Les forêts sont une importante source d’émissions, mais aussi un puits de carbone. L’agriculture, la foresterie et les autres affectations des terres ont été à l’origine de 21 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) entre 2010 et 2019, dont plus de la moitié du fait de la déforestation. Les écosystèmes de la planète absorbent environ un tiers du CO2 chaque année. La restauration des forêts et l’amélioration des pratiques de gestion des terres pourraient contribuer à hauteur de 20-30 % à la baisse des émissions qui est nécessaire pour limiter le réchauffement mondial à 1.5 °C.
Les gouvernements sont de plus en plus conscients de l’importance des forêts et prennent des mesures en leur faveur. Il y a quatre ans, à la COP26, 145 pays se sont engagés à stopper et à inverser le recul des forêts d’ici à 2030. Pourtant, la destruction des forêts tropicales a atteint en 2024 son plus haut niveau depuis 20 ans, et les émissions imputables à l’agriculture, à la foresterie et aux autres affectations des terres continuent d’augmenter.
Comment inverser ces tendances ?
Cette question est au cœur des discussions à Belém, où la présidence de la COP30 a mis l’accent sur les efforts visant à stopper et à inverser le recul et la dégradation des forêts, ainsi qu’à préserver, protéger et restaurer la nature et les écosystèmes. En accord avec ces priorités, l’OCDE déploie de nouveaux efforts pour faire avancer l’action climatique axée sur les terres par la production de données et de méthodologies nouvelles, la formulation d’orientations pour l’élaboration de politiques cohérentes, la promotion du financement et la dynamisation du développement local, y compris au travers de la collaboration avec les populations autochtones.
Les nouvelles technologies et données satellitaires peuvent aider à mieux suivre l’utilisation des terres, l’évolution des stocks de carbone et les répercussions sur le climat
Il est plus difficile de mesurer les émissions des forêts et de l’agriculture que celles d’autres secteurs. Les émissions agricoles varient selon les types de productions végétales et animales, les pratiques de gestion, l’utilisation d’engrais et d’aliments pour animaux, les conditions pédologiques et climatiques. Les émissions et les absorptions par les forêts dépendent également des conditions pédologiques et climatiques, de la croissance et de la décomposition de la biomasse, ainsi que des interventions humaines de défrichement, de gestion ou de création de forêts. Les facteurs naturels comme les feux et les maladies (qui peuvent être aggravés par le changement climatique) et la complexité des processus biologiques et chimiques à l’œuvre ajoutent à la difficulté.
L’amélioration des technologies aide à apporter des solutions. La télédétection, les données satellitaires et les outils numériques facilitent la mesure, mais leur intégration dans les processus nationaux de suivi et de notification nécessite de nouvelles normes et méthodes. Consciente que de meilleures données permettent de concevoir des politiques plus efficaces, l’OCDE travaille sur des moyens de mettre les données satellitaires au service du suivi de l’utilisation des terres et des stocks de carbone. Les nouvelles technologies peuvent aussi servir à mieux observer les répercussions de la modification du climat comme les feux de forêt, et appuyer ainsi les efforts d’adaptation. Par ailleurs, il ressort des travaux de l’OCDE qu’il importe de suivre les émissions au niveau des exploitations pour éclairer le calcul des empreintes carbone des produits, de faire évoluer la demande vers des produits alimentaires peu émetteurs et d’inciter les agriculteurs à adopter de meilleures pratiques de gestion.
Une action climatique efficace dans le domaine des forêts passe par des politiques publiques cohérentes
Les forêts sont diverses et complexes, et l’efficacité des politiques forestières dépend des interactions entre plusieurs facteurs contextuels : caractéristiques biophysiques, gestion antérieure, présence d’habitants et de populations autochtones, propriétaires fonciers, forces du marché, phénomènes écologiques, systèmes politiques aux différents échelons, etc. Dans le cadre de ses travaux en cours – notamment de la mise à jour de l’inventaire des politiques favorables à l’atténuation dans le secteur de l’agriculture, de la foresterie et des autres affectations des terres (PIMA-AFOLU) –, l’OCDE recense et analyse différentes options en matière de politique forestière et examine leurs performances dans différents contextes.
La cohérence des politiques nécessite par ailleurs de décloisonner les champs de l’action publique, d’exploiter les synergies lorsque c’est possible et d’admettre la nécessité de choix difficiles dans le cas contraire.
L’édition de cette année du Forum de l’OCDE sur la croissance verte et le développement durable (CVDD), tenue en juillet sur le thème « Les forêts, l’agriculture et les autres affectations des terres, pierre angulaire de l’action climatique », a réuni des experts de premier plan des administrations, des entreprises et de la société civile pour une réflexion sur le rôle des forêts et de l’agriculture à l’appui de l’action climatique. Les discussions ont mis en évidence trois domaines clés dans lesquels la cohérence des politiques doit être améliorée.
1. L’adaptation aux fins de la protection des forêts est primordiale pour réduire les émissions
Les forêts et leur fonction de stockage du carbone sont de plus en plus vulnérables aux effets du changement climatique. Les mégafeux provoquent le rejet dans l’atmosphère de grandes quantités de GES, et les feux de forêt aussi bien que les sécheresses font baisser la capacité de stockage du carbone. Au Portugal, les incendies de 2017 ont ainsi transformé le secteur de l’utilisation des terres et de la foresterie en émetteur net de carbone, tandis qu’en Californie, les feux de 2020 ont entraîné des rejets équivalents à deux fois la réduction des émissions réalisée par l’État au cours des 15 années précédentes.
Ces chiffres montrent combien il est risqué de trop miser sur les puits de carbone forestiers pour atteindre les objectifs de neutralité carbone. Si une partie des GES émis resteront dans l’atmosphère pendant des siècles, aucun dispositif institutionnel ne peut garantir que ces puits perdureront aussi longtemps. Les forêts sont essentielles pour évoluer vers la neutralité carbone en ce qu’elles offrent des solutions d’atténuation efficaces et économes et procurent d’importantes retombées bénéfiques, mais elles ne peuvent pas être un substitut à la réduction des émissions dans les autres secteurs.
2. L’agriculture et les forêts ne constituent pas des domaines distincts et cloisonnés
L’expansion agricole est responsable d’environ 90 % de la déforestation dans le monde et l’agriculture occupe près de la moitié des terres habitables de la planète. En cas de politiques inchangées, on estime que la production agricole augmentera d’environ 50 % d’ici à 2050 pour répondre à la demande alimentaire d’une population mondiale toujours plus nombreuse. Il est donc important que les politiques foncières fassent barrage à la déforestation et renforcent la contribution des forêts à l’atténuation du changement climatique. La réforme des subventions préjudiciables à l’environnement et leur réorientation vers la croissance durable de la productivité, le boisement et la restauration sont cruciales.
Il ne suffit toutefois pas d’agir sur la production agricole. Le système alimentaire aussi doit évoluer de façon à réduire les besoins en ressources foncières de l’agriculture et à faire cesser la déforestation. Les gouvernements pourraient susciter des modifications des régimes alimentaires en agissant sur la demande et favoriser des produits qui ne contribuent pas à la déforestation par des initiatives au niveau de la chaîne d’approvisionnement.
3. L’atténuation du changement climatique grâce aux forêts procure d’autres avantages
Les politiques climatiques axées sur les forêts se concentrent souvent sur les émissions et les absorptions de carbone, mais les forêts sont aussi des zones critiques de biodiversité, offrent des débouchés économiques et possèdent une valeur sociale et culturelle considérable. À trop se focaliser sur le carbone, la politique forestière risque de passer à côté des synergies importantes qui existent entre ces différents avantages et de privilégier la quantité par rapport à la qualité. Les forêts caractérisées par une forte diversité biologique sont souvent plus résilientes et plus efficaces pour stocker le carbone au long cours que les peuplements dominés par une seule essence. Bon nombre d’avantages des forêts sont de nature locale, de sorte que l’autonomisation des populations locales est primordiale. Adossée à des institutions solides et inclusives, la gestion décentralisée des forêts peut créer des opportunités économiques, sociales et environnementales, y compris en termes d’atténuation du changement climatique.
Stimuler le financement de la protection des forêts
Il est urgent d’accroître les financements en faveur des forêts. Les engagements internationaux en la matière se sont élevés à environ 6 milliards USD par an entre 2021 et 2025. Parallèlement, sur la période 2021-23, les pays ont consacré 409 milliards USD par an à des mesures de soutien à l’agriculture qui avaient des effets particulièrement distorsifs sur la production et les échanges.
Les marchés du carbone peuvent favoriser l’afflux de financements dans le secteur forestier, à condition de régler des problèmes critiques concernant le calcul des niveaux de référence, l’évaluation de l’additionnalité et l’assurance de l’intégrité. Le recours à des approches par juridiction en matière de crédits forestiers peut être utile à cet égard, mais soulève d’autres difficultés spécifiques, comme le montrent les travaux en cours dans le cadre de la Plateforme sur les marchés du carbone de l’OCDE.
Cependant, les seuls marchés du carbone ne sont pas suffisants. Il faut aussi des financements pour protéger les forêts existantes qui ne sont pas (encore) menacées de déboisement. Une protection effective nécessite d’assurer des investissements à long terme et de gérer une incertitude non négligeable. Cette équation étant difficilement compatible avec les attentes de la plupart des investisseurs privés, les pouvoirs publics peuvent avoir un rôle à jouer dans l’atténuation des risques et la conception d’instruments financiers innovants.
Le financement devrait aussi tenir compte des autres avantages procurés par les forêts. Les paiements liés à des résultats et d’autres moyens d’action peuvent permettre de faire entrer en ligne de compte ces autres avantages et de mobiliser des financements en faveur de la biodiversité, ainsi que de soutenir des usages saisonniers ou culturels de la forêt à plus petite échelle, qui ne s’accordent pas avec les incitations créées par les marchés du carbone.
Communautés locales et populations autochtones sont les gardiens de la nature
Les communautés locales tributaires des forêts et les populations autochtones détiennent la clé de la protection et de la gestion durable des forêts. La meilleure façon de favoriser la permanence consiste à permettre aux communautés de profiter des avantages écosystémiques et économiques procurés par les forêts. L’OCDE mène des travaux sur le développement rural qui visent à mieux comprendre les retombées des forêts sur l’économie et les communautés des régions rurales, ainsi que leurs diverses fonctions géographiques, et qui accordent une attention particulière aux communautés autochtones.
Les forêts, des puits de carbone et bien plus
Les forêts offrent un moyen économique de lutter efficacement contre le dérèglement climatique, mais la concrétisation de ce potentiel nécessite de prendre de la hauteur. Oui, elles sont d’importants puits de carbone et leur destruction provoque des émissions non négligeables, mais les forêts et les systèmes naturels en général apportent bien plus que des avantages climatiques. Elles se caractérisent par une diversité et une complexité dont les politiques publiques et les pratiques de gestion doivent tenir compte pour être efficaces.
Lors du Forum sur la croissance verte et le développement durable organisé à l’approche de la COP30, les discussions ont mis en exergue les divers avantages procurés par les forêts et la nécessité d’approches systémiques pour susciter des évolutions. L’OCDE poursuit ses travaux sur l’action climatique fondée sur les forêts dans le cadre de son initiative Renforcer la résilience climatique, économique et sociale dans la transition vers une économie bas carbone, qui mobilise l’ensemble de l’Organisation.
Après la COP30 à Belém, l’interface nature-climat devrait figurer en bonne place parmi les priorités de l’action publique. L’édition 2025 du Forum de l’OCDE sur la croissance verte et le développement durable a porté sur le rôle des forêts et de l’agriculture dans l’atténuation du changement climatique. Regardez le replay des sessions et consultez les ressources de l’OCDE sur le site web du Forum CVDD 2025.
La problématique des forêts et de l’atténuation du changement climatique a été examinée de manière plus approfondie dans le cadre du Pavillon virtuel de l’OCDE à la COP30. Assistez aux sessions suivantes ou regardez le replay :
État des lieux et évaluation des politiques d’atténuation dans le secteur de l’agriculture, de la foresterie et des autres affectations des terres, 4 novembre 2025
Économies forestières autochtones : itinéraires vers la bonne gestion et le partage de la valeur, 17 novembre 2025
Rendre les échanges agricoles plus durables : que font les pays ?, 20 novembre 2025