Les sections précédentes ont présenté les cas d’utilisation des prévisions et exploré les questions techniques liées à leur conception et à leur mise en œuvre. Cependant, les prévisions ne sont utiles que si les décideurs politiques comprennent leurs limites et savent comment les utiliser à bon escient. Cela incombe aux modélisateurs et aux personnes chargées de communiquer les résultats en interne. Cette section fournit des indications sur la manière de présenter les prévisions et d’expliquer l’incertitude aux décideurs politiques.
Pour communiquer efficacement les prévisions migratoires aux décideurs politiques, il est nécessaire d’exprimer clairement les incertitudes et de fournir des informations pratiques pouvant éclairer la prise de décision. Compte tenu de la nature complexe et imprévisible des schémas migratoires, quelle que soit la catégorie de migration examinée, les prévisions doivent être communiquées de manière à aider les décideurs politiques à planifier à l’avance, tout en reconnaissant leurs limites inhérentes et le fait que l’incertitude est un élément central du message.
L’un des principaux défis liés à la présentation de prévisions consiste en effet à expliquer l’incertitude. Les décideurs politiques demandent et attendent souvent des chiffres définitifs et précis. Les prévisions en matière de migration comportent intrinsèquement une part d’incertitude en raison de variables dynamiques telles que les changements économiques, les événements géopolitiques et l’évolution des paysages politiques. La solution la plus évidente consiste à présenter des fourchettes de résultats et de scénarios possibles plutôt que des estimations ponctuelles, ce qui permet de mieux rendre compte de l’incertitude liée aux facteurs de migration. Plusieurs options sont disponibles, notamment les variantes de scénarios traditionnellement utilisées, basées soit sur certaines combinaisons des facteurs sous-jacents de migration (par exemple, quatre scénarios de migration combinant la convergence/divergence économique entre les pays et la coopération internationale unilatérale/multilatérale dans Acostamadiedo et al. (2020[1]), ou des résultats probabilistes complets, résumés par des distributions de probabilité (voir l’Encadré 8.1) ou une sélection de quantiles prédictifs (Bijak et Wiśniowski, 2010[2] ; Azose et Raftery, 2015[3] ; Welch et Raftery, 2022[4]).
La présentation des quantiles issus des distributions prédictives aux décideurs politiques présente un avantage important (voir Bijak (2011[5]) et Raftery (2016[6])). Les quantiles ont une interprétation naturelle liée à la fréquence et à l’ampleur des événements : une médiane signifie que les occurrences inférieures et supérieures à sa valeur sont tout aussi probables, et que chacune peut être attendue en moyenne la moitié du temps. Un quantile d’ordre 0.95 signifie que des valeurs plus élevées ne peuvent être attendues que 1/20e du temps, soit une fois tous les 20 ans pour les prévisions annuelles. La fréquence relative des événements rares (une fois par décennie, deux fois par siècle, etc., voir Bijak (2024[7])), constitue une base pour l’analyse d’une série de scénarios de migration1. Il s’agit de concepts relativement simples à communiquer. Pour que cette interprétation soit correcte, les intervalles de prédiction doivent toutefois être bien calibrés (voir le chapitre 7).
La présentation graphique peut déterminer la manière dont les décideurs politiques comprennent l’incertitude. Une méthode efficace pour présenter l’incertitude consiste à utiliser des seuils de risque (par exemple, la probabilité de dépasser un certain niveau de migrations), en particulier avec des outils visuels tels que les graphiques en éventail (Graphique 8.1), les intervalles de probabilité (Graphique 8.2) et les graphiques de densité (Graphique 8.3). Une représentation graphique appropriée peut aider les décideurs politiques à saisir l’éventail des résultats potentiels en matière de migration.