La tendance en faveur des restrictions d'âge sur les réseaux sociaux se propage rapidement, en particulier dans les pays de l'OCDE
Les gouvernements des pays de l'OCDE agissent rapidement pour encadrer l'accès des enfants aux réseaux sociaux, et le rythme s'accélère. Fin 2023, un seul pays membre ou candidat à l'adhésion à l'OCDE envisageait des restrictions d'âge pour l’accès des enfants aux réseaux sociaux. Deux ans plus tard, 12 pays disposaient d’une loi en vigueur. Fin mars 2026, ce nombre atteignait 25, soit plus de cinq fois plus en l'espace de seulement seize mois.
Si les réseaux sociaux peuvent offrir aux enfants des espaces de lien et de créativité, ils peuvent également présenter de graves risques. L’utilisation problématique des réseaux sociaux, caractérisée par une obsession, une fuite de la réalité et des conflits, est en hausse et touche particulièrement les filles. La dynamique qui sous-tend ces mesures législatives reflète également une prise de conscience croissante du fait que de nombreuses plateformes n’ont pas été conçues en tenant compte de la sécurité ou du bien-être des enfants et n’ont pas réussi à faire respecter efficacement leurs propres conditions d’âge minimum.
La plupart des pays visent un âge minimum de 15 ou 16 ans pour les réseaux sociaux
Malgré des traditions juridiques, des cultures réglementaires et des contextes politiques variés, les pays s’accordent sur une fourchette d'âge minimum assez étroite : la quasi-totalité des propositions de textes et des lois en vigueur situent cet âge autour de 15 ou 16 ans. L'Australie, qui a été la première à agir en fixant son seuil à 16 ans, semble avoir ancré le débat. Toutes les lois promulguées à ce jour fixent à 16 ans l'âge minimum pour accéder aux réseaux sociaux. Un petit nombre de juridictions ont envisagé des seuils inférieurs, généralement compris entre 13 et 14 ans. C'est le cas notamment de l'Autriche, du Canada, de la Thaïlande et, dans certains cas, des États-Unis, où différentes propositions au niveau fédéral ou au niveau des États envisagent des seuils d'âge différents.
La plupart des textes de lois sur l'instauration d’un âge minimum pour accéder aux réseaux sociaux sont encore à l'étude
Sur les 25 pays recensés en avril 2026, la grande majorité se trouve dans la catégorie « à l'étude ». Seuls trois pays, l'Australie, le Brésil et l'Indonésie, disposent de lois en vigueur. Vingt-deux en sont encore au stade de la proposition ou de la consultation. Cela reflète la réalité du processus d'élaboration des politiques publiques. Plusieurs années pourraient s'écouler avant que ces pays ne franchissent le pas, si tant est qu'ils le franchissent. Ce qui est plus révélateur est le temps qu'il a fallu pour en arriver là. Les réseaux sociaux font partie du quotidien des enfants depuis près de deux décennies ; la réponse politique n'en est, à bien des égards, qu'à ses débuts.
Certains législateurs pourraient également souhaiter observer les effets de ces lois dans d'autres pays avant de s'engager à en adopter une dans leur propre juridiction, et il est encore trop tôt pour tirer des conclusions probantes sur les résultats des lois déjà en vigueur. En tout état de cause, le travail de fond consistant à concevoir des restrictions d’âge viables et efficaces pour les réseaux sociaux ainsi que les systèmes de vérification de l’âge permettant de les faire respecter, à définir les obligations des plateformes en matière de conformité et à déterminer comment appliquer ces règles au-delà des frontières ne fait que commencer.
Les restrictions d'âge ne sont pas une solution miracle
Les risques auxquels les enfants sont exposés en ligne ne peuvent être atténués en se concentrant uniquement sur l'accès aux plateformes. Les dangers sont trop variés, complexes et nombreux. Par ailleurs, les politiques et pratiques actuelles de vérification d'âge laissent subsister d'importantes lacunes juridiques, juridictionnelles et pratiques. Mais de telles mesures peuvent constituer un élément important d'un cadre plus large de protection de l'enfance qui intègre la sécurité dès la conception plutôt que de la réajuster a posteriori.
Les risques d'une action précipitée et non coordonnée
Le rythme de l'activité législative reflète, d'une certaine manière, une préoccupation réelle du public et des responsables politiques quant au bien-être des enfants en ligne. Cette préoccupation est tout à fait justifiée. Les travaux de l'OCDE ont mis en évidence l'inefficacité des limites d'âge existantes pour empêcher les enfants d'accéder à des plateformes bien avant l'âge requis, le caractère insuffisant des données d'âge déclaratives, ainsi que les risques spécifiques liés à une utilisation problématique des réseaux sociaux, en particulier pour les filles.
Mais la rapidité sans coordination comporte ses propres risques. Si de nombreux pays élaborent chacun leurs propres restrictions concernant les réseaux sociaux pour les enfants, ainsi que des cadres de vérification de l’âge, des mécanismes d’application et des définitions de la conformité, les plateformes mondiales seront confrontées à un enchevêtrement d'exigences difficile à appréhender, tandis que les enfants continueront de bénéficier de protections inégales selon leur lieu de résidence.
La convergence vers 15 et 16 ans comme âges minimums est un signal encourageant d'harmonisation internationale, mais elle doit s'accompagner d'un alignement plus poussé quant à la signification concrète de ce seuil. Pour que les restrictions sur les réseaux sociaux soient efficaces, il faut également repenser ce que signifie la protection au-delà d'un simple chiffre. La restriction d'accès n'est qu'un outil parmi d'autres. Les caractéristiques de conception des plateformes, qui façonnent l'expérience des jeunes utilisateurs, sont tout aussi importantes, qu'ils soient ou non théoriquement autorisés à y accéder. En fin de compte, le défi pour les décideurs politiques est de garantir que les enfants puissent accéder à des expériences en ligne sûres, bénéfiques et adaptées à leur âge. La vérification de l'âge, la conception des plateformes et la fourniture de services adaptés à l'âge sont des défis simultanés, et non successifs.
Il est également crucial de prendre en compte le débat qui se déroule dans les enceintes techniques, en faisant évoluer la discussion de la nécessité de vérifier l'âge vers la question de savoir comment y parvenir sans créer de nouveaux préjudices systémiques à la vie privée ou à la liberté d'expression. S'ils sont mal conçus, les mécanismes de vérification de l'âge peuvent collecter plus de données que nécessaire, accroître l'exposition aux failles de sécurité et exclure les utilisateurs ne disposant pas de documents d'identité officiels. Cela souligne le rôle crucial de la coopération directe entre les autorités chargées de la sécurité en ligne et celles chargées de la protection de la vie privée, qui réclament des approches cohérentes en matière de vérification de l'âge, afin de protéger les mineurs tout en respectant les principes de protection des données.
Comment l'OCDE accompagne les pays dans l’élaboration des politiques relatives à la protection de l’enfance sur les réseaux sociaux
L'OCDE suit ces questions de près, précisément parce que le rythme du changement rend la coordination d’autant plus importante. Notre rôle est d'offrir aux pays un forum pérenne pour l'élaboration de politiques fondées sur la base d’éléments concrets, capable de suivre le rythme de la vague réglementaire tout en garantissant que les mesures adoptées sont cohérentes, respectueuses des droits et efficaces dans l’intérêt des enfants. Les prochaines années seront déterminantes en ce sens. À mesure que de nouvelles lois entreront en vigueur, les données s'accumuleront, et les choix politiques des gouvernements façonneront l'environnement numérique des enfants pour les décennies à venir. L'OCDE sera présente pour soutenir ce processus.