont eu lieu, on a pu observer ces dernières années que le recours à la violence comme à un instrument de négociation pour conserver le pouvoir ou s’en emparer est une tentation de plus en plus forte. Cette tendance est particulièrement caractéristique des contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême dans lesquels le pouvoir réside ailleurs que dans les systèmes et les institutions étatiques. En République démocratique du Congo (RDC) par exemple, le pouvoir est aux mains de réseaux clientélistes dynamiques réunissant des « hommes puissants » qui embrassent différents marchés politiques et reposent sur des alliances de circonstance plutôt que sur des institutions formelles (Schouten, 2021[33]). Ces réseaux ne constituent pas un marché politique intégré, mais agissent au sein de différents marchés locaux et entre eux ainsi qu’entre ces marchés locaux et le marché national (Schouten, 2021[33]). En RDC et dans d’autres contextes comme la République centrafricaine, ces pratiques sont étroitement associées à la menace ou à l’emploi de la violence à des fins de protection, ou dans le cadre de négociations ou de marchandages, et en vue d’exercer des pressions sur des individus ou des groupes d’individus et de s’assurer l’accès à des ressources (Caparini, 2022[25]).
Les initiatives de paix et de développement destinées à contribuer à la prévention des conflits et à stimuler la croissance devraient prendre en compte, outre le type de régime, les facteurs qui influent sur la nature d’une configuration politique ainsi que les mécanismes par lesquels la fragilité, toutes dimensions confondues, influe sur le marché politique, encourageant le recours à la violence comme moyen efficace d’atteindre des objectifs politiques et économiques.
Infographie 2.3. Fragilité politique et efficacité de la gouvernance dans des contexte de fragilité élevée ou extrême
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Note : graphique du bas : utilisation de la variable de l’efficacité de la gouvernance, laquelle rend compte de la manière dont sont perçues la qualité des services publics, la qualité de la fonction publique et son indépendance vis-à-vis des pressions politiques, la qualité de la formulation et de la mise en œuvre des politiques publiques et la crédibilité des engagements des pouvoirs publics vis-à-vis de ces politiques, et du score de fragilité agrégé (graphique du bas). Les indices de l’institut Varieties of Democracy (V-Dem) suivants ont été utilisés pour le graphique du haut : v2x_cspart (participation de la société civile) ; v2x_frassoc_thick (liberté d’association) ; v2x_freexp_altinf (liberté d’information et accès à d’autres sources d’information) ; v2xel_frefair (tenue d’élections honnêtes) et v2x_gender (participation des femmes à la vie politique). Certains indicateurs entrant dans la composition de l’indice relatif à la tenue d’élections honnêtes ne sont mesurés que les années durant lesquelles des élections ont lieu.
Source : Coppedge et al. (2024[21]), “V-Dem [Country-Year/Country-Date] Dataset v14”, https://doi.org/10.23696/mcwt-fr58 ; calculs de l’auteur d’après Peyton et al. (2025[34]), Cline Center Coup d’État Project Dataset, https://doi.org/10.13012/B2IDB-9651987_V8 ; Groupe de la Banque mondiale (s.d.[35]), Worldwide Governance Indicators, https://www.worldbank.org/en/publication/worldwide-governance-indicators.
L’interdépendance des tendances en matière de transformation numérique, de violence et de genre met en évidence l’importance de faire de l’engagement des jeunes une priorité
Copier le lien de L’interdépendance des tendances en matière de transformation numérique, de violence et de genre met en évidence l’importance de faire de l’engagement des jeunes une prioritéLes effets de la fragilité sur les jeunes dans des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême illustrent les interactions entre risques et résilience. Cette dynamique détermine la configuration unique des profils de fragilité présentés dans le Cadre de l’OCDE sur la fragilité. Les enjeux politiques, sécuritaires et économiques occupent, partout dans le monde, une place importante dans le discours des jeunes. Toutefois, dans chaque contexte, ces facteurs s’entrecroisent avec d’autres dimensions du risque et de la résilience qui peuvent être tout aussi, voire plus, importantes. Cette section examine quatre de ces aspects : la capacité d’agir au niveau politique, les risques et les possibilités associés à la transformation numérique, les inégalités et les disparités entre les genres, ainsi que les effets possibles des différentes sources de résilience sur le développement et la recherche de la paix.
Les jeunes sont au cœur des mutations politico-économiques
Les manifestations étudiantes liées aux enjeux environnementaux, économiques et politiques sont un phénomène marquant observé partout dans le monde et se sont considérablement multipliées en 2024. Des jeunes mobilisés au sein de mouvements transnationaux alertent par exemple sur les menaces climatiques et environnementales, en se servant de plateformes comme Fridays for the Future pour amplifier leur message. Il est intéressant de noter que malgré une large couverture médiatique, les conflits, et notamment ceux qui se déroulent au Moyen-Orient, seulement 20 % des 32 000 manifestations recensées dans le cadre du projet de données sur la localisation et les événements des conflits armés concernaient des conflits en 2023 et 2024 (Murillo et Paris, 2024[36]). Ces formes de mobilisation illustrent à la fois la force et la vulnérabilité de la jeunesse, particulièrement manifeste sur le continent africain.
Selon les Nations Unies, environ la moitié de la population mondiale est âgée de 25 à 65 ans. Ces populations ne sont pas réparties de manière égale à travers le monde. L’Afrique est ainsi la seule région où les jeunes constituent la majorité de la population, et l’essentiel d’entre eux vit et continuera de vivre dans des contextes très ou extrêmement fragiles, notamment en Afrique subsaharienne (Graphique 2.8).
Graphique 2.8. La croissance démographique devrait se concentrer dans les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême en Afrique subsaharienne
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Note : l’Asie du Sud comprend l’Afghanistan, le Bangladesh et le Pakistan. MENA désigne le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
Source : DESA ONU (2024[1]), 2024 Revision of World Population Prospects (base de données), https://population.un.org/wpp/.
Cette transformation démographique n’est par essence ni progressive ni régressive. Il s’agit là d’un élément important pour les responsables de l’action publique qui réfléchissent à la manière d’interagir avec cette catégorie de la population, d’autant qu’ils ne sont pas les seuls à s’y intéresser. Les aspirations et les revendications politico-économiques des jeunes diffèrent en fonction de leur classe sociale, de leur genre et selon qu’ils vivent en zone urbaine ou rurale. Mais ces dynamiques interagissent avec divers facteurs de fragilité dans toutes les dimensions. Les jeunes forment un groupe qu’il est essentiel de mobiliser, car leur capacité d’agir présente un intérêt politique majeur, avec un potentiel aussi bien positif que négatif. Ils peuvent être incités à rejoindre un gang ou une milice, mais aussi décider de s’engager dans la société civile et le secteur privé. Les interactions de ce segment démographique avec les évolutions numériques révèlent toute la complexité des défis liés à l’engagement des jeunes.
Risques et enjeux liés à la transformation numérique pour les jeunes dans des contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême
Dans tous les contextes, la dimension numérique du pouvoir d’action des jeunes, de leur engagement politique et de leur esprit d’entreprise s’affirme rapidement, bien qu’elle s’exprime différemment et soit fortement tributaire du genre et de la classe sociale. Les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême sont ceux où l’accès à Internet est le plus limité ; moins de 43 % de la population vivant dans ces contextes est connectée, soit moins de la moitié de la proportion observée dans les régions les mieux desservies7 (Our World in Data, 2023[37]). Divers obstacles technologiques entravent par ailleurs la capacité des jeunes à exploiter pleinement le potentiel des plateformes en ligne pour améliorer leur quotidien. Les exemples d’évolution positive et d’innovation ne manquent pas : les paiements mobiles tels que M-Pesa au Kenya et le système national de paiement en Somalie (Bareisaite, Goyal et Karpinski, 2022[38]), ou encore la croissance des services internet à faible coût, de l’entrepreneuriat numérique, de l’enseignement en ligne et de la dématérialisation des procédures dans les services publics. Il existe malheureusement aussi des exemples négatifs, comme les cybermenaces (violations de données, fraudes, etc.), les suppressions d’emplois et les obstacles financiers qui accentuent les facteurs existants de fragilité. Les profondes lacunes dans la dimension humaine de la fragilité, en particulier en matière d’éducation, entravent l’acquisition d’une culture numérique et exacerbent les fractures numériques ainsi que celles liées au genre (Benveniste et Angel-Urdinola, 2023[39]).
Pourtant, malgré un niveau de culture numérique limité, les jeunes, quel que soit le contexte dans lequel ils vivent, trouvent des moyens d’enrichir leurs connaissances et d’ouvrir des marchés en « tissant des liens et en apprenant » sur des réseaux numériques en constante expansion (Sakwa et Njoki, 2022[40]). En Tanzanie, par exemple, les plateformes financières numériques ont ouvert aux microentreprises l’accès aux services bancaires mobiles, favorisant ainsi la croissance économique, y compris dans les zones où les services bancaires traditionnels sont peu accessibles. Ces technologies favorisent l’inclusivité financière en permettant aux individus de gérer leurs ressources financières, contribuant ainsi au développement économique local. Faute d’un accès généralisé aux outils numériques, ces avantages restent toutefois limités à certains segments de la population, ce qui creuse la fracture numérique et engendre des disparités en termes de progrès au sein des régions et entre les groupes socioéconomiques. Pour ceux qui sont privés de sources de résilience, l’accès aux plateformes de travail en ligne peut certes améliorer la mobilité professionnelle, mais entraîner simultanément des disparités salariales, et renforcer les inégalités et l’exclusion (Yassien, 2023, pp. 7-8[41]).
Un écart se creuse entre les attentes des jeunes et les capacités disponibles, car l’insuffisance d’infrastructures compromet l’avenir numérique auquel ils aspirent. En Afrique, plus de 80 % des jeunes scolarisés souhaitent occuper des emplois hautement qualifiés, mais seulement 8 % y parviennent (CUA/OCDE, 2024[42]). Une récente enquête de l’OCDE sur les politiques et les cadres réglementaires dans le domaine du numérique en Afrique de l’Est a montré que seul le Kenya, parmi les 14 contextes étudiés, dispose d’une politique d’autonomisation des jeunes (CUA/OCDE, 2024[42]) ; 12 des 14 contextes concernés sont exposés à une fragilité élevée ou extrême. Ces observations mettent en évidence un manque de résilience qui est porteur de risques lorsqu’il est associé à d’autres disparités entre les contextes présentant une fragilité extrême, élevée et moyenne à faible. Par exemple, l’essor des plateformes de cybersécurité et d’intelligence artificielle (IA) expose les contextes présentant un niveau de fragilité élevée ou extrême à un risque accru de marginalisation ; cela les rend également vulnérables face à la cybersurveillance et à de possibles déséquilibres entre les pouvoirs dus à l’utilisation du numérique, comme la prise de décision fondée sur l’IA (Rizk et Cordey, 2023[43]), ainsi qu’à une privatisation de la connaissance et des biens publics (Beetham, 2023[44]). Dans les contextes où les sources de résilience sont déjà rares, ces obstacles constituent des freins majeurs au développement durable.
Les médias sociaux, miroir des inégalités et des fractures numériques
Dans le domaine politique, les jeunes qui ont le sentiment d’être déconnectés des systèmes politiques traditionnels font valoir leurs points de vue et renforcent leur pouvoir d’action en se servant des plateformes numériques pour diffuser des informations, susciter la participation, et influencer les processus électoraux et politiques (Sakwa et Njoki, 2022[40]). Les médias sociaux, en particulier, jouent un rôle clé dans la perception de l’image et des politiques internes d’un pays, tant au niveau national qu’international, entraînant des conséquences qui dépassent les frontières. Par exemple, dans les pays où les inégalités de genre sont plus marquées (Chapitre 4), les débats en ligne au sujet des droits des femmes peuvent influencer l’opinion publique internationale, soulever des critiques susceptibles de peser sur les relations diplomatiques et inciter les gouvernements à mettre en œuvre des réformes. Au regard des principaux indicateurs de l’accessibilité numérique (utilisation de l’Internet, compétences numériques et possession d’un téléphone mobile (Fonds des Nations Unies pour l'enfance, 2023[45])), on observe une exclusion croissante des jeunes femmes. Cette fracture numérique entre les genres, combinée à d’autres sources de fragilité, exacerbe les problèmes de sécurité et de sûreté des femmes, limite leur mobilité et renforce parfois artificiellement des normes socioculturelles restrictives (Graphique 2.9) (Mboob, Osam et Robinson, 2022[46]).
Graphique 2.9. Fractures numériques selon le score de fragilité et le genre
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Note : le graphique de gauche représente la part de la population utilisant l’Internet. Le graphique de droite, basé sur des données de 2022, illustre la proportion de personnes ayant utilisé un téléphone mobile ou Internet pour envoyer de l’argent (% des plus de 15 ans). Les données de ce graphique ne sont disponibles que pour 22 des 61 contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême, mais ont été utilisées à titre d’illustration.
Source : Banque mondiale (2025[47]), Portail de données sur le genre, https://genderdata.worldbank.org/ ; Banque mondiale (2024[48]), Indicateurs du développement dans le monde, https://databank.worldbank.org/source/world-development-indicators.
Trajectoires de résilience pour la jeunesse : la dimension humaine de la résilience
Dans les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême, les ambitions des jeunes peuvent constituer une source de résilience. Cependant, si ces ambitions sont contrariées, elles peuvent également avoir un impact sur la fragilité. En Afrique, les jeunes sont de plus en plus connectés et aspirent à occuper des emplois hautement qualifiés dans le secteur formel de l’économie. Pourtant, l’emploi informel demeure prédominant, offrant des possibilités limitées en termes de développement des compétences et de productivité (CUA/OCDE, 2024[42]). À l’échelle régionale, les zones présentant une fragilité élevée ou extrême sont aussi celles où les niveaux d’activité informelle sont élevés. D’après les estimations, 82 % de l’ensemble des travailleurs en Afrique sont employés dans le secteur informel, soit la plus forte proportion d’emploi informel au monde, contre 56 % en Amérique latine et dans les Caraïbes et 73 % dans les contextes éligibles à l’APD en Asie (CUA/OCDE, 2024[42]). Dans les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, pour réduire l’écart entre les nouvelles capacités numériques et les composantes fondamentales de la performance économique, telles que les compétences, l’éducation et d’autres aspects du capital humain, il convient de prendre en compte des facteurs de fragilité, comme la pauvreté, les conflits ou les contraintes sociétales, qui dépassent le cadre des approches adoptées ailleurs.
Face aux pressions qui poussent à l’adoption des innovations numériques, les enjeux relatifs à la gouvernance sont souvent négligés, alors qu’ils jouent un rôle essentiel dans le choix des trajectoires à suivre en matière de transformation numérique (OCDE, 2022, p. 47[49]). Cette négligence compromet les efforts visant à renforcer la résilience. (Dans les contextes exposés à un risque de conflit armé, les considérations relatives à la gouvernance interfèrent avec les approches de la prévention des conflits, comme cela est expliqué au Chapitre 3.) De nombreux bailleurs et partenaires ont déjà mis en place des initiatives pour renforcer la capacité d’agir des jeunes. L’organisation Digify Africa propose aux jeunes Africains des formations transnationales aux compétences numériques et commerciales, en partenariat avec des acteurs du secteur privé. Au Mozambique, les autorités mettent l’accent sur la lutte contre les disparités en matière d’éducation et les pénuries d’enseignants — seuls 15 % des élèves âgés de plus de 25 ans ont achevé le premier cycle de l’enseignement secondaire, contre près de 29 % en Angola, un contexte qui, à l’instar du Mozambique, présente une fragilité élevée (CUA/OCDE, 2024[42]). Toujours au Mozambique, des initiatives telles que +EMPREGO visent à renforcer les compétences des jeunes, en adéquation avec les emplois disponibles, grâce à des partenariats public‑privé. Dans la province de Cabo Delgado, par exemple, l’objectif est de faciliter leur insertion professionnelle et de soutenir l’entrepreneuriat. De telles initiatives s’inscrivent également dans le cadre de la réflexion relative à la prévention des conflits en amont, dont il est question au Chapitre 3. De même, à Maurice, des projets de formation professionnelle à destination de groupes marginalisés, notamment les femmes et les jeunes, ont contribué à une augmentation régulière du taux d’activité des femmes depuis 2005 (CUA/OCDE, 2024[42]).
Les menaces pesant sur l’égalité des genres évoluent et les avancées durement acquises doivent être protégées
Copier le lien de Les menaces pesant sur l’égalité des genres évoluent et les avancées durement acquises doivent être protégéesLes inégalités de genre constituent l’une des causes principales de la fragilité et un indicateur clé des trajectoires de développement. Comme nous l’avons déjà mentionné, aucun contexte présentant une fragilité élevée ou extrême n’est en passe d’atteindre l’ODD 5 qui vise à parvenir à l’égalité des sexes et à autonomiser toutes les femmes et les filles. Comme le notaient les précédents rapports États de fragilité, les femmes et les filles qui vivent dans des contextes très ou extrêmement fragiles sont plus exposées à certains risques sanitaires, qu’il s’agisse de mortalité maternelle, de mutilations génitales ou de grossesses précoces. Leurs résultats scolaires sont en général moins bons, en raison de la discrimination qu’elles subissent, mais aussi de risques sanitaires plus élevés ; elles sont plus souvent victimes de discrimination fondée sur le genre et ont un accès limité à la protection sociale, ce qui fragilise encore davantage leur capital humain, affectant toutes les dimensions de la fragilité (OCDE, 2022, p. 4[50]).
De mauvaises conditions de travail et des salaires inférieurs sont également des réalités établies dans tous les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême. Leur impact est particulièrement marqué dans certains contextes tels que la RDC, le Malawi, Madagascar et le Kenya, où les transitions énergétiques entraînent des destructions et des créations d’emplois susceptibles d’engendrer de nouvelles inégalités spatiales et de genre (OCDE, 2023[51]). Les 61 contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême présentent tous des inégalités de genre, bien que les dynamiques varient considérablement d’un contexte à l’autre. La Gambie se situe à l’une des extrémités du spectre, et bien qu’elle reste extrêmement fragile au regard de certains indicateurs clés comme celui des jeunes sans emploi qui ne suivent ni études ni formation, depuis 2014, des progrès ont été accomplis dans certains domaines tels que la présence politique des femmes (Coppedge et al., 2024[21]) ainsi que la participation et les perspectives économiques (Forum économique mondial, 2024[52]). L’égalité des genres progresse régulièrement depuis la transition démocratique qui a suivi la chute du président Yahya Jammeh en 2017, en partant toutefois d’un niveau très bas. À l’instar de la Colombie (voir Chapitre 4), où les autorités ont mis l’accent sur les stratégies prenant en compte la dimension de genre, les initiatives en faveur de l’égalité des genres ont joué un rôle central dans les processus de développement et de recherche de la paix en Gambie. Elles couvrent notamment des domaines tels que la justice transitionnelle, la réforme constitutionnelle, le développement national et la réforme du secteur de la sécurité. L’augmentation du nombre de femmes dans la police et le fait qu’elles ont désormais davantage accès aux promotions illustrent les efforts visant à renforcer la résilience des institutions publiques (Gambia, 2024[53]). Des avancées sont également observées, notamment en matière d’autonomisation économique des femmes, dans les Îles Salomon et en Guinée, à partir toutefois de niveaux de référence modestes dans les deux cas. En Afrique subsaharienne, des progrès significatifs ont été réalisés dans le domaine de l’égalité juridique entre les genres. Six contextes, à savoir la Guinée équatoriale, le Lesotho, le Rwanda, la Sierra Leone, le Togo et l’Ouganda, ont notamment adopté 20 réformes législatives (Banque mondiale, 2024, p. 7[54]).
À l’autre extrême du spectre, les raisons de s’inquiéter sont plus nombreuses, en particulier en raison des transitions politiques et des conflits. Huit des dix contextes affichant l’écart entre les genres le plus marqué sont exposés à une fragilité élevée ou extrême (Forum économique mondial, 2024[52]). En outre, cinq de ces contextes, le Tchad, la RDC, le Mali, le Niger et le Soudan, sont également confrontés à un phénomène de violence organisée. L’Afghanistan n’est pas inclus dans ce chiffre, en raison des difficultés d’accès aux données, bien que cela ne soit pas insurmontable, comme le démontre la contribution de Mariam Safi au Chapitre 4. Conséquences des récents décrets discriminatoires édictés par le régime taliban, qui restreignent les déplacements et les possibilités d’emploi des femmes, l’Afghanistan a enregistré le plus fort recul du niveau d’autonomisation économique des femmes jusqu’en 2023 (Coppedge et al., 2024[21]). Dans d’autres contextes, où les résultats sont traditionnellement plus élevés au regard des indicateurs liés au genre, on observe des signes inquiétants de détérioration. Entre 2014 et 2023, le Nicaragua a enregistré une nette dégradation de la participation des femmes à la vie politique, comme en témoignent plusieurs mesures telles que l’interdiction des groupes féministes (Coppedge et al., 2024[21] ; Vílchez, 2022[55]). Comme l’illustre la contribution de Deqa Yasin au Chapitre 4, les risques auxquels sont confrontées les femmes et les filles évoluent sous l’effet d’une exposition accrue aux menaces en ligne. Tandis que certains contextes autocratiques continuent de restreindre les droits des femmes et l’égalité des genres (Chenoweth et Marks, 2022[56]), l’instrumentalisation de la fragilité par certains contextes, à l’instar de la Russie (voir Chapitre 1), va souvent de pair avec un recul de la démocratie dont les conséquences sur les femmes et les filles doivent être étudiées avec attention afin d’orienter les mesures de prévention.
Les violences sexuelles et les violences fondées sur le genre sont encore omniprésentes dans les contextes en proie à des conflits, où elles sont souvent utilisées comme arme de guerre (de Silva de Alwis, 2023[57]). Les violences sexuelles ont été massivement employées comme instrument de vengeance lors de la guerre au Tigré, marquant profondément le conflit. Les conséquences ont été dévastatrices pour environ 40 à 50 % des femmes et des filles dans plusieurs régions d’Éthiopie, notamment le Tigré, l’Amhara, l’Afar et l’Oromia (Bekele et Eckles, 2023[58]). Indépendamment de ces constats, on peut citer des actes témoignant d’un courage admirable, notamment les actions menées par 49 organisations dirigées par des femmes au Soudan qui, malgré un contexte politique extrêmement tendu, œuvrent pour un processus de paix plus inclusif (ONU-Femmes, 2024[59]).
Dans tous les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême, les violences à l’encontre des femmes sont étroitement associées aux inégalités, mais les facteurs sous-jacents sont souvent directement liés à des pressions politiques, économiques et sociétales (Infographie 2.4). Les disparités en matière de développement humain sont particulièrement marquées dans les contextes caractérisés par une extrême fragilité au Moyen-Orient et en Asie du Sud, notamment en Afghanistan, en Iraq, en Syrie et au Yémen, où l’écart entre le développement humain des hommes et des femmes est le plus important (Infographie 2.4). Toutefois, comme le révèlent d’autres résultats présentés dans ce chapitre, les contextes affichent souvent des tendances distinctes et contrastées liées à la fragilité sociétale et politique au niveau local. L’Iraq, par exemple, a inscrit l’égalité des genres et la non-discrimination au cœur des cinq piliers de son Programme par pays pour la promotion du travail décent, que sont : l’accès à l’emploi pour les femmes, les jeunes et d’autres groupes vulnérables ; une éducation qui favorise l’égalité des chances dans l’accès à un enseignement de qualité, à la formation, et à des compétences suffisantes ; le respect des droits du travail visant à assurer une protection adéquate pour l’ensemble des travailleurs ; la transition vers une économie formelle et la protection des travailleurs du secteur informel ; ainsi que l’extension de la protection sociale et le renforcement de la capacité des individus et des entreprises (OCDE, 2024, p. 270[60]). Parallèlement, le pays a modifié ses lois relatives à l’âge du mariage, aux droits de garde et à la protection des femmes et des enfants, suscitant des inquiétudes liées aux sensibilités sociétales, notamment ethniques et religieuses (ReliefWeb, 2025[61]).
Le nombre de mariages d’enfants diminue également lentement dans le monde, mais à un rythme insuffisant pour atteindre la cible des ODD d’ici à 2030. Cette tendance masque également des disparités entre les régions et les groupes de revenu. En effet, le nombre de cas diminue globalement en Asie du Sud, mais il augmente dans le quintile inférieur de richesse en Afrique subsaharienne (UN Children's Fund, 2023[62]). Les 15 contextes affichant le taux le plus élevé de mariages de filles avant l’âge de 18 ans sont tous caractérisés par une fragilité élevée ou extrême. La conjonction de plusieurs facteurs — conflits, catastrophes naturelles aggravées par le changement climatique et crises de santé publique — pourrait ralentir les progrès. Au Bangladesh, par exemple, les périodes prolongées de sécheresse et les conséquences immédiates de catastrophes naturelles, comme les cyclones, augmentent les risques de mariage précoce dans les zones rurales dépendantes de l’agriculture (Save the Children, 2023[63]). Les mariages d’enfants entraînent d’autres conséquences négatives, notamment parce que les filles sont contraintes de quitter l’école prématurément et sont confrontées à un risque accru de décès pendant une grossesse ou un accouchement. Les dix contextes où le taux d’exclusion scolaire des filles est le plus élevé sont exposés à une fragilité élevée (Djibouti, Guinée, Mali et Niger) ou extrême (Afghanistan, Érythrée, Guinée équatoriale, République centrafricaine, Soudan du Sud et Tchad) (UNESCO, 2024 :, p. 8[64]).
L’incidence des mutilations génitales féminines (MGF) est en recul dans le monde depuis 30 ans et tous les contextes, à l’exception d’un seul, parmi les quinze où cette pratique est la plus fréquente, présentent un niveau de fragilité élevée ou extrême8. Parallèlement, certains contextes (comme le Burkina Faso) ont accompli des progrès significatifs dans l’élimination de cette pratique, tandis que les taux demeurent élevés dans d’autres contextes, dont la Somalie et la Gambie, où ils s’établissent respectivement à 99 % et 73 % (Fonds des Nations Unies pour l'enfance, 2024[65]). Toutefois, en juillet 2024, le parlement gambien s’est prononcé en faveur du maintien de l’interdiction des MGF (Nations Unies, 2024[66]).
Dans plus de la moitié des contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême, on observe une évolution positive des attitudes à l’égard des violences à l’encontre des femmes. Selon l’indice Institutions sociales et égalité des genres (SIGI) de l’OCDE9, 36 des contextes les plus exposés à une fragilité élevée ou extrême ont enregistré des améliorations depuis 2021, et les données disponibles montrent que les normes et les attitudes évoluent lentement. Toutefois, les données relatives aux violences sexuelles et fondées sur le genre proviennent de sources rarement mises à jour, notamment des enquêtes démographiques et sanitaires, et dans la plupart des contextes présentant un niveau de fragilité extrême, elles peuvent s’avérer difficiles à recueillir.
Face à l’évolution des risques en matière d’égalité des genres dans les contextes présentant un niveau de fragilité élevée ou extrême, et à la remise en cause des réponses apportées, un changement de cap est-il nécessaire ?
L’égalité des genres et l’autonomisation économique des femmes recèlent un potentiel de transformation dans les contextes très ou extrêmement fragiles et constituent un axe de travail majeur du CAD (OCDE, 2022[67]). La proportion des engagements d’APD assortis d’objectifs en matière d’égalité des genres est passée d’environ 37 % en 2014-15 à 48 % en 2022-23. Toutefois, après avoir culminé en 2018-19, les engagements à l’égard des contextes présentant une fragilité élevée ou extrême ont légèrement diminué. Les contextes extrêmement fragiles, qui sont également touchés par un conflit et reçoivent des montants élevés d’APD, accordent généralement peu d’attention à la question de l’égalité des genres. Dans les contextes recevant plus d’un milliard USD d’APD, comme l’Afghanistan, la Syrie et le Yémen, moins d’un tiers des ODD incluaient des objectifs relatifs à l’égalité des genres (OCDE, 2024, p. 41[68]). Compte tenu des problèmes auxquels sont confrontées les femmes afghanes (voir Chapitre 4), l’absence de prise en compte des objectifs d’égalité des genres dans l’aide destinée à l’Afghanistan risque d’aggraver le recul des droits des femmes et des filles.
Si le soutien en faveur de l’égalité des genres commence par la planification et la conception des programmes de développement, les tendances évoquées plus haut en matière d’égalité des genres soulignent l’urgence d’ajuster rapidement les pratiques existantes. Les membres du CAD luttent activement contre les inégalités fondées sur le genre en mettant en place des canaux de financement innovants pour les organisations de défense des droits des femmes, l’éducation des filles, et en déployant des programmes agricoles climato-compatibles destinés à améliorer la situation économique des femmes (OCDE, 2024, p. 27[60]). Une approche tout aussi agile sera essentielle pour répondre aux préoccupations concernant les conséquences associées au recul de la démocratie et aux régressions constatées sur le plan de l’égalité des genres. Les approches traditionnelles de l’égalité des genres et de la lutte contre les violences sexuelles et fondées sur le genre seront de ce fait remises en cause. Il faudra par exemple répondre aux attaques manifestes en ligne et en personne ciblant les femmes et les problématiques qui leur sont propres, tout en élaborant des stratégies plus efficaces pour identifier les allégations fallacieuses d’engagement en faveur de l’égalité des genres (gender washing) et y répondre, notamment dans les régimes autocratiques (Bush et Zetterberg, 2023[69]). Des instruments tels que la Recommandation du CAD sur l’élimination de l’exploitation sexuelle, des atteintes sexuelles et du harcèlement sexuel dans le contexte de la coopération pour le développement et de l’aide humanitaire (OCDE-CAD, 2024[70]) et la Recommandation du CAD sur l’égalité des genres et l’autonomisation de toutes les femmes et les filles dans le contexte de la coopération pour le développement et de l’aide humanitaire (OCDE-CAD, 2024[70]) (2024) seront déterminants à cet égard pour s’adapter à la nouvelle situation, indépendamment du degré de fragilité des contextes concernés.
Enfin, les demandes visant à remédier au problème de disponibilité des données sur les femmes et les filles ont largement été ignorées. D’importantes lacunes persistent dans les données relatives aux contextes très fragiles, un problème qui peut s’avérer sérieux pour les contextes exposés à une fragilité extrême. Bien que les données présentées dans ce rapport mettent en évidence certains des enjeux, des tendances et des liens, le potentiel de ce type d’analyse demeure largement inexploité. Pour réaliser des évaluations précises et apporter des réponses plus efficaces dans tous les contextes, il sera nécessaire de collecter systématiquement des données ventilées par genre pour tous les types de données et dans tous les contextes.
Que sait-on de la vie des jeunes hommes dans les contextes qui présentent une fragilité élevée ?
Selon une étude de l’OCDE (2019[71]), les normes relatives à la masculinité sont un autre facteur important qui permet d’expliquer les inégalités entre les genres au sein de la société (Chancel et al., 2022[72]). De multiples facteurs de fragilité influent sur la vie des jeunes hommes dans les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême. Comme le soulignent les contributions sur la Colombie et le Bangladesh (Chapitre 4), l’accès aux technologies numériques, combiné à un manque de perspectives économiques et aux mouvements de protestation, conduisent ou incitent les jeunes hommes à adopter des stratégies d’adaptation négatives. En ce sens, le recul observé dans l’amélioration de la qualité de vie des femmes et des filles est symptomatique d’une résilience réduite ou contrainte chez les jeunes hommes. Dans de nombreux contextes, ceux-ci sont également soumis à des attentes et des trajectoires qui influencent les choix qu’ils font. Les initiatives visant à promouvoir des formes de masculinité positives, notamment à travers l’art ou les réseaux sociaux, peinent à rivaliser avec un narratif traditionnel autour de la masculinité et de la vision des rôles assignés aux femmes (Feki et al., 2017, p. 266[73]). Il est essentiel de sensibiliser les jeunes hommes aux points de vue et aux expériences des femmes et aux difficultés auxquelles elles sont confrontées. Il est cependant tout aussi important de reconnaître que les hommes aussi font face à des inégalités de genre et qu’ils ont eux aussi besoin d’un accès à la santé, à l’éducation et aux ressources économiques pour s’épanouir (Pichat, 2022[74]).
Plusieurs des contributions figurant au Chapitre 4 montrent que les besoins des hommes évoluent dans de nombreux contextes. Les rares analyses disponibles sur ce sujet mettent en évidence deux problématiques majeures affectant la vie des hommes dans les contextes caractérisés par un niveau élevé ou extrême de fragilité. La première concerne la pression constante exercée sur les hommes dans le processus d’accumulation de capital humain ainsi que la destruction ou l’érosion de ce capital et leur capacité à être des membres productifs de la société. Ces enjeux présentent souvent une forte dimension sociale associant santé, enseignement général et formation professionnelle (Jacobsen, 2006, pp. 6-23[75]). La seconde problématique touche à l’évolution des rôles et des identités des hommes dans les économies en transition, qui va souvent de pair avec un mouvement de migration des zones rurales vers les zones urbaines ou le passage d’une économie préindustrielle à une économie industrielle. Dans la plupart des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, les conflits armés et la violence influent également d’une manière significative sur la perception qu’ont les hommes de leurs rôles et de leurs identités. Répondre à ces problématiques ne devrait pas se faire au détriment des politiques visant à améliorer la vie des femmes. Cependant, elles nécessitent sans doute des approches sur mesure qui sont, pour l’instant du moins, largement insuffisantes, ce qui favorise la tendance à adopter des stratégies d’adaptation négatives.
Les jeunes hommes sont aussi généralement les plus exposés aux conséquences négatives d’un niveau élevé de violence, qui affecte leur bien-être physique, psychologique et social (Organisation mondiale de la Santé, 2024[76]). Les effets indirects de la violence organisée, notamment en termes de santé mentale et de traumatismes générationnels, alimentent une dynamique de plus en plus complexe pour les jeunes hommes et les jeunes femmes. Les taux d’anxiété, de dépression et de trouble de stress post-traumatique sont deux à trois fois plus élevés chez les personnes touchées par un conflit armé (Carpiniello, 2023[77]). Comme le montre l’analyse des déplacements forcés au Venezuela (Chapitre 4), c’est notamment le cas des femmes victimes de violences fondées sur le genre et des enfants exposés à des niveaux élevés de violence collective qui sont plus susceptibles de développer des maladies chroniques. Les conséquences sont particulièrement préoccupantes dans les contextes marqués par des conflits prolongés, où les troubles de santé mentale peuvent, de manière indirecte, nourrir de futurs cycles de violence. Les traumatismes collectifs et les rancœurs accumulées accroissent en effet le risque de résurgence des conflits (Oestericher, Taha et Ahmadi, 2024[78]).
Infographie 2.4. Les femmes continuent d’être laissées pour compte dans la plupart des contextes confrontés à une fragilité élevée ou extrême
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Note : seuls 163 contextes classés dans le Cadre multidimensionnel sur la fragilité de 2025 disposent également de données sur l’indice d’inégalité de genre (GII), qui est un indice composite mesurant les inégalités de genre dans trois dimensions : la santé reproductive, l’autonomisation et le marché du travail. Une faible valeur de l’indice GII indique que les inégalités entre les femmes et les hommes sont faibles, et inversement. Les valeurs de l’Indice de développement humain (IDH) pour les hommes et les femmes sont celles de l’année la plus récente (2022). Les données relatives aux objectifs en matière d’égalité sont des moyennes sur deux ans pour les engagements pris par les membres du CAD.
Source : Banque mondiale (2024[79]), Les femmes, l’entreprise et le droit (2024) (ensemble de données), https://wbl.worldbank.org/en/wbl-data ; PNUD (2024[80]), Indice d’inégalité de genre (GII), (base de données), https://hdr.undp.org/data-center/composite-indices ; PNUD (2024[81]), Indice de développement humain (IDH) (base de données), https://hdr.undp.org/data-center/human-development-index#/indicies/HDI ; OCDE (2024[82]), Explorateur des données de l’OCDE, Système de notification des pays créanciers (flux) (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/z1.
La violence s’intensifie et présente des caractéristiques différentes selon le contexte
Copier le lien de La violence s’intensifie et présente des caractéristiques différentes selon le contexteEn 2025, le Cadre multidimensionnel de l’OCDE sur la fragilité a permis de recenser 29 contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême sur le plan de la sécurité. Parmi ces contextes, 25 présentent également une fragilité élevée ou extrême sur le plan politique, ce qui témoigne du lien d’interdépendance entre des niveaux élevés de fragilité politique et différentes formes de violence.
Les conflits et les guerres sont devenus plus courants et plus répandus dans les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême. En 2023, 24 contextes affichant une fragilité élevée ou extrême étaient touchés par un conflit10 et huit se trouvaient en situation de guerre. En outre, le nombre de conflits armés impliquant des États, soit 59, n’a jamais été aussi élevé, et 47 d’entre eux concernent au moins un contexte caractérisé par un niveau de fragilité élevé ou extrême11 (Graphique 2.10). Ces chiffres concordent avec l’augmentation tendancielle du nombre de conflits interétatiques internationalisés12. En 2023, 19 des 20 conflits de ce type ont eu lieu dans des contextes caractérisés une fragilité élevée ou extrême, ce qui rejoint le constat selon lequel un grand nombre de ces contextes se trouvent dans un « piège du conflit » (Milante, Mueller et Muggah, 2021[83]).
Reflet de la distribution géographique de la violence, la proportion de la population résidant dans des contextes marqués par une fragilité élevée ou extrême entre janvier 2024 et décembre 2024 qui était directement exposée à la violence organisée s’établissait à environ 14 %13,14 (ACLED, 2024[84]) (Infographie 2.5). L’exposition à la violence organisée influe considérablement sur la façon dont la fragilité est vécue. En effet, on observe une forte hétérogénéité entre ces contextes, et même entre ceux en situation de guerre. Ainsi, alors qu’environ 55 % de la population du Myanmar a été exposée à un acte de violence organisée en 2024, il en a été de même pour seulement 14 % de la population éthiopienne.
Graphique 2.10. La violence organisée dans les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême a culminé en 2021-22
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Note : Les chiffres indiqués pour la Syrie et l’Éthiopie correspondent au pourcentage de décès enregistré dans ces deux pays par rapport à l’ensemble des décès survenus dans des contextes présentant une fragilité élevée ou extrême.
Source : Davies, et al. (Davies et al., 2024[18]), « Organized violence 1989-2023, and the prevalence of organized crime groups », https://doi.org/10.1177/00223433241262912 ; Sundberg et Melander (2013[85]), « Introducing the UCDP Georeferenced Event Dataset », https://doi.org/10.1177/0022343313484347.
L’augmentation de la violence non étatique, en particulier dans les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême, est l’une des tendances majeures observées ces dernières années. Entre 2010 et 2023, les violences non étatiques ont augmenté de 71 %, atteignant un niveau sans précédent entre 2014 et 2018. Au cours de la période 2021-23, les conflits non étatiques étaient concentrés au Mali, au Nigéria, en RDC, au Soudan, au Soudan du Sud et en Syrie. Reflétant la propagation mondiale de la violence, la violence non étatique a été plus répandue dans les contextes caractérisés par une fragilité moyenne à faible que dans les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême à partir de 2018, en grande partie du fait de conflits internes entre groupes criminels organisés dans des contextes situés en Amérique centrale et du Sud (Graphique 2.11).
Graphique 2.11. La violence non étatique cause désormais plus de décès dans les contextes exposés à une fragilité moyenne à faible que dans ceux présentant une fragilité élevée ou extrême
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Note : Les contextes exposés à une fragilité moyenne à faible désignent les contextes éligibles et non éligibles à l’APD.
Source : Davies, et al. (2024[18]), « Organized violence 1989-2023, and the prevalence of organized crime groups », https://doi.org/10.1177/00223433241262912 ; Sundberg et Melander (2013[85]), « Introducing the UCDP Georeferenced Event Dataset », https://doi.org/10.1177/0022343313484347.
Le nombre total de décès dus au terrorisme a augmenté (Institute for Economics and Peace, 2024[86]), mais les tendances ont fluctué au cours des trois dernières années, en particulier dans les contextes présentant une fragilité extrême15. La géographie du terrorisme a considérablement évolué : celui-ci a diminué en Afghanistan (à la suite de la prise de pouvoir des talibans à la mi-2021), tandis que les attaques se sont multipliées dans la région du Sahel (Institute for Economics and Peace, 2024[86]).
Les attaques perpétrées par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 constituent le plus grand attentat terroriste depuis le 11 septembre 2021 (Institute for Economics and Peace, 2024[86]) et pourraient bien inverser le recul tendanciel du terrorisme dans la région du Moyen-Orient. Bien que le présent rapport ne dispose pas de données permettant de déterminer précisément l’incidence de ces événements, il semble que le profil de fragilité de la région ait sensiblement évolué de ce fait.
Dans l’ensemble, les tendances observées dénotent une diversification du recours à la violence à des fins politiques et économiques et mettent en évidence la nécessité croissante de repenser les mesures préventives à prendre en amont (chapitre 3) en pondérant renforcement de la résilience de l’État et de la société et mesures incitatives dans la sphère politico-économique. L’expérience de la Colombie, présentée au chapitre 4, apporte des éclairages sur ce type de mesures.
Les pertes humaines dues à des conflits violents sont concentrées dans les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême
L’impact humain des conflits violents se concentre dans les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême. Les années 2021, 2022 et 2023 ont chacune été plus meurtrières que toute année antérieure depuis 1994 (année du génocide au Rwanda) (Davies et al., 2024[18]). La baisse du nombre de décès survenus dans des contextes présentant une fragilité élevée ou extrême est principalement attribuable à la signature, en novembre 2022, d’un accord de paix entre l’Éthiopie et le Front de libération du peuple du Tigré, qui a permis de réduire l’intensité du conflit. Elle tient en outre à la hausse du nombre de décès dans les contextes caractérisés par une fragilité moyenne à faible, notamment en raison de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine depuis 2022. La Russie et l’Ukraine sont classées parmi les contextes présentant une fragilité moyenne à faible. Si l’on compte les décès dus à des violences étatiques, non étatiques et unilatérales, plus de la moitié (32) des contextes en situation de fragilité élevée ou extrême ont enregistré au moins 25 décès par an entre 2021 et 2023. Ces résultats peignent déjà un tableau sombre, mais ils ne rendent pas compte des données relatives à l’année 2024, qui n’étaient pas disponibles au moment de la publication du présent rapport. Le nombre de conflits a bondi de 25 % en 2024, année déjà qualifiée d’éminemment barbare (Raleigh, 2024[19]).
À travers le prisme de la fragilité : pourquoi la violence atteint-elle des niveaux record ?
Bien qu’il n’existe pas de réponse simple à cette question, trois manifestations spécifiques de la violence illustrent comment la conjonction de différents facteurs de fragilité peut à la fois entraîner différentes formes de violence, et en résulter.
La violence s’intensifie sous l’effet de la conjonction de certains facteurs de risques et de résilience
La fragilité humaine et sociétale grandissante observée dans les contextes touchés par la violence ou fortement susceptibles de l’être est un indicateur important du risque de matérialisation de cycles de conflit longs, sachant que les sources de résilience diminuent au fil du temps. Ainsi, les phénomènes de violence unilatérale constatés dans des contextes très ou extrêmement fragiles ont plus que triplé entre 2010 et 2023, culminant en 2014 avec les conflits en République centrafricaine, en Iraq et au Nigéria, puis en 2021 avec les conflits en RDC et en Éthiopie. Les profils de ces conflits varient considérablement que ce soit en termes d’aggravation des risques ou de faiblesse ou affaiblissement des sources de résilience : insécurité alimentaire, maladies diverses et variées, crises économiques, destruction des infrastructures de santé et hausse des taux de mortalité maternelle et néonatale (Savell, 2023[87]).
Bon nombre des décès qui surviennent dans des zones de conflit sont dus aux effets indirects de la guerre, lesquels sont susceptibles d’être plus importants dans les contextes présentant les degrés de fragilité les plus élevés. Si l’on prend l’exemple des soins de santé, on constate que les conflits peuvent provoquer et aggraver la destruction des infrastructures de santé, d’eau et d’assainissement, mais aussi perturber les chaînes d’approvisionnement en produits médicaux, dissuader les patients de se faire soigner par crainte de la violence, et entraîner un exode des professionnels de santé qualifiés. Ces conséquences se traduisent à leur tour par un affaiblissement des principales sources de résilience et, partant, par une baisse de la qualité des soins, qui peut entraîner à terme une flambée de maladies infectieuses, ainsi qu’une augmentation des taux de mortalité maternelle et néonatale et des décès liés à ces maladies (Savell, 2023[87]). Lorsque la malnutrition et les maladies sont conjuguées à une crise économique pouvant entraîner des distorsions au niveau de l’offre et de la demande de produits alimentaires et de biens de première nécessité, les effets sanitaires induits par une telle situation sont également à l’origine d’une grande partie des décès liés à des conflits. Dans le cas de la guerre du Tigré en Éthiopie, par exemple, on estime qu’entre 150 000 et 200 000 personnes sont mortes de faim et que plus de 100 000 sont décédées faute d’accès aux soins de santé (Fisher et Jackson, 2024[88]). Dans de tels contextes, il est important de souligner que les femmes et les enfants sont plus susceptibles de supporter les coûts indirects dans les régions en proie à des conflits intenses et dans les zones rurales où l’État est moins présent (Savell, 2023[87]).
L’urbanisation rapide ouvre la voie à la propagation du crime organisé et de la violence qui l’accompagne. Avec un taux d’urbanisation annuel de 3.5 %, les contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême voient la population urbaine doubler tous les 20 ans environ16. Dans les zones péri-urbaines, une croissance démographique aussi rapide constitue un facteur de risque de violence important (Elfversson et Höglund, 2023[89]), en particulier lorsque ces zones sont déconnectées des centres de pouvoir et des systèmes de prestation des services publics. En effet, cela permet aux groupes criminels organisés d’établir des nœuds de transport pour les flux financiers illicites, de tirer parti de la récupération des plus-values foncières et des marchés immobiliers, et d’établir un contrôle territorial, notamment en tant que prestataires de services essentiels en l’absence de prestataires publics ou autres (Sampaio, 2024[90]). Dans bon nombre de villes, la frontière entre violence criminelle et violence politique s’estompe. La ville de Lagos en est un exemple : les partis politiques et les élites y perpétuent la violence pour préserver la répartition inégale du pouvoir et des ressources en recrutant des gangs qui attaquent leurs rivaux, intimident les membres des partis politiques et manipulent les scrutins, devenant souvent particulièrement actifs pendant les périodes précédant les élections (Adzande, Meth et Commins, 2024[91]).
Graphique 2.12. Les contextes présentant un degré élevé de fragilité globale sont moins résilients face au crime organisé
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Source : Davies, et al. (2024[18]), « Organized violence 1989-2023, and the prevalence of organized crime groups », https://doi.org/10.1177/00223433241262912 ; Sundberg et Melander (2013[85]), « Introducing the UCDP Georeferenced Event Dataset », https://doi.org/10.1177/0022343313484347 ; Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale (Global Initiative Against Transnational Organized Crime) (2023[92]), Indice mondial du crime organisé 2023 (ensemble de données), https://ocindex.net/downloadshttps://ocindex.net/downloadshttps://ocindex.net/downloads.
La conjonction de risques et d’un affaiblissement ou d’une faiblesse de la résilience aux échelons infranationaux conduit également à la violence sous d’autres formes, en particulier autour de la répartition du pouvoir politique et des ressources publiques entre le centre (l’État) et la périphérie, et entre divers acteurs infranationaux (Wolff, Ross et Wee, 2020[93]). Cette tendance est manifeste au Nigéria, où différents types de violence organisée coexistent du fait de la faiblesse du secteur de la sécurité, qui peine à assurer la sécurité de toutes les parties du pays de manière égale. On peut notamment citer les exemples suivants : banditisme armé (vols de bétail et enlèvements) dans le nord-ouest du pays (Madueke et al., 2024[94]) ; campagnes anti-insurrectionnelles contre les groupes militants islamistes dans le nord-est ; conflits entre éleveurs et agriculteurs dans la région de la ceinture centrale ; et éruptions de violence occasionnelles dues à la concurrence électorale, au banditisme et au cultisme dans la moitié sud du pays (Carboni, 2023[95]).
La violence augmente du fait de l’opportunité politique qu’elle présente
De nombreux conflits ont lieu à l’échelle infranationale dans des « zones périphériques sur les plans géographique, économique ou politique, où les capacités de l’État sont faibles, voire essentiellement inexistantes » (Raleigh et Linke, 2018[96]). Dans de telles circonstances, la violence peut être constitutive de la gouvernance infranationale ; elle peut par exemple être utilisée comme un outil de concurrence entre les acteurs politiques. Dans bien des cas, la multiplication des groupes armés non étatiques et des caractéristiques infranationales des conflits découle de la mise en place de différentes structures de gouvernance parallèles du fait de l’absence de contrôle territorial effectif de certains États. Dans au moins 14 des 18 contextes présentant une fragilité extrême , le monopole de l’État sur la violence est contesté par une myriade d’acteurs, dont des insurgés, des groupes rebelles ou des groupes criminels organisés. En 2023, les administrations centrales des contextes extrêmement fragiles contrôlaient en moyenne environ 76 % de leurs territoires, contre 87 % dans les contextes présentant une fragilité élevée et 95 % dans les contextes présentant une fragilité moyenne à faible17. On estime donc qu’entre 150 et 160 millions de personnes vivent dans des zones où des groupes armés non étatiques ont mis en place des structures de gouvernance parallèles, notamment pour ce qui est de l’accès à la justice, des services de base et de la sécurité (Lilja et al., 2024[97]). Les zones de gouvernance rebelle, comme les zones contrôlées par des groupes islamistes extrémistes, relèvent généralement de stratégies concurrentielles de renforcement de l’État dans le cadre desquelles le contrôle est exclusivement détenu par des groupes rebelles ; elles diffèrent des zones de gouvernance criminelle. Loin de ne concerner exclusivement les contextes en situation de fragilité élevée ou extrême, les structures de gouvernance parallèles sont très répandues dans les zones rurales et urbaines de contextes très divers.
Les acteurs intégrés à l’État sont considérés comme les principaux auteurs d’infractions liées à la criminalité organisée (Global Initiative Against Transnational Organized Crime, 2023[98]) dans toutes les régions. Ils sont particulièrement présents dans les contextes caractérisés par des niveaux de fragilité élevés : de fait, 17 des 20 contextes affichant la moyenne la plus élevée au regard cet indicateur sont exposés à une fragilité élevée ou extrême. On peut donner les exemples du Venezuela et de la Syrie sous l’ancien régime baasiste, où la pratique du trafic de stupéfiants, à savoir de cocaïne dans le premier cas et de captagon dans le second, est ou était largement répandue parmi des acteurs intégrés à l’État (Pelcastre, 2023[99]). Les contextes d’Afrique centrale sont plus particulièrement touchés par la conjonction d’un grand nombre d’acteurs intégrés à l’État et d’une faible résilience face à la criminalité organisée.
Dans la région ALC en particulier, la gouvernance criminelle constitue généralement une forme de gouvernance hybride dans le cadre de laquelle des groupes criminels sont intégrés au sein de l’appareil étatique par des accords symbiotiques entre l’État et des organisations criminelles, notamment par voie de collusion, de cooptation, d’intimidation et/ou de corruption (Lessing, 2021[100]). C’est pourquoi ce système de division de la souveraineté est souvent présent dans des zones où le pouvoir infrastructurel de l’État est limité, voire inexistant, à l’instar des implantations informelles situées dans les zones urbaines, les zones rurales périphériques et les zones frontalières (Feldmann et Luna, 2022[101]). Dans certains grands contextes urbains, par exemple, les milices interviennent dans la prestation de services négligés par l’État, tels que l’éducation, la santé, les services sociaux, le régime foncier, les droits de propriété et le logement, jouant le rôle d’intermédiaires dans une relation coercitive « client-patron », tout en ayant des intérêts communs et des liens étroits avec les acteurs étatiques, politiques et économiques (Pope et Sampaio, 2024[102]).
La diversification de la violence organisée peut également s’expliquer par les évolutions géopolitiques régionales, en particulier là où les puissances régionales et moyennes cherchent à manipuler ou à tirer parti de la fragilité et des conflits pour atteindre leurs objectifs de politique étrangère. Les interventions de politique étrangère de ces acteurs contournent souvent les institutions et enceintes internationales existantes et soutiennent les régimes autoritaires, sapant les processus traditionnels de résolution des conflits et de rétablissement de la paix (International Institute for Strategic Studies, 2023[103]). On peut toutefois se demander si ces approches s’avèrent réellement opportunes dans la mesure où les gains à court terme, souvent axés sur la dimension de la sécurité et la dimension économique, peuvent évoluer et se transformer en pertes stratégiques (Encadré 2.5).
Encadré 2.5. Renforcement de la résilience stratégique : des résultats contrastés en matière de soutien au secteur de la sécurité
Copier le lien de Encadré 2.5. Renforcement de la résilience stratégique : des résultats contrastés en matière de soutien au secteur de la sécuritéTactiques hybrides, fragilité multidimensionnelle et ciblage des secteurs de la sécurité
La Russie a mené des interventions hybrides sur l’ensemble du continent africain. Celles-ci sont mises en œuvre par des acteurs étatiques et des acteurs indépendants alignés sur les intérêts de l’État, comme l’Africa Corps (Ramani, 2023[104]), précédemment connu sous le nom de Groupe Wagner. La plupart des contextes dans lesquels la Russie intervient, dont le Burkina Faso, le Mali et le Niger, se caractérisent par une fragilité élevée ou extrême en matière de politique et de sécurité, qui est souvent liée à des régimes autoritaires ou à des institutions démocratiques faibles (Siegle, 2023[105]). Sur le plan opérationnel, les efforts visent essentiellement à 1) saper la résilience humaine et sociétale tout en protégeant les institutions chargées de la sécurité et les facteurs économiques qui favorisent la résilience grâce à la cooptation des élites (Siegle, 2023[105]) ; 2) ériger des obstacles à l’encontre des opposants internes au régime ou protéger contre les coups d’État (Plichta, 2024[106]) ; 3) réprimer les manifestations et/ou lutter contre les insurgés ; et 4) garantir l’accès aux ressources naturelles renouvelables et non renouvelables, en particulier aux ressources minérales critiques et aux hydrocarbures. Depuis l’escalade de la guerre en Ukraine, ces interventions ciblées ont également contribué en partie à la stratégie de contournement des sanctions de la Russie. La Russie a souvent adapté ses interventions en Afrique de manière à pouvoir exploiter les vides sécuritaires par la manipulation de l’écosystème de l’information au moyen de campagnes de désinformation, d’ingérence électorale, de soutien aux instigateurs de coups d’État et de revendications extraconstitutionnelles du pouvoir. Les campagnes de désinformation menées par la Russie, axées essentiellement – mais pas exclusivement – sur l’Afrique centrale et de l’Ouest, ont ciblé au moins 22 contextes (dont 16 contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême ) et représentent près de 40 % de l’ensemble des campagnes de désinformation observées en Afrique en 2023-24 (Africa Center for Strategic Studies, 2024[107]).
Quels enseignements peut-on tirer des tactiques hybrides russes ?
La mise à profit par la Russie des possibilités de « gains rapides et transitoires » dans des contextes en proie à une forte fragilité sur les plans de la politique et de la sécurité (Galeotti, 2021[108]), et ses tentatives d’influence sur les configurations politiques internes de ces contextes donnent un aperçu de ce que des interventions ciblées et transactionnelles peuvent permettre d’accomplir. L’instrumentalisation de la fragilité par la Russie reflète en outre une vision étroite guidée par la relation symbiotique entre le Kremlin, les oligarques et les groupes criminels organisés (Caparini, 2022[25]). Toutefois, malgré le discours dominant, la Russie affiche un bilan contrasté en termes d’influence et de succès, en particulier là où les efforts axés sur l’aide au secteur de la sécurité ont conduit, en l’absence de mesures de gouvernance, à des résultats instables, comme l’illustrent les exemples ci-dessous.
Nord du Mozambique. L’intervention de sécurité menée par le Groupe Wagner contre les groupes militants islamistes dans la province de Cabo Delgado a duré moins de deux mois en raison de défaillances militaires, qui ont conduit à son retrait rapide (Ramani, 2023[104]).
Madagascar. La tentative de la Russie de soutenir plusieurs candidats de l’opposition lors des élections malgaches de 2018 était principalement motivée par son intérêt pour les réserves de chrome du pays et la position stratégique de Madagascar dans l’océan Indien (Ramani, 2023[104]). Les efforts russes n’ont pas abouti, et le Président nouvellement élu, Andry Rajoelina, a refusé les offres de soutien de la Russie au lendemain des élections.
République centrafricaine. Le pays a été décrit comme un laboratoire permettant à la Russie de perfectionner ses méthodes (Valade et Di Roma, 2022[109]). En contrepartie d’un accès aux ressources naturelles du pays, la Russie a apporté un soutien militaire et politique au Président Touadéra par l’intermédiaire du Groupe Wagner, notamment en lui fournissant un conseiller à la sécurité nationale et des formateurs paramilitaires et civils. Son accès aux ressources naturelles a été contesté, en particulier à l’échelon local, où le Groupe Wagner s’est livré à des actes de violence généralisée contre les civils autour des zones minières. Le soutien à la sécurité a été renforcé par des initiatives d’influence et des campagnes de désinformation menées par la Russie, notamment par le biais de la station de radio populaire « Radio Lengo Songo » (désormais inscrite sur une liste de sanctions), qui a affiché des opinions pro-russes (Stanyard, Vircoulon et Rademeyer, 2023[110]).
Enseignements à tirer au sujet de la résilience du secteur de la sécurité en Ukraine
Bien que le degré de fragilité de l’Ukraine augmente, le fait qu’elle soit encore classée parmi les contextes présentant une fragilité moyenne à faible témoigne de la profonde résilience du pays, ainsi que l’illustre son secteur de la sécurité. Depuis 2014, face à une menace russe manifeste, l’Ukraine a accompli des progrès remarquables en matière de gouvernance du secteur de la sécurité dans les domaines de la formation théorique et pratique et du contrôle organisationnel de ses forces militaires et policières. L’aide des bailleurs et la mobilisation de la société civile ont joué un rôle essentiel dans ces réalisations (Beliakova et Detzner, 2023, p. 6[111]). Le renforcement de la supervision et du contrôle civils du secteur ukrainien de la sécurité, qui est aujourd’hui mis à l’épreuve de la guerre, contraste en particulier avec la fourniture transactionnelle et à court terme d’une aide au secteur de la sécurité en Afrique, et d’une autre manière, avec les faiblesses de la gouvernance russe du secteur de la sécurité, surtout s’agissant du commandement et du contrôle et de corruption généralisée (Beliakova et Detzner, 2023, p. 6[111]). Bien que la Russie conserve un avantage en termes de masse militaire, le fait que l’Ukraine soit parvenue à résister à trois années de guerre conventionnelle démontre l’intérêt géostratégique du renforcement de la résilience des structures de développement, de paix et de sécurité.
Source : Ramani (2023[104]), Russia in Africa : Resurgent Great Power or Bellicose Pretender? ; Siegle (2023[105]), « Intervening to undermine democracy in Africa: Russia's playbook for influence », https://africacenter.org/spotlight/intervening-to-undermine-democracy-in-africa-russias-playbook-for-influence/ ; Plichta (2024[106]), « Russia’s mercenaries are bolstering autocratic regimes in the Sahel », https://theloop.ecpr.eu/russias-mercenaries-are-bolstering-autocratic-regimes-in-the-sahel/ ; Africa Center for Strategic Studies (2024[107]), Mapping a Surge of Disinformation in Africa, https://africacenter.org/spotlight/mapping-a-surge-of-disinformation-in-africa/ ; Galeotti (2021[108]), « Active measures: Russia's covert global reach », https://www.marshallcenter.org/en/publications/marshall-center-books/russias-global-reach-security-and-statecraft-assessment/chapter-14-active-measures-russias-covert-global-reach ; Caparini (2022[25]), Conflict, Governance and Organized Crime: Complex Challenges for UN Stabilization Operations, https://doi.org/10.55163/NOWM6453 ; Valade et Di Roma (2022[109]), « Comment la Centrafrique est devenue le laboratoire de la propagande russe en Afrique », https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/06/08/comment-la-centrafrique-est-devenue-le-laboratoire-de-la-propagande-russe-en-afrique_6129431_3212.html ; Stanyard, Vircoulon et Rademeyer (2023[110]), The Grey Zone: Russia's Military, Mercenary and Criminal Engagement in Africa (La zone grise : L’engagement militaire, mercenaire et criminel de la Russie en Afrique), https://globalinitiative.net/analysis/russia-in-africa/ ; Beliakova et Detzner (2023[111]), Security Sector Governance and Reform in Ukraine, https://peacerep.org/wp-content/uploads/2023/11/SSG-Report-v3-FINAL-.pdf.
La violence augmente du fait de l’opportunité économique qu’elle présente
Si les décès liés à la violence organisée sont concentrés dans les contextes de fragilité élevée ou extrême, certains des taux d’homicide les plus élevés sont observés parmi les contextes à revenu intermédiaire affichant une fragilité moyenne à faible. D’après les données sur les homicides de 2021, qui sont les plus récentes et les plus complètes, seul un des dix contextes retenus dans le Cadre multidimensionnel sur la fragilité de 2025 et affichant les taux d’homicide les plus élevés est classé parmi ceux présentant une fragilité élevée ou extrême. Les taux d’homicide les plus élevés sont observés dans la région ALC et en Afrique subsaharienne, bien qu’ils varient selon les contextes au sein des régions, les taux les plus élevés étant surtout observés dans des zones urbaines à forte concentration géographique. Ajzenman et Jaitman (2016[112]), par exemple, estiment que 50 % des crimes enregistrés dans cinq villes d’Amérique latine ont été commis dans 3.0 % à 7.5 % des segments de rue. Selon une étude mondiale sur les homicides publiée par l’ONU en 2023, plus de 50 % des homicides commis dans la région ALC sont liés à la criminalité organisée. Les victimes et les principaux auteurs sont de jeunes hommes, et la majorité des homicides sont perpétrés au moyen d’armes à feu (Nations Unies, 2023, p. 3[113]). Les armes sont obtenues par divers moyens : héritage des guerres civiles (au Salvador et au Guatemala, par exemple), collusion avec des acteurs étatiques et privés de la sécurité (ventes illicites, par ex.) ou achat sur des marchés illicites dont l’existence est facilitée par la vente d’armes à feu légales et illégales, telles que des armes imprimées en 3D (Lazaro, 2024, p. 5[114]).
Graphique 2.13. Plusieurs contextes présentant une fragilité moyenne à faible enregistrent les taux de décès par homicide les plus élevés (2021)
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Note : Les données de 2021 ont été retenues, car elles étaient disponibles pour un plus grand nombre de contextes que celles de 2022 et 2023.
Source : Igarapé Institute (2024[115]), Homicide Monitor, ensemble de données, https://homicide.igarape.org.br/.
L’opportunité politique et économique que présente la violence varie selon le contexte, mais certains éléments récurrents peuvent être mis en évidence. À titre d’exemple, les principaux contextes producteurs de cocaïne et points de sortie des exportations de cocaïne sont situés dans la région ALC, et la violence s’est intensifiée avec l’évolution des voies et les réseaux d’acheminement, qui se sont notamment étendus aux villes portuaires au Costa Rica et en Équateur (International Crisis Group, 2023[116]). Outre le trafic de cocaïne, les organisations criminelles ont également étendu et diversifié leurs activités pour se livrer à l’extorsion, notamment dans le Triangle du Nord, la délinquance environnementale et, dans certains contextes, d’autres formes de trafic de stupéfiants. Par ailleurs, les faiblesses institutionnelles ont permis à des groupes de criminalité organisée d’imposer une gouvernance criminelle dans certaines zones, d’infiltrer les institutions de l’État et d’influencer les élections, notamment au moyen de la violence, dans d’autres contextes (Muggah, 2017[117]). Les facteurs économiques de la fragilité – à savoir le niveau élevé des inégalités sociales et des inégalités de patrimoine en Amérique latine, la pauvreté urbaine due à la croissance économique de piètre qualité, et le chômage des jeunes – ont probablement facilité le recrutement d’individus au sein des groupes criminels organisés et/ou des groupes armés (Muggah, 2017[117]). Parallèlement, la violence s’est intensifiée dans la région malgré les transitions démocratiques et la croissance économique observées dans certains contextes, et les efforts déployés par les pouvoirs publics de ces contextes pour lutter contre la criminalité ont souvent empiré la situation (Vilalta, 2020[118]).
Autrement dit, le recul de la fragilité politique et économique ne s’est pas nécessairement traduit par une diminution de la violence. La Jamaïque, qui présente un niveau de fragilité moyen à faible, en est une illustration. Elle a progressé sur le front des réformes macroéconomiques (Banque mondiale, 2024[119]) et des réformes du secteur de la sécurité (Asmann, 2021[120]) dans le cadre d’un processus difficile de transition vers la paix et le développement. Mais ces progrès n’ont pas encore eu d’effet sur l’économie politique de la violence en bande organisée, qui est responsable de la plupart des homicides dans le pays (Dalby, 2022[121]).
Dans les contextes touchés par un conflit, la corruption généralisée, l’effondrement de l’état de droit, le contrôle limité exercé par les pouvoirs publics et les possibilités d’infiltration des institutions de l’État et de collusion avec des acteurs étatiques sont autant d’éléments qui permettent à différents types d’acteurs criminels d’élargir leurs ambitions économiques par la violence. Nombre de groupes armés non étatiques tirent profit d’activités illicites pour financer leur lutte armée, acquérant un pouvoir politique pour « protéger et étendre leur racket économique », tandis que dans d’autres situations, des organisations criminelles pénètrent la sphère politique formelle (Jackson, Weigand et Tindall, 2023[122]). Le Myanmar offre un exemple de la manière dont des activités criminelles peuvent se développer dans des zones de conflit. Après le coup d’État militaire et le déclenchement de la guerre civile en 2021, on a constaté une intensification de l’extraction illégale à grande échelle de terres rares (Global Witness, 2024[123]), un doublement de la production d’héroïne (Nations Unies, 2023[124]), et une augmentation de la traite des êtres humains vers des centres d’escroquerie en ligne de type carcéral, dont bon nombre se trouvent dans des régions frontalières entre le Myanmar et la Thaïlande et sont contrôlés par l’armée du Myanmar ou des milices ethniques affiliées à l’armée (Taylor, 2024[125]).
La présence de la violence organisée entrave la lutte des pouvoirs publics contre la pauvreté et pousse à adopter des stratégies d’adaptation négatives
Près de 40 % des personnes en situation de pauvreté multidimensionnelle, soit 455 millions d’individus, vivent dans des contextes marqués par la fragilité, un conflit ou en proie à la violence (OPHI et PNUD, 2024[126]). L’expérience de la violence organisée influe directement sur l’ordre social, politique et économique, ouvrant la voie à des cycles d’exclusion et de violence. D’une part, la violence organisée peut priver de soutien les collectivités isolées ou ciblées qui sont en situation de pauvreté, laquelle devient un fardeau qui pèse de plus en plus lourd au fil du temps (Mueller et Techasunthornwat, 2020, p. 2[127]). D’autre part, cette forme de violence recoupe divers facteurs de fragilité préexistants et nouveaux qui peuvent inciter à adopter des stratégies d’adaptation positives comme négatives. Comme l’illustre l’évolution de l’économie du conflit au Soudan (chapitre 4), les institutions locales et le secteur privé peuvent faire preuve d’une grande résilience économique. Toutefois, dans presque tous les cas, les facteurs de résilience ne suffisent pas à neutraliser les effets plus vastes des conflits sur la pauvreté tant que ceux-ci perdurent. Ils ne peuvent pas non plus atténuer ces effets lorsque les liens de convergence entre conflit et pauvreté sont beaucoup plus complexes, conjuguant à la fois une faiblesse des capacités de l’État, du secteur privé, de la sécurité assurée par l’État ou d’autres acteurs non étatiques, de la résilience et des niveaux de confiance et de conformité de la société, et une polarisation, qu’elle soit motivée par des facteurs idéologiques, ethniques, linguistiques ou religieux (Mueller et Techasunthornwat, 2020, p. 10[127]). L’importance de la conception de mesures d’action publique adaptées à ces contextes complexes est évoquée au chapitre 3.
Infographie 2.5. Caractéristiques de la violence organisée dans les contextes présentant un niveau de fragilité élevée ou extrême
Copier le lien de Infographie 2.5. Caractéristiques de la violence organisée dans les contextes présentant un niveau de fragilité élevée ou extrême
Note : Les contextes touchés par la violence organisée sont ceux qui ont fait état plus de 25 décès liés à des violences étatiques, non étatiques et unilatérales en 2023. Un contexte est tributaire des produits de base lorsque plus de 60 % de ses exportations totales de marchandises sont composées de produits de base. Au cours de la période considérée, soit entre novembre 2024 et mai 2025, 22 foyers de famine ont été recensés. L’indicateur « Forte inégalité entre les genres » fait référence à un score égal ou supérieur à 0.5 dans l’indice d’inégalité de genre du PNUD. Les contextes les plus exposés au changement climatique sont ceux arrivant après la 144e place dans le classement des pays établi par la Notre Dame - Global Adaptation Initiative (ND-GAIN). Les activités secondaires et essentielles de consolidation de la paix sont définies à l’annexe A. Les contextes en surendettement ou à risque élevé de l’être sont ceux qui appartiennent à ces catégories selon le Cadre de viabilité de la dette pour les pays à faible revenu mis au point par la Banque mondiale et le FMI. Dix contextes présentant un niveau de fragilité élevé ou extrême ont enregistré plus de 1 000 décès liés aux combats en 2023 ; huit guerres se déroulent toutefois dans ces contextes.
Source : Davies, et al. (2024[18]), « Organized violence 1989-2023, and the prevalence of organized crime groups », https://doi.org/10.1177/00223433241262912 ; Sundberg et Melander (2013[85]), « Introducing the UCDP Georeferenced Event Dataset », https://doi.org/10.1177/0022343313484347 ; PNUD (2024[80]), Gender inequality index (GII), base de données, https://hdr.undp.org/data-center/composite-indices ; CNUCED (2023[128]), « L’état de la dépendance à l’égard des produits de base en 2023 », https://unctad.org/fr/publication/letat-de-la-dependance-legard-des-produits-de-base-en-2023 ; FAO/PAM (2024[129]), « Hunger Hotspots: FAO/WFP early warnings on acute food insecurity, November 2024 to May 2025 outlook », https://www.wfp.org/publications/hunger-hotspots-fao-wfp-early-warnings-acute-food-insecurity-november-2024-may-2025 ; Groupe de la Banque mondiale (2024[130]), Analyse de viabilité de la dette (AVD), risque de surendettement global (ensemble de données), https://www.worldbank.org/en/programs/debt-toolkit/dsa ; Notre Dame Global Adaptation Initiative (2024[131]), « Notre-Dame – Global Adaptation Initiative Country Index », https://gain.nd.edu/our-work/country-index/ ; IPC (2024[132]) « Integrated Food Security Phase Classification », https://www.ipcinfo.org/ ; OCDE (2024[82]), Explorateur des données de l’OCDE, base de données du Système de notification des pays créanciers (flux), http://data-explorer.oecd.org/s/178.
Les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême continuent d’entraîner la plupart des déplacements forcés et d’accueillir la majorité des personnes déplacées de force
Copier le lien de Les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême continuent d’entraîner la plupart des déplacements forcés et d’accueillir la majorité des personnes déplacées de forceLa fragilité multidimensionnelle, les conflits et les persécutions ont entraîné un nombre sans précédent de déplacements forcés. En 2023, on comptait plus de 126 millions de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (2024[133]) (l’infographie 2.6 présente une ventilation détaillée). Le nombre de personnes ayant été contraintes de fuir leur foyer a augmenté de 32 % depuis 2021, une hausse qui tient aux bouleversements dévastateurs causés par la guerre au Soudan, la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et le conflit armé au Moyen-Orient au cours des deux années qui ont suivi. Le nombre de personnes déplacées de force n’a jamais été aussi plus élevé, et la prise au piège de populations dans des zones de guerre est un phénomène qui prend de l’ampleur.
Plus de 100 millions de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDI) ont fui des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, ce qui représente 80 % de l’ensemble des réfugiés et environ 80 % des personnes déplacées de force (infographie 2.6)18. Qui plus est, 2.7 millions de personnes ont déposé une demande d’asile dans des pays de l’OCDE en 2023. Il s’agit d’un record et d’une augmentation de 30 % par rapport au nombre de nouveaux demandeurs enregistré en 2022. Au total, les pays de l’OCDE ont accordé une protection internationale à 676 000 réfugiés en 2023, ce qui représente 15 % de plus que l’année précédente et le nombre le plus élevé depuis 2017. Il convient de souligner que quatre des cinq principaux contextes d’origine des demandeurs d’asile dans les pays de l’OCDE en 2023 sont des contextes présentant une fragilité élevée ou extrême. Il s’agit du Venezuela (270 000 demandeurs), de la Syrie (171 000), de l’Afghanistan (150 000) et d’Haïti (76 000) (OCDE, 2024, pp. 12-39[134]). Cela dit, même si le nombre de réfugiés a fortement augmenté dans les pays de l’OCDE, ce sont les contextes très ou extrêmement fragiles qui accueillent toujours la grande majorité des réfugiés et des PDI dans le monde – 81 millions de personnes au total, soit près des deux tiers (64 %) de l’ensemble des personnes déplacées de force à travers le monde. Les contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême accueillent environ 80 % de l’ensemble des PDI. La majorité des réfugiés et des PDI qui vivent dans des contextes à revenu faible ou intermédiaire sont déplacés depuis plus de cinq ans.
En vertu du droit international et de nombreuses lois nationales, les États sont tenus de protéger les populations déplacées de force, soit en accordant l’asile aux personnes qui fuient leur pays, soit en protégeant les droits de leurs propres citoyens qui sont déplacés à l’intérieur du pays. L’accueil des populations déplacées de force peut exacerber les fragilités préexistantes propres à un contexte et s’accompagner d’un coût économique, politique et sociétal. À court terme, les répercussions économiques se font sentir à l’échelle infranationale, touchant essentiellement les zones urbaines, les régions à proximité des camps de réfugiés et les communautés locales qui accueillent les déplacés, du fait des pressions exercées sur les services sociaux et les ressources naturelles. À moyen et long terme, une répartition et des politiques d’inclusion peuvent réduire le coût financier de l’accueil de ces personnes, voire offrir de véritables possibilités d’intégration socioéconomique tant aux personnes déplacées qu’aux communautés d’accueil.
Dans les contextes d’accueil les plus fragiles, les personnes déplacées de force se heurtent souvent au « piège de la capacité », ni l’État ni la communauté d’accueil n’ayant les moyens de leur offrir des perspectives sociales ou économiques. Même avec des politiques publiques inclusives, la fragilité limite les possibilités réalistes d’offrir des solutions concrètes, telles que l’autonomisation socioéconomique des personnes déplacées.
Infographie 2.6. La majorité des personnes déplacées de force fuient des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, mais sont aussi accueillies dans ces mêmes contextes
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Note : Les déplacements forcés correspondent à la totalité des réfugiés et des déplacés internes recensés à la fin 2023, dont les groupes de population suivants : réfugiés, demandeurs d’asile, autres personnes ayant besoin d’une protection internationale, réfugiés au titre de la mission de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, et personnes déplacées à l’intérieur de leur pays en raison d’un conflit ou d’une catastrophe naturelle. Les flux de réfugiés présentés dans la partie inférieure du graphique ne comprennent que les demandeurs d’asile et les réfugiés dont le statut est reconnu. La catégorie « Reste du monde » correspond aux contextes présentant un niveau de fragilité moyen à faible et à ceux qui ne sont pas couverts par le Cadre.
Source : Observatoire des situations de déplacements internes (IDMC) (2024[135]), Global Internal Displacement Database, https://www.internal-displacement.org/database/displacement-data ; HCR (2024[136]), Refugee Data Finder, https://www.unhcr.org/refugee-statistics.
Les intérêts politiques, économiques et en matière de sécurité influent sur les réponses apportées aux déplacements forcés
Les déplacements forcés constituent avant tout un problème humanitaire et relevant des droits humains. Traditionnellement, les interventions prennent essentiellement la forme d’une aide humanitaire, mais l’on reconnaît de plus en plus l’intérêt des approches en faveur de la paix et du développement et les progrès réalisés grâce à leur déploiement (OCDE/HCR, 2024[137] ; INCAF/OCDE, 2023[138]). L’économie politique des déplacements forcés joue un rôle important dans l’élaboration des réponses apportées aux déplacements, sachant que les conséquences peuvent être néfastes.
Les parties à un conflit, dont les acteurs étatiques et non étatiques, peuvent recourir au déplacement forcé de populations à certaines fins politiques ou de sécurité. Une telle instrumentalisation peut consister à dépeupler ou peupler délibérément certains territoires (en forçant des réfugiés à entrer dans des camps pour PDI ou à en sortir, par exemple) afin de renforcer les contrôles de sécurité, ou à tenter de modifier la composition ethnique d’une zone à des fins politiques (Steele, Schwartz et Lichtenheld, 2024[139]).
Les gouvernements des contextes d’accueil peuvent également tenter de tirer parti de la présence de populations de réfugiés pour négocier avec des partenaires internationaux afin d’obtenir certains résultats politiques : légitimation ou préservation du pouvoir de régimes autoritaires, obtention d’une reconnaissance internationale ou amélioration des relations avec les partenaires étrangers. Les résultats économiques obtenus par la maximisation des financements extérieurs à l’appui du développement peuvent également être une forme d’instrumentalisation de la présence de réfugiés et de migrants (Koch, Weber et Werenfels, 2018[140]), qui consiste à jouer avec la crainte perçue que ces populations poursuivent leur route vers les pays qui contribuent à la coopération pour le développement.
Les perceptions populistes des conséquences économiques potentiellement négatives de la présence de populations déplacées peuvent également être instrumentalisées dans le discours public local à des fins politiques. Cela peut accroître les tensions et inciter à adopter, vis-à-vis des déplacements forcés, des approches axées sur des restrictions ou des considérations de sécurité. Les réseaux de passeurs et de trafiquants d’êtres humains peuvent tirer parti des personnes déplacées qui tentent de se rendre dans des pays d’asile ou d’autres destinations où les voies d’entrée légales sont toutefois restreintes.
Les tendances économiques se révèlent être d’importants déterminants et symptômes de la fragilité
Copier le lien de Les tendances économiques se révèlent être d’importants déterminants et symptômes de la fragilitéConsidérées globalement, la lenteur de la reprise économique consécutive à la pandémie de COVID-19, la persistance d’une inflation élevée et la hausse des coûts de financement constituent trois défis pour les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême. Dans ces contextes, en moyenne, les revenus ont cessé de rattraper ceux des économies confrontées à une fragilité moyenne à faible aux alentours de 2015 (Banque mondiale, 2024[48]). En 2024, les contextes présentant une fragilité élevée à extrême abritaient 72 % des personnes vivant dans l’extrême pauvreté à l’échelle mondiale, ce qui souligne leur importance dans la lutte mondiale contre la pauvreté. Dans une situation de hausse des taux d’intérêt à l’échelle mondiale, les niveaux de la dette publique et les coûts liés au service de la dette ont augmenté. On observe une fragmentation des structures des créanciers qui complique le processus de résolution des défis de la dette. L’IDI recule depuis 2012, rejoignant une tendance mondiale à la baisse, tandis que les envois de fonds offrent un ballon d’oxygène à de nombreuses familles et représentent une part substantielle du PIB dans de nombreux contextes. La marge de manœuvre budgétaire est un enjeu majeur pour les contextes très ou extrêmement fragiles, qui réduit leur capacité à faire face aux chocs, et les pouvoirs publics ont du mal à assainir les finances publiques. Face à la hausse des coûts de financement, ces contextes doivent souvent se livrer à un exercice d’équilibre difficile entre la réduction des dépenses et l’augmentation des recettes, des choix qui peuvent entraîner des troubles sociaux et affecter la résilience de la population.
La fragilité peut elle-même avoir des répercussions sur l’économie mondiale, comme les récentes perturbations du commerce mondial l’ont montré. Les prix du blé ont augmenté dans tous les pays du monde à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et les grands pays importateurs ont été fortement pénalisés (Devadoss et Ridley, 2024[141]). D’ordinaire, environ 15 % du commerce mondial transite par le canal de Suez et la mer Rouge, mais depuis 2023 et le début de l’escalade des conflits au Moyen-Orient, les rebelles houthis au Yémen ont attaqué plus de 80 navires dans la zone, se sont emparés d’un et en ont coulé deux (chapitre 1). Une coalition maritime internationale est présente en mer Rouge pour protéger les navires en transit des attaques des Houthis (Gambrell, 2024[142]). Toutefois, en raison de ces attaques, de nombreuses compagnies maritimes ont dérouté leurs navires autour de la Corne de l’Afrique, et le trafic par le canal de Suez et le détroit de Bab El-Mandeb a chuté (Bogetic et al., 2024[143]), entraînant un allongement des temps de trajet de dix jours ou plus en moyenne et renchérissant les coûts. Le canal de Panama, lui aussi essentiel au commerce mondial, a dû réduire son trafic en 2024 en raison d’une sécheresse persistante qui a entraîné une baisse du niveau des eaux et qui est associée à une fragilité environnementale (Kamali et al., 2024[144]).
Plus le niveau de fragilité est élevé, plus la reprise consécutive à la pandémie est difficile
Comme indiqué tout au long de ce rapport, de nombreux types d’économies peuvent se trouver exposés à un degré élevé ou extrême de fragilité. Entre 2010 et 2023, le Bangladesh et l’Éthiopie ont enregistré les taux de croissance annualisés les plus soutenus, de respectivement 8.8 % et 10.1 %, tandis que le Yémen et la Guinée équatoriale affichaient les taux les plus faibles, de respectivement -5.9 % et -5.2 % (Banque mondiale, 2024[48]). Parmi les 61 contextes classés dans le Cadre multidimensionnel sur la fragilité de 2025 comme présentant une fragilité élevée ou extrême, 34 sont des pays à revenu intermédiaire et 26 des pays à faible revenu. Un contexte, le Venezuela, n’est pas classé (Banque mondiale, 2024[145]). En général, les taux de croissance dans les contextes présentant une fragilité élevée à extrême restent plus faibles, en moyenne, et plus instables que dans les contextes affichant une fragilité moyenne à faible (OCDE, 2023[146]). C’est l’inverse de ce que semblent indiquer les théories de la convergence et du rattrapage.
La croissance reste stationnaire, voire négative, depuis la pandémie. Les contextes très fragiles ou extrêmement fragiles ont vu leur croissance du PIB par habitant reculer dans des proportions similaires ou inférieures à celles observées dans le reste du monde pendant la pandémie. Toutefois, contrairement aux contextes présentant une fragilité moyenne à faible, ceux confrontés à une fragilité élevée à extrême sont largement passés à côté de la reprise. La croissance médiane du PIB par habitant dans les contextes très fragiles s’est stabilisée aux alentours de 2 %. Les contextes extrêmement fragiles ont subi le choc du COVID-19 alors qu’ils étaient déjà en position négative, et leur taux de croissance médian par habitant n’est plus positif depuis 2015 (Graphique 2.14). En 2023, 32 % des contextes confrontés à une fragilité élevée à extrême étaient plus pauvres qu’en 2019, soit 18 des 57 contextes pour lesquels des données sont disponibles (Banque mondiale, 2024[48]).
Graphique 2.14. Les contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême enregistraient un taux de croissance médian du PIB par habitant (annuel, en pourcentage) post-COVID-19 plus faible que les contextes moins fragiles
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Note : La croissance médiane du PIB par habitant (annuelle, en pourcentage) provient de la base de données des Indicateurs du développement dans le monde de septembre 2024.
Source : Calculs des auteurs sur la base des Indicateurs du développement dans le monde (2024[48]) de la Banque mondiale, https://databank.worldbank.org/source/world-development-indicators.
Après la crise du COVID, les contextes à fragilité élevée ou extrême ont continué de subir des pertes de bien-être qui laissent des séquelles profondes dans les économies, les sociétés et, potentiellement, la vie politique. Les pays à revenu faible et intermédiaire subiront probablement des pertes plus lourdes à long terme en raison des effets de la fermeture des écoles sur la formation de capital humain (Decerf et al., 2024[147]). Dans le sillage de la pandémie, les taux de pauvreté dans le monde ont augmenté, mettant fin à une décennie d’évolution à la baisse. Cette inversion de tendance s’est produite dans toutes les régions à l’exception de la région ALC (Castaneda Aguilar et al., 2024[148]). Alors que l’extrême pauvreté dans le monde a retrouvé ses niveaux d’avant la pandémie en 2024, sa concentration dans les contextes connaissant une fragilité élevée ou extrême s’est accrue (Chrimes et al., 2024[149]).
Dans de nombreux contextes présentant une fragilité élevée ou extrême, une croissance stable tirée par les exportations et un développement du marché intérieur s’avèrent difficiles à obtenir. Historiquement, la croissance axée sur les exportations a été une source importante de devises et de recettes pour les pays qui misent sur le commerce pour accroître leur prospérité, comme ceux d’Asie du Sud-Est. Les soldes des paiements courants en donnent un aperçu, un déficit signifiant généralement qu’un contexte importe (et paie) plus de biens qu’il n’en exporte (et pour lesquels il perçoit des revenus)19. Les contextes caractérisés par une fragilité élevée à extrême continuent d’accumuler des déficits de la balance courante : même si le déficit médian a quelque peu diminué dans les contextes extrêmement fragiles depuis 2020, il est passé de 2.5 % en 2021 à 4 % en 2022 dans les contextes présentant une fragilité élevée (Banque mondiale, 2024[48]). Les contextes confrontés à une fragilité élevée à extrême ont tendance à moins commercer, et pour une gamme de produits moins diversifiée, que ceux connaissant une fragilité moyenne à faible. En valeur, en 2022, les deux tiers des exportations en provenance de contextes en situation de fragilité élevée ou extrême étaient des ressources minérales, des produits alimentaires et des produits d’origine animale (Nations Unies, 2024[150]).
Les contextes confrontés à une fragilité élevée à extrême ont généralement des économies moins diversifiées, dépendent davantage des produits de consommation importés et comptent un nombre réduit de secteurs exportateurs qui sont exposés à la volatilité des prix des produits de base. 26 contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême sont économiquement dépendants des secteurs de l’énergie (10), de l’agriculture (10) et de l’exploitation minière (6) (CNUCED, 2023[128]). La croissance durable est encore plus difficile dans la phase actuelle de volatilité exceptionnelle des prix des produits de base, qui grève les finances publiques, déséquilibre l’investissement public et pèse sur l’inflation intérieure (Mohommad et al., 2023[151]).
L’inflation reste élevée, en particulier pour les produits alimentaires et l’énergie qui représentent une part importante de la consommation dans les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême, ce qui nuit au bien-être des ménages et accentue les pressions sociales. Les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême ont également connu un pic d’inflation plus élevé et un reflux de l’inflation plus lent que ceux présentant une fragilité moyenne à faible, tandis que l’inflation continue d’augmenter dans les contextes présentant une fragilité extrême. L’inflation mondiale a été alimentée par les plans de relance budgétaire de grande ampleur mis en œuvre pendant la pandémie, par une envolée de l’activité économique après la pandémie, par des perturbations des chaînes d’approvisionnement et par la flambée des prix des produits de base, en particulier des produits alimentaires et de l’énergie. L’inflation médiane dans les contextes présentant une fragilité élevée a culminé à 10 % en 2022 avant de refluer à 7.7 % en 2023. La hausse de l’inflation dans les contextes d’extrême fragilité a été plus faible en 2022, mais elle s’est poursuivie tout au long de l’année 2023 (Graphique 2.15).
Graphique 2.15. L’inflation médiane post-COVID-19 est la plus élevée dans les contextes présentant la plus grande fragilité
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Note : L’inflation médiane des prix à la consommation (annuelle, en pourcentage) provient de la base de données des Indicateurs du développement dans le monde de septembre 2024.
Source : Calculs des auteurs sur la base des Indicateurs du développement dans le monde (2024[48]) de la Banque mondiale, https://databank.worldbank.org/source/world-development-indicators.
Toutefois, les taux d’inflation varient considérablement d’un contexte à l’autre. En 2023, par exemple, le Liban a connu un taux d’inflation de 221 %, contre seulement 0.74 % au Burkina Faso. 15 des 61 contextes en situation de fragilité élevée ou extrême affichaient une inflation à deux chiffres. Étant donné que les produits alimentaires et l’énergie représentent une part importante de la consommation des ménages dans les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême, leur pouvoir d’achat est davantage affecté par des taux d’inflation plus élevés dans ces catégories. Dans le même temps, les tensions budgétaires auxquelles sont confrontés les pouvoirs publics peuvent se traduire par des pressions sur les subventions en faveur des produits alimentaires de base et des carburants, ce qui peut déclencher des troubles sociaux.
Après avoir culminé en 2012, le volume total d’IDI à destination des contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême est en recul, suivant la tendance mondiale à la baisse. Ces contextes ont reçu moins de 5 % des entrées nettes d’IDI en 2023, alors qu’ils concentraient un quart de la population mondiale. Ils ont perçu moins de 2 % des entrées nettes mondiales d’IDI chaque année en moyenne depuis 1990. Depuis 2010, les contextes en développement présentant une fragilité moyenne à faible ont systématiquement enregistré des entrées nettes d’IDI plus élevées en pourcentage du PIB que les contextes affichant une fragilité élevée à extrême (Banque mondiale, 2024[48]).
Toutefois, la diminution des flux d’IDI est un symptôme, et non une cause, de la fragilité. Si l’Angola et l’Irak ont connu un désinvestissement important, la plupart des contextes en situation de fragilité élevée et extrême, mais pas tous, ont enregistré des entrées nettes d’IDI positives en 2023, et leur part de l’IDI est comparable à leur part du PIB mondial. L’atonie de l’investissement dans les contextes très fragiles ou extrêmement fragiles est révélatrice des conditions difficiles pour les entreprises et des possibilités d’investissement limitées qu’ils offrent (Graphique 2.16).
Graphique 2.16. L’investissement direct international dans les contextes en situation de fragilité élevée ou extrême (2013-23)
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Note : Investissement direct international, entrées nettes (BdP, USD courants), provenant de la base de données des Indicateurs du développement dans le monde de septembre 2024.
Source : Calculs des auteurs sur la base des Indicateurs du développement dans le monde (2024[48]) de la Banque mondiale, https://databank.worldbank.org/source/world-development-indicators.
Les envois de fonds demeurent une source importante de devises dans les contextes exposés à une fragilité élevée et extrême et une bouffée d’oxygène pour de nombreuses familles (Graphique 2.17). Les envois de fonds vers ces contextes ont dépassé 134 milliards USD en 2023, contre 70 milliards USD en 2010.
Bien que les contextes présentant une fragilité moyenne à faible reçoivent des envois de fonds bien plus importants en volume, les montants perçus par les contextes confrontés à une fragilité élevée à extrême pèsent davantage sur le plan économique, puisqu’ils représentent au total 4.3 % de leur PIB, contre 1.4 % du PIB dans le premier cas. Cette proportion varie beaucoup selon le contexte et l’année : pour certains contextes spécifiques en situation de fragilité élevée et extrême, les envois de fonds constituent une part beaucoup plus importante du revenu national. Les envois de fonds représentaient plus de 20 % du PIB dans 6 de ces contextes en 2023 et plus de 10 % du PIB dans 14 autres.
Le volume de ces flux peut varier en fonction des évolutions survenant dans les contextes destinataires des fonds, ainsi que dans ceux d’où ils proviennent. Par exemple, les envois de fonds à destination du Tadjikistan représentaient près de 40 % de son PIB en 2023, traduisant la forte augmentation des envois de fonds depuis la Russie sous l’effet de la relocalisation d’entreprises et de citoyens russes, de l’appréciation du taux de change du rouble russe à cette période et de la demande plus forte de travailleurs migrants en Russie (Kim, 2023[152]). Au Nicaragua, les envois de fonds ont représenté plus de 25 % du PIB, soit 4 milliards USD, les fortes pressions politiques et économiques ayant poussé de nombreuses personnes à émigrer, principalement aux États‑Unis.
Graphique 2.17. Dans 14 contextes confrontés à une fragilité élevée ou extrême, les envois de fonds en 2023 ont représenté plus de 10 % du produit intérieur brut
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Source : Banque mondiale (2024[153]), Migration and Development Brief 40 – données de juin 2024, https://documents1.worldbank.org/curated/en/099714008132436612/pdf/IDU1a9cf73b51fcad1425a1a0dd1cc8f2f3331ce.pdf.
Il faut à la fois renforcer la croissance et résorber les inégalités pour améliorer le bien‑être et la résilience
Les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême représentaient 72 % des personnes en situation d’extrême pauvreté dans le monde en 202420. Dans ces contextes, la pauvreté reste très concentrée, géographiquement et socioéconomiquement, et les pays d’Afrique subsaharienne totalisent près de 67 % de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté (Christoph Lakner, 2024[154]). Selon les prévisions actuelles, d’ici 2040, la part des personnes extrêmement pauvres vivant dans des contextes présentant un degré de fragilité extrême ou élevé pourrait atteindre 92 %21.
Les contextes caractérisés par une fragilité extrême ou un conflit sont ceux où la pauvreté est la plus marquée. Pour atteindre un ensemble d’objectifs de développement, il faut réduire à la fois la pauvreté extrême et la pauvreté modérée. Un quart de la population située dans des contextes en proie à une fragilité élevée ou extrême vit sous le seuil d’extrême pauvreté de 2.15 USD par jour. Même au-dessus de ce seuil, la sécurité de revenu est précaire et fragile ; 78 % de la population dans ces contextes vit avec moins de 6.85 USD par jour, le seuil de pauvreté fixé pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, de sorte que même des chocs de faible ampleur peuvent avoir des effets démesurés sur le bien-être.
Malgré le recul des inégalités mondiales entre pays, les inégalités de revenu au sein des pays se sont accrues au cours des deux dernières décennies et demeurent l’un des enjeux les plus urgents en matière de développement mondial. Dans la plupart des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, les inégalités de revenu se sont considérablement creusées. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, qui abritent six contextes présentant une fragilité élevée ou extrême, les 10 % les plus riches captent près de 58 du revenu total ; en comparaison, les 10 % les plus riches en Europe en détiennent environ 36 % (Chancel et al., 2022, p. 11[72]).
Les inégalités de patrimoine ont souvent un impact plus durable sur les sociétés que les inégalités de revenus. Les actifs, le patrimoine et l’héritage se transmettent généralement d’une génération à l’autre, et restent concentrés au sein d’un petit segment de la population mondiale. Selon le Rapport sur les inégalités dans le monde de 2022, les 10 % les plus riches au monde contrôlent 76 % de la richesse mondiale, tandis que les 50 % les plus pauvres, y compris toutes les personnes qui vivent dans les contextes très ou extrêmement fragiles, n’en détiennent que 2 % (Chancel et al., 2022, p. 3[72]). La pandémie de COVID-19 a mis en évidence et exacerbé les inégalités. Des disparités persistantes, en particulier dans les contextes où une fiscalité progressive et des politiques redistributives font défaut, continuent de creuser les fractures économiques au sein des sociétés, soulignant la nécessité d’engager des réformes visant à rééquilibrer la croissance économique. Cette situation se manifeste non seulement dans les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême, mais aussi dans ceux qui connaissent une fragilité moyenne à faible. Au regard de ces tendances et des prévisions selon lesquelles les taux de croissance du PIB vont stagner, il sera difficile de résorber l’extrême pauvreté.
La concentration de la richesse au sein des élites leur confère un pouvoir économique disproportionné, qui se traduit souvent par l’exercice d’une influence politique. Là où les élites s’emparent des processus politiques, la concentration du pouvoir peut favoriser la corruption et l’impunité et éroder les processus démocratiques, ce qui compromet la résilience politique et sociétale. Des analyses effectuées par la Banque mondiale (Banque mondiale, 2024[155]) et par d’autres auteurs indiquent également que la réduction des inégalités et la mise en œuvre de mesures redistributives contribuent à la lutte contre la pauvreté, même dans les environnements à faible croissance.
Le niveau des inégalités hors revenu dans les sociétés est aussi important que le niveau des inégalités de revenu pour mesurer les progrès accomplis dans la réduction et l’éradication de la pauvreté. Outre la privation de ressources monétaires, les inégalités d’accès à une éducation de qualité, aux services de santé, aux processus politiques et à la sécurité physique et juridique perpétuent le cycle de la pauvreté en privant les individus des outils dont ils ont besoin pour améliorer leur statut socioéconomique (Spicker, 2020[156]). Les obstacles à l’accès à la justice dans les contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevée ou extrême ont à voir avec un large éventail de questions, des droits personnels et de propriété à l’existence de mécanismes formels ou informels de règlement des différends (OCDE, 2023[146]). Ces limitations ont tendance à consolider l’emprise des élites et les inégalités qui profitent à l’élite au pouvoir à court terme, et à restreindre la capacité d’une société à accroître le capital humain nécessaire pour sortir de la fragilité à long terme. Les différences régionales de pauvreté multidimensionnelle reflètent les écarts de taux d’extrême pauvreté. En Afrique subsaharienne, par exemple, le taux élevé d’extrême pauvreté peut s’expliquer non seulement par le manque d’actifs monétaires des populations, mais aussi par des indicateurs tels que le faible taux de scolarisation et d’accès à l’assainissement. Il est important de considérer le dénuement comme un phénomène multidimensionnel lors de l’examen des moyens d’action qui permettront d’améliorer le bien-être individuel, même si les mesures prises n’augmenteront pas directement les niveaux de consommation (Banque mondiale, 2024[155]). Mettre fin à la pauvreté et réduire les inégalités sont deux objectifs liés entre eux (OCDE, 2024, p. 20[60]), et dans les contextes de fragilité élevée à extrême, la réussite de mesures telles que les filets de sécurité sociale, le développement rural, la réduction des écarts de revenu entre les genres et la création de sources de revenu équitables dépend de la capacité de leurs concepteurs à gérer les diverses facettes de la fragilité qui influent sur la mise en œuvre des politiques.
Graphique 2.18. Tendances de l’aide publique au développement en matière de réduction de la pauvreté, par catégorie de fragilité (2014‑23)
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Note : Calculs de l’auteur pour l’APD allouée à la réduction de la pauvreté.
Source : OCDE (2024[82]), Explorateur des données de l’OCDE, base de données du Système de notification des pays créanciers (flux), http://data-explorer.oecd.org/s/z1.
Infographie 2.7. L’extrême pauvreté se concentre dans les contextes confrontés à une fragilité élevée ou extrême
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Note : Le graphique qui compare l’indice de pauvreté multidimensionnelle et l’extrême pauvreté est basé sur les pourcentages de population en 2022.
Source : Lakner et al. (2024[154]), kit de reproductibilité (données partielles et code) du Rapport sur la pauvreté, la prospérité et la planète 2024, https://reproducibility.worldbank.org/index.php/catalog/189 ; Banque mondiale (2024[155]), Rapport sur la pauvreté, la prospérité et la planète 2024 : Les voies de sortie d’une polycrise, https://hdl.handle.net/10986/42211 ; OPHI/PNUD (2024[126]), Multidimensional Poverty Index 2024: Poverty amid conflict ; mpireport2024en.pdf ; OPHI et PNUD (2024[157]), National Results MPI 2024, https://ophi.org.uk/global-mpi/2024 ; PNUD (2024[158]), Inequality-adjusted Human Development Index (HDI), https://hdr.undp.org/inequality-adjusted-human-development-index#/indicies/IHDI.
Les contextes exposés à une fragilité élevée à extrême sont toujours en situation de resserrement budgétaire
La fragilité élevée ou extrême est associée à une marge de manœuvre budgétaire très limitée, qui réduit la capacité à faire face aux chocs (infographie 2.8). Même avec l’aide internationale reçue, les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême n’ont pas pu accroître leurs dépenses publiques pendant la crise liée au COVID-19 dans la même mesure que les contextes éligibles à l’APD et non éligibles à l’APD caractérisés par une fragilité moyenne à faible. Par exemple, dans les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême, le solde primaire médian22 est passé respectivement à 3 % et 2.7 % au plus fort de la pandémie, ce qui traduit un degré moindre de relance budgétaire que dans les contextes présentant une fragilité faible à modérée (respectivement 5.9 % et 4.7 %) (FMI, 2024[159]).
Les contextes en proie à une fragilité élevée à extrême ont également éprouvé plus de difficultés à assainir leurs finances publiques après la crise. Leur solde primaire médian n’a pas encore renoué avec ses niveaux d’avant la pandémie, puisqu’il s’établissait toujours à respectivement -2.4 % et -0.1 % en 2022. Les difficultés budgétaires aggravent la fragilité dans tous les contextes, mais pour ceux qui sont confrontés à une fragilité élevée ou extrême, les contraintes budgétaires peuvent être pénalisantes en raison de leur capacité budgétaire limitée, du faible niveau de mobilisation des ressources intérieures, de l’augmentation des niveaux d’endettement et des difficultés d’accès à l’emprunt (FMI, 2024[160]).
La marge de manœuvre budgétaire limitée est étroitement liée au ratio impôts/PIB. En 2022, le ratio médian dans les contextes présentant une fragilité élevée s’établissait à 12.5 %, et à 8.7 % dans les contextes extrêmement présentant une fragilité élevée – soit nettement moins de 15 % dans les deux cas, un niveau généralement reconnu comme nécessaire au bon fonctionnement de l’État et au développement (UNU-WIDER, 2023[161]). 42 contextes exposés à une fragilité élevée à extrême affichaient des ratios inférieurs à 15 %, et 20 contextes présentaient des ratios inférieurs à 10 %. Un ratio impôts/PIB faible se traduit non seulement par un faible taux de recouvrement de l’impôt alors que la marge de manœuvre budgétaire est limitée, mais questionne aussi sur la légitimité des institutions publiques en ce sens qu’il a une incidence sur les attentes des citoyens quant à l’offre de services publics, sur leur participation aux processus politiques et sur le fonctionnement du contrat social (Besley et Mueller, 2021[162] ; Weigel, 2020[163] ; OCDE, 2023[146]). En outre, des éléments montrent que les risques de conflit diminuent sensiblement lorsque les capacités budgétaires augmentent (Besley et Mueller, 2021[162]) et que les pays dotés d’institutions budgétaires solides sont en mesure de protéger l’investissement public, même en situation de crise.
Les réformes budgétaires peuvent améliorer la qualité et l’efficience de l’impôt et de la dépense, libérer des ressources pour investir davantage dans le capital humain et physique, stimuler la croissance et apporter un soutien plus ciblé à ceux qui en ont besoin. Toutefois, la sensibilité aux conflits est un facteur à prendre en compte. Les réformes requises pour mettre sur pied des financements publics plus durables et accroître la marge de manœuvre budgétaire peuvent être très sensibles sur le plan politique et social, par exemple si elles impliquent de réexaminer les subventions aux produits alimentaires et à l’énergie, les dépenses sociales, les salaires dans la fonction publique, les impôts ou l’appareil militaire (Mawejje, 2024[164]).
Infographie 2.8. Les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême sont confrontés à des risques budgétaires importants
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Note : Les indicateurs comprennent : la dette brute médiane des administrations publiques (en % du PIB) en haut, le besoin net de financement primaire des administrations publiques (en % du PIB) au centre à gauche, le ratio impôts/PIB au centre à droite et les charges d’intérêts brutes médianes des administrations publiques (en % du PIB). Pour traiter les données manquantes, les ratios impôts/PIB retenus correspondent à l’année la plus récente de disponibilité pour chaque contexte à partir de 2012.
Source : Calculs des auteurs, d’après Banque mondiale (2024[48]), Indicateurs du développement dans le monde, https://databank.worldbank.org/source/world-development-indicators ; FMI (2024[159]), Perspectives de l’économie mondiale, base de données, https://www.imf.org/en/Publications/WEO/weo-database/2024/October ; UNU-WIDER (2023[161]), The Government Revenue Dataset, https://www.wider.unu.edu/project/grd-government-revenue-dataset.
Les liquidités mobilisées pendant les années COVID se sont érodées
Pendant la pandémie, des mesures sans précédent ont été prises pour engager rapidement des fonds de développement et revoir les priorités, et pour apporter un soutien international à la liquidité et à la viabilité de la dette, en particulier par le biais de l’allocation générale de droits de tirage spéciaux de 650 milliards USD en 202123 (FMI, 2021[165]) et de l’initiative de suspension du service de la dette de 2020-2124 (Groupe de la Banque mondiale, 2022[166]).
Ces initiatives ont eu un effet amortisseur important. Dans les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême, en 2021, les réserves internationales ont été portées à l’équivalent de 5.5 mois de couverture des importations, c’est-à-dire le nombre de mois pendant lequel ces réserves ont permis de financer les importations sans devoir recourir à des devises étrangères supplémentaires. En 2022, les réserves médianes ont chuté à quatre mois de couverture des importations, et sept contextes présentant une fragilité élevée (6) ou extrême (1) détenaient des réserves internationales de moins de trois mois – un seuil largement considéré comme étant le niveau minimum à atteindre pour garantir des réserves suffisantes (Banque mondiale, 2024[48]). La détention de réserves suffisantes jouera un rôle accru de protection face aux chocs de plus en plus importants, et pourrait atténuer les répercussions de la dépréciation de la monnaie et du niveau élevé de la dette publique (Coulibaly et al., 2024[167]).
La dette suscite des préoccupations grandissantes
Le ratio médian dette/PIB des contextes présentant une fragilité élevée ou extrême a sensiblement augmenté depuis 2018, passant d’environ 42 % à 50 % en 2022. Alors que le ratio médian dette/PIB reste inférieur aux niveaux observés avant les initiatives d’allègement de la dette dans les années 90 et 2000, la part des recettes publiques que les États consacrent aux charges d’intérêts de la dette augmente. Les charges d’intérêts de la dette supportées par les contextes très fragiles ont fortement augmenté depuis 2010, tandis que celles acquittées par les contextes extrêmement fragiles ont augmenté plus progressivement, traduisant leur accès plus limité aux marchés financiers mondiaux. Dix contextes présentant une fragilité élevée consacrent plus de 10 % de leurs recettes publiques aux charges d’intérêts (Groupe de la Banque mondiale, s.d.[35]).
Selon des évaluations conjointes de la viabilité de la dette des pays à faible revenu réalisées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), au moins 25 contextes présentant une fragilité élevée ou extrême sont en situation de surendettement global ou à risque élevé de surendettement. Pour six d’entre eux, le niveau d’endettement est jugé insoutenable, ce qui signifie que les mesures nécessaires pour stabiliser les niveaux de la dette ne sont pas considérées comme économiquement ou politiquement réalisables – à savoir Djibouti, l’Éthiopie, la République démocratique populaire lao, le Malawi, la Zambie et le Zimbabwe25 (Banque mondiale, 2024[130]).
Ces chiffres peuvent très bien être sous-estimés. Bien que la couverture des données et la notification internationale concernent surtout la dette extérieure, certains contextes tels que le Mozambique ont de plus en plus recours à la dette intérieure, y compris sous la forme de prêts bancaires et d’arriérés bancaires à taux d’intérêt élevés, ce qui peut créer des facteurs de vulnérabilité supplémentaires pour le secteur public et empêcher le financement intérieur du secteur privé (FMI, 2024[168] ; FMI, 2024[169]). En outre, les niveaux de la dette publique sont souvent sous-déclarés, et les dettes cachées ne sont généralement révélées qu’en cas de défaut de paiement, de récession ou à la faveur d’un programme du FMI. Les dettes cachées peuvent inclure des lignes de crédit opaques, des garanties souveraines non divulguées et des dettes contractées par l’intermédiaire d’entreprises publiques (Horn et al., 2023[170] ; Saavedra, Francisco et Rivetti, 2024[171]).
L’évolution du profil de la dette dans les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême met en évidence les difficultés rencontrées pour bien rendre compte des types de financement du développement dans toute leur diversité, comme le soulignait l’édition 2022 du rapport États de fragilité (OCDE, 2023[146]). À l’échelle mondiale, l’évolution de la structure de la dette, en particulier le rôle croissant des créanciers privés, des détenteurs d’obligations et des créanciers non membres du Club de Paris, est bien documentée (Chabert, Cerisola et Hakura, 2022[172]). Ces transformations se répercutent sur l’état de la fragilité (Encadré 2.6) et sont visibles dans les contextes extrêmement fragiles et plus encore dans ceux très fragiles, compte tenu des instruments supplémentaires (prêts, marché obligataire par exemple) auxquels ils ont eu accès, surtout avant la crise du COVID-19.
Sous l’effet de l’évolution de la disponibilité des différents types de dette, les secteurs tant public que privé26 peuvent accéder à des instruments de financement du développement plus nombreux et plus diversifiés. Ne pas utiliser ces nouvelles sources de financement – ou détenir un niveau trop élevé de réserves de change – peut entraîner des coûts d’opportunité significatifs sous la forme d’investissements manqués dans le développement. Comme Kharas et Dooley (2021[173]) l’ont fait observer, le dilemme pour de nombreux marchés émergents et pays en développement est de « choisir entre emprunter et risquer une crise de la dette, ou opter pour l’austérité et risquer une crise du développement ».
L’évolution du profil de la dette peut aussi s’accompagner de coûts d’emprunt souvent plus élevés, de conditions plus opaques et d’échéanciers de remboursement plus difficiles à modifier en cas de choc. Par exemple, un seul créancier privé a participé à l’ISSD (Groupe de la Banque mondiale, 2022[166]) ; même lorsque des mécanismes appropriés sont en place, les emprunteurs hésiteront probablement à y recourir de peur de déclencher une dégradation de leur notation, qui réduirait encore plus leur accès à l’emprunt et en renchérirait le coût à l’avenir (Fitch Ratings, 2021[174]). De telles modifications de la composition de la dette peuvent aussi compliquer et prolonger les processus de restructuration de la dette, même si des progrès ont été accomplis pour accélérer les restructurations27 (Pazarbasioglu, 2024[175]).
Encadré 2.6. L’évolution de la structure de l’emprunt a un impact sur la fragilité
Copier le lien de Encadré 2.6. L’évolution de la structure de l’emprunt a un impact sur la fragilitéLa structure de la dette publique et de la dette garantie par l’État contractée auprès de créanciers extérieurs par les contextes très fragiles a beaucoup changé entre 2010 et 2022. Alors que la part de la dette bilatérale est restée à peu près stable, celle de la dette privée a augmenté et celle de la dette multilatérale a diminué. En 2022, la Chine était le premier créancier bilatéral dans les contextes présentant une fragilité élevée, et le deuxième au niveau mondial après l’Association internationale de développement. Dans la catégorie des créanciers bilatéraux, la part de la dette due à des membres du Club de Paris a diminué de moitié, tandis que celle due à la Chine a presque triplé. L’IDA et le FMI demeurent les principaux créanciers multilatéraux. En 2022, les contextes très fragiles avaient contracté plus d’un quart de leur dette extérieure auprès de créanciers privés, soit une hausse de dix points de pourcentage depuis 2010. La majeure partie de cette dette est constituée d’obligations.
Dans les contextes présentant une fragilité extrême, la structure de la dette est restée plus stable. La dette bilatérale joue un rôle beaucoup plus marqué que dans les contextes très fragiles, et la part limitée de la dette privée reflète le manque d’accès à cet instrument de marché privé. Le FMI est le principal créancier multilatéral et global, et le rôle de l’IDA a sensiblement diminué (Graphique 2.19).
Graphique 2.19. Dette publique et dette garantie par l’État due à des créanciers extérieurs
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Source : Banque mondiale (2024[176]), base de données des Statistiques de la dette extérieure, https://databank.worldbank.org/source/international-debt-statistics.
La fragilité environnementale, liée à l’insécurité alimentaire et à la violence, accentue la pression dans tous les contextes
Copier le lien de La fragilité environnementale, liée à l’insécurité alimentaire et à la violence, accentue la pression dans tous les contextesDe Valence en Espagne à Baghlan en Afghanistan, les aléas et catastrophes climatiques se multiplient et ont des effets dévastateurs dans bon nombre des 177 contextes couverts par le Cadre multidimensionnel de l’OCDE sur la fragilité. Le changement climatique touche de manière disproportionnée les contextes présentant une fragilité extrême, décuplant les effets des phénomènes météorologiques extrêmes, submergeant les facteurs de résilience limités et aggravant d’autres facteurs de fragilité, toutes dimensions confondues. Sur les 27 contextes recensés par l’Institut pour l’économie et la paix (2024, p. 17[177]) en tant que zones à haut risque écologique, 11 sont classés comme présentant une fragilité élevée et 16 un degré de fragilité extrême selon le Cadre de l’OCDE sur la fragilité.
Se préparer au franchissement des points de basculement climatique
Six des neuf limites planétaires interconnectées du système terrestre sont désormais largement dépassées, éloignant l’humanité des conditions globalement stables des 10 000 dernières années (Potsdam Institute for Climate Impact Research, 2024[178]). 2024 a également été l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec une température supérieure de plus de 1.55 °C aux niveaux préindustriels (Organisation météorologique mondiale, 2025[179]), rendant ainsi caduc l’objectif à long terme de 1.5 °C fixé dans l’Accord de Paris. Les données factuelles sur les déterminants climatiques et environnementaux de la fragilité sont de plus en plus nombreuses, ce qui renforce la nécessité d’anticiper l’impact des points de basculement climatique en réfléchissant à leurs conséquences significatives sur la prévention des conflits et la préparation aux crises (chapitre 3). D’après des recherches récentes sur les points de basculement climatique, 15 des 16 points de basculement identifiés sont imminents28 (McKay et al., 2022[180]). Le franchissement des points de basculement climatique pourrait bouleverser le climat à l’échelle mondiale, mais à l’instar des effets en cascade de la pandémie de COVID-19, ce sont les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême qui risquent d’être les principales victimes (OCDE, 2024, p. 10[181]). Là où la fragilité est déjà concentrée, comme en Amérique centrale, les conséquences directes et en cascade des chaleurs extrêmes bouleverseront l’équilibre entre les risques et les sources de résilience, même dans les zones tropicales qui connaissent traditionnellement des niveaux élevés de chaleur extrême à certaines périodes de l’année (OCDE, 2024, pp. 35-36[181]). Ce phénomène aggravera les causes existantes de fragilité, toutes dimensions confondues, notamment au sein des populations vulnérables des zones rurales et des communautés autochtones, en augmentant les risques d’insécurité alimentaire (Ley, 2023[182]).
Les contextes exposés à des niveaux plus élevés de fragilité environnementale, y compris à des menaces écologiques, sont plus susceptibles d’être le théâtre de conflits plus intenses, mais c’est leur interaction avec les sources de résilience qui détermine leur impact sur les populations et sur les systèmes. L’effet multiplicateur déterminé par l’Institut pour l’économie et la paix (2024, p. 2[177]) traverse toutes les dimensions de la fragilité, et le constat selon lequel le risque hydrique en Afrique subsaharienne est plus étroitement corrélé à une gouvernance et à des infrastructures défaillantes qu’à un faible taux de précipitations illustre le fait que la combinaison de facteurs de fragilité varie d’un contexte à l’autre. En ce sens, les risques environnementaux ne sont pas seulement ce que l’Institut appelle des « amplificateurs de menaces » susceptibles d’aggraver des conflits en cours, mais sont aussi des amplificateurs de fragilité qui peuvent alimenter de multiples chaînes de causalité et boucles de rétroaction. Comme l’illustre l’exemple sur l’amélioration de la résilience climatique en Afrique subsaharienne (chapitre 4), des mesures visant à renforcer les capacités de résilience commencent à être prises, mais leur portée et leur échelle doivent être décuplées pour avoir un impact visible dans les contextes présentant une fragilité élevée et extrême.
Insécurité alimentaire aiguë et fragilité multidimensionnelle vont de pair
Les menaces écologiques, y compris le changement climatique, la perte de biodiversité, l’insécurité alimentaire et la rareté de l’eau sont fortement corrélées en tant que facteurs de fragilité. En outre, dans la plupart des contextes exposés à une fragilité élevée à extrême, le manque de résilience face à l’impact de la fragilité environnementale rend les politiques d’adaptation et d’atténuation extrêmement difficiles. Les effets combinés de ces facteurs de fragilité sont particulièrement visibles dans des domaines tels que la sécurité alimentaire. Sur les 22 contextes recensés en novembre 2024 par le Programme alimentaire mondial et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO/PAM, 2024[129]), 20 sont exposés à un degré de fragilité élevée ou extrême. Dans sept d’entre eux, plus d’un million de personnes se trouvaient dans une situation d’insécurité alimentaire d’urgence de phase 4 ou dans une situation catastrophique/de famine de phase 5. Le contexte comptant le plus grand nombre de personnes touchées était de loin le Soudan (6.4 millions), suivi du Myanmar, du Soudan du Sud et de Haïti, avec chacun plus de 2 millions de personnes exposées à des niveaux d’insécurité alimentaire de phase 4 ou 5 de l’IPC. Le Nigéria, la Somalie, la Cisjordanie et la bande de Gaza comptaient chacun plus d’un million de personnes exposées à des niveaux d’insécurité alimentaire d’urgence ou catastrophique, et c’est également dans la bande de Gaza que le nombre de personnes exposées à un risque de famine était le plus élevé (FAO/PAM, 2024[129]).
Dans la plupart des contextes très ou extrêmement fragiles, les systèmes alimentaires sont soumis à d’intenses pressions. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : lenteur de la reprise consécutive à la pandémie de COVID-19, effet conjugué de l’inflation des prix de l’énergie et des produits alimentaires, et impact régional spécifique de conflits armés. Selon le Réseau d’information sur la sécurité alimentaire, près de 282 millions de personnes dans 59 pays et territoires connaissent une insécurité alimentaire aiguë et ont besoin d’une aide d’urgence (Global Network Against Food Crises, 2024, p. 9[183]) ; 43 de ces contextes sont exposés à une fragilité élevée ou extrême. Cette tendance a été constatée dans les éditions précédentes des rapports « États de fragilité », et le fait qu’elle perdure signale une incapacité critique à progresser dans la réalisation de l’ODD 2 (faim « zéro ») des contextes qui ont le plus besoin d’aide.
La conjonction d’une fragilité climatique et environnementale et d’une fragilité sur le plan de la sécurité pose souvent des difficultés uniques en leur genre dans les contextes très fragiles et qui ont récemment connu un conflit ou toujours en proie à un conflit. La fragilité associée à un conflit et à la violence armée est considérée comme la principale cause de la faim dans un grand nombre de ces foyers de famine, puisqu’elle perturbe les systèmes alimentaires, entraîne le déplacement de populations et entrave l’accès de l’aide humanitaire (FAO/PAM, 2024[129]). D’après les éléments probants disponibles sur le lien entre climat et conflit, diverses formes de violence pourraient s’accroître avec le réchauffement climatique prévu et faute de mesures d’adaptation et d’interventions des pouvoirs publics pour faire face aux changements (VoxDev, 2024[184]). En Afghanistan, par exemple, l’impact de la sécheresse et des inondations va de pair avec la chute des rendements agricoles qui résulte d’opérations de déminage insuffisantes et de la contamination imputable aux munitions (Norwegian People's Aid, 2024[185] ; Amini, 2024[186]).
Tirer les enseignements de la fragilité régionale : recoupements, diversité et recherche de la résilience
Copier le lien de Tirer les enseignements de la fragilité régionale : recoupements, diversité et recherche de la résilienceL’analyse présentée dans le présent chapitre montre comment la politique, la violence et les tendances économiques s’articulent les unes avec les autres et avec d’autres facteurs de risque et sources de résilience en diverses combinaisons et dans les différentes dimensions de la fragilité. Les nombreux recoupements de ces courants ont pour conséquence les formes très diverses sous lesquelles la fragilité se présente. Des contextes très différents connaissent une fragilité élevée ou extrême, et leurs fragilités influencent celles des contextes caractérisés par une fragilité moyenne ou faible et sont influencées par celles-ci (Graphique 2.20). L’application de cette analyse de la fragilité au niveau régional peut aider à mieux comprendre les dynamiques régionales et les interactions spécifiques entre les facteurs de risque et les sources de résilience. Elle peut aider à montrer comment adapter les approches pour faire face aux différentes tendances, y compris au niveau infranational, par exemple dans les zones frontalières et les bassins hydrographiques. L’analyse de la fragilité que connaissent les régions et les contextes individuels offre l’occasion de réfléchir à la manière dont les sources de résilience peuvent être renforcées et dont l’exposition aux risques peut être atténuée ou réduite (chapitre 3). S’appuyant sur l’analyse des principales tendances de l’édition 2025 du Cadre multidimensionnel sur la fragilité, la présente section se concentre sur l’état de la fragilité en Asie centrale, en Amérique centrale et dans les zones côtières d’Afrique de l’Ouest. Dans ces trois régions très différentes, la fragilité apparaît de la manière la plus évidente comme étant liée à la politique, à la violence et à la fragmentation, mais elle se caractérise aussi par des connexions plus complexes entre les dimensions. Comprendre la fragilité dans les contextes de chaque région et celle qui caractérise leurs relations peut aider à concevoir des réponses efficaces, même lorsque l’exposition est moyenne ou faible.
Graphique 2.20. Facteurs de risques dans les contextes caractérisés par un niveau élevé ou extrême de fragilité
Copier le lien de Graphique 2.20. Facteurs de risques dans les contextes caractérisés par un niveau élevé ou extrême de fragilité
Note : Les contextes touchés par la violence organisée sont ceux en proie à des violences étatiques, non étatiques et unilatérales ayant fait plus de 25 décès en 2023. Un contexte est dépendant à l’égard des produits de base lorsque plus de 60 % de ses exportations totales de marchandises sont composées de produits de base. Au cours de la période considérée, soit entre novembre 2024 et mai 2025, 22 foyers de famine ont été recensés. Note : L’indicateur « Forte inégalité entre les genres » fait référence à un score supérieur ou égal à 0.5 dans l’indice d’inégalité de genre du PNUD. Les contextes les plus exposés au changement climatique sont ceux arrivant après la 144e place dans le classement des pays établi par la Notre Dame - Global Adaptation Initiative (ND-GAIN). « Autocraties » désigne des contextes classés comme des autocraties fermées ou des autocraties électorales dans la classification des « régimes du monde » de l’Institut V-DEM. « Faible développement humain » fait référence aux contextes dont l’IDH est inférieur à 0.55. L’extrême pauvreté correspond au seuil de pauvreté de 2.15 USD.
Source : Davies, et al. (2024[18]), « Organized violence 1989-2023, and the prevalence of organized crime groups », https://doi.org/10.1177/00223433241262912 ; Sundberg et Melander (2013[85]), « Introducing the UCDP Georeferenced Event Dataset », https://doi.org/10.1177/0022343313484347 ; PNUD (2024[80]), Gender inequality index (GII), base de données, https://hdr.undp.org/data-center/composite-indices ; CNUCED (2023[128]), « L’état de la dépendance à l’égard des produits de base en 2023 », https://unctad.org/fr/publication/letat-de-la-dependance-legard-des-produits-de-base-en-2023 ; FAO/PAM (2024[129]), « Hunger Hotspots: FAO/WFP early warnings on acute food insecurity, November 2024 to May 2025 outlook », https://www.wfp.org/publications/hunger-hotspots-fao-wfp-early-warnings-acute-food-insecurity-november-2024-may-2025 ; Groupe de la Banque mondiale (2024[130]), Analyse de viabilité de la dette (AVD), risque de surendettement global (ensemble de données), https://www.worldbank.org/en/programs/debt-statistics/ids ; Notre Dame Global Adaptation Initiative (2024[131]), « Notre-Dame – Global Adaptation Initiative Country Index », https://gain.nd.edu/our-work/country-index/ ; IPC (2024[132]) « Integrated Food Security Phase Classification », https://www.ipcinfo.org/ ; Indice de développement humain (IDH), base de données, https://hdr.undp.org/data-center/human-development-index#/indicies/HDI ; Coppedge, et al. (2024[21]), « V-Dem [Country-Year/Country-Date] Dataset v14 », https://doi.org/10.23696/mcwt-fr58 ; Lakner et al. (2024[154]), Reproducibility package (partial data and code) for Poverty, Prosperity and Planet Report 2024 (ensembles de données), https://reproducibility.worldbank.org/index.php/catalog/189 ; Banque mondiale (2024[155]), « Poverty, Prosperity, and Planet Report 2024: Pathways Out of the Polycrisis », https://hdl.handle.net/10986/42211 ; DESA ONU (2024[1]), 2024 Revision of World Population Prospects (base de données), https://population.un.org/wpp/.
Étude de cas : gérer la fragmentation en Asie centrale
L’éclatement de l’Asie centrale en tant que région soviétique intégrée n’était ni planifié ni anticipé, et a été à l’origine de bon nombre des fragilités qui continuent de se manifester aujourd’hui. Toutefois, cette fragmentation a également favorisé une dynamique d’alliances, d’initiatives et d’intégration régionales, qui sont l’expression d’une recherche de résilience (chapitre 1). Dans un monde qui se fragmente de toute évidence, l’exemple de l’Asie centrale dans sa quête de résilience peut montrer comment gérer de manière préventive la fragmentation, en mettant l’accent sur la préparation pour prévenir et combattre la fragilité plutôt que d’y réagir. Et si l’isolement peut être compris comme un mécanisme d’adaptation négatif pour faire face à la fragilité, l’expérience des contextes d’Asie centrale indique également qu’à long terme, un retour à la connectivité et à l’intégration pourrait prévaloir.
L’Asie centrale en tant que région n’est pas exposée à un risque élevé de fragilité en soi. Toutefois, les conditions, l’histoire et le développement de la région contribuent à expliquer les fragilités qui se manifestent à différents niveaux dans les contextes individuels du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, du Turkménistan et de l’Ouzbékistan. Chacun d’eux présente des caractéristiques, une exposition aux risques et des sources de résilience très différentes. Le Tadjikistan et le Turkménistan sont exposés à des niveaux élevés de fragilité, tandis que tous les autres contextes sont classés comme présentant un niveau de fragilité moyen à faible (OCDE, 2025[187]).
Chaque contexte de la région présente également des fragilités spécifiques aux niveaux infranationaux et aux zones transfrontalières qui pourraient ne pas être prises en compte ou être mal interprétées par une analyse de la fragilité se limitant au seul niveau du contexte. La fragilité et les conflits se manifestent également dans des régions contestées du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan, où des poches de fragilité infranationales persistantes sont éclipsées par la résilience et des capacités d’adaptation au niveau national. Dans ces espaces, bon nombre des facteurs structurels de fragilité liés à l’édification de la nation dans ses dimensions politique, socio-économique et sécuritaire après l’indépendance se sont recoupés avec des facteurs environnementaux tels que l’eau et la terre (Chmykh et al., 2021[188] ; Kalra et Saxena, 2021[189]).
Bon nombre des fragilités qui se manifestent en Asie centrale trouvent leur origine dans les interconnexions rompues qui ont résulté de l’éclatement de l’Union soviétique. Adopter un prisme de la fragilité à l’échelle de la région permet de mettre en lumière comment la fragmentation et la multiplication des alliances régionales peuvent être appréhendées comme une quête de résilience face à la concurrence accrue pour les ressources, en matière de commerce et d’alignement géopolitique (chapitre 1).
L’Asie centrale est généralement comprise comme le regroupement de cinq États post-soviétiques qui ont émergé en tant que républiques indépendantes après l’effondrement de l’Union soviétique. Moscou, qui était historiquement le centre politique, économique et administratif, avait développé l’Asie centrale comme une entité interconnectée alimentant la Russie, avec les républiques soviétiques, les régions autonomes et autres enclaves partageant de fait l’accès aux ressources (de Waal, 2024[190] ; Chmykh et al., 2021[188] ; Kalra et Saxena, 2021[189]). Les frontières intérieures entre les différentes républiques soviétiques ne sont devenues des frontières internationales qu’après 1991.
Fragilité multidimensionnelle par-delà les frontières
La vallée de Ferghana, qui s’étend sur trois pays, offre un exemple des liens régionaux entre les dimensions politique, sociale et sécuritaire de la fragilité. L’internationalisation des frontières après l’indépendance a entraîné une militarisation accrue et une réduction de la liberté de mouvement, affectant gravement les enclaves ethniques, culturelles et économiques de la vallée de Ferghana qui avaient évolué tout au long de la période soviétique. Dans le même temps, les disparités sociales résultant de la transformation politique, économique et sociale qui a suivi l’indépendance ont exacerbé les tensions croissantes entre les communautés (Chmykh et al., 2021[188] ; Kalra et Saxena, 2021[189] ; OSCE Academy Bishek, 2013[191]). Bien qu’un certain nombre de ces problèmes aient été résolus par des accords politiques (par exemple, la démarcation de frontières contestées entre le Tadjikistan et la République kirghize), certaines zones restent exposées à des tensions et à des risques de conflits, ceux-ci pouvant éclater lorsque des griefs historiques sont nourris par d’autres facteurs, comme l’accès à l’eau ou à la terre pour les pâturages.
Dans le même temps, des sources de résilience et des capacités d’adaptation peuvent également être trouvées au niveau infranational, par exemple dans les mécanismes communautaires de règlement des différends qui ont joué un rôle essentiel en contribuant à gérer les éruptions de tensions ethniques, et dans la coopération communautaire pour traiter les problèmes locaux lorsque l’État est peu présent (OSCE Academy Bishek, 2013[191]). Depuis l’indépendance, ces conflits transfrontaliers ont toujours été maîtrisés malgré des résurgences périodiques. Toutefois, la gestion des conflits pourrait à l’avenir devenir plus difficile en raison des évolutions démographiques et climatiques, en particulier si les économies de la région ne parviennent pas à atteindre des taux de croissance suffisants à long terme de la productivité et des revenus.
En combinant les dimensions environnementale et économique, l’eau offre une illustration vivante et souvent citée des fragilités interconnectées et des liens brisés. A l’époque soviétique, les pays en amont naturellement dotés d’importantes ressources en eau approvisionnaient les pays agricoles en aval au printemps et en été en échange d’énergie (gaz et charbon) en hiver. L’équilibre dans le partage des ressources s’est rompu lorsque ces pays ont gagné leur indépendance : les contextes en amont s’efforcent désormais de tirer parti de leurs ressources en eau pour produire localement de l’énergie grâce à l’hydroélectricité, ce qui a de graves conséquences sur les contextes en aval qui dépendent encore fortement de l’irrigation pour leurs populations croissantes et leur production agricole. En outre, le changement climatique entraîne la fonte des glaciers de la région et a une incidence sur les réserves, tout en provoquant des phénomènes météorologiques extrêmes et soudains qui ont des conséquences économiques importantes, comme l’ont montré les graves inondations qui ont frappé le Kazakhstan au printemps 2024.
La catastrophe de la mer d’Aral et d’autres catastrophes environnementales liées à la surexploitation et à l’extraction minière pendant l’ère soviétique fournissent d’autres exemples d’un héritage de fragilités se manifestant par delà les frontières dans la région.
Enfin, dans sa dimension économique, la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine en 2022 devait initialement avoir un impact très négatif sur les économies d’Asie centrale en raison de leur degré d’intégration économique et de leur dépendance à l’égard des envois de fonds en provenance de Russie. Toutefois, les économies d’Asie centrale ont fait preuve d’une résilience remarquable face à ce choc (OCDE, 2022[192]). Ils ont su tirer parti de la situation à leur avantage géopolitique, en s’attirant le soutien accru de l’Occident en tant que fournisseurs d’énergie et de routes commerciales de substitution et, en particulier dans le cas du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, en tant que contrepoids à l’influence russe dans la région.
Répondre à la fragilité régionale : ce à quoi ressemblent les réponses des pouvoirs publics
Les gouvernements et leurs partenaires internationaux doivent savoir comment atténuer et gérer ces fragilités et comprendre comment ils s’intègrent dans un système plus vaste de fragilités qu’ils ne sont en mesure de corriger que partiellement. Ils doivent également comprendre leur propre rôle dans les systèmes de fragilité (OCDE, 2018[193]), ce que certains analystes considèrent comme un point faible en Asie centrale (Kalra et Saxena, 2021[189]).
Régionalisation
Pour remédier aux liens rompus par l’émergence d’États-nations indépendants, les contextes d’Asie centrale ont cherché à mettre en place des initiatives régionales pour permettre une « réintégration » et pour atténuer certains des risques auxquels ils sont confrontés. Les efforts de régionalisation se sont intensifiés en réaction à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, ces pays cherchant à atténuer le risque de conflit. De même, les partenaires internationaux ont cherché à promouvoir des approches régionales dans leurs relations avec les contextes d’Asie centrale. Des organisations telles que l’Organisation du traité de sécurité collective, l’Organisation de Shanghai pour la coopération, l’Union économique eurasiatique et l’Organisation des États de langue turcique29, et même l’initiative chinoise des nouvelles routes de la soie, sont généralement considérées à travers le prisme des efforts déployés par la Russie et la Chine pour étendre leur influence dans la région. Mais elles peuvent également être considérées comme un moyen pour les contextes d’Asie centrale eux-mêmes d’améliorer leur accès au reste du monde et d’équilibrer leurs partenariats internationaux par le biais de politiques étrangères dites multi-vectorielles (Kazantsev, Medvedeva et Safranchuk, 2021[194]). Ces objectifs se reflètent également dans : l’adhésion des contextes d’Asie centrale à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ; leurs accords de partenariat et de coopération (APC) avec l’Union européenne (UE)30 ; la Stratégie de longue date de l’UE pour l’Asie centrale, adoptée en 2007 et mise à jour en 2019 ; l’engagement auprès de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement ; la participation à l’initiative de l’OTAN intitulée Partenariat pour la paix ; et leurs accords bilatéraux respectifs de coopération en matière de sécurité.
Cet enchevêtrement de politiques étrangères multi-vectorielles (Kazantsev, Medvedeva et Safranchuk, 2021[194]) reflète leurs efforts pour équilibrer les relations, atténuer la domination d’un partenaire étranger ou d’un voisin, et remédier à certaines des faiblesses structurelles en termes de sécurité et d’accès aux marchés internationaux héritées de leur passé soviétique. Plusieurs initiatives concrètes témoignent de véritables tentatives d’intégration, comme des projets d’infrastructures transfrontières et des politiques de visas, mais cette tendance marquée pour les initiatives régionales ne va pas jusqu’à une intégration plus poussée, car l’Asie centrale reste un ensemble de cinq contextes dans lesquels les élites politiques et économiques cherchent à préserver l’indépendance et la stabilité de leurs systèmes respectifs (de Waal, 2024[190] ; Jordanova, 2023[195]).
Connectivité
L’Asie centrale est un trait d’union naturel pour le commerce et la culture et occupe une place centrale dans la Route de la soie historique. Mais l’émergence d’États indépendants et d’une infrastructure historiquement orientée vers Moscou a créé des obstacles réglementaires et physiques au commerce et au transport. En outre, la géographie de la région – elle se situe au milieu d’une masse terrestre considérable – rend les connexions avec le reste du monde difficiles, en particulier pour l’Ouzbékistan, qui est l’un des deux seuls pays doublement enclavés du monde. L’amélioration de la connectivité régionale en Asie centrale est une priorité majeure pour les gouvernements et leurs partenaires internationaux. Le concept de connectivité est utilisé pour faire référence à toute une série de questions allant du commerce et du transport multimodal à la couverture internet, en passant par la transformation numérique et le développement du secteur privé, qui peuvent contribuer à renforcer la résilience grâce à l’intégration.
La Russie et la Chine constituent les principaux marchés pour les biens d’Asie centrale (énergie, ressources minérales, etc.) depuis l’indépendance, et exercent leur influence parallèlement dans une concurrence modérée et en jouant, dans une certaine mesure, des rôles complémentaires sur le plan économique et sécuritaire (de Waal, 2024[190] ; Kazantsev, Medvedeva et Safranchuk, 2021[194]). La Türkiye a joué un rôle important dans la région, à la fois en tant que voie d’accès à l’Europe via le Caucase et comme contrepoids culturel vis-à-vis des grands voisins. Les partenaires occidentaux encouragent la coopération régionale en Asie centrale. La stratégie de l’UE pour l’Asie centrale met en avant la coopération régionale et la connectivité au sein de la région en tant que priorité transversale pour l’énergie, l’environnement, le climat, l’eau, la sécurité et le développement socio-économique (Commission européenne, 2019[196]), en mettant l’accent sur l’action politique dans le cadre de la Conférence internationale UE-Asie centrale sur la connectivité (Global Gateway) qui s’est tenue en novembre 2022 en Ouzbékistan, et des réunions ministérielles UE-Asie centrale. De même, la stratégie du gouvernement des États-Unis pour l’Asie centrale vise à encourager la connectivité régionale entre les pays d’Asie centrale (US Department of State, 2019[197]).
La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a donné un nouvel élan pour améliorer la connectivité en Asie centrale. Le corridor transcaspien offre une alternative précieuse – et maintenant inestimable – à la route du Nord qui passe par la Russie (OCDE, 2023[198]). Les partenaires internationaux collaborent avec les gouvernements de la région pour pallier les désavantages structurels liés à la géographie, aux frontières et aux régimes réglementaires divergents, afin d’améliorer l’intégration dans les transports, le commerce et les chaînes d’approvisionnement mondiaux (OCDE, 2023[199]). Pour la Russie, la région offre un accès à des marchés de substitution situés au sud et à l’est du pays, les marchés occidentaux lui étant fermés depuis 2022.
Isolement
La politique d’isolement et de neutralité menée de longue date par le Turkménistan, rendue possible par ses ressources naturelles en hydrocarbures, peut être considérée comme une réponse très différente aux fragilités existantes. En maintenant un système autocratique fermé dans lequel l’État contrôle tous les actifs et les relations extérieures du pays, le Turkménistan est parvenu à rester stable, même s’il est difficile de bien comprendre le contexte, les données fiables restant rares. Cependant, le pays a récemment commencé à s’ouvrir quelque peu, en cherchant à adhérer à l’Organisation mondiale du commerce, en collaborant davantage avec les organisations internationales, et en s’efforçant de se positionner comme un pôle de transport et d’énergie dans la région. Ces initiatives n’en sont qu’à leurs balbutiements, mais elles marquent un tournant important dans l’action publique. L’Ouzbékistan a également eu tendance à l’isolement, hormis en matière de coopération militaire, ses bases ayant permis l’accès à l’Afghanistan, et sa fragilité a sensiblement diminué depuis son ouverture progressive et le programme de réforme économique mis en œuvre à partir de 2018.
Étude de cas : Comment la montée de l’insécurité alimente les fragilités régionales dans les zones côtières d’Afrique de l’Ouest
Les contextes du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, de la Guinée et du Togo, en Afrique de l’Ouest côtière, connaissent une hausse des incidents en matière de sécurité liés aux groupes extrémistes violents qui opèrent depuis 2022, en particulier dans les régions du nord du Bénin et du Togo (Eizenga et Gnauguenon, 2024[200]). Ce phénomène s’est accompagné d’un flux de réfugiés modeste mais croissant (plus de 110 000) en provenance de contextes touchés par des conflits au Sahel, qui se sont installés sur les côtes de l’Afrique de l’Ouest (Agence des Nations Unies pour les réfugiés, 2024[201]). Cette évolution a fait naître la crainte que la fragilité économique, politique et sécuritaire du Sahel ait un effet de contagion sur les contextes côtiers d’Afrique de l’Ouest. La présente étude de cas examine les différents profils de fragilité de ces contextes et l’évolution de la fragilité au niveau régional et au niveau des contextes, ainsi que les mesures prises par les bailleurs internationaux et les autorités nationales.
Fragilité accrue en matière de sécurité, griefs localisés et évolution géopolitique
L’augmentation des incidents de sécurité peut être liée à d’autres fragilités que l’on rencontre fréquemment dans les zones septentrionales, souvent moins développées, des régions côtières de l’Afrique de l’Ouest (Silla, 2022[202]) et alimente les griefs existants concernant l’insuffisance des services publics rendus et les tensions entre communautés (Eizenga et Gnauguenon, 2024[200]). Les groupes extrémistes violents actifs dans la région ont su habilement tirer parti de ces griefs localisés et du ressentiment de la population face aux réponses brutales de l’État (Eizenga et Gnauguenon, 2024[200]).
Les mesures prises par les bailleurs internationaux, notamment le plan décennal des États-Unis pour les régions côtières de l’Afrique de l’Ouest, ont été axées sur la prévention de la propagation de l’extrémisme violent, en cohérence avec les plans de développement nationaux et en coordination avec les gouvernements des pays côtiers d’Afrique de l’Ouest (USAID, 2024[203]). Cette stratégie, fondée sur la vision exposée dans la loi américaine relative aux fragilités globales (Global Fragility Act) de 2019, vise à renforcer la cohésion sociale ainsi que la réactivité des gouvernements et des forces de sécurité. Toutefois, l’APD axée sur la recherche de la paix, hormis celle destinée à la Côte d’Ivoire qui a augmenté à partir de 2020, a généralement diminué pour les autres contextes de la région et, dans le cas du Togo, a stagné. Certains plans pilotés au niveau national ont visé à remédier à la détérioration de la sécurité, comme le Programme Spécial du Nord de la Côte d’Ivoire, qui a associé une présence sécuritaire accrue à des investissements dans les infrastructures et des programmes sociaux dans les régions frontalières du nord (Eizenga et Gnauguenon, 2024[200]). Il existe également des réponses régionales telles que l’Initiative d’Accra adoptée par le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo pour lutter contre l’extrémisme violent, prévenir les attaques terroristes et lutter contre la criminalité transnationale organisée (Eizenga et Gnauguenon, 2024[200]).
La décision prise début 2024 par les États du Sahel sous contrôle militaire (Burkina Faso, Mali et Niger) de quitter la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de former leur propre organisation, l’Alliance des États du Sahel, a marqué une rupture géopolitique qui pourrait également aggraver la situation économique au Sahel et la situation en matière de sécurité dans les contextes côtiers d’Afrique de l’Ouest (Edds-Reitman et Boakye, 2024[204]). Les contextes sahéliens enclavés sont susceptibles de connaître une fragilité économique accrue en raison de la hausse des coûts d’importation et de main-d’œuvre résultant des restrictions à la libre circulation, car ils seront coupés des principales routes commerciales qui les relient aux ports maritimes. Cette fragilité pourrait à son tour toucher les contextes côtiers ouest-africains, perturbant leurs économies (par exemple le commerce et l’investissement) par effet de contagion de l’insécurité et dégradation de la coopération internationale avec les voisins. Par exemple, les perturbations économiques liées aux exportations et aux IDE qui sont dues aux conflits au Sahel pourraient entraîner des pertes équivalant à 1.3 % du PIB au Ghana (Raga, Lemma et Keane, 2023[205]).
Évolution sociale et urbanisation rapides
À l’heure actuelle, les États côtiers d’Afrique de l’Ouest dépensent des sommes croissantes pour des opérations humanitaires et de sécurité, au détriment des budgets de développement (Edds-Reitman et Boakye, 2024[204]). Cela pourrait créer des difficultés supplémentaires, étant donné que tous ces contextes, à l’exception du Ghana, sont confrontés à de graves niveaux de fragilité humaine ; dans le passé, les augmentations de dépenses militaires ont été corrélées à des réductions de dépenses de santé et d’éducation (au Ghana et au Togo en particulier) (Raga, Lemma et Keane, 2023[205]). Parallèlement, ces contextes connaissent également des processus de croissance démographique rapide, d’immigration vers les zones côtières et d’urbanisation, la majeure partie de la population et des infrastructures étant concentrée dans les zones côtières (Dada, Almar et Morand, 2024[206]). Cela implique que les investissements sociaux permettent de faire en sorte que les infrastructures, le capital humain et l’offre de logements suivent le rythme de la croissance démographique et urbaine. En particulier, l’activité économique est concentrée autour du corridor Abidjan-Lagos, et ces villes pourraient être reliées par une autoroute à l’avenir ; ce corridor représente 75 % des activités commerciales en Afrique de l’Ouest (Africa Investment Forum, 2024[207]) et deviendra probablement l’une des plus grandes zones urbaines (une mégalopole) d’ici à 2100 (French, 2022[208]).
Exportateurs de produits de base : des fragilités économique et environnementale étroitement liées
Dans le même temps, la plupart des contextes de la côte d’Afrique de l’Ouest ont des économies relativement fragiles qui sont fortement tributaires de produits spécifiques, notamment, en 2022, le minerai d’aluminium pour la Guinée (48 % de ses exportations), les fèves, la pâte et le beurre de cacao pour la Côte d’Ivoire (24 % de ses exportations) et l’or pour le Ghana (20 % de ses exportations) (Growth Lab, 2023[209]). Plusieurs de ces contextes, parmi lesquels la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Togo, présentent également des niveaux de complexité économique inférieurs à ceux d’il y a dix ans, alors que la complexité et la diversification des paniers d’exportations du Bénin et du Ghana se sont renforcées (Growth Lab, 2023[209]). Leur structure économique, orientée vers les exportations de produits de base, peut exacerber leur fragilité globale, car les marchés de produits de base sont souvent volatils en termes de structure des prix. Certains de ces produits sont également associés à une fragilité environnementale accrue et à un travail informel à grande échelle. Par exemple, le secteur de l’extraction aurifère artisanale et à petite échelle au Ghana représente 35 % de la production d’or du pays et est associé à la fragilité environnementale (dégradation des terres, pollution des rivières et exposition au mercure) ainsi qu’à la fragilité économique (économie informelle et flux financiers illicites) (Adranyi, Stringer et Altink, 2024[210]). De même, en Côte d’Ivoire, le cacao représente 45 % de la production mondiale, mais il a de nombreuses externalités économiques et environnementales négatives (Le Monde, 2024[211]). En particulier, la production de cacao a entraîné la destruction de la plupart des forêts du pays et une pollution généralisée (fragilité environnementale), et elle emploie également un nombre croissant d’enfants, de nombreux producteurs vivant sous le seuil d’extrême pauvreté en raison de la faiblesse des salaires (fragilité sociétale et économique) (True Price; Sustainable Trade Initiative, 2022[212]). Pour autant, la Côte d’Ivoire se situe au bas de la chaîne de valeur du cacao. Sur le plan macroéconomique, le Togo est exposé à un risque élevé de surendettement, tandis que le Ghana est confronté à d’importants défis économiques qui se sont fait jour dans le sillage des mesures d’austérité mises en œuvre pour résoudre la crise de la dette extérieure et obtenir des financements d’urgence du FMI (Simons, 2023[213]).
Différences en matière de trajectoires historiques et de systèmes politiques
Les contextes de la région varient considérablement en termes d’histoire et de trajectoires de développement institutionnel, ce qui rend d’autant plus nécessaire l’adoption d’approches individualisées. Le Ghana se distingue par des niveaux inférieurs de fragilité politique, mais il est également souvent salué comme l’une des rares démocraties stables d’Afrique subsaharienne, caractérisée par des élections pluralistes et des passations de pouvoir pacifiques depuis qu’il est devenu une démocratie en 1992. Toutefois, des signes de tension sont apparus en termes de satisfaction à l’égard de la démocratie depuis 2017 (Afrobarometer, 2024[214]), le mécontentement étant lié à la situation économique actuelle du Ghana et à son surendettement. Le Bénin est un cas typique de recul démocratique progressif, avec l’introduction de réformes électorales imposant de nouvelles exigences procédurales strictes et des atteintes à l’indépendance des médias et du pouvoir judiciaire (International IDEA, 2023[215]). Le Togo est resté une autocratie stable depuis 1967 sous la gouvernance de la famille Gnassingbé ; des élections ont eu lieu mais elles ne sont ni libres ni transparentes. La Guinée a connu un net recul de la démocratie sous l’effet du coup d’État militaire de 2021 qui a renversé le président Condé, qui briguait un troisième mandat alors que la population était largement favorable à une limitation à deux mandats, entraînant une militarisation de la société, de violentes répressions à l’encontre des partis d’opposition et un rétrécissement de l’espace médiatique (Siegle et Wahila, 2025[216]). La Côte d’Ivoire se caractérise par des clivages ethniques et deux guerres civiles (sur les périodes 2002‑07 et 2010‑11) et est désormais dirigée par le Président Ouattara, qui a remporté en 2020 des élections boycottées par l’opposition et qui ont été suivies de violences.
Nombre de ces contextes, notamment la Guinée et le Togo, se caractérisent par des degrés élevés de polarisation ethnique, de discrimination et d’instrumentalisation à des fins politiques. En Guinée, chacun des trois autocrates a historiquement octroyé des faveurs (emplois et contrats) et réalisé des investissements privilégiant sa région d’origine avec des lignes de faille entre les groupes ethniques fulanis et malinkés (Gerber, 2013[217]). De même, au Togo, la fonction publique et l’armée sont dominées par les groupes ethniques du nord, en particulier les groupes associés au président, alors que le plus grand groupe ethnique en termes démographiques est sous-représenté dans ces institutions (International IDEA, 2023[215]). Les conflits entre agriculteurs et éleveurs dans les régions septentrionales de ces contextes constituent une autre source d’insécurité et de tensions.
Étude de cas : Poches de fragilité réduite sur fond de risques régionaux en Amérique centrale
Les flux massifs de migrants en provenance d’Amérique centrale31 observés ces dernières années peuvent être attribués à plusieurs facteurs historiques et actuels de fragilité étroitement liés. Les populations quittent l’Amérique centrale à la recherche de meilleures opportunités économiques, mais aussi pour échapper à des politiques économiques mal gérées, à des stratégies d’investissement étranger aux effets négatifs, en particulier dans les industries extractives, à la violence de l’État, à la dégradation de l’environnement et à la dépossession de leurs terres (Carare, 2023[218]). Les profils de fragilité de quatre contextes – El Salvador, Guatemala, Honduras et Nicaragua – montrent clairement comment les facteurs de risque et de résilience se conjuguent pour présenter des défis distincts à l’intérieur et à l’extérieur des frontières nationales.
Le Nicaragua et le Guatemala connaissent tous deux une forte fragilité. Depuis 2015, le Nicaragua est devenu de plus en plus vulnérable en raison de sa crise politique et de sa gouvernance autoritaire, ce qui se traduit par la détérioration de la plupart des indicateurs relatifs aux dimensions politique et sociétale. Le Guatemala présente un profil différent : une fragilité remarquablement élevée dans la dimension humaine et une tendance croissante à la pauvreté, particulièrement visible dans les zones rurales et parmi les groupes vulnérables tels que les populations autochtones et d’origine africaine, qui représentent 43.8 % de la population totale du pays (Mamo, 2024[219]). Le Honduras est passé d’une fragilité élevée à une fragilité moyenne à faible, grâce à de légères améliorations dans toutes les dimensions, à l’exception de la sécurité. S’il fait preuve de résilience sur les plans politique et économique, le Honduras reste fragile dans les dimensions environnementale et sécuritaire, ce qui risque de compromettre les progrès dans les autres domaines. Le Salvador se caractérise par une fragilité moyenne à faible, faisant preuve de résilience dans les dimensions économique et humaine, mais affichant des niveaux élevés de fragilité sociétale.
Les points d’intersection des fragilités qui comptent pour l’Amérique centrale
L’Amérique centrale est particulièrement exposée aux risques de catastrophe. La région se classe au deuxième rang en termes d’incidence des catastrophes (Nations Unies, 2023[220]), avec des événements allant de l’activité cyclonique saisonnière, des ouragans, des tremblements de terre et des sécheresses aux inondations, à l’activité volcanique, aux incendies et aux températures extrêmes. Les pays du Triangle du Nord (El Salvador, Guatemala et Honduras) ont subi à eux seuls 359 catastrophes entre 1900 et 2022, les phénomènes météorologiques étant les plus fréquents et les plus graves, représentant 62 % des décès et 86 % des coûts financiers (OCDE, 2024[82]). Compte tenu de ces risques et de leur incidence potentielle sur les fragilités, la région doit mettre l’accent sur des stratégies de préparation aux catastrophes et d’atténuation de leurs effets qui relient les dépendances nationales, régionales et mondiales.
Plus généralement, l’Amérique latine et les Caraïbes32 sont également une source essentielle de résilience mondiale, puisqu’elles abritent près de 60 % de la vie terrestre sur la planète et divers écosystèmes marins et d’eau douce (PNUE, 2016[221]) ainsi que près de 20 % des réserves mondiales de pétrole et 25 % des métaux stratégiques de la planète (CEPALC, 2023[222]). L’Amérique centrale est également riche de sa biodiversité, puisqu’elle abrite entre 5 et 12 % de la flore et de la faune mondiales (Union internationale pour la conservation de la nature, 2024[223]). Toutefois, l’extraction de la richesse biologique et des ressources minérales de cet environnement a été en grande partie mal gérée, ce qui a entraîné une fragilité importante dans les dimensions économique, sociétale et humaine. Même les politiques qui visaient à stimuler la croissance économique par la privatisation, la déréglementation et la libéralisation du commerce, en particulier dans les industries extractives telles que l’exploitation minière, l’exploitation forestière et l’agroalimentaire, portent souvent préjudice aux populations vulnérables, les résultats négatifs compromettant ou dépassant les gains. Par exemple, 28 % du territoire du Nicaragua a été alloué à des concessions minières (Asociación Centroamericana Centro Humboldt, 2023[224]). L’expansion des activités minières a conduit à la dépossession des terres et à la dégradation de l’environnement, déclenchant des manifestations qui sont parfois suivies d’une répression violente.
Comment le recoupement des dimensions environnementale et économique façonne la fragilité sociétale et politique
L’économie politique de l’Amérique centrale a été profondément façonnée par des groupes d’action collective qui considéraient la démocratie non pas comme une voie vers une gouvernance équitable, mais comme un outil pour étendre leur domination extractive (Hernández, 2020[225]). Au lieu de promouvoir une gouvernance inclusive et participative, ces groupes ont usé de leur influence pour façonner les politiques et les institutions de manière à protéger leurs intérêts. Cela a conduit à une situation dans laquelle les institutions démocratiques n’ont qu’une existence nominale puisque leur fonctionnement perpétue les inégalités et l’exclusion sociale, les communautés marginalisées peinant à être représentées ou à obtenir justice dans le cadre démocratique existant (Rozbicka et al., 2020, pp. 1-23[226]).
Au Guatemala, les projets miniers font l’objet de vives contestations en raison des injustices sociales et environnementales qu’ils impliquent. Par exemple, la mine d’Escobal a été le centre d’un conflit intense, les communautés autochtones Xinka ayant à plusieurs reprises exprimé leur opposition aux activités minières au motif qu’elles polluent l’environnement et violent leurs droits territoriaux. Malgré de nombreuses protestations communautaires et une suspension ordonnée par le tribunal, la mine a poursuivi ses activités sous la pression d’intérêts économiques influents et des autorités de l’État (Aguilar, 2021[227] ; Washington Office on Latin America, 2022[228]). On trouve de tels exemples dans toute la région, où des communautés autochtones isolées, sous-représentées et dépourvues de moyens d’action sont souvent confrontées à des taux de pauvreté plus élevés, à des niveaux d’instruction plus faibles et à un accès limité aux soins de santé, ce qui est étroitement lié à la manière dont les contextes gèrent les ressources naturelles. Cette économie politique associée aux intérêts commerciaux internationaux et à la gouvernance des ressources par les élites nationales ne se limite pas au secteur minier, mais s’étend, avec des effets similaires, aux grands projets agricoles et aux projets énergétiques de grande ampleur. Les effets de distorsion sur la démocratie ne doivent pas être sous-estimés, car dans les démocraties imparfaites et corrompues où les coûts sociaux et environnementaux sont élevés peuvent avoir lieu des réactions négatives et souvent violentes de populations tenues à l’écart d’un accord politique (Fajardo, 2021[229]). Selon Global Witness, des dizaines de meurtres de défenseurs de l’environnement et des droits fonciers ont eu lieu au Guatemala, souvent en lien avec les industries extractives.
La violence, symptôme et cause de la fragilité multidimensionnelle en Amérique centrale
Malgré les efforts déployés en faveur de la démocratisation et de la croissance économique de l’Amérique centrale, la région continue de faire face à une violence omniprésente, à des taux d’homicides élevés et à une insécurité généralisée (Domínguez, 2019[230]). Dans les pays du Triangle du Nord, la démocratisation ne s’est pas traduite par une amélioration des services publics ou de la sécurité. Ces pays restent parmi les plus violents du monde, avec des taux d’homicide souvent supérieurs à 30 pour 100 000 habitants : un ratio bien supérieur à la moyenne mondiale. Ces dernières années, le Salvador a inversé la tendance en enregistrant une baisse spectaculaire du nombre de morts violentes, celles-ci étant dues en grande partie à la violence des gangs. En 2022, le taux d’homicides est tombé à moins de 8 pour 100 000 habitants, contre un taux étonnamment élevé de 50 pour 100 000 en 2018. En 2023, le taux d’homicides a été le plus bas de l’histoire du pays, selon les données du gouvernement. La tactique radicale qui sous-tend cette baisse a été largement saluée par la population. De nombreux Salvadoriens, en particulier ceux qui vivent dans des zones contrôlées par les gangs, se sont déclarés soulagés que la violence et les activités d’extorsion déclinent, permettant ainsi une plus grande liberté de mouvement et un regain d’activité économique. La cote de popularité du président Nayib Bukele a dépassé les 80 % (Sheridan et Escobar, 2024[231]). Si la stratégie actuelle a permis de réduire la violence à court terme, des questions subsistent quant à la possibilité de consolider ses acquis par des mesures visant à s’attaquer aux facteurs sous-jacents de la fragilité qui peuvent inciter à rejoindre les gangs, tels que des facteurs structurels, le manque de possibilités de formation et le chômage. Les restrictions à la liberté d’expression et à la liberté de réunion constituent d’autres sujets d’inquiétude pour la résilience des structures démocratiques du Salvador.
Dans le même temps, la transition vers la gouvernance démocratique dans la région a souvent été superficielle, la faiblesse des institutions et la corruption entravant le développement d’une police et d’une justice efficaces et réservant les gains économiques à une petite élite, de larges pans de la population restant aux prises avec la pauvreté et les inégalités. Le crime organisé, le trafic de drogue et la violence des gangs ont prospéré, car les groupes criminels exploitent les faiblesses institutionnelles et misent sur la corruption pour contrôler les territoires et se livrer à des activités illicites ; la violence et les pratiques d’intimidation persistantes de ces groupes sont fréquemment citées comme un facteur de migration forcée.
La fuite de capital humain associée aux migrations en provenance des pays du Triangle du Nord aggrave encore la fragilité économique. Entre 2018 et 2021, 407 000 personnes en moyenne ont quitté la région chaque année (Congressional Research Service, 2024[232]). La région est également l’une des plus dépendantes des envois de fonds au monde : ceux-ci représentent respectivement 27 % et 24 % du PIB au Nicaragua et au Salvador, par exemple. Les ménages dépendent souvent de ces envois de fonds pour couvrir leurs besoins essentiels tels que la nourriture, le logement et l’éducation. Les envois de fonds constituent également une source de revenus étrangers plus stable que l’IDE ou l’APD dans de nombreux contextes d’Amérique centrale. Pourtant, le coût des envois de fonds est plus élevé en Amérique centrale que dans le reste du monde, ce qui empêche de maximiser leur potentiel.
Infographie 2.9. La fragilité en Amérique centrale
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Note : Les chiffres relatifs à la biodiversité se rapportent aux contextes suivants en Amérique centrale : Guatemala, El Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa Rica et Panama. Global Forest Watch définit une forêt primaire comme « une couverture forestière tropicale humide naturelle mature qui n’a pas été complètement défrichée et replantée dans l’histoire récente ». Les conflits miniers concernent les minerais métalliques, les minéraux industriels et les matériaux de construction après 2000. Les données sur les homicides au Nicaragua ne sont pas disponibles après 2022. Le nombre des déplacements internes correspond aux chiffres cumulés de 2021 (16 810), 2022 (140 600) et 2023 (59 760) (il comprend les nouveaux déplacements ainsi que les mouvements de personnes déjà déplacées). Données infranationales sur la pauvreté disponibles : Guatemala et Nicaragua (2014), Honduras (2019) et El Salvador (2022).
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. Les conclusions de l’analyse réalisée pour les besoins du présent rapport reposent sur les données disponibles jusqu’à la mi-octobre 2024.
← 2. On dénombre 61 contextes, mais 63 régimes, exposés à une fragilité élevée ou extrême selon le Cadre de l'OCDE sur la fragilité. Ce décalage s’explique par le fait que dans la classification de l’Institut Varieties of Democracy, le Somaliland apparaît comme une entité distincte, et la Cisjordanie et la Bande de Gaza comme des entités séparées. Tous les contextes pour lesquels la variation de l’indice de démocratie libérale entre 2019 et 2023 se situe entre -0005 et/ou 0.005 ont été considérés comme des contextes dont la situation est restée inchangée (n’ayant évolué ni vers une autocratisation, ni vers une démocratisation accrue).
← 3. Cet index mesure la qualité des institutions démocratiques, principalement celles liées à l’état de droit, à l’équilibre des pouvoirs et aux libertés civiles.
← 4. Plusieurs indices intermédiaires de l’Institut V-Dem ont été pris en compte pour faciliter une meilleure compréhension des aspects de la démocratie qui se sont le plus détériorés au cours des cinq années écoulées.
← 5. Ces conclusions sont le fruit de calculs des auteurs effectués à partir de la classification des autocraties fermées utilisée dans un document de travail de l’Institut V-Dem de 2019 consultable à l’adresse suivante : https://v-dem.net/media/publications/users_working_paper_22.pdf.
← 6. Celui-ci fait référence à la notion de marché politique.
← 7. Les données relatives à l’utilisation de l’Internet proviennent des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale, et ont fait l’objet d’un retraitement mineur par Our World in Data.
← 8. C’est ce qu’il ressort des données du Fonds des Nations Unies pour l’enfance sur le pourcentage de filles ayant subi des mutilations génitales, en fonction du lieu de résidence et du quintile de richesse des ménages.
← 9. Cet indicateur mesure le pourcentage de femmes qui considèrent qu’un mari/partenaire a le droit de battre ou de frapper sa conjointe.
← 10. Les contextes touchés par un conflit sont ceux où au moins 25 décès liés à des combats ont eu lieu en 2021. Et les contextes en état de guerre sont ceux qui ont enregistré au moins 1 000 décès liés à des combats en 2021.
← 11. Ces chiffres ont été calculés par les auteurs à partir des données du Programme de données sur les conflits de l’Université d’Uppsala (Uppsala Conflict Data Program). On considère qu’un conflit survient dans un contexte de fragilité élevée ou extrême si l’une des parties au conflit est issue d’un contexte fragile.
← 12. Un conflit interétatique internationalisé est un conflit auquel des États étrangers participent en envoyant des troupes.
← 13. La définition de la violence organisée est celle utilisée dans le cadre du projet ACLED (Armed Conflict Location & Event Data) et englobe les batailles, les explosions et/ou les actes de violence perpétrés à distance, ainsi que les violences à l’encontre des civils.
← 14. Les événements ont été filtrés par type de violence organisée, et les données étaient disponibles pour 54 des 61 contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême.
← 15. Les données sur les incidents, les otages et les blessures liés à des attentats terroristes reposent sur des chiffres publiés par l’Institut pour l’économie et la paix, qui utilise son propre outil, à savoir la base de données Dragonfly TerrorismTracker.
← 16. Ce chiffre repose sur les calculs effectués par les auteurs à partir de moyennes pondérées par la population.
← 17. Ces chiffres ont été calculés à partir d’une moyenne pondérée par la population sur la base des données disponibles pour 172 des 177 contextes retenus dans le Cadre multidimensionnel de l’OCDE.
← 18. Seuls les contextes retenus dans le Cadre multidimensionnel de l’OCDE sur la fragilité sont pris en compte dans le calcul de ces pourcentages.
← 19. À l’échelle mondiale, les déséquilibres des balances courantes se sont atténués en 2023, la baisse des prix des produits de base ayant permis aux pays exportateurs de résorber le déficit de leur balance courante. Pour de plus amples informations, voir https://www.imf.org/en/Publications/ESR/Issues/2024/07/12/external-sector-report-2024.
← 20. L’extrême pauvreté se définit comme le fait de disposer de moins de 2.15 USD par jour.
← 21. Calculs de l’auteur basés sur le kit de reproductibilité du Rapport sur la pauvreté, la prospérité et la planète 2024 de la Banque mondiale, référencé dans l’infographie.
← 22. Le solde primaire correspond à la différence entre les recettes de l’État et ses dépenses hors intérêts (c’est-à-dire ce qu’il dépense en dehors des paiements de la dette). On parle d’excédent primaire quand les recettes sont supérieures aux dépenses publiques hors intérêts.
← 23. Les droits de tirage spéciaux sont un avoir de réserve constitué d’un panier de monnaies fortes, destiné à compléter les propres réserves de change des membres du FMI. L’allocation de DTS de 650 milliards USD pendant la pandémie avait pour but de soutenir la liquidité mondiale, les DTS étant attribués aux pays membres du FMI proportionnellement à leur quote-part.
← 24. L’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD) a été mise en place par le G20 pour suspendre les paiements au titre du service de la dette des pays participants de mai 2020 à décembre 2021, afin de leur permettre de concentrer leurs ressources financières sur la lutte contre la pandémie et l’atténuation de ses impacts.
← 25. La viabilité de la dette traduit une évaluation technique et un jugement de la probabilité qu’un pays soit en mesure d’honorer ses obligations financières actuelles et futures. Concrètement, cela signifie que pour être viable, le solde primaire nécessaire pour stabiliser la dette d’un pays, tant dans le scénario de référence que dans celui d’un choc réaliste, est jugé politiquement et socialement acceptable, et compatible avec le maintien d’un niveau de croissance satisfaisant tout en progressant vers les objectifs de développement des autorités. Pour de plus amples informations, voir https://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2018/02/14/pp122617guidance-note-on-lic-dsf.
← 26. Il convient d’observer que cette analyse inclut les dettes contractées par des entreprises privées si elles sont garanties par l’État.
← 27. Outre l’Initiative de suspension du service de la dette, la principale initiative était le Cadre commun pour les traitements de dette, mis en place par le Groupe des Vingt et approuvé par le Club de Paris. Il s’agit d’une tentative d’organiser et d’accélérer les processus de restructuration de la dette en réunissant un ensemble plus large de créanciers publics. Les créanciers privés ne sont pas automatiquement couverts, mais les emprunteurs sont tenus de solliciter des conditions au moins aussi favorables auprès de leurs créanciers publics bilatéraux et de leurs créanciers privés. Les dernières restructurations de dette du Ghana, de la Zambie et du Tchad selon le Cadre commun ont été plus rapides, car les parties prenantes connaissaient mieux le processus récemment mis en place et avaient davantage confiance.
← 28. Les points de basculement climatique mondiaux identifiés sont les suivants : glace hivernale de l’Arctique (effondrement) ; forêt boréale (expansion septentrionale) ; pergélisol boréal (dégel brutal) ; forêt tropicale amazonienne (dépérissement) ; glaciers de montagne (perte) ; calotte glaciaire de l’Antarctique occidental (effondrement) ; calotte glaciaire du Groenland (effondrement) ; gyre de la mer du Labrador et gyre subpolaire (effondrement) ; circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (effondrement) ; glace de la mer de Barents (fonte brutale) ; mousson du Sahel et de l’Afrique de l’Est (verdissement) ; calotte glaciaire de l’Antarctique oriental (effondrement) ; pergélisol boréal (effondrement) ; forêt boréale du sud (dépérissement) ; récifs coralliens des basses latitudes (dépérissement) ; et bassin sous-glaciaire de l’Antarctique oriental (effondrement). Cette liste est établie à partir des points de basculement recensés dans les recherches menées en 2019 par Lenton et al., disponibles à l’adresse https://www.nature.com/articles/d41586-019-03595-0.
← 29. L’Organisation du traité de sécurité collective a pour membres l’Arménie, le Bélarus, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie et le Tadjikistan. L’Organisation de coopération de Shanghai a pour membres le Bélarus, la Chine, l’Inde, l’Iran, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Pakistan, la Russie et le Tadjikistan. Les membres de l’Union économique eurasiatique sont l’Arménie, le Bélarus, le Kazakhstan, le Kirghizistan et la Russie. L’Organisation des États de langue turcique a pour membres l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et la Türkiye.
← 30. Parmi ceux-ci figurent les APC renforcés conclus par l’UE avec le Kazakhstan et le Kirghizstan ; l’APC renforcé en cours de négociation avec l’Ouzbékistan ; et les APC conclus avec l’Ouzbékistan et le Tadjikistan.
← 31. La région d’Amérique centrale est considérée ici comme comprenant le Belize, le Costa Rica, le Salvador, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua et le Panama.
← 32. L’Amérique centrale et son arrière-pays constituent l’ensemble des pays en Amérique latine.