À Accra, la mobilité quotidienne repose en grande partie sur la marche et les trotros, ces minibus informels qui assurent l’essentiel des déplacements pour la majorité des habitants. Bien qu’indispensables, ces modes de transport rencontrent de sérieux obstacles en matière d’accessibilité, limitant l’accès aux services essentiels. À l’inverse, les voitures privées, utilisées par une minorité aisée, offrent une accessibilité optimale, révélant ainsi les profondes inégalités qui marquent la mobilité urbaine.
Ce déséquilibre souligne un problème structurel : les services de transport d’Accra n’ont pas suivi le rythme de son expansion. Entre 1985 et 2020, la superficie urbaine de la ville a quadruplé. Pourtant, cette urbanisation rapide s’est accompagnée d’une gouvernance fragmentée et d’un manque de coordination, laissant les infrastructures de transport à la traîne. Aujourd’hui, les voitures occupent 75 % de l’espace routier, tout en ne profitant qu’à une minorité privilégiée, aggravant ainsi la congestion, la motorisation, la pollution et les émissions.
Il est plus que jamais urgent de repenser l’avenir du transport à Accra. D’ici 2050, la ville devrait plus que doubler en superficie, avec une population avoisinant les 10 millions d’habitants. Cette croissance, qui dépassera largement les limites administratives actuelles, appelle à une approche inclusive et tournée vers l’avenir afin déconstruire une mobilité urbaine durable.urban mobility.
Réaménagement de l’espace routier à Accra
En partenariat avec le Greater Accra Passenger Transport Executive (GAPTE), le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest de l’OCDE (OCDE/CSAO) a exploré plusieurs scénarios pour nourrir le Plan de Mobilité Urbaine Durable de la ville. Ces scénarios proposent un système de transport multimodal intégrant les trotros au réseau de bus formel, en harmonisant les infrastructures de transport avec les services publics essentiels, tout en renforçant les aménagements pour les piétons et les cyclistes. Une note ouest-africaine, rédigée conjointement, disponible en français et en anglais, appelle à une transformation des rues d’Accra pour un avenir plus accessible, durable et inclusif.
GAPTE joue un rôle central dans cette transition. En tant qu’autorité de transport quasi-métropolitaine, elle est idéalement positionnée pour assurer la coordination entre les différents acteurs. Toutefois, pour exercer pleinement ce rôle, GAPTE doit pouvoir compter sur un financement stable, une légitimité politique affirmée et un solide appui institutionnel.
Le potentiel du Bus Rapid Transit et de l’extension du réseau de trotros
La mise en place de voies réservées pour un système de Bus Rapid Transit (BRT) permettrait aux bus de contourner les embouteillages, de réduire les temps de trajet et d’améliorer la productivité en facilitant l’accès à l’emploi et aux services essentiels.
Les lignes de BRT peuvent être développées de manière progressive, offrant ainsi une flexibilité précieuse dans un contexte de budgets publics contraints. Les extensions du réseau de trotros et les itinéraires de BRT pourraient être priorisés dans les zones qui en ont le plus besoin, notamment les quartiers informels. L’attribution des voies pourrait également se faire en fonction des flux de circulation, par exemple le long des grands axes reliant le quartier des affaires aux autres pôles urbains.
OCDE (2025), « Réaménager l’espace routier d’Accra : La promesse d’une ville plus accessible, durable et inclusive », Notes ouest-africaines, no. 49, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/94fe41af-fr.
Si les effets varient selon les districts, ce sont les zones nouvellement urbanisées qui bénéficieraient le plus de l’extension du réseau de trotros et du BRT. Ce scénario permettrait d’améliorer considérablement l’accès aux établissements de santé, aux marchés et aux écoles primaires, tous accessibles en moins de 30 minutes.
Créer de la proximité pour améliorer l’accessibilité
L’étude souligne également l’importance de coordonner l’aménagement du territoire avec l’extension du réseau BRT-trotro. Le développement urbain axé sur le transport (Transit-Oriented Development, ou TOD) consiste à implanter les services essentiels le long des axes de transport afin d’en faciliter l’accès. Ajouter ces services le long des lignes de BRT, dans des zones identifiées par le GAPTE, permettrait à 68 % des habitants d’accéder à des établissements de santé et à 59 % d’atteindre un marché en moins de 30 minutes.
Planifier les investissements en fonction de la distance aux services, de la densité de population et des habitudes de déplacement peut favoriser une croissance durable. Dans un scénario TOD ciblant les zones les plus mal desservies, des localités comme Botianw et Gomoa Nyanyano pourraient voir plus de 80 % de leurs habitants accéder à un marché ou à un centre de santé en moins de 30 minutes.
Laisser place aux modes de transport non motorisés
Bien que la majorité des habitants d’Accra se déplacent à pied, beaucoup signalent des conditions peu sûres, comme un éclairage insuffisant. Une solution serait de créer un réseau de pistes cyclables et de chemins piétonniers reliant les zones clés du Grand Accra, notamment Accra Central, Medina et Tema.
Même si la pratique du vélo reste marginale, l’étude montre qu’un réseau cyclable à l’échelle de la ville, le long des grands axes, pourrait améliorer l’accessibilité. Ce scénario permettrait à 36 % de personnes supplémentaires d’accéder à un marché et à 24 % de plus d’atteindre un centre de santé, par rapport à la marche. Intégrer le vélo dans les habitudes locales représente une alternative économique et peu polluante, réduisant les émissions jusqu’à 80 % par trajet comparé à la voiture. Des initiatives locales comme Learn-to-Ride, les subventions pour l’achat de vélos ou les formations à la réparation contribuent déjà à diffuser les avantages du transport non motorisé à travers Accra.
Une autre manière de réduire le temps de marche consiste à rapprocher les lieux de vie des services essentiels. Par exemple, implanter des marchés à proximité des zones résidentielles permet d’améliorer l’accessibilité à pied en moins de 30 minutes. Cela permettrait à 12,4 % de personnes supplémentaires (soit environ 681 000 habitants) d’accéder à un marché. De même, pour les établissements de santé, environ 287 000 personnes de plus (soit 5 %) pourraient y accéder à pied en moins de 30 minutes.
OCDE (2025), « Réaménager l’espace routier d’Accra : La promesse d’une ville plus accessible, durable et inclusive », Notes ouest-africaines, no. 49, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/94fe41af-fr.
Au-delà d’Accra : des enseignements pour les villes africaines
La transformation du système de transport d’Accra offre des enseignements qui dépassent largement les frontières de la ville. Alors que l’urbanisation s’accélère en Afrique de l’Ouest et sur l’ensemble du continent, l’expérience d’Accra peut servir de modèle pour d’autres villes confrontées à des défis similaires. En combinant analyses qualitatives et données quantitatives, cette approche montre comment repenser les systèmes de mobilité pour les rendre plus accessibles, inclusifs et durables.
Toutefois, les implications vont plus loin : il est urgent d’intégrer ces principes dans des cadres régionaux plus larges, afin que la planification de la mobilité ne soit pas seulement locale, mais aussi multi-échelle, adaptable et évolutive. Le chemin vers un transport accessible, durable et inclusif commence peut-être à Accra, mais les leçons tirées peuvent inspirer et façonner l’avenir de la mobilité dans toute la région.