Ce chapitre explore les bonnes pratiques et leviers existants pour garantir une mise en œuvre effective du droit d’accès à l’information environnementale comme premier niveau de participation mais également précondition pour une participation citoyenne éclairée. Il étudie le potentiel des données ouvertes vertes pour renforcer la transparence de l’action climatique et favoriser l’appropriation de ses enjeux par les citoyens ainsi que l’innovation civique. Enfin, il s’intéresse aux nombreuses opportunités offertes par une approche stratégique de la communication publique pour accompagner la transition verte vers un engagement accru des citoyens.
Le gouvernement ouvert au service de la transition verte
2. Informer et communiquer efficacement pour impliquer les citoyens dans une transition verte équitable
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L’information constitue le premier niveau de participation selon l’échelle élaborée par l’OCDE, et est également une précondition à la déclinaison des niveaux suivants de l’échelle de participation allant vers un engagement significatif dans les processus de décision. Le droit d’accès à l’information renforce, en faveur des citoyens, la transparence de l’action publique ainsi que l’accessibilité de l’information et des services publics. Il permet de créer les conditions de responsabilité et de redevabilité des gouvernements vis-à-vis des citoyens mais également à ces derniers de participer de manière éclairée à l’élaboration des politiques publiques et à la conception des services publics (OCDE, 2022[1])
Ainsi, la mise à disposition par les gouvernements d’informations pertinentes, fiables, et mises à jour à destination des citoyens est indispensable à leur implication dans la transition verte, dans la mesure où cela leur permet d’avoir les connaissances nécessaires pour comprendre les enjeux du changement climatique et leur évolution, d’appréhender les politiques publiques et de suivre leur mise en œuvre par le gouvernement. La réutilisation des informations et données environnementales offre également aux citoyens, parties prenantes et acteurs de la société civile le pouvoir d’influer sur les politiques publiques climatiques et de mettre en avant de nouvelles priorités appuyées sur des données, renforçant ainsi leur rôle moteur dans la transition verte. Les données ouvertes vertes sont à ce titre particulièrement pertinentes, du fait de la densité des informations produites par différents acteurs qui sont nécessaires au suivi du changement climatique et à la mise en œuvre de politiques publiques pour y répondre. La réutilisation des données ouvertes est en outre un outil déterminant à la portée des citoyens pour créer eux-mêmes des solutions innovantes et adapter leurs comportements et actions en faveur du climat. Au-delà des citoyens, l’accès à l’information et les données ouvertes sont essentiels aux journalistes pour pouvoir rendre compte de l’évolution de la crise climatique et des politiques publiques mises en œuvre pour y répondre, mais également aux organisations de la société civile et chercheurs pour pouvoir défendre les bonnes solutions, et aux acteurs à but non lucratif/privés souhaitant mettre en œuvre des solutions et des projets.
Par ailleurs, dans un domaine aussi sensible à la polarisation des opinons ainsi qu’à la désinformation et à la mésinformation que le réchauffement climatique, assurer l’intégrité de l’information et l’accès des citoyens à une information fiable, vérifiée et diversifiée est indispensable à la préservation du débat démocratique (OCDE, 2024[2]). Le droit d’accès à l’information, les données publiques ouvertes et la communication publique constituent à ce titre des leviers de renforcement de la résilience des systèmes d’information.
La mise en œuvre effective du droit d'accès à l’information et de l’ouverture des données vertes nécessite la mise en place de cadres juridiques solides sur la publication proactive et réactive d’information, afin de garantir une diffusion systématique d’un certain nombre d’informations relatives au changement climatique. Si la majorité des pays disposent aujourd’hui d’un cadre juridique général sur l’accès à l’information (OCDE, 2022[1]), des défis demeurent dans leur mise en œuvre appliquée à la question climatique, tels que la spécificité des dispositions juridiques, l’accès et l’accessibilité de l’information à un public varié ainsi que leur exhaustivité, leur pertinence et leur lisibilité, le renforcement de la publication proactive de l’information, ou encore la question des informations détenues par des entités privées.
La communication publique constitue également un outil essentiel pour soutenir la transparence et la redevabilité de l’action gouvernementale. Elle représente un levier supplémentaire à disposition des gouvernements pour informer les citoyens de manière pédagogique sur les actions entreprises, encourager les changements de comportement nécessaires à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, susciter, assurer ou renforcer l’adhésion aux politiques publiques mises en œuvre ou encore lutter contre la désinformation et la mésinformation autour du changement climatique. Utilisée de manière stratégique, la communication publique peut être un levier déterminant de passage à l’action. Les transformations liées aux technologies numériques, aux changements dans la production et la consommation des médias et plus largement l’évolution des écosystèmes de l’information posent de nouveaux défis à la fonction de communication publique et ont en même temps ouvert des possibilités sans précédent pour sa mise en œuvre (OCDE, 2021[3]). Dans ce contexte, structurer la fonction de communication publique et la faire évoluer pour en faire un outil stratégique pour accompagner la transition verte constitue un défi de premier ordre.
2.1. Créer et mettre en œuvre un cadre légal garantissant l’accès aux informations environnementales
Copier le lien de 2.1. Créer et mettre en œuvre un cadre légal garantissant l’accès aux informations environnementalesL’accès à l’information, défini par l’OCDE comme la capacité d’un individu à rechercher, recevoir, communiquer et utiliser des informations, est à la fois un droit fondamental et un levier permettant l’accès à d’autres droits. Cela est d’autant plus explicite dans le contexte de la transition verte, la conception de l’environnement comme un bien commun plaidant en effet pour sa gestion par le public, par opposition à un accès restreint à l’administration (Etemire, 2014[4]). Ainsi, l'accès à l'information est reconnu comme un élément clé du développement durable depuis l'adoption de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement de 1992, qui stipule dans son principe 10 que « chaque individu doit avoir dûment accès aux informations environnementales que détiennent les autorités publiques » et que « les États doivent faciliter et encourager la sensibilisation et la participation du public en mettant les informations à la disposition de celui-ci » (Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, 1992[5]). Ces principes figurent également dans l'Objectif de développement durable (ODD) numéro 16 : « Paix, justice et institutions solides ».
Un certain nombre de cadres juridiques sectoriels spécifiques à l’accès aux informations environnementales ont ainsi été adoptés au niveau supranational (OCDE, 2022[1]). La Convention d’Aarhus sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement (CEE-ONU, 1998[6]), signée en 1998, en est un des exemples les plus significatifs, et établit des droits et obligations précis en matière d’accès à l’information environnementale. L'Accord régional sur l'accès à l'information, la participation du public et la justice en matière d'environnement en Amérique latine et dans les Caraïbes (dit Accord d’Escazú), adopté en 2018 et entré en vigueur en 2021, comprend également des obligations en matière de production, de diffusion et d'accès à l'information relative aux questions environnementales. Enfin, la Recommandation de l’OCDE sur l'information environnementale et les rapports sur l'environnement a été adoptée en 2022 et appelle les pays adhérents à prendre « toutes les mesures nécessaires pour accroître la disponibilité pour le public des informations environnementales détenues par les autorités publiques et pour en assurer une diffusion adéquate et un accès en temps utile et facile » (OCDE, 2022[7] ; OCDE, 2022[1]).1 Il est généralement admis que ces cadres internationaux ont contribué à l’adoption de cadres renforcés pour l’accès à l’information environnementale au niveau national (Darbishire, 2015[8] ; OCDE, 2022[1]).
Le droit d’accès à l’information environnementale se traduit par la mise en place de cadres juridiques au niveau national, dont la mise en œuvre présente encore des défis, tels que la définition explicite de ce que recouvre le concept d’informations environnementales, la question des informations détenues par des entités privées, ou encore le renforcement des pratiques de publication proactive de l’information pour faciliter un accès plus équitable et en temps opportun aux informations pertinentes à la transition écologique.
2.1.1. Définir et inclure explicitement les sujets environnementaux dans le cadre légal
Comme indiqué en introduction de ce chapitre, une majorité des pays ont adopté des lois généralistes relatives à l’accès à l’information (OCDE, 2022[1]). Au-delà des dispositions générales qui concernent tout type d’information à caractère publique, la pratique révèle que l’inclusion explicite des sujets environnementaux ou climatiques dans les lois sur l’accès à l’information ainsi qu’une définition précise de ce que recouvre l’expression « informations environnementales » permettent la mise en place d’un cadre juridique clair et cohérent. Cela améliore également la prévisibilité et l'efficacité de la mise en œuvre du droit d’accès à l’information en réduisant la marge de manœuvre dont pourraient disposer certains individus ou agences pour ne pas diffuser certaines données.
L’adoption de législations sectorielles sur l’environnement permet par ailleurs la mise en place de dispositions plus détaillées qu'une loi générale sur l'accès à l'information, apportant ainsi une définition plus précise du type d’information entrant dans le champ des informations environnementales (Darbishire, 2010[9]). Ce type de législation contribue ainsi à renforcer la clarté et l’exhaustivité des cadres régissant l’accès à l’information environnementale, permettant aussi bien aux citoyens qu’aux fonctionnaires en charge de la mise en œuvre de la loi de mieux appréhender les contours des informations à diffuser et les modalités pour ce faire. Elles permettent également de souligner une fois encore le rôle déterminant de l’accès à l’information dans le cadre de la transition verte. Ainsi, le Chili a défini les informations environnementales dans sa loi-cadre sur l'environnement (voir Encadré 1.1).
Encadré 2.1. La définition des informations environnementale dans la loi-cadre sur l’environnement au Chili
Copier le lien de Encadré 2.1. La définition des informations environnementale dans la loi-cadre sur l’environnement au ChiliDans la loi-cadre sur l’environnement adoptée en 2010 et amendée en 2023, le Chili a fait le choix d’intégrer une définition des informations environnementales, avec pour objectif de préciser et décliner les dispositions de la loi sur l’accès à l’information publique au domaine de l’environnement.
L’article 31 bis de la loi cadre stipule que :
« Toute personne a le droit d'accéder aux informations environnementales détenues par l'Administration, conformément aux dispositions de la Constitution politique de la République et à la Loi n° 20.285 sur l'accès à l'information publique.
Les informations environnementales comprennent toutes celles de nature écrite, visuelle, sonore, électronique ou enregistrée de toute autre manière qui sont en possession de l'Administration et qui traitent des sujets suivants :
a) L'état des éléments environnementaux, tels que l'air et l'atmosphère, l'eau, le sol, les paysages, les zones protégées, la diversité biologique et leurs composants, y compris les organismes génétiquement modifiés ; et l'interaction entre ces éléments.
b) Les facteurs, tels que les substances, l'énergie, le bruit, les radiations ou les déchets, y compris les déchets radioactifs, les émissions, les déversements et autres rejets dans l'environnement, qui affectent ou peuvent affecter les éléments de l'environnement indiqués à l’alinéa précédent.
c) Les actes administratifs liés aux questions environnementales, ou qui affectent ou peuvent affecter les éléments et facteurs mentionnés aux alinéas a) et b), et les mesures, politiques publiques, normes, plans, programmes qui les sous-tendent.
d) Les rapports sur le respect de la législation environnementale.
e) Les analyses économiques et sociales, ainsi que d'autres études utilisées pour prendre des décisions relatives aux actes administratifs et à leurs fondements, indiqués à l’alinéa c).
f) L'état de santé et de sécurité des personnes, les conditions de vie humaine, les biens du patrimoine culturel, lorsqu'ils sont ou peuvent être affectés par l'état des éléments de l'environnement mentionnés à l’alinéa a) ou par l'un des facteurs et mesures indiqués aux alinéas b) et c).
g) Toute autre information liée à l'environnement ou aux éléments, composants ou concepts définis à l'article 2 de la loi. »
Note : Traduction de l’auteur à partir de la version originale de la loi en espagnol.
2.1.2. Élargir la définition des « autorités publiques » pour éviter la captation d’information environnementale par des acteurs privés
Le cadre juridique relatif à l’accès à l’information indique généralement quelles agences ou organismes sont soumis au droit d'accès à l'information environnementale. Dans le domaine de l’environnement comme dans les cadres légaux non-sectoriels, les bonnes pratiques suggèrent que ce droit devrait s'appliquer à l'ensemble du secteur public, aux entreprises publiques, aux autorités publiques telles que les organismes constitutionnels, statutaires et de surveillance, aux entreprises privées exerçant une fonction publique et aux entreprises privées recevant un financement public significatif (voir Encadré 1.2).
Encadré 2.2. La définition de l’expression « autorités publiques » dans l’article 2 de la Convention d’Aarhus
Copier le lien de Encadré 2.2. La définition de l’expression « autorités publiques » dans l’article 2 de la Convention d’AarhusLa Convention d’Aarhus définit l'expression « autorité publique » comme suit :
« a) L'administration publique à l'échelon national ou régional ou à un autre niveau ;
b) Les personnes physiques ou morales qui exercent, en vertu du droit interne, des fonctions administratives publiques, y compris des tâches, activités ou services particuliers en rapport avec l'environnement ;
c) Toute autre personne physique ou morale assumant des responsabilités ou des fonctions publiques ou fournissant des services publics en rapport avec l'environnement sous l'autorité d'un organe ou d'une personne entrant dans les catégories visées aux alinéas a) et b) ci-dessus ;
d) Les institutions de toute organisation d'intégration économique régionale visée à l'article 17 qui est Partie à la présente Convention.
La présente définition n'englobe pas les organes ou institutions agissant dans l'exercice de pouvoirs judiciaires ou législatifs. »
Par ailleurs, le guide de mise en œuvre de la Convention d’Aarhus précise que :
« L’évolution récente en faveur de solutions privatisées dans le domaine des services publics n’a fait que compliquer davantage la définition. La Convention s’efforce de préciser que de telles innovations ne peuvent pas éliminer les activités ou les services publics du domaine d’information et de participation du public ou de la justice ».
Dans le contexte de la transition écologique et de l'accès à l'information environnementale plus spécifiquement, l'essor des entreprises privées et leur relation avec l'État met en évidence les raisons de reconsidérer la définition des « autorités publiques ». En effet, la privatisation croissante des services publics risque de soustraire l'information environnementale des mains du public. À cet égard, la Commission européenne a indiqué que l'article 2(2) de la Directive 2003/4/CE (le règlement de mise en œuvre de la Convention d'Aarhus) a été « rédigé délibérément de manière large pour garantir que l'information environnementale ne serait pas privatisée et donc inaccessible au public » (Etemire, 2012[10]). Sur cette base, les tribunaux du Royaume-Uni ont par exemple statué que les entreprises d'eau, d'électricité et de gaz sont classées comme « autorités publiques » aux fins de la divulgation d'informations environnementales et sont donc légalement tenues de diffuser au public les informations environnementales qu'elles détiennent (Etemire, 2012[10]). Si la jurisprudence a dans ce cas permis d’élargir la portée du droit d’accès à l’information à certaines informations pertinentes détenues par des acteurs privées, une clarification dans le cadre légal favoriserait une mise en œuvre harmonisée en cas de litige entre des demandeurs d’accès à des informations environnementales et les détenteurs privés de l’information.
Par ailleurs, afin de renforcer la transparence et la réutilisation de l’information, l’accès aux informations détenues par des entités privées ne doit pas être limité aux organismes publics de régulation, mais gagnerait à être étendu au public à travers un droit d’accès direct. En effet, si les citoyens ont la possibilité d’accéder par eux-mêmes à un certain nombre d’informations, cela contribue à la transparence des données environnementales en lien avec le secteur privé et constitue également un facteur déterminant pour renforcer la confiance des citoyens dans le gouvernement et dans les organismes de régulation (Etemire, 2012[10]). Par ailleurs, les agences de régulation ne détiennent pas nécessairement toutes les informations environnementales dont le public peut avoir besoin (Etemire, 2012[10]). La « captation » des données par des entreprises privées peut ainsi s’avérer problématique lorsque les demandeurs d’information ont besoin d’accéder à une information environnementale spécifique sur les activités d’une entreprise privée que l’organisme de réglementation ne détient pas dans l’immédiat. Cela peut par exemple concerner une information dont les demandeurs ont besoin de manière urgente mais que l’entreprise privée n’a pas transmis en temps voulu à l’organisme de réglementation en dépit de son obligation légale de le faire. Une telle situation peut constituer de fait un non-respect des droits des usagers en matière de délais d’accès aux informations.
Les registres des émissions et des transferts de polluants constituent un exemple de cadre innovant pour rendre publiquement accessible des informations systématisées provenant à la fois d'acteurs publics et privés, que ces acteurs privés exercent ou non une fonction publique. Ces registres sont une base de données contenant des informations sur les « rejets de polluants dans l'air, l'eau et le sol et des données sur le transfert de déchets provenant de grandes industries. Il s’agit d’un outil numérique, accessible au public et utilisant des données normalisées, dans lequel les informations sur la nature et la quantité de rejets de polluants peuvent être consultées par type de déchets et zone géographique, ventilées au niveau des complexes industriels ou des secteurs économiques » (CEPAL, 2018[11]). Le Brésil, le Chili, le Honduras ou encore le Mexique ont, par exemple, développé leur propre registre (voir Encadré 1.3 pour Mexique). Dans la lutte contre le changement climatique en particulier, les données concernant les émissions de gaz à effet de serre par les acteurs privés et publics constituent également des informations à forte valeur ajoutée. Si la mise en place d’une méthodologie et d’un cadre unifiés de mesure et d’indicateurs font l’objet de discussions dans le cadre du Forum inclusif sur les approches d’atténuation des émissions de carbone de l’OCDE, une réflexion autour de la publication de ces données et informations pour un accès au public sera également déterminante pour renforcer la transparence et la redevabilité quant à cette problématique cruciale pour la lutte contre le changement climatique (OCDE, 2024[12]).
Encadré 2.3. Le registre des émissions et transferts de polluant au Mexique
Copier le lien de Encadré 2.3. Le registre des émissions et transferts de polluant au MexiqueLe Registre des émissions et des transferts de polluants (RRTP) est un instrument de politique environnementale qui permet au public d’accéder aux informations concernant le rejet de substances polluantes dans l’air, l’eau et le sol par les activités industrielles. La liste des secteurs industriels concernés est définie dans la loi (industrie chimique, automobile, métallurgie, etc.).
Les objectifs de ce registre sont :
D’informer le public ;
D’encourager les industriels à améliorer leur performance environnementale et réduire leurs polluants ;
De fournir des données aux ONG, chercheurs et gouvernements.
La Commission de coopération environnementale de l’Accord de Libre-échange Nord-Américain publie des rapports comparatifs à partir des données des registres canadien, américain et mexicain.
2.1.3. Renforcer les normes et pratiques de publication proactive de l’information environnementale
La divulgation proactive des informations, définie comme la publication et disponibilité publique de l'information avant toute demande du public, est un pilier du droit d’accès à l’information. Au-delà d’une garantie de transparence, elle permet aux demandeurs d'information d'avoir un accès immédiat à l'information publique et d’éviter les coûts ou les délais liés au dépôt d'une demande ou à l'engagement dans des procédures administratives.
La divulgation proactive est également intrinsèquement plus équitable que ne l'est la diffusion réactive. En effet, l'information mise à disposition peut généralement être téléchargée ou consultée de manière anonyme, protégeant ainsi les demandeurs appartenant à des groupes vulnérables ou à risque (journalistes, activistes ou lanceurs d’alerte) contre le harcèlement, l'intimidation et la violence (OCDE, 2022[1]). Cela est particulièrement pertinent sur une thématique aussi sensible que la question environnementale, dans un contexte généralisé de réduction de l’espace civique (OCDE, 2022[1]). De plus, l’anonymat contribue à éviter les cas où les fonctionnaires sont plus susceptibles de répondre à certaines demandes, par exemple émanant de membres de groupes de statut plus élevé ou favorable au gouvernement (Darbishire, 2010[9]).
Certains pays énumèrent ainsi les types d'informations environnementales qui doivent être divulguées de manière proactive dans leurs lois-cadres sur l'environnement. Une évaluation régulière des besoins est nécessaire afin d’ajuster les jeux de données environnementales devant être publiés proactivement. C’est ce travail que la Géorgie s’est engagée à mener en 2023, dans le but d’améliorer ses normes de publication proactive de l’information (voir Encadré 1.4).
Encadré 2.4. Améliorer les normes de publication proactive de l’information en Géorgie
Copier le lien de Encadré 2.4. Améliorer les normes de publication proactive de l’information en GéorgieEn 2023, la Géorgie s’est engagée à réévaluer ses besoins et élargir la liste des informations publiques devant être publiées de manière proactive (mise à jour du décret gouvernemental n°219 de 2013, décret large ne portant pas uniquement sur les informations environnementales). Elle s’est également engagée à renforcer la formation des fonctionnaires sur la question de l’accessibilité des informations publiques. Parmi les nouveaux jeux d’information, une série concerne des informations environnementales :
Mise en ligne des informations relatives aux inspections effectuées par le Département de la supervision environnementale ;
Mise en ligne des informations relatives à la délivrance de permis de construire pour des projets de grande ampleur ;
Publication proactive des accords (tels que les protocoles d'accord et les contrats) conclus entre le gouvernement géorgien et les entreprises productrice d’électricité.
Publication proactive et mise à jour continue du registre des licences d'exploitation minière.
Source : https://www.opengovpartnership.org/members/georgia/commitments/GE0094/.
Les régimes de divulgation proactive permettent enfin de renforcer le contrôle de l’action climatique du gouvernement et de redistribuer « la capacité de surveillance et de sanction entre les mains d'un plus grand nombre d'acteurs nationaux, rendant les revirements politiques futurs moins probables » (Berliner, 2012[13]).
Par ailleurs, l’observation des pratiques à l’international montre également l’importance de rendre l’information compréhensible et accessible au plus grand nombre et en particulier aux personnes ayant des compétences numériques limitées, une faible alphabétisation, atteintes de handicap ou faisant partie de groupes marginalisés ou vulnérables. En ce sens, l’information publiée proactivement doit être présentée dans un langage clair et être traduite dans les différentes langues pratiquées sur un territoire. Ainsi, des pays comme le Mexique, la Colombie, le Guatemala ou encore le Pérou ont adopté des lois reconnaissant, promouvant et protégeant les langues autochtones qui intègrent des dispositions relatives à l’accès à l’information dans ces langues (CEPAL, 2018[11]).
2.2. Mobiliser les données ouvertes vertes
Copier le lien de 2.2. Mobiliser les données ouvertes vertesLes données publiques ouvertes sont un levier déterminant de la transparence et de l’ouverture du gouvernement, ainsi qu’un outil de mise en œuvre privilégié de l’accès à l’information (OCDE, 2022[14] ; OCDE, 2023[15]). Elles sont également un des piliers de la démocratie numérique et un levier d’innovation civique. Les dispositions relatives aux données ouvertes désignent « les modalités non discriminatoires d’accès aux données et de partage de celles-ci, dans des conditions où les données sont lisibles par la machine, accessibles et pouvant être partagées, à titre gratuit, et utilisables par quiconque, à quelque fin que ce soit, dans le respect tout au plus d’exigences préservant l’intégrité, la provenance, l’attribution et l’ouverture » (OCDE, 2021[16]).
Les données vertes ouvertes, fiables, normalisées, d’actualité et réutilisables offrent des possibilités d’améliorer l’élaboration des politiques climatiques et de renforcer la transparence de l’action climatique (OCDE, 2023[17] ; Partenariat pour un gouvernement ouvert, s.d.[18]). Elles permettent en effet aux parties prenantes et aux citoyens de suivre et de traiter collectivement les principaux risques liés au changement climatique en s’appuyant sur des informations telles que les données géospatiales ouvertes, des observations géopolitiques, des statistiques sur les émissions de gaz à effet de serre et les taux de pollution (Grinspan et Worker, 2021[19] ; OCDE, 2023[17]). Elles facilitent ainsi la coordination entre l’ensemble des acteurs de la société (administration publique, secteur privé, société civile). C’est également un outil de contrôle à disposition des citoyens et des parties prenantes pour évaluer l’action climatique des gouvernements et leur demander des comptes.
Les données ouvertes vertes s’inscrivent donc dans une logique de transparence qui favorise l’accès gratuit à des informations de qualité pertinentes pour la prise de décision publique ainsi que la confiance entre les acteurs (Partenariat pour un gouvernement ouvert, s.d.[18]). Cependant, des défis persistent pour pleinement tirer profit des bénéfices potentiels de l’ouverture des données pour la transition verte, en tant que levier de l’implication des citoyens et de la société civile. Ainsi, la fragmentation des données des différents organismes, leur caractère parfois incomplets, ou l’indisponibilité de formats accessibles constituent les principaux défis recensés. De même, si certaines de ces données, telles que les données géospatiales ou celles relatives à la mobilité, sont généralement disponibles, des efforts supplémentaires sont encore nécessaires pour diffuser plus largement l’ensemble des données en lien avec la transition verte telles que les données relatives à l’observation de la terre, l’environnement, les données météorologiques ou encore l’utilisation des terres (OCDE, 2023[15]). Le renforcement des efforts de sensibilisation et de formation des citoyens et des parties prenantes à l’utilisation des données ouvertes est également un levier pour soutenir l’appropriation de cet outil par le public et son utilisation pour appuyer la transition verte. Par ailleurs, des pratiques innovantes d’implication des citoyens dans la production de données ouvertes ont émergé, ouvrant la porte à une démocratisation et un élargissement des pratiques et usages de l’ouverture des données vertes. (Grinspan et Worker, 2021[19]).
2.2.1. Adopter une stratégie globale sur les données ouvertes vertes et définir les données prioritaires
En réponse aux défis mentionnés dans le paragraphe introductif, les pratiques montrent que l’adoption d’une stratégie ou d’un plan d’action sur les données ouvertes vertes à l’échelle de l’administration constitue une étape fondamentale pour accompagner les organismes publics dans les activités générales qu’ils mènent en matière de données publiques ouvertes, ce qui peut accroître la maturité́ des données publiques et faciliter ainsi l’action climatique (OCDE, 2023[20]). Trente pays de l’OCDE sur 36 ayant répondu à l’enquête (83 %) se sont ainsi dotés d’une stratégie ou d’un plan d’action en matière de données publiques ouvertes.
L’organisation Open Data Charter, en collaboration avec le World Resource Institute, a publié un guide pour accompagner les gouvernements nationaux souhaitant faire évoluer leur stratégie en matière de données vertes ouvertes afin de construire leurs politiques d’adaptation et d’atténuation climatiques. Il définit notamment plus de 70 types de données utiles à l’action climatique (Open Data Charter, 2019[21]). La première version de ce guide a été testée au Chili et en Uruguay en 2019 et 2020 avec pour objectifs de sensibiliser à l’intérêt des données ouvertes pour l’action climatique et de montrer l’importance de la coordination entre les producteurs et les utilisateurs de ces données (voir Encadré 1.5).
Encadré 2.5. La stratégie d’ouverture des données climatiques du Chili à l’épreuve du guide de l’Open Data Charter
Copier le lien de Encadré 2.5. La stratégie d’ouverture des données climatiques du Chili à l’épreuve du guide de l’Open Data CharterAu Chili, l’Open Data Charter, en partenariat avec le gouvernement chilien, le World Resources Institute et l’organisation non gouvernementale FIMA (Corporación Fiscalía del Medio Ambiente), a mis en œuvre un projet pilote d’accompagnement à la mise en œuvre de son guide pour l’ouverture des données climatiques. Dans ce cadre, une large étude a été menée afin d’étudier l’état d’ouverture des données climatiques produites par le gouvernement et suggérer des améliorations en termes d’accès, d’utilisation et de qualité : cartographie, entretiens avec des représentants de la société civile et du gouvernement, identification par les producteurs et les utilisateurs de données des problèmes liés à l’accès, la publication et la priorisation des données, etc.
Parmi les principaux écueils identifiés figurent les formats de présentation des données, l’impossibilité de les télécharger, le manque de désagrégation par région ou commune, le manque d’actualisation des données, le manque de standardisation et d’utilisation d’API et le manque de données disponibles sur certaines thématiques (atmosphère et précipitations, simulations climatiques, etc.). Ces constats illustrent les difficultés dues au manque d’alignement entre les données telles que détenues et traitées par les gouvernements en interne (« back office »), et les fonctions de diffusion de l’information ou de communication publique (« front office ») pour lesquelles d’autres formats ou désagrégations sont utiles voire nécessaires pour répondre aux besoins de l’ensemble des acteurs pouvant exploiter ces données.
Une série de recommandations ont été formulées pour accompagner le Chili dans la mise en œuvre de sa politique de données ouvertes pour l’action climatique :
Renforcer le cadre juridique : exiger la publication des données générées par les acteurs privés bénéficiant d’un financement de l’État, avancer vers l’ouverture et la centralisation des données relatives à toutes les institutions de l’administration de l’État, restructurer la gouvernance pour la publication et la priorisation des données.
Renforcer la qualité et la conformité des données : centraliser les données sur un portail unique, utiliser des licences de données ouvertes, mettre en place une interface conviviale.
Impliquer l’ensemble des producteurs et des utilisateurs pour améliorer l’ouverture des données.
Le gouvernement chilien pourrait s’appuyer sur l’ensemble de ces éléments pour faire évoluer sa stratégie nationale en matière de données ouvertes climatiques.
La plupart des pays de l’OCDE ont par ailleurs désigné́ des jeux de données prioritaires à publier en tant que données ouvertes à l’appui de l’action climatique (OCDE, 2023[17]). En effet, le travail d’identification des données pertinentes est déterminant afin de prioriser et publier les données les plus adéquates. Il doit également s’accompagner d’une réflexion autour des objectifs de l’ouverture des données afin d’accroitre la pertinence des données publiées (Open Data Charter, 2019[21]).
S’agissant des pays de l’OCDE membres de l’Union européenne, le règlement d’exécution (C(2022)9562) de la directive européenne sur les données ouvertes (2019/1024) établit une liste de l’ensemble des données de forte valeur ajoutée (données sur les habitats et biotopes, sur les émissions de gaz à effet de serre, sur la qualité de l’air, etc.). Cette liste garantit que les données publiques présentant le potentiel socio-économique le plus important pour accompagner la transition verte sont mises à̀ disposition aux fins de réutilisation avec un minimum de restrictions légales et techniques et gratuitement, et est également applicable aux entreprises publiques (OCDE, 2023[20]). D’autres pays de l’OCDE, dont le Canada, la Colombie, le Chili et la Corée, ont également désigné des jeux de données en lien avec le changement climatique devant faire l’objet d’une publication en tant que données ouvertes (OCDE, 2023[20]).
2.2.2. Rationaliser l’accès aux données vertes ouvertes et garantir leur accessibilité
En plus de leur disponibilité, garantir l’accessibilité des données ouvertes et faciliter leur réutilisation sont également des piliers de la promotion de l’ouverture des données (OCDE, 2023[15]). En effet, même lorsque les données sont rendues disponibles, les utilisateurs potentiels de données ne savent pas toujours qu'elles existent, où les trouver, comment y accéder et les réutiliser.
Pour répondre à cet enjeu, l’une des solutions qui a émergé de l’analyse des pratiques consiste en la création d’un portail unique, comme cela a été fait en Colombie ou en Argentine avec l’ensemble des accès aux données climatiques (voir Encadré 1.6) (Open Data Charter, ONG FIMA et World Ressources Institute, 2020[22]). Les utilisateurs disposent alors d’un seul point d’entrée facilitant leurs recherches. Par ailleurs, la ventilation des ces données (par année, activité, territoire, etc.) simplifie leur compréhension et favorise leur réutilisation. À titre d’exemple, en Australie, une base de données publique contenant des informations ventilées par année, secteur d’activité́, et État et territoire sur la quantité́ de chaque gaz à effet de serre émise par le pays est mise à disposition par l’intermédiaire d’interfaces de programmation d’applications (API) (OCDE, 2022[23]).
Les pratiques montrent également la nécessité de standardiser les formats (CSV, XML, JSON) et d’adopter des licences de données ouvertes telles que Creative Commons qui spécifient clairement les conditions d’utilisation et se conforment aux normes internationales afin de faciliter et d’encourager la réutilisation des données disponibles (Open Data Charter, ONG FIMA et World Ressources Institute, 2020[22]). Le Mexique et l’Uruguay, par exemple, utilisent des licences qui détaillent clairement la manière dont les données peuvent être réutilisées.
Encadré 2.6. La création d’une plateforme d’information sur le changement climatique (2017-2019) en Argentine
Copier le lien de Encadré 2.6. La création d’une plateforme d’information sur le changement climatique (2017-2019) en ArgentineDans le cadre de son adhésion au Partenariat pour un gouvernement ouvert, l’Argentine s’est engagée dans son plan d’action 2017-2019 à développer une plateforme dédiée aux informations et données sur le changement climatique. L’objectif est de centraliser, sur une plateforme web unique accessible au public, les données officielles au niveau national et régional liées au changement climatique. Ces dernières doivent être accessibles et compréhensibles pour différents types d’utilisateurs (grand public, étudiants, chercheurs, gestionnaires, etc.).
Ainsi, une attention particulière a été portée à la mise en place d’outils pédagogiques permettant l’appropriation par un public non expert des données (outils de visualisation, cartes interactives, etc.) et de fonctionnalités facilitant leur utilisation (critères de filtrage des données, exportation des cartes de risque générées, etc.).
En outre, l’étude des différentes initiatives et politiques de données ouvertes à travers le monde souligne la nécessité d’informer les citoyens et les parties prenantes de leur existence afin qu’ils s’en saisissent, notamment par le biais de campagne de communication et de sensibilisation (Grinspan et Worker, 2021[19]). Ces campagnes permettent non seulement de sensibiliser à la disponibilité des données mais peuvent également aider à rendre les informations climatiques moins technocratiques et plus proches des préoccupations des citoyens. Parmi les bonnes pratiques, le développement de formats plus pédagogiques permet de faciliter leur appropriation par des utilisateurs non experts. Ces derniers peuvent prendre la forme d’outils interactifs ou de visualisation. La Serbie, par exemple, mène un effort particulier sur cette question afin que les données accessibles soient compréhensibles et utilisables par un public non-expert (voir Encadré 1.7).
Encadré 2.7. Des données ouvertes vertes pour une information environnementale accessible
Copier le lien de Encadré 2.7. Des données ouvertes vertes pour une information environnementale accessibleDans le cadre de son adhésion au Partenariat pour un gouvernement ouvert , la Serbie s’est engagée en 2023 à la standardisation, la mise à jour régulière et la publication lisible par machine des informations sur l’état de l’environnement dans le pays ainsi qu’à leur présentation visuelle sur le site de l’Agence serbe de protection de l’environnement de manière simple et compréhensible. Ce dernier objectif a pour but d’aller au-delà de la présentation des « données brutes » en créant des outils et des visualisations afin de les rendre plus accessibles et compréhensibles aux citoyens et parties prenantes.
L’objectif est donc de proposer une visualisation adéquate des données vertes, c’est-à-dire leur présentation claire et compréhensible de sorte que de grandes quantités d'informations deviennent accessibles et utilisables pour ceux qui ne sont pas experts dans le domaine. Cela permettrait d’élever le niveau d’information du public et des parties prenantes mais également d’encourager la réutilisation des données.
2.2.3. Impliquer les parties prenantes et les citoyens dans la collecte et la réutilisation des données ouvertes vertes
Les gouvernements n’ont pas toujours les ressources et les capacités nécessaires pour collecter, organiser, publier et traiter l’ensemble des données climatiques à leur disposition. Il est donc nécessaire de développer la collaboration et l’échange avec une multitude d’acteurs (OCDE, 2022[24] ; Grinspan et Worker, 2021[19] ; OCDE, 2023[15]). L’implication de l’ensemble des parties prenantes (chercheurs, décideurs politiques, société civile, citoyens) dans le processus de collecte, de publication et d'utilisation des données climatiques permet un apprentissage mutuel et une meilleure compréhension des besoins et capacités de chacun tout en renforçant la confiance entre les différents acteurs (Grinspan et Worker, 2021[19]). Elle peut également faciliter l’actualisation régulière des données climatiques en constante évolution. Le développement de cette collaboration est d’autant plus utile que les groupes d’experts travaillent principalement en silo, chacun collectant ses propres données et rendant difficile le développement d’approches intégrées par les décideurs politiques (OCDE, 2023[20] ; Grinspan et Worker, 2021[19] ; OCDE, 2023[15]).
Ainsi, la ville de Buenos Aires (Argentine) a choisi de co-créer sa plateforme sur le changement climatique afin de mieux comprendre les besoins et attentes des différents acteurs mais également d’évaluer la qualité des données récoltées. Elle espère ainsi proposer un outil adapté aux citoyens et parties prenantes mais également encourager son utilisation, amplifier la sensibilisation aux enjeux climatiques et inciter chacun à agir (voir Encadré 1.8).
Encadré 2.8. La co-création de la plateforme de Buenos Aires (Argentine) sur le changement climatique (2019-2020)
Copier le lien de Encadré 2.8. La co-création de la plateforme de Buenos Aires (Argentine) sur le changement climatique (2019-2020)La ville de Buenos Aires a décidé d’impliquer une multitude d’acteurs à la création de sa plateforme numérique sur le changement climatique, une initiative qui combine des données environnementales ouvertes, la responsabilisation du gouvernement et une « activation civique », c’est-à-dire la promotion de l’action climatique. Elle a ainsi mis en place divers dispositifs participatifs afin de comprendre les besoins des citoyens et des parties prenantes (de quelles données ont-ils besoin, dans quels formats, etc.) :
Des entretiens individuels approfondis avec des experts ;
Des tables rondes d’idéation avec des citoyens ;
Des réunions avec des organisations de la société civile ;
Un hackathon avec des citoyens ;
Une collecte collaborative des données sur la qualité de l’air avec les citoyens.
Des réunions ont également été organisées avec le secteur privé, les milieux universitaires et les organisations de la société civile pour évaluer la qualité des informations fournies. Une fois le site développé, plusieurs réunions d’évaluation ont été organisées pour vérifier le respect des exigences et l’utilité de la plateforme : pour les citoyens, le secteur privé, la société civile mais également pour la ville et l’élaboration des politique publiques environnementales. Plus de 30 ensembles de données ouvertes peuvent être téléchargés et utilisés depuis la plateforme qui propose également des visualisations interactives ainsi que des propositions d’actions pour une ville résiliente, neutre en carbone et inclusive. Cette initiative offre un exemple concret de la manière dont la combinaison de l’accès à l’information, des données ouvertes, et de la participation citoyenne peut aboutir à des solutions innovantes autour des différents aspects de la transition verte.
Source : https://oidp.net/fr/practice.php?id=1326.
La ville de Dublin (Irlande) a également décidé d’encourager les parties prenantes à se saisir des données ouvertes disponibles sur le portail numérique « Smart Dublin » en proposant un concours dont l’objectif est de récompenser des projets proposant des solutions à la crise climatique en s’appuyant sur les données disponibles (voir Encadré 1.9). Au-delà des projets développés, cette initiative a permis à des acteurs divers de mettre en lumière de potentielles pistes d’amélioration du portail notamment en matière d’accès et de réutilisation des données.
Encadré 2.9. Le défi « Données ouvertes pour l’action climatique » à Dublin, Irlande
Copier le lien de Encadré 2.9. Le défi « Données ouvertes pour l’action climatique » à Dublin, IrlandeLa ville de Dublin a mis en place un portail numérique unique « Smart Dublin » réunissant 550 jeux de données ouvertes répartis en 9 thématiques dont certaines liées aux enjeux climatiques (environnement et énergie, transport et infrastructure, etc.). L’un des objectifs de cette plateforme est de promouvoir la collaboration de l’ensemble des parties prenantes : entreprises, citoyens, société civile, monde de la recherche, etc. Afin d’encourager leur participation active, la ville a mis en place des « défis ».
En 2022, elle a demandé aux utilisateurs comment les données disponibles pouvaient contribuer à l’action climatique. Sur 37 projets déposés, 7 ont été présélectionnés et ont eu deux mois pour développer des outils, tableaux de bord, analyses ou applications répondant à la crise climatique. Cela a par exemple abouti au développement d’une application pour la réduction des déchets, d’une analyse des mobilités actives afin d’optimiser les infrastructures cyclables, ou encore d’un tableau de bord des espèces invasives dans la ville. Trois de ces projets eux ont finalement reçu un prix.
Parmi les nouvelles frontières et pratiques innovantes relatives à l’usage des données ouvertes pour accompagner la transition verte et l’action climatique, l’étude des initiatives de science citoyenne montre l’intérêt pour les gouvernements de s’appuyer sur les citoyens pour la collecte de certaines données climatiques comme la qualité de l’air ou de l’eau (Mahajan et al., 2022[25]). En effet, la surveillance et le suivi de la qualité de l’air repose traditionnellement sur des stations fixes, de tailles importantes, et coûteuses ce qui peut entrainer des données inexactes, incomplètes ou biaisées et donc affecter les politiques publiques de lutte contre la pollution atmosphérique.
Face à cet enjeu, la mobilisation des citoyens équipés de capteurs à faible coût permet une couverture plus large et à moindre coût. En Flandres (Belgique), par exemple, un vaste projet de science citoyenne, « CurieuzeNeuzen Vlaanderen » a été mis en œuvre en 2018 et a impliqué 20 000 citoyens qui ont mesuré la qualité de l’air à proximité et à l’intérieur de leur habitation, aussi bien dans les villes qu’à la campagne, en installant un appareil de mesure sur leur fenêtre donnant sur rue (Curieuze Neuzen Vlaanderen, 2018[26]). La quantité importante des données collectées dans le cadre de ce projet a permis à terme de mettre la question de la pollution de l’air à l’agenda politique, en mettant en évidence le dépassement de normes de qualité à une large échelle.
Une initiative similaire a été mise en œuvre en Tanzanie pour la collecte des données sur la pollution de l’eau du Lac Tanganyika (voir Encadré 1.10). Au-delà des bénéfices directs d’une collecte de données élargie, l’implication des citoyens dans la collecte de données à travers les projets de science citoyenne contribue également à renforcer leur compréhension et appropriation des enjeux scientifiques de la crise environnementale et climatique, et les encourage à se placer en tant qu’acteurs de premier plan de la définition de priorités et l’élaboration de politiques publiques qui les concernent directement (Mahajan et al., 2022[25]).
Encadré 2.10. Usage de la science citoyenne pour la collecte de données sur la pollution du lac Tanganyika, Tanzanie
Copier le lien de Encadré 2.10. Usage de la science citoyenne pour la collecte de données sur la pollution du lac Tanganyika, TanzanieAfin de renforcer et d’améliorer la qualité du suivi de la pollution des eaux dans le Lac de Tanganyika, en Tanzanie, un projet de « science citoyenne » a été mis en place par une équipe de scientifiques en 2018-19. Dans le cadre de ce projet, 150 personnes, dont des pécheurs, fermiers, poissonniers, ou encore des agents d’unité de protection des plages, ont été sélectionnées de manière aléatoire dans cinq villages situés sur la côte tanzanienne du lac Tanganyika, et ont été formés. Ils ont ensuite reçu des kits de test portables afin de mesurer la pollution de l’eau côtière par certains nutriments (nitrates et phosphates) ainsi que sa turbidité. Afin de valider la qualité des données collectées, ces dernières ont été comparées à celles obtenues par des scientifiques professionnels montrant une haute précision des mesures des citoyens (91% pour les nitrates et 74% pour les phosphates).
En suivant des protocoles simples et répétables, cette expérience démontre le fort potentiel des communautés locales et habitants pour contribuer aux efforts de suivi et de surveillance réglementaires liés à l’environnement, permettant ainsi de réduire les coûts associés au suivi et d’étendre la portée géographique de ces efforts.
Source : (Moshi et al., 2022[27]).
Enfin, en plus de la collecte des données à travers une approche participative, il existe également des initiatives visant à assurer la réutilisation des données et informations par les populations concernées en les impliquant dans le développement de formats et supports de communication qui correspondent à leurs besoins. C’est par exemple le cas de l’initiative DARAJA, mise en place au Kenya et en Tanzanie (voir Encadré 1.11). Ce projet, qui se situe à l’intersection de l’accès à l’information et aux données et de la communication publique inclusive à travers une approche participative, souligne l’importance de mobiliser les différents niveaux et leviers d’implication des citoyens pour encourager la prévention et l’action face à la crise environnementale.
Encadré 2.11. DARAJA, un service inclusif de prévention et d’alerte précoce mis en place de manière participative au Kenya et en Tanzanie
Copier le lien de Encadré 2.11. DARAJA, un service inclusif de prévention et d’alerte précoce mis en place de manière participative au Kenya et en TanzanieLes résidents des zones urbaines d’habitats informels sont particulièrement vulnérables aux conséquences des évènements météorologiques extrêmes entrainés par le changement climatique. Si l’accès aux données et informations relatives à ces risques est cruciale pour permettre leur prévention et l’adaptation, ces communautés rencontrent souvent des difficultés pour accéder aux informations pertinentes leur permettant de prendre les mesures nécessaires pour protéger leur habitat et prévenir les dommages importants.
Face à ce constat, l’initiative DARAJA (Developing Risk Awareness through Joint Action – Développer la sensibilisation aux risques grâce à une action conjointe, ou « pont » en Swahili) a vu le jour en 2018, avec deux premières expériences pilotes dans les quartiers informels de Nairobi (Kenya) et de Dar es Salam (Tanzanie). Portée par l’organisation Résurgence (une entreprise sociale internationale de conception, de communication et de conseil spécialisée dans la gestion des risques climatiques urbains et de la résilience) et mise en œuvre en partenariat étroit avec des organisations locales présentes dans ces quartiers, DARAJA vise à fournir des informations et données météorologiques dans des formats utiles et compréhensibles par les communautés urbaines vivant dans des zones d’habitat informel.
L’initiative a impliqué des prévisionnistes, climatologues, radiodiffuseurs, fonctionnaires municipaux, des agences de gestion des catastrophes, des leaders communautaires représentants différents groupes et catégories de la population et, surtout, les personnes qui utiliseraient le service. Plusieurs ateliers ont été organisés afin de définir les informations et données utiles et de développer des formats et modes de communication répondant aux besoins des communautés concernés, à travers l’emploi de langues locales, la création d’icônes spécifiques, la mise en place de bulletin d’information quotidien et le déploiement d’un « système de communication communautaire » à travers des messages, appels téléphoniques et du bouche-à-oreille. L’initiative propose également des conseils sur les réparations et adaptations à mettre en place sur les logements informels afin de limiter les dommages.
Le projet dans sa phase pilote a touché plus de 900 000 bénéficiaires, pour un budget total de 2 millions de dollars. Les études réalisées avant et après le lancement de DARAJA montrent que le service a atteint un grand nombre de personnes dans les deux villes. À Nairobi, 93 % des habitants des quartiers informels reçoivent désormais des informations météorologiques, contre 56 % auparavant. La même proportion de résidents déclare comprendre très bien les informations, 80 % d’entre eux estimant que le langage utilisé en est la principale raison. À Dar es Salaam, 93 % des habitants des quartiers informels reçoivent des informations météorologiques, contre 74 % auparavant. Plus largement, le projet a ainsi permis d’établir des relations entre les communautés des quartiers informels, les fournisseurs d’informations climatiques et les autorités de la ville. Au-delà de l'impact mesurable en termes de diffusion d'informations météorologiques aux citoyens, cet exemple illustre la manière dont de tels efforts peuvent renforcer la résilience de la société et la confiance dans les informations officielles.
Source : (World Habitat, 2024[28]).
2.3. La communication publique au service de l'agenda vert
Copier le lien de 2.3. La communication publique au service de l'agenda vertLe soutien du public aux politiques publiques élaborées en réponse à la crise climatique est essentiel pour assurer leur mise en œuvre réussie. En effet, de nombreuses politiques vertes, notamment celles visant à la réduction des émissions des gaz à effets de serre, nécessitent un changement majeur dans les choix de mode de vie, de consommation et les comportements des citoyens (Gifford, 2008[29] ; Creutzig et al., 2023[30] ; OCDE, 2023[31] ; OCDE, 2025[32]). Ainsi, le succès de la transition verte repose largement sur l'acceptation et l'engagement du public.
Dans ce contexte, la communication publique, définie par l’OCDE comme « la fonction gouvernementale consistant à fournir des informations, à écouter et à répondre aux citoyens au service du bien commun et des principes démocratiques » peut constituer un outil central, comme le démontre le travail de l’OCDE et de son réseau d’experts en matière de communication publique. Elle permet en effet de sensibiliser le public à la question climatique, mais également de l’informer et d’interagir avec lui, en rendant accessibles et convaincants des discours souvent complexes dans un paysage informationnel de plus en plus conflictuel sur les questions climatiques (Lewandowsky, 2021[33]). La communication publique est également un élément déterminant pour encourager le changement de comportement nécessaire pour combler le fossé entre l'adoption et la mise en œuvre de politiques publiques et contribuer à l'acceptation et à la pérennité des politiques publiques vertes, en reconnectant la sensibilisation, l’intention d’agir, et les actions concrètes entreprises (Scannell et Gifford, 2011[34] ; OCDE, à paraître[35]). Par ailleurs, la communication publique peut constituer un outil de redevabilité à travers une communication transparente et systématique autour des résultats attendus et atteints des politiques publiques vertes. En parallèle d’autres mesures et politiques publiques visant à renforcer le cadre de gouvernance pour l’intégrité de l’information, elle peut également contribuer à lutter contre la mésinformation et désinformation et renforcer la participation des citoyens à la vie publique (OCDE, 2024[2] ; OCDE, 2021[3]).
Pour atteindre ces objectifs, la communication publique autour de l'agenda vert doit être transparente, franche, et fiable, et être délivrée de manière stratégique et efficace. Le changement climatique et ses effets globaux évoluent rapidement ; il en va de même pour notre perception et notre compréhension de ces questions. Le degré d'incertitude qui entoure le sujet est un autre aspect qui peut accroître les biais cognitifs humains et compliquer le changement de comportement (de Vries, 2019[36] ; Lewandowsky, 2021[33] ; OCDE, 2023[37]). En outre, le public considère souvent que les questions climatiques se situent dans un avenir ou un lieu lointain et qu'elles ne le concernent pas personnellement (Gifford, 2008[29] ; Lorenzoni, Nicholson-Cole et Whitmarsh, 2007[38] ; Vlek, 2000[39]). Compte tenu de la nature controversée du sujet, si la communication publique sur le climat n'est pas réfléchie et mise en œuvre de manière stratégique, elle peut entraîner des réactions négatives. Des recherches ont montré, par exemple, que l'utilisation excessive du concept de peur peut entraîner des réactions négatives et un désengagement (O’Neill et Nicholson-Cole, 2009[40]). Au contraire, des études ont démontré la pertinence d’adopter une communication axée sur les opportunités présentées par la transition verte plutôt que sur les risques, et concentrée sur les thématiques de la santé ou de l’environnement (Dasandi et al., 2022[41]). De même, les campagnes déployées sur une plateforme et avec un message inadapté risque d’avoir un impact limité (de Vries, 2019[36]).
Ces facteurs, en plus des implications politiques et économiques de l'agenda vert, impliquent que les communicants publics dédiés à la transition verte sont confrontés à de nombreux défis dans leur travail, en plus des problèmes communs à leurs homologues dans l'ensemble du gouvernement, y compris des ressources humaines et financières limitées, un manque de compétences adéquates pour utiliser au mieux les outils numériques, ou encore un manque de soutien de la part des décideurs et des responsables politiques de haut niveau (OCDE, 2021[3]).
Cette section est consacrée à l’usage de la communication publique comme levier pour répondre à certains des défis posés aux gouvernements dans le contexte du changement climatique et de la transition écologique. Elle est structurée autour de quatre défis identifiés auxquels des outils, initiatives et stratégies de communication publique peuvent contribuer à répondre :
1. La complexité et l’aspect multidimensionnel de la crise climatique : Le changement climatique est un défi complexe affectant tous les domaines de politiques publiques, et dont les solutions sont souvent techniques et difficiles à appréhender par le public.
2. La forte polarisation des opinions autour de la question climatique : En dépit du consensus scientifique sur ses effets et l’urgence d’agir, le changement climatique est une problématique fortement et de plus en plus polarisante, qui concentre des voix et opinions extrêmes rendant difficile le débat constructif et les compromis, et constitue un terrain propice à la désinformation et la mésinformation (Falkenberg et al., 2022[42]).
3. La nécessité d’impliquer le public dans toute sa diversité et d’encourager des changements de comportements : La réponse au changement climatique implique de s’adresser à l’ensemble des citoyens, dont les valeurs, perceptions, et leviers de mobilisation peuvent différer.
4. L’adaptation et la communication de crise : Les évènements climatiques extrêmes et urgences dues aux effets du changement climatique, tels que les inondations ou encore les incendies de grande ampleur, se multiplient, ce qui nécessite de préparer les populations à faire face et s’adapter pour limiter les pertes humaines et matérielles.
2.3.1. Communiquer de manière stratégique pour favoriser l’appréhension d’une crise climatique complexe et multidimensionnelle
Le changement climatique est un défi complexe affectant tous les domaines de politiques publiques, et dont les solutions sont souvent techniques et difficiles à appréhender par le public. Les conséquences du changement climatique aussi bien que celles des politiques publiques mises en œuvre pour y répondre affectent l’ensemble de la population, à travers des mesures parfois difficiles à comprendre ou accepter sur les court ou moyen termes, mais nécessaires sur le long terme. Cette tension est mise en avant par les travaux de l’OCDE sur l’opinion des citoyens autour des mesures visant à réduire les émissions de gaz à effets de serre, qui soulignent l’importance de l’équité et de l’effet de redistribution pour l’acception d’une politique publique (Dechezleprêtre et al., 2022[43]).
Face à ce défi, il est nécessaire de multiplier les efforts de communication et de s’assurer que les messages diffusés au public et aux parties prenantes sont clairs, cohérents, ciblés, et font échos au vécu individuel et local des différentes catégories de population, et ce à travers une communication stratégique, la mobilisation d’une approche narrative autour des enjeux climatiques, et un accent mis sur l’échelle local et les populations marginalisées ou vulnérables.
Adopter une approche stratégique de la communication autour de et pour la transition verte pour un message clair et cohérent
Pour répondre au défi de la complexité et technicité du changement climatique et délivrer un message cohérent et global, les études menées ont souligné la pertinence d’adopter une approche stratégique et intégrée de la communication autour de l’agenda vert et de la transition écologique, qui réunirait l’ensemble des acteurs concernés autour d’un plan de communication poursuivant des objectifs communs.
Comme indiqué en introduction, la communication publique est une fonction gouvernementale qui fournit de l’information ainsi que des chaines de dialogues et de débat entre les citoyens et les institutions, et joue à ce titre un rôle essentiel pour soutenir des processus de gouvernance plus ouverts et inclusifs (OCDE, 2021[44]). Elle remplit trois rôles principaux au sein du gouvernement et au service de la démocratie (OCDE, 2023[45]) :
Fournir aux citoyens les informations dont ils ont besoin pour faire des choix qui améliorent leur vie et pour donner leur avis éclairé sur les questions d'intérêt public ;
Soutenir la conception et la mise en œuvre de politiques publiques et de services ;
Renforcer la confiance dans les institutions et contribuer à renforcer la cohésion sociale, en :
Favorisant le dialogue entre le gouvernement, les citoyens et les parties prenantes ;
Luttant contre la mésinformation et la désinformation.
La communication publique est reconnue comme un instrument clé du cycle de formulation des politiques publiques (OCDE, 2021[44]). Au-delà de la sensibilisation, elle est un outil essentiel pour la mise en œuvre des politiques publiques, en particulier celles qui reposent sur le respect des règles et le changement de comportements telles que la transition verte. Ainsi, la communication publique peut et doit être mobilisée à chaque étape du cycle des politiques publiques (OCDE, 2023[45]) :
1. La définition des priorités de politiques publiques. Les communicants publics suivent de manière continue l’opinion publique, à travers un suivi et une analyse des médias traditionnels ou sociaux, des travaux de recherches poussés autour des audiences ou encore des initiatives « d’écoute active ». Ils peuvent ainsi contribuer à identifier les problématiques émergentes auprès du public, et sonder les inquiétudes, besoins et attentes des citoyens dans leur diversité.
2. L’élaboration de la politique publique. La communication publique peut contribuer à s’assurer que la politique publique en cours de développement répond aux besoins et préoccupations identifiés auprès du public. Elle peut également contribuer à la phase d’évaluation préalable (ex ante) d’une politique publique, à travers l’analyse des réactions sur les réseaux sociaux, dans les médias traditionnels, ou encore des entretiens ciblés.
3. La mise en œuvre. La communication publique est un instrument clé pour expliquer au public et aux différentes parties prenantes la teneur et l’impact potentiel d’une nouvelle politique publique, à travers des conférences de presse, des campagnes d’information ciblées ou encore des campagnes de communication plus large par exemple. Cet effort de pédagogie contribue à l’acceptabilité et au respect de la politique publique concernée, indispensable à sa bonne mise en œuvre, et renforce la transparence de l’action publique. Au-delà de l’acceptabilité, la communication publique permet de donner aux citoyens les moyens d’agir, aussi bien à travers un changement de comportement et de mode de consommation qu’une mobilisation directe pour la mise en œuvre d’initiatives dans leurs communautés.
4. Le suivi et évaluation de l’acceptation de la politique publique et des réactions. À l’issue du lancement d’une nouvelle politique publique, la communication permet d’évaluer les réactions du public et d’ajuster ou clarifier le message si nécessaire, à travers l’analyse des médias et réseaux sociaux ou d’autres méthodes de recherche.
La mobilisation de la communication publique tout au long du cycle est d’autant plus pertinente dans le cas de la transition verte, qui appelle à des politiques publiques multidimensionnelles qui feront sur le court et moyen termes des gagnants et des perdants. Il est donc indispensable, en amont, de sonder les besoins, priorités, blocages potentiels et marges de négociation au sein du public. Dans une seconde phase, il est nécessaire d’accompagner la mise en œuvre des politiques publiques vertes d’un effort de pédagogie permettant d’expliquer l’objectif et la pertinence des mesures prises sur le court, moyen, et long terme et de susciter les changements de comportement nécessaires le cas échéant. Enfin, évaluer régulièrement la réception et perception des politiques publiques vertes par le public permet de pallier les potentiels blocages sur certaines mesures spécifiques et d’adapter l’action climatique du gouvernement sur la base des retours des citoyens, notamment en termes d’acceptabilité des mesures. Enfin, Communiquer activement autour des résultats de la mise en œuvre – qu’ils soient alignés avec les résultats attendus ou non – contribue à renforcer la redevabilité de l’action publique.
Par ailleurs, la transition verte étant par essence une politique pangouvernementale, il est essentiel de s’assurer que le gouvernement dans son ensemble délivre un message cohérent et clair vers un objectif de politique publique partagé. Dans cette optique, le renforcement de la coordination de la fonction de communicants publics dans l’ensemble des entités gouvernementales constitue un levier déterminant. Cela implique notamment la formalisation et la professionnalisation de la fonction de communication publique ainsi qu’une mise en réseau, afin de faciliter la mise en cohérence des initiatives déployées et des messages délivrés.
Adopter une approche intégrée de la communication autour de l’agenda vert, par exemple à travers l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie de communication pour l’ensemble du gouvernement, permet également de s’assurer que l’impact des activités prises dans leur ensemble va au-delà de la somme des activités prises individuellement. L’Irlande a par exemple mis en place un cadre global de communication publique autour de son agenda vert, à travers des outils et mécanismes de coordination et d’harmonisation dans l’ensemble du gouvernement (voir Encadré 1.12).
Encadré 2.12. Une approche stratégique et intégrée de la communication publique autour de l’agenda vert en Irlande
Copier le lien de Encadré 2.12. Une approche stratégique et intégrée de la communication publique autour de l’agenda vert en IrlandeEn Irlande, le Government Information Service (GIS) du Bureau du Premier ministre a élaboré un cadre fondé sur des valeurs pour les responsables gouvernementaux travaillant sur l’action climatique. Le but de cette initiative est de mettre en œuvre une stratégie de communication autour du climat pour l’ensemble du gouvernement, qui définit des objectifs communs et met en place des outils pratiques pour assurer la cohérence et la coordination de la communication.
Dans le cadre de cette approche pangouvernementale de la communication sur la transition verte, le GIS a été chargé de trois missions :
Améliorer la sensibilisation et la compréhension de l’action du gouvernement dans ce domaine ;
Renforcer le soutien aux politiques publiques climatiques ;
Donner aux citoyens les moyens d’agir.
Pour ce faire, le GIS a élaboré un cadre général, à l’intention des responsables et des équipes de communication en charge d’élaborer ou de piloter des efforts de communication liés à l’action climatique au nom du gouvernement irlandais, qui a vocation à être utilisé tout au long du processus de communication.
Les trois valeurs communes identifiées dans ce cadre, à savoir le changement positif, la collaboration et l’équité, ont été déterminées à partir des informations recueillies auprès du public et par le biais d’ateliers organisés avec des collègues chargés de la communication et des politiques publiques. L’application des valeurs communes permet d’aligner la communication au sein du gouvernement irlandais.
Le cadre comprend une liste de contrôle à utiliser lors de la communication autour de la transition verte, comme aide-mémoire lors de la formulation de notes de communication, ou pour évaluer les résultats des campagnes de communication et d’engagement. Les listes de contrôle, les documents d’information, les ressources graphiques et les sources d’information et d’inspiration inclus dans le cadre sont à la disposition des fonctionnaires de tous les ministères. Ces documents et outils permettent d’assurer la cohérence des messages et informations diffusées par l’ensemble des institutions gouvernementales pour engager les citoyens dans la transition verte.
Source : Intervention du Service d’information du gouvernement d’Irlande lors de la 6ème réunion du Groupe d’experts sur la communication publique de l’OCDE, « Un nouveau paradigme pour communiquer autour de la transition verte », 14 juin 2023.
Enfin, les mécanismes d'évaluation et leur application systématique sont des éléments clés d’une approche stratégique de la communication publique autour de l’agenda vert (OCDE, 2021[3]). Ils permettent notamment de s'assurer que la fonction est efficace, qu'elle a un impact concret et qu'elle contribue à la réalisation des objectifs de politiques publiques plus larges, et participent à l’apprentissage des communicants publics qui peuvent ainsi comprendre les leviers d’amélioration à activer si les objectifs fixés ne sont pas atteints. L'évaluation peut également contribuer à légitimer le travail des communicants publics et mieux démontrer sa valeur ajoutée pour accompagner une politique publique donnée tout au long de son cycle (OCDE, 2021[3]).
Si l’importance d’évaluer la communication publique est largement admise, les données de l’OCDE soulignent que l’accent est mis avant tout sur les produits (la couverture médiatique ou le retentissement des messages en ligne, par exemple) plutôt que sur les résultats de la communication publique, ce qui témoigne d’une approche tactique plutôt que stratégique de la communication (OCDE, 2021[3]).
Il est ainsi nécessaire de s'éloigner d'une focalisation habituelle sur les activités et les produits (tels que les impressions ou le nombre d'articles publiés, qui ne sont pas un indicateur du changement que les gouvernements tentent de réaliser), pour identifier les résultats et l'impact. Ces derniers concernent ce que fait le public, plutôt que ce que font les communicants, et le changement qui se produit parmi le public, les entreprises ou encore le secteur de l’industrie, plutôt que dans l'espace médiatique, tels que l’évolution des opinions, la sensibilisation, le changement de comportement, ou le recours accru à un service public.
En outre, le suivi, l'évaluation et l'apprentissage pourraient être davantage effectués dès le départ, et non comme un ajout. Les gouvernements pourraient ainsi utiliser en amont une phase de recherche pour mieux comprendre les publics, collecter des données de base et effectuer des tests préalables pour informer les stratégies de communication, aussi appelée recherche formative. Dans cette optique, les communicants et décideurs pourraient s’appuyer sur une théorie du changement de la communication publique comme levier de la transition verte, qui permettrait de capturer la relation entre les initiatives de communication, l’effet produit sur l’audience, son attitude et son comportement, et les objectifs plus larges de l’agenda vert. Le chercheur Jim Macmanara a ainsi développé une théorie du changement correspondant, présentée dans le Graphique 1.1).
Graphique 2.1. Exemple de théorie du changement autour de la communication publique et la transition verte
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Source : Jim Macnamara (2023), Présentation lors de la 6ème réunion du Réseau de communicants publiques de l’OCDE, 14 juin 2024.
Utiliser la narration (« storytelling ») pour traduire les données parfois abstraites en récits et scénarios dans lesquels les citoyens peuvent se projeter
Au-delà du besoin de cohérence et de coordination des messages diffusés au public, la nature souvent scientifique, technique et parfois abstraite de l’information climatique peut rendre difficile son appréhension et son appropriation par les citoyens, car elle peut être perçue comme éloignée de leurs préoccupations quotidiennes et de leur vécu individuel. De plus, la communication autour de cette problématique a longtemps reposé sur le registre de la sensibilisation à une menace et de la peur, ce qui n’encourage pas nécessairement une action positive du public (Wang et Coren, 2024[46]).
Les travaux de recherche autour de la communication climatique reconnaissent de manière croissante l’importance de la narration (story-telling), des récits, et des métaphores comme moyen d’engager le public sur la question climatique (Muradova, Walker et Colli, 2020[47]). Les récits proposent des exemples concrets qui peuvent rencontrer un certain écho auprès du public, en mobilisant des références culturelles et en faisant appel à ses émotions, peuvent ainsi contribuer à (ré)intégrer l’échelle de l’individu dans le discours autour de la crise climatique et souligner les moyens et possibilités d’action à ce niveau (Muradova, Walker et Colli, 2020[47]). La narration peut par exemple prendre la forme de portraits de personnes réelles engagées sur le terrain et à l’initiative d’actions concrètes, ou encore confrontées directement aux conséquences du changement climatique. La presse et les médias peuvent jouer un rôle de premier plan dans le développement de ces nouveaux récits autour de la crise environnementale, à travers des reportages permettant par exemple de faire le lien entre des phénomènes concrets et observables tels que des tempêtes, inondations ou phénomènes de sécheresse, l’impact direct sur des individus, et l’horizon plus large et abstrait du réchauffement climatique. D’autres formats de narration, tels que la fiction télévisuelle ou radio, sont également mobilisés, comme la création d’une série télévisée en Indonésie visant à encourager l’action chez les jeunes (cet exemple est développé dans l’Encadré 1.17) (Garg, Godfrey et Eko, 2024[48]).
Des campagnes de communication au niveau local pour atteindre les populations les plus vulnérables et éloignées
La complexité des enjeux climatiques implique différents niveaux d’intervention, qui rend nécessaire de rapprocher les campagnes de communication des enjeux locaux pour activement impliquer les citoyens. En effet, la recherche a démontré que les individus envisagent souvent le changement climatique en termes de scénarios globaux ou futurs (Leiserowitz, 2005[49]). Cela peut créer une distance importante entre l'individu et l'impact perçu de la crise environnementale, et peut ainsi l'éloigner de l'urgence du problème. Ainsi, la sensibilisation aux enjeux du changement climatique au niveau mondial n'est pas toujours suffisante pour susciter l'engagement, car elle peut être perçue comme une menace lointaine (Leiserowitz, 2005[49] ; Chess et Johnson, 2007[50]).
Les citoyens peuvent non seulement se sentir physiquement éloignés des effets du changement climatique, mais aussi psychologiquement s'ils ne comprennent pas de quelles manières les problèmes peuvent les affecter. Une étude l'a démontré en interrogeant des personnes âgées sur les risques liés aux vagues de chaleur : alors qu'elles constituent le groupe démographique le plus vulnérable, les personnes interrogées n'ont pas perçu l’accroissement de leur risque individuel (Wolf et al., 2001[51]).
De nombreuses théories socio-psychologiques soulignent l'importance de la pertinence personnelle des messages pour encourager un changement d'attitude et de comportement (Kruglanski et Sleeth-Keppler, 2007[52]). Il est donc de plus en plus admis que la communication autour de l'agenda vert doit tenir compte de l'impact local et ciblé de la crise environnementale. De même, elle doit porter sur les activités locales pertinentes qui contribuent au problème et qui peuvent être atténuées (Kates et Wilbanks, 2003[53] ; Leiserowitz, 2007[54] ; Nicholson-Cole, 2005[55]).
Ainsi, pour atteindre efficacement les populations cibles, et notamment les publics à la fois éloignés de l’information et particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique, il est nécessaire de mettre en place des campagnes ciblées et adaptées qui abordent des thématiques proches du vécu de ces populations, afin de rendre plus tangibles les effets directs de la crise environnementale. D’autre part, le choix de canaux et modes de communication est également déterminant pour pallier aux possibles obstacles à l’information que certaines populations peuvent rencontrer. L’Ouganda a ainsi mis en place une campagne de communication à destination des habitants du nord du pays vivant en zone rurale autour des enjeux liés à l’eau, son assainissement et l’hygiène (voir Encadré 1.13).
Encadré 2.13. Campagne par radio et SMS pour promouvoir l'hygiène de l'eau en Ouganda
Copier le lien de Encadré 2.13. Campagne par radio et SMS pour promouvoir l'hygiène de l'eau en OugandaPlus de 80 % de la population ougandaise n'a pas accès à l'eau potable. Beaucoup vivent loin des sources d'eau potable et l'importance des questions liées à l'eau, à l'assainissement et à l'hygiène (WASH) est généralement mal comprise. Dans un contexte de ressources aussi restreintes, des citoyens informés et mobilisés sont essentiels pour la conservation de l'eau potable – un enjeu qui gagne en importance dans le contexte du changement climatique.
Un projet mis en œuvre et dirigé par le ministère de l'Eau et de l'Environnement de l'Ouganda, financé par le fonds de développement allemand GIZ, a été lancé avec pour objectif d’atteindre les résidents locaux et accroître leur sensibilisation et leur compréhension des questions liées à l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WASH). À long terme, il visait à changer les comportements de ces résidents locaux en promouvant de meilleures pratiques.
Au moment du déploiement du projet, la technologie mobile se répandait rapidement en Ouganda, en particulier dans les zones rurales. Le projet visait donc à atteindre 30 000 personnes dans le nord de l'Ouganda sur une période de six mois par le biais de messages SMS. Il visait également à renforcer l'engagement sur les questions liées à l'eau, l'assainissement et l'hygiène par le biais de concours interactifs. Si les habitants répondaient correctement à une question sur le sujet, ils participaient à un tirage au sort. Le projet a également fait la promotion du concours par l'intermédiaire des stations de radio locales qui ont communiqué les détails pertinents pour que les gens participent au concours, et notamment en rassurant sur sa gratuité.
Plus de 50 % du public cible a été atteint grâce aux efforts de promotion des stations de radio. L'utilisation de différents mots-clés par station de radio a également permis de suivre et d'évaluer la provenance des abonnés. Les commentaires qualitatifs des participants ont mis à jour une meilleure compréhension des question WASH, tout en permettant des améliorations pour les itérations ultérieures de la campagne.
2.3.2. Pallier la polarisation du discours autour du changement climatique à travers la communication publique
Comme indiqué en introduction de cette section, en dépit du consensus scientifique sur ses effets et l’urgence d’agir, le changement climatique est une problématique fortement et de plus en plus polarisante, qui concentre des voix et opinions extrêmes rendant difficile le débat constructif et les compromis, et constitue un terrain propice à la désinformation et la mésinformation. Dans le même temps, les discours publics et les écosystèmes médiatiques sont également de plus en plus fragmentés et polarisés. Au-delà des discours et fausses informations relayés sur les réseaux sociaux, des études interrogent également le rôle des médias grand public dans la diffusion de discours niant ou remettant en cause le fondement scientifique du débat autour du changement climatique sans véritable contre-discours, alors que ces médias contribuent encore largement à façonner le débat public (QuotaClimat, 2024[56]). Un débat public faussé autour de la question environnementale et climatique influence négativement l’acceptabilité des politiques publiques vertes, et peut ainsi limiter la marge de manœuvre et capacité d’agir des gouvernements mais également des individus. Ce constat souligne la nécessité de renforcer les cadres juridiques et règlementaires, outils et pratiques pour soutenir l’intégrité de l’information, y compris à travers une caractérisation précise de la désinformation climatique et un engagement accru avec les médias et les journalistes.
Ce contexte rend la mission des communicants plus complexe, mais également plus critique et urgente pour répondre aux défis présentés (OCDE, 2023[45]). Une communication publique efficace « orientée citoyens » peut contribuer à restaurer la confiance de ces derniers dans les institutions en garantissant et en démontrant que le gouvernement est fiable, réactif, ouvert et équitable (OCDE, 2023[45]).
La confiance dans les institutions publiques est dans le même temps un prérequis pour pouvoir s’appuyer sur la communication publique pour répondre de manière efficace à la polarisation ainsi qu’à la mésinformation et la désinformation. La réception des messages de communication publique par les citoyens est directement affectée par le niveau de confiance que ces derniers ont dans le gouvernement (Climate Outreach, 2024[57]). Cependant, les résultats de l’Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques (2024) soulignent que, si la majorité des personnes interrogées déclarent que l’information relative aux services administratives est facilement accessibles (67% des répondants), les résultats sont plus contrastés lorsqu’il s’agit de la communication autour des politiques publiques du gouvernement. En effet, la part des personnes déclarant que le gouvernement est susceptible d’expliquer les effets des réformes (39 %) est égale à celle des personnes faisant preuve de scepticisme à cet égard (40 %), ce qui souligne les opportunités d’amélioration (OCDE, 2024[58]).
Il est ainsi nécessaire que les citoyens et parties prenantes perçoivent la fonction de communication publique comme un instrument permettant de répondre à leurs besoins d’informations et un levier de participation, mais également comme répondant à des standards éthiques exigeants et plaçant l’intérêt public au-dessus des intérêts politiques et privés (OCDE, 2023[45]).
Amplifier les messages en diversifiant les relais de communication et les partenariats avec des intermédiaires de confiance
Une grande partie des informations et messages que le public reçoit sur l’action du gouvernement, y compris en matière climatique, découle de sources indirectes, telles par exemple que les médias traditionnels, les médias sociaux, ou encore des conversations avec l’entourage (OCDE, 2024[58]). Ainsi, l’Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance révèle que la confiance des individus à l’égard du gouvernement est étroitement corrélée à leurs habitudes de consommation des actualités (OCDE, 2024[58]).2 Lorsqu’il s’agit de la communication spécifique à l'agenda vert, des travaux de recherche ont notamment souligné que la confiance dans le message véhiculé échoue si le public ne croit pas à la motivation de la source (European Environment Agency, 2016[59]). Par ailleurs, dans le contexte d’un écosystème de l’information de plus en plus fragmenté, les canaux de communication du gouvernement sont susceptibles de ne pas atteindre tout le monde. Enfin, il est important de noter que la pénétration des médias d’information et des médias sociaux demeure faible dans certaines communautés.
Face à ce constat, il est nécessaire de capitaliser sur des intermédiaires et partenaires fiables qui peuvent relayer les informations et messages pertinents et disposent déjà d’un certain capital de confiance ou d’écoute auprès de la population. Il peut par exemple s’agir de leaders communautaires, ou bien « d’influenceurs » déjà connus et identifiés pour leur engagement autour de la question climatique. Travailler avec ces acteurs implique de créer une relation de confiance et de partenariat, et de renforcer leurs capacités afin qu’ils puissent transmettre des informations fiables, pertinentes et vérifiées à leur audience. Les médias, notamment locaux et communautaires, ont également un rôle à jouer, puisqu’ils constituent une source importante d’information. Dans ce sens, les efforts de renforcement de capacités des journalistes, peuvent appuyer la réception positive des informations et messages relatifs au changement climatique. Par exemple, en Ouganda, un vaste projet a été mené pour renforcer les compétences des journalistes et proposer des contenus de plus grande qualité sur les questions climatiques dans un contexte où la confiance des citoyens s’était érodée face à de nombreux reportages jugés médiocres (voir Encadré 1.14).
Encadré 2.14. Renforcer les compétences des journalistes locaux et des médias pour une meilleure couverture médiatique des enjeux climatiques en Afrique de l'Est
Copier le lien de Encadré 2.14. Renforcer les compétences des journalistes locaux et des médias pour une meilleure couverture médiatique des enjeux climatiques en Afrique de l'EstCertaines communautés d’Afrique de l’Est, comme les agriculteurs ou les pêcheurs, sont directement impactées par les phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents du fait du changement climatique. Entre 2018 et 2020, dix stations de radio ont lancé un projet afin d’améliorer les reportages des médias locaux sur le changement climatique, notamment dans le but de mieux informer ces communautés vulnérables.
L’évaluation des reportages climatiques a révélé une mauvaise qualité éditoriale et de production minant la confiance du public cible. Il a donc été décidé de lancer un programme de formation pour les journalistes locaux et les météorologues afin d’améliorer leur communication sur les questions climatiques.
À la suite de ce projet, les auditeurs ont déclaré mieux comprendre l'importance des questions climatiques, en particulier la nécessité de se préparer aux impacts négatifs possibles du climat sur leur vie et leurs moyens de subsistance. Les journalistes ont également déclaré avoir un plus grand intérêt personnel et une meilleure compréhension des questions climatiques. À long terme, cela a également renforcé les relations entre les journalistes et les experts météorologiques.
Le projet a été mené par BBC Media Action, Met Office et le Réseau des journalistes climatiques de la Corne de l'Afrique. Il a été financé par le Bureau des affaires étrangères et du développement du Royaume-Uni, pour un montant estimé à 722 000 livres sterling.
Source : https://www.metoffice.gov.uk/services/government/international-development/weather-and-climate-information-services-wiser/weather-and-climate-information-services-wiser.
Faire un usage stratégique de la communication publique pour lutter contre la désinformation et la mésinformation
Comme indiqué en introduction de ce chapitre, la question climatique est particulièrement propice aux phénomènes de la désinformation et de la mésinformation, qui contribuent à la polarisation des opinions et peut entraver ou retarder l’adoption et la mise en œuvre des politiques climatiques. En tant que vecteur d'informations transparentes, factuelles et fiables, et outil essentiel de l'interaction entre les institutions et les citoyens, la communication publique peut jouer un rôle déterminant dans ce contexte (OCDE, 2021[3]). Au contraire, une communication publique perçue comme inexacte, exagérée, ou difficiles d’accès pourra avoir un effet contre-productif sur la confiance portée par l’audience dans le message délivré.
En facilitant l'accès des citoyens aux informations officielles élaborées ou transmises par les institutions publiques, la communication publique peut aider les gouvernements à faire autorité et les citoyens à distinguer les faits des opinions (OCDE, 2021[3]). Les gouvernements, par le biais de la communication publique, peuvent relayer un discours politique complexe de manière convaincante et constructive et ainsi lutter contre les acteurs cherchant à discréditer la science du climat ou à instiller le doute quant à l’urgence d’agir face à la crise climatique. Il est par ailleurs nécessaire de tenir compte du fait que le degré de confiance accordé au gouvernement est un facteur important dans la manière dont les citoyens recevront et percevront les initiatives de communication publique visant à lutter contre la diffusion d’informations fausses ou inexactes (OCDE, 2021[3]).
L’OCDE a ainsi développé les « Principes de bonne pratique sur l’utilisation de la communication publique contre la mésinformation et la désinformation » pour guider les gouvernements dans l’adoption de la communication publique comme outil stratégique (voir Encadré 1.15).
Encadré 2.15. Principes de bonne pratique de l’OCDE sur l’utilisation de la communication publique contre la mésinformation et la désinformation
Copier le lien de Encadré 2.15. Principes de bonne pratique de l’OCDE sur l’utilisation de la communication publique contre la mésinformation et la désinformationL’OCDE a élaboré 9 Principes de bonne pratique pour aider les responsables publics à lutter contre la propagation des messages de mésinformation et de désinformation et renforcer ainsi les écosystèmes de l’information. Ces 9 principes sont les suivants :
Structure et gouvernance
1. Institutionnalisation : les pouvoirs publics devraient inscrire leurs interventions dans une approche cohérente reposant sur des politiques publiques, des normes et des lignes directrices officielles sur la communication et les données publiques.
2. Intérêt général : la communication publique devrait s’efforcer de dépolitiser la mise en œuvre des interventions visant à lutter contre la mésinformation et la désinformation.
3. Pérennisation et professionnalisation : les institutions publiques devraient investir dans la recherche innovante et recourir à la prospective stratégique pour anticiper l’évolution des technologies et des écosystèmes de l’information et se préparer aux menaces probables.
4. Communication d’informations précises, fiables et utiles
5. Transparence : les pouvoirs publics devraient s’efforcer de communiquer avec honnêteté et clarté en faisant en sorte que les instances compétentes publient les informations, décisions, processus et données de la manière la plus complète possible, dans les limites de la législation et de la réglementation en vigueur.
6. Diffusion en temps opportun : étant donné la rapidité avec laquelle les fausses informations peuvent circuler, les institutions publiques devraient se doter de mécanismes qui leur permettent de surveiller l’apparition de nouveaux discours et d’y répondre en temps opportun.
7. Prévention : les interventions des pouvoirs publics devraient être conçues de manière à enrayer la propagation des rumeurs, des mensonges et des théories du complot pour faire barrage à la mésinformation et à la désinformation.
Engagement démocratique et renforcement de l’écosystème médiatique et informationnel
8. Une démarche fondée sur des éléments probants : les interventions des pouvoirs publics devraient s’appuyer sur des données fiables et des tests ainsi que sur les enseignements tirés des études d’audience et de comportement.
9. Inclusivité : les interventions doivent être diversifiées et conçues de manière à s’adresser à tous les groupes de la société. Les informations officielles doivent être pertinentes et facilement compréhensibles par divers publics.
10. Approche sociétale : l’action des pouvoirs publics visant à lutter contre le chaos informationnel devrait s’inscrire dans une approche impliquant toute la société, en collaboration avec toutes les parties prenantes et notamment les médias, le secteur privé, la société civile, les universitaires et l’ensemble de la population.
Source : OCDE (2023[60]) « Good practice principles for public communication responses to mis- and disinformation », Documents d’orientation sur la gouvernance publique de l’OCDE, no 30, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/6d141b44-en.
Les pays s’engagent ainsi de manière croissante dans des campagnes de communication publique afin de contrer rapidement la diffusion d’information erronées ou de rumeurs. C’est par exemple le cas de la Corée du Sud, qui a mis en œuvre une campagne de communication face à l’inquiétude croissante des citoyens quant à une possible contamination des fruits de mer suite à l’accident de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima (voir Encadré 1.16). Le succès de cette campagne, qui a permis de limiter l’impact des rumeurs propagées sur la consommation, est notamment lié à la réactivité des autorités coréennes, qui ont déployé une réponse rapide en mobilisant des informations factuelles et données scientifiques.
Encadré 2.16. L’usage de la communication publique pour lutter contre la désinformation en Corée concernant l'eau et les produits de la mer contaminés
Copier le lien de Encadré 2.16. L’usage de la communication publique pour lutter contre la désinformation en Corée concernant l'eau et les produits de la mer contaminésAu cours de l'été 2023, l'opinion publique coréenne s'est montrée très préoccupée par la consommation des produits de la mer à la suite du déversement d'eau contaminée par la centrale nucléaire japonaise de Fukushima.
De nombreux « mythes » ont été propagés en ligne et de nombreux analystes ont affirmé qu'ils avaient été alimentés, voire créés, dans le cadre d'une vaste campagne de désinformation. Il en a résulté une anxiété accrue des consommateurs sur le sujet. La mobilisation des citoyens et les protestations publiques ont rendu la question encore plus urgente.
Le ministère de la culture, des sports et du tourisme a réagi en lançant une campagne de communication visant à fournir des informations précises et scientifiques afin de répondre aux inquiétudes du public et de minimiser l'impact négatif sur les activités des pêcheurs. La campagne a notamment abordé les inquiétudes concernant les normes de sécurité alimentaire en Corée et a rassuré le public sur le fait qu'aucun produit de la mer provenant de la zone touchée n'était importé.
Plus de 200 contenus ont été produits et partagés sur les médias sociaux, atteignant plus de 70 millions de vues, y compris les résultats des visites d'experts sur le terrain, des questions et des réponses sur les mythes. Ces contenus ont pris la forme de briefings quotidiens et de courtes vidéos. La campagne a permis d’endiguer la diminution de la consommation de fruits de mer après le rejet d'eaux usées par le Japon.
Source : Food Navigator, BBC and Korea case 2024.
2.3.3. Susciter des changements de comportement ciblés et mobiliser l’ensemble de la population dans sa diversité
La question climatique concerne et affecte l’ensemble des citoyens. Cependant, les effets, directs ou indirects, sur les différentes catégories de population peuvent varier, de même que la perception et la volonté d’agir. Afin d’impliquer l’ensemble de la population dans la transition verte, les gouvernements doivent donc s’adresser à différents groupes aux priorités, valeurs, et perceptions parfois très différentes.
Ainsi, les recherches ont démontré que la perception de l’équité et de l’effet de redistribution d’une mesure de réduction des émissions de gaz à effet de serre donnée, de même que son l’efficacité et son impact perçus sur les intérêts individuels, sont des facteurs déterminants de l’acception ou le rejet de ladite mesure (Dechezleprêtre et al., 2022[43] ; Bergquist et Jagers, 2022[61]). Ces différents aspects ne recouvrant pas les mêmes réalités pour tous, il est nécessaire pour les gouvernements de mieux comprendre les différentes audiences auxquelles ils s’adressent afin d’élaborer un message qui fait écho à leurs valeurs et préoccupations spécifiques et sera ainsi plus audible et à même d’induire un changement de comportement ou l’acceptation des mesures proposées. Un tel ciblage vise non pas à manipuler ou persuader les citoyens d’une politique publique donnée, mais au contraire à comprendre quelles informations et messages sont utiles à quelles catégories de population afin de favoriser l’appropriation des enjeux par tous et une participation et un engagement actifs.
La segmentation des audiences pour cibler et adapter efficacement les messages
Comprendre les caractéristiques de l'audience cible est depuis longtemps considéré comme central dans les stratégies de communication (Hovland, Janis et Kelley, 1953[62]). Cela permet en effet de comprendre et de définir les informations les plus pertinentes et utiles pour la population cible, et de les diffuser à travers les chaines de communication la plus à même de l’atteindre. Les médias sociaux ont encore renforcé la possibilité de microciblage dans les communications récentes – atteignant des groupes très définis en ligne avec des messages spécifiques qui leur parleront. Les communicants publics peuvent ainsi diviser leur public potentiel en groupes pour garantir une campagne plus efficace, par exemple en ciblant des audiences sur des plateformes sur lesquelles elles s’informent déjà ou encore en adaptant les messages et le ton à l’audience visée.
La segmentation permet en outre de s’assurer que les campagnes de communication ciblent également des audiences plus vulnérables ou éloignées de l’information, au-delà des personnes déjà sensibilisées aux enjeux de la transition verte. La segmentation peut ainsi garantir que le message délivré est approprié pour ce public, atténuant ainsi les réactions négatives potentielles (de Vries, 2019[36]).
La communication publique autour du climat en direction des jeunes est par exemple particulièrement importante à plusieurs titres (Ojala et Lakew, 2017[63]). Les jeunes sont à la fois les décideurs, leaders et chercheurs de demain qui seront amenés à définir l’action climatique et à mener la transition verte dans le futur ; des citoyens et consommateurs du présent dont les comportements et modes de vie influent sur la crise environnementale ; la catégorie de la population qui subira le plus les conséquences du changement climatique (Ojala et Lakew, 2017[63]). Ils sont également fortement affectés par les conséquences psychologiques telles que l’éco-anxiété (Fritze et al., 2008[64]). Enfin, dans une perspective de participation des citoyens, atteindre le public dans toute sa diversité, y compris le public jeune dont les problématiques peuvent différer de celles d’autres groupes, est également essentiel (Ojala et Lakew, 2017[63]) La segmentation des audiences peut donc s’avérer un outil particulièrement efficace pour s’adresser aux jeunes et transmettre un message adapté qui raisonnera au mieux auprès d’eux et pourra entrainer des changements de comportement ou un engagement accru autour de la question climatique. En Indonésie, par exemple, un travail important de recherche formative et de segmentation des audiences parmi les jeunes a permis de développer une série télévisée accompagnée d’une campagne sur les réseaux sociaux pour mobiliser les jeunes autour du climat (voir Encadré 1.17). Grâce à un ciblage de l’audience et l’utilisation de médias et supports d’information déjà plébiscités par l’audience cible, la campagne de communication est ainsi parvenue à entrainer un changement de comportement chez plus de la moitié des personnes exposées au message.
Encadré 2.17. La segmentation des audiences pour produire une campagne multicanale à destination des jeunes en Indonésie
Copier le lien de Encadré 2.17. La segmentation des audiences pour produire une campagne multicanale à destination des jeunes en IndonésieEn Indonésie, entre 2019 et 2022, une campagne ambitieuse a visé à impliquer les jeunes dans la réponse aux défis climatiques et environnementaux auxquels le pays fait face, les aider à faire des choix informés, et créer une plateforme leur permettant de faire entendre leur voix sur ces thématiques.
Ce projet, mis en œuvre par BBC Media in Action Indonesia, en collaboration avec des partenaires médiatiques locaux et financé par l'Agence norvégienne de coopération pour le développement (NORAD) pour un montant estimé à 7,2 millions de livres sterling sur trois ans, s’est basée sur un travail de recherche autour des audiences, à travers des groupes de discussion, des entretiens ciblés avec des membres d’organisation de la jeunesse, et une segmentation qualitative de l’audience appuyée par l’intelligence artificielle. Cette phase de recherche a révélé que les jeunes se sentaient déconnectés de la question des ressources naturelles et ne savaient pas comment s’impliquer dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la transition verte de manière générale.
La première phase de segmentation à travers les entretiens et groupes de discussion a permis de définir quatre groupes : (1) actif ; (2) conscient mais inactif ; (3) conscient mais non intéressé à agir ; (4) non conscient des enjeux. Les groupes (2) et (3) étaient les groupes les plus représentés, ce qui a permis de définir un objectif plus précis à l’effort de communication, pour dépasser la sensibilisation et l’information et encourager la mobilisation et l’action.
La phase de recherche a également révélé que la télévision et les réseaux sociaux étaient les deux canaux les plus efficaces pour atteindre l’audience cible, avec un contenu à la fois informatif et divertissant. Cette segmentation des audiences a alimenté une stratégie de communication multi-canale, à travers trois axes principaux pour atteindre les jeunes :
Une série télévisée en 20 épisodes, développée en partenariat avec le diffuseur indonésien SCTV. Le scenario de la série a été pensé de manière à aborder les thématiques clés du changement climatique mêlées à d’autres problématiques courantes et quotidiennes qui touchent les jeunes en zone urbaine, et avec une gamme de personnages aux profils variés permettant à l’audience de s’y identifier. Cette initiative souligne le potentiel de la narration (ou story telling, voir Section 2.3.1) et de la mobilisation de la culture pour contribuer à traduire une problématique sous une forme concrète et accessible.
Une série de discussion sur Instagram traitant des thématiques abordées dans les épisodes de la série, et qui combine du contenu sur les coulisses de la série à des histoires et portraits réels de personnes agissant autour de la préservation de l’environnement dans leurs communautés, et des interactions avec des décideurs.
Une image de marque sur différents réseaux sociaux tels qu’Instagram, Twitter, Facebook et YouTube, pour encourager le partage de contenu dans un premier temps directement lié à la série, et progressivement plus ancré sur des actions dans la vie réelle autour du climat et de l’environnement. Cette campagne multiformat avait pour but de susciter l’intérêt des jeunes et encourager l’action.
Les canaux des médias sociaux du projet ont également tiré parti d’influenceurs déjà connus pour leur engagement sur la question environnementale.
Parmi les personnes exposées au contenu, 65 % ont déclaré avoir changé certains comportements pour atténuer leur empreinte sur le climat. Les publics exposés ont également montré une meilleure connaissance des problèmes climatiques et étaient plus favorables à la politique nationale du gouvernement en matière de changement climatique.
Source : (Garg, Godfrey et Eko, 2024[48]).
Des travaux de recherches ont récemment permis de faire évoluer la segmentation au-delà des catégories démographiques généralement mobilisées (en fonction de l’âge, du genre, des zones rurales ou urbaines par exemple). Aux États-Unis l'Université de Yale a par exemple mené des recherches pionnières dans ce domaine, en développant « Les Six Amériques du réchauffement climatique », une segmentation approfondie de six profils qui conceptualisent et répondent à la question climatique de manière très différente : le profil alarmé ; préoccupé ; prudent ; désengagé ; sceptique ; et dédaigneux. De même, en France l'ONG Parlons Climat a développé de son côté six profils distincts de la société française en utilisant une segmentation basée sur les valeurs pour mieux comprendre ce qui incite (ou non) différents groupes à se mobiliser sur le changement climatique : les militants désabusés ; les stabilisateurs ; les libéraux optimistes ; les attentistes ; les laissés pour compte ; et les identitaires. Enfin, au Royaume-Uni l’organisation Climate Outreach a également élaboré une segmentation de l’audience britannique en sept profils différents, et produit une boîte à outils visant à guider différentes organisations et acteurs dans leurs efforts de communication autour du changement climatique auprès du public britannique (voir Encadré 1.18).
Encadré 2.18. Une boîte à outils pour réengager les différents segments du public britannique sur le climat
Copier le lien de Encadré 2.18. Une boîte à outils pour réengager les différents segments du public britannique sur le climatDans son rapport « Britain Talks Climate – A toolkit for engaging the British public on climate change », l’organisation Climate Outreach définit sept segments au sein de la population britannique :
Les activistes progressistes : Vocaux et passionnés, politiquement actifs mais pessimistes quant à la direction prise par la société, le changement climatique est au cœur de l'identité et de la politique des activistes progressistes.
Les piliers conservateurs : Conservateurs, patriotes et optimistes, les piliers conservateurs sont fiers des réalisations britanniques en matière d'environnement et se soucient de l'alimentation, de l'agriculture et de l'économie rurale. Cependant, ils sont plus sceptiques à l'égard des grandes prétentions de leadership mondial ou des « signes de vertu » de ce qu'ils considèrent parfois comme des changements de mode de vie symboliques.
Les pragmatiques civiques : Modérés et tolérants, les pragmatiques civiques sont inquiets pour l'avenir, le changement climatique contribuant à cette crainte. Ils s'efforcent d'adopter un mode de vie à faible émission de carbone, mais se sentent démotivés par le manque d'ambition politique en matière de changement climatique et d'autres questions sociales.
Les battants désengagés : Se sentant peu entendus et peu représentés, les battants désengagés sont néanmoins largement convaincus de la nécessité de prendre des mesures pour lutter contre le changement climatique. Cependant, ils ne croient pas que la transition leur soit bénéfique et sont trop occupés à survivre au jour le jour pour y accorder plus d'attention
Les libéraux établis : Les libéraux établis ont une vision globale qui s'appuie davantage sur leurs réseaux professionnels que sur un sentiment de solidarité avec les communautés. Ils ne considèrent pas nécessairement le changement climatique comme quelque chose qui les affectera personnellement, mais ils veulent savoir comment les solutions à faible teneur en carbone favoriseront la résilience et la croissance économiques.
Les nationalistes loyaux : Traditionnels et fiers d'être britanniques, les nationalistes loyaux se sentent menacés et sont galvanisés par des questions telles que la criminalité, l'immigration et le terrorisme. Ils pensent que le Royaume-Uni est déjà confronté à la réalité du changement climatique, mais ils considèrent qu'il s'agit d'un problème lié à des inégalités localisées (plutôt que globales) et à la dégradation de l'environnement.
Les traditionnalistes désengagés : Désabusés et sceptiques, les traditionalistes désengagés reconnaissent les risques environnementaux tangibles tels que la pollution de l'air, mais sont loin d'être convaincus de la nécessité d'agir sur le climat. Ils sont plus enclins à considérer qu'il s'agit d'un problème dont les gouvernements étrangers doivent s'occuper.
À travers une compréhension minutieuse de l’opinion de ces différents segments sur un grand nombre de questions sociétales, liées directement ou indirectement au changement climatique, et en particulier des points communs et des différences, les gouvernements et communicants sont mieux équipés pour développer des campagnes avec des messages qui auront une résonnance positive auprès des différentes catégories et éviteront l’antagonisme.
Pour les aider dans cet ouvrage, Climate Outreach propose dans sa boîte à outils des recommandations sur le type de message à transmettre et les écueils à éviter pour chaque segment.
Source : (Climate Outreach, 2020[65]).
Mobiliser les sciences comportementales pour une communication ciblée autour des leviers de changements de comportement
Les sciences comportementales constituent un levier important pour accompagner la transition verte et encourager des changements de comportement visant notamment à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Comprendre les mécanismes qui sous-tendent les comportements des citoyens, entreprises, et tout autre acteur permet de renforcer l'impact des politiques publiques ainsi que le soutien du public et ainsi maximiser la probabilité que les politiques publiques atteignent les résultats souhaités (OCDE, 2025[32]). En plus des efforts de segmentation mentionnés, la communication peut tirer parti des sciences comportementales afin de comprendre les processus psychologiques et sociaux qui influencent la prise de décision des individus ainsi que leurs actions, dans le but d’induire des changements (de Vries, 2019[36]). Le gouvernement britannique, par exemple, s’est appuyé sur les sciences comportementales afin d’identifier des leviers pour réduire la consommation d’énergie dans les foyers au Royaume-Uni (voir Encadré 1.19).
Encadré 2.19. Utiliser des sciences comportementales pour réduire la consommation d'énergie des foyers au Royaume-Uni
Copier le lien de Encadré 2.19. Utiliser des sciences comportementales pour réduire la consommation d'énergie des foyers au Royaume-UniLe gouvernement britannique s'est fixé pour objectif de réduire la consommation d'énergie de 15 % d'ici 2030. Entre 2022 et 2023, il a utilisé les données des sondages pour informer une campagne de communication ciblée visant à réduire la consommation d'énergie individuelle afin d'atteindre cet objectif.
Le sondage a révélé des enseignements sur le comportement de la population britannique. En particulier, les citoyens britanniques sont conscients des problèmes climatiques et s'en préoccupent, cependant la motivation individuelle à réduire la consommation d'énergie est limitée par des préoccupations financières en période de crise et d’augmentation du coût de la vie. Ces données comportementales ont été exploitées dans le cadre d'une campagne de communication axée sur les économies de coûts liées aux économies d'énergie.
Le gouvernement britannique a ainsi lancé la campagne « It All Adds Up » (« chaque geste compte »), qui met en avant une liste restreinte de mesures individuelles susceptibles de réduire la consommation d'énergie et de permettre aux citoyens d'économiser de l'argent. La campagne a été lancée à la télévision, à la radio, dans les médias sociaux et dans les médias traditionnels.
La campagne a atteint les deux objectifs : elle a permis de réduire la consommation énergétique globale des ménages d'environ 1 200 GWh et d'économiser 120 millions de livres sterling pour les ménages britanniques.
La campagne a été réalisée pour un coût global de 18 millions de livres sterling. Elle a démontré l'importance de parler aux citoyens en leurs termes. En présentant l'action comme quelque chose qui pourrait avoir un impact positif sur leur vie et en lien avec leurs préoccupations principales, elle est parvenue à encourager les changements de comportement.
Le suivi et l'évaluation mis en place depuis le début de la campagne ont également permis de démontrer facilement son succès et son impact, ce qui a permis de justifier les coûts de la poursuite de l’initiative. Celle-ci constitue par ailleurs un exemple intéressant d’impact concret et direct de la participation active des citoyens dans la mise en œuvre d’une politique publique, à travers l’addition coordonnée d’actions individuelles.
2.3.4. La communication de crise pour répondre aux évènements climatiques et environnementaux extrêmes et faciliter les efforts d’adaptation
Face à la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes et des situations d’urgence, les gouvernements doivent être davantage préparés à assurer une réponse rapide pour faciliter l’adaptation et mettre les populations à l’abri des risques.
La communication sur le climat et l’environnement s'est ainsi largement imposée comme une discipline de crise (Cox, 2007[66]). Des crises environnementales majeures bien que localisées, entrainées par des catastrophes naturelles ou dues à des activités humaines telles que la marée noire de BP, la catastrophe nucléaire de Fukushima et l'Exxon Valdez, ont exigé des gouvernements qu'ils impliquent s’adressent rapidement aux citoyens afin de garantir une réponse efficace, d'éviter d'autres impacts négatifs et maintenir la confiance dans le gouvernement.
La coordination entre les échelles locales et nationales est déterminante pour une réponse efficace aux situations de crise, et la mise en œuvre de mesures d’adaptation ou d’atténuation des risques liés aux changement climatique. Par exemple, les « Système d’alerte précoce », accompagnés d’une communication efficace et ciblée, sont considérés comme l’une des principaux outils de réduction des risques de catastrophe. Une communication publique adaptée est un outil essentiel à la gestion d’une catastrophe, car elle fournit aux institutions et aux communautés des connaissances préalables ou des avertissements leurs permettant de prendre des mesures d’atténuation. Une connaissance approfondie de l’audience à risque visée permet de s’assurer d’utiliser les chaînes et moyens de communication adaptés pour atteindre le public cible rapidement. Cela peut par exemple passer par des moyens de communication alternatifs pour dépasser les obstacles à l’information rencontrés par certaines populations tels que l’illettrisme ou l’analphabétisme, comme cela a par exemple été fait au Sénégal avec la mise en place d’un système d’alerte à travers des message vocaux, en coopération avec une start-up local (Ouedraogo et al., 2020[67]).
Par ailleurs, la communication en temps de crise, par exemple autour d’évènements météorologiques extrêmes ou d’incendies dévastateurs, est également un levier permettant de faire un lien explicite entre le changement climatique sur le long terme, qui parait parfois abstrait, et les phénomènes catastrophiques présents et très concrets pour le public. Ainsi, bien que le cadre de crise entourant la communication globale sur le climat puisse être contraignant, il offre des possibilités d'atteindre les citoyens et de changer les comportements pour l'avenir. Si une campagne de crise réussie peut être déterminante pour le succès global de l'intervention d'urgence, elle peut aussi avoir des effets à plus long terme sur les comportements du public (Kimura et Nishio, 2016[68]).
Par exemple, dans le cadre de la réponse à la crise environnementale provoquée par le tremblement de terre et l’arrêt de la centrale nucléaire de Fukushima, le Japon a mis en place une large campagne de communication afin d’encourager les réductions de consommation électrique urgentes et nécessaires, et est parvenu à susciter une réduction durable de la consommation, au-delà de la période de crise (voir Encadré 1.20).
Encadré 2.20. Encourager la réduction urgente de la consommation d'énergie face aux problèmes d'approvisionnement énergétique au Japon
Copier le lien de Encadré 2.20. Encourager la réduction urgente de la consommation d'énergie face aux problèmes d'approvisionnement énergétique au JaponEn mars 2011, le Japon a été frappé par un tsunami et un tremblement de terre qui ont provoqué l'arrêt d'une importante centrale nucléaire, Fukushima. Au moment de la crise, l'énergie nucléaire fournissait 30 % de la demande nationale du pays. Le Japon a donc été confronté à des problèmes immédiats et graves d'approvisionnement en énergie : seuls 15 des 54 réacteurs nucléaires du pays étaient en service.
Le gouvernement a lancé une campagne pour encourager les citoyens à réduire rapidement leur consommation d'énergie afin d'éviter les pannes de courant. Plus précisément, le gouvernement et les entreprises de services publics du secteur privé ont distribué des listes de contrôle aux consommateurs sur la manière de prendre des mesures simples pour réduire la consommation d'énergie individuelle.
Globalement, la campagne, qui a coûté 4 milliards de yens, a permis de réduire la consommation d'énergie d'environ 15 % en 2011 par rapport à l'année précédente. Les résultats ont perduré : en 2014, les ménages ont consommé 18 % d'électricité en moins qu'en 2010.
Cette campagne montre que le gouvernement peut être un messager efficace en temps de crise. Elle montre également que les citoyens sont plus enclins à adapter leur comportement en temps de crise.
Source : (OECD, 2023[69]) ; (The Guardian, 2011[70]).
2.4. Du stade unidirectionnel de l’information à une participation bidirectionnelle des citoyens dans la transition verte
Copier le lien de 2.4. Du stade unidirectionnel de l’information à une participation bidirectionnelle des citoyens dans la transition verteInformer les citoyens représente ainsi une première étape et précondition fondamentale leur permettant de connaître, comprendre, et appréhender les enjeux de la transition verte. Si dans un premier temps le niveau de l’information et de la communication publique a principalement servi à une prise de conscience des enjeux environnementaux, il est également un levier déterminant d’action pour permettre aux citoyens de contribuer et à participer à une transition juste, équitable et transparente. L’information et les données ouvertes sont des outils indispensables au suivi de l’action gouvernementale, et permettent à l’ensemble des acteurs – citoyens, journalistes, organisations de la société civile – de demander des comptes aux gouvernements mais également de contribuer à élaborer des solutions, parfois innovantes, en s’appropriant et en réutilisant les données accessibles. Une large diffusion de l’information, dans différents formats lisibles, digestes, et réutilisables, contribue ainsi à fournir un premier moyen d’action dont les citoyens peuvent se saisir. Dans le même temps, un nombre croissant de gouvernements et d’acteurs exploitent le potentiel de la communication publique pour comprendre et gérer les attentes, craintes, contraintes et limites des citoyens face à l’urgence climatique, développer un message favorisant l’action et l’acceptation des politiques publiques et mesures parfois complexes, et engendrer des changements de comportement nécessaire aux efforts d’atténuation.
Le stade unidirectionnel de l’information, s’il permet déjà d’atteindre certains objectifs pour réengager les citoyens dans la transition verte, est complété par d’autres pratiques de participation active à travers des processus de consultation (voir Chapitre 3) ou des processus plus innovants d’engagement (Chapitre 4) qui mettent en place une relation bidirectionnelle entre citoyens et gouvernements.
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. Cette Recommandation du Conseil de l’OCDE vient replacer la Recommandation du Conseil sur l'information environnementale adoptée en 1998.
← 2. D’après cette Enquête, seulement 22 % des personnes préférant ne pas suivre l’actualité politique affichent un niveau de confiance élevé ou modérément élevé envers le gouvernement, tandis que cette part s’établit à 40 % chez les personnes suivant l’actualité.