La transformation numérique de l’administration publique dépend en partie de sa capacité à recruter et fidéliser des talents qualifiés et spécialisés dans le domaine du numérique. En Autriche, cette transformation a mis en lumière les limites d’un système de gestion des ressources humaines qui peinait à suivre le rythme rapide des évolutions technologiques. Le cas autrichien illustre les défis auxquels font face de nombreux pays : attirer des spécialistes dans un marché du travail concurrentiel, moderniser les référentiels de métiers et de compétences, et offrir des perspectives de carrière adaptées.
Depuis deux décennies, l’administration publique autrichienne rencontre des difficultés croissantes pour attirer des profils spécialisés dans les technologies de l’information. Cette tendance s’est traduite par une baisse notable du nombre et de la qualité des candidatures pour ces postes. Cette baisse a eu un impact direct sur la capacité des administrations à pourvoir des postes essentiels au développement et à la maintenance des systèmes numériques publics. La situation s’est particulièrement détériorée autour de 2015, avec seulement une unique candidature par emploi en moyenne.
Trois éléments principaux expliquent cette perte relative d’attractivité. Premièrement, les procédures de recrutement et le calcul précis des salaires demeuraient relativement chronophages, ralentissant l’embauche. Deuxièmement, les salaires proposés étaient en moyenne inférieurs de 1 000 EUR à ceux du secteur privé, réduisant la compétitivité du secteur public. Enfin, les référentiels de carrière et de métiers utilisés dataient des années 1990 et ne correspondaient plus aux réalités actuelles des métiers numériques. Ces trois facteurs combinés ont rendu l’administration publique moins attractive, malgré la pertinence des missions et des projets proposés.
Le dernier de ces facteurs, le décalage entre les référentiels existants et la réalité, concernait environ 1 200 postes sur un total de 145 000. La forte spécialisation des emplois et la rigidité des parcours de carrière limitaient la capacité à intégrer les nouveaux profils émergents. Les emplois liés aux technologies numériques n’étaient pas suffisamment cartographiés, ce qui compliquait le recrutement de spécialistes pour répondre à des besoins en constante évolution.
En 2022, l’administration a adopté de nouvelles lignes directrices et un plan de compensation pour les spécialistes numériques. L’objectif était d’accélérer le recrutement, de mettre à jour les descriptions de poste et de rendre les salaires plus transparents en les affichant dans les annonces. Cette approche visait à renforcer l’attractivité de la fonction publique et à moderniser le cadre de gestion des emplois du numérique.
Les emplois numériques ont été reclassés selon cinq catégories et trois niveaux pour plus de clarté et de cohérence. Les catégories incluent ingénieur système, ingénieur logiciel, spécialiste DevOps et sécurité, généraliste IT et expert agile. Le système comprend huit grades, qui peuvent être associés à des niveaux d’emploi junior, intermédiaire ou senior en fonction de la nature de l’emploi. Ces grades déterminent la base salariale et les niveaux définissent ainsi des caractéristiques homogènes à l’échelle de l’administration. Chaque fiche de poste précise les missions, les compétences, les tâches, le niveau d’expérience recommandé et les responsabilités associées.