Des infrastructures de qualité peuvent accélérer la transformation productive de l’Afrique. De meilleurs réseaux de transport, d’énergie, d’eau et de télécommunications sont une clef de l’amélioration du bien-être des citoyens et de la productivité des économies. Les décideurs africains ont accompli des progrès considérables dans ce domaine, notamment avec la mise en œuvre du Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) de l’Union africaine. Toutefois, plus de 2 Africains sur 5 n’ont toujours pas accès aux infrastructures de base, notamment à l’électricité. Si rien ne change, le nombre de personnes sans accès à l’électricité passera de 641 millions aujourd’hui à un milliard de personnes d’ici 2050, soit 11 % de la population mondiale.
D’après notre analyse, il faudrait 2 480 milliards USD d’ici à 2040 pour amener les infrastructures des économies africaines à un niveau comparable à celles de leurs pairs dans les autres régions du monde. De tels niveaux d’investissement pourraient stimuler la croissance de 4.5 points de pourcentage par an. Ce qui permettrait à l’Afrique de dépasser l’objectif de 7 % de croissance de son produit intérieur brut (PIB) fixé par l’Agenda 2063 de l’Union africaine, et ainsi doubler le PIB du continent d’ici 2040.
Avec des politiques publiques adaptées, l’Afrique peut répondre à ces besoins d’investissement. Le besoin annuel d’investissement en infrastructures, estimé à 155 milliards USD, représente 5.6 % du PIB du continent en 2024. Les gouvernements africains ont dépensé en moyenne 1.3 % de leur PIB (34 milliards USD) par an dans les infrastructures sur la période 2016-2020. Ce chiffre est comparable à la moyenne mondiale, mais reste inférieur à celui des pays ayant opté pour une approche du développement axée sur les infrastructures, comme la Chine (6.7 % du PIB) ou le Viet Nam (5.1 % du PIB).
Le financement public continuera à jouer un rôle central : les gouvernements africains et les bailleurs de fonds internationaux ont abondé 89 % des fonds consacrés aux infrastructures en Afrique en moyenne par an entre 2016 et 2020. Par ailleurs, les gouvernements africains ont dépensé sept fois plus dans le service de la dette que dans les infrastructures entre 2019 et 2023.
Les financements privés ont un rôle important à jouer pour combler le déficit d’infrastructures. L’investissement privé dans les infrastructures africaines est tombé de 1.8 milliards USD en 2023 à 1.2 milliards en 2024. Pour inverser cette tendance, il faut gérer les risques et les perceptions qui découragent les investisseurs. L’Afrique a les plus faibles taux de défaut sur la dette liée aux infrastructures – moins de 2 %, contre près de 5 % en Asie et 10 % en Amérique latine – pourtant on estime le coût du capital à 13 % en Afrique, bien au-dessus de la moyenne des pays OCDE de 8 % et de celle de l’Asie en développement, à 10 %. Davantage de transparence des données et d’informations sur les risques liés à l’investissement pourraient faire baisser le coût du capital. La Plateforme virtuelle d’investissement en Afrique, lancée conjointement par l’Union africaine et l’OCDE lors du Sommet de l’Union africaine de cette année, constitue un pas dans cette direction.
Dynamiques du développement en Afrique 2025 propose d’actionner trois leviers pour accélérer le développement des infrastructures :
Améliorer les conditions d’endettement et d’investissement afin de mobiliser toutes les ressources disponibles, y compris celles des investisseurs institutionnels.
Renforcer la priorisation stratégique des projets du PIDA, en particulier dans les pays les moins avancés et en faveur de l’intégration régionale.
Consolider la gouvernance et les capacités des développeurs d’infrastructures et des agences publiques concernées.
Cette année marque un nouveau tournant dans le financement des infrastructures en Afrique, avec notamment la tenue de la 4ᵉ Conférence internationale sur le financement du développement (FfD4). La Commission de l’Union africaine et le Centre de développement de l’OCDE sont fiers de poursuivre leur partenariat autour de ce rapport phare, rendu à sa septième édition. Dynamiques du développement en Afrique 2025 constitue le fondement de notre travail conjoint. À mesure que nous renforçons notre collaboration, nous produisons de nouvelles sources de données fiables et intensifions le dialogue entre décideurs publics, investisseurs et partenaires internationaux. Nous sommes convaincus que ce rapport, à l’instar des éditions précédentes, sera pour eux une ressource essentielle dans leur poursuite des objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et d’amélioration des conditions de vie de tous les africains.
Mahmoud Ali Youssouf,
Président,
Commission de l’Union africaine
Mathias Cormann,
Secrétaire général,
Organisation de coopération et de développement économiques