Ce chapitre met en lumière les réalisations et les innovations des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 pour répondre aux exigences en matière d'emploi et de compétences nécessaires à la tenue des Jeux, tout en créant des opportunités pour les groupes défavorisés et les personnes éloignées de l’emploi. Il présente également les efforts déployés pour renforcer les capacités des très petites, petites et moyennes entreprises (TPE-PME), y compris celles de l'économie circulaire, sociale et solidaire, en facilitant leur accès aux opportunités de marchés publics.
L’héritage des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024
1. Des Jeux engagés : Créer des emplois et générer des opportunités pour les TPE-PME et l’économie sociale et solidaire
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Quelle est la problématique ?
Copier le lien de Quelle est la problématique ?Lorsqu’ils sont bien planifiés et mis en œuvre, les grands événements sportifs, culturels et économiques peuvent avoir des retombées immédiates et à plus long terme sur le développement local. Si les grands événements peuvent avoir des retombées économiques immédiates grâce à l'amélioration des infrastructures, aux emplois associés à l’événement et à l’attribution de contrats aux entreprises locales, ils peuvent également servir de plateforme pour relever des défis de développement plus vastes et à long terme. Ils peuvent offrir des voies d'accès à l’emploi aux groupes sous-représentés, aux personnes éloignées de l’emploi et aux jeunes en intégrant des formations sur mesure, des programmes d’apprentissages et des possibilités de volontariat dans les préparatifs et les opérations de l'événement. Ces initiatives augmentent l’employabilité et favorisent le développement des compétences au-delà de l’événement en lui-même. En outre, les grands événements peuvent renforcer les capacités des TPE-PME locales, y compris les entités de l’économie circulaire, sociale et solidaire, en leur permettant d’accéder aux marchés publics (directement ou dans le cadre de contrats de sous-traitance), d’améliorer leurs qualifications et d’accéder à de nouveaux marchés. Lorsqu’ils sont planifiés de manière stratégique, les événements mondiaux laissent un héritage durable d’inclusion, d’amélioration des compétences et de croissance des entreprises, contribuant ainsi au développement local durable.
Cependant, des défis communs doivent être surmontés pour aider les TPE-PME à tirer parti des événements majeurs, notamment des processus complexes en matière de passation de marchés, une connaissance limitée des opportunités et des difficultés à respecter les normes de l’événement. Les TPE-PME peuvent également être confrontées à des contraintes financières, car elles opèrent souvent avec des ressources humaines, des budgets et des flux de trésorerie limités. Ceci complique la gestion des investissements initiaux nécessaires à la participation à des événements majeurs, tels que l'embauche de personnel, l'achat d'équipements ou l'exécution de commandes importantes. Les TPE-PME peuvent également éprouver des difficultés à concurrencer les grandes entreprises sur le plan des prix, des capacités ou des compétences techniques. De nombreuses opportunités associées aux grands événements sont temporaires et ne durent que le temps des phases de préparation et de livraison de l'événement. Les TPE-PME peuvent donc hésiter à investir du temps et des ressources dans des projets de courte durée dont le potentiel de rentabilité à long terme est limité. Après l’événement, les TPE-PME peuvent avoir du mal à maintenir l'élan donné par celui-ci, à s’intégrer dans des chaînes d’approvisionnement plus importantes ou à tirer parti de leur expérience pour se développer à l’avenir. Pour surmonter ces obstacles, les pays hôtes doivent simplifier les processus d’approvisionnement, améliorer la communication et la sensibilisation, et mettre en place des initiatives de renforcement des capacités pour aider les TPE-PME à répondre aux exigences de qualité et de durabilité. Le soutien financier, tel que les aides ou les subventions, peut amortir les coûts initiaux, tandis que la promotion des partenariats entre les TPE-PME et les grandes entreprises peut améliorer l’accès aux chaînes d’approvisionnement. Il est également important de mettre en place des cadres de soutien pour l'engagement des TPE-PME au-delà de l’événement afin de maximiser leur impact économique.
Il est également difficile de maximiser les possibilités d’emploi et de qualification pour les publics défavorisés et les personnes éloignées de l’emploi. Les obstacles comprennent l’inadéquation entre les rôles disponibles et les compétences des groupes cibles, l’accès limité à l’information sur les opportunités et la nature temporaire de nombreux emplois liés aux événements. Des obstacles personnels, tels que l’absence de services de garde d’enfants ou l’instabilité du logement, compliquent une participation régulière. La stigmatisation, la discrimination, ainsi que l’insuffisance de programmes de formation ne répondant pas à des besoins spécifiques limitent aussi l’inclusivité des initiatives en faveur de l’emploi. En outre, la coordination fragmentée entre les parties prenantes réduit le potentiel d’impact à long terme, tandis que les difficultés à mesurer les résultats entravent la responsabilisation et l’amélioration.
Pour surmonter ces difficultés, les pays hôtes doivent mettre en place des programmes de formation ciblés et adaptés aux besoins des groupes défavorisés en veillant à ce qu’ils correspondent aux exigences de l'emploi et aux besoins à long terme du marché du travail. Des stratégies de communication inclusives et des services de soutien intégrés, tels que des subventions pour la garde d’enfants et le transport, peuvent aider à surmonter les obstacles personnels et logistiques. Les organisateurs doivent se fixer des objectifs clairs pour impliquer les publiques défavorisées et promouvoir les partenariats avec les employeurs et les organisations locales. L’investissement dans la formation aux compétences transférables et dans le développement de carrière à long terme, associé à des systèmes de suivi et d’évaluation des résultats, contribue à un héritage social durable qui bénéficie les groupes défavorisés au-delà de l’événement lui-même.
Les droits des travailleurs et la sécurité sur les chantiers de construction sont des défis majeurs, compte tenu de l’ampleur et de la complexité des projets d'infrastructure requis. Le respect des normes de santé et de sécurité, la prévention de l’exploitation telle que la sous-rémunération ou les heures de travail excessives, ainsi que la protection des droits des travailleurs migrants et vulnérables sont essentiels pour favoriser des conditions de travail équitables et éthiques. Les pays hôtes doivent appliquer une réglementation du travail stricte et collaborer avec les entrepreneurs, les syndicats et les organisations internationales pour faire respecter les droits des travailleurs et minimiser les risques d'accidents et d'abus.
Les principes internationaux de bonnes pratiques peuvent aider les organisateurs d'événements mondiaux à maximiser leur impact social et économique. La recommandation de l'OCDE sur les manifestations internationales et le développement local, ainsi que les guides d'évaluation d'impact qui s'y rapportent, mettent l’accent sur l’utilisation stratégique des commandes publiques assorties de clauses sociales et environnementales afin de promouvoir la durabilité, d’aider les populations à accéder à des possibilités d’emploi et à bénéficier de formations dans des secteurs clés tels que la construction, l’hôtellerie et la sécurité, tout en préservant l’environnement. La recommandation et les orientations connexes soulignent que l’engagement du secteur privé et des agences de soutien aux entreprises dans la conception d’approches stratégiques est essentiel pour faciliter l'accès aux chaînes d’approvisionnement, promouvoir l’investissement, respecter les droits du travail et créer des opportunités de développement économique et d’emploi à l’échelle locale. De plus, des stratégies en matière d'emploi et de compétences doivent être mises en œuvre pour maximiser la création d'emplois locaux, en tirant parti de l'emploi lié à l'événement pour améliorer les compétences des travailleurs, en particulier les travailleurs temporaires et peu qualifiés, et favoriser leur employabilité à long terme. Une planification inclusive qui fait progresser l’égalité des sexes, soutient les personnes en situation de handicap et accroît la participation des publics défavorisés au marché du travail garantit l’héritage social et économique à long terme des grands événements (OCDE, 2018[1]).
Encadré 1.1. Emploi, compétences et stratégies PME dans le cadre des événements majeurs : exemples internationaux
Copier le lien de Encadré 1.1. Emploi, compétences et stratégies PME dans le cadre des événements majeurs : exemples internationauxLes Jeux du Commonwealth de Birmingham 2022, au Royaume-Uni, ont offert des opportunités de développement des compétences et de formation professionnelle par le biais de plusieurs programmes visant à renforcer l’employabilité. L’une des initiatives phares a été la création de la Jobs and Skills Academy, qui visait à relier les opportunités d’emploi, de bénévolat et de formation générées par les Jeux à la population locale, en particulier les jeunes, les personnes issues de groupes défavorisés, les chômeurs et les personnes en situation de handicap. L’Academy a facilité des partenariats avec diverses institutions éducatives et entreprises pour proposer des formations ciblées gratuites aux personnes remplissant les critères d’éligibilité, les places en formation étant directement liées aux emplois pendant les Jeux dans des secteurs tels que la sécurité, la surveillance, la logistique, la restauration, le nettoyage et la gestion des déchets.
La Suisse utilise l’organisation de l’EURO féminin de football 2025 pour promouvoir l’emploi des femmes dans le football. Dans le cadre du plan d’héritage « Here to stay », l’Association suisse de football entend tirer parti de l’accueil de la compétition pour impulser un changement durable dans le domaine du football féminin, de la représentation et de l’égalité des chances. Elle s’est fixée pour objectif de doubler, d’ici fin 2027, le nombre de femmes travaillant dans le football en tant qu’entraineurs, arbitres et officielles, ainsi que le nombre de femmes occupant des postes décisionnels parmi les joueuses dans le paysage footballistique suisse.
Les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2016 à Rio de Janeiro, au Brésil, ont accordé une attention particulière aux PME locales. Le Service brésilien de soutien aux micro et petites entreprises (SEBRAE) a aidé les PME à obtenir des contrats de fournisseurs. Ce soutien comprenait une aide à l’amélioration de leurs certifications et qualifications afin de répondre aux normes requises.
Pour les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2020 à Tokyo, au Japon, le gouvernement métropolitain de Tokyo (TMG) a lancé un portail dédié aux PME pour accéder aux appels d’offres et opportunités commerciales liés aux Jeux. Le portail était ouvert aux entreprises étrangères et nationales, et géré par le Centre de soutien aux PME de la TMG en collaboration avec la Chambre de commerce et d’industrie de Tokyo et l’Association des petites entreprises de Tokyo.
Source : (OECD, 2025, forthcoming[2])
Paris 2024 : soutenir l’emploi et le développement des compétences, tirer parti de l’économie sociale et solidaire et créer des opportunités pour les TPE-PME
Copier le lien de Paris 2024 : soutenir l’emploi et le développement des compétences, tirer parti de l’économie sociale et solidaire et créer des opportunités pour les TPE-PMECharte sociale de Paris 2024 - une innovation pour inspirer les futurs organisateurs d’événements mondiaux
La Charte sociale de Paris 2024 - la première en son genre - énonce des engagements visant à promouvoir les normes du travail, l’emploi inclusif et les opportunités pour les TPE-PME et les structures de l’ESS. Une charte sociale a été envisagée dès la phase de candidature des Jeux en 2015. Elle a été signée le 19 juin 2018 pour renforcer les engagements sociaux des Jeux et couvre les trois phases des Jeux : la préparation, la livraison et l’héritage après les Jeux. La Charte comprend 16 engagements en matière de création d’emplois, d'accès à la formation et de respect des normes internationales du travail. Par exemple, elle garantit que les personnes défavorisées, y compris les chômeurs, peuvent avoir accès à des possibilités de formation et d’emploi. La Charte priorise également la prévention des violations des droits du travail, malheureusement fréquentes lors de l’organisation de grands événements sportifs dans le monde entier. La Charte a été signée par les cinq principaux syndicats représentant les salariés (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC), les trois principales organisations d’employeurs (MEDEF, U2P, CPME), ainsi que par le Comité d’Organisation de Paris 2024. C’est la première fois qu’un événement sportif d’une telle ampleur s’engage dans une démarche marquée par un engagement commun du Comité d’Organisation, de la société prestataire, ainsi que des organisations syndicales et patronales.
Encadré 1.2. Les engagements de la Charte sociale de Paris 2024
Copier le lien de Encadré 1.2. Les engagements de la Charte sociale de Paris 2024La Charte sociale de Paris 2024 vise à faire des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 une plateforme de promotion de la responsabilité économique et sociale. La charte énonce 16 engagements visant à garantir que les Jeux favorisent des conditions de travail décentes, encouragent le développement des compétences, respectent les normes internationales du travail et soutiennent une approche durable et inclusive de l'activité économique.
Mettre en place une gouvernance et un pilotage qui assurent l’exemplarité sociale des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024
1. Constituer un comité consultatif réunissant les organisations syndicales de salariés et d’employeurs et les collectivités pour le suivi de la mise en œuvre de la Charte sociale Paris 2024 et la mesure de ses impacts.
2. Assurer la présence des organisations syndicales de salariés et d’employeurs au sein de la gouvernance du COJOP et de la SOLIDEO, en la personne du représentant des salariés français au Conseil d’administration de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) pour les organisations syndicales de salariés et en la personne désignée par les organisations patronales représentatives.
3. Encourager une commande publique qui prendra en compte l’insertion par l’activité économique, intégrera des clauses de responsabilité sociale et environnementale dans les appels d'offre, en tenant compte des spécificités des petites et moyennes entreprises françaises.
4. Garantir l’accès à l’information des appels d’offres publics et privés liés aux Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 à des petites et moyennes entreprises françaises visant à développer l’emploi local et le tissu économique.
Placer l’emploi de qualité et les conditions de travail des salariés au cœur de l’impact socio-économique des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024
5. Prévenir toutes les formes de discrimination dans l’accès à l’emploi et pendant l’emploi, encourager la mixité dans les métiers exercés pour l’organisation des Jeux.
6. Anticiper les besoins en compétences des entreprises pour la bonne organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques ; favoriser l’accès à l’emploi des publics qui en sont éloignés : jeunes de zones prioritaires, travailleurs en situation de handicap, chômeurs de longue durée, seniors, etc., grâce à la mobilisation de tous les acteurs (État, collectivités territoriales, entreprises).
7. S’engager sur un objectif de protection de la santé et de la sécurité des salariés ainsi que de leurs conditions de travail, notamment lors des travaux nécessaires à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024.
8. Faire respecter les normes internationales du travail et notamment « le travail décent » au sens de l’OIT auprès des sous-traitants et des fournisseurs.
9. Porter une attention particulière aux salariés détachés afin de favoriser leur accès à l’information et le respect de leurs droits, notamment par l'accompagnement des employeurs.
Favoriser le développement des compétences et la sécurisation des parcours professionnels des salariés et des bénévoles engagés dans l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024
10. Accompagner les publics jeunes via des parcours de professionnalisation ou d’apprentissage afin d’optimiser leur accès à l’emploi à long terme.
11. Accompagner via des programmes de formation renforcés, le développement des compétences par filière métiers et l’insertion vers des métiers émergents pendant toute la période d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 (préparation et post JO).
12. Valoriser l’engagement personnel des bénévoles mobilisés par la validation des acquis de l’expérience ou une certification.
13. Favoriser le reclassement professionnel des salariés qui auront travaillé à l'organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024.
Faire du sport, à travers l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024, le moteur d'un développement économique, social et solidaire
14. Assurer une reconversion exemplaire du Village olympique autour d’un programme de logements sociaux et d’urbanisme innovant et inscrit dans un écosystème alliant résidence et activités économiques de proximité en lien avec les collectivités locales, après les Jeux Olympiques et Paralympiques 2024.
15. Promouvoir conjointement avec l’État, les collectivités territoriales, le mouvement sportif et les organisations syndicales de salariés et d’employeurs le développement du sport en entreprise, notamment à travers un partenariat avec les comités d'entreprise.
16. Mettre en place des actions de solidarité internationale dans le domaine du sport.
Les engagements de la Charte ont été intégrés dans la Charte SOLIDEO pour l’emploi et le développement territorial fixant des objectifs quantifiables. La Charte SOLIDEO, signée le 5 juillet 2018 (et promulguée dans l'article 16 de la loi n°2018-202), a exposé les objectifs de la Charte sociale pour les infrastructures olympiques et paralympiques. Elle a introduit des objectifs quantifiés, et faciles à suivre et à évaluer, tels qu’assurer 10 % des heures de travail aux personnes issues de milieux défavorisés, y compris les chômeurs et les personnes éloignées de l’emploi. La Charte précise également l’objectif de promouvoir l’accès aux marchés publics pour les PME, les entités de l’économie sociale et solidaire, le secteur de l’insertion par l’activité économique, en visant 25 % de la valeur totale des marchés. La Charte s’engage également à lutter contre le travail illégal, les pratiques anticoncurrentielles et la discrimination, tout en garantissant des conditions de travail de qualité et en réduisant au minimum l’emploi précaire.
De solides mécanismes de suivi ont été mis en place pour garantir la mise en œuvre de la Charte sociale. Le comité de suivi de la Charte sociale établi en 2019 était chargé de veiller à la mise en œuvre adéquate de la Charte. Ce comité, composé de représentants des syndicats et des organisations d’employeurs et avec la participation de la SOLIDEO et du Comité d'Organisation de Paris 2024, a tenu des réunions régulières pour suivre les progrès, relever les défis et proposer des solutions réalisables. Pour faciliter le suivi des progrès, la SOLIDEO a développé un tableau de bord mis à jour mensuellement, partagé avec les autorités de contrôle et reconnu par la Cour des comptes française1 (Cour des Comptes, 2023[3]) pour son exactitude. Ce tableau de bord a permis de suivre l’avancement des travaux olympiques et paralympiques en fournissant des informations détaillées sur le nombre d'entreprises contractantes, leur localisation géographique, les montants engagés, ainsi que les heures de travail des personnes en insertion et les données relatives aux accidents du travail. La précision et la transparence de ces procédures de contrôle interne ont permis de garantir une gestion efficace, d'ajuster les actions en temps réel et d'assurer la réalisation des objectifs fixés.
La collaboration avec l’Organisation internationale du travail (OIT) a permis de fournir des conseils techniques et de renforcer les engagements en matière de normes internationales du travail. Le modèle de gouvernance a mis l’accent sur la collaboration tripartite, intégrant les acteurs institutionnels, le monde des affaires et les représentants des travailleurs. Ce niveau d’implication était sans précédent dans l'histoire des Jeux olympiques et témoignait d’un engagement fort en faveur du dialogue social.
Des exigences mesurables et des contrôles renforcés ont été mis en place pour garantir le respect de la Charte par un large éventail de contractants. Des objectifs précis et réalisables ont été introduit, tels que l’obligation pour les contractants d'employer un pourcentage spécifique de travailleurs issus de groupes défavorisés. Les contrats attribués aux entreprises comportaient des clauses les obligeant à employer des personnes issues de groupes défavorisés. Ces mesures ont fait l'objet d'un suivi attentif et les entreprises ont dû fournir des preuves de leur respect. Le renforcement des inspections et la participation des syndicats à la surveillance ont permis de garantir le respect des normes de sécurité et de travail, ce qui a contribué à minimiser les risques liés à la sécurité et aux conditions de travail. Les visites sur le terrain effectuées avec le comité de la Charte sociale ont révélé des améliorations tangibles. Par exemple, dans la ville de Marseille, les agents de sécurité aux points d'accès clés ont reçu des chaises, des parasols et des bouteilles d’eau, ce qui constitue un changement notable dans les conditions de travail. D’autres inspections ont par exemple touché les installations de repos, les zones de repas et le temps de déplacement entre les postes de travail et les zones de pause. Même si tous les problèmes n’ont pas été résolus, ces mesures témoignent de la volonté d’améliorer le bien-être des travailleurs dans le cadre de la stratégie d’approvisionnement responsable.
Les initiatives de la Charte sociale ont donné des résultats significatifs. Plus de 30 000 travailleurs ont bénéficié d’une intégration réussie dans les projets de construction des Jeux. Les programmes de formation ont permis à des milliers de personnes d'acquérir des compétences dans des secteurs en forte demande, assurant ainsi leur employabilité après les Jeux. 37 % de la valeur totale des marchés publics ont été attribués à des TPE-PME, dépassant les objectifs initiaux de 25 % (ESS2024, 2024[4]). Les accidents du travail sur les sites de construction ont été quatre fois inférieurs à la moyenne nationale, ce qui souligne l'efficacité des protocoles de sécurité mis en œuvre. Les partenaires sociaux ont par ailleurs reconnu les résultats positifs de la Charte en termes de conditions de travail décentes.
Encadré 1.3. Leçons en matière de prévention des accidents et de lutte contre le travail illégal sur les chantiers de construction
Copier le lien de Encadré 1.3. Leçons en matière de prévention des accidents et de lutte contre le travail illégal sur les chantiers de constructionL’Inspection du travail d'Île-de-France a fait des efforts importants en matière de prévention des accidents. Elle a notamment créé une unité régionale de contrôle spécifique (URACGC), un service dédié au suivi des grands chantiers des Jeux olympiques et du Grand Paris, aux côtés de l'unité régionale de contrôle de lutte contre le travail illégal. Chaque chantier dispose d'un agent dédié, chargé de veiller au respect du droit du travail sur les chantiers relevant de sa compétence. La participation d'URACGC aux comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, sa présence sur le terrain, la mise en place d'un guichet unique, notamment pour le contrôle des dérogations au droit du travail, ont joué un rôle essentiel dans le suivi des chantiers, la prévention des accidents et la lutte contre le travail illégal.
Source : Global Deal webinar on Paris 2024 Social Charter, 29 October, 2024 (https://www.youtube.com/watch?v=_ZB2qliUwl4)
Au-delà des résultats quantifiables, les méthodes, les partenariats et les pratiques établis dans le cadre de la Charte serviront de modèle pour les événements futurs. La Charte sociale de Paris 2024 a démontré que l’intégration de la responsabilité sociale dans les événements de grande envergure est à la fois réalisable et efficace. Les leçons à tirer pour les futurs événements majeurs en France et à l’étranger comprennent l’importance d’un engagement anticipatoire des parties prenantes, la valeur d’un suivi et d’un rapport réguliers, et la nécessité d’aligner les objectifs sur des résultats mesurables. Le modèle de gouvernance collaborative s’est avéré essentiel pour résoudre les conflits et maintenir l’attention sur les objectifs communs. Ce modèle a déjà été adopté par les autorités de la Coupe du monde de Rugby 2023, qui ont également signé cette charte sociale avec les mêmes partenaires sociaux. Le même processus sera suivi pour les prochains Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver 2030 qui se tiendront en France. Les Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026, Los Angeles 2028 et Brisbane 2032 examinent déjà cette approche en vue de l’adapter. Au-delà du sport, l’héritage de la Charte s’étend à des applications plus larges dans le domaine de la construction et de la gestion d’événements, fournissant un modèle pour assurer des bénéfices sociaux et économiques dans d’autres projets à grande échelle en France. Les efforts en cours se concentreront également sur le maintien des opportunités d’emploi et l’intégration des leçons dans les politiques nationales du travail afin d’améliorer la sécurité et l’inclusion dans toutes les industries.
Anticiper et répondre à la demande de main-d'œuvre en instaurant des possibilités d’emplois durables
Copier le lien de Anticiper et répondre à la demande de main-d'œuvre en instaurant des possibilités d’emplois durablesAnticiper les besoins du marché du travail
Pour répondre aux exigences de l’accueil des Jeux, une stratégie d’emploi et de compétences fondée sur des données probantes a été mise en place. Les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 étaient le plus grand événement jamais organisé en France, nécessitant de vastes sites, des logements, des transports et du personnel qualifié pour les accueillir avec succès. Une cartographie complète des emplois a été réalisée par le Comité d'Organisation en 2019 (six ans avant les Jeux) afin d’identifier les emplois et les compétences nécessaires, ainsi que les secteurs dans lesquels les employeurs auraient besoin de recruter. Cette cartographie des emplois avait identifié que quelque 150 000 emplois pourraient être directement mobilisés pour les Jeux par l’intermédiaire du Comité d’Organisation et de tous les prestataires de services dans des secteurs tels que la construction, le tourisme, l’organisation d'événements, le spectacle vivant, la sécurité privée, le nettoyage et la gestion des déchets, le transport et la logistique (CDES and AMNYOS, 2019[5]). L’objectif de l’étude et de la stratégie d’impact et d’héritage de Paris 2024 était non seulement de guider les efforts de recrutement et de formation pour les Jeux, mais aussi de contribuer au développement d’un secteur événementiel (sportif et culturel) majeur en France en créant des partenariats et des liens au sein de l'écosystème de l'emploi et de la formation, ainsi qu’avec les employeurs.
La cartographie des emplois a été mise à jour en 2021 et 2023 pour refléter l’évolution des besoins et l’impact de la pandémie de COVID-19. La cartographie actualisée a estimé que les Jeux mobiliseraient2 181 100 emplois, dont :
89 300 emplois mobilisés pour la réalisation des Jeux eux-mêmes (impliquant le Comité d'Organisation de Paris 2024 et les fournisseurs).
61 800 emplois mobilisés dans le secteur du tourisme pour accueillir les visiteurs, y compris les touristes, la famille olympique, les médias, les sponsors et leurs invités, et les bénévoles.
30 000 emplois mobilisés dans le secteur de la construction pour construire ou rénover les installations pour les Jeux.
La cartographie actualisée des emplois s’est concentrée en détail sur les besoins en emplois des secteurs du tourisme et de l'organisation, étant donné que le secteur de la construction avait déjà été engagé dans le travail nécessaire pour fournir l'infrastructure des Jeux (et que la SOLIDEO a commandé une étude spécifique sur le secteur de la construction afin de détailler davantage la cartographie initiale des emplois). La cartographie révisée a permis de nuancer davantage la catégorisation des besoins en emplois dans des familles d’emplois distinctes au sein de chacun des deux secteurs, fournissant ainsi un cadre plus détaillé et structuré pour la planification de la main-d’œuvre. Elle a également permis d’identifier les pistes de travail en vue de structurer une démarche sociale commune à l’ensemble des grands événements sportifs et culturels organisés en France, leurs besoins en emplois et en compétences étant de nature relativement similaire.
89 300 emplois mobilisés pour la réalisation des Jeux eux-mêmes (impliquant le Comité d'Organisation de Paris 2024 et les fournisseurs).
61 800 emplois mobilisés dans le secteur du tourisme pour accueillir les visiteurs, y compris les touristes, la famille olympique, les médias, les sponsors et leurs invités, et les bénévoles.
30 000 emplois mobilisés dans le secteur de la construction pour construire ou rénover les installations pour les Jeux.
La cartographie actualisée des emplois s’est concentrée en détail sur les besoins en emplois des secteurs du tourisme et de l'organisation, étant donné que le secteur de la construction avait déjà été engagé dans le travail nécessaire pour fournir l'infrastructure des Jeux (et que la SOLIDEO a commandé une étude spécifique sur le secteur de la construction afin de détailler davantage la cartographie initiale des emplois). La cartographie révisée a permis de nuancer davantage la catégorisation des besoins en emplois dans des familles d’emplois distinctes au sein de chacun des deux secteurs, fournissant ainsi un cadre plus détaillé et structuré pour la planification de la main-d’œuvre. Elle a également permis d’identifier les pistes de travail en vue de structurer une démarche sociale commune à l’ensemble des grands événements sportifs et culturels organisés en France, leurs besoins en emplois et en compétences étant de nature relativement similaire.
Tableau 1.1. Estimations de la cartographie des emplois des Jeux de Paris 2024 dans le secteur du tourisme et de l’organisation (2023)
Copier le lien de Tableau 1.1. Estimations de la cartographie des emplois des Jeux de Paris 2024 dans le secteur du tourisme et de l’organisation (2023)|
Familles d'emploi |
Secteur de l'organisation |
Secteur du tourisme |
|---|---|---|
|
Professions culinaires |
- |
15,910 |
|
Métiers de la restauration et du bar |
18,610 |
13,490 |
|
Rôles de gestion et de direction d'entreprise |
- |
3,090 |
|
Employés administratifs des entreprises |
- |
2,950 |
|
Métiers de la vente |
- |
2,790 |
|
Rôles dans l'entretien ménager des hôtels |
- |
2,360 |
|
Fonctions administratives et commerciales intermédiaires |
- |
2,050 |
|
Métiers de la réception hôtelière |
- |
1,440 |
|
Professions liées à la conduite de véhicules de tourisme |
1,500 |
1,100 |
|
Métiers de la logistique |
5,670 |
960 |
|
Professions liées à la conduite de véhicules de transport de marchandises |
- |
3,740 |
|
Métiers de l'accueil et de l'information |
- |
430 |
|
Les métiers du nettoyage |
2,870 |
180 |
|
Professions de la sécurité privée |
26,600 |
150 |
|
Professions de l'accueil et de l'information sur place |
3,500 |
- |
|
Arts du spectacle et professions audiovisuelles |
6,050 |
- |
|
Professions en communication événementielle et marketing |
13,500 |
- |
|
Autres professions |
11,000 |
11,160 |
|
Total |
89,300 |
61,800 |
Source : (CDES and AMNYOS, 2023[6])
L'étude a également prévu la répartition géographique des besoins en emplois. L'Île-de-France, qui accueillait la plupart des événements sportifs et des sites clés hors compétition (tels que le Village des athlètes et le pôle médias), devait mobiliser la majeure partie de la main-d’œuvre, avec un nombre d’emplois estimé à 73 265. Toutefois, d’importants emplois devaient également être générés dans d’autres régions d’accueil, notamment Lille (basket-ball et handball), Bordeaux, Lyon, Marseille, Nantes, Nice et Saint-Étienne (football), Tahiti (surf), Châteauroux (tir) et Marseille (voile) (CDES and AMNYOS, 2023[6]).
Répondre aux besoins de recrutement et de formation des Jeux dans le contexte des pénuries de main-d’œuvre et de compétences
Sous le pilotage de la Préfecture de région Île-de-France, France Travail a été mobilisé pour répondre aux besoins de formation et de recrutement des Jeux. Une fois la cartographie des emplois achevée, le Comité d’Organisation a travaillé avec France Travail pour créer une plateforme en ligne (EMPLOIS 2024) afin d’annoncer tous les emplois liés aux Jeux et de mettre en relation les entreprises et les candidats adéquats, ainsi que de fournir aux demandeurs d’emploi du matériel de formation et des possibilités de recyclage et de perfectionnement. France Travail a collaboré étroitement avec la SOLIDEO et sous la coordination des acteurs territoriaux : le préfet de région et la Direction régionale et interdépartementale de l’économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS). Des réunions hebdomadaires sur l’état d'avancement des travaux ont permis de coordonner la mise en œuvre d’un plan d’action flexible.
La nature à court terme des Jeux a posé des défis uniques, en particulier pour garantir des résultats durables en matière d'emploi. Une priorité essentielle était d’éviter un élan temporaire sans impact durable (effet d'aubaine). Pour éviter cela, les efforts de recrutement et de formation ont été concentrés sur les secteurs en pénurie chronique de main-d'œuvre, tels que la sécurité et l’hôtellerie (également importants pour le renforcement du secteur français des grands événements à plus long terme). Ces secteurs ont été identifiés comme des domaines critiques où la demande de travailleurs était exceptionnellement élevée à la fois à court et à long terme. En se concentrant sur ces secteurs, le Comité d’Organisation et France Travail ont répondu aux besoins immédiats en personnel pour les Jeux tout en s’efforçant d'atténuer les déséquilibres à long terme sur le marché du travail. D’autres stratégies ou mesures ont été utilisées pour d’autres secteurs dont les besoins sont principalement à court terme. Par exemple, la production des mascottes de Paris 2024 a été largement externalisée afin d’éviter que des emplois temporaires dans le secteur de la fabrication ne débouchent sur des licenciements après les Jeux. Cette approche reflétait l’engagement des organisateurs en faveur de stratégies d'emploi durables qui ne créeraient pas de vulnérabilités après l’événement.
Relever le défi du recrutement dans le secteur de la sécurité
C’est le secteur de la sécurité qui a concentré les plus grands défis, nécessitant quelques 26 000 personnes formées alors que le volume habituel en Île-de-France est en moyenne de 2 500 personnes formées. Les changements législatifs (avril 2022) ont introduit des conditions d’entrée plus strictes, ce qui a encore compliqué les efforts de recrutement. En outre, la structure fragmentée du secteur présentait des difficultés supplémentaires, car il comporte peu de grandes entreprises et beaucoup de TPE, voire d’entreprises individuelles. Sous la coordination de la Préfecture de région Île-de-France, le Conseil régional Île-de-France et France Travail ont décuplé les capacités de formation, mis en place des incitations pour remédier au manque d’attractivité du secteur et assurer un recrutement rapide et à répondre aux besoins urgents pendant les Jeux. Ainsi, d’après France Travail, au total près de 22 000 personnes ont été recrutées dans la sécurité pour les Jeux de Paris 2024.
Encadré 1.4. Stratégie de l’État et de France Travail comme opérateur pour relever le recrutement dans le secteur de la sécurité
Copier le lien de Encadré 1.4. Stratégie de l’État et de France Travail comme opérateur pour relever le recrutement dans le secteur de la sécuritéLa stratégie de l’État et de France Travail visant à remédier aux pénuries aigües de main-d’œuvre et de compétences dans le secteur de la sécurité comportait quatre volets interdépendants :
1. Développer les capacités de formation : Les programmes de formation du Conseil régional Île-de-France et de France Travail ont été considérablement renforcés pour répondre à la demande extraordinaire du secteur de la sécurité. La capacité est passée de 2 500 formés par an à près de 26 000 stagiaires formés entre septembre 2022 et juillet 2024, soit une multiplication par dix.
2. Rendre les programmes de formation attrayants :
Promouvoir les opportunités auprès d’un large éventail de candidats potentiels : Environ 200 000 demandeurs d’emploi d'Île-de-France ont été informés des possibilités offertes par le secteur de la sécurité, l'accent étant mis sur les opportunités offertes par le secteur, la proposition de parcours accélérés pour accéder au métier et la chance unique de participer aux Jeux Olympiques et Paralympiques. Des actions spécifiques ont également été menées auprès des étudiants et des retraités, avec la participation d'environ 3 600 et 400 personnes de chaque groupe respectif. Ces efforts se sont étendus aux jeunes entrant dans la vie active et à d'autres personnes éloignées de l’emploi, ce qui a permis d’atteindre tous les publics intéressés.
Introduction d’une nouvelle qualification : un certificat de qualification professionnelle (CQP) dédié à la sécurité des événements a été créé en collaboration avec les partenaires sociaux et l’État. Cette certification a été spécialement conçue pour les événements de grande ampleur tels que la Coupe du monde de Rugby et les Jeux Olympiques et Paralympiques. Introduite en mars 2023, elle propose un programme de formation simplifié de trois semaines (au lieu de cinq) pour préparer les individus à des rôles dans la sécurité événementielle, en se concentrant sur les événements de plus de 500 participants. Cette approche ciblée a permis d'attirer des personnes intéressées par la sécurité lors d'événements hautement médiatisés, ce qui permis de lever un obstacle majeur à la participation.
Incitations financières : une prime (bonus) a été mise en place par le Conseil Régional Île-de-France au début de la formation, et une autre était liée à un recrutement effectif dans le secteur de la sécurité. Ces aides financières ont permis d'attirer les candidats dans la formation et de favoriser leur engagement à travailler dans le secteur.
Des liens pratiques et immédiats avec l’emploi : plus de 600 sessions de job-dating ont été organisées par France Travail dans les centres de formation, mettant les stagiaires en contact direct avec les employeurs pendant leurs cours. Ce continuum entre la formation et l’emploi a permis de garantir aux participants un parcours clair vers l'emploi à l'issue de leur formation.
3. Assurer un recrutement en temps utile : Des réunions hebdomadaires avec les employeurs ont permis de s’assurer que les candidats étaient recrutés rapidement afin d’éviter qu'ils ne soient absorbés par d’autres secteurs. Les employeurs ont été encouragés à fluidifier leurs processus de recrutement sur les calendriers de formation afin de maximiser la rétention (à apporter également des réponses rapides aux candidats, à proposer des missions avant les Jeux pour fidéliser les candidats ou encore à structurer leurs équipes RH pour assurer les recrutements dans les délais les plus courts).
4. Agilité dans la réponse aux besoins urgents durant les Jeux : Les mécanismes de recrutement rapide ont facilité l’affectation de 2 300 personnes dans les 24 à 48 heures pour répondre aux besoins urgents en personnel, par exemple pour les cérémonies d’ouverture. La connaissance des profils ou encore des calendriers de travail a permis à France Travail de combler efficacement les besoins inattendus en matière de personnel.
Source : Entretien avec France Travail
Les efforts de formation liés aux Jeux ne se sont pas faits au détriment de la réponse à d’autres besoins en matière de formation et d'emploi. Selon France Travail, l’institution a réussi à maintenir son engagement envers d'autres secteurs, en réalisant environ 110 000 entrées en formation en Île-de-France en 2024, contre 123 000 en 2023 et 106 000 en 2022. Cela démontre que l’accent mis sur les préparatifs liés aux Jeux n'a pas nui aux objectifs de formation plus larges.
Collaboration intense avec les employeurs pour assurer le recrutement
Le COJOP de Paris 2024 a beaucoup travaillé avec les employeurs pour s’assurer qu’ils étaient en mesure de recruter la main-d’œuvre nécessaire. Le Comité d’Organisation a posé aux employeurs des questions clés sur leurs besoins opérationnels, notamment sur les sites où les employés travailleraient, la durée de l'emploi et leur expérience en matière de collaboration avec les acteurs de l’emploi. Sur la base de ces discussions, les employeurs ont été mis en contact avec les agences France Travail, les autorités locales et les services pour la jeunesse concernés afin de rationaliser la recherche de candidats. Ces acteurs ont ensuite apporté un soutien personnalisé aux employeurs, en identifiant et en proposant des candidats répondant à leurs exigences. Des mises à jour régulières des données ont permis de suivre les progrès réalisés et de s’assurer que les objectifs de recrutement étaient atteints.
France Travail a mis en place un point de contact unique. Pour l’ensemble des employeurs intervenants sur les Jeux principalement dans les secteurs de la sécurité, le transport-logistique, le nettoyage/gestion des déchets ou encore dans la restauration comme avec Sodexo (une entreprise mondiale de services de restauration et de gestion d'installations), ce point de contact unique devait fournir des services et recruter du personnel sur plusieurs sites. La gestion du recrutement par le biais de plusieurs agences régionales aurait été trop compliquée pour ces entreprises. Au lieu de cela, un interlocuteur dédié de France Travail a coordonné les efforts, en veillant à ce que les besoins de l’entreprise sur 14 sites, dont Marseille, Lille, Lyon, Paris Centre et le Village olympique, soient effectivement pris en compte. Ce point de contact unique a rationalisé le processus en assurant la liaison avec les agences locales compétentes et en recherchant des CV dans les régions voisines afin de minimiser les déplacements des travailleurs tout en répondant aux demandes de recrutement de Sodexo.
Pour répondre aux différentes exigences des marchés publics de Paris 2024, un cadre organisationnel spécifique a été mis en place pour soutenir les contractants en matière de recrutement et de clauses sociales. Un « guichet unique », composé d’un directeur d’agence locale France Travail et d’un facilitateur de clauses sociales, a été créé pour aider directement les entreprises. Pour les contrats nécessitant des recrutements plus importants ou les projets multisites, la coordination a été élargie pour inclure des facilitateurs régionaux et des mécanismes de soutien des territoires voisins. France Travail et les facilitateurs des clauses sociales proposaient entre autres les services suivants :
Aider les entreprises à répondre à leurs besoins en matière de recrutement et à respecter la clause d’inclusion.
Identifier les candidats appropriés pour répondre aux besoins de l’entreprise et remplir les obligations en matière d'inclusion.
Suivi de la mise en œuvre des engagements en matière de recrutement et d’inclusion.
Des forums de l’emploi à grande échelle ont été organisés pour mettre en relation les candidats et les opportunités d’emploi, par l’action conjointe des différents acteurs de l’emploi (Ville de Paris, France Travail, Ministère du Travail) et le COJOP. Par exemple, l’événement de la Cité du Cinéma en septembre 2023 a attiré plus de 6 000 visiteurs, fournissant un exemple tangible de la manière dont ces efforts ont facilité le recrutement à grande échelle. Des événements similaires ont eu lieu dans des lieux clés tels que les Docks d’Aubervilliers et l’Arena Porte de la Chapelle (Adidas Arena), en mettant l'accent sur des secteurs tels que la sécurité. Rien qu’à l’Arena Porte de la Chapelle (Adidas Arena), 63 entreprises de sécurité ont participé à un « village de la sécurité », entrant directement en contact avec les candidats. Ces initiatives ont mis en évidence l’engagement du Comité d’Organisation à adopter des approches proactives et innovantes pour répondre aux besoins en main-d’œuvre pour les Jeux.
Introduire des pratiques de recrutement innovantes pour attirer des candidats éloignés de l’emploi
Une initiative de recrutement innovante, « Du stade vers l’Emploi » (DSVE), a permis d’atteindre les personnes les plus éloignées de l’emploi. Cette initiative promue par France Travail en coopération avec des fédérations sportives (athlétisme, rugby, badminton, etc.) a remplacé les méthodes de recrutement traditionnelles par des activités sportives, réunissant de manière anonyme recruteurs et demandeurs d’emploi autour d’activités sportives le matin, suivies d’un déjeuner convivial et clôturant la journée par un job-dating l’après-midi. Cette approche a permis de faire tomber les barrières, de mettre en valeur les compétences notamment les softs skills des candidats en matière de relations interpersonnelles d’engagement, de respect des règles et de travail d’équipe, mobilisables et essentielles pour les recruteurs présents, et d’offrir des opportunités à des personnes qui n’auraient peut-être pas réussi dans le cadre de processus de candidature conventionnels reposant sur des CV traditionnels ou des entretiens formels. Initialement piloté par une seule fédération sportive, le programme s’est étendu à 12 fédérations et 500 événements à 2024.
La participation à cette initiative augmente les chances des bénéficiaires de trouver un emploi ou une formation. Une étude d’évaluation a été menée par France Travail en 2023 pour analyser les trajectoires des bénéficiaires du programme DSVE en termes d’accès à l’emploi et à la formation (France Travail, 2023[7]). Cette évaluation a été réalisée en comparant les participants au programme 2022 à un groupe témoin constitué de l’ensemble des demandeurs d'emploi inscrits3. En 2022, 83 opérations DSVE ont été organisées, impliquant 5 075 candidats. Les régions accueillant le plus grand nombre d’opérations DSVE sont les Hauts-de-France, le Grand Est et l’Île-de-France. Par rapport à l’ensemble de la population des demandeurs d’emploi, les bénéficiaires du programme présentent des caractéristiques souvent associées à un plus grand éloignement du marché du travail. Ils sont plus nombreux à avoir un niveau d'études équivalent au baccalauréat ou inférieur, à percevoir le revenu de solidarité active (RSA) et à résider dans des zones urbaines défavorisées (quartiers prioritaires de la ville, ou QPV). Les bénéficiaires des opérations DSVE sont également plus souvent des hommes (57 % contre 48 % de femmes) et ont moins de 25 ans (27 % contre 13 %). L’étude d'évaluation a montré que les bénéficiaires du programme DSVE trouvent plus souvent un emploi (quelle que soit la durée ou le type de contrat, qu’il s’agisse d’un emploi permanent, temporaire ou intérimaire) que le groupe de contrôle (47 % contre 34 %)4. Ils accèdent également à la formation à un taux significativement plus élevé que le groupe de contrôle (16 % contre 11 %) et participent à des programmes de formation plus longs. Dans l’ensemble, les bénéficiaires de DSVE sont plus susceptibles d'obtenir un emploi ou des solutions de formation5 (53 % contre 37 %).
Le programme de la Ville de Paris pour soutenir l’emploi durable pendant les Jeux
La Ville de Paris a mis en œuvre plusieurs initiatives dans le cadre de la politique plus large - EnJeux Emplois - afin de tirer parti des Jeux de 2024 pour l’emploi et le développement économique6. L’une des initiatives notables est le programme d’accompagnement « 2024 : Toutes championnes, Tous champions » (TC2). Programme lauréat du Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC) 100 % inclusion, TC2 a été porté par le groupement de plusieurs territoires (l’EPEC pour le Département de Paris et l’EPT Plaine Commune et le PLIE pour le Département de la Seine-Saint-Denis). Ce programme devait initialement accueillir 1 000 personnes (500 sur chacun des 2 départements). La crise sanitaire a conduit à revoir cet objectif à la baisse. Pour Paris, il a été ramené à 257 accompagnements incluant des savoirs de base (français, mathématiques,…), mais aussi de l’anglais sur les métiers du tourisme, le permis de conduire pour favoriser la mobilité (notamment sur les emplois en horaire décalé), du sport (apprentissage de la natation, sas de remobilisation), des formations qualifiantes, une valorisation des savoirs-être, afin de permettre aux demandeurs d’emploi d’accéder à un métier de la cartographie des Jeux sur les secteurs de la construction, du tourisme et de l’organisation. Le programme « 2024 : Toutes championnes, Tous champions » qui a débuté en septembre 2019 s’est achevé en novembre 2022.
Un nouveau programme d’accompagnement sur mesure, « 2024 : Pari(s) de l’emploi » a été mis en œuvre à compter de 2023. Dans un contexte de quasi plein-emploi à Paris, et sur des métiers issus de la cartographie des emplois mobilisés par l’accueil des Jeux qui sont pour la plupart sur des secteurs en tension, l’objectif était d’accueillir sur ce programme, en 1 an, 150 demandeurs d’emploi âgés de 16 à 65 ans et habitant Paris intra-muros, parmi les publics les plus éloignés de l’emploi. Cet objectif a été largement atteint, puisque 221 personnes ont pu bénéficier de ce dernier.
L'initiative « Paris Tous en Jeux » (PTEJ) de la Ville est venue compléter les efforts nationaux visant à maximiser l’inclusion et les opportunités d’emploi pour les Parisiens. Ce programme, lancé en 2019, visait à offrir une formation professionnelle aux Parisiens éloignés de l'emploi en prévision des opportunités d'emploi générées par les Jeux. Pour répondre aux difficultés de recrutement identifiées grâce à la cartographie des emplois, l'initiative a cherché à offrir des parcours d'emploi durables en délivrant des formations pré-qualifiantes, qualifiantes ou certifiantes dans les secteurs suivants :
L'hôtellerie et la restauration (par exemple, des formations aux métiers réceptionniste, de commis de cuisine, de cuisinier/cuisinière, d’agent de restauration collective, d’aide boulanger.ère).
Organisation d'événements (par exemple, formations aux métiers de chargé.e d’accueil polyvalent.e dans l’événementiel, d’agent.e de prévention et de sécurité, de vendeur.se en boulangerie).
Construction (par exemple, formations aux métiers de d’installateur.rice en thermique, maçons et sanitaire, à des techniques d’éco-construction).
Gestion des déchets et propreté (par exemple, formations aux métiers d’agent de propreté et d’hygiène et d’éco-animateur)
Sports (par exemple, formation aux métiers de sécurité et d’animateur sportif aquatiques).
L'initiative a ainsi offert des opportunités complémentaires à l’offre de de formation de droit commun et soutenues par des contributions financières de la Ville de Paris (via des appels à projets annuels) et de ses partenaires. La Ville de Paris a alloué 2,7 millions d'euros de subventions de fonctionnement sur cinq ans, ainsi que 850 000 euros d'investissements destinés à l'achat d'équipements, au développement ou à l'acquisition de ressources pédagogiques durables pour des besoins de formation spécifiques. Des cofinancements complémentaires ont été apportés par des opérateurs de compétences (OPCO) à travers des dispositifs de formation préalable à l'embauche adaptés à la reconversion professionnelle, ainsi que par France Travail qui a soutenu l'indemnisation des stagiaires (en France, les demandeurs d'emploi continuent à percevoir une allocation lorsqu'ils participent à des formations labellisées par France Travail, comme le programme PTEJ) et a cofinancé l'initiative. Les objectifs des bénéficiaires du dispositif formations de « Paris Tous En Jeux » se sont concentrés sur :
L’acquisition des compétences théoriques et techniques, pouvant permettre l’obtention de certifications;
L’acquisition ou le renforcement de compétences de base (apprentissage ou remise à niveau en français, mathématiques, numérique par exemple) et de compétences douces (soft skills);
L’accompagnement individuel social et professionnel vers une suite de parcours durable, pouvant inclure du mentorat assuré par des formateurs et des entreprises, des actions visant à renforcer la confiance en soi et un soutien pour surmonter des obstacles tels que la garde d'enfants et l'accès aux droits. En outre, l'initiative visait la préparation des participants à l'intégration professionnelle en leur offrant un accompagnement et une préparation aux entretiens d'embauche, aux stages et aux possibilités d'alternance.
Paris a travaillé en étroite collaboration avec les employeurs et les opérateurs de formation professionnelle afin de proposer des parcours vers l'emploi. L'initiative « Paris Tous En Jeux » a lancé un appel à manifestation d’intérêt aux entreprises et aux Opérateurs de Compétences (OPCO7) pour qu'ils collaborent par le biais du financement et du mécénat de compétences, en proposant des stages et des apprentissages, et en embauchant les participants à l'issue de la formation. Un exemple de cette collaboration est le partenariat entre l’association et organisme de formation Food Sweet Food et Sodexo, qui forme des personnes primo-arrivantes et bénéficiaires de la protection internationale à des carrières dans le secteur de la restauration. Par ailleurs, les initiatives liées aux Jeux ont bénéficié des Pactes pour l’Emploi parisien, mis en place depuis de nombreuses années pour favoriser la coopération entre les employeurs et la Ville de Paris dans une démarche de responsabilité sociale des entreprises. Ces 20 pactes offrent des opportunités de travail à des personnes éloignées de l’emploi et reposent sur des accords avec diverses entreprises (dont Air France, Carrefour, GL Events, Ducasse, Pierre Hermé, Club Med, etc.), donnant lieu à des actions emploi variées (forums thématiques, sessions dédiées, etc.).
L’initiative s’est avérée plus efficace que d’autres dispositions similaires. Entre 2019 et 2022, « Paris Tous En Jeux » a permis de former 1 792 personnes grâce à des formations dispensées par des associations et organismes de formation. Parmi les participants, 35 % étaient des femmes, 55 % avaient des qualifications inférieures au niveau secondaire, 25 % étaient bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active et 27 % résidaient dans des quartiers prioritaires (QPV). L’initiative a obtenu un taux de réussite de 85 %, dont 60 % ont accédé à un emploi rémunéré, 7 % ont créé leur propre activité et 18 % ont suivi une formation professionnelle complémentaire. Ce taux est supérieur au taux habituel de 70 % de résultats positifs des programmes similaires mis en œuvre par la Ville de Paris (données de la Direction de l’Attractivité et de l’Emploi de la Ville de Paris).
Les taux élevés de résultats positifs peuvent s'expliquer par plusieurs facteurs, notamment des modules de formation adaptés aux besoins des stagiaires, comme les cours de français, des stratégies innovantes de recherche de candidats et un accompagnement global, social et professionnel, et l’accès à une rémunération pendant la période de formation. Selon la Ville, ces facteurs incluent de bonnes pratiques telles que la combinaison de l’apprentissage théorique et pratique avec des expériences immersives en entreprise, l’intégration de cours de français professionnel pour aider les participants ne maîtrisant pas suffisamment la langue, et le maintien de liens étroits avec les entreprises pour s’assurer que la formation s’aligne sur les besoins de l’industrie. La Ville de Paris a également joué un rôle essentiel en finançant le développement des infrastructures, en achetant des équipements pédagogiques tels que du matériel numérique (ordinateurs, tablettes), en équipant des plateaux techniques (une cuisine et un foodtruck pédagogique, par exemple), en soutenant la création d’outils pédagogiques adaptés et innovants. La Ville de Paris s’est également efforcée de promouvoir les professions moins attrayantes en organisant des activités pour les professionnels de l’accompagnement social et professionnel, telles que des visites de centres de formation et des ateliers de découverte des métiers : fabrication du pain, dégustation de plats et création de bouquets de fleurs. Elle a encouragé la mise en place des stratégies innovantes de recherche de candidats, comme la mobilisation de Parisiens par le biais du sport, d’affiches dans les magasins et de témoignages d’anciens stagiaires. Surtout, le partenariat avec France Travail a permis à la majorité des bénéficiaires de percevoir une rémunération pendant la formation Jeux ce qui a permis de réduire de manière significative les taux d'abandon. L’ensemble de ces mesures a contribué au taux de réussite élevé de « Paris Tous En Jeux ».
Les enseignements tirés ont alimenté un nouveau programme, « Paris Hospitalités », pour continuer à répondre aux besoins d'emploi du secteur de l'événementiel à Paris. Lancé en décembre 2024, le programme « Paris Hospitalités » continue de proposer des formations dans les domaines de l’hôtellerie-restauration, de l’accueil touristique, du commerce, de la logistique, des arts et spectacle du sport. Ciblant les demandeurs d’emploi, en particulier ceux qui sont en transition de carrière ou qui possèdent des qualifications limitées, le programme collabore avec des structures de formation souvent basées dans les quartiers populaires de Paris et dans les banlieues proches.
L’emploi et l’héritage après les Jeux
Le programme « Mon emploi après les Jeux » visait à assurer la transition de la main-d’œuvre formée et employée pendant les Jeux vers des postes durables. Cette transition a été préparée par France Travail, la Préfecture de région et le Conseil régional. Le programme « Mon Emploi en Île-de-France après les Jeux » a été officiellement lancé le 9 septembre 2024, immédiatement après la fin des Jeux Paralympiques. Cette initiative a été conçue pour soutenir toutes les personnes ayant travaillé pendant les Jeux, y compris les bénévoles, afin qu’elles obtiennent des opportunités d’emploi à long terme.
Le programme a mobilisé des entreprises ayant d’importants besoins en matière de recrutement. De grandes organisations telles qu’Électricité de France (EDF, multinationale française de l'énergie), Air France, IKEA, Securitas et Torann (entreprises de services de sécurité), Disney et d’autres ont participé, offrant des opportunités substantielles dans divers secteurs, y compris la sécurité et la gestion d’événements. Ces efforts se sont également étendus aux entreprises qui n’avaient pas été directement impliquées dans les Jeux mais qui reconnaissent les compétences transférables développées par les travailleurs au cours de l'événement. France Travail a offert un soutien supplémentaire en finançant des formations complémentaires pour les personnes qui avaient besoin d’améliorer légèrement leurs compétences pour répondre aux besoins de ces employeurs. Un site web dédié a été créé pour faciliter la recherche d’emploi, hébergeant environ 150 000 offres. Pour garantir une mise en relation efficace, France Travail a mis en place des points d’appui dans ses 122 agences, offrant une assistance sur mesure aux personnes à la recherche d’un emploi. Ces conseils personnalisés ont permis de mettre en relation les demandeurs d’emploi avec des postes et des employeurs adéquats.
De grands événements de recrutement ont renforcé ces efforts. Par exemple, le 29 octobre 2024, un événement organisé au Stade de France a attiré plus de 3 000 demandeurs d’emploi et présenté des entreprises ayant près de 45 000 postes à pourvoir. Parmi les participants figuraient des organisations telles que la police nationale, la police municipale de Paris et diverses entreprises privées, ce qui a mis en évidence l'étendue des possibilités offertes.
Dans le secteur de la sécurité, qui a posé le plus grand défi en matière de recrutement, au 31 décembre 2024, 98 % des personnes formées et employées pendant les Jeux sont toujours en emploi 6 mois après les Jeux. Les 2% restants étaient principalement des personnes en transition vers de nouveaux secteurs et France Travail fournit un soutien continu pour leur reconversion professionnelle. Ce résultat souligne l’efficacité des efforts d’intermédiation entre les demandeurs d'emploi et les employeurs, facilités par l’action des conseillers France Travail, une plateforme en ligne, des événements et un engagement direct.
S’appuyant sur cette dynamique, France Travail et le Conseil régional Île-de-France ont décidé d’amplifier la plateforme de mise en relation développée pour la transition post-Jeux. Cette plateforme élargie, qui s’intitule désormais « Mon emploi en l'Île-de-France », fournira une visibilité sur la dynamique économique plus large de l'Île-de-France, permettant d’en dégager les tendances en matière de recrutement et les besoins sectoriels. En institutionnalisant cette approche, France Travail et le Conseil régional visent à créer une infrastructure durable qui soutiendra le développement du marché du travail régional au-delà des Jeux.
Les enseignements de Paris 2024 peuvent également servir à renforcer le secteur français de l'événementiel. Une collaboration plus étroite et plus systématique entre les grands événements en matière d’opportunités d'emploi devrait permettre de créer des parcours facilitant la transition des travailleurs d'un événement à l'autre. La mise en place d’actions ou de stratégies communes à tous les événements pourraient également aider les employés à améliorer et à conserver leurs compétences. La collaboration pourrait aller au-delà des entreprises et des gestionnaires d'infrastructures spécifiques à l’événement pour plutôt englober des partenariats plus larges à l’échelle du secteur. Ceci est notamment l’ambition des acteurs engagés pour le développement de l’emploi et des compétence - l’EDEC - « Grands événements sportifs et culturels » (Ministere du travail, de la santé, des solidarités et des familles, 2025[8]).
Promouvoir l’accès des TPE-PME à la commande publique
Copier le lien de Promouvoir l’accès des TPE-PME à la commande publiqueLa Charte sociale de Paris 2024 et la Charte de l'emploi et du développement territorial de la SOLIDEO fixent des objectifs ambitieux pour garantir l'accès des TPE-PME et des entités de l’ESS aux opportunités présentées par les marchés des Jeux. Deux programmes ont été mis en œuvre conformément au cadre juridique national plus large pour les marchés publics sociaux et pour soutenir les TPE-PME, ainsi que les entités de l'économie sociale et solidaire (ESS) dans l’accès aux appels d'offres :
La plateforme ENTREPRISES 2024, gérée par le Mouvement des Entreprises de France (MEDEF - la plus grande fédération patronale de France), a servi d’initiative de coordination pour favoriser les retombées économiques des Jeux pour les TPE-PME de tout le pays. La plateforme centralisait toutes les informations relatives aux marchés des Jeux de Paris 2024, y compris celles du Comité d'Organisation de Paris 2024, de la SOLIDEO et de la Ville de Paris.
La plateforme ESS 2024, gérée par Les Canaux (une association dédiée à la promotion de l'économie sociale et innovante créé par la Ville de Paris en 2016) s’est efforcée d’intégrer des organisations à impact social dans la chaîne d'approvisionnement des Jeux et de veiller à ce que les valeurs sociales, environnementales et d’inclusion soient respectées dans le processus de passation des marchés. Elle a spécifiquement ciblé les entreprises et les entités de l’économie circulaire et de l’économie sociale et solidaire (par exemple, les coopératives, les associations, les organisations mutuelles, les entreprises d’insertion – entreprises employant des personnes issues de groupes vulnérables). Elle a également encouragé la participation d'entreprises fortement engagées pour la responsabilité sociale des entreprises (RSE) (voir l’étude de cas consacrée à ESS 2024 plus loin dans le chapitre).
Encadré 1.5. Cadre juridique des marchés publics sociaux en France
Copier le lien de Encadré 1.5. Cadre juridique des marchés publics sociaux en FranceEn 2020, la France a consacré 15,6 % de son PIB aux marchés publics. La loi française de 2014 sur l’économie sociale et solidaire exige que toutes les administrations publiques dont les contrats annuels totalisent plus de 100 millions d'euros définissent une stratégie pour des achats publics socialement et écologiquement responsables (Schéma de promotion des achats publics socialement et écologiquement responsables, SPASER). En 2021, le projet de loi sur le climat et la résilience a introduit le développement durable comme critère d’attribution pour tous les marchés publics d’ici 2026 et a abaissé le seuil pour un SPASER obligatoire à 50 millions d’euros à partir du 1er janvier 2023. Le nombre d’acheteurs publics concernés a ainsi doublé, passant de 160 à 320.
Source : (OECD, 2023[9])
Le programme Entreprendre 2024 a été déployé dans toute la France pour aider à informer et à impliquer les TPE-PME. Lancé par le groupe bancaire Banque Populaire et Caisse d'Épargne (BPCE8), dans le cadre de l’activation de son partenariat premium avec Paris 2024, le programme Entreprendre 2024 a facilité l’accès des entreprises aux appels d’offres. Ce programme a pris la forme d’une tournée dans toute la France, avec la participation de 20 banques du Groupe BPCE. 32 événements ont été organisés (19 pour les entreprises et 13 sessions internes pour les collaborateurs du Groupe BPCE). Près de 50 réunions Entreprendre 2024 ont été organisées dans toute la France, touchant plus de 2 400 entreprises. Entreprendre 2024 se poursuit au-delà des Jeux de Paris 2024, en accompagnant les entreprises dans l'accès aux appels d'offres des futurs grands événements sportifs organisés en France.
C’est avec un objectif similaire que la Fabrique économique et solidaire des Jeux a été lancée en 2018. Elle a été lancée par la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) d’Île-de-France via la plateforme ESS 2024. Initialement pilotée en Seine-Saint-Denis (département de l’Île-de-France), l’initiative a finalement été étendue à l’ensemble des huit autres départements d’Île-de-France et des Bouches-du-Rhône. Son objectif est de faire bénéficier les petites entreprises, y compris celles de l'économie sociale et solidaire, ainsi que les entreprises d’insertion et les milieux de travail protégé et adapté, des retombées des Jeux.
Encadré 1.6. La Fabrique des Jeux
Copier le lien de Encadré 1.6. La Fabrique des JeuxLancée en octobre 2018, La Fabrique économique et solidaire des Jeux était une initiative phare de la DRIEETS Île-de-France et pilotée par ESS 2024. Son objectif était de soutenir la collaboration entre les autorités locales, les organisateurs des Jeux et les réseaux nationaux et régionaux afin de maximiser les retombées économiques des Jeux de Paris 2024 pour les PME locales et les entités de l'économie sociale et solidaire (ESS). Cette initiative visait à créer un écosystème d’information et de soutien, permettant aux petites entreprises et aux acteurs de l’ESS d’accéder aux opportunités liées aux Jeux et de renforcer leurs capacités à long terme.
L’un des projets pionniers de l’initiative, la Fabrique des Jeux 93, a été développé en Seine-Saint-Denis pour s’assurer que les populations locales bénéficient des grands événements organisés sur leur territoire. Ce projet, mené par le Conseil départemental et les services des collectivités locales, a rassemblé des acteurs tels qu’Inser’Eco 93, la Chambre de Commerce, la Chambre des Métiers et de l’Artisanat et ESS 2024. Il a proposé des formations, des ateliers et des opportunités de mise en réseau afin de renforcer la capacité des entreprises locales à participer aux procédures de marchés publics.
En plus de soutenir les PME et les organisations de l'ESS, La Fabrique des Jeux a encouragé les grandes entreprises impliquées dans les Jeux à adopter des pratiques plus durables, plus inclusives et plus solidaires. Cette double approche visait à laisser en héritage non seulement des compétences et des pratiques améliorées parmi les petites entreprises, mais aussi un changement systémique dans la manière dont les marchés publics intègrent les objectifs sociaux et environnementaux.
L’initiative a également joué un rôle essentiel en mettant en relation des projets locaux avec des opportunités liées aux Jeux, telles que l'organisation d'événements, les fan zones et la rénovation d’infrastructures, souvent sous le label « Terre de Jeux 2024 ».
La mise en œuvre de la clause sociale
Paris 2024 a adopté une stratégie responsable des achats intégrant des critères sociaux et environnementaux dans les processus de passation de contrats. La Charte sociale a été incluse en annexe de tous les appels d'offres, ce qui a permis de s’assurer que les entreprises soumissionnaires étaient conscientes de ces engagements. Cette inclusion, associée à des contrôles plus réguliers, a entraîné des changements significatifs dans les pratiques de terrain. Par exemple, grâce à des engagements avec de grandes entreprises d’événementiel, des ajustements ont été apportés à leurs méthodes opérationnelles pour mieux s’aligner sur les principes de la Charte.
Le Comité d’Organisation de Paris 2024 a activement collaboré avec les soumissionnaires pour renforcer la dimension sociale de leurs offres et les aligner sur ces critères, en leur apportant un accompagnement approfondi. Les contractants ont été évalués sur leurs engagements en matière d’inclusion, tels que l’embauche de personnes issues de groupes défavorisés ou le partenariat avec des entreprises sociales. L’approche du Comité d’Organisation de Paris 2024 comprenait un engagement proactif avec les entrepreneurs avant même l'attribution des offres. Grâce à la plateforme ESS 2024, les entreprises ont été mises en relation avec des sous-traitants appropriés, y compris des PME locales et des entreprises sociales, afin de les aider à respecter les normes d’inclusion et de durabilité. Des engagements pratiques ont soutenu cet effort, tels que des consultations avec des contractants potentiels. Par exemple, un événement ciblé à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, a rassemblé l'équipe d’approvisionnement de Paris 2024, la Chambre de commerce locale, la Chambre des métiers, le conseil départemental, les clubs d'entreprises, le MEDEF, la CPME et d’autres parties prenantes clés. Lors de cet événement, les opportunités d’approvisionnement en services de restauration pour les Jeux ont été présentées, invitant les entreprises, des food trucks aux traiteurs, quelle que soit leur taille, à participer.
Le Comité d'Organisation de Paris 2024 a précisé les détails des appels d’offres, les délais et la documentation requise, tandis que la plateforme ESS 2024 a offert une assistance sur mesure. Les petites entreprises ont été encouragées à former des consortiums, à collaborer avec des sociétés plus importantes ou à accéder à d’autres formes de soutien. Des sessions de dialogue compétitif ont été organisées pendant les phases d'appel d’offres afin d’évaluer et d’améliorer les propositions des entrepreneurs. Les offres initiales ont été examinées et améliorées par le biais de discussions itératives, ce qui a permis d’améliorer considérablement les propositions finales. Ce processus a permis de s’assurer que les principaux entrepreneurs, tels que Sodexo, ont intégré dans leurs offres des engagements solides en faveur des PME et des entreprises sociales locales.
Les résultats ont dépassé les objectifs fixes, mais davantage peut être fait pour soutenir l’accès des PME indépendantes à la commande publique
Les objectifs de la Charte sociale relatifs aux achats socialement responsables et aux engagements d’insertion ont été dépassés. La SOLIDEO a mis en œuvre un plan d’approvisionnement de 4,4 milliards d’euros, guidé par la Charte sociale et sa propre Charte sur l’emploi et le développement économique. Une part importante des contrats – 37 %, dépassant l’objectif de 25 % – a été attribuée à des TPE-PME et à des entités de l’économie sociale, pour un montant de 826 millions d’euros. En outre, la SOLIDEO a donné la priorité à l’insertion professionnelle, avec 23,5% du total des heures travaillées sur les projets de construction liés aux Jeux réalisées par des personnes en insertion, soit plus du double de l'objectif initial de 10%9 (ESS2024, 2024[4]).
Les Jeux ont offert une opportunité de développement économique pour de nombreuses entreprises. Avec 90% de fournisseurs français, le tissu économique national a largement bénéficié des retombées économiques de l’évènement (Paris 2024, 2024[10]). Les initiatives ESS 2024 et Entreprises 2024 ont massivement promu la participation des TPE-PME et des structures de l'économie sociale et solidaire. Depuis son lancement en avril 2019, la plateforme Entreprises 2024 a connu une expansion continue, passant de 10 783 entreprises en juin 2020 à 17 198 entreprises en mars 2022, à la fin de 2023, plus de 19 850 entreprises étaient référencées sur la plateforme, dont plus de 95 % de TPE-PME (Paris 2024, 2024[11]). En décembre 2023, près de 75 % des fournisseurs de Paris 2024 étaient des TPE-PME (Paris 2024, 2024[11]).
Par ailleurs, et même avec la prohibition de critères de localisation géographique dans le code de la commande publique, l’activité économique générée par les marchés publics s’est concentrée au niveau local. Ainsi, 50% des structures de l’ESS et de l’économie circulaire ayant obtenu un marché des Jeux sont basées en Île-de-France. Ces entreprises représentaient environ 70% du volume des prestations ESS et économie circulaire assurées dans le cadre des Jeux (Paris 2024, 2024[10]).
Malgré les résultats positifs obtenus, les petites structures indépendantes ont été confrontées à des difficultés inhérentes à la commande publique. Les retombées économiques des Jeux ont profité au tissu économique local, quand bien même une part importante des TPE-PME attributaires étaient des filiales de grands groupes. Une analyse de la cellule économique régionale de la construction (CERC) d’Île-de-France a calculé qu’au 10 février 2022, sur les montants de marchés attribués aux TPE-PME franciliennes du bâtiment à cette date, soit 14 % du total, 9 % revenaient à des TPE-PME indépendantes ou classiques, contre 5 % revenant à des TPE-PME filiales de grands groupes (Commission des Affaires culturelles et de l'éduction de l'Assemblée nationale, 2023[12]).
Ces difficultés représentent également une opportunité pour le gouvernement français en apportant un soutien encore plus fort aux TPE-PME dans le cadre de leur participation aux marchés publics. En veillant non seulement à ce que les outils mis en place pour les Jeux de 2024 perdurent au-delà de l’événement, mais aussi en développant de nouveaux dispositifs, l’administration française pourrait mieux répondre aux besoins des TPE-PME et renforcer leur capacité à participer aux marchés publics, en particulier ceux de grande envergure.
En Irlande, par exemple, l’Office of Government Procurement (OGP) a mis en place plusieurs incitations en faveur des PME. Conscient de l’importance du secteur des PME et afin d’améliorer encore les mesures déjà substantielles de soutien à leur accès aux marchés publics, l’OGP a développé un ensemble de politiques ainsi que divers guides et outils destinés à faciliter leur participation.
Encadré 1.7. Initiatives mises en place en Irlande pour encourager la participation des PME aux marchés publics
Copier le lien de Encadré 1.7. Initiatives mises en place en Irlande pour encourager la participation des PME aux marchés publicsL’Office of Government Procurement (OGP), en Irlande, a développé une série de mesures politiques pour aider les PME à accéder aux opportunités de marchés publics (mises en œuvre par la circulaire 05/2023). Ces mesures comprennent :
L’augmentation des seuils de publicité nationale : 50 000 euros pour les biens et services, et 200 000 euros pour les œuvres, hors TVA.
L’obligation pour les pouvoirs adjudicateurs de publier sur eTenders des informations sur l'attribution des marchés pour toutes les procédures supérieures à 25 000 euros (hors TVA).
La mise à jour des mesures générales relatives à la gouvernance, réaffirmant les principes qui sous-tendent tous les marchés publics et leur applicabilité aux contrats de travail.
En outre, le ministère de l’entreprise, du commerce et de l’emploi (Department of Enterprise, Trade and Employment) propose une série d'aides personnalisées aux entreprises irlandaises. Ces aides et d'autres informations sont disponibles sur le site web « Supporting SMEs ». De plus, le ministre d'État chargé des marchés publics préside les réunions trimestrielles du groupe consultatif sur les PME. Ce groupe constitue une plateforme permettant au gouvernement, aux décideurs politiques et aux groupes industriels de se réunir pour identifier et mettre en œuvre des mesures visant à soutenir l'accès des PME aux opportunités de marchés publics. Il permet également aux organes représentatifs des PME d'exprimer leurs préoccupations sur les questions qui affectent leur participation aux marchés publics. De plus amples informations sur le groupe consultatif des PME, y compris le mandat du groupe et les procès-verbaux des réunions, sont disponibles sur le site web du groupe consultatif.
En s’appuyant sur les réussites de Paris 2024, il serait envisageable d’introduire une part minimale de fournisseurs issus de l’économie sociale et solidaire (ESS) dans l’ensemble des marchés liés aux événements publics en France, tout en respectant les règles de concurrence et les directives relatives aux aides d’État. À l’échelle internationale, les futurs grands événements pourraient tirer parti de l’établissement d’objectifs spécifiques et différenciés pour les acteurs de l’économie circulaire, sociale et solidaire. Cette approche est cohérente avec les indicateurs d’évaluation des impacts des manifestations internationales de l’OCDE, qui préconisent des repères plus précis et ciblés pour favoriser des retombées inclusives et durables.
Études de cas
Copier le lien de Études de casCette section présente deux études de cas illustrant comment Paris 2024 a assuré un impact social et économique en favorisant l’accès des TPE-PME, des entités et des entreprises de l'économie circulaire, sociale et solidaire aux marchés publics liés aux Jeux. La première étude de cas présente le travail innovant de la plateforme de l’économie sociale et solidaire (ESS2024), et la seconde raconte l’histoire d’une petite entreprise, NEREUS, en soulignant son expérience d'accès aux marchés publics liés aux Jeux.
Étude de cas : Plateforme ESS 2024 pour soutenir l’accès des entreprises sociales et solidaires et de l’économie circulaire aux liés aux Jeux
Objectifs et activités
Les origines
Les Canaux, l’organisation à l'origine d'ESS 2024, a été créée par la Ville de Paris en 2016 dans le cadre de son engagement plus large en faveur d'une économie inclusive, socialement et écologiquement responsable. L’initiative a débuté par la transformation, par la Ville, d’un bâtiment historique du centre de Paris en Maison des Économies Solidaires et Innovantes. Présidée par Yann Arthus-Bertrand, Les Canaux conseille, forme et accompagne les acteurs économiques engagés pour la solidarité et l'environnement, en France et à l’international. L’association met à disposition des outils pratiques pour aider les particuliers et les entreprises à améliorer leur impact social et environnemental.
La volonté de Paris d’encourager les pratiques durables a attiré l'attention internationale en 2017 lorsque la ville a signé un accord avec le professeur Muhammad Yunus, lauréat du prix Nobel de la paix, défenseur mondial du social business et fondateur de la Grameen Bank. Ce partenariat a renforcé l’ambition de Paris d’intégrer des considérations sociales et environnementales dans ses politiques économiques. L’influence de Yunus a permis de définir un cadre dans lequel les marchés publics, l’entrepreneuriat social et les pratiques durables peuvent converger pour avoir un impact significatif. Cette vision a jeté les bases d’ESS 2024, une plateforme visant à faire en sorte que les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 servent de modèle pour l'organisation d'événements durables et inclusifs.
La plateforme ESS 2024
La plateforme ESS 2024 a été conçue pour lever les obstacles importants auxquels sont confrontées les organisations de l'ESS dans l'accès aux marchés publics. Elle a bénéficié d’une subvention annuelle de la Ville de Paris. Elle visait à créer des conditions de concurrence équitables en offrant des informations, des services de renforcement des capacités et un soutien direct pour répondre aux appels d'offres.
Service de diffusion de l’information : En répertoriant et en classant les appels d’offres provenant de diverses sources à travers le pays – telles que la ville de Marseille et les événements de surf de Tahiti – ESS 2024 a assuré un accès complet aux opportunités. Ces processus rationalisés ont été particulièrement bénéfiques pour les entités de l'ESS et les petites entreprises qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour effectuer un suivi indépendant des appels d'offres.
Renforcement des capacités et formation : ESS 2024 a beaucoup investi pour équiper les entreprises afin qu’elles puissent naviguer dans les complexités des marchés publics. La plateforme a proposé des formations générales et personnalisées sur les exigences juridiques et administratives. Ces efforts se sont étendus au-delà des webinaires, avec des sessions de formation en personne organisées dans tout le pays. En présentant les marchés publics comme une opportunité permanente au-delà des Jeux, la plateforme a encouragé les entreprises à participer aux appels d'offres locaux et régionaux après ceux-ci.
Promouvoir la collaboration et les consortiums : L’un des aspects les plus efficaces de la stratégie opérationnelle d’ESS 2024 a été l’accent mis sur la promotion des collaborations entre les entreprises. Pour les grands contrats qui dépassaient la capacité des entités individuelles de l’ESS, la plateforme a facilité la formation de consortiums. Par exemple, l’achat de mobilier pour le siège du Comité d'Organisation de Paris 2024 a nécessité de diviser un projet unique de 26 000 mètres carrés en huit lots thématiques. Malgré ces adaptations, certains lots sont restés difficiles pour les petites entreprises, ce qui a nécessité la constitution de consortiums. ESS 2024 a joué un rôle actif de médiateur dans ces processus, en tenant compte des complémentarités techniques et volumétriques tout en favorisant la confiance entre les membres du consortium.
Depuis sa création en 2018, la plateforme a référencé plus de 6 000 entreprises, relayé des opportunités de marchés, dispensé conseils et formations. Par ailleurs, plus de 750 entreprises ont bénéficié d’un accompagnement individuel, administratif et technique, pour répondre aux appels d’offres.
Outre la possibilité d’accéder aux contrats en lien avec les Jeux Olympiques et Paralympiques, plusieurs outils ont été mis en place pour atteindre les objectifs d’ouverture à l’économie sociale :
Une newsletter hebdomadaire relayant l’actualité juridique, l’actualité du marché et les prochains rendez-vous d’accompagnement des entreprises de l’ESS.
Des fiches d’informations pratiques destinées à aider les entreprises de l’ESS à répondre aux marchés publics liés aux Jeux.
Séances d’information mensuelles pour présenter des modèles de coopération entre grands groupes et acteurs de l’ESS. Ces sessions ont été l’occasion pour les entreprises de l’ESS de partager leurs expériences et de recevoir des conseils sur la manière de se constituer en groupement pour soumissionner aux marchés publics.
L’initiative a bénéficié de la connaissance qu’a Les Canaux de l’écosystème de l'économie circulaire, sociale et solidaire et de ses principaux acteurs en France. La plateforme a eu une portée large : elle a engagé des entités de l’économie sociale et solidaire formellement définies, mais aussi d’autres entreprises avec un fort engagement d’impact social. Elle a également favorisé des collaborations innovantes. Par exemple, Le Pavé (une petite entreprise produisant des sièges en plastique recyclé, ancien nom : SAS Minimum) s’est associé à Lemon Tri (une ESS triant les déchets plastiques) et à Terravox (une ESS axée sur la sensibilisation) pour fournir des sièges à l'Arena Porte de La Chapelle (Adidas Arena). Ces partenariats ont estompé les frontières traditionnelles entre les entités ESS et non ESS, illustrant le potentiel d’intégration des écosystèmes économiques mixtes.
Encadré 1.8. Exemples d’entités et d’entreprises de l’économie circulaire, sociale et solidaire fournissant des services pour les Jeux
Copier le lien de Encadré 1.8. Exemples d’entités et d’entreprises de l’économie circulaire, sociale et solidaire fournissant des services pour les JeuxVesto est une société spécialisée dans la réutilisation et la remise à neuf d’équipements techniques de restauration qui a fourni près de 300 unités de cuisine pour le Village des athlètes, sous-traitée par Sodexo Live. Formée aux marchés publics par ESS2024, Vesto s’est engagée auprès du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques à intégrer l’équipement remis à neuf dans les cuisines de l'événement. Bien que l’équipement n’ait pas été acheté directement par le Comité d’Organisation mais par son prestataire de services de restauration, le Comité a facilité la connexion et encouragé le prestataire à intégrer les principes de l’économie circulaire dans ses achats. L’exigence était double : se procurer du matériel d’occasion pour les Jeux et gérer la fin de vie de ce matériel après les Jeux, en tenant compte des préoccupations environnementales et économiques dans le processus. Au départ, un contrat exigeait des modèles de machines très spécifiques, que Vesto ne pouvait satisfaire qu'à 60 % en raison de difficultés d’approvisionnement. Un contrat ultérieur a permis de substituer des modèles équivalents basés sur des spécifications plutôt que sur des modèles exacts, ce qui a permis à Vesto de répondre à 100 % de la demande. De surcroît, une troisième composante a été ajoutée : la réutilisation d'environ 800 pièces d'équipement après les Jeux, ce qui a permis d’éviter près de 40 tonnes de déchets.
Un autre succès mettant en lumière les efforts conjoints d'ESS 2024 et des réseaux de l'insertion et du handicap est le contrat de Paris 2024 pour la gestion et le nettoyage du linge des résidents du Village des athlètes. Cet appel d'offres était réservé aux entreprises qui emploient et accompagnent du personnel en insertion professionnelle ou en situation de handicap (tel qu'il est possible de le faire dans la commande publique en France (article L. 2113-12). Après l'appui d'ESS 2024 et des réseaux d'insertion, le marché a été attribué à un groupement de neuf structures alliant insertion et handicap, mené par La Conciergerie Solidaire. Ce marché, d'une valeur de près de deux millions d'euros, a mobilisé plus de 350 personnes.
Source : OECD CFE Cogito blog
Les défis rencontrés et les solutions adoptées pour y répondre
L'initiative s'est heurtée à plusieurs difficultés, notamment en ce qui concerne les contraintes financières : les retards de paiement dans les marchés publics ont mis à rude épreuve les flux de trésorerie des petites entreprises, menaçant leur stabilité opérationnelle. ESS 2024 a plaidé en faveur d'outils financiers dédiés et de financements relais pour résoudre ces problèmes systémiques, en particulier pour les entreprises innovantes et de l'économie circulaire qui nécessitaient des investissements initiaux. Qui plus est, il s'est avéré difficile de favoriser la confiance et la coopération entre les membres de certains consortiums. Les entreprises ont souvent hésité en raison des risques financiers et opérationnels associés aux coentreprises, tels que la responsabilité des partenaires défaillants.
Résultats
ESS 2024 a franchi des jalons importants en matière d'inclusion économique et de renforcement des capacités. Plus de 6 000 entreprises se sont inscrites sur la plateforme, dont presque la moitié issue de l’ESS. Les autres inscrites comprenaient des PME, des très petites entreprises et des entreprises engagées dans des pratiques d'économie circulaire. Depuis 2018, plus de 800 entreprises sociales, solidaires et circulaires ont été impliquées dans les Jeux de Paris 2024 par les principaux donneurs d’ordre, dont 429 directement par le Comité d’Organisation. Parmi celles-ci, 296 ont obtenu des contrats de premier niveau - soit en répondant directement à un marché, soit en étant sollicitées par Paris 2024 - tandis que 133 sont intervenues en sous-traitance. Au total, ces entreprises de l’ESS ont réalisé plus de 850 prestations liées aux Jeux, allant de services à petite échelle à un contrat de blanchisserie de 1,7 million d’euros. Par ailleurs, 50 % des structures de l’ESS et de l’économie circulaire ayant obtenu un marché sont implantées en Île-de-France, et elles représentent environ 70 % des prestations assurées dans ces secteurs dans le cadre des Jeux (Comité d'Organisation Paris 2024, 2024[13]).
Bien que les engagements de la Charte sociale en matière d’achat social et d'intégration ont été dépassés avec une part importante des contrats – 37 %, dépassant l'objectif de 25 % – attribués à des TPE-PME locales et à des entités de l'économie sociale, il peut être envisagé, pour les futurs grands événements, d'introduire un objectif spécifique distinct pour les entités circulaires et de l’ESS, comme le recommande les Indicateurs d'impact pour les événements culturels, sportifs et économique de l’OCDE (OECD, 2023[14]).
L’initiative ESS 2024 offre plusieurs enseignements pour informer les futurs grands événements et les cadres politiques. Le soutien politique de haut niveau s'est révélé être un catalyseur essentiel. La création d’un comité stratégique présidé par Tony Estanguet, ainsi que le financement de Paris 2024 et de la SOLIDEO, complémentaire de celui de la Ville ont conféré à l'initiative une légitimité et un effet de levier opérationnel. En outre, une collaboration étroite avec les équipes chargées des marchés publics a permis de s’assurer que les appels d’offres étaient conçus de manière à prendre en compte les capacités de l'ESS. L'institutionnalisation des modèles d'intermédiation, comme l'a démontré ESS 2024, peut garantir l'intégration continue de l'ESS dans les grands projets. Enfin, des campagnes de sensibilisation plus larges peuvent amplifier la visibilité et les contributions des entreprises de l'ESS, en renforçant leur rôle dans la réalisation des objectifs sociaux et économiques.
Début 2025, pour poursuivre le travail d’ESS 2024, l’association Les Canaux et ses partenaires ont lancé la plateforme « La Fabrique des Marchés Responsables ». Cette initiative propose un accompagnement ciblé (diagnostics, formations, mise en réseau) ainsi qu’une plateforme de référencement permettant d’identifier les opportunités économiques à l’échelle locale. La Fabrique s’adresse, dans un premier temps, aux entreprises de Paris, de la Seine-Saint-Denis et de la Région Sud. Avec le soutien de JPMorganChase et de Bpifrance, la Fabrique ambitionne à terme une extension nationale pour répondre aux besoins des territoires en transition économique et sociale.
Étude de cas : Soutenir les PME innovantes : le recyclage des eaux usées
Objectifs et activités
Les sections suivantes illustrent des initiatives spécifiques menées par Paris 2024 dans lesquelles la commande publique a été utilisée afin d’atteindre les objectifs d’inclusion sociale et économique figurant dans sa stratégie responsable des achats. Mobiliser les TPE-PME et les structures issues de l’ESS est donc devenu un enjeu économique majeur de la politique des principaux donneurs d’ordres des Jeux Olympiques.
La mobilisation en masse des TPE-PME devait également permettre d’encourager l’innovation. En effet, un des objectifs des organisateurs a été d’intégrer l’écosystème des petites structures innovantes dans la livraison des ouvrages majeurs principalement portés par de grands groupes du bâtiment. Il en est ainsi allé de la valorisation des eaux usées au sein du village des athlètes.
Le but du recyclage des eaux usées était de les réutiliser à des fins non alimentaires, comme l'eau pour les machines à laver ou l'irrigation des espaces verts, contribuant ainsi à refroidir les îlots de chaleur urbains. Cette initiative visait à réduire la consommation d'eau potable et à promouvoir une gestion durable des ressources en eau. Elle s'inscrit dans l'objectif national d'augmenter la proportion d'eaux usées réutilisées à 10 % d'ici 2030. C'est un véritable défi pour la France qui recycle actuellement moins de 2 % de ses eaux usées, contre 15 % en Italie et 20 % en Espagne.
Ces initiatives ont permis de promouvoir les opportunités offertes par les Jeux auprès d'entreprises peu ou pas habituées à répondre à des marchés publics. En 2019, NEREUS, PME basée dans l'Hérault, a remporté le marché du Cycle building et du projet Green Bow. Le Cycle building du Village olympique a été conçu pour recycler les eaux grises pour les machines à laver et l'arrosage de la végétation, tandis que le projet Green Bow a été conçu pour intercepter les eaux usées afin d'irriguer les espaces verts. Pour le bâtiment Cycle, l'entreprise a reçu une subvention de 1,5 million d'euros du fonds d'innovation de la SOLIDEO pour couvrir les coûts supplémentaires d'ingénierie, de mise en place du projet et de l'investissement nécessaire.
Le Village des athlètes, une démonstration de la ville éco-responsable de demain
Depuis 2018, la SOLIDEO a placé l’économie circulaire, et en particulier l'innovation circulaire, au cœur de sa stratégie d'achat. Afin de promouvoir et d'encourager la circularité des matériaux au quotidien, le cycle de l'eau et la réutilisation des eaux de pluie ont été pris en compte. Le recyclage de l'eau a été choisi pour plusieurs raisons : l'importance de réutiliser les eaux usées localement dans le contexte du changement climatique, et la nécessité de remettre en question le modèle économique linéaire actuel, qui consiste à tout évacuer dans les égouts, ce qui entraîne de la pollution, des coûts énergétiques élevés et des émissions de carbone importantes.
Encadré 1.9. Innovation en matière de recyclage de l'eau : le projet Green Bow et le bâtiment Cycle
Copier le lien de Encadré 1.9. Innovation en matière de recyclage de l'eau : le projet Green Bow et le bâtiment CycleLe projet Green Bow est une initiative innovante associée aux Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, qui se concentre sur la gestion durable de l'eau au sein du Village des athlètes. Le projet consiste à extraire les eaux usées du réseau souterrain du Village, à les traiter et à les réutiliser pour l'irrigation des espaces verts.
Conçu avec une architecture réversible, autorisant plusieurs usages sur sa durée de vie, le bâtiment Cycle a été construit pour accueillir environ 3 000 athlètes pendant les Jeux. Après les Jeux, il était destiné à être transformé en un espace urbain fonctionnel et résidentiel, conformément aux objectifs de l'héritage de créer des développements urbains durables et adaptables. Ce bâtiment sert de projet pilote pour la mise en œuvre de nouvelles solutions visant à créer des circuits courts pour la gestion de l'eau et des biodéchets en collaboration avec le territoire environnant. Plus précisément, il se concentre sur le recyclage des déchets et des eaux usées, contribuant ainsi aux objectifs de durabilité des Jeux.
Pour ce faire, la SOLIDEO a défini un cahier de spécifications fonctionnelles, qui a poussé les candidats à proposer leurs solutions les plus innovantes. Pour le premier marché, les candidats devaient proposer des solutions innovantes pour lutter contre les effets d'îlots de chaleur au sein du village des athlètes. Ces solutions devaient s'appuyer sur des matériaux adaptés, des revêtements drainants et un traitement in situ des eaux usées pour l'irrigation de la végétation. L'objectif était de réduire la température ressentie et d'augmenter le confort dans les espaces publics. Le deuxième contrat concernait la circularité des ressources, avec pour objectif de passer à des « bâtiments ressources » et à un « zéro déchet » en fonctionnement, de limiter l'impact environnemental et de recréer de la valeur locale ainsi que de nouveaux métiers. Ainsi, le projet retenu a permis d'adopter un modèle circulaire qui valorise séparément les flux de matières et offre de nombreux avantages environnementaux et économiques.
Dans le cadre du projet « Green Bow », l'objectif était d'intercepter les eaux usées dans les égouts à l'aide de vannes, afin d'arroser une partie des arbres du village. Le projet finalement retenu est une solution innovante, qui consiste à pomper les eaux usées dans le réseau souterrain du Village des athlètes et à les envoyer à la station d'épuration. L'eau filtrée est ensuite stockée dans des réservoirs et utilisée pour l'arrosage des espaces verts. L'irrigation estivale devrait ainsi bénéficier de plus de 23 m3 d'eau recyclée par jour, soit suffisamment pour arroser un demi-hectare.
Dans le bâtiment Cycle, l'eau domestique est recyclée pour alimenter les machines à laver et arroser la végétation, grâce à une mini-station d'épuration installée au sous-sol du bâtiment. L'eau traitée alimente les toilettes, les douches, les machines à laver et le système d'arrosage des espaces verts du bâtiment, réduisant ainsi de 60 % la consommation d'eau potable du bâtiment et couvrant 95 % de ses besoins en eau chaude sanitaire. L'objectif était de développer un démonstrateur complet, incluant la valorisation finale des eaux usées. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un marché important en volume, le projet a eu un impact significatif en raison de son caractère expérimental. Cependant, il est actuellement impossible d'évaluer l'impact réel de ce projet, car même si le bâtiment a été livré avant les Jeux, le recyclage ne commencera qu'après, lorsque le bâtiment sera converti en logements.
Défis rencontrés et les solutions adoptées pour y répondre
Opérationnaliser l’innovation, des défis multiples
Concilier innovation technique et conformité avec le cadre réglementaire peut parfois s’avérer difficile. Le recyclage des eaux usées en est un parfait exemple car la législation française en matière de réutilisation des eaux usées est en retard par rapport à d'autres pays européens (Vie publique, 2023[15]). La mise en place de ces innovations techniques à temps pour les Jeux Olympiques et Paralympiques s’est avérée être un véritable défi. Par exemple, pour le bâtiment « Cycle », une dérogation a été demandée auprès de l’Agence Régionale de Santé (ARS) pour alimenter les machines à laver le linge avec de l'eau recyclée, une première en France. La société NEREUS, titulaire du marché, décrit une procédure longue et un parcours administratif complexe, rendu possible grâce à l’accompagnement de la SOLIDEO.
Par ailleurs, les phases de test et d’ajustements influent sur la possibilité de mettre en pratique les solutions innovantes. Par exemple, pour le bâtiment « Cycle », les donneurs d’ordre et les concepteurs ne disposaient pas de données sur l'utilisation concrète du bâtiment, sur le comportement de ses occupants ou la nature des produits versés dans les éviers de cuisine. Pour réduire les incertitudes liées à l’utilisation du bâtiment, NEREUS a mis en place des systèmes de capteurs permettant de surveiller en temps réel le débit, la pression, et la qualité de l'eau filtrée. Cette technologie a permis une gestion à distance et une optimisation continue des processus (Agence Qualité Construction, 2023[16]).
Néanmoins, toutes les solutions innovantes n’ont pu voir le jour, faute de tests suffisants avant la tenue des Jeux. Si la grande majorité des projets sélectionnés dans le cadre du fonds d’innovation des Jeux Olympiques et Paralympiques a été mené à terme pour le début des Jeux, deux ont été abandonnés. Dans ces deux cas, la période de test réalisée pour faire face à ces incertitudes n’a en effet pas donné de résultats suffisants pour une mise en œuvre lors des Jeux. Ainsi, le plus grand pont en béton du monde imprimé en 3D et qui devait franchir le canal Saint-Denis à Aubervilliers n’a finalement pas été mené à son terme, faute d’obtention de garanties sécuritaires suffisantes.
Les petites structures innovantes confrontées aux problématiques de la commande publique
Dans le cadre de leurs relations avec les donneurs d’ordres, les TPE-PME se voient souvent exposées aux rigidités administratives de la commande publique et au formalisme des relations contractuelles. Ainsi, l’entreprise NEREUS a dû faire face aux défis traditionnels liés aux procédures d’appels d'offres : contraintes administratives complexes et lourdes, avec des exigences parfois difficiles à remplir pour une PME. L'adaptation de processus administratifs mieux adaptés aux sociétés de taille beaucoup plus importante s’est avérée limitée. Ce cadre rigide et peu adapté est souvent une des raisons qui repousse les petits acteurs innovants.
Par ailleurs, la relation contractuelle tripartite avec le promoteur en tant que donneur d’ordre mais également la SOLIDEO, porteuse de l’innovation, a compliqué l’exécution du projet. Les relations avec les bureaux d'études et les sous-traitants, habitués aux méthodes de grands contrats de génie civil, ont parfois été compliquées, nécessitant des ajustements pour aligner les attentes et les pratiques. Malgré ces défis, le soutien continu de la SOLIDEO et l'accompagnement stratégique d'ICADE (le promoteur immobilier) ont permis à NEREUS de surmonter ces différents obstacles selon ses dirigeants10.
Un second défi majeur a été la gestion de la trésorerie. En effet, l'un des principaux défis pour les TPE-PME réside dans la nécessité de gérer une augmentation temporaire et rapide de la demande liée à l’échelle mais également au caractère éphémère des Jeux. Cela peut exercer une pression considérable sur la trésorerie des entreprises, les obligeant à trouver des solutions rapides pour répondre aux besoins spécifiques des Jeux sans compromettre leur stabilité financière à long terme. Ainsi, NEREUS a dû supporter un niveau de trésorerie élevé sur une longue durée, ce qui constitue fréquemment une barrière pour les TPE-PME. Le financement partiel de leurs machines a ajouté à la difficulté, nécessitant une gestion financière prudente et stratégique.
Résultats
L’organisation des Jeux de Paris 2024, point de bascule pour les sociétés innovantes ?
Les initiatives mises en place pendant les JOP de Paris 2024 ont permis de tester et de valider des solutions innovantes de recyclage des eaux usées. Ces solutions pourraient être répliquées dans d'autres collectivités tel que le dispositif d’interception des eaux usées pour arroser les arbres ou en développant des centres de compostages (comme ceux du bâtiment « Cycle »). Néanmoins, au-delà des bénéfices environnementaux obtenus avec l’utilisation de solutions circulaires, il reste à savoir si ces projets mis en lumière grâce à la médiatisation des Jeux Olympiques auront un impact sur l’activité des entreprises innovantes et sur le cadre réglementaire.
De l’aveu de ses dirigeants, la participation aux marchés des JOP 2024 a eu des impacts significatifs sur NEREUS, moins en termes financiers, les projets ne représentant que 8 et 9 % des activités de l'entreprise, qu’en gains d’expérience technique et administrative. Ces marchés devraient dans le futur permettre de renforcer leur positionnement sur le marché innovant du recyclage des eaux usées. Cette reconnaissance a d’ores et déjà conduit à des commandes supplémentaires pour équiper d'autres bâtiments, tirant bénéfice de l’augmentation de la visibilité et de la crédibilité de la société.
Elles ont également mis en évidence l'importance de la législation et de la réglementation pour encourager et faciliter l’innovation. Il est clairement apparu nécessaire de faire évoluer le cadre institutionnel français sur la thématique du recyclage des eaux usées afin de lever les freins à l'innovation et favoriser le développement de solutions durables. La dérogation obtenue par NEREUS pour le recyclage des eaux usées a permis de lever ces blocages réglementaires.
En démontrant la viabilité de solutions innovantes de recyclage des eaux usées, Paris 2024 a pu influencer le législateur français. L’utilisation de ces techniques innovantes doit permettre d’accompagner la mise en œuvre du Plan Eau pour une gestion plus résiliente et concertée de la ressource. Lancé le 30 mars 2023, il prévoit la valorisation des eaux dites « non-conventionnelles » avec pour objectif de développer 1 000 projets de réutilisation sur l’ensemble du territoire d’ici 2027 et de multiplier par dix le volume d’eaux usées traitées réutilisées pour d’autres usages d’ici 2030.
Références
[16] Agence Qualité Construction (2023), JOP Paris 2024 – Le Village olympique pousse l’innovation en recyclant les eaux usées.
[6] CDES and AMNYOS (2023), Actualisation de la cartographie des emplois directement mobilisés par l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques Paris 2024, https://library.olympics.com/Default/doc/SYRACUSE/3156803/actualisation-de-la-cartographie-des-emplois-directement-mobilises-par-l-organisation-des-jeux-olymp?_lg=en-GB.
[5] CDES and AMNYOS (2019), Cartographie des emplois directement mobilisés par les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, https://v1.cdes.fr/sites/default/files/files/20190403_Cartographie_emplois_Paris2024_VF.pdf.
[13] Comité d’Organisation Paris 2024 (2024), RAPPORT DURABILITÉ & HÉRITAGE POST-JEUX, AXE STRATÉGIQUE : LIVRER DES JEUX PLUS RESPONSABLES, DÉCEMBRE 2024.
[12] Commission des Affaires culturelles et de l’éduction de l’Assemblée nationale (2023), Mission d’information sur les retombées des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 sur le tissu économique et associatif local.
[3] Cour des Comptes (2023), L’organisation des jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 - Rapport au Parlement.
[4] ESS2024 (2024), Faire des Jeux de Paris 2024 un levier de développement pour l’économie durable, https://lescanaux.com/wp-content/uploads/2024/11/rapport-dimpact-ess2024_web.pdf.
[7] France Travail (2023), Comparaisons de trajectoires des bénéficiaires des opérations Du Stade Vers l’Emploi.
[8] Ministere du travail, de la santé, des solidarités et des familles (2025), Synthèse des réalisations de l’EDEC “Grands événements culturels et sportifs”, https://observatoires.afdas.com/sites/default/files/document-ressource/Bilan%20actions%20EDEC%20GECS.pdf.
[1] OCDE (2018), Les PME dans les marchés publics : Pratiques et stratégies pour des bénéfices partagés, https://doi.org/10.1787/9789264307476-en.
[9] OECD (2023), Buying social with the social economy: OECD Global Action “Promoting Social and Solidarity Economy Ecosystems”, OECD Publishing, https://doi.org/10.1787/c24fc.
[14] OECD (2023), “Impact indicators for culture, sports and business events: A guide - Part II”, OECD Local Economic and Employment Development (LEED) Papers, No. 2023/11, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/e2062a5b-en.
[2] OECD (2025, forthcoming), Report on the Implementation of OECD Recommendation on Global Events and Local Development.
[10] Paris 2024 (2024), 3 4 5 1 2 DES JEUX QUI FONT AVEC MOINS, DES JEUX QUI FONT MIEUX RESPONSABILITÉS ET ENGAGEMENTS MÉTHODE ET OUTILS DES JEUX GRANDS OUVERTS, https://medias.paris2024.org/uploads/2023/11/Executive-.
[11] Paris 2024 (2024), Rapport Durabilité et Héritage Pré-Jeux.
[15] Vie publique (2023), Traitement et réutilisation des eaux usées en France: ou en sommes-nous?.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. La Cour des comptes est une institution indépendante en France chargée de contrôler la régularité des comptes publics et de veiller au bon usage des fonds publics.
← 2. Les emplois mobilisés ne sont pas des emplois créés, des emplois à temps plein ou des emplois permanents.
← 3. Les profils différents des bénéficiaires de DSVE par rapport à l'ensemble des demandeurs d'emploi ou des participants à d'autres initiatives de recrutement compliquent la comparaison directe des taux « bruts » de retour à l'emploi dans ces groupes. Pour permettre une comparaison équitable, un groupe de contrôle apparié ( « groupe témoin » ) a été constitué avec des caractéristiques correspondant à celles des bénéficiaires de DSVE sur les points suivants : niveau d'éducation, âge, durée du chômage, niveau de qualification, RSA sexe, motif d'inscription, type de suivi, situation de handicap, résidence dans des zones défavorisées (QPV), nationalité, classification des emplois, groupe de performance de l'agence, barrières périphériques, intensité du chômage dans la catégorie A, région et éligibilité aux allocations de chômage. Les bénéficiaires de DSVE inclus dans cette analyse ont participé à des événements organisés entre février et juillet 2022, ce qui représente environ 2 000 personnes. Pour chaque bénéficiaire, un participant témoin présentant des caractéristiques proches a été identifié à l'aide d'une opération d'appariement.
← 4. Il convient de noter que les résultats ne doivent pas être considérés comme des mesures de l’ « impact » du programme, car les demandeurs d'emploi qui se voient proposer et acceptent de participer au DSVE peuvent être plus motivés que la moyenne, ce qui pourrait expliquer en partie les différences observées.
← 5. L'accès total à l'emploi ou à la formation mesure tous les cas de retour à l'emploi, quel que soit le type de contrat (permanent, à durée déterminée ou temporaire) et sa durée, ou l'accès à un programme de formation.
← 6. Pour en savoir plus sur le marché du travail de la Ville de Paris ainsi que sur les politiques associées, voir OCDE (2025), Paris, ville de talents, Revues de l’OCDE sur la création locale d’emplois, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9780abe4-fr (en français uniquement).
← 7. Les OPCO sont chargés de soutenir la formation professionnelle et le développement des employés, en particulier dans des secteurs spécifiques. Leurs principaux rôles consistent à financer la formation professionnelle, à aider les PME à gérer les programmes de formation et à veiller à ce que la formation corresponde aux besoins de l'industrie. Les OPCO travaillent en étroite collaboration avec les entreprises pour améliorer les compétences de la main-d'œuvre et soutenir la reconversion professionnelle, en jouant un rôle important dans le développement de compétences spécifiques au secteur. Ils peuvent également soutenir la formation de demandeurs d’emploi, pour répondre aux besoins des entreprises.
← 8. Le Groupe BPCE se distingue par son modèle de banque coopérative, où ses clients sont également actionnaires, et par son engagement en faveur du développement durable et du soutien à l’économie régionale. Deuxième groupe bancaire en France et leader dans le domaine des obligations vertes et sociales, il intègre activement la responsabilité sociale et l'innovation dans ses services financiers. De plus, sa structure à double réseau (Banque Populaire et Caisse d’Épargne) lui permet d'offrir des solutions sur mesure aux particuliers et aux entreprises dans diverses régions.
← 9. Cependant, il convient de noter que si l’objectif en matière d’heures de travail contractualisées a été largement dépassé, cela a été principalement rendu possible grâce au recours aux contrats d’apprentissage et aux agences d’intérim (qui représentent plus de 50 % des emplois) ; seuls 8 % des contrats étaient des contrats d’insertion et 6 % des contrats à durée déterminée. Par ailleurs, certains cas de non-respect des engagements pris lors du processus de candidature ont été observés, notamment lorsque de grandes entreprises ont répondu aux appels d’offres mais n’ont finalement pas fait appel aux services des PME ou des acteurs de l’ESS. Voir : Le Monde Diplomatique, mai 2024 : Des JO « responsables », un chantier inachevé ; et Global Deal (2024), Global Deal Flagship Report 2024, Shaping Transitions to Decent Work: Social dialogue for a better future
← 10. Éléments obtenus lors des échanges conduits entre l’OCDE et l’entreprise NEREUS