Le présent chapitre offre une mise en contexte ainsi qu’un aperçu des principales conclusions du rapport, en ce qui concerne la manière dont les enfants interagissent avec les appareils numériques, et des données factuelles dont on dispose au sujet de l’incidence des activités numériques sur le bien-être infantile. Il met d’autre part en lumière les principaux défis à relever, dans le cadre d’une approche à l’échelle de l’ensemble de l’administration publique, pour améliorer ce bien-être à l’ère numérique. En outre, il traite de la nécessité d’étoffer le socle de données factuelles afin que l’action des pouvoirs publics soit étayée par toute l’expertise disponible et aide ainsi les enfants à évoluer dans l’environnement numérique en toute sécurité et à tirer parti des possibilités qui s’y présentent à eux.
Comment va la vie des enfants à l’ère numérique ? (version abrégée)
1. Introduction et principales conclusions
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Les enfants d’aujourd’hui sont appelés à devenir adultes dans un contexte de transformation numérique rapide, qui modifie en profondeur de nombreux aspects de leur existence et de la société. Depuis quelques années, les médias numériques1 et notamment les plateformes et applications de communication en ligne accessibles depuis un smartphone, une tablette ou un ordinateur, occupent une place de plus en plus importante dans leur vie quotidienne. Le progrès rapide des technologies trouve son illustration la plus éloquente dans l’accès à l’internet qui s’est considérablement démocratisé en l’espace d’une seule génération. En 2005, la moitié environ des ménages des pays de l’OCDE disposait d’un tel accès ; en 2023, la proportion atteignait 92 % (OECD.Stat, 2023[1]). En 2022, l’enquête PISA a permis d’estimer qu’environ 97 % des élèves de 15 ans, dans les pays de l’OCDE, avaient une connexion chez eux, contre 85 % en 2009. Une progression similaire ressort des données de l’enquête PIRLS : 93 % des enfants de 10 ans disposaient d’une connexion en 2021, contre 85 % une dizaine d’années auparavant.
Les enfants sont placés devant les écrans relativement tôt et leur temps d’exposition augmente rapidement avec l’âge. Le temps d’écran recouvre un certain nombre d’activités liées aux médias numériques, activités qui sont en constante évolution en raison notamment de leur caractère toujours plus personnalisé, interactif et immersif2. Les données sur le rapport des jeunes enfants aux appareils numériques sont relativement rares, cependant, une étude européenne estime que le premier contact avec la technologie numérique a lieu vers l’âge de deux ans (Chaudron, Di Gioia and Gemo, 2018[2]). Les maigres éléments dont on dispose donnent à penser que l’utilisation des écrans augmente rapidement au cours des premières années d’existence. Il ressort de l’Étude internationale sur l’apprentissage et le bien-être des jeunes enfants menée par l’OCDE que la plupart des enfants de cinq ans (83 %) en Angleterre, en Estonie et aux États-Unis se servent d’un appareil numérique au moins une fois par semaine, et que 42 % le font même chaque jour (OCDE, 2020[3]). Le temps d’écran croît avec l’entrée dans l’enseignement secondaire. D’après une enquête réalisée en 2024, en France, il est de 2 h 03 par jour, en moyenne, chez les 7-12 ans, avant de bondir à 2 h 55 chez les 13-15 ans, puis à 5 h 10 chez les 16-19 ans (Benyamina and Mouton, 2024[4]).
À mesure qu’il se développe et devient plus complexe, l’univers numérique offre aux enfants des possibilités toujours plus nombreuses d’apprendre, de se renseigner, de faire des découvertes et de jouer ou d’interagir avec d’autres en ligne (Burns and Gottschalk, 2019[5]; OCDE, 2021[6]; Christakis and Hale, 2025[7]). Parallèlement, il comporte aussi des risques pour leur bien-être. Souvent, les enfants n’ont pas encore acquis les connaissances et les compétences nécessaires pour évoluer en toute sécurité dans cet environnement et n’anticipent ou ne mesurent pas nécessairement les conséquences de ce qu’ils font en ligne ni l’intention véritable qui se cache derrière certains contenus ou derrière certaines interactions. Ils peuvent aussi être exposés à des contenus qui ne sont pas adaptés à leur âge (OCDE, 2022[8]; 2021[6]). Il est également à craindre que certains deviennent excessivement dépendants des outils numériques, au point de délaisser le jeu actif et les interactions en face à face. On redoute qu’une utilisation aussi immodérée porte préjudice à leur santé physique et à leur bien-être mental3.
Malgré le nombre croissant d’études documentant l’utilisation des appareils numériques par les enfants et ses effets sur différents aspects du bien-être infantile, de nombreuses questions restent encore sans réponse en raison de la vitesse élevée à laquelle évoluent les technologies et les plateformes numériques. Les éléments probants dont on dispose montrent que les technologies et médias numériques4 influencent à différents égards le quotidien des enfants, en bien comme en mal en fonction de facteurs complexes tels que le temps d’écran et la nature de l’activité. Se focaliser sur le « temps d’écran » considéré dans sa globalité peut donner une image déformée de la réalité, car on néglige alors les diverses utilisations que les enfants font des écrans. Ce terme fourre-tout tend à confondre toutes les activités en une seule catégorie, ce qui n’aide pas à intervenir de façon ciblée pour identifier et traiter les comportements en ligne qui sont problématiques ou à risque. C’est pourquoi il est important de prendre aussi en considération la nature et le caractère passif ou actif de chaque activité, l’âge de l’enfant, la mesure dans laquelle les autres enfants, les parents ou l’entourage utilisent des appareils numériques et la manière dont ces facteurs contextuels, et d’autres encore, influencent le rapport de l’enfant aux ressources numériques et l’emploi qu’il fait de ces ressources (Navarro and Tudge, 2023[9]; John and Bates, 2024[10]; Magis-Weinberg, Ballonoff Suleiman and Dahl, 2021[11]). Il faut ajouter que la relation de cause à effet entre l’utilisation des appareils numériques et le bien-être psychologique est complexe et nous échappe encore en partie. Certaines études portent à croire que cette relation pourrait avoir un caractère réciproque, les enfants les plus vulnérables sur le plan psychologique étant aussi plus susceptibles de devenir dépendants de ces appareils ou d’avoir du mal à se discipliner dans l’usage qu’ils en font.
Dernier point, mais non le moindre, l’environnement numérique auquel chaque enfant est exposé est unique et profondément inégal. En effet, tous les enfants ne bénéficient pas des mêmes facteurs protecteurs ni des mêmes ressources les aidant à tirer parti des technologies et des médias numériques et à atténuer les risques connexes5. À titre d’exemple, ceux qui appartiennent à un milieu socioéconomique aisé utilisent les outils numériques pour s’informer et s’instruire plus souvent que ne le font les moins favorisés (Micheli, 2015[12]; Weber and Becker, 2019[13]). Il ressort d’autre part d’une méta-analyse que plus le milieu est favorisé, plus le niveau de culture numérique est élevé, même si le fossé entre les catégories socioéconomique sera sans doute, à cet égard, moins large qu’en mathématiques ou en compréhension de l’écrit (Scherer and Siddiq, 2019[14]). Les disparités socioéconomiques peuvent avoir une incidence sur l’assurance dont les enfants font preuve dans l’utilisation d’appareils numériques et dans l’acquisition d’une culture numérique. Ceux qui ont un niveau de compétences numériques relativement faible, souvent des enfants issus de milieux défavorisés, pourront être plus stressés et adopter une attitude négative à l’égard des technologies et médias numériques, qui ne sera pas pour les encourager à améliorer ces compétences (Burns and Gottschalk, 2019[5]; Büchi and Hargittai, 2022[15]; Robinson et al., 2020[16]).
Au-delà des éléments factuels toujours plus nombreux, mais en constante évolution, au sujet de l’influence des pratiques numériques des enfants sur leur bien-être et leur développement, l’omniprésence des écrans dans leur vie quotidienne ne laisse pas de préoccuper et d’alarmer, en particulier les parents (Chong, Teo and Shorey, 2023[17]; Livingstone and Blum-Ross, 2020[18]; OCDE, 2024[19]). Ceux-ci, d’une manière générale, s’inquiètent du temps que leurs enfants et adolescents consacrent aux jeux vidéo, à la navigation sur l’internet et à l’utilisation d’applications de réseaux sociaux, autant d’activités sur lesquelles ils n’ont qu’un contrôle limité. Les pratiques numériques des enfants peuvent également être une importante cause de conflits avec eux.
L’interdiction totale des écrans, de certains appareils ou de certains médias – smartphones ou accès aux réseaux sociaux, par exemple – a été envisagée dans certains pays ou territoires – ainsi dernièrement en Australie – à titre de mesure de précaution destinée à protéger les enfants en dessous d’un âge déterminé. Cependant, l’accès aux appareils et services numériques est intégré à la vie des enfants dès un âge précoce, ce qui rend difficile d’inverser la tendance et amène à douter de l’efficacité de ce genre de mesures (Australian Human Rights Commission, 2024[20]). L’interdiction pure et simple des appareils numériques n’est pas non plus une solution idéale puisque les enfants ont besoin d’acquérir les compétences numériques indispensables à leur vie personnelle et professionnelle future. Elle ne répond pas au besoin d’être protégé en ligne exprimé par les enfants et les adolescents et tend en outre à méconnaître le fait que leurs parents et/ou des adultes de confiance peuvent les aider à évoluer en toute sécurité dans le monde numérique (Phippen, 2024[21]; Phippen and Street, 2022[22]).
Dans ce contexte, la promotion du bien-être des enfants dans l’environnement numérique et la lutte contre les inégalités en la matière exigent d’appréhender correctement les divers canaux par lesquels le monde numérique peut exercer une influence, directe ou indirecte, sur la santé et le bien-être des enfants. Il faut pour cela une approche globale du bien-être des enfants dans le monde numérique, qui en recouvre les multiples facettes, parmi lesquelles la santé physique et mentale, le développement cognitif et les résultats d’apprentissage, ainsi que les aspects liés au bien-être socioémotionnel, comme la capacité d’agir, l’épanouissement personnel, les liens sociaux et le comportement prosocial. Il est essentiel en outre de prendre en considération les circonstances personnelles, familiales et scolaires qui influencent les pratiques des enfants en ligne et leurs résultats, de même que l’incidence du contexte institutionnel et politique sur les possibilités et les risques présents dans le monde numérique.
Le présent rapport contribue au débat actuel à travers l’examen des éléments probants et données disponibles permettant d’appréhender et de suivre le bien-être des enfants dans le monde numérique – dans sa globalité – à l’échelle internationale. À la lumière de la Recommandation de l’OCDE sur la protection des enfants dans l’environnement numérique (OCDE, 2021[6]), il sonde les défis liés à la création d’un cadre institutionnel permettant de promouvoir la sécurité et le bien-être à l’ère du numérique. Il met en relief la nécessité de mieux comprendre les interactions qui existent entre la vie des enfants hors ligne, leurs pratiques numériques et leurs résultats sur le plan du bien-être. Pour ce faire, il isole les facteurs qui, dans la situation personnelle des enfants et dans leur environnement hors ligne, alimentent le risque de passer trop de temps en ligne ou concourent à l’apparition de comportements problématiques.
Sur le plan de l’action des pouvoirs publics, le rapport met en lumière la nécessité d’une réglementation fondée sur des données probantes et d’une action transversale de l’administration en réponse à l’utilisation généralisée des médias numériques par les enfants, aux progrès de la technologie (dont l’intelligence artificielle) et aux expériences immersives, qui sont à la fois prometteuses et risquées. Des mesures efficaces doivent être prises pour protéger les enfants dans l’environnement numérique et dans le milieu scolaire, en veillant à ce que la responsabilité de cette protection et de la promotion d’une bonne hygiène numérique ne pèse pas plus que de raison sur les parents et les enfants eux-mêmes. Il faut d’autre part donner des orientations claires grâce auxquelles les éducateurs, les parents et les aidants familiaux seront mieux à même d’aider les enfants à gérer leur rapport aux technologies numériques, de leur faire acquérir des compétences numériques, de fixer des limites adaptées et formuler des recommandations appropriées et de répondre au souhait exprimé par les enfants d’être protégés et accompagnés plutôt qu’exclus de certains des principaux pans de l’environnement numérique, comme les réseaux sociaux. Toutes ces mesures doivent être fondées sur des données probantes, éclairées par la recherche ainsi que par l’expérience des professionnels et des aidants, viser à corriger les vulnérabilités et s’inscrire dans le cadre de stratégies destinées à atténuer les préjudices.
La suite du présent chapitre propose une vue d’ensemble des principales conclusions du rapport. Le deuxième chapitre présente l’approche globale suivie pour isoler les principaux aspects qui influent sur le bien-être numérique des enfants et percevoir les possibilités et les risques que ceux-ci rencontrent dans le monde numérique. Il fait ressortir toute l’importance de prendre en compte non seulement les possibilités et les risques présents dans l’environnement numérique, mais aussi ceux inhérents à la vie quotidienne des enfants de manière plus générale – y compris les facteurs étrangers à cet environnement qui conditionnent le comportement numérique – afin de saisir complètement leur rapport aux médias numériques et son lien avec le bien-être. Le troisième chapitre étudie comment les enfants utilisent les appareils numériques et montre ce que l’on peut apprendre de leur rapport aux médias numériques à partir des données internationales disponibles. Il y est aussi question des risques auxquels les enfants sont exposés en ligne. Le chapitre 4 passe en revue les éléments factuels disponibles à ce jour quant aux répercussions des activités numériques sur le bien-être des enfants, et plus particulièrement sur la santé physique, sur l’apprentissage et le développement cognitif, ainsi que sur le bien-être psychique et la santé mentale. Il sera ensuite question des principaux défis que les pays devront sans doute prendre en compte au moment de définir des mesures destinées à favoriser, de manière globale, le bien-être des enfants à l’ère du numérique (chapitre 5). Nous verrons en conclusion comment améliorer les renseignements factuels tirés des données sur le bien-être numérique des enfants afin de mieux en appréhender les déterminants et permettre aux pays de mettre en place un suivi (chapitre 6).
À la lumière d’enquêtes à grande échelle menées auprès de jeunes adolescents6, nos principales conclusions sont les suivantes :
1.1. Comment les enfants utilisent-ils les appareils numériques ?
Copier le lien de 1.1. Comment les enfants utilisent-ils les appareils numériques ?En 2022, l’accès à l’environnement numérique était pratiquement universel : 96 % en moyenne des jeunes de 15 ans vivant dans la zone OCDE disposaient d’un tel accès à domicile, depuis un ordinateur de bureau, un ordinateur portable ou une tablette. En moyenne, 95 % d’entre eux possédaient un smartphone pouvant se connecter à l’internet. Autour de l’âge de 10 ans, 70 % environ des enfants disposent déjà de leur propre smartphone, même si l’on observe de grandes disparités entre les pays, puisque cette proportion est comprise entre 29 % seulement, en Türkiye, et plus de 90 % en Lettonie, en Pologne et dans les pays d’Europe du Nord.
Dans la plupart des pays de l’OCDE, la moitié au moins des jeunes de 15 ans consacre chaque semaine 30 heures ou plus à l’utilisation d’appareils numériques. Le Japon se distingue, à cet égard, par une proportion bien plus faible en comparaison (31 %) et un pourcentage nettement plus élevé qu’ailleurs de jeunes dont le temps d’utilisation n’excède pas 10 heures hebdomadaires. Une importante minorité d’adolescents, comprise entre 10 % au Japon et 43 % en Lettonie, dédie 60 heures ou plus par semaine aux appareils numériques.
Le temps que les jeunes de 15 ans passent sur les appareils numériques rien que pour leurs loisirs excède souvent le maximum de deux heures quotidiennes préconisé par les organismes de santé de certains pays de l’OCDE, dont l’Allemagne, l’Australie et les États‑Unis. Dans la zone OCDE, 60 % en moyenne des jeunes de 15 ans passent au moins deux heures par jour, pendant la semaine, à se divertir sur ces appareils, en plus du temps qu’ils y consacrent à des fins d’apprentissage. Là encore, on relève de forts contrastes entre les pays, puisque cette proportion va de 18 % au Japon à 81 % en Estonie.
À l’échelle de la zone OCDE, 95 % des jeunes de 15 ans naviguent sur l’internet et sur les réseaux sociaux pour s’amuser. La plupart se servent des appareils numériques pour communiquer et partager des contenus (88 %), rechercher des informations pratiques (84 %) et jouer à des jeux vidéo (83 %). Un pourcentage plus faible, quoique toujours considérable (69 %), crée ou édite ses propres contenus numériques, mais il y a, là encore, des écarts notables entre les pays.
Le bien‑être des enfants à l’ère du numérique dépend principalement des activités que ceux-ci mènent dans l’environnement numérique, des manières d’agir qu’ils y acquièrent et des relations qu’ils y nouent, ainsi que de la conception et du fonctionnement des services numériques eux-mêmes. Les activités auxquelles ils s’adonnent interagissent avec de nombreux facteurs, dont les ressources et les facteurs de protection qu’ils trouvent dans le cadre familial, scolaire et amical, ainsi qu’auprès des adultes de leur entourage. Par voie de conséquence, les inégalités en ligne sont généralement le reflet de disparités hors ligne, et tous les enfants n’ont pas les mêmes chances de tirer parti des ressources numériques ou de gérer les risques qui menacent leur bien-être, à commencer par leur santé physique et mentale, leur développement cognitif et leurs résultats d’apprentissage.
1.2. Comment les activités numériques influent-elles sur le bien-être des enfants ?
Copier le lien de 1.2. Comment les activités numériques influent-elles sur le bien-être des enfants ?Les technologies et les médias numériques offrent aux enfants de multiples possibilités d’apprendre, de jouer, d’échanger avec leurs amis et de gagner en indépendance. Leur utilisation, lorsqu’elle devient excessive ou problématique7, laisse toutefois craindre des effets négatifs sur la santé, les capacités d’apprentissage et le bien-être. On dispose en effet d’une vaste somme de données tendant à montrer qu’au-delà d’une certaine limite, le temps d’écran peut se révéler préjudiciable, à différents égards, à la santé physique des enfants et des adolescents, notamment par ses répercussions sur la durée et la qualité du sommeil, sur l’activité physique à l’adolescence et sur le risque de surpoids et d’obésité. Le constat est moins catégorique en ce qui concerne d’éventuels problèmes de vue, comme la myopie et les atteintes à la rétine dont l’exposition à la lumière bleue serait responsable. Quoi qu’il en soit, devant la gravité des dégâts susceptibles d’être causés à la santé et au bien-être des adolescents, une action préventive s’impose.
Au cours de la petite enfance, l’utilisation active d’appareils numériques, tels que les livres numériques, lorsqu’elle s’accompagne d’interactions avec les parents ou les aidants familiaux, sera de nature à favoriser l’éveil à la lecture, les compétences verbales et l’acquisition du langage. Une exposition excessive et passive aux écrans, en revanche, peut se révéler préjudiciable au développement neurocognitif en raison de la plasticité et de la vulnérabilité du cerveau, particulièrement importantes chez les tout-petits.
Pour les jeunes d’âge scolaire et les adolescents, en particulier, les ressources numériques offrent des possibilités de s’instruire et d’exprimer sa créativité : 84 % des jeunes de 15 ans dans les pays de l’OCDE passent au moins deux heures par semaine à utiliser des appareils numériques pour s’instruire lorsqu’ils ne sont pas à l’école (notamment par la consultation de tutoriels ou l’utilisation d’applications éducatives). Les filles (87 %) sont plus nombreuses que les garçons (81 %) à s’en servir ainsi. Les adolescents issus de milieux socioéconomiques favorisés sont plus enclins à utiliser des ressources numériques pour s’instruire que ceux issus de milieux défavorisés, avec un écart de 17 points de pourcentage entre ces deux groupes. À l’âge de 15 ans, environ 7 élèves sur 10 utilisent des ressources numériques sur leur temps libre pour créer ou modifier des contenus personnels (photos, vidéos, musique ou programmes informatiques, par exemple). Les adolescents d’origine immigrée (76 %) s’adonnent plus volontiers à de telles activités que leurs camarades nés dans le pays (68 %), et ce de manière systématique.
Les plateformes numériques, les jeux en ligne, les applications de réseaux sociaux et autres services numériques offrent aux enfants mille moyens de s’amuser et d’obtenir de l’aide, leur fournissant un accès facile à l’information, des réponses discrètes à leurs interrogations et un soutien qui n’est pas disponible hors ligne. Les réseaux sociaux leur permettent d’entrer en contact avec leurs semblables, de confronter leurs idées, de rechercher du réconfort et de s’investir dans des relations sociales constructives. Ils peuvent aussi être des espaces propices aux rencontres : dans la zone OCDE, 40 % en moyenne des adolescents de 11 à 15 ans sont en contact régulier, par leur intermédiaire, avec des amis dont ils ont fait la connaissance en ligne. Cependant, les outils numériques procurent le maximum d’agrément et d’avantages pour le bien-être socioémotionnel lorsqu’ils sont utilisés avec modération. Le débat tourne autour de la question de savoir si l’exposition des enfants aux médias numériques nuit de manière significative à leur développement cognitif et émotionnel et contribue à la progression des problèmes de santé mentale parmi la jeunesse.
Les médias numériques peuvent présenter des risques pour la santé mentale des enfants et des adolescents, aussi bien de manière directe, avec la diminution des relations personnelles, l’exposition à des contenus préjudiciables ou idéalisés, et les abus en ligne ou le cyberharcèlement, que par ricochet, à travers, par exemple, le manque de sommeil et d’activité physique, qui peuvent accentuer les troubles psychiques. Toutefois, l’existence d’un lien direct entre utilisation des technologies numériques et problèmes de santé mentale n’a pas été établie de manière irréfutable, ne serait-ce que parce que cette thèse se fonde sur des sources limitées et en partie inappropriées. Les études en population générale ne révèlent souvent que des effets modérés, et sont pour l’essentiel des études de corrélation, qui ne mettent pas en évidence des relations de causalité claires. Certaines études semblent indiquer des répercussions négatives, quand d’autres pointent des effets positifs ou nuls pour une majorité d’adolescents. Il n’empêche qu’une minorité peut se révéler sensible aux effets préjudiciables, pour le bien-être, d’une exposition excessive ou problématique aux médias numériques ou de l’hyperconnexion – c’est-à-dire le besoin constant, et souvent irrépressible, de consulter les médias numériques et d’interagir avec ceux-ci.
i) Environ 27 % des jeunes de 15 ans dans les pays de l’OCDE déclarent jouer à des jeux vidéo pendant au minimum trois heures par jour en semaine ; 8 % des garçons (contre 3 % des filles) y consacrent au moins sept heures quotidiennement en temps ordinaire, et ils sont même 12 % le week-end. Les adolescents issus de familles modestes sont, en proportion, deux fois plus nombreux que leurs camarades les plus aisés à jouer pendant sept heures par jour, ou plus, en semaine.
ii) En semaine, 66 % des filles de 15 ans et 61 % des garçons passent chaque jour trois heures ou plus sur les réseaux sociaux. Le temps d’utilisation est élevé chez tous les jeunes de cet âge, indépendamment du milieu socioéconomique, mais il l’est davantage chez les plus modestes (61 %) que chez les plus favorisés (54 %).
iii) Dans la zone OCDE, 35 % environ des adolescents âgés de 11 à 15 ans déclarent avoir des contacts en ligne avec des amis ou des proches pendant toute la journée sans interruption ou presque. La probabilité d’être actif en ligne de manière constante augmente avec l’âge puisqu’elle passe de 29 % à 11 ans à 38 % à 15 ans. Elle est plus élevée chez les filles (38 %) que chez les garçons (31 %) de même, mais avec un écart ténu, que chez les enfants de familles monoparentales (37 %) par rapport aux enfants de familles biparentales (33 %).
iv) Dans les pays de l’OCDE, 10 % environ des adolescents de 11, 13 et 15 ans déclaraient en 2021-22 avoir un usage problématique des réseaux sociaux8, quand ils étaient moins de 7 % en 2017-18. Là encore, les filles (12 %) sont plus exposées au problème que les garçons (8 %), et les enfants issus de l’immigration (14 %) davantage que ceux nés dans le pays (10 %). En outre, les adolescents qui vivent avec un seul parent sont plus nombreux (12 %) à déclarer avoir un problème avec l’utilisation des réseaux sociaux que ceux qui vivent avec leurs deux parents (9 %).
v) Environ 16 % des enfants de 11 ans et 20 % des adolescents de 15 ans utilisant les médias sociaux dans l'ensemble de l'OCDE ont déclaré qu'ils négligeaient régulièrement d'autres activités (par exemple, les loisirs, le sport) parce qu'ils voulaient utiliser les médias sociaux.
vi) Environ 17 % des adolescents de 15 ans déclarent se sentir anxieux ou nerveux au moins la moitié du temps lorsqu’ils sont privés de leurs appareils numériques. Dans presque tous les pays de l’OCDE, les filles (22 %) sont un peu plus fréquemment que les garçons (13 %) en proie à ce sentiment d’anxiété.
Les technologies numériques ont transformé la manière de communiquer des enfants, apportant à la fois des avantages et de nouveaux risques, en particulier pour la santé mentale. Les interactions en ligne sont souvent synonymes d’anonymat, de désincarnation et de désinhibition, et peuvent de ce fait donner lieu à des comportements négatifs tels que le cyberharcèlement, l’utilisation excessive de l’internet et l’utilisation problématique des réseaux sociaux, tous effets que les technologies immersives sont susceptibles d’amplifier (OCDE, 2024[23]).
Les amitiés en ligne et les réseaux sociaux peuvent aider les adolescents, et en particulier ceux qui sont isolés socialement, à se sentir entourés, car ils offrent la possibilité de trouver du soutien, d’entretenir des relations à distance et de cultiver des amitiés virtuelles. Quelques études laissent penser qu’il existe une relation légèrement négative entre utilisation des réseaux sociaux et liens sociaux, cependant leurs limites méthodologiques les rendent difficilement concluantes, et certaines expériences sociales, comme les échanges d’appréciations et de commentaires entre homologues, peuvent avoir des effets variables. Ainsi, les réseaux sociaux peuvent être un remède à la solitude lorsqu’ils servent à entretenir des relations ou à en nouer de nouvelles, mais ils peuvent tout aussi bien l’accroître lorsqu’ils servent d’échappatoire. Ils offrent aussi aux groupes marginalisés, et notamment aux jeunes LGBTQIA+, de précieuses occasions d’explorer leur identité, de s’entraider et de former des communautés, même si l’investissement émotionnel sur ces plateformes est susceptible d’accentuer le sentiment de solitude et de stigmatisation. Ils peuvent en outre être mis au service de l’entraide dans le domaine de la santé mentale, quoique leurs effets sur le bien-être demeurent complexes et sensibles au contexte.
Les recherches sur l’utilisation de l’internet par les enfants mettent en lumière les difficultés rencontrées pour mesurer les effets de telle ou telle activité, car la question est souvent abordée dans sa globalité et en lien avec le bien-être. L’utilisation problématique de l’internet (UPI) va de pair avec des expériences négatives telles que la dépression, l’anxiété, la solitude, les problèmes relationnels et la baisse des résultats scolaires, sachant que certains éléments donnent à penser qu’elle peut également être favorisée par une mauvaise santé mentale. On observe que le lien entre UPI et solitude est parfois plus étroit chez les garçons, potentiellement en raison des finalités de cette utilisation, comme le jeu, tandis que les difficultés familiales, comme la maltraitance ou les conflits parentaux, augmentent le risque d’UPI dans la mesure où les adolescents se tournent vers des espaces en ligne pour chercher une évasion. Par exemple, environ 46 % des adolescents âgés de 11, 13 et 15 ans (respectivement 36 % des garçons et 55 % des filles) utilisant les médias sociaux ont déclaré en 2022 dans l'ensemble de l'OCDE qu'ils utilisaient souvent les médias sociaux pour échapper à des sentiments négatifs. L’intervention des parents donne des résultats partagés : si le contrôle des contenus concourt de manière relativement efficace à contrer l’UPI, la stricte limitation du temps d’utilisation provoquera parfois une rébellion ou des symptômes de sevrage. Ces observations soulignent la complexité de la relation qui unit l’UPI au bien-être, ainsi que l’importance d’adopter des approches nuancées pour en atténuer les risques.
Les jeux vidéo, à l’instar des réseaux sociaux, sont conçus pour susciter un maximum d’interactions, rendant les enfants particulièrement vulnérables aux éléments de persuasion qui encouragent une utilisation prolongée et sont susceptibles d’induire des comportements de jeu problématiques dont le bien-être personnel et social se ressentira. Les garçons sont particulièrement enclins à développer des troubles9 liés au jeu, et les filles à utiliser les réseaux sociaux ou le téléphone portable de manière problématique. Des études révèlent qu’une minorité non négligeable d’adolescents ne parvient pas à modérer son usage des jeux vidéo, et signale fréquemment ressentir stress ou anxiété lorsqu’elle ne peut s’y adonner. Certains types de jeux, à commencer par les jeux immersifs, comme les jeux de rôle en ligne massivement multijoueur, les arènes de combat en ligne multijoueur, les jeux de stratégie en temps réel, sont très souvent responsables de troubles. En outre, les caractéristiques structurelles des jeux, tels que les récompenses en cours de partie qui déclenchent la libération de dopamine et le caractère imprévisible de ces récompenses, sont en grande partie responsable des sessions de jeu prolongées et de l’entretien des troubles liés au jeu. Les dynamiques familiales, notamment la négligence, l’autoritarisme ou la permissivité des parents, sont aussi des facteurs aggravants.
Des études montrent que l’usage excessif des réseaux sociaux, surtout au-delà de deux heures par jour, est associé à une mauvaise santé mentale, due, notamment, à la dépression, à l’anxiété, aux problèmes d’image corporelle ou aux troubles du sommeil, les filles étant plus particulièrement touchées. Des facteurs tels que la comparaison sociale, l’exposition à des images idéalisées et le cyberharcèlement contribuent à ces risques. L’influence des réseaux sociaux varie selon la nature du contenu, les contenus positifs étant associés à un plus grand bien-être, tandis que les contenus négatifs accentuent les problèmes de santé mentale. L’utilisation des réseaux sociaux peut d’autre part induire des comportements relevant de l’addiction et être source de stress, en particulier chez les adolescents vulnérables, par exemple ceux qui font partie d’une minorité ou ceux qui sont confrontés à des fragilités au quotidien. En dépit de leurs avantages, au nombre desquels figurent les groupes d’entraide en ligne, les réseaux sociaux peuvent aggraver le sentiment d’isolement ou l’état de santé mentale des personnes, en particulier lorsqu’ils sont utilisés à des fins de comparaison ou pour se soustraire à des interactions concrètes. La personnalité et les motifs qui sous-tendent l’utilisation des réseaux sociaux déterminent eux aussi l’ampleur de ces effets.
Nombreux sont les facteurs personnels et environnementaux ou les expériences vécues en dehors du monde numérique qui peuvent prédisposer les enfants à faire un usage excessif des technologies numériques. À titre d’exemple, le manque d’intérêt pour l’activité physique, les problèmes de comportement, les relations sociales distendues, l’adversité familiale (maltraitance infantile, conflits parentaux ou défaillances parentales, par exemple) ou le manque de bien-être psychologique sont autant de facteurs qui sont associés à une utilisation intensive et/ou problématique. Qui plus est, une dynamique symétrique peut lier, chez les adolescents, l’utilisation problématique des outils numériques au bien-être subjectif et accentuer ainsi des vulnérabilités déjà présentes. À titre d’exemple, les réseaux sociaux peuvent être utilisés pour développer les relations interpersonnelles et lutter contre le sentiment de solitude. Or, si l’activité sur les réseaux sociaux et les interactions en ligne peuvent contribuer à atténuer les sentiments négatifs, il semblerait que cet effet tende à se dissiper pour laisser place à une recrudescence des émotions négatives et du sentiment de solitude et, partant, à une utilisation plus intensive des appareils numériques le jour suivant.
Il n’est pas rare que les adolescents qui évoluent dans l’espace numérique fassent des expériences désagréables : un tiers (36 %) des jeunes de 15 ans déclarent avoir été perturbés par la découverte de contenu inadapté à leur âge, 42 % par la réception de messages offensants, et plus de la moitié (53 %) par des contenus à caractère discriminatoire, tandis que près de 40 % ont déjà découvert que des informations les concernant avaient été partagées sans leur consentement. À l’échelle de l’OCDE, les filles font état de telles expériences nettement plus souvent que les garçons.
Les adolescents sont de plus en plus exposés au cyberharcèlement dans tous les pays de l’OCDE : en moyenne, un jeune de 11 à 15 ans sur six déclarait en avoir été victime en 2021-22, avec des variations importantes d’un pays à l’autre. Les filles et les adolescents issus de familles monoparentales sont particulièrement exposés dans la plupart des pays. En Slovénie, en Israël, en Lituanie et en Turquie, ce sont toutefois les garçons qui se plaignent le plus du phénomène. Une minorité considérable d’enfants plus jeunes (environ 5 % à 10 ans) déclare elle aussi être victime de cette pratique, et le risque est même deux fois plus élevé dans des pays tels que la Belgique et le Brésil. Le cyberharcèlement est aussi plus fréquent à l’encontre des enfants issus de familles modestes (7 %) qu’envers ceux qui appartiennent à une famille aisée.
Plus de 10 % des 11-15 ans déclarent s’être livrés au cyberharcèlement, les garçons (13 %) étant impliqués plus souvent que les filles (8 %). Ce genre de comportement est en outre légèrement plus rare chez les enfants de familles biparentales (10 %) que chez les autres (14 %).
L’influence des facteurs contextuels appelle à faire preuve de nuance pour appréhender correctement l’action des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents, en particulier lorsque ceux-ci appartiennent à un groupe sur lequel les effets négatifs sont plus marqués, comme les grands adolescents, les jeunes filles et ceux qui présentent déjà des troubles mentaux. Il est nécessaire de mieux cerner les facteurs protecteurs, dont font partie notamment les stratégies d’adaptation active, le fait d’avoir quelqu’un sur qui compter hors ligne et l’environnement familial, pour mieux atténuer les effets négatifs du cyberharcèlement et du harcèlement en ligne.
1.3. Comment améliorer le bien-être des enfants à l’ère du numérique ?
Copier le lien de 1.3. Comment améliorer le bien-être des enfants à l’ère du numérique ?Pour renforcer le bien-être des enfants à l’ère du numérique, il est crucial d’appréhender dans leur globalité les avantages et les risques associés à l’environnement numérique, mais aussi de mettre en place un cadre politique et juridique solide offrant à tous les enfants une protection et un accompagnement complets (OCDE, 2021[6]).
Au-delà du temps passé sur les écrans, les décideurs, les parents et les professionnels de l’éducation doivent être sensibilisés au fait que les technologies numériques ont des effets différents sur les enfants et les adolescents :
(i) Les filles sont généralement plus susceptibles d’avoir un usage intensif des réseaux sociaux et elles déclarent être plus souvent exposées à des contenus inappropriés ou à des propos haineux. Les garçons sont quant à eux plus susceptibles d’adopter des comportements numériques à risque : ils passent souvent énormément de temps à jouer à des jeux vidéo, activent les notifications sur leurs appareils lorsqu’ils vont se coucher, prennent part à des actes de cyberharcèlement, et sont plus nombreux à partager inconsidérément en ligne des informations dont ils savent qu’elles sont fausses.
(ii) Les adolescents issus de milieux socioéconomiques défavorisés sont moins susceptibles d’avoir recours à des ressources numériques pour apprendre en dehors de l’école ou pour rechercher des informations pratiques. Ils présentent un risque nettement plus élevé de passer trop de temps à jouer aux jeux vidéo, sont moins susceptibles de modifier les paramètres de confidentialité, et sont plus susceptibles de garder les notifications de leurs appareils numériques activées la nuit.
(iii) Il peut aussi être utile, pour réduire les inégalités socioéconomiques qui ont une incidence sur les comportements en ligne des enfants et des adolescents, d’encourager la diffusion des meilleures pratiques afin de gérer les risques et d’optimiser l’apprentissage et le bien-être des enfants.
(iv) L’utilisation des technologies et des médias numériques par les enfants dépend non seulement des protections en place dans l’environnement en ligne, mais aussi de facteurs étrangers au monde numérique et de la situation personnelle, qui peuvent soit exercer une influence protectrice soit engendrer des vulnérabilités. Ces facteurs peuvent influer sur la probabilité des comportements numériques et atténuer ou amplifier leurs effets sur le bien-être. Il est crucial de comprendre l’interaction entre la vie réelle et les comportements numériques pour mieux prévenir les pratiques potentiellement préjudiciables et atténuer leurs effets sur le bien-être.
Il faut protéger les enfants dans les environnements numériques et les aider à mettre à profit les médias numériques tout en gérant les risques éventuels. Cette responsabilité ne peut incomber uniquement aux adolescents et aux personnes qui s’occupent d’eux. Une approche coordonnée et transversale à l’échelle de l’ensemble de l’administration et de la société est essentielle pour traiter de façon cohérente toutes les dimensions du parcours des enfants dans le monde numérique, notamment le développement technologique, la santé, l’éducation, l’aide aux familles et la justice (OCDE, 2021[6]). Cela suppose d’avoir une compréhension commune des avantages et des risques associés aux environnements numériques eu égard au bien-être des enfants. Il convient, pour y parvenir, de mettre à profit les connaissances de diverses parties prenantes, notamment les fabricants d’appareils numériques, les acteurs du monde numérique, les professionnels de santé, les professionnels de l’enseignement, les experts du développement de l’enfant et les parents, et de s’aligner sur les opinions et les attentes des enfants. Ainsi, on peut brosser un tableau équilibré des avantages et des risques associés aux médias numériques, et élaborer des politiques du numérique étayées par des bases factuelles solides en vue d’améliorer les résultats en matière d’apprentissage et de bien-être.
Il n’est pas nécessaire, pour renforcer les politiques relatives aux médias numériques, que ces derniers soient la cause unique ou principale de problèmes de santé mentale ni qu’ils aient un effet bénéfique direct sur la santé mentale : il peut en effet être justifié de réglementer l’utilisation des médias numériques même s’ils ne constituent qu’un des multiples facteurs en jeu. L’impact des médias numériques varie selon les modes d’utilisation, les motivations et les interactions, qui sont difficiles à mesurer avec les outils actuels, en particulier dans les cas extrêmes comme l’exposition à des contenus préjudiciables sur le suicide. Il est essentiel d’appréhender les interactions entre le comportement numérique des enfants et les vulnérabilités préexistantes, de même qu’il est nécessaire de tenir compte des points de vue des professionnels, des parents et des jeunes – surtout ceux qui vivent des situations difficiles – afin d’isoler les facteurs de vulnérabilité et les dynamiques qui les sous-tendent.
Pour les enfants, des pratiques numériques saines reposent notamment sur un temps d’écran équilibré, des interactions en ligne sûres et positives, des activités hors ligne comme le jeu et l’exercice physique, et la protection contre les contenus préjudiciables ou inappropriés. Il est important, pour préserver leur bien-être et leurs droits, d’aider les enfants à adopter de telles pratiques, tout en les préparant à la vie en ligne à l’âge adulte et en leur permettant d’acquérir les compétences numériques nécessaires. La gestion des risques liés aux technologies et aux médias numériques pour les enfants passe par la promotion du bien-être hors ligne et la prise en charge des vulnérabilités susceptibles de déboucher sur des comportements numériques problématiques.
L’intelligence artificielle (IA) possède un potentiel considérable en termes d’amélioration du bien-être : elle peut par exemple contribuer à l’analyse des données médicales, faciliter l’apprentissage ou rendre les connaissances plus accessibles aux élèves de tous âges. Mais dans le même temps, l’IA comporte des risques pour le bien-être et l’inclusion, dans le sens où elle amplifie les préjugés et la discrimination par exemple, où elle empiète sur la protection de la vie privée, où elle facilite les escroqueries et où elle favorise l’exposition à des contenus inappropriés. Les hypertrucages générés par l’IA peuvent produire des images ou des vidéos ultraréalistes, mais néanmoins fausses, qui peuvent être utilisées pour harceler ou exploiter des enfants. Par ailleurs, le manque de transparence et de responsabilité dans les systèmes d’IA peut favoriser des comportements contraires à l’éthique, car il devient difficile de déterminer la source des contenus ou des actes préjudiciables. Les algorithmes de recommandation de contenus fondés sur l’IA peuvent en outre exposer les enfants à des contenus inappropriés ou à des communautés en ligne qui augmentent leurs risques de dépression, de troubles anxieux, d’automutilation ou de participation à des activités contraires à l’éthique. Des recherches plus approfondies sont nécessaires pour confirmer et évaluer l’ampleur de ces risques.
De la même manière, si elle ouvre des perspectives considérables pour les enfants, la réalité virtuelle (RV) pose aussi des problèmes majeurs du fait de leur plasticité développementale. Elle est ainsi utilisée à des fins positives en matière de pédagogie, de gestion de la douleur et de pédopsychiatrie. Toutefois, elle présente des risques sur le plan physiologique comme le mal des transports ou la fatigue oculaire, mais aussi sur le plan psychique comme des troubles de la santé mentale, l’isolement ou l’exposition à des contenus préjudiciables. Du fait de la nature immersive de la réalité virtuelle, les enfants, et en particulier les plus jeunes, peuvent confondre le réel et le virtuel, tandis que le rythme rapide des contenus peut entraver le développement des compétences cognitives et des fonctions exécutives. Pour limiter ces risques, il faut impérativement que l’utilisation des technologies de RV soit encadrée par un adulte, pour une durée limitée, avec des pauses régulières.
Les pays de l’OCDE renforcent les mesures visant à protéger les enfants en ligne, promouvoir l’éducation numérique et limiter les risques de cyberharcèlement, de désinformation et d’atteinte à la confidentialité des données. La Recommandation de l’OCDE sur les enfants dans l’environnement numérique fournit des orientations permettant de concevoir des cadres qui protègent les enfants, favorisent leur bien-être, leur donnent les moyens de participer et atténuent les risques (OCDE, 2021[6]). Elle préconise une approche à l’échelle de l’ensemble de la société et de l’administration, qui met à profit les compétences diverses et adapte les politiques aux besoins et aux attentes des enfants, tout en veillant à la coordination des efforts entre les principales parties prenantes telles que les pouvoirs publics, les prestataires de services, les professionnels de l’éducation et les familles. Le présent rapport examine les enjeux inhérents à la mise en œuvre et au renforcement des politiques portant sur les quatre piliers d’une approche globale de l’action publique telle que celle-ci :
Mettre en place des cadres réglementaires efficaces et développer des technologies et des services donnant la priorité à la sécurité des enfants.
La sécurité des enfants dans l’environnement numérique est une priorité essentielle : les prestataires de services numériques ont un rôle décisif à jouer dans la protection des enfants en ligne et sont tenus de garantir la protection de la vie privée, de lutter contre la diffusion de contenus inappropriés, et de mettre à disposition des mécanismes de signalement clairs et accessibles pour les enfants confrontés à des problèmes, ainsi que des dispositifs bien définis de respect de ces obligations. Ces mesures sont essentielles pour éviter que le poids de la protection des enfants en ligne ne repose uniquement sur les enfants, les personnes qui s’occupent d’eux et les professionnels de l’éducation.
Il incombe aux pouvoirs publics d’établir des règlements et des normes auxquels les prestataires de services numériques doivent se conformer ; ils peuvent également encourager l’intégration de mesures de protection dans la conception des services et appareils numériques.
Il est essentiel d’intégrer en amont des mesures de protection dans la conception et les fonctionnalités des produits et des services numériques pour protéger efficacement les enfants et instaurer une culture donnant la priorité à la sécurité à tous les niveaux. Les principales mesures à adopter comprennent notamment : l’application de paramètres de confidentialité par défaut ; des filtres de contenus pour empêcher l’exposition à la désinformation, aux contenus inappropriés et aux discours de haine ; la mise en place de contrôles parentaux ; et le renforcement des systèmes de vérification de l’âge afin qu’ils soient simples à comprendre et à utiliser par les enfants et les personnes qui s’occupent d’eux. Par ailleurs, la mise en place de mécanismes de réclamation permettant aux enfants de signaler et de résoudre les problèmes, et leur participation aux discussions sur leur sécurité permettent de veiller à ce que leurs besoins soient correctement pris en compte. Cette approche est d’autant plus importante que 53 % seulement des jeunes de 15 ans déclarent pouvoir modifier facilement les paramètres de leur appareil ou de leur application pour protéger leurs données et leur vie privée. Elle est en outre conforme au souhait des enfants d’être protégés dans le monde numérique tout en conservant une grande autonomie.
Pour évaluer les risques auxquels sont exposés les enfants et mettre en œuvre des mesures de protection efficaces, il est important de définir des codes et des normes à l’intention des prestataires de services numériques, d’autant plus que les progrès de l’IA et le développement des médias immersifs amplifient ces risques. Par exemple, la loi Online Safety Act en Australie impose des garanties contre les contenus préjudiciables, comme les contenus pédopornographiques et les contenus proterroristes, et oblige les entreprises technologiques, y compris celles qui utilisent l’IA générative, à s’y conformer sous peine d’être sanctionnées. Néanmoins, à eux seuls les codes ne sont peut-être pas suffisants si on n’améliore pas rapidement la conception, les filtres et la modération par les prestataires de services numériques. Certains pays, comme l’Australie, réfléchissent à la possibilité d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux enfants de moins de 16 ans pour répondre à ces préoccupations, même si ces mesures sont difficiles à faire appliquer, peuvent être contournées et ont des implications pour les droits des enfants et leur utilisation du numérique. Les détracteurs de ces mesures font également valoir que de telles interdictions peuvent décharger les entreprises technologiques de leur responsabilité, tandis que leurs partisans les considèrent comme un levier politique permettant de faire pression sur les prestataires de services numériques afin de créer des environnements numériques plus sûrs.
La collaboration transversale est capitale pour relever les défis complexes que pose l’environnement numérique pour les enfants, d’où la nécessité de cadres d’action intégrés à l’échelle de l’ensemble de l’administration. En 2023, près d’un tiers des pays européens étaient dotés d’un plan d’action national pour la protection des enfants dans l’environnement numérique. On peut ainsi citer, entre autres exemples notables, les stratégies nationales de la Norvège et de la Slovaquie pour la sécurité des enfants dans l’environnement numérique, qui montrent qu’une coordination efficace entre différents ministères est possible pour aborder de manière exhaustive les questions relatives au bien-être des enfants en lien avec l’environnement numérique. Un leadership clair, des procédures institutionnelles, des calendriers, des outils de suivi et des rapports fondés sur des données sont indispensables à la réussite de la mise en œuvre de ces mesures. Or la plupart des pays ne disposent pas d’un organe de coordination central ou de plans formalisés assortis de responsabilités clairement définies et d’indicateurs clés de performance, ce qui pose des problèmes en termes de gouvernance, de responsabilité et de réalisation des objectifs.
Faire grandir chez les enfants la culture et les compétences numériques, les établissements scolaires et les enseignants jouant un rôle essentiel dans leur autonomisation progressive.
Les enseignants, les établissements scolaires et les systèmes éducatifs sont déterminants pour aider les enfants à développer leur culture numérique et à acquérir des compétences citoyennes10, à comprendre les risques numériques, et à faire face aux situations problématiques en ligne. Ils peuvent contribuer à sensibiliser les parents aux risques associés à un temps d’écran excessif, aux jeux vidéo et à une utilisation intensive des réseaux sociaux. Ce soutien est particulièrement important pour les enfants qui ne bénéficient pas d’un encadrement parental ou familial dans les environnements numériques. Pour mener à bien cette mission, les enseignants doivent recevoir une formation adaptée dans le domaine des TIC, de sorte à pallier leur manque de connaissances et de confiance s’agissant de l’utilisation d’outils numériques. Les établissements scolaires peuvent contribuer à prévenir les cyber-risques en dispensant des conseils dans les programmes scolaires et en encourageant la collaboration entre les enseignants, les chefs d’établissement et les psychologues scolaires afin de détecter les situations de cyberharcèlement et les traumatismes provoqués par des incidents en ligne, et d’y répondre.
Les établissements scolaires ont également la tâche délicate d’empêcher que les téléphones portables perturbent l’apprentissage. L’interdiction des téléphones en classe peut éviter les distractions et améliorer la concentration, mais il est difficile d’interdire leur utilisation en dehors de la salle de classe. Il peut être utile, pour que les interdictions soient plus efficaces, de mettre en place des ajustements à l’échelon local. Par ailleurs, les données concernant l’incidence de l’interdiction des téléphones à l’école sur les résultats scolaires et le bien-être des élèves ne sont pas concluantes. Si certaines études donnent à penser que le fait de restreindre l’utilisation des smartphones peut favoriser de meilleurs résultats scolaires, en particulier parmi les élèves défavorisés, les conclusions dressent un tableau en demi-teinte puisque certaines recherches montrent que cela n’a aucun avantage, voire que cela peut avoir des effets négatifs en provoquant une anxiété accrue. Dans le même ordre d’idée, les données sur l’impact de l’interdiction des téléphones sur le bien-être et la santé mentale des élèves et le harcèlement ne sont pas cohérentes : certaines études font état de résultats positifs tandis que d’autres ne constatent aucun impact ou une augmentation de l’anxiété et des persécutions. Compte tenu du nombre limité d’études, les données probantes ne sont pas suffisamment complètes pour déterminer quelles politiques sont les plus efficaces pour promouvoir le bien-être global des élèves ou répondre aux besoins des enfants de différentes tranches d’âge.
Donner des orientations aux parents et aux aidants familiaux afin de les aider à comprendre et gérer les bienfaits et les risques qu’il y a pour les enfants à utiliser des appareils numériques.
Les parents jouent un rôle essentiel en orientant les enfants vers des pratiques sûres et enrichissantes dans les environnements numériques. Ils fixent des règles concernant l’utilisation des technologies et des médias numériques et peuvent aider les enfants à développer les compétences nécessaires pour s’orienter dans l’environnement numérique.
Les stratégies des parents pour gérer l’utilisation que font leurs enfants des médias numériques doivent évoluer à mesure que les enfants grandissent. Les enfants plus jeunes ont besoin de règles et d’un cadre stricts, tandis qu’il peut être plus utile d’appliquer des règles plus souples avec les adolescents et d’échanger avec eux de manière ouverte. Lorsqu’ils grandissent, les enfants ont besoin de plus d’autonomie, mais aussi de conseils pour les aider à conserver de saines habitudes d’utilisation des médias numériques, propices à l’apprentissage et à la créativité. À tous les âges, il est important que les parents instaurent un dialogue quant à l’utilisation des médias numériques, et inculquent des habitudes saines.
Toutefois, tous les parents n’ont pas la même expérience des appareils numériques, les mêmes connaissances des possibilités qu’ils offrent et des risques qu’ils comportent, ou le temps nécessaire. La transmission de ces informations et les conseils dispensés sur les meilleures pratiques à suivre pour gérer le temps d’écran et les contenus consultés sont essentiels pour favoriser de meilleures habitudes chez les enfants. Par exemple, une exposition réduite aux écrans le soir et l’interdiction d’écran avant le coucher, de même que l’obligation de laisser les smartphones hors de la chambre la nuit sont de bonnes habitudes qui peuvent être encouragées pour améliorer le sommeil des enfants. La supervision parentale des contenus consultés par les enfants est aussi cruciale et peut éventuellement susciter moins de conflits que les seules restrictions de temps.
Les fonctions de contrôle parental disponibles dans les outils numériques peuvent aider les parents à fixer des limites et encadrer la navigation en ligne des enfants, mais leur utilisation n’est pas exempte de risques : elles peuvent en effet induire un faux sentiment de sécurité, favoriser un contrôle excessif ou empêcher les enfants de prendre la responsabilité de leur propre apprentissage et de leur développement. Par ailleurs, le contrôle parental peut transférer la responsabilité aux parents, ce qui limite leur capacité à apporter des changements significatifs aux services au-delà des décisions de base en matière d’accès. D’aucuns estiment que les prestataires de services numériques devraient s’attacher à concevoir des services plus sûrs plutôt que de s’appuyer sur le contrôle parental.
La participation active des parents aux activités numériques des enfants est aussi cruciale pour veiller à ce que les plus jeunes tirent profit des outils numériques. Elle peut être encouragée, comme le propose par exemple la Société canadienne de pédiatrie, qui préconise différentes pratiques : présence et participation des parents pendant le temps d’écran, co-visionnage pour promouvoir la culture numérique, priorité donnée aux contenus éducatifs et interactifs, et suivi de l’utilisation des médias numériques pour limiter l’exposition à la publicité. Par ailleurs, les familles pourraient envisager d’élaborer un plan pour convenir des pratiques numériques saines et inciter les frères et sœurs plus âgés à guider les plus jeunes dans leur utilisation des outils numériques.
Des plans concernant l’utilisation des médias numériques qui impliquent tous les membres de la famille peuvent être particulièrement utiles pour encourager les parents à réfléchir à leurs propres habitudes, étant donné que les recherches montrent que l’utilisation des appareils numériques par les parents peut interférer avec leurs responsabilités parentales en les conduisant à avoir un comportement « distrait » et à être moins attentifs et réactifs aux paroles et aux actes de leurs enfants. Ces plans familiaux peuvent donc porter sur l’utilisation des médias numériques par les enfants comme par les parents, par exemple en définissant des zones sans appareil – comme la table à manger – pour favoriser des interactions plus saines. Lorsque ces plans d’utilisation des médias numériques concernent l’ensemble de la famille, plutôt que de se concentrer uniquement sur les enfants, ils sont aussi plus susceptibles d’être acceptés et respectés par les enfants.
Veiller à ce que les points de vue et les expériences des enfants soient pris en compte dans l’élaboration des politiques du numérique
L’intégration des points de vue et des expériences des enfants et des adolescents dans la conception des politiques du numérique est essentielle pour veiller à ce que les décisions prises tiennent compte des risques auxquels ils sont confrontés, respectent leurs attentes – y compris leur volonté d’autonomie – et puissent être mises en œuvre efficacement. Il faut pour cela mettre en place des processus participatifs afin que les enfants soient consultés et que leurs points de vue soient pris en compte dans l’examen et l’adoption des politiques publiques. Il est aussi important de représenter les enfants issus de milieux défavorisés, d’éliminer les obstacles comme les contraintes de temps, l’accès géographique ou la disponibilité limitée d’appareils numériques pour les consultations en ligne, et d’apporter un soutien linguistique aux locuteurs non natifs.
Il est de plus en courant d’associer les jeunes aux consultations sur les questions liées au numérique, même si la participation des enfants à l’élaboration des politiques relatives à l’environnement numérique varie selon les pays. Certains ont mis en place des structures favorisant une participation active, tandis que d’autres recueillent des informations au moyen d’enquêtes ou de données existantes. Une enquête menée en Europe montre que plus de la moitié des pays associent directement les enfants à l’élaboration des politiques, au moyen de consultations ou d’enquêtes spécifiques. Des pays comme l’Irlande, l’Italie, la Norvège ou la Slovénie ont instauré des structures à l’appui de la participation active des enfants, à l’instar du Youth Advisory Committee créé en Irlande, qui dispense des conseils sur les politiques, comme le code sur la sécurité en ligne. Au niveau européen, la Stratégie pour un meilleur internet pour les enfants offre aux jeunes une plateforme qui leur permet de confronter leurs points de vue sur les moyens d’améliorer la sécurité des enfants sur l’internet.
Les consultations menées auprès des adolescents mettent en évidence leur souhait d’être protégés sans être exclus de l’environnement numérique, et d’obtenir des informations véridiques, claires et adaptées sur le fonctionnement des services numériques et la confidentialité des données. Ils veulent que les plateformes numériques cessent de les exploiter à des fins commerciales, de collecter des données et de les exposer à des contenus fallacieux et préjudiciables. Ils souhaitent en outre que leurs parents leur fassent davantage confiance et leur laissent plus d’autonomie, afin d’être mieux informés sur les avantages et les risques des technologies et médias numériques.
Enrichir la base factuelle sur les activités numériques des enfants et leur incidence sur le bien-être
Il est essentiel d’améliorer les données et les statistiques concernant les effets de la transformation numérique sur le bien-être des personnes pour élaborer les politiques nationales du numérique, ainsi que pour définir la feuille de route proposée par l’OCDE afin d’encadrer cette transformation (OCDE, 2022[24]). Les enfants devraient être pris en compte dans cet exercice.
Les données disponibles sur la façon dont les enfants utilisent les technologies et les médias numériques et sur les conséquences de cette utilisation sur leur bien-être sont rares et pas nécessairement concluantes. À l’échelle mondiale, on manque de données pour rendre compte avec précision du temps passé sur les écrans et consacré aux activités numériques et du contenu de ces activités, ainsi que pour évaluer les effets de l’exposition aux écrans et de leur utilisation sur les enfants de tous âges. Par exemple, il est très difficile de trouver des données fiables et comparables, en particulier des données longitudinales, permettant de croiser les informations sur le temps d’écran, l’utilisation des médias numériques et les contenus consultés avec les résultats en matière de bien-être et de santé mentale. Les données longitudinales permettraient également d’étudier de manière plus approfondie les déterminants et les effets à long terme du temps consacré aux technologies et médias numériques, ainsi que de l’utilisation qui en est faite.
Pour comprendre l’évolution de leur emploi du temps quotidien, il est crucial de suivre le temps que les enfants passent sur les écrans ou à utiliser les médias numériques en plus d’activités comme la lecture, l’exercice physique ou d’autres loisirs. Ce suivi permet également de déterminer si la présence des technologies numériques dans la vie des enfants s’accroît et risque de se substituer à d’autres activités. Outre qu’elles permettent d’évaluer les retombées directes du temps passé devant un écran sur le bien-être, ces données sont essentielles pour déterminer si les activités numériques se font au détriment d’autres activités qui influent de manière plus certaine sur le bien-être des enfants.
En mettant davantage l’accent sur la collecte de données relatives à la qualité de l’utilisation des technologies et médias numériques, il est possible de soutenir l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes, en veillant à ce que les technologies numériques soient comprises et mises à profit pour promouvoir le bien-être. Pour y parvenir, il convient d’aller au-delà des simples mesures du temps d’écran, qui laissent de côté les facteurs clés qui déterminent si l’utilisation du numérique a un effet positif ou négatif sur la vie des enfants. En comprenant comment et pourquoi les enfants utilisent les médias numériques – et de quelle manière ils s’intègrent dans leur quotidien – on appréhende mieux leur impact en matière de bien-être. Il s’agit là d’un élément essentiel pour dépasser les discours simplistes selon lesquels les technologies et les médias numériques seraient fondamentalement « bons » ou « mauvais ».
Les derniers cycles des enquêtes PISA, PIRLS et HBSC ont permis de décrire les compétences et les pratiques numériques des adolescents. Ces enquêtes sont utilisées pour élaborer environ 40 indicateurs couvrant l’accès à l’internet et aux appareils numériques, l’utilisation des technologies numériques, les interactions sociales en ligne, les pratiques et attitudes à risque en ligne, les expériences négatives en ligne, et les comportements et environnements protecteurs. Toutefois, il subsiste d’importantes lacunes dans les données relatives aux pratiques numériques des enfants et à leur bien-être. Si l’on comble ces lacunes, les pays peuvent améliorer leur capacité à suivre le bien-être des enfants, notamment au moyen des éléments suivants :
(i) Données sur l’exposition des jeunes enfants aux écrans. Il est nécessaire de recueillir des données sur les jeunes enfants, car les recherches montrent que l’exposition précoce aux écrans pourrait avoir des effets sur le développement moteur et cognitif dès le plus jeune âge. Il est aussi crucial de décrire comment les parents interagissent avec leurs enfants pendant leur exposition aux appareils numériques.
(ii) Informations sur l’utilisation des appareils numériques. Il est important, pour rendre compte des pratiques à haut risque, de recueillir des informations plus détaillées que celles actuellement disponibles sur le temps passé à utiliser les outils numériques au quotidien. Par exemple, le temps passé devant l’écran le soir ou juste avant la sieste peut avoir des retombées plus importantes sur les cycles du sommeil et sa qualité. De la même manière, la collecte d’informations sur le temps passé par type d’application et de plateforme utilisées par les enfants et les adolescents peut aider à décrire les risques auxquels ils sont confrontés en ligne, étant donné que toutes les applications ou plateformes n’offrent pas les mêmes niveaux de protection aux enfants.
(iii) Données sur les expériences positives et les avantages de l’utilisation du numérique chez les enfants. La collecte de données est principalement axée sur les expériences négatives et les risques associés à l’utilisation des appareils numériques, et les informations sur ses avantages sont limitées aux possibilités d’apprentissage ou de création de contenus personnels. Il conviendrait de tenir compte d’un éventail plus large d’avantages potentiels, en déterminant notamment si l’utilisation du numérique par les enfants contribue à leur participation civique et à la vie locale, renforce leur identité personnelle, culturelle ou religieuse, ou les aide à accéder aux informations, aux réseaux ou aux services.
(iv) Informations sur la perception qu’ont les enfants des principaux risques. Les données sur la perception et la conscience qu’ont les enfants des risques pour leur santé physique ou mentale liés à l’utilisation des technologies numériques, à la désinformation sur l’internet ou les réseaux sociaux, et à la diffusion de contenus inappropriés ou commerciaux notamment pourraient aider à mesurer les besoins en matière d’information et d’éducation aux médias. Elles contribueraient également à déterminer quel public serait le plus susceptible de tirer profit d’une information et d’un soutien optimisés, et quels aspects clés à mettre en avant lors de la conception des mesures de soutien.
(v) Données sur le soutien qui peut être apporté aux enfants dans leur famille, à l’école ou dans le cadre de leur réseau social. Il est crucial de présenter en détail le soutien apporté aux enfants dans leur environnement afin qu’ils puissent évoluer en sécurité dans l’espace numérique et développer leurs compétences numériques, de manière à déterminer les besoins prioritaires et à découvrir les bonnes pratiques.
(vi) Données sur les points de vue et les priorités des enfants. Il est essentiel de tenir compte du point de vue des enfants et de leurs priorités pour aligner les mesures de protection et de soutien sur leurs besoins et pratiques réels. Ainsi, il est possible de s’assurer que ces mesures sont conformes à leur souhait d’être protégés, formés et dotés des outils nécessaires pour faire face aux risques, tout en favorisant leur autonomie progressive dans l’univers du numérique.
Pour recueillir des données exhaustives permettant de suivre les pratiques numériques des enfants et leur incidence sur leur bien-être, il faut utiliser diverses méthodes de collecte de données, chacune ayant des avantages différents. L’intégration de modules sur les expériences numériques des enfants dans les enquêtes reconnues comme PISA et HBSC offre un moyen efficace et économique d’établir un lien entre l’utilisation du numérique et d’autres aspects plus vastes couverts par ces enquêtes, comme les résultats scolaires ou la santé. Néanmoins, le nombre limité de questions pouvant être incluses dans ces enquêtes sur les pratiques numériques et le bien-être montre à quel point il est impératif de créer des enquêtes spécifiquement axées sur le bien-être numérique des enfants. Il est essentiel, pour expliquer comment les dynamiques à l’œuvre dans l’espace numérique influent sur le développement des enfants au fil du temps, d’inclure des informations sur les pratiques numériques des parents et des enfants dans les études longitudinales, comme les études sur les cohortes de naissance. Les appareils numériques offrent de précieuses informations en temps réel sur l’utilisation quotidienne qui en est faite par les enfants et les réponses aux progrès technologiques. Enfin, les données d’observation issues d’essais sur le terrain, comme les interventions axées sur les jeux numériques, peuvent décrire efficacement comment les enfants interagissent avec les technologies numériques et comment ces interactions influencent la gestion de leurs émotions et leurs interactions sociales au sein de leur environnement physique.
Il est crucial de suivre les pratiques et les expériences numériques des enfants pour élaborer des politiques propres à assurer une utilisation sûre et bénéfique des ressources numériques. Pour ce faire, les pays peuvent analyser les données issues des appareils et services numériques, mener des enquêtes sur l’utilisation du numérique et les comportements en ligne, ajouter des questions sur les pratiques numériques dans les enquêtes existantes, et concevoir des enquêtes dans un cadre international. À partir des données recueillies à l’échelon mondial, on peut mettre en évidence des habitudes d’utilisation et recenser les risques, mais des lacunes importantes subsistent. Pour y remédier, les pays pourraient redoubler d’efforts en matière de suivi en choisissant ou en combinant diverses méthodes de collecte de données afin d’aider les pouvoirs publics à prendre des décisions plus éclairées.
Les connaissances des professionnels de la santé et de l’éducation sont essentielles pour comprendre l’incidence des pratiques numériques sur le bien-être des enfants vulnérables. Les professionnels de santé, en particulier, peuvent mettre en évidence des liens entre l’utilisation problématique du numérique et les troubles psychiques ou physiques, en particulier dans les cas les plus graves. Les professionnels de l’éducation apportent leur pierre à l’édifice en constatant l’impact des habitudes numériques sur la capacité d’attention des enfants, ainsi que sur leur apprentissage et leurs interactions sociales. Grâce à leur dialogue avec les enfants et leur famille, ces experts aident à déterminer comment les pratiques numériques s’intègrent dans la vie quotidienne et influent sur la qualité du sommeil et le comportement en classe, tout en mettant au jour des dysfonctionnements sur le plan environnemental. Par ailleurs, ils jouent un rôle essentiel en exposant la meilleure façon de prévenir les préjudices et d’élaborer des stratégies d’adaptation. C’est pourquoi il est crucial de mettre à profit leurs connaissances pour étayer les politiques et les programmes visant à améliorer le bien-être des enfants à l’ère du numérique.
Les responsables de l’action publique, les professionnels de santé, les enseignants, les parents et les jeunes eux-mêmes ont besoin d’appréhender de manière simple et claire les données de plus en plus nombreuses qui sont produites. La collecte, la sélection et l’évaluation des nouvelles conclusions de la recherche doivent reposer sur des critères bien définis afin d’évaluer leur qualité, les liens de cause à effet, la possibilité de les généraliser et leur pertinence pour l’action publique, l’éducation, la santé et la protection sociale. Une hiérarchie explicite des connaissances établies pourrait servir à éclairer les décisions des pouvoirs publics et des professionnels, en s’appuyant sur une évaluation de la robustesse, de la fiabilité et de l’accessibilité des données de recherche aux fins d’une utilisation pratique dans la prise de décision ou la mise en œuvre des politiques.
Références
[20] Australian Human Rights Commission (2024), Proposed Social Media Ban for Under-16s in Australia, https://humanrights.gov.au/about/news/proposed-social-media-ban-under-16s-australia?mc_cid=78865662a3 (accessed on 19 December 2024).
[29] Ayllón, S., H. Holmarsdottir and S. Lado (2023), “Digitally Deprived Children in Europe”, Child Indicators Research, Vol. 16/3, pp. 1315-1339, https://doi.org/10.1007/S12187-022-10006-W/FIGURES/6.
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. On entend par média numérique tout contenu créé, diffusé et consulté à l’aide des technologies numériques. Le terme recouvre un vaste ensemble de formats et de plateformes faisant appel à des appareils électroniques, comme les ordinateurs, les smartphones ou les tablettes, ainsi qu’à l’internet. Les médias numériques comprennent diverses formes de communication, de divertissement et d’information, qui se caractérisent souvent par leur interactivité, leur accessibilité et leur diffusion instantanée.
← 2. Le temps d’écran désigne le temps consacré à l’utilisation d’appareils munis d’un écran (smartphones, tablettes, ordinateurs et téléviseurs, par exemple) dans le cadre d’activités relevant du divertissement, de la communication, du travail ou de l’apprentissage. Son augmentation chez les enfants est liée aux progrès technologiques qui rendent les outils numériques toujours plus présents dans la vie quotidienne – ainsi les smartphones, qui sont portatifs et donc facilement accessibles – de même qu’à la diffusion de ces appareils parmi cette catégorie de population.
Les enfants, et leur famille, ayant de plus en plus largement accès aux outils numériques, leurs occasions de mener différents types d’activités liées aux médias numériques s’en trouvent multipliées. Ces activités consisteront notamment à utiliser des plateformes et outils numériques pour se connecter à des réseaux sociaux, consulter des vidéos en flux (streaming), jouer, communiquer en ligne, naviguer sur l’internet et accomplir des tâches à visée éducative. Les récents progrès de la technologie ont perfectionné encore le contenu des médias numériques afin qu’il soit plus personnalisé, plus interactif et plus immersif. Cette évolution résulte de l’essor des algorithmes, de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle, de la diffusion de contenus en direct et des contenus générés par les utilisateurs, ainsi que de l’importance croissante accordée aux formats courts et visuellement riches, comme les vidéos et les animations virtuelles.
← 3. L’une des thèses les plus controversées concernant les effets de l’environnement numérique sur le bien‑être des enfants a été formulée par J. Haidt, dans son ouvrage intitulé Génération anxieuse. L’auteur soutient en effet que la progression des problèmes de santé mentale chez les jeunes coïncide avec l’élargissement de l’accès des enfants et des adolescents aux outils numériques, aux États‑Unis en particulier (Haidt, 2024[27]). Selon lui, ces outils en se diffusant ont supplanté le jeu actif et les interactions sociales directes, ce qui a entraîné un recâblage de l’enfance et alimente une explosion des troubles mentaux chez les jeunes. De même, Desmurget (2022[28]) fait valoir que l’exposition aux écrans est à l’origine d’une diminution de la capacité d’attention et des résultats scolaires, d’une agressivité accrue, d’un délitement des compétences sociales et d’une perte du sens de la communication. Toutefois, l’existence d’un lien de causalité direct entre environnement numérique et détérioration du bien-être des enfants n’est pas encore établie de manière irréfutable, pas plus que la responsabilité des technologies numériques dans la plupart des problèmes de santé mentale qui touchent les jeunes générations (voir chapitre 4).
← 4. Les technologies numériques désignent les outils et systèmes qui sous-tendent les processus numériques, tandis que les médias numériques désignent les contenus créés et consommés à travers elles.
← 5. D’après les Statistiques de l’Union européenne sur le revenu et les conditions de vie (EU-SILC), 5.4 % en moyenne des enfants sont « défavorisés sur le plan du numérique » en Europe, ce qui signifie qu’ils appartiennent à un ménage qui n’a pas les moyens de s’offrir un ordinateur ou une connexion à l’internet pour son usage personnel à domicile (Ayllón, Holmarsdottir and Lado, 2023[29]). Les enfants ne sont pas égaux non plus quant à la manière d’interagir avec les appareils numériques, d’apprendre à les utiliser et d’évoluer dans le monde numérique, puisque celle-ci est conditionnée par des facteurs personnels et diverses caractéristiques de leur environnement, dont les ressources matérielles de leur famille et l’existence ou non d’une atmosphère propice à la maison, à l’école ou dans les cercles qu’ils fréquentent (Stoilova, Livingstone and Khazbak, 2021[25]; Büchi and Hargittai, 2022[15]; OCDE, 2024[19]).
← 6. Les principales conclusions s’appliquent à la situation des jeunes adolescents en 2021 ou 2022, et se fondent principalement sur les données tirées de l’enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), menée en 2022 auprès de jeunes de 15 ans, et des enquêtes HBSC (Health Behaviour in School-aged Children), menées en 2021-22 auprès de jeunes âgés de 11, 13 et 15 ans. Les 38 pays de l’OCDE couverts par les enquêtes PISA sont : l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, la Belgique, le Canada, le Chili, la Colombie, la Corée, le Costa Rica, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, les États-Unis, la Finlande, la France, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, l’Islande, Israël, l’Italie, le Japon, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République slovaque, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Slovénie, la Suède, la Suisse et la Türkiye. Les données des enquêtes HBSC, en revanche, ne couvrent pas le Chili, la Colombie, la Corée, le Costa Rica, le Japon, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, la Suisse et la Türkiye.
← 7. L’expression « utilisation excessive ou problématique des technologies numériques » est employée par les auteurs spécialisés pour décrire des situations dans lesquelles les individus ont du mal à maîtriser le temps qu’ils passent en ligne, se sentant obligés de prolonger celui-ci quand bien même ils ont conscience, ce faisant, de manquer à leurs devoirs courants ou de porter atteinte à leur bien-être. Il n’existe toutefois pas de définition unique de l’utilisation excessive, laquelle peut prendre des formes diverses, par exemple : un temps d’utilisation supérieur à celui recommandé (en règle générale, deux heures par jour pour un usage récréatif), une consultation fréquente ou constante des réseaux sociaux (vérification des notifications ou défilement du contenu de diverses plateformes tout au long de la journée, y compris pendant les heures de cours, les repas et avant le coucher), ou des veilles prolongées sur écran se traduisant par un sommeil insuffisant ou perturbé du fait de l’exposition à la lumière bleue. L’utilisation excessive recouvre aussi le fait de jouer à des jeux vidéo des heures durant, parfois sans même la moindre pause, au point de délaisser le travail scolaire, la vie familiale ou d’autres activités importantes. Elle peut en outre conduire à négliger l’activité physique, dès lors que les activités sur écran sont préférées à l’exercice physique ou aux jeux en plein air, et contribue par là à un mode de vie sédentaire.
← 8. L’utilisation des réseaux sociaux est considérée comme problématique dès lors que le bien-être, les relations sociales et les responsabilités courantes d’une personne en subissent les conséquences ; elle se manifeste souvent par la vérification compulsive des notifications, par une détresse émotionnelle et par le manquement à ses obligations. Afin d’évaluer l’incidence de l’utilisation problématique des réseaux sociaux, des enfants ont été invités à répondre à neuf questions devant permettre de déterminer si leur usage de ces réseaux au cours de l’année écoulée avait produit sur eux un effet préjudiciable (préoccupation, insatisfaction, détresse émotionnelle, tentatives infructueuses de réduire l’utilisation, désintérêt d’autres activités, conflits avec les autres, malhonnêteté, recherche sur les réseaux sociaux d’une échappatoire aux émotions négatives, conflits familiaux, par exemple).
← 9. Les troubles liés au jeu se caractérisent par un mode d’utilisation des jeux vidéo excessif ou compulsif, qui perturbe la vie quotidienne, affecte le comportement personnel, social et scolaire, et s’accompagne souvent d’une perte de contrôle sur les habitudes de jeu.
← 10. La citoyenneté numérique désigne l’utilisation responsable, éthique et éclairée des technologies numériques en vue de participer à des environnements en ligne, de communiquer efficacement et d’apporter une contribution positive à la communauté numérique.