La vie humaine dépend d’écosystèmes sains et d’une biodiversité florissante, dont la préservation et la restauration sont à leur tour fortement tributaires du financement du développement. Celui-ci ne saurait toutefois suffire à éviter l’effondrement des écosystèmes. Le recul de la biodiversité ne s’arrêtant pas aux frontières, une approche concertée entre les gouvernements est nécessaire pour garantir l’efficacité des initiatives à l’appui de la préservation et d’un développement durable.
Les avantages de cette approche sont multiples : la biodiversité soutient l’emploi, renforce la sécurité alimentaire, atténue les risques de catastrophe et a des retombées positives en termes sanitaires. La restauration des mangroves est ainsi source de création d’emplois ; elle fournit des nourriceries aux espèces halieutiques commerciales, réduit les risques d’ondes de tempête et absorbe la pollution marine.
Pour résumer, la restauration de la nature est davantage un investissement dans le développement durable qu’un coût environnemental. Renforcer la coopération pour le développement au service de la biodiversité permettrait aux gouvernements de tirer parti des retombées économiques, sociales et environnementales de la préservation et de la restauration de la nature.
Le sous-financement et des priorités étroites nuisent aux progrès
Si des avancées ont été accomplies au regard des objectifs de biodiversité, la restauration de la nature reste sous-financée par rapport à d’autres domaines. Le financement public du développement au service de la biodiversité atteint entre 18.9 milliards USD et 34.2 milliards USD par an, soit un montant bien inférieur aux 700 milliards USD annuels nécessaires pour mettre en œuvre le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal.
Dans le contexte des pressions budgétaires concurrentes qui s’expriment dans une variété de domaines, auxquelles les pays sont de plus en plus confrontés, ce déficit devrait se creuser. Les évolutions survenues récemment sur le plan politique risquent en outre de nuire aux efforts visant à faire de la biodiversité, sa promotion et sa protection, une priorité de l’action publique, et de la cantonner aux secteurs dont la valeur est directement liée à la nature, tels que la sylviculture ou la pêche.
Comment faire de la biodiversité une priorité du développement ?
Or, c’est au contraire d’une approche à l’échelle de l’ensemble de l’administration et source d’un changement porteur de transformation que nous avons besoin face aux facteurs structurels et systémiques à l’origine de l’érosion de la biodiversité. L’ouvrage Governing the Nature Restoration State (du co-auteur du blog, Nick Kirsop-Taylor) révèle à quoi pourrait ressembler une gouvernance axée sur la restauration de la nature à l’échelle nationale.
Mettre l’action publique, les budgets et les institutions au diapason de la restauration du milieu naturel passe par une multitude de petits ajustements à divers niveaux. Appliquées correctement, ces adaptations peuvent provoquer des changements source de transformation et encourager les gouvernements à relever le niveau de leurs engagements en faveur de la biodiversité.
Ainsi le Brésil a-t-il, pour mettre fin à la déforestation illégale à l’horizon 2030, mis en place un plan d’action assorti d’objectifs spécifiques, instauré un fonds destiné à acheminer des ressources vers la préservation des forêts, créé un nouveau ministère fédéral des Peuples autochtones et reconverti des organisations publiques existantes en leur confiant une mission de boisement et d’agroécologie. Constatant les changements entraînés par cette approche pragmatique, des donneurs de premier plan se sont mobilisés pour apporter un soutien supplémentaire à ces initiatives.
En s’inspirant de cet exemple et des rapports de l’OCDE relatifs à l’alignement des politiques et aux approches bénéfiques à la nature, les donneurs peuvent faire de la restauration du milieu naturel une priorité du développement en :
- harmonisant leur financement à l’appui du développement avec les missions menées par les gouvernements des pays partenaires en matière de restauration de la nature, en particulier les changements institutionnels ;
- soutenant des réformes de la gestion des finances publiques favorables à la restauration de la nature, telles que l’intégration d’approches tenant compte du capital naturel dans la prise de décision institutionnelle ;
- améliorant les systèmes d’intégration et la coordination interministérielle dans les pays via des activités de renforcement des capacités, des structures d’incitation et la transformation institutionnelle ;
- réduisant les risques liés aux investissements dans la nature en rassurant les investisseurs et en mettant en place des mécanismes de redevabilité et des structures juridiques.
De leur côté, les pays bénéficiaires peuvent faire de la restauration de la nature une mission des pouvoirs publics en :
- élaborant un plan complet à l’appui de la restauration du milieu naturel à l’échelon national ;
- nommant un responsable politique à haut niveau exclusivement chargé de piloter la mission de restauration de la nature et doté, à cette fin, de vastes compétences ;
- établissant une organisation intergouvernementale dédiée à la restauration du milieu naturel à l’échelon national.
Une mission commune, poursuivie au moyen d’approches diverses
La lutte contre la perte de biodiversité nécessite un consensus entre les pays. Toutefois, compte tenu de l’histoire, de la culture et des institutions propres à chacun d’entre eux, et des défis divers auxquels ils sont confrontés, les missions de restauration de la nature doivent refléter les priorités et les contextes nationaux.
Les petits États insulaires en développement privilégieront ainsi la restauration des écosystèmes côtiers, la préservation et le renforcement des services écosystémiques d’eau douce, et la promotion de l’écotourisme. De leur côté, les pays dotés de riches ressources forestières peuvent axer leur mission sur la préservation et l’utilisation équitable des ressources, en prônant l’utilisation de crédits carbone et en veillant à la durabilité des industries agroforestières.
À un moment où les pays doivent réfléchir aux missions qu’ils entendent mener en faveur de la nature à l’échelle nationale, la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies de 2026 (CBD COP 17) leur offre une occasion de débattre des moyens de veiller à ce que ces missions contribuent, ensemble, à faire de la restauration de la nature un bien mondial commun.