On observe un intérêt croissant pour les approches d’interprétation causale de l’effet potentiel des politiques utilisant des méthodes de contrôle synthétique, des approches d’apprentissage automatique et des paramètres de processus stochastiques plus généraux.
Depuis son introduction (Abadie, Diamond et Hainmueller, 2010[1]), la méthode de contrôle synthétique (SCM) est devenue une technique statistique puissante utilisée pour évaluer les effets des interventions ou des traitements dans des études de cas comparatives, en particulier lorsqu’une seule unité (par exemple, un pays, une région ou une ville) fait l’objet d’une intervention et que des unités de contrôle appropriées sont disponibles à des fins de comparaison. La SCM construit une combinaison pondérée d’unités de contrôle afin de créer une version « synthétique » de l’unité traitée, qui se rapproche de ce qui se serait produit en l’absence d’intervention. Cette méthode a été largement appliquée dans divers domaines, notamment l’économie, les sciences politiques et la santé publique. Klößner et Pfeifer (2017[2]), par exemple, ont exploré l’utilisation de la SCM comme outil de prévision pur. En appliquant la SCM à la croissance du PIB des États-Unis, les auteurs démontrent qu’elle est compétitive par rapport à d’autres méthodes de prévision. Cette idée a désormais été adoptée par plusieurs chercheurs pour étudier l’impact d’événements externes (par exemple, crise économique, guerre, événements climatiques) sur les flux migratoires.
La SCM attire de plus en plus l’attention des experts en migration, en particulier pour l’analyse de l’impact des politiques et les expériences naturelles, comme les chocs macroéconomiques (par exemple, le changement climatique, les conflits). Rodríguez Sánchez et al. (2023[3]), par exemple, ont exploré la capacité des modèles bayésiens de séries chronologiques structurelles (BSTS) (Scott et Varian (2014[4])) dans le contexte de la prévision des franchissements irréguliers de frontières. Les modèles BSTS sont une approche statistique robuste pour l’analyse des séries chronologiques, particulièrement adaptée à l’inférence causale dans les données d’observation présentant des schémas temporels complexes. Dans cette application particulière, le modèle construit un contrefactuel synthétique en prévoyant ce qu’aurait été le nombre d’arrivées en l’absence de politique, sur la base des tendances historiques et de covariables telles que le climat, les événements politiques et les facteurs économiques. Le cadre BSTS utilise une approche bayésienne pour intégrer les connaissances antérieures et quantifier l’incertitude autour des estimations, ce qui le rend très fiable pour l’inférence causale dans les systèmes dynamiques.
De nombreuses approches variantes et innovantes de l’inférence causale pour les séries chronologiques ont été développées ces dernières années (voir Encadré 9.1). Dans toutes ces variantes, deux considérations sont très importantes. La première concerne la sélection précise des unités de contrôle. Le choix du groupe de donneurs est crucial pour garantir que le contrôle synthétique corresponde étroitement aux caractéristiques de l’unité traitée avant l’intervention. Une sélection précise est importante car ces méthodes produisent toujours des contrefactuels « techniques », en tant que résultat d’une méthode de pondération. Si, au sein du pool d’unités de contrôle, certains membres sont structurellement différents de l’unité traitée, l’impact final estimé inclura un biais dû à des facteurs de confusion. La deuxième considération concerne les hypothèses sous-jacentes. Les chercheurs doivent être conscients des hypothèses qui sous-tendent la SCM, telles que la stabilité des relations dans le temps (ce qui signifie que tous les prédicteurs utilisés et la variable de résultat ont une relation statique, une hypothèse qui est rarement vraie dans les flux migratoires, comme le montrent, par exemple, (Carammia, Iacus et Wilkin, 2022[5]), et l’absence d’effets d’entraînement entre les unités, ce qui est très probable dans les flux migratoires en raison de la complexité du phénomène, des effets de réseau, etc.