Les politiques industrielles ont retrouvé de l’importance ces dernières années et sont désormais un élément crucial des panoplies de mesures STI. Adopter une perspective axée sur l’écosystème industriel – c’est-à-dire dépasser les frontières sectorielles pour prendre en compte à la fois les industries en amont et en aval, ainsi que les diverses parties prenantes concernées – peut contribuer à concevoir des politiques industrielles plus efficaces. Ce chapitre présente les enseignements tirés de trois études récentes, en proposant des exemples concrets de la manière de définir les limites, les parties prenantes et les défis des écosystèmes industriels de l’automobile, des énergies renouvelables et à forte intensité énergétique. Il souligne l’intérêt d’adopter une perspective écosystémique et l’importance de s’appuyer sur des données robustes provenant de diverses sources de données. Ce chapitre apporte des éclairages sur les politiques qui favorisent la croissance et soutiennent des écosystèmes industriels et des économies prospères et résilients.
Science, technologie et innovation : Perspectives de l'OCDE 2025
6. Une approche écosystémique de la politique industrielle
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Messages clés
Copier le lien de Messages clésDes politiques industrielles bien conçues – qui comprennent divers instruments tels que des subventions à la R-D, du capital-risque public, des dépenses fiscales, des prêts et des garanties de prêts, etc. – peuvent aider à relever des défis complexes tels que le ralentissement de la croissance de la productivité, la résilience des chaînes de valeur mondiales et la transition vers une économie bas carbone.
Les politiques sectorielles qui sont souvent mises en œuvre pour mettre en œuvre des politiques industrielles ne sont pas nécessairement adaptées pour relever ces défis, car elles ne tiennent pas compte des acteurs clés situés en dehors des frontières sectorielles et des interdépendances qui les relient.
Une approche fondée sur un écosystème industriel qui identifie toutes les parties prenantes associées à une technologie ou un produit donné, y compris les grandes et les petites entreprises, les start-ups, les fournisseurs de technologies, les travailleurs, les partenaires commerciaux et les investisseurs, est plus efficace.
La perspective de l’écosystème industriel peut aider les décideurs à concevoir des politiques mieux ciblées et plus efficaces qui tiennent compte des interdépendances entre les parties prenantes en amont, au cœur et en aval.
La transition vers une approche fondée sur un écosystème industriel suppose de mettre en place une infrastructure de données robuste qui rassemble des données granulaires provenant de sources multiples.
Les politiques de l’innovation et les politiques industrielles au service des écosystèmes industriels peuvent aider à relever des défis majeurs tels que l’accès aux intrants critiques, le manque de compétences et les obstacles au développement et à la diffusion des technologies.
Les politiques industrielles fondées sur les écosystèmes constituent un moyen terme attrayant entre des politiques sectorielles de portée trop étroite et des approches horizontales qui ne sont pas nécessairement suffisantes pour relever les défis actuels.
Introduction
Copier le lien de IntroductionLes économies de l’OCDE sont confrontées à un nombre croissant de défis – notamment le ralentissement de la croissance de la productivité, la transition vers une économie bas carbone et l’incertitude causée par un paysage géopolitique tendu – ainsi qu’à des opportunités majeures, notamment l’émergence de l’intelligence artificielle. Des crises majeures, comme la pandémie de COVID-19 et la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, ont exacerbé ces défis grandissants et mis en évidence la fragilité des chaînes de valeur mondiales, contribuant au regain d’intérêt de nombreuses économies pour la politique industrielle.
Dans ce contexte, la conception, la mise en œuvre et l’évaluation de stratégies industrielles visant à accroître la productivité, à favoriser la résilience des chaînes de valeur et à accélérer le développement et la diffusion de technologies nouvelles sont devenues une priorité de l’action publique. De plus en plus d’études ont montré que des stratégies industrielles ciblées peuvent contribuer à la réalisation de ces objectifs (Criscuolo et al., 2022[1] ; Lane, 2020[2] ; Criscuolo et al., 2019[3] ; Dechezleprêtre et al., 2023[4]), en particulier lorsque les secteurs se caractérisent par des effets d’entraînement, bénéficient d’économies d’échelle ou peuvent être entravés par des défauts de coordination.
Les défis auxquels sont confrontées les économies de l’OCDE sont d’une ampleur et d’une complexité sans précédent. La double transition vers des technologies numériques et durables, par exemple, implique des parties prenantes issues non seulement de diverses institutions, dont le secteur privé, les pouvoirs publics, le monde universitaire et la société civile, mais aussi de secteurs d’activité économique très différents. Concevoir des politiques capables de répondre aux besoins de parties prenantes aussi différentes que les entreprises multinationales actives dans le secteur de l'énergie, les petites start-ups qui conçoivent des logiciels spécialisés de maintenance prédictive et les associations locales de consommateurs représente un défi complexe, qui nécessite des données empiriques solides et une collaboration solide et adaptable entre toutes les parties concernées.
Les stratégies sectorielles, bien qu’elles constituent un élément essentiel de la politique industrielle (Criscuolo et al., 2022[5]), sont mal adaptés pour faire face à l'ensemble des défis décrits ci-dessus. Premièrement, en concentrant leurs interventions sur les entreprises appartenant à un seul secteur, elles peuvent passer à côté de fournisseurs d’intrants essentiels en amont, sans lesquels les entreprises en aval, même si elles bénéficient d’un soutien adéquat, risquent de ne pas prospérer. De même, l’absence de soutien aux entreprises en aval risque d’étouffer les entreprises en amont qui ne parviennent pas à trouver une demande adéquate pour leurs produits. Les secteurs en amont et en aval sont essentiels dans un contexte où les chaînes de valeur se caractérisent par de graves goulets d’étranglement et sont exposées à des menaces naturelles et géopolitiques. Au-delà des réseaux de production, les stratégies sectorielles peuvent ne pas prendre dûment en compte les fournisseurs de technologies qui se situent en dehors des limites d’un secteur donné, ainsi que le capital humain précieux. Il est essentiel d’en tenir compte dans un scénario de croissance lente et dispersée de la productivité (Berlingieri, Blanchenay et Criscuolo, 2017[6] ; Berlingieri et al., 2020[7]), où les innovations semblent de plus en plus difficiles à trouver (Bloom et al., 2020[8]).
L’approche fondée sur l’écosystème industriel vise à remédier à ces lacunes en tenant explicitement compte de la richesse des acteurs et des relations qui sous-tendent la production industrielle moderne. Le graphique 6.1 présente une représentation schématique et simplifiée d’un écosystème industriel, qui « englobe tous les acteurs opérant dans une chaîne de valeur : des plus petites start-ups aux plus grandes entreprises, des universités à la recherche, des prestataires de services aux fournisseurs » (Commission européenne, 2020[9]). Le graphique comprend trois grands blocs de secteurs – le secteur central, le secteur amont et le secteur aval – composés chacun d’une variété d’acteurs, y compris de grandes entreprises établies qui sont généralement associées à un secteur donné, mais aussi de petites entreprises et de start-ups, ainsi que de centres de recherche universitaires et de bailleurs de fonds. Les secteurs centraux de l’écosystème comprennent les entreprises identifiables par une approche sectorielle (et généralement ciblées par celle-ci) : par exemple, les entreprises du secteur de la fabrication de véhicules automobiles sont au cœur de l’écosystème automobile. Les secteurs en amont fournissent des intrants tels que des matières premières, des biens intermédiaires, des biens d’équipement et des technologies. Les secteurs en aval utilisent les produits des industries centrale à l’ecosystème comme intrants pour la production ultérieure, pour être utilisés par les installateurs ou d’autres prestataires de services, ou pour répondre à la demande finale. Par exemple, l’industrie sidérurgique (en amont) fournit des intrants aux constructeurs automobiles (secteurs centraux de l’écosystème), tandis que les détaillants automobiles (en aval) utilisent les produits des constructeurs automobiles. Il convient de noter que le graphique présente une version simplifiée des nombreux acteurs et relations qui sous-tendent les écosystèmes : par exemple, il n’inclut pas les nombreuses boucles de rétroaction qui relient les secteurs en amont, centraux et en aval.
Graphique 6.1. Représentation schématique d’un écosystème industriel
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Source : Élaboré par les auteurs.
Le concept d’écosystème industriel – ancré dans une analogie entre écosystèmes économiques et écosystèmes biologiques (Moore, 1993[10]) – s’appuie largement sur des paradigmes similaires, tels que les systèmes nationaux d’innovation (Nelson, 1993[11] ; Lundvall, 1992[12] ; Freeman, 1995[13]), systèmes régionaux d’innovation (Cooke, 2004[14]), pôles locaux (Porter, 1998[15]) systèmes sectoriels d’innovation (Malerba, 2002[16]) et les écosystèmes entrepreneuriaux (Stam, 2015[17] ; Stam et van de Ven, 2021[18]). Les écosystèmes d’innovation, en particulier, partagent de nombreuses caractéristiques avec les écosystèmes industriels, dont les origines remontent toutes deux au concept de système national d’innovation, cadre auquel l’OCDE a largement contribué (OCDE, 1999[19]) surtout grâce au travail de Freeman dans les années 1990. À mesure que le domaine progresse, l’OCDE contribue également aux domaines connexes susmentionnés, en particulier les systèmes d’innovation sectoriels (OCDE, 2006[20]).
Ces deux concepts soulignent que les entreprises (ou les entrepreneurs) ne peuvent pas être considérées comme opérant en vase clos, mais sont plutôt imbriquées dans un réseau complexe de relations qui comprend plusieurs acteurs différents. Comme ces acteurs sont dépendants les uns des autres pour leur survie et leur croissance, les « écosystèmes » ne représentent pas seulement une unité d’analyse cruciale pour les chefs d’entreprise (Jacobides, Cennamo et Gawer, 2018[21] ; Iansiti et Levien, 2004[22]), mais aussi l’unité d’analyse la plus appropriée pour les responsables de l’action publique qui souhaitent renforcer la résilience de leurs économies et promouvoir leur croissance (voir Encadré 6.1). Il existe toutefois des différences majeures entre ces deux types d’écosystèmes. Leurs objectifs diffèrent : les écosystèmes d’innovation s’attachent à favoriser la collaboration en matière de recherche, de développement et de commercialisation de nouvelles technologies répondant à des priorités communes, tandis que les écosystèmes industriels visent à accroître la valeur ajoutée générée au sein d’un secteur spécifique. En outre, leurs frontières sont distinctes. Les écosystèmes d’innovation ne sont pas limités par des considérations industrielles et englobent globalement tous les acteurs contribuant à l’innovation. En revanche, les écosystèmes industriels ont une portée sectorielle plus étroite, mais incluent des acteurs qui peuvent ne pas contribuer directement à l’innovation tout en jouant un rôle crucial dans la réussite globale de l’écosystème.
Encadré 6.1. Renouvellement de la politique industrielle et rôle des écosystèmes industriels
Copier le lien de Encadré 6.1. Renouvellement de la politique industrielle et rôle des écosystèmes industrielsLa politique industrielle est une composante essentielle des stratégies économiques, du moins depuis la révolution industrielle (Juhász et Steinwender, 2023[23]). Néanmoins, le recours à des politiques industrielles actives avait perdu de son attrait à la fin du 20e siècle (Warwick, 2013[24]), en raison des préoccupations relatives à la capacité des pouvoirs publics à identifier les domaines les plus prometteurs pour l’investissement et du risque de captation politique des subventions, et des contraintes budgétaires. Les tendances et les défis émergents tels que ceux décrits au début du chapitre – ralentissement de la productivité, crise climatique, chocs sur les chaînes d’approvisionnement mondiales et incertitude causée par les tensions géopolitiques – ont contribué à rendre les politiques industrielles de nouveau attrayantes (Juhász et Steinwender, 2023[23] ; Mazzucato, 2021[25]).
Les pays de l’OCDE ont récemment recommencé à concevoir des stratégies industrielles cohérentes. Par exemple, en 2025, le Royaume-Uni (Gouvernement du Royaume-Uni, 2025[26]) a récemment publié la Stratégie industrielle moderne du Royaume-Uni “UK's Modern Insutrial Strategy” et l’Italie (Gouvernement de l’Italie, 2024[27]) a publié sa stratégie industrielle définissant ses priorités industrielles et la manière dont le gouvernement italien entend les soutenir. De même, de nombreuses initiatives à grande échelle, telles que le « Pacte vert pour l’Europe » (2019), le fonds « Next Generation EU » (2020), le « Korean New Deal » (2020), l’ « Inflation Reduction Act “la loi sur la réduction de l’inflation » (2022), la « Nouvelle stratégie industrielle de l’UE » (2020, mise à jour en 2021), l’ “US Chips and Science Act” des États-Unis (2022) et le « Plan industriel du Pacte vert de l’UE » (2023), ont montré l’engagement des pouvoirs publics à jouer un rôle plus actif dans le développement industriel. Le rapport Draghi (Draghi, 2024[28]) a également souligné l’importance croissante des politiques industrielles, appelant à une meilleure coordination entre les économies de l’UE afin d’en garantir l’efficacité.
Les écosystèmes, –qu’ils soient industriels (Andreoni, 2018[29]) comme dans le présent chapitre, de l’innovation (Adner, 2006[30]) ou entrepreneuriaux (Stam et van de Ven, 2021[18]) – représentent des cibles naturelles pour les interventions de politique industrielle, car elles évitent les préoccupations liées à l’étroitesse qui pourraient autrement entraver les politiques industrielles ciblées (Criscuolo et al., 2022[1]) À ce titre, la pensée écosystémique a déjà imprégné l’élaboration des initiatives politiques. Par exemple, l’approche néerlandaise « Topsector » a intégré des considérations systémiques relatives aux industries en amont. Néanmoins, des situations d’urgence récentes, comme la pandémie de COVID-19, ont mis en évidence la nécessité d’élargir encore le champ de l’analyse systémique. Par exemple, la Commission européenne a adopté le concept d’écosystème industriel dans sa stratégie industrielle de 2020, pour le mettre ensuite davantage en évidence dans l’amendement de 2021, dans lequel la Commission européenne a décrit les écosystèmes industriels comme le prisme par lequel elle analyse l’économie du marché unique de l’UE.
Ce chapitre s’appuie sur l’approche écosystémique industrielle et s’inspire de trois études de cas sectorielles : l’automobile, les énergies renouvelables et les industries à forte intensité énergétique. Les trois écosystèmes sont affectés par (au moins une partie) des défis décrits ci-dessus : par exemple, l’écosystème automobile a connu de graves perturbations de sa chaîne de valeur liées à des pénuries de puces pendant la pandémie de COVID-19 ; en outre, cet écosystème se caractérise par une numérisation croissante et la nécessité de réduire l’empreinte carbone de ses produits finis. L’écosystème des énergies renouvelables est à l’avant-garde de la transition vers une économie bas carbone et, dans le même temps, est fortement tributaire de plusieurs minéraux critiques susceptibles de devenir des goulets d’étranglement. Les industries à forte intensité énergétique sont des secteurs essentiels en amont, dont la production est intégrée dans un large éventail de secteurs en aval. Elles sont donc essentielles à la compétitivité de multiples secteurs, mais elles sont également confrontées à des défis liés à leur intensité d’émission élevée, qui ne diminue que lentement. Par conséquent, ces trois écosystèmes constituent des exemples particulièrement instructifs des possibilités offertes par l’approche fondée sur les écosystèmes industriels.
Le reste de ce chapitre s’attache à montrer comment l’approche fondée sur les écosystèmes industriels, telle qu’elle est mise en œuvre dans ces trois études, peut aider les responsables de l’action publique à relever les défis décrits au début du chapitre. Premièrement, l’approche fondée sur les écosystèmes industriels peut fournir des données probantes sur l’identité des principaux acteurs d’un écosystème, leur rôle et leurs liens. Deuxièmement, l’approche fondée sur l’écosystème industriel peut apporter un éclairage sur les défis, les goulets d’étranglement et les dépendances auxquels ces acteurs sont confrontés. Troisièmement, elle peut aider à concevoir des stratégies industrielles plus efficaces.
Délimitation des écosystèmes industriels
Copier le lien de Délimitation des écosystèmes industrielsUn écosystème industriel se caractérise par le fait qu’il s’étend au-delà des frontières sectorielles traditionnelles pour inclure à la fois les activités en amont et en aval, ainsi qu’un éventail plus large de parties prenantes que les seules entreprises privées. Cela suppose d’établir des critères pour définir les frontières non sectorielles et identifier les principaux acteurs au sein de l’écosystème. Cette section décrit l’approche utilisée dans les trois études sur les écosystèmes industriels, en mettant l’accent sur les divers ensembles de données utilisés pour définir les limites des écosystèmes, notamment les données sur les tableaux d’entrées-sorties, les échanges commerciaux, l’innovation et la main-d’œuvre. Il met également en évidence la diversité des parties prenantes présentes dans chaque écosystème industriel. La section souligne que le fait de s’appuyer exclusivement sur des classifications sectorielles négligerait des intrants essentiels à la prospérité des écosystèmes (y compris les matières premières et les innovations) et donnerait également une vision faussée des principaux acteurs et de l’importance d’un écosystème donné, par exemple, en termes de main-d’œuvre.
Identifier les parties prenantes concernées de l’écosystème à l’aide de multiples sources de données
Il existe différentes approches pour identifier les limites d’un écosystème et, au sein de celui-ci, les entreprises, les secteurs et les économies les plus importants. Malgré l’importance de dépasser une approche exclusivement sectorielle, les classifications industrielles telles que la Classification internationale type par industrie (CITI), la Classification statistique des activités économiques dans la Communauté européenne (NACE) et le Système de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN) restent des éléments importants pour définir un écosystème.
L’identification des secteurs centraux qui composent un écosystème peut être relativement simple ou complexe, selon le type d’écosystème concerné. Le tableau 6.1 présente les secteurs au cœur des écosystèmes de l’automobile, des énergies renouvelables et des industries à forte intensité énergétique. À une extrémité du spectre, la « Construction de véhicules automobiles, de remorques et semi-remorques » (division 29 de la CITI rév. 4) constitue un point de départ naturel pour définir la composante centrale de l’écosystème automobile. Pour l’écosystème des industries à forte intensité énergétique, la définition des secteurs centraux de l’écosystème nécessite déjà des hypothèses supplémentaires, car il n’existe actuellement aucune définition internationalement reconnue de ce qu’est une industrie à forte intensité énergétique. L’approche adoptée dans Dechezleprêtre et al. (2025[31]) est de considérer comme composantes centrales de l’écosystème des industries à forte intensité énergétique, l’ensemble des secteurs manufacturiers relevant de la CITI à deux chiffres dont la part du coût des intrants énergétiques dans le coût total des intrants est supérieure à la médiane. Ces secteurs sont les suivants : « Cokéfaction et fabrication de produits pétroliers rafinées » (CITI rév. 4 19), « Fabrication d’autres produits minéraux non métallique » (CITI rév. 4 23), « Fabrication de produits chimiques » (CITI rév. 4 20), « Fabrication de produits métallurgiques de base » (CITI rév. 4 24), « Fabrication de papier et d’articles en papier » (CITI rév. 4 17), « Fabrication d’articles en caoutchouc et en matières plastique » (CITI rév. 4 22) et « Production de bois et d’articles en bois et en liège (sauf fabrication de meubles); fabrication d’articles de vannerie et de sparterie » (CITI rév. 4 16). Enfin, à l’autre extrémité du spectre, le cœur de l’écosystème des énergies renouvelables est particulièrement difficile à définir en se basant uniquement sur des secteurs spécifiques. Aucun secteur au niveau à quatre chiffres de la CITI ne correspond à la production d’électricité à partir de sources renouvelables en particulier, et un secteur correspondant à la fabrication de cellules solaires, de panneaux solaires et d’onduleurs photovoltaïques n’a été créé que dans le cadre de la CITI Révision 5. En outre, les leaders du marché de la production d’électricité produisent souvent de l’électricité à partir de diverses sources, notamment fossiles, nucléaires et renouvelables, ce qui rend les distinctions sectorielles particulièrement complexes. Les entreprises fabriquant d’autres biens d’équipement nécessaires à la production d’énergie renouvelable (par exemple, turbines hydrauliques et éoliennes) sont présentes dans le secteur de la fabrication de moteurs et de turbines (CITI rév. 4 2811).
L’un des enseignements tirés des trois études est qu’une analyse plus fine peut aider à mieux délimiter les limites des écosystèmes, dans la mesure où les entreprises sont très hétérogènes au sein de secteurs définis au sens large. Par exemple, l’intensité énergétique est très hétérogène entre les secteurs à 4 chiffres d’un même secteur à 2 chiffres, et au sein des secteurs à 4 chiffres, on observe également une grande hétérogénéité entre les entreprises (De Lyon et Dechezleprêtre, s.d.[32]). Par conséquent, une définition de l’écosystème à forte intensité énergétique fondée sur la part du coût des intrants énergétiques dans le coût total des intrants, définie au niveau à deux chiffres, à trois chiffres, à quatre chiffres ou au niveau de l’entreprise, donnerait des résultats très différents. Malheureusement, les données granulaires sont souvent difficiles à obtenir et inégalement disponibles selon les secteurs et les zones géographiques. En outre, il existe généralement un arbitrage entre la granularité des données et leur couverture sectorielle, ce qui rend souvent impossible la réalisation d’analyses à un niveau de granularité élevé, malgré l’intérêt de ces analyses pour l’élaboration des politiques.
L’identification des composantes centrales d’un écosystème doit être intégrée à l’identification de toutes ses autres composantes non centrales, qui jouent néanmoins un rôle important dans l’écosystème. Les relations d’entrées-sorties, les relations commerciales, les relations technologiques et les relations de travail peuvent toutes contribuer à la définition d’un écosystème au-delà de ses composantes centrales. Les sous-sections suivantes examinent chacun de ces liens et expliquent comment ils sont mis en œuvre dans les trois études récentes sur les écosystèmes.
Tableau 6.1. Secteurs centraux de l’écosystème industriel dans les études de l’OCDE
Copier le lien de Tableau 6.1. Secteurs centraux de l’écosystème industriel dans les études de l’OCDE|
Automobile |
Énergies renouvelables |
IEE |
|---|---|---|
|
Construction de véhicules automobiles, de remorques et semi-remorques (CITI rév. 4 29) |
Fabrication de moteurs et de turbines, sauf moteurs pour avions, automobiles et motocycles (CITI rév. 4 2811) |
Cokéfaction et fabrication de produits pétroliers raffinés (CITI rév. 4 19) |
|
Fabrication d’autres produits minéraux non métallique (CITI rév. 4 23) |
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|
Fabrication de produits chimiques (CITI rév. 4 20) |
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|
Fabrication de produits métallurgiques de base (CITI rév. 4 24) |
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Fabrication de cellules solaires, panneaux solaires et onduleurs photovoltaïques (CITI rév. 5 2611) |
Fabrication de papier et d’articles en papier (CITI rév. 4 17) |
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|
Fabrication d’articles en caoutchouc et en matières plastiques (CITI rév. 4 22) |
||
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Production de bois et d’articles en bois et en liège,fabrication d’articles de vannerie et de sparterie (CITI rév. 4 16) |
Note : Seul le sous-ensemble « turbines hydrauliques et éoliennes » de la rubrique « Fabrication de moteurs et de turbines » est considéré comme pertinent. La catégorie « Fabrication de cellules solaires, panneaux solaires et onduleurs photovoltaïques » n’a été ajoutée qu’à la CITI Rév. 5.
Source : Élaboré par les auteurs.
Données d’entrées-sorties
Les relations en amont et en aval sont cruciales pour la délimitation d’un écosystème. Leur prise en compte permet d’identifier les intrants critiques que les secteurs centraux de l’écosystème intègrent dans leur production, et les marchés essentiels sur lesquels les secteurs essentiels s’appuient pour vendre leurs produits.
Les tableaux d’entrées-sorties permettent d’analyser à la fois les liens en amont et en aval. Par exemple, l’importance des secteurs en amont dans l’écosystème automobile peut être déterminée en évaluant quelle part de la valeur ajoutée incorporée dans la demande finale de produits automobiles provient d’autres secteurs. À l’inverse, l’importance des liens en aval peut être mesurée en examinant la part de la valeur ajoutée dans la demande finale d’autres secteurs qui peut être attribuée à l’industrie automobile. En d’autres termes, les liens en amont se reflètent dans la part de la valeur de la production de véhicules automobiles générée par des secteurs autres que la construction automobile elle-même (par exemple, les puces contrôlant les airbags, ou le métal du châssis de voiture), tandis que les liens en aval sont représentés par la part de la valeur ajoutée générée par le secteur des véhicules automobiles incorporée dans la production d’autres secteurs (par exemple, le secteur des transports qui utilise les produits de l’écosystème automobile). Les données1F1 sur les échanges en valeur ajoutée (TiVA) de l’OCDE révèlent que, dans le secteur automobile, les liens en amont sont particulièrement importants, tandis que les liens en aval sont moins pertinents, c’est-à-dire que la valeur ajoutée produite dans le secteur automobile ne contribue pas de manière significative à d’autres produits finaux. Les données TiVA présentent notamment des limites : premièrement, elles ne donnent qu’une vue agrégée des flux de valeur, ce qui ne permet pas une analyse granulaire au niveau des produits ; deuxièmement, elles n’englobent pas les investissements en capital lorsqu’il s’agit de transactions intermédiaires. Autres sources de données, comme les données sur la TVA (Criscuolo et al., 2024[33]) peuvent donc être utilisés pour les compléter.
Le graphique 6.2 présente le réseau de production qui sous-tend l’écosystème des industries à forte intensité énergétique. Il montre l’ampleur des liens en amont et en aval, et montre comment de nombreux secteurs contribuent à la valeur ajoutée par les industries centrales de l’ecosystème des industries à forte intensité énergétique, tandis que de nombreux secteurs en aval bénéficient des résultats des industries à forte intensité énergétique. Par exemple, le secteur de la « Construction » est étroitement lié aux « Minéraux non métalliques », ainsi qu’au « Caoutchouc et aux plastiques », au « Bois », aux « Produits chimiques » et aux « Métaux de base ». De même, les industries en aval des secteurs des « véhicules à moteur » et des « équipements électriques » dépendent de divers secteurs essentiels des industries à forte intensité énergétique, ce qui montre la pertinence primordiale des industries à forte intensité énergétique en tant que fournisseurs d’intrants critiques.
Graphique 6.2. Réseau de production de l’écosystème énergivore
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Note : Les arêtes sont pondérées par l’ampleur des flux d’intrants intermédiaires, tandis que les nœuds sont pondérés par la valeur ajoutée de chaque secteur. Le secteur « Papier » est agrégé avec « Impression et reproduction de supports enregistrés » (CITI 18 – Rév. 4) dans les données sous-jacentes. Le graphique ne présente que les sept principaux secteurs en amont et en aval pour l’ensemble de l’écosystème. Le secteur « commerce de gros et de détail » est à la fois un secteur en amont et un secteur en aval, mais il est situé parmi les secteurs en amont étant donné que la valeur des intrants fournis aux industries à forte intensité énergétique est supérieure à celle des intrants dont il s’approvisionne auprès de ces mêmes industries. Le secteur manufacturier n.c.a. n’est pas inclus en tant que secteur aval en raison de sa définition générale, mais le secteur suivant en aval est déclaré (« Équipements électriques »).
Source : Dechezleprêtre et al. (2025[31]), d’après la base de données des tableaux internationaux d’entrées-sorties (TIES) de l’OCDE, édition 2023.
Après avoir identifié les composantes centrales et non centralesd’un écosystème, il est également possible de définir quels pays jouent le rôle le plus important au sein de cet écosystème. Le graphique 6.3 met en évidence les pays (et les secteurs) qui contribuent le plus à la part de la valeur ajoutée intégrée dans la demande finale de véhicules à moteur. Ce graphique rappelle avec force l’importance de prendre en compte l’ensemble de l’écosystème, car le « reste de l’écosystème » contribue de manière substantielle, et hétérogène selon les pays, à la valeur ajoutée de l’automobile. Par exemple, bien que le secteur automobile de l’UE reste le plus gros contributeur parmi les secteurs de l’automobile, la Chine, affiche une part plus élevée de valeur ajoutée lorsque l’ensemble de l’écosystème est considéré. De même, la valeur ajoutée du secteur automobile américain est inférieure à celle de l’Allemagne, mais le reste de l’écosystème américain génère beaucoup plus de valeur ajoutée que l’écosystème allemand.
Graphique 6.3. Part de la valeur ajoutée incorporée dans la demande finale mondiale de véhicules à moteur, par économie, 2018
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Note : le graphique peut être interprété comme suit : 23 % de la valeur ajoutée mondiale contenue dans la demande finale de véhicules à moteur provient de l’Union européenne. Parmi eux, 9.5 points proviennent du secteur automobile, tandis que 13.5 points proviennent du reste de l’écosystème.
Source : Adapté de Dechezleprêtre et al. (2023[34]), d’après OCDE, Base de données sur les échanges en valeur ajoutée (TiVA), oe.cd/TiVA, février 2022.
Données sur les échanges
Les données sur les échanges peuvent apporter des éclairages qui vont au-delà des données sur la valeur ajoutée, en particulier dans les écosystèmes où les frontières sectorielles sont moins claires. Dans ce cas, des informations détaillées sur des produits ou des technologies spécifiques deviennent particulièrement pertinentes. L’écosystème des énergies renouvelables en est un bon exemple, car il ne correspond pas à un seul secteur, mais comprend des biens d’équipement, des produits et des matières premières spécifiques. En raison de leur granularité, les données sur les échanges sont particulièrement adaptées pour rendre compte des acteurs et des relations au sein de ces écosystèmes. Toutefois, il est important de noter que les données sur les échanges ne rendent pas compte de la production qui ne traverse pas de frontière, ce qui met en évidence la complémentarité entre les données sur les échanges et celles sur la valeur ajoutée.
Le graphique 6.4 donne un exemple du niveau de détail qu’il est possible d’atteindre lors de l’analyse des données sur les échanges. Il présente les principaux exportateurs de certains biens d’équipement qui sont au cœur de quatre technologies renouvelables clés : le solaire photovoltaïque, l’éolien, le solaire thermique et l’hydroélectricité. L’analyse repose sur l’identification d’un ensemble de produits spécifiques, définis au niveau à six chiffres de la classification du système harmonisé, pour chacune de ces technologies, plutôt que sur un ensemble de secteurs spécifiques. Par conséquent, si les données sur la valeur ajoutée ne permettent pas d’identifier les principaux acteurs de l’écosystème, les données sur les échanges peuvent mettre en évidence les tendances des exportations de biens d’équipement, toutes technologies confondues. Par exemple, la Chine apparaît comme un acteur clé de l’écosystème des énergies renouvelables, puisqu’elle est le plus gros exportateur de toutes les technologies, à l’exception de l’énergie solaire thermique, pour laquelle le Mexique joue un rôle de premier plan. En outre, les données sur les échanges, de même que les données sur la valeur ajoutée, peuvent être utilisées pour représenter les flux de biens en amont. Dans le cas de l’écosystème des énergies renouvelables, il s’agit notamment des matières premières critiques, qui constitueront la pierre angulaire de l’analyse de la dépendance commerciale présentée dans la section suivante.
Un autre avantage des données sur les échanges par rapport aux données sur la valeur ajoutée est qu’elles sont plus facilement disponibles et peuvent donc fournir des instantanés plus actualisés des principaux pays actifs dans un écosystème par rapport aux données sur la valeur ajoutée. À titre de comparaison directe, le document sur l’écosystème des industries à forte intensité énergétique prend en compte à la fois la valeur ajoutée et les mesures commerciales, mais les premières ne sont disponibles que jusqu’en 2020, tandis que les secondes le sont jusqu’en 2022.
Graphique 6.4. Exportations de biens d’équipement utilisés dans les technologies des énergies renouvelables, 2012 et 2021
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Note : Le graphique montre les trois principaux exportateurs par technologie. Les données sont exprimées en milliards USD courants. RdM = reste du monde.
Source : Dechezleprêtre et al. (2024[35]), d’après la base de données Comtrade des Nations Unies.
Données sur l’innovation
L’importance des pays au sein d’un écosystème ne se limite pas à leur contribution à la valeur ajoutée et aux échanges, mais découle également de leur participation à des activités d’innovation. C’est un aspect crucial à prendre en compte, car l’innovation peut offrir une vision prospective de l’écosystème : si la valeur ajoutée et les échanges représentent les principaux acteurs d’aujourd’hui, les mesures en faveur de l’innovation donnent un aperçu des acteurs qui développent les capacités nécessaires pour devenir les leaders de demain.
Il existe plusieurs indicateurs des activités d’innovation, notamment le nombre de startups actives, l’investissement dans les entreprises innovantes, les publications universitaires, et bien d’autres encore. Les brevets (OCDE, 2009[36]), bien qu’il ne s’agisse pas d’une mesure parfaite de l’innovation (Dziallas et Blind, 2019[37] ; Acs et Audretsch, 1989[38] ; Acs et Audretsch, 1989[38]), contiennent une multitude d’informations qui peuvent être particulièrement utiles pour décrire le paysage de l’innovation et révéler des informations sur les principaux acteurs d’un écosystème industriel (OMPI, 2023[39]).
Le domaine technologique des brevets peut être identifié sur la base de classifications de brevets telles que la classification coopérative des brevets et la classification internationale des brevets. Dechezleprêtre et al. (2025[31]) utilisent le tableau de correspondance élaboré par Goldschlag, Lybbert et Zolas, (2020[40]) d’identifier les brevets protégeant les technologies utilisées dans l’écosystème des industries à forte intensité énergétique (comme les innovations dans l’acier, le plastique ou les produits chimiques).2F2 Il est alors possible de récupérer le secteur d’activité dans lequel les entreprises développant ces brevets opèrent. Les données révèlent que les inventions pertinentes pour l’écosystème des industries à forte intensité énergétique ne sont pas seulement mises au point par des entreprises opérant dans des secteurs centraux de l’écosystème des industries à forte intensité énergétique : les entreprises d’autres secteurs peuvent également développer des innovations pertinentes pour les industries à forte intensité énergétique. Par exemple, une entreprise opérant dans le secteur des machines pourrait inventer et breveter une technologie pour une machine utilisée dans la coupe du bois. Le graphique 6.5 le représente les brevets déposés dans les technologies à forte intensité énergétique (sur l’axe des ordonnées) et le secteur des entreprises qui les déposent (sur l’axe des abscisses).
Graphique 6.5. Brevets déposés par les industries dans les technologies des industries à forte intensité énergétique, 2018-22
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Note : Les données se rapportent aux familles de brevets IP5, par date de dépôt la plus ancienne et lieu de résidence du demandeur. Voir l’annexe B de Dechezleprêtre et al. (2025[31]) pour plus de détails sur la couverture des données sur les brevets et la méthodologie.
Source : Dechezleprêtre et al. (2025[31]), d’après OCDE, STI Micro-data Lab : Intellectual Property Database, http://oe.cd/ipstats, et ORBIS©, version 2022.1, Bureau van Dijk, octobre 2024.
Les secteurs centraux de l’écosystème des industries à forte intensité énergétique, mis en évidence en gras, semblent faire partie des principaux innovateurs dans ces technologies, comme le montre la taille des points dans le graphique. Toutefois, seuls 30 % des brevets déposés dans le domaine des technologies des industries à forte intensité énergétique au cours de la période 2018-22 l’ont été par des entreprises des principaux secteurs des industries à forte intensité énergétique, ce qui indique que la plupart des brevets liés aux industries à forte intensité énergétique ont été développés en dehors des secteurs à forte intensité énergétique. Parmi ces secteurs non centraux de l’ecosystème, l’informatique et l’électronique jouent un rôle particulièrement important, puisqu’elles ont déposé environ 21 % des inventions liées aux industries à forte intensité énergétique dans le monde, et constituent la principale source d’innovation pour les technologies liées aux « minéraux non métalliques » (avec 36 % du total des brevets). Les entreprises du secteur « Machines » contribuent également de manière significative aux nouvelles technologies à forte intensité énergétique, notamment dans les domaines du « Papier » (30 % des brevets liés au « Papier » proviennent du secteur « Machines ») et du « Bois » (23 % proviennent du secteur « Machines »). Dans l’ensemble, ce graphique souligne que limiter l’analyse aux secteurs centraux de l‘écosystème des industries à forte intensité énergétique manquerait aux principaux fournisseurs d’innovation, ce qui souligne l’importance de dépasser une approche exclusivement sectorielle.
Ce point est confirmé par le graphique 6.5, qui décrit l’avantage technologique révélé (ATR) des pays pour les technologies des industries à forte intensité énergétique, calculé comme la part d’un pays dans les brevets des industries à forte intensité énergétique par rapport à sa part dans le total des brevets. Comme la plage de valeurs possibles pour l’ATR va de 0 à +∞, l’ATR est présenté en valeur logarythmique. Dans le graphique, un log (ATR) supérieur à zéro indique qu’un pays est spécialisé dans une technologie particulière, par rapport à la moyenne mondiale. Un log(RTA) inférieur à 0 indique une sous-spécialisation. Le graphique fait la distinction entre deux sources d’innovation différentes : les principaux secteurs des industries à forte intensité énergétique (voir les sections précédentes pour la liste complète) et toutes les autres industries qui ont généré des brevets dans les technologies des industries à forte intensité énergétique. Le graphique illustre clairement l’importance d’adopter une approche écosystémique, car la taille des barres bleu foncé est souvent éclipsée par celle des barres bleu clair, ce qui indique que la spécialisation d’un pays dans les technologies des industries à forte intensité énergétique provient principalement de secteurs extérieurs aux composantes centrales de l’écosystème des industries à forte intensité énergétique. Le Brésil, le Luxembourg et la Pologne sont des exemples clairs, mais pas uniques, de cette tendance. Le graphique montre également à quel point le classement des pays changerait radicalement si seuls les secteurs centraux de l’écosystème étaient pris en compte. La Finlande, dont la spécialisation dans les technologies des industries à forte intensité énergétique est entièrement tirée par les secteurs essentiels des industries à forte intensité énergétique, occupe la première place du classement selon le graphique 6.6. Toutefois, le scénario est très différent si l’on considère le reste de l’écosystème. Par exemple, le Brésil, qui n’est pas très bien classé en termes de valeur ajoutée ou d’emploi parmi les pays les plus impliqués dans les industries à forte intensité énergétique, se caractérise par une très forte spécialisation technique dans les technologies d’industries à forte intensité énergétique, sous l’impulsion des secteurs non centraux de l’écosystème des industries à forte intensité énergétique (en particulier les industries extractives). Une approche sectorielle ne tiendrait probablement pas compte de ces particularités du paysage de l’innovation liée aux industries à forte intensité énergétique, ce qui soulignerait la valeur de l’approche écosystémique pour les décideurs politiques.
Graphique 6.6. Avantage technologique révélé (ATR) des économies dans les inventions liées aux industries à forte intensité énergétique, par secteur, 2018-22
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Note : Les données se rapportent aux familles de brevets IP5, par date de dépôt la plus ancienne et lieu de résidence du demandeur. Seules les économies affichant un taux élevé d’appariement avec ORBIS© et comptant plus de 100 familles de brevets IP5 au total pour chaque ensemble de secteurs sont prises en compte. Les familles de brevets IP5 sont définies comme des ensembles de demandes de brevets protégeant la même invention déposées auprès d’au moins deux offices de propriété intellectuelle — dont au moins une demande a été déposée auprès de l’un des cinq plus grands offices de propriété intellectuelle au monde (IP5) : l’OEB, l’Office japonais des brevets (JPO), l’Office coréen de la propriété intellectuelle (KIPO), l’Office national de la propriété intellectuelle de la République populaire de Chine (CNIPA) ou l’Office des brevets et des marques des États-Unis (USPTO). Les brevets d’inventions liées aux industries à forte intensité énergétique (IEE) sont délimités à l’aide de la concordance développée par Goldschlag, Lybbert et Zolas (2019[41]) qui met en correspondance les codes de la classification coopérative des brevets (CPC) avec la classification sectorielle (CITI, rév. 4), en utilisant une approche probabiliste. Seules les économies comptant plus de 1 000 familles de brevets IP5 au total pour chaque période sont prises en compte.
Source : Calculs de l’OCDE d’après OCDE, STI Micro-data Lab : Intellectual Property Database, http://oe.cd/ipstats, et ORBIS©, version 2022.1, Bureau van Dijk, mars 2025.
Dans le secteur automobile, l’adoption d’une approche écosystémique permet d’identifier les technologies qui connaissent la croissance la plus rapide, ce qui peut à son tour permettre d’identifier les économies qui développent les capacités qui devraient être essentielles à la croissance future du secteur automobile. De ce point de vue, l’envolée des brevets liés aux véhicules autonomes – qui ont plus que doublé entre 2012-2015 et 2016-2019 – apparaît comme une tendance clé susceptible de façonner l’évolution de l’écosystème dans les années à venir. Au sein de l’écosystème automobile, les pays se distinguent par leur spécialisation technologique. Les États-Unis, par exemple, ont un ATR important sur le segment des véhicules autonomes, tandis que d’autres pays se concentrent sur des domaines matures et moins innovants, comme les technologies de combustion. Cela laisse à penser que les États-Unis pourraient jouer à l’avenir un rôle de premier plan dans l’écosystème automobile plus important que ne le laisserait penser la prise en compte de leur ATR global pour toutes les technologies liées à l’automobile.
Données sur les effectifs
Les données sur la main-d’œuvre peuvent également contribuer à définir les limites de l’écosystème, car une part non négligeable des professions générées par un écosystème industriel donné se situe en dehors des limites de ses secteurs centraux de l’écosystème. Le graphique 6.7 illustre cette situation dans le cas particulier de l’écosystème industriel des énergies renouvelables aux États-Unis (mais cela vaut pour les autres pays examinés dans l’analyse).3F3 Le graphique montre que les offres d’emploi dans les énergies renouvelables sont réparties entre plusieurs secteurs, quel que soit le groupe technologique observé. La plupart des emplois vacants se concentrent dans les secteurs « Fabrication » et « Production et distribution d’électricité, de gaz, de vapeur et climatisation », mais l’emploi ne se limite pas à ces secteurs centraux de l’écosystème des énergies renouvelables, y compris les fabricants de biens d’équipement et les entreprises qui les adoptent (comme les entreprises du secteur de la production d’électricité). De nombreuses offres d’emploi dans le domaine des énergies renouvelables se trouvent dans les « Activités professionnelles, scientifiques et techniques », où des innovations dans ce domaine sont en cours de développement, ainsi que dans les secteurs « Construction », « Finance et assurance » et « Activités de services administratifs et de soutien ». Dans l’ensemble, seuls 39 % environ des emplois vacants relèvent de ce que l’on pourrait définir comme des secteurs centrauxde l écosystème, tandis que 61 % environ relèvent d’autres secteurs de l’écosystème.
Cela renforce un point essentiel de la section précédente sur les données relatives à l’innovation, ainsi qu’une logique fondamentale qui sous-tend l’adoption d’une perspective écosystémique : la prise en compte des seuls secteurs centraux d’un écosystème ne tient pas compte d’une part essentielle des parties prenantes concernées. Il s’agit sans doute du message le plus crucial pour l’élaboration des politiques, du point de vue de l’écosystème.
Graphique 6.7. Répartition sectorielle des postes vacants dans le secteur des énergies renouvelables aux États-Unis, 2022
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Note : Le graphique présente la répartition des emplois vacants dans le secteur des énergies renouvelables entre les secteurs et les groupes de technologies en 2022 pour les États-Unis. Les observations pour lesquelles il manquait un secteur ont été supprimées et n’ont pas été comptabilisées. L’intensité du rouge correspond à la proportion d’emplois vacants, la somme de l’ensemble des cellules rouges représentant jusqu’à 100 %. L’intensité du bleu correspond à la somme des parts sur les lignes ou les colonnes. Aux États-Unis, les informations sectorielles provenant du SCIAN sont agrégées en sections à un chiffre pour une meilleure comparabilité. Le comptage fractionnaire est utilisé pour les cas impliquant plusieurs technologies. Si une offre d’emploi a été marquée à la fois par un mot-clé générique et par un mot-clé spécifique, seule la technologie spécifique est prise en compte. Des groupes technologiques sont attribués aux offres d’emploi dans le domaine des énergies renouvelables en fonction des mots-clés utilisés pour les identifier.
Source : Adapté de Dechezleprêtre et al. (2024[35]), d’après les données Lightcast.
Prendre en compte l’hétérogénéité des parties prenantes des écosystèmes industriels
Il est également important de tenir compte de l’hétérogénéité des acteurs impliqués dans les écosystèmes industriels. Par exemple, différents types d’entreprises – en termes d’âge, de taille ou de localisation géographique – jouent des rôles différents dans les écosystèmes industriels et ont tendance à bénéficier de différents ensembles de mesures politiques (Criscuolo et al., 2022[1]). En outre, les entreprises situées en amont, au centre ou en aval d’un écosystème donné sont également susceptibles de jouer des rôles différents, et la conception des stratégies industrielles peut tirer parti de la prise en compte de ces différences. Enfin, les acteurs des écosystèmes ne comprennent pas seulement les entreprises, mais aussi les organismes publics de recherche et les bailleurs de fonds, entre autres, qui doivent collaborer pour assurer le succès de l’écosystème. Ce point de vue est au cœur des politiques axées sur des missions : les partisans de cette approche reconnaissent la nécessité de prendre en compte et de coordonner les « systèmes » de parties prenantes pour relever les défis majeurs, tels que la transition vers une économie bas carbone (OECD, 2024[42]) – de nature systémique (Larrue, 2021[43]).
Les start-ups sont une catégorie d’entreprises qui font souvent l’objet d’une attention particulière de la part des décideurs politiques, en raison de leur contribution à la création nette d’emplois (Criscuolo, Gal et Menon, 2014[44]) et le déploiement de nouvelles technologies (Audretsch et al., 2020[45]). Bien qu’elles jouent un rôle crucial dans la croissance économique, les startups sont souvent confrontées à des difficultés plus importantes que les entreprises établies en raison de leur manque de légitimité (Lounsbury et Glynn, 2001[46]) et des antécédents financiers limités (Da Rin, Hellmann et Puri, 2011[47]). Par conséquent, elles bénéficient davantage de certaines mesures politiques, en particulier celles qui atténuent les contraintes de capitaux et facilitent l’entrée et la sortie du marché (Criscuolo et al., 2022[48]). L’écosystème des énergies renouvelables est un exemple de l’importance des startups pour les activités d’innovation : dans cet écosystème, les entreprises en place (âgées de 20 ans ou plus) déposent la plupart des inventions liées aux énergies renouvelables. Toutefois, le graphique 6.8, indique que les jeunes entreprises (de moins de 5 ans) ne déposent pas seulement une part considérable de brevets portant sur des technologies liées aux énergies renouvelables, mais qu’elles en déposent également un nombre disproportionné par rapport à leur contribution globale au dépôt de brevets .
Si l’on considère toutes les autres technologies (représentées par la barre grise), les jeunes entreprises sont responsables d’environ 12 % des brevets dans le monde, mais cette part atteint 37 % dans les technologies géothermiques, 34 % dans l’énergie marine, plus de 25 % dans les déchets et l’hydroélectricité et environ 20 % dans les technologies de la biomasse/des biocarburants et du solaire.
Il existe d’autres facteurs importants à prendre en compte lorsque l’on examine l’hétérogénéité des entreprises impliquées dans les écosystèmes industriels : l’un de ces éléments est leur position – en amont, au centre ou en aval – au sein de l’écosystème. Cela vaut non seulement pour les intrants et les extrants de la production, mais aussi pour les activités d’innovation (Adner, 2006[30]). À cet égard, la richesse des informations contenues dans les brevets évoquée ci-dessus peut également jouer un rôle important, car les brevets contiennent des données détaillées à la fois sur l’état de la technique cité par un brevet (citations en amont) et sur les brevets qui mentionneraient ultérieurement le brevet concerné dans le cadre de leur état de la technique (citations en aval).
Graphique 6.8. Part des technologies liées aux énergies renouvelables détenues par de jeunes entreprises, 2017-21
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Note : Les données se rapportent aux familles de brevets IP5 dans le domaine des technologies des énergies renouvelables, par date de dépôt la plus ancienne. Les « autres technologies » désignent toutes les technologies non liées aux énergies renouvelables.
Source : Calculs de l’OCDE d’après OCDE, STI Micro-data Lab : Intellectual Property Database, Base de données de l’OCDE sur les start-ups et ORBIS©, version 2022.1, Bureau van Dijk, mars 2025.
Le graphique 6.9 présente cette analyse pour l’écosystème des industries à forte intensité énergétique. La partie centrale du graphique inclut les différents types de technologies des industries à forte intensité énergétique, tandis que la partie gauche du graphique montre les citations en amont (« cited technology »)– de l’écosystème des industries à forte intensité énergétique vers sa base de connaissances – et la partie droite montre les citations en aval (« citing technology ») – d’autres secteurs vers l’écosystème des industries à forte intensité énergétique. Si l’on s’intéresse d’abord à la partie gauche, le graphique montre que si certains composants centraux de l’écosystème, comme les « produits chimiques », dépendent principalement d’inventions provenant de ce secteur, d’autres, comme le « bois », le font dans une bien moindre mesure. En outre, la plupart des inventions liées aux industries à forte intensité énergétique semblent bénéficier des brevets déposés dans les secteurs « Produits chimiques » et « Caoutchouc, matières plastiques et minéraux ». Enfin, certains secteurs extérieurs aux composantes centrales de l’écosystème jouent un rôle important en tant que base de connaissances pour les écosystèmes : par exemple, les « machines » et l’« informatique et électronique ».
La partie droite du graphique montre que les secteurs centraux de l’industrie à forte intensité énergétique ont des retombées positives sur d’autres secteurs : par exemple, 14 % des citations en aval d’inventions relatives aux« minéraux non métalliques » sont faites par des brevets dans le domaine de l’informatique et de l’électronique. Il est essentiel de prendre en compte les entreprises qui adoptent l’innovation en aval pour favoriser les écosystèmes industriels, car la recherche a montré que la demande du marché exerce un effet d’attraction sur les activités innovantes (Mowery et Rosenberg, 1979[49]).
Graphique 6.9. Principales technologies citées par les brevets liés aux industries à forte intensité de carbone et reçues par ces brevets
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Note : Les données se rapportent aux demandes de brevet déposées en vertu du PCT, par date de dépôt la plus ancienne et lieu de résidence des déposants. Les brevets d’inventions liées aux industries à forte intensité énergétique sont délimités à l’aide de la concordance développée par Goldschlag, Lybbert et Zolas (2020[40]) qui met en correspondance les codes de la classification coopérative des brevets (CPC) et ceux de la classification sectorielle (CITI, rév. 4), en utilisant une approche probabiliste. Le champ d’application technologique est complété par des brevets liés à la décarbonation des industries, notamment : certaines technologies d’atténuation du changement climatique dans la production ou la transformation de biens et des brevets pour le captage, le stockage, la séquestration ou l’élimination des gaz à effet de serre (GES), identifiés à l’aide des codes CPC. Les technologies citées (« cited technology ») font référence aux trois technologies les plus citées dans les citations en amont de brevets liés à des industries à forte intensité énergétique déposés en 2018-22. Les technologies citantes (« citing technology ») désignent les trois technologies les plus citées dans les citations en aval de brevets liés à des industries à forte intensité d’innovation, par brevet déposé en 2018-22. Les liens vers les citations en aval excluent les auto-citations.
Source : Dechezleprêtre et al. (2025[31]), d’après OCDE, STI Micro-data Lab : Intellectual Property Database, http://oe.cd/ipstats, octobre 2024.
Les bailleurs de fonds, comme les banques, les fonds de capital-risque et les investisseurs providentiels, jouent également un rôle important, en particulier en ce qui concerne les difficultés de financement auxquelles sont confrontées les startups mentionnées plus haut. Les organismes publics de recherche (OPR) – centres publics de recherche et autres institutions publiques – et les universités sont d’autres groupes de parties prenantes qu’il convient de prendre en compte lors de l’élaboration de politiques industrielles ciblant les écosystèmes industriels. Le graphique 6.10 met l’accent sur leur rôle au sein de l’écosystème des énergies renouvelables. Il montre que, si les innovations dans cet écosystème se produisent principalement au sein d’entreprises privées (avec seulement 8 % des brevets provenant d’organismes publics de recherche et d’universités), la part des brevets liés aux énergies renouvelables détenus par des organismes publics de recherche et des universités est relativement plus importante que celle observée pour l’ensemble des brevets (6 %). En outre, il existe des technologies spécifiques pour lesquelles les organismes publics de recherche et les universités jouent un rôle particulièrement important, en particulier le stockage d’énergie à longue durée (20 %), l’énergie marine (18 %) et la géothermie (17 %). Les technologies pour lesquelles les OPR et les universités ont tendance à jouer un rôle plus important sont celles qui sont moins matures – comme les technologies relatives au stockage d'énergie de longue duréeet les technologies marines – tandis que dans les technologies matures comme l’éolien, l’industrie joue un rôle plus important dans les activités de dépôt de brevets, ce qui correspond aux données existantes sur la proximité de l’innovation universitaire avec la frontière technologique (Roche, Conti et Rothaermel, 2020[50]). Dans l’ensemble, la coexistence de ces parties prenantes hétérogènes dans les limites souvent floues des écosystèmes industriels souligne l’importance de concevoir des politiques capables non seulement de prendre en compte cette multitude d’acteurs, mais aussi de favoriser la collaboration entre eux.
Graphique 6.10. Part des brevets relatifs aux énergies renouvelables déposés par des organismes publics de recherche et des universités, dans le monde, 2010-21
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Note : Les données se rapportent aux familles de brevets IP5. Les brevets déposés par les OPR et les universités ne comprennent que les brevets pour lesquels le type de demandeur est identifié.
Source : Dechezleprêtre et al. (2024[35]), d’après OCDE, STI Micro-data Lab : Intellectual Property Database, http://oe.cd/ipstats, janvier 2024.
Identifier les principaux défis auxquels sont confrontés les écosystèmes industriels
Copier le lien de Identifier les principaux défis auxquels sont confrontés les écosystèmes industrielsDéfinir les limites des écosystèmes industriels et identifier leurs parties prenantes sont des éléments essentiels pour identifier les défis potentiels, les goulets d’étranglement et les dépendances possibles au sein des écosystèmes. En effet, elles résultent souvent de frictions de coordination entre les acteurs des écosystèmes (manque de financement pour les startups, par exemple), de « goulets d’étranglement » autour de technologies ou de ressources spécifiques (niobium pour les technologies éoliennes dans l’écosystème des énergies renouvelables, par exemple) ou de relations critiques mais ignorées avec les entreprises en amont ou en aval. Cette section examine trois types de défis qui affectent les écosystèmes : les échanges, la technologie et les compétences.
Dépendances et goulets d’étranglement au niveau des chaînes d’approvisionnement
Les goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement peuvent être particulièrement préjudiciables aux écosystèmes industriels en raison de l’interdépendance qui les caractérise, car la défaillance d’un seul lien (par exemple, des restrictions soudaines à l’exportation d’un minerai critique ou la fermeture d’une usine cruciale) peut avoir des répercussions sur le reste de l’écosystème. Par exemple, les difficultés de l’écosystème automobile pendant et après la pandémie de COVID-19 peuvent être liées à l’incapacité des fournisseurs en amont à fournir les puces nécessaires à la fabrication des voitures (Haramboure et al., 2023[51]). Les retards qui en ont résulté ont eu des répercussions négatives non seulement sur les secteurs automobiles centraux, mais aussi sur d’autres secteurs en amont fortement tributaires du secteur automobile (voir la section 2), ainsi que sur les clients finaux. Le suivi et l’atténuation de ces risques liés aux chaînes d’approvisionnement constituent un objectif clé pour les responsables de l’action publique désireux d’accroître la résilience de leurs économies (Bonnet et Ciani, 2023[52]).
L’écosystème des énergies renouvelables est également exposé aux chocs sur les chaînes d’approvisionnement. Le graphique 6.11 met l’accent sur les dépendances commerciales des biens d’équipement utilisés dans la production d’énergie renouvelable. Il montre que, parmi tous les produits, les importations d’aimants métalliques et de turbines d’une puissance supérieure à 10 000 kW sont particulièrement exposées à des chocs potentiels, car plusieurs pays sont dépendants d’un nombre limité d’exportateurs pour une grande partie de leurs importations (sur les 26 dépendances identifiées, 23 sont liées à des flux commerciaux avec la Chine). Cela signifie que si ce nombre limité d’exportateurs restreignait les exportations d’aimants métalliques et de turbines, les pays qui en dépendent seraient probablement confrontés à des perturbations des chaînes d’approvisionnement. Le graphique montre également que les dépendances commerciales ont augmenté pour la plupart des produits au cours des deux périodes considérées.
Graphique 6.11. Nombre de dépendances commerciales des pays membres de l’OCDE, par produit d’énergie renouvelable
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Note : Trois conditions doivent être réunies pour considérer que le pays i est dépendant de son approvisionnement en k. Premièrement, les importations brutes de k par pays i doivent être globalement fortement concentrées (indice de Herfindahl-Hirschman >0.410). Deuxièmement, le principal partenaire non membre de l’OCDE doit représenter une part élevée (>10 %) des importations de biens du pays i. Enfin, la part des importations de k dans le pays i des autres pays membres de l’OCDE doit être inférieure à 20 %. En outre, pour éviter de considérer comme dépendant un pays dont la production intérieure est élevée, deux conditions supplémentaires ont été ajoutées. Le rapport entre les exportations et les importations du bien k dans le pays i doit être inférieur au 90e centile de la distribution et les importations en provenance du pays i du bien k doivent s’élever à 1 million USD ou plus. Les conditions sont vérifiées sur une moyenne de 3 ans, comme le montre le graphique pour les périodes 2012-2014 et 2019-2021.
Source : Dechezleprêtre et al. (Dechezleprêtre et al., 2024[35]), d’après la base de données Comtrade des Nations Unies.
Identifier les goulets d’étranglement en matière de compétences
L’approche fondée sur l’écosystème industriel peut également apporter des éclairages précieux sur un autre défi majeur : les pénuries de compétences. La pénurie de capital humain approprié, par exemple, a été identifiée comme un obstacle important aux initiatives ambitieuses axées sur les semi-conducteurs récemment lancées par les États-Unis, l’Union européenne, le Japon et la Corée (voir l’encadré 6.2).
Les données en ligne sur les offres d’emploi peuvent fournir des indications utiles sur les professions les plus demandées au sein d’un écosystème donné. Toutefois, il n’est pas facile de distinguer les professions qui font face à une forte demande, mais aussi à une forte offre, de celles qui présentent des inadéquations entre l’offre et la demande. Le graphique 6.12 compare la répartition par profession des offres d’emploi dans les industries à forte intensité énergétique (sur l’axe des ordonnées) et la répartition entre toutes les offres d’emploi dans le secteur manufacturier (sur l’axe des abscisses) pour un échantillon de pays. Le dénominateur représente le nombre d’offres d’emploi en ligne dans le secteur manufacturier (axe des abscisses) ou dans les industries à forte intensité énergétique (axe des ordonnées). Bien que cela ne permette pas d’identifier des inadéquations précises, il met en évidence les professions qui sont particulièrement importantes pour les industries à forte intensité énergétique.
Graphique 6.12. Demande de professions dans les industries à forte intensité énergétique par rapport aux emplois vacants dans le secteur manufacturier, en pourcentage, 2022
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Note : Le graphique présente un nuage de points illustrant les distributions. Chaque point représente une profession spécifique dans l’un des sept pays européens analysés en 2022, à savoir l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne, la France, l’Italie, la Suisse et la Tchéquie, tandis que la ligne noire est une ligne à 45 degrés. Les points au-dessus de cette ligne correspondent aux professions sur-demandées dans un pays. Entre 0.04 % (Suisse) et 4.0 % (Espagne et Tchéquie) des offres d’emploi dans la base de données Lightcast ne contiennent aucune information sur les professions, le pourcentage spécifique variant selon les pays. Les offres d’emploi dans le secteur manufacturier ont été identifiées aux niveaux un et deux chiffres, ce qui peut inclure certaines offres d’emploi au sein des industries à forte intensité énergétique pour lesquelles les informations sectorielles n’étaient disponibles au niveau à un chiffre. Les points colorés représentent les professions les plus demandées dans l’écosystème des industries à forte intensité énergétique (pour plus d’informations, voir Dechezleprêtre et al., s.d.[35]).
Source : Dechezleprêtre et al. (Dechezleprêtre et al., 2025[31]), d’après les données Lightcast.
Le graphique montre que certaines professions sont beaucoup plus demandées dans l’écosystème des industries à forte intensité énergétique que dans le secteur manufacturier en général. Bien qu’il existe des différences selon les pays, la demande excédentaire est plus manifeste pour les travailleurs des secteurs de l’exploitation minière, de la construction, de l’industrie manufacturière et des transports (3 points de pourcentage de plus en moyenne que dans l’industrie manufacturière), suivis de près par les opérateurs de centrale électrique fixes (2 points de pourcentage) et les professionnels associés en sciences et ingénierie (1 point de pourcentage). Les métiers de la métallurgie et des machines font figure d’exception, car ils sont en surdemande en Allemagne, en France, en Autriche et en Suisse (par ordre décroissant), mais en sous-demande en Tchéquie, en Italie et surtout en Espagne.
Encadré 6.2. Politiques relatives aux semi-conducteurs et pénurie de talents
Copier le lien de Encadré 6.2. Politiques relatives aux semi-conducteurs et pénurie de talentsL'écosystème des semi-conducteurs est incroyablement complexe, en raison du haut degré de spécialisation dans les différentes étapes de sa chaîne de valeur – conception, production de plaquettes, fabrication et assemblage, tests et conditionnement (Haramboure et al., 2023[51] ; OCDE, 2024[53]) –. En outre, l’écosystème des semi-conducteurs se caractérise par les mêmes difficultés que celles décrites dans ce chapitre, comme d’importants goulets d’étranglement au niveau de certains nœuds technologiques spécifiques (par exemple, la lithographie par ultraviolets extrêmes (UVE)), ainsi que par une forte dépendance à l’égard des matières premières critiques.
Des initiatives telles que la loi sur les semi-conducteurs et la science (“CHIPS and Science Act” des États-Unis) et la loi européenne sur les semi-conducteurs (“Chips Act” de l’UE) ont reconnu non seulement l’importance de l’industrie des semi-conducteurs en tant que fournisseur d’intrants essentiels pour les industries en aval (Haramboure et al., 2023[51]) mais aussi les défis auxquels ce secteur est confronté. Par conséquent, ces politiques ont fourni des incitations généreuses aux entreprises opérant dans l’écosystème des semi-conducteurs, en particulier pour la construction de nouvelles usines de fabrication (« fabs »). Toutefois, le succès de ces initiatives dépend de la capacité des entreprises à accéder au capital humain nécessaire, qui peut être en pénurie, comme le suggèrent des données empiriques sur la construction de nouvelles installations de fabrication (New York Times, 2024[54]) ainsi que des données empiriques sur les déficits d’approvisionnement (McKinsey, 2024[55] ; McKinsey & Company, 2023[56]). Ce problème ne se limite pas à l'écosystème des semi-conducteurs : le fabricant de batteries Northvolt, pierre angulaire de la stratégie européenne de fabrication de batteries, a connu des perturbations importantes dans ses opérations en raison d'un manque d'expertise en matière d'équipements étrangers (Tagliapietra et Trasi, 2024[57]). Pour combler ces lacunes en matière de de capital humain, il faut une action coordonné des acteurs publics et privés. Par exemple les travaux récents de l’OCDE (OCDE, 2024[53]) sur l’industrie des semi-conducteurs aux Philippinesont soulignéle potentiel d’une coordination renforcée entre les acteurs de l’éducation afin de proposer des formations plus ciblées.
Outre l’éducation, la disponibilité des compétences est également influencée par les politiques migratoires, notamment la réglementation des visas et le phénomène de fuite des cerveaux. Les Philippines constituent à nouveau un cas intéressant, car le pays a connu une forte émigration, ce qui pourrait nuire à ses ambitions dans l’écosystème des semi-conducteurs. Pour y remédier, le gouvernement a lancé le programme Balik Scientist Program afin d’inciter les scientifiques à revenir aux Philippines et de contribuer à renforcer l’écosystème local des semi-conducteurs (OCDE, 2024[53]).
Interdépendances technologiques et difficultés d’adoption
L’approche fondée sur l’écosystème industriel, dans sa perspective globale, est particulièrement bien adaptée pour relever le défi de l’élaboration de politiques efficaces en faveur des technologies nouvelles, qui reposent sur un réseau complexe de collaboration entre divers acteurs. Les startups sont des moteurs essentiels de la destruction créatrice et de la réaffectation des parts de marché au profit d’entreprises plus innovantes et plus productives, sources de gains de productivité (Decker et al., 2017[58]). Les universités et les OPR jouent également un rôle crucial dans la constitution d’une base solide de connaissances scientifiques sur laquelle des innovations commercialisables peuvent être générées et peuvent jouer un rôle disproportionné dans les premières phases de développement de certaines technologies émergentes.
Le graphique 6.13 met en lumière les liens entre les start-ups et les universités/OPR dans l’écosystème automobile. Il montre que, dans toutes les technologies liées à l’automobile, les jeunes entreprises citent de manière significative davantage de brevets universitaires, un résultat qui fait écho à la littérature soulignant l’importance des liens entre les startups et le monde universitaire (Thursby et Thursby, 2011[59] ; Perkmann et al., 2013[60]), et évoque le rôle des startups dans le développement d’innovations à un stade précoce émanant du monde universitaire. Cela souligne l’importance de créer des possibilités de collaboration entre ces deux acteurs de l’écosystème, par exemple par le biais de bureaux de transfert de technologie et des incubateurs et accélérateurs affiliés aux universités.
Graphique 6.13. Part des brevets citant des brevets déposés par des établissements universitaires, écosystème automobile, par âge de l’entreprise et technologie, 2000-2019
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Note : Les familles de brevets ne sont attribuées qu’à l’une des quatre technologies. Si une famille de brevets peut être liée à plusieurs technologies, elle est classée selon l’ordre de priorité suivant : Hydrogène, Autonomie, Électricité et Combustion. Pour être incluse dans l’échantillon, la famille de brevets doit être déposée auprès d’au moins deux offices de brevets, dont l’un des offices IP5 (US Patent and Trademark Office, l’Office européen des brevets, l’Office des brevets du Japon, l’Office coréen de la propriété intellectuelle et l’Administration nationale de la propriété intellectuelle en Chine). Un brevet est considéré comme citant un brevet universitaire si au moins une demande de la famille de brevets mentionne un brevet déposé par un établissement universitaire.
Source : Dechezleprêtre et al. (Dechezleprêtre et al., 2023[34]), d’après OCDE, STI Micro-data Lab : Intellectual Property Database, http://oe.cd/ipstats, juin 2022. Et ORBIS, calculs de l’OCDE.
L’adoption d’une perspective écosystémique peut également aider à mieux comprendre quelles parties d’un écosystème donné ont le plus progressé dans la gestion des technologies clés de la double transition. Par exemple, compte tenu de son efficacité énergétique relativement faible, l’écosystème à forte intensité énergétique bénéficierait particulièrement d’une adoption plus rapide des technologies numériques et bas carbone. En effet, les technologies numériques peuvent avoir un effet positif sur les industries à forte intensité énergétique en fournissant des outils efficaces pour surveiller, contrôler et automatiser la production et les processus (Calvino, Criscuolo et Menon, 2018[61]). En 2018-22, l’écosystème des industries à forte intensité de carbone a développé les technologies numériques à un rythme plus rapide que les autres secteurs manufacturiers hors TIC (7.4 % des technologies liées aux industries à forte intensité de carbone en moyenne comportaient également une composante numérique, contre 6 % dans le reste du secteur manufacturier), mais on observe une hétérogénéité considérable entre les secteurs qui composent l’écosystème, par exemple entre les technologies des « minéraux non métalliques » (16 %) et de la « cokéfaction et du pétrole » (moins de 1 %), et les pays (par exemple, les pays de l’UE27 sont à la traîne dans ce contexte).
Les solutions aux défis auxquels sont confrontés les écosystèmes sont également interdépendantes
Les différents défis évoqués dans cette section sont intrinsèquement liés et le fait de s’attaquer à l’un peut avoir des retombées positives sur les autres. Le graphique 6.14 donne un exemple de ce lien. Il présente les brevets déposés pour développer des substituts et améliorer le recyclage des matières premières employées dans l’écosystème des énergies renouvelables.
Graphique 6.14. Brevets de recyclage ou de substitution de matières premières critiques, 2017-21
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Note : Les données se rapportent aux familles de brevets IP5 par date de dépôt. Les brevets de recyclage ou de substitution de matières premières sont identifiés à l’aide de la stratégie de recherche décrit dans les tableaux A B.2 et A B.3 de l’annexe dans Dechezleprêtre et al (2024[35]).
Source : Dechezleprêtre et al (2024[35]), d’après OCDE, STI Micro-data Lab : Intellectual Property Database, http://oe.cd/ipstats, janvier 2024.
À ce titre, ces efforts d’innovation peuvent jouer un rôle important dans la réduction des dépendances des chaînes d’approvisionnement à l’égard de produits spécifiques et dans l’amélioration de la résilience des chaînes d’approvisionnement. Le graphique montre que la plupart de ces brevets portent sur le silicium, du moins pour la période 2017-21. Le nickel et le niobium sont également visés, mais beaucoup moins que le silicium. Les trois matières premières se caractérisent par une faible substituabilité – d’où l’importance de trouver des alternatives pour favoriser la résilience des écosystèmes – mais le nickel et le niobium sont également confrontés à une forte concentration des exportations, ce qui les rend encore plus délicats pour le suivi de la chaîne d’approvisionnement.
Un autre exemple est présenté dans le graphique 6.15 qui décrit la relation entre la spécialisation technologique et l’avantage comparatif commercial, en mettant l’accent sur un sous-ensemble de technologies liées aux énergies renouvelables, à savoir l’énergie éolienne, hydraulique et solaire. Le graphique montre une relation positive entre l’avantage technologique revéléR des pays, décalé dede dix ans, et leur avantage comparatif revélé (ACR), en particulier dans les domaines de l’énergie éolienne et hydraulique, mais aussi de l’énergie solaire. Cela donne à penser que le renforcement des capacités d’innovation va de pair avec l’amélioration des résultats à l’exportation, et si la directionnalité et la causalité de cette relation ne sont pas encore bien établies dans les travaux publiés, le fait que les valeurs des avantages technologiques revélé précèdent dans le graphique 6.15 de dix ans les valeurs des ACR suggère que les gains de productivité associés à l’innovation (Cassiman, Golovko et Martínez-Ros, 2010[62]) et la montée en gamme vers des activités à plus forte valeur ajoutée au sein de chaînes de valeur technologiques spécifiques (Caliari et al., 2023[63]) contribue probablement à expliquer ce phénomène.
Graphique 6.15. Le leadership technologique est corrélé à de meilleurs résultats à l’exportation dix ans plus tard
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Note : Cette régression regroupe toutes les technologies et tient compte des effets fixes liés à la technologie et au pays. Cette régression tient également compte de l’avantage comparatif relatif de l’année de référence (2012). Un test placebo a été réalisé par régression de l’ATR en 2017-2021 sur l’avantage comparatif relatif en 2012, cette corrélation était toujours positive mais avec un coefficient beaucoup plus faible (0,09 vs 0,9) et des valeurs t (1,79 vs 4,17) que dans la spécification initiale.
Source : Dechezleprêtre et al. (2024[35]), d’après OCDE, STI Micro-data Lab : Intellectual Property Database, http://oe.cd/ipstats et la base de données Comtrade des Nations Unies.
Politiques visant à favoriser les écosystèmes industriels
Copier le lien de Politiques visant à favoriser les écosystèmes industrielsCette section, axée sur les implications pour l’action publique de ce qui a été décrit jusqu’à présent, souligne qu’il est possible d’améliorer l’adoption d’une perspective écosystémique dans l’élaboration des politiques. Si le chapitre a jusqu’à présent mis en évidence l’importance des secteurs noncentraux, l’interdépendance entre des acteurs hétérogènes et la nature multidimensionnelle des écosystèmes industriels, les exemples tirés des études sur les écosystèmes montrent que ces éléments sont généralement négligés par les politiques existantes.
Les politiques industrielles existantes ne prennent pas encore en compte les interdépendances des écosystèmes
Malgré des avancées conceptuelles significatives dans les écosystèmes industriels et d’innovation et une prise de conscience croissante de leur importance, l’adoption de la pensée écosystémique n’est toujours pas la norme dans l’élaboration des politiques industrielles. Le secteur à forte intensité énergétique en est un bon exemple, car il est crucial pour les économies, ses produits étant intégrés dans divers industries en aval. En outre, l’écosystème des industries à forte intensité énergétique affiche une intensité de R-D relativement faible et n’améliore que lentement son efficacité énergétique. Les politiques existantes ne semblent apporter que des réponses partielles à ces défis : par exemple, les aides publiques ciblant l’écosystème des industries à forte intensité énergétique, dans les pays échantillonnés dans le cadre du projet QuIS, semblent être principalement axées sur les exonérations fiscales sur les coûts de l’énergie (graphique 6.16).4F4
Graphique 6.16. Soutien direct aux entreprises explicitement ciblé sur l’écosystème des industries à forte intensité énergétique, par type d’instrument, en % du PIB, moyenne pour 2019-2021
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Note : Les données sont disponibles pour 11 pays de l’OCDE. Les instruments ciblant l’écosystème sont définis comme ceux qui ciblent : i) un secteur spécifique de l’écosystème ou ii) des objectifs spécifiques liés à l’écosystème, tels que subventionner l’efficacité énergétique et des coûts des intrants énergétiques dans le secteur manufacturier.
Source : Dechezleprêtre et al. (2024[35]), d’après la base de données QuIS de l’OCDE.
Aussi déséquilibrée quepuisse paraître l’image fournie par le graphique 6.16, il est probable que ce type de soutien soit sous-estimé, dans la mesure où certaines économies appliquent des réductions fiscales horizontales sur les coûts de l’énergie qui ne sont pas couvertes par le projet QuIS, car elles modifient la fiscalité de référence de l’ensemble de l’économie, y compris des ménages et des entreprises.
Les exonérations fiscales sur les coûts de l’énergie, associées aux importantes extensions accordées aux industries à forte intensité énergétique dans le cadre du système communautaire d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne (SEQE-UE) et d’autres mécanismes de tarification du carbone – avec une part de quotas gratuits de 82 % des émissions totales (contre 21 % dans le reste du secteur manufacturier), en moyenne, sur la période 2005-20 – répondent à des préoccupations cruciales liées à la promotion de la compétitivité de secteurs, comme les industries à forte intensité énergétique, qui sont situés en amont dans de nombreuses chaînes de valeur et sont également fortement exposés aux échanges internationaux. Néanmoins, un portefeuille de mesures plus équilibré pourrait être bénéfique, car il est établi que les quotas gratuits et les exonérations de taxes sur l’énergie sont contradictoires avec les incitations à la réduction des émissions (Dechezleprêtre, Nachtigall et Venmans, 2018[64] ; Flues et van Dender, 2017[65]). En d’autres termes, les incitations actuelles peuvent ne pas constituer une forte incitation à innover dans les technologies vertes, même si leur logique répond à des préoccupations écosystémiques liées aux industries en aval. Bien que cela puisse simplement exiger une approche plus équilibrée, cela met également en évidence les arbitrages difficiles auxquels les décideurs doivent faire face. Un deuxième exemple de mesures qui ne semblent pas prendre en compte l’ensemble de l’écosystème est celui des énergies renouvelables. Dans ce cas, le soutien à la R-D augmente dans tous les pays, en particulier pour l’hydrogène vert et les réseaux intelligents, notamment au Japon et en Allemagne. Cependant, dans le passé, la plupart des aides des pays membres de l’OCDE ciblant cet écosystème étaient axées sur les politiques de déploiement plutôt que sur le financement direct de la R-D (graphique 6.17).
Graphique 6.17. Soutien public à la Reserche, dévelopment et démonstration (RDD) versus au déploiement des énergies renouvelables, 2021
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Note : La valeur des dépenses publiques de RD-D pour les États-Unis est basée sur l’édition 2023 de la base de données de l’AIE sur les budgets de RD-D consacrés aux technologies énergétiques, car les versions plus récentes n’incluent plus les estimations précédemment communiquées. Le financement des pays européens comprend des programmes publics de RDD à l’échelle de l’UE financés par la Commission européenne. Ces fonds sont alloués à chaque pays en fonction de sa part dans le PIB de l’UE en 2021. Le financement est exprimé en valeur nominale (aux prix de 2021) pour le déploiement, et en prix et taux de change constants de 2023 pour la RD-DD publique.
Source : Dechezleprêtre et al. (2024[35]), d’après la base de données de l’AIE Energy Technology RD&D Budgets, décembre 2025 ; (IISD, 2024[66]).
Ce déséquilibre semble particulièrement prononcé dans les économies européennes, ce qui laisse penser qu’il pourrait y avoir un manque à gagner en matière de promotion de l’innovation au sein d’un écosystème qui connaît une baisse du nombre de brevets portant sur des technologies clés depuis 2010. Dans un écosystème fortement tributaire des matières premières critiques et où les fournisseurs de biens d’équipement sont concentrés dans quelques pays, privilégier le soutien au déploiement plutôt que le soutien à l’innovation peut renforcer les goulets d’étranglement plutôt que de les résoudre. Cela est d’autant plus vrai que des pays comme la Chine – principal acteur en termes de biens d’équipement et de matières premières pour l’écosystème – offrent des subventions directes substantielles aux entreprises nationales (OCDE, 2025[67]) ce qui leur confère un avantage par rapport à leurs concurrents étrangers. En outre, le graphique 6.12 a déjà souligné que le secteur de l’électricité, tout en étant un employeur pertinent, ne représente qu’une part limitée des postes vacants dans le secteur des énergies renouvelables. Des politiques plus globales pourraient bénéficier aux nombreux autres secteurs qui représentent les professions liées aux énergies renouvelables.
Les politiques destinées à soutenir l’écosystème automobile semblent s’être orientées vers une intégration plus poussée de la pensée écosystémique, ce qui est crucial dans un secteur fortement touché par la double transition vers les technologies vertes et numériques. Dans ce domaine, l’inclusion d’un soutien aux segments en amont, comme le secteur des semi-conducteurs, semble fondamentale pour accroître la résilience, comme l’ont montré les chocs récents liés à la pandémie de COVID-19. Pour évoluer dans le sens des véhicules « CASE » (connectés, automatisés, partagés et électriques), il est nécessaire de mettre en place des politiques qui soutiennent les fournisseurs de technologies numériques – un domaine dans lequel les entreprises de TIC jouent un rôle clé.
L’industrie des batteries est un autre secteur en amont qui a bénéficié d’un soutien public direct : la création de l’Alliance européenne des batteries et le financement des projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) qui y sont liés suggèrent que la pensée écosystémique est de plus en plus intégrée dans l’élaboration des politiques. La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a exercé des tensions sur les prix de l’énergie, soulignant encore l’importance de l’indépendance énergétique fondée sur la production nationale d’électricité d’origine renouvelable. De ce point de vue, des initiatives telles que la loi Inflation Reduction Act, qui prévoit des crédits d’impôt liés à la fabrication et à l’investissement pour soutenir les producteurs de véhicules électriques et d’électricité renouvelable, peuvent contribuer à la transition vers les transports électriques.
Comment l’approche fondée sur l’écosystème industriel peut-elle faciliter l’identification des politiques pertinentes ?
L’enseignement clé tiré des trois études sur les écosystèmes est que les politiques visant à favoriser un écosystème donné ne devraient pas cibler ses composantes centrales individuelles , mais plutôt la diversité des acteurs qui les composent ainsi que les relations qui les caractérisent. En outre, ces politiques devraient examiner si le soutien doit être adapté aux différents acteurs, notamment les milieux universitaires, les investisseurs ainsi que les PME et les start-ups, de sorte que toutes les parties prenantes, quelle que soit leur taille, puissent contribuer à la croissance de l’écosystème et en bénéficier. Les politiques qui se concentrent uniquement sur les composantes centrales peuvent manquer de clairvoyance, car elles peuvent négliger des facteurs tels que l'innovation en amont, la demande sur les marchés en aval, les goulets d'étranglement des chaînes d'approvisionnement et d'autres dynamiques essentielles de l'écosystème. De même, les politiques « axées sur des missions » soulignent la nécessité d’une coordination entre les différentes politiques (et entre les acteurs qui les supervisent) afin de relever les « grands » défis globaux tels que ceux posés, par exemple, par le changement climatique (Mazzucato, 2018[68] ; Larrue, 2021[69] ; OCDE, 2023[70]). Il s’agit d’une tâche ardue qui nécessite des organismes publics compétents, des infrastructures de données efficaces, un alignement sur les priorités nationales et un large consensus public. Les politiques axées sur l’innovation, les compétences et la concurrence devraient toutes être prises en compte, car elles contribuent toutes à créer des écosystèmes plus dynamiques et plus résilients.
Les politiques en faveur de l’innovation sont cruciales dans l’ensemble des écosystèmes étudiés, car elles contribuent à renforcer les capacités nécessaires à la réussite future. Les responsables de l’action publique qui cherchent à soutenir l’innovation disposent de divers instruments, notamment des crédits d’impôt en faveur de la R-D, des subventions pour les dépenses de R-D, des aides à la recherche universitaire, etc. La littérature existante a (Bloom et al., 2020[8]), que ces instruments, en particulier les crédits d’impôt et, dans une moindre mesure, les subventions à la R-D, (Criscuolo et al., 2022[48]), sont efficaces pour augmenter les dépenses de R-D et générer des innovations (Appelt et al., 2016[71] ; Dechezleprêtre et al., 2023[72] ; OCDE, 2023[70] ; OCDE, 2023[73]). Il peut être utile d’ancrer la conception de ces politiques dans une approche écosystémique industrielle : par exemple, l’analyse des brevets examinée dans ce chapitre identifie les secteurs et les technologies dont dépendent les éléments centraux d’un écosystème, et oú un soutien à l’investissement dans la R-D pourrait être nécessaire. Par exemple, le soutien à la R-D des constructeurs automobiles pourrait être moins efficace si des innovations cruciales se produisent en dehors de la partie centrale de l’écosystème, dans des secteurs comme l’informatique et l’électronique. Les responsables de l’action publique peuvent rééquilibrer les incitations à la R-D pour cibler également des secteurs et des technologies spécifiques en amont (dans cet exemple, les technologies numériques), et exploiter des instruments complémentaires pour faciliter l’entrée sur le marché des startups actives dans ces technologies. Le graphique 6.5 a fourni des preuves solides sur ce point, car il a clairement montré qu'une part considérable des innovations liées aux technologies à forte intensité énergétique ne provient pas des composantes centrales de l'écosystème. Les responsables de l’action publique peuvent également tirer parti d’une approche écosystémique pour remédier aux goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement : l’identification des matières premières difficiles à remplacer (comme on l’a vu plus haut pour l’écosystème des énergies renouvelables) est une condition préalable à la conception d’incitations spécifiques à la R-D ciblant les matériaux de substitution ou les techniques de recyclage.
Il existe notamment de fortes complémentarités entre les politiques. Par exemple, l’octroi de crédits d’impôt à la R-D peut ne pas aboutir à des résultats innovants lorsque les compétences requises font défaut, car leur absence tend à entraver l’adoption de technologies innovantes (Calvino, Criscuolo et Verlhac, 2020[74]). Au contraire, elle peut entraîner des tensions inflationnistes sur les salaires de la R-D (Criscuolo et al., 2022[5]) ayant des conséquences négatives sur d’autres fonctions de l’entreprise’. Toutefois, le soutien au capital humain est l’un des domaines les plus difficiles pour les responsables de l’action publique, car il peut s’écouler des années avant de porter ses fruits, et repose généralement sur la collaboration entre le monde universitaire, les prestataires d’enseignement et de formation techniques et professionnels et les entreprises privées. L’adoption d’une approche fondée sur l’écosystème industriel peut également être bénéfique pour les responsables de l’action publique dans ce contexte. Le graphique 6.17 montre comment les offres d’emploi liées aux technologies des énergies renouvelables proviennent de secteurs disparates, notamment l’industrie manufacturière et l’électricité, mais aussi les activités professionnelles et scientifiques, ainsi que la construction, la finance et l’assurance. Une approche uniquement sectorielle manquerait donc une masse critique d’emplois liés à l’écosystème des énergies renouvelables. En outre, elle peut mettre en évidence les professions qui sont demandées dans les secteurs centraux ou non d’un écosystème, plutôt que dans des segments spécifiques. Cela permet d’atténuer les risques potentiels de « débauchage », qui peuvent survenir si une mesure abaisse les coûts de main-d’œuvre dans un segment, entraînant des pénuries ailleurs dans l’écosystème, ce qui se traduit par un bénéfice net nul dans l’ensemble. Par exemple, dans l’écosystème des industries à forte intensité énergétique, les compétences numériques sont actuellement très recherchées dans tous les secteurs : investir dans la formation de ces compétences en particulier pourrait générer un double dividende. Pour éviter les goulets d’étranglement, les stratégies relatives à l’écosystème industriel devraient prévoir des initiatives d’amélioration des compétences, de recyclage et de rétention des talents, en veillant à ce que le développement du capital humain suive le rythme des ambitions technologiques et en matière de durabilité.
D’autres domaines de complémentarité concernent le financement à risque et les politiques de la concurrence. Les sections précédentes ont souligné que les startups sont des moteurs économiques cruciaux, qui génèrent et diffusent des innovations (en particulier pour les technologies émergentes), avec un effet positif sur l’emploi et sur la productivité via des effets de redéploiement (Decker et al., 2017[58] ; Calvino, Criscuolo et Menon, 2018[61]). Les start-ups sont confrontées à des conditions plus difficiles que les entreprises plus établies, en raison de leur manque de ressources et de leur historique financier sur le marché. Il est donc crucial pour eux d’avoir accès au capital-risque (Hall et Lerner, 2010[75]). Toutefois, les analyses scientifiques des interventions publiques dans ce domaine ont abouti à des résultats mitigés, certaines études faisant état de problèmes d’éviction et de performances insuffisantes du capital-risque soutenu par l’État par rapport à celles du capital-risque privé (Howell, 2024[76]), d'autres études constatant des performances comparables entre les deux (Berger, Dechezleprêtre et Fadic, 2024[77]) et d’autres études encore concluent qu’une combinaison de CV privées et publiques donne de meilleurs résultats que d’autres modalités (Brander, Du et Hellmann, 2015[78]).
De même, la politique de la concurrence a un rôle important à jouer pour faire en sorte que les entreprises en place établies n’étouffent pas l’innovation par des stratégies d’acquisition agressives (Cunningham, Ederer et Ma, 2018[79]), en particulier dans un contexte économique caractérisé par une baisse du dynamisme des entreprises (Calvino, Criscuolo et Verlhac, 2020[74]) à la lumière de nouvelles données concernant la baisse des taux d’innovation des entreprises acquises (Berger et al., s.d.[80]). En particulier, la concurrence est généralement considérée comme ayant un effet en forme de U inversé sur l’innovation (Aghion et al., 2005[81]): positif jusqu’à un certain seuil (Levine et al., 2020[82]), négatif par la suite (Kang, 2019[83]). Cependant, une concurrence excessive peut réduire les ressources disponibles pour les investissements des entreprises. La compréhension du rôle que jouent les différents acteurs dans un écosystème peut aider à mettre en évidence les domaines dans lesquels des interventions pourraient être nécessaires : par exemple, la contribution décroissante des PME à l’innovation dans l’écosystème des énergies renouvelables pourrait être liée à l’augmentation des activités de fusions-acquisitions dans ce secteur.
Dans l’ensemble, la complexité et les interdépendances qui existent entre ces politiques – et peut-être de nombreuses autres dans des domaines tels que les marchés publics, les programmes en faveur de l’entrepreneuriat, les politiques du marché du travail, etc. – soulignent la nécessité d’une coordination entre les décideurs chargés des différentes politiques – qui, même lorsqu’elles sont conçues au niveau central, sont souvent administrées et suivies par différents ministères et organismes (OCDE, 2024[84]) – ainsi que les parties prenantes de l’écosystème, sur la base de données empiriques solides.
Conclusions
Copier le lien de ConclusionsLes écosystèmes industriels peuvent constituer une unité d’analyse cruciale pour les responsables de l’action publique qui cherchent à concevoir des politiques industrielles favorisant la croissance et la résilience de leurs économies. Les trois études de cas utilisées dans ce chapitre (automobile, énergies renouvelables et industries à forte intensité énergétique) ont décrit des approches concrètes pour délimiter les écosystèmes industriels (leurs frontières et les parties prenantes) et mis en évidence certains des principaux défis qui les concernent.
Les messages clés sont les suivants : premièrement, les définitions sectorielles sont pertinentes, mais le fait d’accroître la granularité de l’analyse permet de prendre en compte les composantes clés (par exemple, les fournisseurs en amont et les clients en aval) et les relations (par exemple, les liens d’innovation) qui seraient omises dans une approche sectorielle standard. Deuxièmement, les écosystèmes comprennent divers acteurs hétérogènes : leur cartographie, l’identification des rôles spécifiques qu’ils jouent et de leur importance respective reposent sur l’utilisation d’un large éventail de données (par exemple, valeur ajoutée, échanges, brevets, offres d’emploi en ligne, etc.). Troisièmement, bon nombre des défis décrits, que ce soit dans les domaines du commerce, du capital humain ou de l’innovation, trouvent leur origine dans une partie bien définie de l’écosystème, mais ont tendance à se répercuter sur d’autres domaines. Quatrièmement : agir sur un défi peut être bénéfique pour les autres aussi. Par exemple, les innovations générées en amont dans la chaîne de valeur se répercuteront en cascade sur les secteurs en aval, les gains de productivité dépassant les frontières sectorielles et affectant aussi positivement la production et les échanges.
L’approche écosystémique peut être améliorée. Par exemple, de nombreuses analyses s’appuient encore sur des données relatives à la valeur ajoutée qui ne sont actuellement disponibles qu’au niveau sectoriel à deux chiffres. L’analyse des écosystèmes à partir de données plus granulaires pourrait apporter des éclairages plus approfondis à l’appui de l’action publique. Deuxièmement, le réseau de clients et de fournisseurs pourrait être étendu à des relations plus distantes, afin d’identifier les goulets d’étranglement cachés et de renforcer la résilience d’un écosystème. Troisièmement, les analyses présentées dans ce chapitre portent sur les entreprises, les secteurs industriels et les pays. Cependant, les travaux publiés dans le domaine des écosystèmes ont mis en évidence le rôle des groupements et des districts géographiquement circonscrits, qui n’est pas pris en compte dans ces travaux.
L’exploitation des données sur la TVA au niveau des entreprises est un domaine prometteur pour la poursuite de la recherche sur les écosystèmes (Criscuolo et al., 2024[33]) pour décrire les interactions entre entreprises. Des écosystèmes plus granulaires peuvent également être analysés. Les travaux en cours sur l’écosystème des semi-conducteurs, qui reposent sur une taxonomie distinguant différents types de puces et d’installations de production, en sont un exemple (OECD, 2024[42]). À mesure que ces approches se généraliseront et que le niveau de précision et de granularité augmentera, les responsables de l’action publique seront de plus en plus en mesure de mener des interventions ciblées fondées sur des données factuelles claires et capables non seulement de cibler des points de friction spécifiques, mais aussi de s’attaquer avec confiance à l’interdépendance existant au sein des écosystèmes.
Références
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. Les données TiVA décrivent la valeur ajoutée créée par chaque secteur-pays dans la production de biens et de services consommés dans le monde entier.
← 2. Plus précisément, les brevets protégeant des technologies liées aux industries à forte intensité énergétique sont identifiés par la concordance entre les classes de technologie attribuées aux documents de brevets, en particulier les codes de la Classification coopérative des brevets (CPC), et les secteurs d’activité, tels que développés par Goldschlag, Lybbert et Zolas (2020[40]). Le champ d’application technologique comprend également les brevets liés à la décarbonation des industries, identifiés à l’aide des codes CPC. On trouvera à l’annexe B de Dechezleprêtre et al. de plus amples informations sur la couverture et les méthodologies utilisées pour construire des indicateurs fondés sur les brevets. (2025[31]).
← 3. Les éclairages présentés ici reposent sur les données de Lightcast, une entreprise d’analyse de l’emploi et d’information sur le marché du travail qui recueille des données auprès des sites web et des sites d’emploi en ligne des entreprises.
← 4. Les données de QuIS portent sur 11 pays au regard de l’année 2022 : Allemagne, Canada, Danemark, France, Irlande, Israël, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Slovénie et Suède.