Keisuke Sadamori
Agence internationale de l’énergie
4. L’impératif de la sécurité énergétique : préoccupations anciennes, défis nouveaux
Copier le lien de 4. L’impératif de la sécurité énergétique : préoccupations anciennes, défis nouveauxIntroduction
Copier le lien de IntroductionL’Agence internationale de l’énergie (AIE) est un organe autonome du système de l’OCDE, créé en 1974 pour garantir des approvisionnements en énergie fiables et abordables. Son mandat, essentiellement axé sur le pétrole au départ, a été progressivement élargi à tous les types de sources d’énergie et de technologies. L’AIE est au cœur du dialogue mondial sur l’énergie. Elle publie des analyses, des données, des recommandations d’action et des solutions concrètes pour aider les pays à bénéficier d’une énergie sûre et durable et à progresser en toute sécurité dans la transition vers les énergies propres. Elle a aussi pour mission d’assurer la sécurité énergétique, c’est-à-dire non seulement un accès ininterrompu à l’énergie, mais aussi des approvisionnements énergétiques sûrs à des prix abordables. L’accessibilité financière de l’énergie est une préoccupation de longue date, mais elle est revenue au premier plan des préoccupations des pouvoirs publics à la suite de la crise énergétique mondiale provoquée par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie.
Aujourd’hui, 50 ans après le premier choc pétrolier ayant conduit à la création de l’AIE, le monde est de nouveau confronté à une période de fortes tensions géopolitiques et d’incertitudes s’agissant du secteur de l’énergie. Il existe des parallèles entre ce moment passé et notre époque actuelle, par exemple la priorité donnée aux approvisionnements en pétrole sur fond de crise au Moyen-Orient, mais il y a aussi des différences fondamentales. Le système énergétique mondial a considérablement changé depuis le début des années 70, et il continue d’évoluer à un rythme rapide. Les transitions vers les énergies propres, les tensions géopolitiques et la croissance des cybermenaces ont élargi le champ de ce qui constitue la sécurité énergétique telle qu’on l’entend désormais.
Les questions de sécurité énergétique sont de plus en plus liées à la progression rapide vers les énergies propres. Les transitions énergétiques sont une occasion de bâtir un système énergétique plus sûr et plus durable qui limite l’exposition à la volatilité des prix de l’énergie et aide à réduire la facture énergétique, mais rien ne garantit que l’évolution se fera sans heurt. En effet, aller vers des systèmes énergétiques propres constitue une transformation d’une ampleur sans précédent, qui nécessitera des pouvoirs publics qu’ils agissent de façon proactive pour gérer efficacement et en temps opportun les risques associés à l’émergence d’une économie fondée sur les énergies propres. Le concept de sécurité énergétique étant multidimensionnel et complexe (Encadré 4.1), ce chapitre examine à la fois les caractéristiques traditionnelles de la sécurité énergétique et les aspects liés aux transitions vers les énergies propres.
Encadré 4.1. Définir et mesurer la sécurité énergétique
Copier le lien de Encadré 4.1. Définir et mesurer la sécurité énergétiqueLes économies et les sociétés modernes ont absolument besoin de pouvoir compter sur des approvisionnements en énergie abordables. L’énergie est un intrant indispensable de la production dont l’efficacité et l’échelle sont liés à la disponibilité et au coût des ressources énergétiques. Elle est également vitale pour l’amélioration du niveau de vie. Elle donne accès aux équipements de base, et contribue ainsi à la santé, à l’éducation et au progrès de la société dans son ensemble. Elle est également indissociable des mesures de lutte contre le changement climatique.
La sécurité énergétique est habituellement définie en termes généraux tels que la mise à disposition d’une quantité d’énergie suffisante par des moyens fiables et économiquement abordables. L’AIE définit la sécurité énergétique comme la mise à disposition ininterrompue de sources d’énergie à un prix abordable (AIE, 2022[1]). L’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN) a défini la sécurité des approvisionnements énergétiques comme la résilience du système énergétique à des événements uniques et imprévisibles qui menacent l’intégrité physique des flux d’énergie ou qui conduisent à des hausses discontinues des prix de l’énergie, indépendamment des paramètres économiques fondamentaux (OCDE/AEN, 2011[2]).
La sécurité énergétique peut être analysée à deux échelles temporelles différentes. À court terme, il s’agit de savoir s’il est possible de réagir rapidement à des variations soudaines de l’équilibre entre l’offre et la demande. À long terme, il s’agit de savoir si des investissements seront bien réalisés en temps utile pour assurer l’approvisionnement en énergie compte tenu des évolutions économiques et technologiques et des besoins environnementaux. La sécurité énergétique peut également recouvrir des questions générales liées aux systèmes énergétiques nationaux dans leur ensemble, ou porter sur des aspects plus pointus relatifs à certains produits énergétiques ou certaines régions spécifiques.
Évaluer la sécurité énergétique est une tâche complexe qui nécessite d’analyser des facteurs techniques, économiques, environnementaux et politiques.
Les facteurs techniques sont notamment les technologies de production et de transport de l’énergie, qui déterminent les risques physiques, les substitutions possibles entre les différentes sources d’énergie primaires, ainsi que les investissements nécessaires et leur durée.
Les facteurs économiques ont trait au niveau et à la volatilité des coûts de l’énergie, en lien avec l’accessibilité financière de l’énergie et la réglementation du marché. Ils recouvrent également le financement des investissements énergétiques et la promotion de l’innovation aux fins d’améliorer la fiabilité et l’accessibilité financière et de limiter autant que possible l’impact environnemental.
La sécurité énergétique devrait également être analysée dans le contexte du changement climatique. Les phénomènes météorologiques extrêmes, qui devraient devenir de plus en plus fréquents et dévastateurs avec le réchauffement planétaire, ont un impact direct sur la sécurité physique de la production et du transport de l’énergie. Dans le même temps, le verdissement des moyens de production d’énergie, sans lesquels il est impossible de lutter contre le changement climatique, pourrait lui aussi influer sur la sécurité énergétique future.
Les facteurs politiques regroupent les risques d’instabilité politique et sociale au niveau national en cas de perturbation des approvisionnements énergétiques, les risques géopolitiques qui pèsent sur les sources d’énergie importées, et la coopération internationale destinée à renforcer la résilience et la durabilité des approvisionnements énergétiques.
L’AIE s’attache depuis longtemps à examiner et à évaluer les pays au regard d’indicateurs de sécurité énergétique communs, et à recommander des mesures en faveur de la sécurité et de la résilience. Elle réalise régulièrement des examens des mesures d’intervention en cas d’urgence et de la sécurité de ses pays membres et d’autres pays. Les principaux indicateurs qu’elle utilise pour classer les pays en fonction de leurs performances de sécurité énergétique sont les suivants (pour le pétrole et le gaz) :
dépendance à l’égard des importations (part des importations dans la consommation totale) ;
diversité de l’offre (indice d’Herfindahl-Hirschman) ;
stockage et stocks (capacité totale de stockage/stocks en jours de consommation moyenne/demande de pointe) ;
continuité de l’offre et importance économique (indicateur N-1 ; part dans la demande totale).
L’électricité nécessitant un ensemble légèrement différent indicateurs, l’AIE en a également constitué un catalogue qu’elle utilise pour évaluer la sécurité électrique des pays :
dépendance à l’égard des importations (part des importations dans la consommation totale) ;
adéquation de la production (charge de pointe en proportion de la puissance installée appelable) ;
continuité de l’approvisionnement (puissance de réserve disponible pour un démarrage autonome, en proportion de la puissance installée appelable) ;
fiabilité du réseau (durée moyenne d’interruption du système / fréquence / indices) ;
intégration des énergies renouvelables variables (part de ces sources d’énergie dans la production totale d’électricité) ;
Importance économique (valeur de l’électricité non distribuée).
Compte tenu de l’évolution rapide du système électrique, l’AIE a commencé à travailler à l’élaboration d’un cadre moderne, compréhensible et applicable de sécurité des systèmes électriques. Ce cadre intégrera les trois éléments majeurs de la sécurité : la sécurité d’exploitation, l’adéquation du système, et les dispositions de gouvernance et de marché. L’AIE mesurera ces trois aspects à l’aide de plusieurs indicateurs, parmi lesquels la pénétration instantanée des énergies renouvelables variables, le coefficient de taille des ressources critiques, et les écarts de prix.
Sécurité énergétique et transitions vers les énergies propres
Copier le lien de Sécurité énergétique et transitions vers les énergies propresÀ mesure que le monde évolue, les défis liés à la sécurité énergétique se transforment également. Aux risques persistants qui entourent la disponibilité du pétrole et du gaz naturel s’ajoutent désormais de nouveaux risques qui pourraient considérablement entraver les transitions énergétiques et saper la résilience des systèmes énergétiques, si on ne fait rien pour y remédier rapidement et efficacement. C’est pourquoi il faut des approches nouvelles et améliorées en matière de sécurité énergétique – adaptées à la situation actuelle et aux décennies à venir – pour assurer l’accès ininterrompu à une énergie abordable. Comme le souligne le rapport de l’AIE intitulé Net Zero by 2050: A Roadmap for the Global Energy Sector, la sécurité énergétique devient encore plus importante sur la voie de la neutralité carbone.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis à rude épreuve la résilience du système énergétique actuel face aux chocs géopolitiques. La flambée des prix qui a suivi la réduction des flux de gaz russe a sans aucun doute été très dommageable, mais la tentative de la Russie d’utiliser ces approvisionnements à des fins d’influence politique a échoué. La Russie a perdu son plus gros client, ainsi que sa réputation d’exportateur fiable, et a créé, pour les consommateurs et consommatrices, l’incitation à envisager d’autres solutions que le gaz naturel.
La crise a mis en lumière la façon dont les événements géopolitiques peuvent avoir un impact direct sur le secteur de l’énergie. Cependant, la réciproque est vraie également. Les mutations des marchés de l’énergie peuvent aussi réorienter la dynamique géopolitique. Les transitions vers les énergies propres, à mesure qu’elles progressent, modifient la répartition de la demande entre les différents combustibles et sources d’électricité, et transforment radicalement le paysage énergétique mondial.
Pendant une grande partie de l’ère des combustibles fossiles, la géopolitique et l’énergie ont été étroitement interconnectées. Les pays importateurs dépendaient des exportateurs pour leurs approvisionnements énergétiques essentiels, tandis que les exportateurs avaient besoin des importateurs pour percevoir des recettes. Cette interdépendance, à l’origine des fluctuations des relations politiques et commerciales entre pays producteurs et consommateurs, a aidé à gérer ces interactions délicates.
Cependant, les risques ont souvent été atténués par l’ouverture des marchés internationaux de l’énergie. À l’origine, ces marchés étaient centrés sur le pétrole mais, depuis quelques années, ils incluent également le gaz naturel. Le bon fonctionnement des marchés, ainsi que des filets de sécurité tels que les capacités de réserve des principaux producteurs et le système de réserves de pétrole coordonné par l’AIE, ont aidé les pays à faire face aux perturbations de l’offre et de la demande. Ce système a de nouveau fait ses preuves en 2022 quand l’AIE a coordonné deux prélèvements dans les stocks pétroliers juste après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Le changement climatique nous confronte à un grave défi, or l’énergie et le climat sont inextricablement liés. Les températures moyennes mondiales franchissent de nouveaux records année après année, ce qui est une preuve incontestable qu’il nous faut agir. Le système énergétique actuel est un déterminant majeur du réchauffement planétaire, puisqu’il représente environ 75 % des émissions totales de gaz à effet de serre (GES). Cela signifie que nous devons impérativement transformer nos modes de production et de consommation d’énergie : la capacité de notre société à atteindre ses objectifs climatiques dépend de celle du secteur de l’énergie à atteindre la neutralité carbone d’ici le milieu du siècle. La croissance rapide de certaines technologies énergétiques propres – voitures électriques, panneaux photovoltaïques, batteries et pompes à chaleur, notamment – a laissé la porte ouverte à une possible limitation de la hausse de la température moyenne mondiale à 1.5 °C au-dessus des niveaux préindustriels, l’objectif fixé par l’Accord de Paris pour éviter les impacts les plus négatifs du changement climatique. Cependant, pour atteindre cet objectif, il nous faut progresser beaucoup plus vite et à beaucoup plus grande échelle, selon une analyse de l’AIE. Les phénomènes météorologiques extrêmes, qui devraient devenir de plus en plus fréquents et dommageables avec le réchauffement planétaire, ont un impact direct sur la sécurité physique de la production et du transport de l’énergie. Y remédier nécessite une coopération internationale encore plus étroite et davantage d’ambition de la part des responsables de l’action publique.
Les pouvoirs publics et les acteurs de l’industrie doivent s’attacher à favoriser l’état de préparation et la résilience au vu des menaces nouvelles et plus fréquentes, telles que les cyberattaques et les événements météorologiques extrêmes, en particulier s’agissant des infrastructures électriques. Les transitions énergétiques ne peuvent pas se faire sans la mise en place de chaînes d’approvisionnement fiables et économiquement efficientes pour les énergies propres, ni sans la mise en adéquation de l’offre mondiale de ressources minérales critiques avec la demande des technologies fondées sur les énergies propres en plein essor.
Même si la demande de combustibles fossiles diminue, il restera des défis de sécurité énergétique à relever puisque le processus d’ajustement à l’évolution des profils de demande ne sera pas nécessairement facile ou fluide. Par exemple, les pointes de demande que nous observons aujourd’hui sur la base des politiques actuelles ne suppriment pas la nécessité d’investir dans l’approvisionnement en pétrole et en gaz, étant donné la vitesse à laquelle les gisements actuels s’épuisent naturellement. Dans le même temps, cette situation met en lumière les risques économiques et financiers liés aux nouveaux grands projets pétroliers et gaziers, qui viennent s’ajouter aux risques climatiques.
Les transitions vers les énergies propres sont un moyen de relever les défis en matière de sécurité énergétique
Copier le lien de Les transitions vers les énergies propres sont un moyen de relever les défis en matière de sécurité énergétiqueLes risques traditionnels liés à l’approvisionnement en combustibles fossiles évoluent mais ne disparaissent pas. La transition pourrait être déstabilisante pour les États producteurs fragiles qui ne parviennent pas à se diversifier pour se défaire de leur forte dépendance à l’égard des recettes tirées des hydrocarbures. Parallèlement, les chaînes d’approvisionnement liées aux énergies propres sont confrontées à de nouveaux risques et dépendances géopolitiques. Or tous ces risques de sécurité, qu’ils soient traditionnels ou nouveaux, s’aggravent dans un système international plus fragmenté, caractérisé par des rivalités et un manque de coopération. Notre monde ne peut pas se permettre ces tensions s’il souhaite progresser sur la voie d’une limitation du réchauffement climatique à 1.5 °C.
À la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques de 2023 (COP28), qui s’est tenue à Dubaï en décembre 2023, près de 200 pays ont adhéré à l’idée selon laquelle le monde doit renoncer progressivement aux combustibles fossiles pour éviter les pires conséquences du réchauffement planétaire. Cependant, nous dépendons toujours fondamentalement du pétrole, même si cette dépendance diminue, et la demande de pétrole continu d’augmenter, ce qui fait que les perturbations des approvisionnements peuvent encore causer des préjudices économiques majeurs et avoir des répercussions négatives importantes sur la vie des populations. De plus, la demande de gaz naturel continue elle aussi de croître. Il est à noter que la part de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) dans les approvisionnements mondiaux progresse au fil du temps à mesure que la demande de pétrole diminue. Mais, en exerçant cette influence, ils la réduisent, car les consommateurs disposent d’un nombre croissant de technologies énergétiques propres matures à des prix compétitifs.
La part croissante des renouvelables dans la production d’énergie a pour effet non seulement de limiter les émissions mais aussi de renforcer la sécurité énergétique. Le choc énergétique qu’a entraîné l’invasion de l’Ukraine par la Russie a conduit à mieux comprendre le problème de l’autosuffisance énergétique, en particulier s’agissant de la production d’électricité. Pour résoudre ce problème, il n’y a pas d’autre choix que de veiller à ce que la plus grande part possible de l’électricité produite sur le territoire le soit à partir de sources nationales. Mais on se préoccupe également de la concentration régionale des capacités manufacturières liées aux technologies énergétiques propres, étant donné que la grande majorité de la production renouvelable nécessite des technologies et des minéraux contrôlés par la Chine (voir le Coup de projecteur 2). C’est pourquoi de nombreux pays s’efforcent de s’assurer qu’il existe des chaînes d’approvisionnement diversifiées et résidentes au service de la fabrication des outils technologiques liés aux énergies propres, et notamment renouvelables. Cependant, une perturbation de l’approvisionnement en panneaux solaires, par exemple, n’aurait pas un effet immédiat sur la production d’électricité tant que le soleil brille. Ainsi, l’augmentation de la production d’électricité d’origine renouvelable devrait être considérée comme un moyen d’accroître l’autosuffisance et, par voie de conséquence, la sécurité énergétique.
Dans de nombreux pays, le solaire photovoltaïque et l’éolien sont désormais les deux sources d’électricité les moins coûteuses en termes de coût moyen actualisé de l’énergie. Il faut néanmoins des politiques plus volontaristes encore pour soutenir la croissance des renouvelables. Les mesures les plus importantes que les pouvoirs publics peuvent prendre pour viser simultanément l’objectif actuel de sécurité énergétique et les objectifs climatiques futurs sont notamment le fait d’accélérer les processus d’autorisation et de créer des incitations adaptées, au service d’un déploiement plus rapide de tous les moyens de production renouvelable, y compris l’hydraulique flexible.
La sécurité pétrolière demeurera essentielle pendant la transition vers les énergies propres
Copier le lien de La sécurité pétrolière demeurera essentielle pendant la transition vers les énergies propresL’une des missions principales de l’AIE est de garantir la sécurité des approvisionnements pétroliers en imposant aux pays membres l’obligation de stocker du pétrole. Ainsi, chaque membre de l’AIE est tenu de s’assurer qu’il détient des stocks de pétrole représentant au moins 90 jours d’importations nettes. En cas de grave perturbation des approvisionnements, les pays membres de l’AIE peuvent décider de mettre ces stocks sur le marché dans le cadre d’une action collective.
Cette attention permanente à la sécurité pétrolière est une conséquence de la dépendance du secteur des transports (voitures à moteur thermique, poids lourds, navires et aéronefs) à cette source d’énergie, une dépendance qui devrait se poursuivre même si la transition vers une économie fondée sur les énergies propres s’accélère, avec l’augmentation des ventes de véhicules électriques, l’amélioration de l’efficacité énergétique et les progrès rapides d’autres technologies énergétiques propres. Sur la base des politiques actuelles, la demande mondiale de pétrole devrait se stabiliser à la fin de cette décennie.
Cela étant, la menace que représente une éventuelle perturbation des approvisionnements en pétrole ne disparaîtra pas de sitôt. Même après que la demande aura commencé à diminuer, le pétrole continuera, pendant un certain temps encore, de représenter une part importante du mix énergétique mondial. Qui plus est, il existe de bonnes raisons de croire qu’il y aura encore plus de risques de perturbations des approvisionnements en pétrole dans les décennies à venir. Ces raisons sont notamment : le fait que le secteur pétrolier en amont attire moins les investissements étant donné les incertitudes concernant la demande ; la concentration croissante de l’offre de pétrole brut et de produits pétroliers ; des perspectives géopolitiques très incertaines et une pléthore de risques supplémentaires, parmi lesquels la menace croissante de cyberattaques et la fréquence accrue des événements météorologiques extrêmes.
De plus, du fait des évolutions attendues plus en aval de la chaîne de valeur du secteur pétrolier, de nombreux pays seront davantage exposés aux risques liés aux marchés pétroliers. Au cours de la dernière décennie, le secteur du raffinage a connu la mise à l’arrêt d’une part importante de ses capacités dans les économies avancées, en particulier en Europe où certaines raffineries ont peiné à rester compétitives suite à l’achèvement d’un grand nombre d’installations de grande envergure et de haute complexité au Moyen‑Orient et en Asie. Confrontées à une concurrence accrue et à une évolution de la demande difficilement prévisible sur leurs marchés principaux, la plupart des raffineries des économies avancées risquent de fermer. De nombreux pays se retrouveraient alors encore plus dépendants de leurs importations de produits pétroliers, notamment le gazole et le carburéacteur, et, par conséquent, d’autant plus vulnérables à d’éventuelles perturbations des marchés des produits pétroliers.
Les risques qui pèsent sur la sécurité pétrolière sont multiples et protéiformes, et vont bien au-delà des seuls risques liés à la modification structurelle des marchés mondiaux du pétrole. Les pouvoirs publics devraient être particulièrement attentifs aux menaces que posent les perspectives géopolitiques de plus en plus incertaines, le changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes, et les cyberattaques. Les perturbations de l’offre observées ces dernières années ont été provoquées par des événements relevant de chacune de ces catégories.
En définitive, réduire la dépendance à l’égard des combustibles fossiles en encourageant l’adoption de solutions énergétiques propres est, pour tous les pays, le moyen le plus efficace de renforcer leur sécurité énergétique. La transition vers une économie fondée sur les énergies propres devrait être vue comme une occasion inespérée de bâtir un système énergétique plus durable, qui réduit autant que possible l’exposition à la volatilité des marchés pétroliers et limite les perspectives de chocs affectant l’offre. Cependant, elle pourrait ne pas se faire sans heurts. Pendant de nombreuses années encore, les perturbations des approvisionnements pétroliers seront susceptibles de causer des préjudices économiques important et d’avoir des répercussions sur la vie des populations. Il sera donc essentiel de continuer de mettre résolument l’accent sur la sécurité pétrolière et la préparation aux situations d’urgence tout au long de la transition vers les énergies propres partout dans le monde, et les capacités d’intervention d’urgence de l’AIE demeureront vitales.
Les secteurs du gaz et du pétrole doivent jouer leur rôle dans les transitions vers la neutralité carbone
Copier le lien de Les secteurs du gaz et du pétrole doivent jouer leur rôle dans les transitions vers la neutralité carboneLes changements structurels du secteur de l’énergie devraient amener la demande de pétrole et de gaz à se stabiliser d’ici la fin de cette décennie dans le contexte des politiques actuelles. Mais la demande de combustibles fossiles ne devrait pas décliner suffisamment vite pour permettre un alignement sur l’Accord de Paris et son objectif de stopper la hausse de la température mondiale à 1.5 °C. Si les États parvenaient à remplir intégralement et dans les délais requis leurs engagements nationaux en matière d’énergie et de climat, la demande de pétrole et de gaz à l’horizon 2050 serait inférieure de 45 % à son niveau actuel et la hausse de la température pourrait être limitée à 1.7 °C. Une trajectoire à 1.5 °C nécessite que le secteur mondial de l’énergie atteigne la neutralité carbone d’ici le milieu du siècle, avec une consommation de pétrole et de gaz en recul de 75 %.
Dans son rapport intitulé Oil and Gas Industry in Net Zero Transitions, l’AIE examine ce que les compagnies pétrolières et gazières peuvent faire pour accélérer la transition vers zéro émission nette et ce que cela pourrait signifier pour un secteur qui fournit actuellement plus de la moitié des approvisionnements énergétiques mondiaux et qui emploie près de 12 millions de personnes dans le monde1. Les conséquences d’une transition vers la neutralité carbone sont loin d’être uniformes : en effet, le secteur recouvre un très large éventail d’acteurs allant de petits opérateurs spécialisés à de grandes compagnies pétrolières nationales. Les sept grandes multinationales auxquelles on prête souvent le plus d’attention détiennent en réalité moins de 13 % des réserves mondiales et des sites de production pétroliers et gaziers.
Jusqu’à présent, le secteur pétrolier et gazier n’a joué qu’un rôle marginal dans la transition vers un système énergétique mondial fondé sur les énergies propres. Les producteurs de ces deux combustibles totalisent 1 % seulement de l’ensemble des investissements mondiaux dans les énergies propres. Plus de 60 % sont le fait de quatre entreprises seulement, parmi les milliers de producteurs de pétrole et de gaz en activité aujourd’hui.
S’il ne peut y avoir de modèle unique du changement, il existe cependant un élément qui peut et qui devrait faire partie des stratégies de transition de toutes les entreprises, à savoir la réduction des émissions imputables à leurs propres activités. Or moins de la moitié de l’actuelle production pétrolière et gazière est le fait d’entreprises s’étant fixé des objectifs de réduction de ces émissions. Il faut une coalition beaucoup plus large – avec des objectif beaucoup plus ambitieux – pour parvenir à un recul significatif des émissions dans le secteur pétrolier et gazier. La production, le transport et le traitement du pétrole et du gaz représentent un peu moins de 15 % des émissions mondiales de GES liées à l’énergie. C’est une part colossale, équivalente à la totalité des émissions de GES liés à l’énergie générées par les États-Unis. Pour que le scénario à 1.5 °C soit envisageable, ces émissions devraient atteindre à l’horizon 2030 un niveau inférieur de plus de 60 % à celui d’aujourd’hui, et l’intensité d’émission des activités pétrolière et gazière mondiale devrait être proche de zéro dès le début des années 2040. Il s’agit de valeurs de référence appropriées pour une action de tout le secteur sur les émissions, quel que soit le scénario futur. L’intensité d’émission des moins performants est à l’heure actuelle cinq à dix fois supérieure à celle des plus performants. Le méthane, qui représente la moitié du total des émissions issues des activités pétrolières et gazières, a un potentiel de réchauffement global plusieurs dizaines de fois supérieur à celui du CO2. C’est pourquoi il est absolument prioritaire, et très efficace en termes de coûts, de lutter contre les fuites de méthane, même si ce n’est bien sûr pas la seule action à mener2.
Dans un système énergétique neutre en carbone à l’horizon 2050, quelque 30 % de l’énergie consommée provient de sources et de technologies à faibles émissions qui pourraient bénéficier des compétences et des ressources du secteur pétrolier et gazier. On trouve parmi ces sources et technologies : l’hydrogène et les combustibles à base d’hydrogène ; les systèmes de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC) ; l’éolien en mer ; les biocombustibles liquides ; le biométhane ; et la géothermie. Or, les entreprises pétrolières et gazières sont déjà partenaires d’une grande partie des projets liés à l’hydrogène qui sont fondés sur le CUSC et l’électrolyse. Elles sont aussi parties prenantes de 90 % des capacités de CUSC en exploitation dans le monde. Le CUSC et le captage direct dans l’air sont des technologies importantes pour la neutralité carbone, en particulier parce qu’elles permettent de réduire ou de compenser les émissions des secteurs difficiles à décarboner. Au contraire, 2 % seulement des éoliennes en mer actuellement raccordées au réseau ont été déployées par des entreprises pétrolières et gazières. Cela étant, il est prévu beaucoup d’autres projets, et la frontière technologique de l’éolien en mer – caractérisée par les turbines flottantes en eaux profondes, par exemple – rapproche peu à peu ce secteur des domaines de compétence des entreprises pétrolières et gazières. Qui plus est, les compétences et les infrastructures du secteur pétrolier et gazier, et notamment ses réseaux de distribution et ses raffineries, lui donnent des avantages dans des domaines tels que la recharge des véhicules électriques ou le recyclage des plastiques.
Les entreprises du secteur qui ont annoncé leur intention de diversifier leurs activités au profit des énergies propres représentent un peu moins d’un cinquième de la production pétrolière et gazière actuelle. En 2023, le secteur a investi environ 20 milliards USD dans les énergies propres, soit autour de 2.5 % du total de ses dépenses d’investissement. L’analyse ascendante des flux de trésorerie dans le scénario à 1.5 °C conduite par l’AIE donne à penser qu’une ambition raisonnable, pour les producteurs qui choisissent de se diversifier et qui cherchent à s’aligner sur les objectifs de l’Accord de Paris, serait de consacrer 50 % des dépenses d’investissement à des projets liés aux énergies propres d’ici à 2030, en plus des investissements nécessaires pour réduire les émissions directes (périmètre 1) et indirectes (périmètre 2). Toutes les entreprises pétrolières et gazières ne sont pas tenues de se réorienter vers les énergies propres, néanmoins l’alternative est de mettre fin progressivement aux activités traditionnelles. Ainsi, certaines pourraient considérer que leur domaine de spécialisation est le gaz et le pétrole donc décider – plutôt que de risquer de l’argent dans des secteurs d’activité qu’elles ne connaissent pas – que d’autres qu’elles sont mieux placées pour investir. Mais dans ce cas, pour aligner leurs stratégies sur les transitions vers la neutralité carbone, elles devraient réduire leurs activités pétrolières et gazières tout en investissant dans la réduction des émissions.
La sécurité des approvisionnements en électricité est une question transversale à laquelle la diversification peut apporter une réponse
Copier le lien de La sécurité des approvisionnements en électricité est une question transversale à laquelle la diversification peut apporter une réponsePour assurer la sécurité des systèmes électriques, il faut assurer celle des approvisionnements en combustibles destinés aux centrales. Dans de nombreux pays, ce sont les centrales à gaz qui jouent un rôle essentiel en couvrant les périodes de pointe et en offrant la flexibilité nécessaire à l’injection sur le réseau d’une proportion plus importante d’électricité d’origine solaire ou éolienne. À l’heure où le monde se remet de la pandémie de COVID-19 et doit faire face aux conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les marchés mondiaux du gaz sont devenus très tendus, une situation qui a des répercussions importantes sur les systèmes électriques tributaires du gaz. Dans de nombreuses économies émergentes, notamment en Asie et Pacifique et en Amérique latine, les approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL) sont la principale source flexible de gaz en l’absence de gazoducs et d’installations de stockage souterrain, ce qui induit des coûts et des risques supplémentaires. Les centrales à charbon demeurent la clé de voûte de l’approvisionnement en électricité dans beaucoup de pays d’Asie.
L’intégration du système énergétique nécessite une coordination plus étroite entre les secteurs et entre les parties prenantes, au stade de la planification comme au stade de l’exploitation. Pour ce qui concerne la planification, il est nécessaire de recenser les investissements requis pour assurer la sécurité d’approvisionnement dans les décennies à venir. Les cadres de planification devraient être intégrés et coordonnées et couvrir la production, les réseaux de transport et de distribution, la demande, l’électrification des utilisations finales, et les dépendances à l’égard d’autres secteurs. De tels cadres sont indispensables pour identifier les options les mieux susceptibles de convenir au futur système électrique, à la lumière des incertitudes concernant la demande et les technologies, et peuvent aider à déterminer les besoins d’interconnexion aux niveaux national, régional et international. Malgré les progrès en matière de décentralisation, la sécurité énergétique dépend toujours de l’existence de systèmes électriques interconnectés et sécurisés. En Europe et aux États‑Unis, les échanges régionaux sont une source essentielle de flexibilité, et les membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) s’emploient à améliorer l’interconnectivité de leurs systèmes énergétiques ainsi que les échanges d’énergie.
Pour faire en sorte que tous les risques de panne pertinents soient correctement pris en compte et pour éclairer l’action publique, il est fondamental de réaliser régulièrement des études d’adéquation et des examens de leurs hypothèses sous-jacentes. Les évaluations probabilistes de l’adéquation, en permettant d’évaluer ensemble de nombreuses incertitudes, donnent un meilleur aperçu des systèmes à forte proportion d’énergies renouvelables. Les études de planification devraient inclure des scénarios « à faible probabilité et fort impact », comme ceux qui concernent des phénomènes météorologiques extrêmes et des menaces pour la cybersécurité. Les événements météorologiques extrêmes survenus récemment dans le monde donnent à voir les risques que le changement climatique fait peser sur la sécurité énergétique.
Les systèmes électriques sont en train de passer au numérique, avec des avantages à tous les niveaux, de la gestion de la production et des réseaux à l’émergence de nouvelles capacités et de nouveaux services à partir d’un ensemble plus large de ressources. Cependant, cette transformation numérique s’accompagne d’une augmentation des risques de cybersécurité. Une cyberattaque réussie pourrait entraîner la perte de contrôle des appareils et des processus, ce qui pourrait causer l’endommagement physique des systèmes électriques et des pannes de courant généralisées. Un large éventail d’outils et de cadres de gestion des risques de cybersécurité ont déjà été déployés, et les responsables de l’action publique jouent un rôle central dans leur sélection et leur mise en œuvre.
Comme il n’est pas possible d’éviter tous les événements, physiques ou numériques, à un coût raisonnable, il est nécessaire de conduire des analyses coûts-avantages. L’élaboration et la planification des politiques peuvent être considérées comme des processus itératifs : les objectifs stratégiques sont les données d’entrée de la planification et, en retour, les exercices de planification fournissent des informations essentielles quant aux options et aux coûts correspondants à prendre en compte pour atteindre les objectifs stratégiques fixés. La trajectoire sélectionnée doit viser l’équilibre entre le déploiement de mesures de prévention (coûteuses) et les conséquences des différents incidents susceptibles de se produire, pouvant aller d’arrêts prévus à des événements rares. Dans le cadre de leurs efforts visant à assurer la disponibilité d’une électricité abordable et sûre, les responsables de l’action publique devraient chercher à renforcer la résilience, c’est-à-dire la capacité du système à absorber les chocs et les transformations, à s’y adapter et à se rétablir, qu’il s’agisse de chocs à court terme (crise de l’offre, cyberattaque ou phénomène météorologique extrême) ou de changements à long terme plus progressifs (adaptation à l’évolution des besoins et des conditions météorologiques).
Les plans de préparation aux risques aident à identifier des mesures de résilience rentables. Par exemple, si le mix de ressources est plus diversifié, le système peut être plus résilient face aux risques sociaux, géopolitiques, commerciaux, techniques et environnementaux. Avec une meilleure compréhension des risques, les pouvoirs publics et les autorités de régulation sont mieux à même de concevoir des incitations appropriées pour encourager les compagnies d’électricité à investir en temps opportun dans un système électrique résilient.
Donner la priorité à l’efficacité énergétique
Copier le lien de Donner la priorité à l’efficacité énergétiqueL’efficacité énergétique (autrement dit, le fait de chercher à produire le même résultat avec moins d’énergie) est au cœur de toute progression sur la voie d’une transition vers les énergies propres à un coût abordable, qui garantisse un développement social et une croissance économique équitables. Il faut une action décisive, ambitieuse et transformatrice dans le domaine de l’efficacité énergétique pour améliorer la résilience, la sécurité et la fiabilité de nos systèmes énergétiques, et élargir l’accès à des services énergétiques durables et économiquement abordables.
Sans les améliorations de l’efficacité énergétique apportées depuis 2000, le monde actuel consommerait 13 % d’énergie de plus et émettrait 14 % d’émissions de carbone liées à l’énergie de plus. Plus de la moitié des économies d’énergie réalisées peuvent être imputées à des mesures en faveur de l’efficacité dans le secteur de l’industrie, environ un tiers d’entre elles résultent d’améliorations de la performance énergétique des bâtiments et des appareils électroménagers, et un dixième sont liées à l’efficacité énergétique des transports. Ces améliorations ont réduit la facture énergétique des ménages et des entreprises et soutenu la compétitivité et la création d’emplois.
Les améliorations de l’efficacité énergétique aident également à renforcer la sécurité énergétique et à élargir l’accès à une énergie fiable, d’un coût abordable. En faisant diminuer la demande énergétique globale, elles peuvent substantiellement réduire la dépendance générale à l’égard des importations de combustibles fossiles, améliorer la balance des paiements et limiter la probabilité de perturbation des approvisionnements. En 2017, grâce aux gains d’efficacité enregistrés depuis 2000, les pays de l’AIE et d’autres grandes économies ont évité d’importer plus de 11 exajoules (EJ) de combustibles fossiles, ce qui équivaut à un surplus de 20 %. À elle seule, la baisse des importations de pétrole dans les pays de l’AIE a représenté une économie de plus de 30 milliards USD.
Dans la perspective d’un avenir neutre en carbone à l’horizon 2050, la marge de manœuvre est encore très importante : doubler le taux actuel d’amélioration de l’intensité énergétique pour le faire passer de 2 % à 4 % par an jusqu’en 2030 reviendrait à éviter 95 EJ par an de consommation finale d’énergie, un chiffre équivalent à la demande énergétique finale actuelle de la Chine. Ces 95 EJ économisés chaque année jusqu’en 2030 se traduiraient également par une sécurité énergétique considérablement renforcée, puisqu’ils permettraient d’éviter la demande de près de 30 millions de barils de pétrole par jour, soit à peu près le triple de la production moyenne de la Russie en 2021, et la demande de 650 milliards de mètres cubes (mmc) de gaz naturel par an, soit environ quatre fois les importations de l’UE en provenance de la Russie en 2021. En outre, si la demande d’électricité se contracte, il n’est plus nécessaire d’investir dans de nouvelles centrales, ainsi que dans l’infrastructure de transport et de distribution et les installations de stockage connexes.
Dans les économies émergentes, les gains d’efficacité sont particulièrement importants pour assurer la fiabilité et la qualité des services d’approvisionnement en énergie, pour permettre à la demande actuellement contenue d’être raccordée au réseau sans pour autant surcharger ce dernier, et pour favoriser le développement économique. Tirer multiplement parti de l’action en faveur de l’efficacité énergétique est d’autant plus significatif dans le contexte de la hausse et de la fluctuation des prix de l’énergie, qui pénalisent de manière disproportionnée les groupes les plus vulnérables de la population ainsi que les activités économiques des économies en développement et émergentes. Appliquer des démarches inclusives et centrées sur l’humain et donner la priorité à l’efficacité énergétique sont des moyens d’améliorer l’accessibilité financière et de faire en sorte que nous ne reculions pas sur la voie de l’accès universel à l’électricité.
Si elle s’engage sur la voie du scénario Zéro émission nette de l’AIE, l’économie mondiale pourrait croître de 40 % à l’horizon 2030 et permettre à 800 millions de personnes de plus d’accéder à l’électricité, le tout avec une demande énergétique finale inférieure de 5 %. L’action en faveur de l’efficacité énergétique et les mesures connexes prévues dans le scénario Zéro émission nette réduiraient les émissions annuelles de CO2 de cinq gigatonnes (Gt) en 2030 par rapport au niveau escompté dans le scénario des politiques annoncés de l’AIE. Plus de 80 % de ces gains d’efficacité supplémentaires correspondent à des économies nettes globales pour les consommateurs et consommatrices, d’où une réduction de la facture énergétique et un amortissement des effets de la volatilité des prix.
Réaliser 95 EJ d’économies annuelles pourrait aider à réduire les factures énergétiques des ménages d’au moins 650 milliards USD par an d’ici à 2030. Cet argument incite à agir rapidement et fermement en faveur de l’efficacité énergétique d’ici à 2030. Les pouvoirs publics ont un rôle essentiel à jouer pour faire en sorte que l’action en faveur de l’efficacité énergétique soit prioritaire et qu’un maximum de mesures soient prises dès que possible. Conscients de l’intérêt d’œuvrer au plus vite en faveur de l’efficacité énergétique afin d’accélérer de la manière la plus économiquement efficiente possible la transition vers la neutralité carbone, et de renforcer la sécurité énergétique et la résilience, plus de 40 États réunis en juin 2023 à l’occasion de la huitième Conférence annuelle mondiale de l’AIE sur l’efficacité énergétique ont signé une déclaration commune appelant tous les pays et les autres acteurs à renforcer leur action.
Les Recommandations de la Commission mondiale pour une action urgente en faveur de l’efficacité énergétique appellent à déployer des trains de mesures bien conçues et exhaustives assorties d’objectifs ambitieux, de stratégies de mise en œuvre claires et de cadres de suivi solides. Ces Recommandations peuvent être appliquées rapidement et dans différents contextes pour stimuler les gains d’efficacité à l’échelle globale, renforcer la sécurité énergétique, compenser la hausse de la demande d’énergie et freiner la croissance des émissions de CO2. Pour une efficacité maximale à court et à long terme, il convient de déployer rapidement à plus grande échelle les politiques existantes fondées sur les meilleures pratiques, les technologies rentables et les modèles économiques durables, en s’appuyant sur les connaissances que l’on a de ce qui fonctionne ou pas.
Les pouvoirs publics ont un rôle majeur à jouer dans cette transition, non seulement en montrant l’exemple, mais aussi en tant que consommateurs finals importants de services énergétiques. Ils peuvent piloter ce processus en mettant en œuvre des approches qui font intervenir tous les niveaux de l’administration et permettent d’aligner les priorités et les actions, de manière à tirer parti de tous les avantages de l’efficacité énergétique et à en amplifier les impacts. Par exemple, compte tenu de son importance élevée pour la consommation totale d’énergie et la qualité de la vie, le refroidissement économe en énergie est encouragé par des plans d’action nationaux en Inde et en Chine.
Les gains d’efficacité les plus substantiels sont obtenus grâce à des trains de mesures qui associent réglementation, information et incitation et qui favorisent l’innovation, l’investissement et la transformation numérique. Le recours à des réglementations telles que des normes minimales de performance énergétique pour exclure du marché les appareils, équipements, véhicules et bâtiments les moins performants et pour relever les niveaux moyens d’efficacité a permis les plus fortes améliorations de l’efficacité énergétique jamais enregistrées. Cela concerne notamment le refroidissement et l’éclairage (d’ici à 2050, les deux tiers environ des ménages du monde pourraient être équipés d’un climatiseur, la Chine, l’Inde et l’Indonésie représentant la moitié du total).
La réglementation peut être soutenue par des programmes d’achat de gros, tels que le programme UJALA (Unnat Jyoti by Affordable LEDs for All) qui a permis de distribuer 350 millions d’ampoules LED en Inde, destinés à rendre les technologies plus abordables et plus accessibles. De telles initiatives accélèrent le remplacement des anciennes technologies inefficaces. Les administrations publiques peuvent montrer l’exemple en adoptant des règles et des spécifications relatives aux marchés publics qui soient écologiques, telles que celles dont s’est dotée l’Union européenne, qui fixent des normes minimales de performance énergétique et environnementale pour les bâtiments et les marchés publics. Le Programme fédéral américain de gestion de l’énergie est un autre exemple : il fixe des objectifs de réduction de la consommation d’énergie et d’eau à l’intention des agences fédérales et soutient leur mise en œuvre en fournissant des orientations, des formations et une assistance technique. En Indonésie, le règlement gouvernemental n° 70/2009 impose à toutes les entreprises dont la consommation énergétique annuelle dépasse 6 000 tonnes d’équivalent pétrole (tep) de désigner un gestionnaire de l’énergie, d’élaborer un plan d’économie d’énergie, de réaliser un audit énergétique et de déclarer leur consommation d’énergie à l’administration. Le pays examine actuellement la possibilité d’abaisser ce seuil à 4 000 tep et d’instaurer également des seuils sectoriels.
En veillant à ce que les parties prenantes soient toutes activement impliquées et en mettant à profit les enseignements de l’économie comportementale, on peut faire en sorte que les programmes d’efficacité énergétique soient fondés sur les besoins et les comportements réels des utilisateurs finals, et qu’ils prennent dûment en compte les groupes vulnérables. Des données probantes montrent que les mesures en faveur de l’efficacité énergétique qui intègrent les éclairages comportementaux tant au stade de l’élaboration qu’à celui de la mise en œuvre sont plus efficaces, comme l’illustre le renforcement des exigences de l’UE en matière d’étiquetage énergétique des appareils électroménagers. Placer l’humain au cœur de l’action publique et mettre à disposition des informations de meilleure qualité accompagnées des bons argumentaires peut avoir des effets de grande ampleur sur les attitudes et les convictions du public, au point de réorienter les profils de consommation et de mobilité, et peut catalyser les changements de comportement indispensables. De plus, la refonte des politiques et des produits visant à faire de l’économie d’énergie l’option par défaut simplifie les choix des consommateurs et consommatrices. Par exemple, l’Inde a rendu obligatoire, pour les climatiseurs, une température de consigne par défaut de 24 °C : les personnes utilisatrices ont toujours le choix de modifier ce réglage mais, comme beaucoup ne prennent jamais la peine de le faire, cette modification se traduit par des économies par défaut.
Les pouvoirs publics peuvent également encourager les gains d’efficacité par l’intermédiaire de mécanismes financiers tels que des fonds de relance directs, des investissements dans les installations, les infrastructures et les bâtiments publics, des financements préférentiels et des mécanismes de marché.
Il est possible d’agir rapidement à grande échelle en faveur de l’efficacité en stimulant la demande de produits et de services plus sobres en énergie grâce à diverses incitations financières et non financières, et en permettant au marché d’intensifier son activité grâce à des incitations au niveau de l’offre, notamment des avantages financiers et fiscaux à l’intention des entreprises manufacturières. On peut citer à titre d’exemples fructueux les normes et l’étiquetage ainsi que les incitations à remplacer les équipements qui visent spécifiquement les utilisateurs finals. En Colombie, par exemple, le remplacement d’un million de réfrigérateurs énergivores a permis de réduire la facture énergétique des consommateurs et consommatrices ainsi que la nécessité de subventionner les ménages à faible revenu, et a débouché sur la création de 12 000 emplois.
Une autre voie possible consiste à encourager l’efficacité industrielle au moyen d’incitations fiscales ciblées ou de programmes à grande échelle qui peuvent combiner une panoplie de mesures. Par exemple, le mécanisme Perform, Achieve, Trade (« réaliser, atteindre, commercer ») de l’Inde est une approche fondée sur le marché qui a pour but de stimuler l’investissement dans l’efficacité énergétique. Il s’agit d’un programme en plusieurs cycles, conçu pour réduire la consommation énergétique spécifique des industries les plus énergivores : des objectifs de consommation sont fixés et les entreprises qui dépassent leur objectif se voient remettre un certificat (Energy Saving Certificate, ESCert) qu’elles peuvent alors revendre.
La mise en œuvre des politiques et des programmes en faveur de l’efficacité énergétique doit se faire à tous les niveaux de la société, et aux échelles locales et nationales, pour que l’impact soit maximal. Par exemple, au Mexique et en Inde, ce sont les autorités locales qui ont élaboré les actions de mise en œuvre nécessaires au bon respect des normes nationales relatives à l’efficacité énergétique des bâtiments.
L’efficacité énergétique peut rapidement créer des emplois durables et soutenir la croissance économique à long terme. Il existe un potentiel de création d’emplois dans le secteur de la construction et le secteur manufacturier, avec des opportunités majeures associées aux programmes de rénovation des bâtiments et de remplacement des technologies anciennes. L’expérience internationale nous en donne des exemples : le programme indien Make et le programme chinois Made visent la création d’emplois manufacturiers de haute qualité grâce au renforcement de la formation et des capacités et, dans le même temps, l’augmentation de l’efficacité des appareils pour qu’ils soient plus abordables pour les utilisateurs finaux.
La collaboration internationale peut aider les pouvoirs publics à mettre en œuvre plus rapidement et plus efficacement des politiques en faveur de l’efficacité énergétique. En organisant de larges échanges des pratiques exemplaires, les pays peuvent partager et apprendre au sujet des moyens fructueux et infructueux de favoriser l’efficacité énergétique dans leurs économies. À cet égard, on rappellera l’existence du Pôle sur l’efficacité énergétique de l’AIE, une plateforme de collaboration mondiale autour de l’efficacité énergétique.
Il est essentiel de mobiliser des financements au service du déploiement des énergies propres pour faire progresser la transition vers les énergies propres et garantir la sécurité énergétique
Copier le lien de Il est essentiel de mobiliser des financements au service du déploiement des énergies propres pour faire progresser la transition vers les énergies propres et garantir la sécurité énergétiqueSelon l’édition 2024 du rapport annuel de l’AIE sur les investissements énergétiques mondiaux (World Energy Investments 2024) les investissements mondiaux dans l’énergie devraient dépasser 3 000 milliards USD pour la première fois en 2024, dont 2 000 milliards USD destinés aux infrastructures et aux technologies des énergies propres. Les investissements dans les énergies propres sont en augmentation depuis 2020 et les dépenses consacrées à l’électricité renouvelable, aux réseaux et au stockage sont désormais supérieures à l’ensemble de celles qui concernent le pétrole, le gaz et le charbon.
Le rapport annuel de l’AIE sur les investissements énergétiques mondiaux met systématiquement en garde contre les déséquilibres des flux d’investissement dans l’énergie, en particulier l’insuffisance des investissements dans les énergies propres sur les marchés émergents et dans les économies en développement (MEED) à l’exclusion de la Chine. On observe des signes timides de reprise de ces investissements : l’évaluation de l’AIE indique que, dans les MEED à l’exclusion de la Chine, les investissements dans les énergies propres devraient approcher 320 milliards USD en 2024, soit une hausse de plus de 50 % par rapport à 2020. Cela s’apparente à une croissance similaire à celle qu’on observe dans les économies avancées (+50 %), mais inférieure à la situation chinoise (+75 %). Cette hausse est principalement due à l’augmentation de l’investissement dans la production d’électricité renouvelable, qui représente désormais la moitié de l’investissement total dans la production d’électricité dans ces économies. Les progrès constatés en Inde, au Brésil et dans certaines régions d’Asie du Sud-Est et d’Afrique sont le fruit de nouvelles initiatives publiques, d’appels d’offres publics mieux gérés et de l’amélioration des infrastructures de réseaux. En 2024, les investissements de l’Afrique dans les énergies propres s’élevaient à plus de 40 milliards USD, soit près du double du montant de 2020. Il reste pourtant beaucoup à faire. Dans la plupart des cas, la croissance observée part d’un niveau très bas et, par ailleurs, une grande partie des économies les moins avancées sont laissées pour compte (plusieurs d’entre elles sont confrontées à des problèmes aigus lié au coût du service de la dette).
En 2024, la part des investissements mondiaux dans les énergies propres dans les MEED à l’exclusion de la Chine devrait se maintenir aux alentours de 15 % du total. En termes de volume et de proportion, elle demeure bien inférieure à ce qu’il faudrait engager pour assurer un accès complet à des sources d’énergie modernes et pour répondre de façon durable à la hausse de la demande énergétique. Les investissements du secteur de l’électricité dans le solaire photovoltaïque devraient dépasser 500 milliards USD en 2024, soit plus que le total dédié à l’ensemble des autres sources de production. Même s’il est probable que cette croissance ralentira un peu en 2024 sous l’effet de la baisse des prix des modules photovoltaïques, le solaire reste l’élément central de la transformation du secteur de la production d’électricité. En 2023, chaque dollar américain investi dans l’éolien ou le photovoltaïque a permis de produire 2.5 fois plus d’électricité qu’un dollar investi dans les mêmes technologies une décennie auparavant.
En 2015, le rapport entre l’investissement dans des centrales propres et l’investissement dans des centrales fossiles sans dispositif d’atténuation était globalement de 2 pour 1. En 2024, ce rapport devrait atteindre 10 pour 1. L’essor du solaire et de l’éolien a fait baisser les prix de gros de l’électricité dans certains pays, parfois en dessous de zéro, en particulier pendant les périodes de pointe de la production éolienne et solaire. Une telle situation limite les revenus possibles des producteurs sur le marché journalier (spot) et met en exergue la nécessité d’engager des investissements complémentaires dans la flexibilité et les capacités de stockage. Les investissements dans l’électronucléaire devraient avoir augmenté en 2024, la part de cette filière (9 %) dans le total investi dans l’électricité bas carbone étant repartie à la hausse après deux années consécutives de baisse. Ainsi, l’investissement total dans le nucléaire devrait être porté à 80 milliards USD en 2024, soit presque deux fois le niveau de 2018, qui a été son point le plus bas en 10 ans. Les réseaux sont devenus un goulet d’étranglement des transitions énergétiques, mais les investissements progressent. Après avoir stagné autour de 300 milliards USD par an à partir de 2015, ces dépenses devraient s’établir à 400 milliards USD en 2024, sous l’effet de nouvelles politiques et de nouveaux financements en Europe, aux États-Unis, en Chine, et dans certaines parties de l’Amérique latine. Les économies avancées et la Chine totalisent 80 % des dépenses mondiales consacrées aux réseaux. En Amérique latine, l’investissement a presque doublé depuis 2021, notamment en Colombie, au Chili, et au Brésil où les dépenses ont été multipliées par deux au cours de la seule année 2023.
Cependant, ailleurs, le très faible niveau d’investissement reste préoccupant. Le stockage par batterie progresse néanmoins, et devrait attirer plus de 50 milliards USD en 2024. Mais les dépenses sont très concentrées. En 2023, à chaque dollar investi dans le stockage par batterie dans les économies avancées et en Chine, correspondait un seul centime investi dans les autres MEED. L’investissement dans l’efficacité énergétique et dans l’électrification des bâtiments et de l’industrie a bien résisté, malgré les vents contraires qui soufflent sur l’économie. Mais, dans les secteurs de consommation finale, le dynamisme vient principalement des transports où l’investissement devrait atteindre de nouveaux records en 2024 (+8 % par rapport à 2023), sous l’effet de la vigueur des ventes de véhicules électriques.
L’augmentation des dépenses consacrées aux énergies propres est soutenue par des objectifs de réduction des émissions, des avancées technologiques, des impératifs de sécurité énergétique (en particulier dans l’Union européenne) et un aspect stratégique supplémentaire, à savoir le fait que les grandes économies déploient de nouvelles stratégies industrielles pour stimuler la production manufacturière liée aux énergies propres et renforcer leurs positions sur ce marché. De telles politiques peuvent avoir des retombées positives au niveau local, même s’il peut s’avérer difficile de s’implanter de façon compétitive dans des secteurs dotés d’importantes capacités mondiales, comme le solaire photovoltaïque. Les responsables de l’action publique doivent mettre en balance les coûts et les avantages de ces programmes de manière à accroître la résilience des chaînes d’approvisionnement liées aux énergies propres sans pour autant faire baisser les bénéfices tirés des échanges. Aux États‑Unis, on estime que les investissements dans les énergies propres augmenteront pour dépasser 300 milliards USD en 2024, soit 1.6 fois plus qu’en 2020, et bien plus que le montant investi dans les combustibles fossiles. L’Union européenne consacre actuellement 370 milliards USD aux énergies propres ; la Chine, pour sa part, devrait dépenser près de 680 milliards USD en 2024, soutenue par son vaste marché intérieur et la croissance rapide de celles qu’on appelle les « trois nouvelles » industries manufacturières : les cellules solaires, les batteries au lithium et les véhicules électriques.
Contribution possible des minéraux critiques à l’avènement d’un avenir énergétique plus propre et plus sûr
Copier le lien de Contribution possible des minéraux critiques à l’avènement d’un avenir énergétique plus propre et plus sûrUn système énergétique alimenté par des énergies propres est profondément différent d’un système fondé sur les ressources traditionnelles que sont les hydrocarbures. Les minéraux critiques tels que le cuivre, le lithium, le nickel, le cobalt et les terres rares sont des composants essentiels d’une grande partie des technologies des énergies propres actuellement en plein essor, qu’il s’agisse des turbines des éoliennes, des réseaux de transport de l’électricité ou des véhicules électriques (voir le Coup de projecteur 2). C’est pourquoi ils sont de plus en plus demandés, à mesure que les transitions vers les énergies propres s’accélèrent.
Dans l’édition 2024 de ses Perspectives mondiales des minéraux critiques (Global Critical Minerals Outlook 2024), l’AIE constate que sur une trajectoire en accord avec l’objectif climatique de 1.5 °C, la demande de minéraux critiques est appelée à quadrupler d’ici à 2040. En effet, il faut plus de minéraux critiques pour fabriquer des panneaux solaires, des éoliennes et des véhicules électriques que pour produire leurs équivalents fondés sur les combustibles fossiles. Par exemple, une voiture électrique standard nécessite six fois plus de ressources minérales qu’une voiture thermique conventionnelle et une ferme éolienne en mer en contient 13 fois plus qu’une centrale à gaz de puissance équivalente. Depuis 2010, la quantité moyenne de ressources minérales requise pour une nouvelle unité de puissance installée a progressé de 50 % sous l’effet de la hausse de la part des renouvelables.
La demande de minéraux critiques a connu une forte croissance en 2023 : la demande de lithium a bondi de 30 %, les hausses des demandes de nickel, de cobalt, de graphite et de terres rares étant comprises entre 8 % et 15 %. Les applications liées aux énergies propres sont devenues le principal moteur de la croissance de la demande de tout un éventail de ressources minérales critiques. Le secteur des véhicules électriques a consolidé sa position de premier consommateur de lithium, et sa part dans la demande de nickel, de cobalt et de graphite a considérablement augmenté.
La disponibilité des minéraux critiques est l’un des principaux déterminants de la rapidité des transitions énergétiques, ainsi qu’un facteur essentiel de stabilité des activités des secteurs manufacturiers. L’AIE réfléchit actuellement à la façon dont ses pays membres pourraient partager des informations concernant leurs instruments d’action et pratiques exemplaires en faveur de la sécurité des approvisionnements en minéraux critiques ; elle prépare également une analyse des évolutions intervenues sur le marché de ces minéraux afin d’en favoriser la transparence.
Comme expliqué de façon plus approfondie dans le Coup de projecteur 2 de ce rapport, l’approvisionnement en minéraux critiques demeure très concentré, et les progrès sur la voie de la diversification ont été limités au cours des trois dernières années. Dans certains cas, on a même assisté à une intensification de la concentration de l’offre. La Chine domine de loin l’extraction de graphite (70 %) et de terres rares (69 %). Elle contrôle près de 100 % des activités de transformation de ces deux minéraux, et joue un rôle clé dans la transformation du cobalt (74 %), du lithium (65 %) et du cuivre (45 %).
La concentration géographique des activités minières devrait augmenter encore ou rester élevée jusqu’en 2040. Ces hauts niveaux de concentration de l’offre représentent un risque pour la rapidité des transitions énergétiques, puisque les chaînes et les voies d’approvisionnement sont plus vulnérables aux perturbations, que celles-ci soient dues à des phénomènes météorologiques extrêmes, des différends commerciaux ou des facteurs géopolitiques.
L’analyse « N-1 » est une mesure classique de la résilience d’un système, qui permet de mettre au jour les vulnérabilités importantes. Si le plus gros fournisseur et sa demande sont exclus, alors l’offre « N-1 » disponible de tous les minéraux clés de la transition énergétique devient bien inférieure aux besoins. La situation est particulièrement prononcée pour le graphite puisque l’offre « N-1 » disponible ne couvre que 10 % des besoins N-1, c’est-à-dire bien moins que le seuil de 35 % proposé dans le Règlement de l’UE sur les matières premières critiques. Autrement dit, si des efforts ne sont pas mobilisés de toute urgence pour accélérer le développement des projets, il sera très difficile d’atteindre les objectifs de diversification annoncés.
La baisse des prix a été une bonne nouvelle pour les consommateurs et pour l’accessibilité financière : les coûts des technologies liées aux énergies propres sont repartis sur une trajectoire descendante, comme l’illustre le recul des prix des batteries de 14 % en 2023. Cependant, cette baisse signifie aussi que les investisseurs sont moins enclins à dépenser pour assurer la fiabilité et la diversité de l’offre. Cet effet sur les prix a eu le plus de répercussions sur les détenteurs de ressources nouveaux et émergents : dans le cas du nickel, les trois quarts des projets en cours ou envisagés qui sont menacés sont hors du champ d’intervention des trois principaux producteurs.
Les Perspectives mondiales des minéraux critiques de l’AIE présentent un nouveau cadre d’évaluation des risques associés aux minéraux clés de la transition énergétique selon quatre dimensions – les risques d’approvisionnement, les risques géopolitiques, les obstacles à une réponse aux perturbations des approvisionnements, et l’exposition aux risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ou climatiques. La plupart des minéraux sont associés à des risques environnementaux très élevés. Par exemple, à l’heure actuelle, les activités de raffinage ont lieu sur des sites où les réseaux tendent à avoir une intensité carbone plus élevée, car l’électricité est essentiellement produite à partir de charbon.
Adapter les infrastructures énergétiques aux sources d’énergie bas carbone
Copier le lien de Adapter les infrastructures énergétiques aux sources d’énergie bas carboneDans le contexte actuel de forte volatilité des prix sur les marchés mondiaux de l’énergie, les États cherchent à réduire leur exposition et leur dépendance à l’égard des combustibles fossiles en diversifiant leurs sources et leurs voies d’approvisionnement et en se donnant la possibilité d’accéder à des énergies bas carbone via leurs infrastructures énergétiques existantes. Recourir à des énergies bas carbone produites avec des technologies différentes sur des sites différents permet de renforcer la sécurité de l’approvisionnement et de se prémunir des chocs affectant la demande et l’offre. La création de nouvelles infrastructures nécessite des investissements élevés et s’accompagne des risques de retard liés à la nécessité d’obtenir divers permis et autorisations. C’est pourquoi la réaffectation des infrastructures existantes offre la perspective d’accélérer la transition. Par exemple, les moyens de production thermique peuvent offrir la flexibilité requise par les sources d’énergie renouvelables variables, en complément d’autres sources, notamment le transport, le stockage et la réponse à la demande, tout en procurant des avantages en termes de réduction des émissions s’ils sont exploités avec des combustibles à plus faible teneur en carbone.
Les gaz bas carbone (parmi lesquels le biométhane, l’hydrogène à faibles émissions, le méthane de synthèse et le méthane avec CUSC) sont appelés à jouer un rôle clé au service des trajectoires de décarbonation. Dans le scénario Zéro émission nette de l’AIE, les gaz bas carbone représentent près de 75 % du total des combustibles gazeux dans la consommation finale totale d’énergie en 2050, et la majorité des combustibles gazeux alimentant le secteur de la production d’électricité. De ce fait, ils maintiennent la part des combustibles gazeux dans la consommation finale totale d’énergie proche de son niveau actuel et apportent une contribution déterminante dans les secteurs difficiles à décarboner, notamment l’industrie, le transport longue distance et le stockage saisonnier de l’énergie. Dans le secteur de la production d’électricité, ils devraient constituer un approvisionnement de secours flexible dans un système dominé par les sources d’énergie renouvelables variables.
Les infrastructures gazières existantes peuvent accélérer le déploiement des moyens utilisant les gaz bas carbone, en fournissant un accès au réseau, en réduisant les coûts de transport et, en définitive, en facilitant l’intégration de ces gaz au système énergétique dans son ensemble. En amont, les gisements de gaz naturel et de condensats, les réservoirs de gaz épuisés et les infrastructures de surface correspondantes pourraient servir au stockage du CO2, ce qui permettrait de déployer des solutions fondées sur le CUSC comme dans le cas de la filière de production d’hydrogène à partir de méthane. Le vaste réseau des conduites de transport et de distribution du gaz peut être réaffecté au transport des gaz bas carbone.
Le biométhane et le méthane de synthèse sont parfaitement interchangeables avec le méthane conventionnel puisqu’ils ont quasiment les mêmes propriétés physiques et chimiques. Néanmoins, il faudra élaborer des normes pour garantir une qualité uniforme du gaz dans les systèmes gaziers interconnectés et limiter les risques de s’en écarter. Le biométhane, parce qu’il est produit de façon décentralisée, est surtout injecté dans les réseaux de distribution. À plus long terme, le taux élevé de pénétration du biométhane à l’étape de la distribution nécessitera une intégration plus étroite entre les réseaux de transport et de distribution. Des postes de compression bidirectionnels permettraient d’inverser les flux du réseau de distribution vers le réseau de transport, ce qui faciliterait l’équilibrage quotidien et permettrait d’acheminer le biométhane vers les sites de stockage saisonnier (le plus souvent raccordés au réseau de transport).
S’agissant de l’hydrogène à faibles émissions, le mélange peut être une solution temporaire le temps que soient déployés des systèmes spécifiquement dédiés au transport de ce gaz. En effet, sans la rénovation substantielle des gazoducs, l’hydrogène peut déjà être mélangé à des taux allant de 2 % à 10 % de H2 en volume, selon les caractéristiques du système de transport. Les réseaux de distribution à base de polymères sont généralement plus tolérants à l’hydrogène : ils peuvent transporter des mélanges pouvant aller jusqu’à 20 % sans modification de l’infrastructure de réseau ou, le cas échéant, après des modifications mineures. Les conduites de transport de gaz naturel peuvent également être réaffectées à la distribution de l’hydrogène. Il peut être beaucoup moins coûteux et plus rapide de les adapter que de construire un nouveau réseau spécifiquement pour l’hydrogène.
Le démantèlement des infrastructures existantes peut entraîner des perturbations économiques pour les collectivités locales qui en dépendent en termes d’emploi et de recettes. Il peut y avoir de nombreux avantages à mettre à profit les atouts des équipements actuels pour identifier de nouvelles utilisations des infrastructures existantes pendant la transition. En particulier, réaffecter ou convertir les infrastructures existantes permet d’en préserver une grande partie de la valeur, et de conserver les emplois et les assiettes d’imposition dans les collectivités où ces infrastructures ont été implantées. Par exemple, un certain nombre de pays actuellement producteurs de pétrole et de gaz ont entrepris de développer ou cherchent à développer les secteurs du CUSC, de l’hydrogène et de l’éolien en mer, en s’appuyant sur les compétences et les bases de connaissances qu’ils ont acquises grâce à la production pétrolière et gazière, notamment offshore. Les responsables de l’action publique devraient évaluer les possibilités de déployer les combustibles bas carbone à plus grande échelle à l’aide des infrastructures énergétiques actuelles avant de donner aux propriétaires l’autorisation de récupérer ou de démolir les infrastructures existantes tout au long de la chaîne de valeur. Appliquer ce type d’approche prospective et centrée sur l’humain aux infrastructures énergétiques existantes pourrait permettre de réaliser des économies substantielles et d’améliorer la résilience du système énergétique.
La réaffectation des infrastructures d’approvisionnement en charbon peut aussi accélérer des transitions énergétiques justes et sûres. L’actif le plus intéressant de la chaîne de valeur du charbon est en général la centrale à charbon et son infrastructure associée, en particulier le raccordement au réseau de transport d’électricité. Il existe actuellement plus de 2000 GW de puissance installée alimentée au charbon qui pourrait être convertie en actif bas carbone de diverses façons, de manière à assurer l’adéquation, la flexibilité et la stabilité du réseau électrique. La première option est de moderniser les centrales en les équipant de dispositifs de captage, d’utilisation et de stockage du carbone. Une autre possibilité serait d’utiliser des combustibles bas carbone, tels que la biomasse durable, ou l’ammoniac produit à partir d’hydrogène renouvelable ou de combustibles fossiles en association avec le CUSC. La conversion à la biomasse a déjà été réalisée dans certaines centrales du monde, et le projet de co-combustion de l’ammoniac avance bien, comme en témoigne la centrale thermique de Gresik en Indonésie. Les technologies destinées à permettre la co-combustion de fortes proportions d’ammoniac ou la combustion de l’ammoniac seul progressent également. La biomasse présente un avantage supplémentaire : quand elle est combinée au CUSC, elle peut transformer les centrales à charbon, qui sont actuellement les premières sources d’émission de CO2, en sources d’émissions négatives. Enfin il convient de ne pas négliger d’autres possibilités telles que la conversion en installation nucléaire, le stockage thermique ou une combinaison des deux. La conversion ou la rénovation des centrales à charbon offrent de nombreux avantages, en particulier la perspective d’un processus d’autorisation plus rapide, et l’utilisation des raccordements au réseau existants, deux goulets d’étranglement importants identifiés dans les transitions vers les énergies propres.
Conclusions
Copier le lien de ConclusionsLes recommandations suivantes sont fournies pour aider à renforcer la sécurité énergétique au cours de la transition, c’est-à-dire tant que les énergies propres et les combustibles fossiles coexistent et sont tous deux nécessaires pour assurer la fiabilité des services énergétiques.
Synchroniser le déploiement à grande échelle d’un ensemble de technologies liées aux énergies propres avec la réduction de l’utilisation des combustibles fossiles. Il est essentiel d’investir dans les énergies propres pour éviter de futures crises tout en réduisant les émissions. Dans le scénario Zéro émission nette à l’horizon 2050, il est prévu de consacrer environ 9 USD aux énergies propres d’ici à 2030 pour chaque 1 USD dépensé en rapport avec les combustibles fossiles. Réduire les investissements dans les combustibles fossiles avant d’intensifier les investissements dans les énergies propres entraînerait une flambée des prix de l’énergie et compromettrait le soutien des populations aux transitions énergétiques.
Agir au niveau de la demande et donner la priorité à l’efficacité énergétique. La crise énergétique met en lumière le rôle crucial que jouent l’efficacité énergétique et les mesures comportementales pour aider à prévenir les déséquilibres entre l’offre et la demande. Depuis 2000, les actions en faveur de l’efficacité ont substantiellement réduit la consommation énergétique spécifique, mais le rythme d’amélioration s’est ralenti ces dernières années. Les politiques destinées à accélérer la vitesse des rénovations sont indispensables étant donné que plus de la moitié des bâtiments qui seront en service en 2050 ont déjà été construits.
Contribuer à faire baisser le coût du capital sur les marchés émergents et dans les économies en développement. En 2021, le coût d’investissement dans une centrale photovoltaïque était deux à trois fois plus élevé dans les grandes économies émergentes que dans les économies avancées et en Chine. Remédier aux risques associés et réduire de 200 points de base le coût du capital sur les marchés émergents et dans les économies en développement permettrait de faire baisser de 15 000 milliards USD les coûts de financement cumulés nécessaires pour parvenir à la neutralité carbone d’ici à 2050.
Gérer avec la plus grande attention possible la mise à l’arrêt et l’utilisation des infrastructures existantes. Certaines parties des infrastructures fondées sur les combustibles fossiles assurent des fonctions qui resteront essentielles pendant un certain temps, même si la transition énergétique est rapide. Il s’agit notamment des centrales à gaz qui assurent la sécurité de l’approvisionnement en électricité – dans l’Union européenne, les besoins en gaz naturel nécessaires pour gérer la demande de pointe augmentent jusqu’en 2030 alors même que la demande globale diminue de 50 % – ou encore des raffineries qui alimentent le parc résiduel de véhicules à moteur à combustion interne. La mise à l’arrêt non planifiée ou prématurée de ces infrastructures pourrait avoir des conséquences négatives sur la sécurité énergétique.
Traiter les risques spécifiques auxquels sont confrontés les économies productrices. Pour limiter ces risques, il sera essentiel de compter sur la diversification. Certains pays investissent une partie des bénéfices exceptionnels qu’ils tirent actuellement du pétrole et du gaz dans les énergies renouvelables et l’hydrogène à faibles émissions. Les recettes qu’il est possible de tirer de l’exportation de l’hydrogène ne peuvent se substituer à celle du pétrole et du gaz, mais les technologies renouvelables à faible coût et le captage, le stockage et l’utilisation du carbone peuvent constituer une source durable d’avantages économiques en attirant les investissements dans les secteurs à forte intensité énergétique.
Investir dans la flexibilité pour renforcer la sécurité de l’approvisionnement en électricité. Les transitions exigent un approvisionnement en électricité fiable attendu que la part de cette source d’énergie dans la consommation finale passe de 20 % aujourd’hui à 50 % dans le scénario Zéro émission nette de l’AIE. Du fait de la variabilité accrue de l’offre et de la demande d’électricité, l’exigence de flexibilité quadruple d’ici le milieu du siècle dans les deux scénarios. Le stockage par batterie et la réponse à la demande deviennent de plus en plus importants, chacun de ces mécanismes fournissant un quart de la flexibilité requise en 2050.
Assurer la diversité et la résilience des chaînes d’approvisionnement liées aux énergies propres. La demande de minéraux critiques associée aux technologies énergétiques propres devrait quadrupler d’ici à 2050, avec des recettes annuelles s’établissant à 400 milliards USD. Si les prix de ces minéraux sont trop élevés et volatils et si les chaînes d’approvisionnement sont trop concentrées, cela pourrait retarder les transitions énergétiques ou les rendre plus coûteuses. Réduire ce risque au minimum exige d’agir en vue d’intensifier et de diversifier les approvisionnements, tout en favorisant le recyclage et d’autres mesures destinées à modérer la croissance de la demande.
Favoriser la résilience climatique de l’infrastructure énergétique. La fréquence et l’intensité croissantes des phénomènes météorologiques extrêmes présentent des risques majeurs pour la sécurité des approvisionnements énergétiques. L’analyse que l’AIE a conduite des risques auxquels sont exposés quatre actifs représentatifs montre que l’impact financier potentiel d’une inondation pourrait représenter 1.2 % de la valeur totale de ces actifs en 2050 et, dans un cas, serait quatre fois supérieure en l’absence de dispositif de protection contre les inondations. Les pouvoirs publics doivent anticiper les risques et veiller à ce que les systèmes énergétiques aient la capacité d’absorber les effets négatifs du changement climatique et de les surmonter.
Fournir des orientations stratégiques et remédier aux défaillances des marchés, mais sans les démanteler. Les pouvoirs publics doivent être les premiers à agir pour assurer des transitions énergétiques sûres en s’attaquant aux perturbations du marché et en en corrigeant les défaillances. Cependant, il est peu probable que les transitions soient efficaces si elles sont gérées sur la seule base d’une approche descendante. Les pouvoirs publics doivent mettre à profit les vastes ressources des marchés et inciter les acteurs privés à jouer leur rôle. Quelque 70 % des investissements requis dans les transitions doivent venir de sources privées.
Références
[1] AIE (2022), Perspectives énergétiques mondialesWorld Energy Outlook 2022, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/3a469970-en.
[2] OCDE/AEN (2011), La sécurité d’approvisionnement énergétique et le rôle du nucléaire, Développement de l’énergie nucléaire, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264096394-fr.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Depuis 2018, les recettes annuelles du secteur pétrolier et gazier avoisinent les 3 500 milliards USD. Près de la moitié sont allées à des États, 40 % ont servi à financer des investissements, et 10 % sont retournées aux actionnaires ou ont servi à rembourser la dette.
← 2. Deux caractéristiques essentielles déterminent l’impact des différents GES sur le climat : la durée de leur séjour dans l’atmosphère et leur capacité à absorber l’énergie. Le méthane a une durée de vie dans l’atmosphère beaucoup plus courte (environ 12 ans) que le dioxyde de carbone (plusieurs siècles), mais il absorbe beaucoup plus d’énergie. Il existe plusieurs moyens de combiner ces facteurs pour estimer l’effet sur le réchauffement planétaire et exprimer une tonne de méthane en équivalent CO2. L’indicateur le plus courant est le potentiel de réchauffement global (PRG), même si différents coefficients de conversion peuvent être appliqués. Si l’on considère l’impact du méthane sur une période de 20 ans (PRG20), une tonne de méthane équivaut à 82 à 87 tonnes de CO2. En revanche, si l’on considère l’impact du méthane sur une période de 100 ans (PRG100), une tonne de méthane équivaut à environ 30 tonnes de CO2. D’autres indicateurs tels que le potentiel d’évolution de la température planétaire peuvent aussi être utilisés pour établir un lien plus étroit entre les émissions de méthane et la hausse de la température à laquelle il faut s’attendre à l’avenir.