Dix ans après la signature de l’Accord de Paris, l’heure n’est plus à la planification de l’action climatique, mais à sa mise en œuvre. La prochaine présidence de la COP30 a lancé une expérience innovante afin de stimuler l’action climatique à l’échelle mondiale, en misant sur des initiatives auto-organisées à travers le monde. Ce « mutirão mondial » vise à enclencher une dynamique et à « marquer un point d’inflexion dans notre combat contre le changement climatique ».
Ce concept s’articule autour de l’idée d’une communauté qui se rassemble pour travailler à une tâche commune, qu’il s’agisse de récolter, de construire ou de s’entraider. Il rappelle avec force que la neutralité en matière de gaz à effet de serre (GES) ne peut être atteinte sans la participation active des populations de tous les pays. L’équité, que la recherche considère comme un facteur important dans le processus décisionnel des gens, constitue le socle de cette mobilisation.
C’est l’un des messages clés du rapport de l’OCDE intitulé « Fast-tracking Net Zero by Building Climate and Economic Resilience » : l’action climatique menée par les pouvoirs publics ne peut être efficace que si elle est équitable, répond aux besoins des citoyens et se fonde sur une participation active.
Confiance et équité : les fondements de la participation citoyenne
Les progrès de l’action climatique ont souvent été freinés par la crainte d’un manque d’équité dans la façon dont les coûts et les retombées positives (ou « résultats distributifs » en termes techniques) seraient partagés. La lutte contre le changement climatique se justifie clairement sur le plan économique. Les projections de l’OCDE et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) montrent qu’une politique climatique ambitieuse peut stimuler la croissance et faire sortir des millions de personnes de la pauvreté. En 2100, les dommages climatiques qui seraient évités grâce à des mesures ambitieuses pourraient empêcher des pertes économiques conséquentes et faire progresser le PIB mondial de 13 %. Toutefois, ces avantages sont souvent diffus et ne se font sentir que sur le long terme, alors que de nombreuses personnes font face à d’autres problèmes plus pressants. L’inquiétude que suscitent les pertes d’emploi, l’augmentation du prix de l’énergie et le coût de l’adoption de nouvelles technologies et de nouveaux comportements tend à influer sur l’attitude des gens face à l’action climatique.
Dans l’ensemble, on sait comment élaborer des arsenaux de mesures qui réduisent les émissions et corrigent les effets distributifs négatifs. Des politiques actives du marché du travail, telles que l’aide à la recherche d’emploi, les programmes de formation et les dispositifs d’incitation à l’emploi fournis par des services publics de l’emploi, peuvent aider les travailleurs à trouver un emploi dans de nouveaux secteurs, dont ceux en plein essor du fait de la transition, et les investissements publics peuvent redynamiser des régions en difficulté. Des subventions mieux ciblées peuvent aider les ménages à faible revenu à faire face à la hausse des coûts provoquée par les taxes sur le carbone. Une coopération internationale peut aider les économies de marché émergentes et en développement à prospérer pendant la transition vers la neutralité carbone.
Alors pourquoi n’y a-t-il pas plus d’avancées en matière de climat ? L’une des principales raisons pourrait être la défiance à l’égard des gouvernements et du processus de formulation des politiques climatiques.
Le changement climatique restait un sujet de préoccupation majeur dans les pays de l’OCDE en 2024, mais de nombreuses personnes ne pensent pas que leur gouvernement est capable de réduire efficacement les émissions (graphique). En effet, beaucoup croient que les pouvoirs publics font passer les intérêts du secteur privé avant l’intérêt collectif, et les besoins des générations actuelles avant ceux des générations futures. Seuls 30 % des personnes interrogées estiment que leur système politique leur permet de faire entendre leur voix, et moins de la moitié d’entre elles estiment que la communication entourant les politiques est satisfaisante, en particulier en ce qui concerne la manière dont les politiques les affecteront.
Outre le fait que la mésinformation et la désinformation sont monnaie courante au sein de l’écosystème de l’information, il est de plus en plus difficile de se retrouver dans la multitude d’avis et de points de vue proposés. Il n’est donc pas forcément surprenant que la perception que les gens ont des politiques climatiques et de leurs effets soit parfois erronée. Par exemple, les gens peuvent avoir une image faussée des taxes carbone : les citoyens voient avant tout ces taxes comme un moyen d’augmenter les budgets publics pour investir dans l’action climatique. C’est méconnaître l’effet considérable de ces taxes sur les comportements et les habitudes de consommation. D’autres outils plus populaires tels que les normes, les interdictions ou les subventions peuvent également aboutir à des résultats régressifs équivalents, mais contrairement aux taxes carbone, ne génèrent pas de recettes pouvant être utilisées pour atténuer les répercussions négatives. Toutefois, ils sont considérés comme plus équitables et moins coûteux. À cause de ces idées reçues qui ont la vie dure, bien que l’on sache comment élaborer des politiques efficaces et équitables, celles-ci sont malgré tout perçues comme coûteuses et trop contraignantes, et ne bénéficient pas de l’appui du public dont les responsables politiques ont besoin pour les mettre en œuvre efficacement.
Confiance des citoyens dans la capacité des pouvoirs publics de réduire les émissions de GES
Note: le graphique présente la répartition des réponses à la question « Sur une échelle de 0 à 10, dans quelle mesure êtes-vous convaincu que [pays] parviendra à réduire ses émissions de gaz à effet de serre au cours des dix prochaines années ? » au sein de chaque pays. La proportion « confiant » correspond à l'agrégation des réponses comprises entre 6 et 10 sur l'échelle ; « neutre » correspond à une réponse de 5 ; « pas confiant » correspond à l'agrégation des réponses comprises entre 0 et 4 ; et « ne sait pas » était une réponse distincte. « OCDE » présente la moyenne non pondérée des réponses dans tous les pays. Les données sont basées sur l'enquête de l'OCDE sur les facteurs de confiance dans les institutions publiques (enquête sur la confiance), réalisée en octobre et novembre 2023 dans 30 pays de l'OCDE.
Source : Enquête de l'OCDE sur les facteurs de confiance dans les institutions publiques – Résultats 2024 : Instaurer la confiance dans un environnement politique complexe.
Ces constatations mettent en évidence le cœur du problème : comment susciter l’adhésion et la confiance à l’égard des politiques climatiques ?
La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de rétablir la confiance à l’égard des pouvoirs publics et des politiques climatiques en faisant davantage participer les citoyens. Près de 70 % des personnes qui estiment avoir leur mot à dire dans les décisions du gouvernement font état d’un sentiment de confiance modéré ou élevé à l’égard des pouvoirs publics. Une communication claire et sensible et une véritable participation peuvent mobiliser les citoyens autour de l’action climatique. Faire participer les citoyens à l’élaboration des politiques peut renforcer la confiance et l’adhésion en permettant aux gens de s’approprier les effets des politiques. Cette stratégie peut également améliorer l’efficacité de l’action publique en intégrant les expériences, les préoccupations et les intérêts personnels, ainsi qu’en tirant parti de la capacité des gens à innover et à agir.
Éducation et autonomisation : investir dans le développement social et humain
Pour que cette participation porte ses fruits, les citoyens doivent avoir le sentiment qu’ils ont le pouvoir d’influer [positivement] sur les changements qui surviennent dans leur vie et dans le monde qui les entoure. L’éducation joue un rôle clé pour donner les moyens aux citoyens d’utiliser leur pouvoir d’action en les dotant des connaissances, des compétences et des attitudes fondamentales dont ils ont besoin pour comprendre les enjeux climatiques et leur rôle dans ce contexte. Il s’agit notamment de favoriser une meilleure compréhension des relations entre les systèmes environnementaux et sociaux, de renforcer les capacités de réflexion scientifique et systémique, et d’encourager l’action collective. En intégrant ces compétences aux plans d’apprentissage, aux qualifications et aux programmes d’étude, ainsi qu’en développant les compétences des enseignants, l’éducation permettrait non seulement de renforcer le pouvoir d’action des citoyens, mais aussi de les doter des compétences dont ils ont besoin pour s’épanouir dans une économie à zéro émission nette.
Promotion de politiques climatiques inclusives sur le plan social
La mobilisation des citoyens autour de l’action climatique est essentielle au succès de la transition vers la neutralité en GES. La conception des politiques peut remédier aux effets indésirables des politiques climatiques et garantir que tout le monde puisse bénéficier des nouvelles possibilités offertes par la transition climatique. Cependant, sans la confiance, l’appui et la participation active des citoyens, l’action climatique continuera de ne pas répondre aux attentes. Le projet de l’OCDE intitulé Renforcer la résilience climatique, économique et sociale examine comment l’amélioration de l’inclusion sociale et de l’acceptabilité de la transition vers la neutralité en GES peut contribuer efficacement à l’avancement des objectifs climatiques. Les prochains travaux évalueront comment les citoyens perçoivent les politiques climatiques et ce qu’ils en attendent, ainsi que les moyens de remédier à leurs effets indésirables. Ils se pencheront également sur les conséquences des politiques climatiques sur l’emploi et les compétences, et analyseront les connaissances et des compétences des élèves en matière d’enjeux climatiques en mettant à l’essai un cadre d’évaluation de la culture climatique PISA.
En amont et pendant la COP30, le pavillon virtuel de l'OCDE abordera divers sujets, notamment :
- Bridging barriers, building partnerships: Strengthening global co-operation for climate action, 3 novembre 2025 | 11:30 AM 13:00 PM CET
- Competitiveness, cost of living and cutting emissions: Can policy do it all?, 13 novembre 2025 | 11:30 - 13:00 CET
- Unlocking community-based financing for clean energy and green small-scale enterprises in emerging markets, 14 novembre 2025 | 14:00 PM - 15:30 CET
- The green transition of SMEs in Latin America and the Caribbean, 19 novembre 2025 | 16:30 PM - 18:00 CET