Les perturbations récentes, les points de blocage observés sur les réseaux de transport et les inquiétudes croissantes concernant la sécurité économique sont autant de facteurs qui mettent en évidence la nécessité de renforcer et de diversifier les chaînes d’approvisionnement. Cela étant, se contenter de relocaliser la totalité de la production sur le territoire national entraverait la croissance et, loin de renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement, les fragiliserait, selon un nouveau rapport de l’OCDE.
L’Examen de l’OCDE sur la résilience des chaînes d’approvisionnement met l’accent sur l’importance d’une gestion agile et efficace des risques et livre des éclairages fondés sur des données factuelles destinés à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement face à de multiples défis complexes et d’ampleur mondiale. Il aidera les entreprises et les pouvoirs publics à faire face à l’incertitude sans sortir du système commercial international.
Il ressort de cet Examen fondé sur une vaste évaluation des structures et des points de vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement que la plupart des flux d’échanges restent relativement diversifiés, même si la concentration des importations s’accentue, les pays tendant de plus en plus à s’approvisionner auprès d’un nombre restreint de fournisseurs au regard de l’offre disponible sur le marché mondial. À cet égard, le nombre de produits dont l’approvisionnement est concentré auprès d’un éventail limité de fournisseurs est supérieur de 50 % au niveau auquel il s’établissait à la fin des années 1990 – une situation qui pourrait accroître la vulnérabilité aux chocs extérieurs. Cette tendance est cependant presque entièrement le fait de pays non membres de l’OCDE, le degré de concentration des importations des pays de l’OCDE étant resté stable au cours de la période considérée. La contribution de la Chine à la concentration notable des importations est passée de 5 % à 30 % au cours des 25 dernières années, alors que celle, cumulée, des États-Unis, de l’Allemagne et du Japon a diminué, passant de 30 % à 15 %.
« Les mesures prises face aux préoccupations relatives à la sécurité des approvisionnements et à la concentration des marchés, ainsi qu’à la transformation sur longue période des courants d’échange, risquent de créer des distorsions indésirables. Pour que les échanges continuent d’être le fondement de notre prospérité commune, et pour garantir que le commerce satisfasse les attentes de nos citoyens, nous devons travailler ensemble pour renforcer la fiabilité et la résilience de nos chaînes d’approvisionnement », a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann. « À l’heure où nous réfléchissons à l’avenir du commerce, nous ne devons jamais oublier sa contribution à l’amélioration du niveau de vie des populations du monde entier, ni qu’il faut adopter des approches équilibrées pour atténuer les risques associés aux chaînes d’approvisionnement sans compromettre de manière excessive les avantages découlant des échanges mondiaux en termes de concurrence, d’innovation, de productivité, d’efficience et, in fine, de croissance. Dans cet objectif, l’OCDE continuera de favoriser le dialogue, d’apporter des éclairages et de fournir des analyses solides fondées sur des données probantes pour aider les gouvernements à mieux mettre la mondialisation au service des populations. »
Selon l’Examen, les politiques visant à relocaliser – c’est-à-dire à rapatrier une partie de la chaîne d’approvisionnement – pourraient réduire les échanges mondiaux de plus de 18 % et entraîner une baisse du PIB réel mondial supérieure à 5 %, sans pour autant améliorer durablement la résilience face aux perturbations. De fait, le PIB perdrait en stabilité dans plus de la moitié des économies analysées, ce qui met à mal l’idée que la relocalisation est intrinsèquement source de stabilité.
L’Examen indique par ailleurs que l’exposition aux chocs de production varie selon les secteurs. Les secteurs stratégiques de l’industrie manufacturière, qui revêtent une importance cruciale pour la sécurité nationale et économique et dont les chaînes d’approvisionnement sont plus complexes, comme le pétrole et l’électronique, sont les plus exposés. En outre, les chocs touchant les secteurs nationaux ont en général des répercussions plus marquées que ceux qui frappent les secteurs étrangers.
On observe que la transformation numérique et les politiques visant des objectifs environnementaux transforment aussi les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les lois et règlements assortis d’objectifs environnementaux se répercutant sur les chaînes d’approvisionnement pourraient concerner, de façon directe ou indirecte, près de la moitié de la production économique mondiale. Ces textes, qui visent à garantir une meilleure gestion des effets environnementaux et sociaux, entraînent une hausse des coûts de conformité, notamment pour les petites et moyennes entreprises (PME) et les entreprises des économies en développement. De même, la transition numérique peut faciliter la traçabilité au sein des chaînes d’approvisionnement et leur permettre d’être mieux préparées et plus réactives, mais elle peut aussi créer de nouvelles sources de vulnérabilité, notamment en les exposant aux cyberattaques et à la dépendance à un nombre limité de fournisseurs de services dans le monde.
Il est préconisé dans l’Examen de mettre en place des cadres d’action de nature à renforcer la résilience et l’efficacité globale des chaînes d’approvisionnement. Les pouvoirs publics devraient adopter des stratégies proactives, notamment en s’attachant à promouvoir la facilitation des échanges afin d’améliorer l’efficacité des procédures commerciales ; à réduire les obstacles aux échanges dans les secteurs de services essentiels au fonctionnement des chaînes d’approvisionnement, comme le transport et la finance ; et à faciliter la transformation numérique des chaînes d’approvisionnement sans perdre de vue la question de la sécurité des flux transfrontières de données. La coopération internationale et une coordination étroite avec le secteur privé sont essentielles dans l’élaboration et la mise en œuvre de ces stratégies.
Cet Examen contient, à l’intention des décideurs publics, une annexe statistique établie pour chaque pays membre de l’OCDE, qui permet de cerner le degré d’interdépendance des pays avec leurs partenaires commerciaux et la capacité de leur cadre d’action à faciliter la mise en place de chaînes d’approvisionnement agiles, adaptables et alignées.
Pour en savoir plus sur les travaux de l’OCDE concernant la résilience des chaînes d’approvisionnement, vous pouvez consulter https://www.oecd.org/fr/themes/chaines-d-approvisionnement-resilientes.html.
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