Przemysław Kowalski
Direction des échanges et de l’agriculture de l’OCDE
Andrea Andrenelli
Direction des échanges et de l’agriculture de l’OCDE
Przemysław Kowalski
Direction des échanges et de l’agriculture de l’OCDE
Andrea Andrenelli
Direction des échanges et de l’agriculture de l’OCDE
Il est toujours largement admis que les chaînes d’approvisionnement internationales s’accompagnent de gains d’efficience économique. En revanche, une autre question fait débat : celle de savoir si la fragmentation accrue de la production au sein des chaînes d’approvisionnement a contribué à propager et à amplifier les chocs économiques négatifs récemment observés (comme la pandémie de COVID-19 ou l’invasion de l’Ukraine par la Russie), ou bien si elle a aidé à en atténuer l’impact en jouant un rôle d’amortisseur. Dans ce contexte, l’aggravation des tensions géopolitiques, le surcroît d’intervention des pouvoirs publics dans l’économie et l’intensification de la concurrence internationale pour les ressources naturelles sont autant de facteurs qui ont conduit le grand public et les décideurs à s’intéresser de plus près aux conséquences potentiellement négatives des interdépendances commerciales.
Le sentiment que ces interdépendances puissent être exploitées politiquement ou instrumentalisées à des fins belliqueuses fait ressortir l’intérêt qu’il y a à pouvoir identifier les domaines de vulnérabilité. Ces « dépendances commerciales » potentielles peuvent être définies au sens large comme des liens commerciaux susceptibles de causer d’importants dommages économiques ou sociétaux en cas de perturbations inattendues, et de pouvoir être utilisés comme des instruments de coercition, compromettant la sécurité nationale et désorganisant des activités stratégiques.
Après avoir examiné l’influence des interdépendances des chaînes d’approvisionnement sur l’efficience de la production et la transmission et la gestion des chocs dans l’économie mondiale, on évoquera dans la suite du présent chapitre les risques pour la sécurité économique spécifiques aux échanges et aux chaînes d’approvisionnement. Les principales difficultés rencontrées plus largement pour mesurer les dépendances commerciales seront ensuite examinées, suivies de la présentation d’une sélection de résultats d’analyses récemment effectuées par l’OCDE pour tenter de quantifier certains éléments de l’évolution historique et de l’importance économique des dépendances commerciales à l’aide de différentes données et méthodologies empiriques.
L’émergence des chaînes d’approvisionnement internationales a été porteuse de nombreuses transformations. La baisse des coûts de la communication et du transfert de données sur longue distance, qui s’est accélérée au début des années 90, a créé de nouveaux débouchés commerciaux et stimulé la productivité grâce à une spécialisation plus fine au niveau des tâches ou des intrants (Baldwin, 2011[1]). Les chaînes d’approvisionnement ont également ouvert de nouvelles perspectives de croissance et de création d’emplois dans les pays les moins développés en leur permettant de participer au commerce et à la production de produits de pointe par la fourniture d’intrants spécialisés. L’organisation de la production au sein des chaînes d’approvisionnement a également eu pour effet d’accroître l’interdépendance entre différents sites et diverses économies nationales. Il est aujourd’hui courant que les multiples étapes du processus de production d’un bien ou d’un service (par exemple conception, production, commercialisation, fabrication, assemblage ou distribution) soient menées en parallèle ou de manière séquentielle en plusieurs lieux géographiques. Les entreprises multinationales à but lucratif jouent le rôle principal dans la gestion de ces activités, et ce sont elles qui prennent des décisions stratégiques quant à l’emplacement et à la coordination de diverses activités spécialisées. Les liens d’interdépendance qui sous-tendent ces activités font donc partie intégrante des caractéristiques des chaînes d’approvisionnement internationales et sont l’une des principales sources de leur efficience économique.
Cela étant, ces interdépendances peuvent aussi avoir des conséquences importantes — même si elles ne sont pas toujours directes — sur la manière dont les économies nationales peuvent être affectées par des chocs ou événements extérieurs inattendus, et sur la réaction qui peut être la leur, ainsi que sur les répercussions que les politiques menées par d’autres pays peuvent avoir sur elles.
D’un côté, une bonne diversification des activités au sein des chaînes d’approvisionnement peut favoriser la résilience à des chocs tant externes qu’internes parce qu’elle offre la possibilité de s’appuyer sur des ensembles plus variés de partenaires commerciaux et de marchés et donc, d’élargir l’éventail des solutions permettant de faire face à des perturbations et de les surmonter. Par exemple, face à certaines perturbations, il pourrait être plus facile de changer de fournisseur, ou bien de reconfigurer ou de relocaliser un seul segment d’une chaîne d’approvisionnement, plutôt que de restructurer l’ensemble d’un secteur. En ce sens, les chaînes de valeur mondiales (CVM) ont également ouvert de nouvelles possibilités de diversification et de renforcement de la résilience (voir par exemple Lafrogne-Joussier (2021[2]), Arriola et al. (2020[3])).
D’autre part, du fait de leur plus grande dépendance par rapport aux intrants étrangers et à la demande étrangère, des économies nationales liées entre elles au sein de chaînes d’approvisionnement internationales peuvent être plus exposées à des chocs externes. Cette exposition peut quelquefois être difficile à évaluer à l’avance, dans la mesure où l’enchevêtrement des mouvements transfrontières d’intrants physiques et incorporels au sein des chaînes d’approvisionnement peut aboutir à tisser des liens complexes entre différents stades de production. Ces liens pluridimensionnels et multi-niveaux, s’ils ne sont pas toujours complètement transparents ou faciles à suivre directement par les entreprises à la pointe, peuvent néanmoins être sensibles à des modifications, même modestes, de la réglementation et des coûts des échanges, du transport ou de la communication. Dans la mesure où ils impliquent des échanges d’intrants spécialisés par nature différenciés, ils peuvent aussi s’accompagner d’importants effets de verrouillage pour les acheteurs et les vendeurs et, par conséquent, limiter la possibilité de s’adresser à un autre interlocuteur (Antras and Staiger, 2012[4]). En outre, ils concernent souvent de multiples pays caractérisés par des niveaux de développement, des institutions et des systèmes politiques différents, ce qui peut rendre plus difficiles la maîtrise des chocs et la coordination des réponses.
L’émergence des chaînes d’approvisionnement internationales a également modifié la nature des échanges et de l’élaboration des politiques commerciales. Par rapport à la période ayant précédé l’apparition des chaînes d’approvisionnement, les politiques commerciales sont moins axées sur la négociation de l’accès des produits finaux à des marchés étrangers (abaissement des obstacles à l’accès aux marchés étrangers) et davantage sur l’accès à des intrants de haute qualité compétitifs et sur la réduction de différents types de coûts commerciaux, de façon à garantir la fluidité d’échanges multidirectionnels de produits et de services intermédiaires (abaissement des coûts propres et des coûts du commerce extérieur) (Baldwin, 2011[1]). De fait, les décisions relatives à la localisation géographique de segments spécifiques de la chaîne d’approvisionnement sont très sensibles, non seulement aux coûts des échanges internationaux, mais aussi à divers coûts à l’échelle nationale qui dépendent de la réglementation (autorisations par exemple), de l’environnement des affaires (fiscalité par exemple) et de la qualité des infrastructures (disponibilité et coût de l’énergie, présence de ports, réseau routier et connectivité, par exemple). De ce point de vue, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement a eu pour effet d’élargir l’éventail des éléments qui ressortent en principe de l’intervention des pouvoirs publics au niveau national, mais qui ont néanmoins d’importantes retombées internationales (voir également Staiger (2022[5])).
Les liens existant au sein des chaînes d’approvisionnement se caractérisent rarement par une concurrence parfaite. Compte tenu des différences existant entre les pouvoirs de marché et de négociation des divers acteurs d’une chaîne d’approvisionnement, et de la répartition souvent inégale des gains tirés de la participation à une chaîne d’approvisionnement entre ses différents segments, les responsables de l’action publique se sont efforcés d’améliorer la situation de leurs entreprises nationales et de créer les conditions permettant d’attirer dans leur pays les segments les plus lucratifs, en particulier par le levier de la politique industrielle. Ainsi, les pouvoirs publics ont tenté de réduire les coûts des intrants en amont et d’accroître la rentabilité de leurs entreprises nationales au moyen d’autres formes de soutien public. De telles mesures ont comme double objectif d’attirer l’investissement national et étranger dans des activités en aval de prédilection et d’étendre l’influence d’un pays dans des segments spécifiques d’une chaîne d’approvisionnement, en amont et en aval, de façon à pouvoir accéder à des capitaux et technologies de qualité supérieure ou se positionner sur un créneau stratégique ou privilégié du point de vue économique. Bien qu’elle ne soit pas toujours définie avec précision1, la progression ou la montée en gamme dans les chaînes de valeur a souvent été citée parmi les objectifs explicites de l’action publique dans les années 2010, en particulier dans les économies émergentes et en développement. Le débat au niveau des pouvoirs publics a ensuite porté sur les moyens d’optimiser les avantages tirés de la participation aux chaînes d’approvisionnement.
Le sentiment d’une aggravation des incertitudes géopolitiques, économiques et touchant à la sphère de l’action publique est l’un des facteurs ayant contribué à attirer l’attention sur les possibles aspects négatifs des interconnexions et de la propagation des chocs au sein des chaînes d’approvisionnement internationales. Si la mesure de ces phénomènes se révèle complexe et si les résultats ne sont pas toujours faciles à interpréter, plusieurs études et initiatives de mesure récentes ont, de fait, permis de rassembler des éléments probants témoignant d’une hausse des incertitudes. La méthodologie élaborée à l’origine par Baker, Bloom et Davis (2016[6]) a montré que les incertitudes relatives à la politique économique à l’échelle mondiale avaient augmenté de manière sensible dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001, pendant et après la crise financière mondiale de 2008‑09, pendant la pandémie de COVID‑19 et depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022. Selon cet indice, au cours des quatre dernières années, les incertitudes autour de l’action publique ont été en moyenne plus fortes que pendant toute autre période antérieure depuis la fin de la décennie 90. Caldara et Iacoviello (2022[7]) ont mesuré la perception du risque lié aux guerres, au terrorisme et aux tensions entre les États et les acteurs politiques, et font eux aussi apparaître une augmentation du risque géopolitique après les attentats d 11 septembre en 2001 puis une nouvelle hausse significative dans le sillage de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 20222.
Ce nouvel environnement oblige à réévaluer les hypothèses sur lesquelles repose la politique économique et à envisager de nouveaux arbitrages. Les responsables de l’action publique évoluent désormais dans un paysage marqué par : la montée des tensions géopolitiques ; des préoccupations croissantes concernant la sécurité nationale, notamment en lien avec les technologies numériques ; une concurrence stratégique et la recherche d’une position de tête dans les nouvelles technologies, notamment dans la perspective de la double transition écologique et numérique ; dans cette même optique, une réévaluation du rôle des chaînes d’approvisionnement mondiales pour garantir l’accès à des biens et services essentiels ; et une instrumentalisation des interdépendances commerciales à des fins de coercition économique. Ces forces entrent en jeu à un moment où la crise financière mondiale et la pandémie de COVID-19 avaient déjà poussé les pouvoirs publics de plusieurs pays à intervenir plus largement dans l’économie, et où le débat s’intensifie sur la manière dont le « code de la route » (y compris les règles de l’OMC) d’une économie mondiale intégrée peut fonctionner le plus efficacement possible dans des pays dotés de systèmes économiques très différents.
Dans ce contexte, la notion de « sécurité économique » fait de plus en plus florès auprès des responsables de l’action publique. Si la sécurité économique recouvre un éventail de questions qui dépassent le cercle des responsables des politiques en matière d’échanges et d’investissement, il s’agit d’une notion qui mobilise fortement les artisans de la politique commerciale, car les liens économiques internationaux sont à la fois un facteur de sécurité économique (au sens où ils permettent par exemple une diversification de l’offre et de la demande) et une source de risque pour cette même sécurité.
La sécurité des approvisionnements en biens et services essentiels constitue un volet essentiel du débat sur la sécurité économique. Cette question fait partie d’un programme plus vaste consistant à garantir la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui suppose de comprendre la nature et l’ampleur de leurs vulnérabilités (notamment en lien avec la concentration). En effet, ces vulnérabilités peuvent être exploitées par des tiers pour interrompre l’approvisionnement en biens et services essentiels, et peuvent également être utilisées pour contraindre des parties vulnérables à modifier leurs politiques3. Au-delà des biens et services essentiels, certaines dépendances vis-à-vis de pays particuliers peuvent se transformer en vulnérabilités en cas de tensions géopolitiques, ou bien lorsque des pays ou des régions se retrouvent sous la menace d’un risque de conflit.
Cette évolution du paysage a suscité des réflexions sur les réponses que les pouvoirs publics pourraient apporter aux préoccupations relatives à la sécurité économique. Si le débat sur les meilleures réponses à apporter par les pouvoirs publics se poursuit, la diversification de l’offre semble être considérée comme l’une des mesures les plus efficaces pour réduire les risques liés à l’environnement géopolitique. La coopération entre partenaires de confiance est importante, et peut contribuer à réduire les risques. On peut y voir un moyen à la fois de faire en sorte que les échanges procurent des avantages mutuels à des partenaires de confiance, et de réduire le risque de perturbation des approvisionnements en provenance de partenaires perçus comme moins fiables. Dans le cadre d’un débat plus large sur les moyens de garantir la résilience, diverses autres approches ont été proposées, allant d’une plus grande transparence concernant les chaînes d’approvisionnement à des aides à l’identification et à la gestion des risques, y compris par le biais d’un dialogue public-privé, en passant par des efforts de diversification de l’offre entre les entreprises et les pays ou encore la création de capacités de production nationales.
Certaines technologies ou certains produits sont également considérés comme revêtant une importance stratégique, ce qui constitue un argument supplémentaire en faveur de la coopération entre des partenaires de confiance de façon à assurer la résilience de la production et du commerce de ces produits sensibles. Il peut s’agir de garantir l’approvisionnement en intrants essentiels, par exemple en matières premières critiques, en s’attaquant aux restrictions à l’exportation ou en concluant des accords d’approvisionnement avec des partenaires de confiance (voir le Coup de projecteur 2). Dans d’autres cas, cela pourrait consister à prêter une attention accrue aux sources et à l’éventail des fournisseurs de produits n’étant pas considérés eux-mêmes comme sensibles, mais qui peuvent représenter des intrants essentiels pour des infrastructures critiques.
Se pose également la question de savoir si certains produits et services seraient si importants ou sensibles technologiquement, stratégiquement ou en raison de leurs applications militaires, que les pays voudraient s’en assurer l’approvisionnement en les produisant chez eux. Si une telle option n’est pas réaliste pour tous les pays, voire pour beaucoup d’entre eux, en fonction du bien ou du service concerné, elle peut, dans les cas où elle serait possible, poser des problèmes du point de l’intégration des marchés mondiaux. Par exemple, le renforcement des capacités de production nationales (notamment s’il concerne une décision que les entreprises n’auraient pas prise elles-mêmes pour des raisons commerciales) peut nécessiter un soutien public, soulevant ainsi des questions quant à son impact sur d’autres pays (notamment du point de vue de la capacité à attirer des investissements qui se seraient autrement reportés ailleurs) ainsi que sur la concurrence sur les marchés mondiaux.
Dans ce contexte élargi, les responsables de l’action publique doivent prendre des décisions difficiles, qui nécessitent des données et des analyses nouvelles (portant par exemple sur les dépendances et vulnérabilités commerciales). Compte tenu du nombre croissant de décisions de ce type qui devront être prises, il reste très important que l’élaboration des politiques publiques puisse être fondée sur des données probantes.
Malgré l’intérêt croissant porté à l’identification des vulnérabilités commerciales, il est difficile de définir des critères analytiques objectifs qui permettraient d’établir une distinction claire entre les liens commerciaux susceptibles de susciter des préoccupations et ceux qui sont bénéfiques. Cette difficulté tient en partie au fait que les craintes qui sous-tendent le débat sur les dépenses commerciales sont souvent de nature non économique, et que ce qui va être considéré comme préoccupant, par exemple du point de la protection de l’environnement, de la durabilité sociale ou de la sécurité nationale, peut être spécifique à un pays donné. Par conséquent, le rôle que l’analyse économique pourrait jouer pour répondre à ces préoccupations n'apparaît pas avec une évidence immédiate.
En revanche, d’un point de vue économique, on peut s'inquiéter de que les mesures prises pour minimiser les risques liés aux échanges n’en viennent à compromettre inutilement les avantages économiques des échanges internationaux, ou n'aient des conséquences économiques et non économiques indésirables ou involontaires. L'analyse économique peut être ainsi servir à dresser un tableau plus complet des caractéristiques économiques des liens commerciaux pouvant être considérés comme des liens de dépendance. Elle pourrait également aider à évaluer les coûts et les avantages économiques associés aux différentes options s’offrant aux pouvoirs publics pour s'attaquer à la dépendance commerciale.
Selon les derniers articles parus dans la littérature économique, les dépendances commerciales pourraient être utilement définies comme des flux commerciaux combinant trois caractéristiques : risque de perturbation élevé, importance économique (ou autre) forte et possibilité limitée de diversification et de substitution (Graphique 1.1). Dans une analyse récente visant à apporter un éclairage empirique sur la question de la dépendance commerciale, l’OCDE a étudié différentes sources de données ainsi que divers cadres de modélisation parmi les principaux disponibles afin d’identifier les flux commerciaux qui semblent répondre à ces critères, et d’en examiner les caractéristiques et l’évolution (Arriola et al., 2024[8]).
Source : Arriola et al. (2024[8]), « Towards demystifying trade dependencies: At what point do trade linkages become a concern? », OECD Trade Policy Papers, n° 280, Éditions OCDE, Paris.
Plusieurs mesures de la dépendance commerciale s’appuient sur la notion de concentration des échanges, c’est-à-dire la dépendance par rapport à un nombre réduit de fournisseurs pour les importations de produits donnés, ou par rapport à un nombre réduit de marchés pour leurs exportations. Si les exportations ou importations d’un produit par un pays ne sont le fait que d’un petit nombre de partenaires (c’est-à-dire sont très concentrées), ce pays pourrait avoir du mal à trouver d'autres fournisseurs ou débouchés en cas de perturbations de l’offre ou de la demande étrangères4. L’évolution des données sur les échanges mondiaux à un niveau détaillé de produits sur la période 1997‑2021 a été étudiée sous l’angle des parts dans les échanges et de la concentration des échanges5. La concentration des échanges est importante pour la sécurité économique, comme on le voit par exemple dans Schwellnus et al. (2023[9]) : les auteurs, s’appuyant sur des données économétriques, ont montré, dans le contexte de la pandémie de COVID-19, que les perturbations des approvisionnements étrangers avaient des effets négatifs plus importants dans les secteurs caractérisés par une forte concentration sectorielle et géographique des fournisseurs. Si les mesures (ou ensembles de mesures) et les seuils quantitatifs spécifiques utilisés pour délimiter ce qui constitue un degré normal de concentration des échanges par rapport à un niveau préoccupant varient souvent d’une étude à l’autre, l’approche fondée sur la concentration des échanges a été fréquemment utilisée dans la littérature récente (Bonneau and Nakaa, 2020[10]; Commission européenne, 2022[11]; Vicard and Wibaux, 2023[12]; Berthou, Haramboure and Samek, 2024[13]) pour quantifier la dépendance ou la vulnérabilité commerciale.
La concentration des importations de certains produits a augmenté en moyenne entre partenaires commerciaux entre 2008-2010, c’est- à-dire au moment de la crise financière mondiale, et 2014-2016, c’est-à-dire durant la période précédant le premier épisode de tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine (Graphique 1.2, partie A). Cette évolution reflète probablement en partie la spécialisation plus fine des chaînes d’approvisionnement qui a augmenté pendant cette période. Elle est également cohérente avec la perception d’une augmentation des vulnérabilités à des chocs inattendus transmis vie les échanges et les chaînes d’approvisionnement internationaux. De plus, au niveau mondial, les exportations de produits sont en moyenne plus concentrées que les importations, tandis qu'au niveau national, les importations de produits sont plus concentrées que les exportations, ce qui pourrait expliquer l’importance prise dans le débat public par les dépendances aux approvisionnements ou aux importations.
Cependant, les données montrent aussi que les niveaux actuels de la concentration commerciale des exportations et importations mondiales ne sont globalement pas alarmants, et que des proportions importantes, sinon majoritaires, des échanges sont relativement bien diversifiées. Par exemple, s’agissant des exportations mondiales de produits, qui sont en moyenne plus concentrées dans les pays exportateurs que les importations mondiales ne le sont dans les pays importateurs, les niveaux de concentration ne sont élevés que pour environ 30 % des produits, les autres exportations restant relativement bien diversifiées. Cela semble indiquer que de larges parts des marchés internationaux se caractérisent par un degré raisonnable de concurrence, et que le contrôle exercé sur les approvisionnements totaux ou sur les prix par certains exportateurs et importateurs spécifiques reste limité.
Cela ne signifie pas que les niveaux de concentration observés pour certains produits dans certains pays ne soient pas préoccupants, mais plutôt que, pour de nombreux produits, les marchés internationaux offrent en réalité des possibilités de diversification satisfaisantes. Au nombre des produits dont les niveaux de concentration des exportations mondiales sont parmi les plus élevés, on peut citer entre autres toute une série de matières premières industrielles (étain, plomb, cuivre et bois par exemple, voir également le Coup de projecteur 2 sur les matières premières critiques) et un large éventail de produits de l’industrie manufacturière légère (comme les textiles, chaussures ou couvre-chefs) et de produits des industries agroalimentaires (fibres, café, thé et produits de la pêche). Les produits présentant des niveaux de diversification des exportations mondiales parmi les plus élevés sont notamment issus de secteurs manufacturiers avancés (par exemple aluminium, produits sidérurgiques et acier, métaux de base et fabrication de machines), malgré le sentiment répandu de leur vulnérabilité.
Globalement, les schémas inégaux — et parfois contre-intuitifs — de la concentration des exportations mondiales parmi les produits mettent en lumière la multiplicité des facteurs qui déterminent la concentration des échanges au sein des chaînes d'approvisionnement internationales. Parmi ces facteurs, on peut citer l’existence de ressources naturelles, le profil des avantages comparatifs ou encore les économies d’échelle, mais aussi les politiques commerciales et industrielles qui ont une influence sur les coûts relatifs de la production selon l’emplacement.
Il est intéressant de noter que la concentration des échanges nationaux est souvent plus forte que la concentration des échanges mondiaux, ce qui signifie que les pays s’approvisionnent généralement en importations auprès de partenaires moins nombreux que ce qui est en principe possible au niveau mondial - et cela vaut également pour les exportations. Cette situation est probablement le reflet d'une combinaison de facteurs naturels, comme le rôle de la géographie et des coûts des échanges, particulièrement dans le contexte des chaînes d’approvisionnement internationales qui sont souvent régionalement concentrées, mais aussi les préférences des pays et les politiques qu'ils mettent en œuvre. Ces derniers facteurs ont été mis en évidence, par exemple, par l’augmentation du nombre d'accords commerciaux préférentiels et régionaux qui, par nature, tendent à réduire les coûts des échanges avec des partenaires commerciaux choisis et à leur conférer d'autres avantages, contribuant ainsi à la concentration des échanges. Les politiques économiques stratégiques des importateurs et des exportateurs pourraient aussi avoir joué un rôle à cet égard.
Pour ce qui est des exportations, la hausse globale de la concentration des importations nationales d'autres pays a coïncidé avec l’augmentation de la part de la Chine en tant que source d'importations (Graphique 1.2, partie B).
A. Concentration moyenne, au niveau des pays, des exportations et des importations de l’ensemble des produits au niveau SH6
B. Contributions de la Chine et d’autres pays à la concentration moyenne des importations au niveau des pays
Note : Dans la partie A, la concentration moyenne, au niveau des pays, des exportations et des importations est obtenue en calculant, d'abord, pour chaque produit au niveau SH6 et, s’agissant des exportations (importations), pour chaque pays exportateur (importateur), un indice de concentration Herfindahl-Hirschmann (indice HHI) concernant tous les importateurs (exportateurs) de produits en provenance (à destination) de ce pays, et ensuite en calculant une moyenne pondérée pour toutes les listes de produits concernées, les pondérations étant égales à la valeur des exportations (importations) du produit considéré dans tous les pays partenaires. Les mentions « 1996-98 », « 2002-04 », etc. correspondent respectivement à la moyenne des trois années 1996, 1997 et 1998 ; 2002, 2003 et 2004 ; etc. La partie B présente une ventilation par exportateurs des valeurs de l’indice HHI mentionné ci-dessus pour les importations de l’ensemble des produits. Pour plus d’informations sur la méthodologie employée, voir Arriola et al. (2024[8]).
Source : Calculs de l'OCDE fondés sur des données de la BACI (Base pour l’analyse du commerce international).
En définissant la concentration significative des importations comme la mesure dans laquelle les pays font appel à des fournisseurs beaucoup moins nombreux (concentration des importations nationales) que ceux qu’ils pourraient trouver sur les marchés mondiaux (concentration des exportations mondiales), on voit que l’incidence globale d'une telle concentration significative des importations nationales a augmenté pendant la période étudiée. Cette évolution est principalement imputable aux économies non membres de l’OCDE, la concentration des importations étant restée en moyenne relativement stable dans les pays de l’OCDE (Graphique 1.3, partie A). Cela donne à penser que dans une certaine mesure, les entreprises et les consommateurs des pays de l’OCDE ont pu tirer parti des possibilités offertes par les marchés internationaux pour se diversifier et réduire leur dépendance.
A. Nombre moyen de produits SH6 importés faisant l’objet d'une concentration significative des importations par pays
B. Nombre de produits SH6 importés faisant l’objet d’une concentration significative des importations (moyenne pour 2017-19 et 2020-22)
Note : En présence de liens d'importations bilatéraux au niveau des produits, une concentration significative des importations est définie comme une situation dans laquelle la valeur de l’indice HHI applicable aux importations au niveau du pays est plus de deux fois supérieure à la valeur de l’indice HHI correspondant applicable aux exportations mondiales. Pour réduire encore l'éventail des cas de concentration significative, une valeur-seuil supplémentaire de l’indice HHI calculée pour les exportations mondiales au niveau des produits a été fixée à 0.2 minimum. En d'autres termes, seuls les produits pour lesquels l’indice HHI des exportations mondiales atteint au moins 0.2 et les produits pour lesquels l’es importations au niveau des pays est d'au moins 0.4 ont été pris en compte. L'agrégat « autres » comprend tous les pays non membres de l’OCDE autres que les grandes économies non membres pour lesquels des données sont disponibles dans la base de données de la Base pour l’analyse du commerce international (BACI). Ce choix a été fait aux fins de l’analyse uniquement et ne préjuge en rien des relations entre l’OCDE ou l’un quelconque de ses membres et n'importe lequel des pays individuels composant le groupe des grandes économies non membres. Le groupe des grandes économies non membres de l’OCDE comprend l’Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie et la Russie. Pour plus d’informations sur la méthodologie employée, voir Arriola et al. (2024[8]).
Source : Calculs de l'OCDE fondés sur des données de la BACI (Base pour l’analyse du commerce international).
Cependant, les différences observées dans les niveaux de concentration significative des importations indiquent également que, même parmi les pays de l’OCDE, il existe un potentiel de diversification supplémentaire qui reste inexploité (Graphique 1.3, partie B). Par exemple, dans les pays de l’OCDE enregistrant les scores les plus élevés en matière de concentration significative des importations, comme le Chili, le Mexique et la Corée, ces scores sont plus de trois fois plus élevés que ceux des pays ayant obtenu les scores les plus faibles (Allemagne, France et Italie).
En présence de liens commerciaux caractérisés par une forte concentration, l’identité des principaux partenaires commerciaux est importante, car les risques géographiques, économiques et géopolitiques varient d'un pays à l'autre. La dépendance à l’égard de la Chine s’est fortement accrue dans tous les pays et régions de l’OCDE depuis la fin des années 90, et si l’on observe les dépendances commerciales de la zone OCDE dans son ensemble et de plusieurs pays de l’OCDE pris individuellement, la Chine y figure aujourd’hui comme le partenaire unique le plus important. C’est pourquoi il est intéressant de mieux comprendre les raisons pour lesquelles la Chine s’est imposée en tant que source de dépendances. En particulier, il est nécessaire d'appréhender de manière plus fine les contributions respectives des facteurs naturels et de ceux qui sont liés à une action publique, notamment à des politiques susceptibles d'avoir entraîné des distorsions du marché ou d’avoir pour cible des objectifs autres qu’économiques.
Parallèlement, la dépendance commerciale des économies de l’OCDE vis-à-vis de la Chine doit aussi être replacée dans le contexte de la dépendance de la Chine par rapport aux économies de l’OCDE. Si l’on considère les liens de dépendance de la Chine, l’OCDE en tant que groupe, et plusieurs pays de l’OCDE pris individuellement, y occupent une place bien plus importante (Graphique 1.4). De plus, sur une base sectorielle, les dépendances de la Chine vis-à-vis de pays de l’OCDE portent sur plusieurs secteurs dans lesquels plusieurs pays de l’OCDE dépendent aussi de la Chine, ce qui montre bien le caractère mutuel de certaines interdépendances commerciales (Graphique 1.5).
Nombre moyen par pays de dépendances bilatérales vis-à-vis des États-Unis, de la Chine, de l’Allemagne et d’autres pays, pour les importations (parts indiquées dans le graphique)
Note : L'agrégat « Autres pays » comprend tous les autres pays membres et non membres de l’OCDE couverts par la base de données de la BACI. Pour plus d’informations sur la méthodologie employée, voir Arriola et al. (2024[8]).
Source : Calculs de l'OCDE fondés sur des données de la BACI (Base pour l’analyse du commerce international).
Nombre moyen par pays de dépendances bilatérales de la Chine vis-à-vis des États-Unis, de l’Allemagne, du Japon, d'autres pays de l’OCDE, des grandes économies non membres et d’autres pays pour les importations (parts indiquées dans le graphique)
Note : L'agrégat « Autres pays de l’OCDE » comprend tous les pays de l’OCDE à l’exception des États-Unis, du Japon et des pays de l’OCDE qui sont également membres de l’UE. Le groupe des grandes économies non membres de l’OCDE comprend l’Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie et la Russie. Pour plus d’informations sur la méthodologie employée, voir Arriola et al. (2024[8]).
Source : Calculs de l'OCDE fondés sur des données de la BACI (Base pour l’analyse du commerce international).
Si l’analyse au niveau des produits peut apporter des éclairages précieux sur les dépendances commerciales, l’exposition des économies nationales à des chocs dépend de la nature de leur spécialisation et de leur intégration dans les chaînes d'approvisionnement internationales. Ces caractéristiques vont au-delà de la concentration des échanges et des parts dans les échanges bilatéraux. Le modèle METRO de l’OCDE pour les échanges mondiaux peut être utilisé pour mettre au jour certaines grandes relations générales en vue d’éclairer les pouvoirs publics et les entreprises dans leurs efforts visant à renforcer la résilience aux chocs (OCDE, 2020[14])6. Même si la modélisation repose sur plusieurs hypothèses nécessitant une grande prudence quant aux implications pour l’action des pouvoirs publics, il est tout de même possible de parvenir à quelques conclusions générales et d’identifier quelques grandes conséquences en termes d'action publique.
Dans la plupart des segments de l’économie mondiale, des perturbations de la production dans un segment ne provoquent que des réactions relativement faibles de la production ailleurs. Cela semble indiquer que la structure actuelle des liens nationaux et internationaux et les mécanismes d’ajustement économique tendent à atténuer l’impact des chocs plutôt qu’à les amplifier. Cela étant, il existe aussi certaines valeurs aberrantes élevées indiquant que des chocs survenant dans certains segments de l’économie mondiale pourraient avoir des conséquences plus importantes.
L’impact des chocs se produisant dans d'autres secteurs d'un même pays est souvent plus important que celui de chocs affectant des secteurs à l’étranger. En effet, dans la plupart des secteurs, la dépendance à l'égard d'intrants étrangers et de marchés étrangers pour les produits finaux reste inférieure à la dépendance par rapport à des intrants et à des marchés de produits et de facteurs au plan national. De plus, les marchés internationaux offrent des possibilités d'ajustement et de diversification plus importantes que les marchés nationaux. Par conséquent, les perturbations de la production se produisant dans des secteurs verticalement intégrés, c’est-à-dire des chocs du type de ceux qui sont au centre des débats sur la propagation des chocs dans les chaînes de valeur mondiales (ci-après « chocs dans les CVM »), ne semblent pas constituer la principale source de turbulences. Si des perturbations en amont de la chaîne de valeur peuvent limiter l’accès à des intrants intermédiaires, et si une baisse de la production en aval peut faire baisser la demande d’intrants, la plupart des impacts sont inférieurs au choc initial de deux ordres de grandeur. La dispersion des impacts est également plus modeste que pour des chocs au plan intérieur. Là encore, ce constat reflète les niveaux actuels de diversification et les plus grandes possibilités d'ajustement qui caractérisent les CVM.
Il est possible que des mécanismes d’ajustement économique très divers, au niveau national et international, entrent en jeu. Des signaux-prix permettant une substitution par d'autres fournisseurs ou d'autres débouchés, et des réponses émanant des marchés du travail et des capitaux jouent un rôle important dans l’élaboration des réponses aux chocs. Ces éléments devraient donc être pris en compte dans les évaluations de la résilience aux chocs et de la dépendance commerciale.
Le degré d’ajustement du marché des facteurs peut avoir un impact sur la transmission des chocs. L’impact des chocs dans les économies nationales est souvent plus limité lorsque les facteurs de production ne peuvent pas être déplacés d’un secteur à l'autre (court terme) que lorsqu’ils peuvent circuler librement (moyen à long terme). Cela montre bien que des perturbations de courte durée ont peut-être moins d'importance que des perturbations plus durables laissant aux marchés des facteurs plus de temps pour réagir et répercuter les impacts sur d’autres secteurs. On peut également en conclure que des mesures de protection de l’emploi ou de restrictions des mouvements de capitaux pourraient avoir un effet d'atténuation face à des chocs temporaires7.
Si la plupart des impacts des chocs dans les CVM sont plus modestes que les chocs initiaux, dans une petite partie des cas, c’est l’inverse, les réponses étant plus de trois fois supérieures. En outre, une accumulation de chocs négatifs multiples (comme cela a été par exemple le cas pendant la pandémie de COVID‑19) peut avoir des conséquences plus massives.
Les statistiques établies pour résumer les réponses à des constellations de chocs aussi défavorables laissent penser que certains secteurs et pays pourraient être plus exposés que d’autres. Les économies ayant des liens verticaux étroits avec de grandes économies étrangères sont souvent plus exposées aux chocs dans les CVM, les plus vulnérables étant le Canada, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, tandis que les États-Unis, le Brésil et la Chine sont relativement plus épargnés en raison de leur plus grande dépendance à l’égard de leurs marchés nationaux de produits et de facteurs dans la plupart des secteurs. Dans l’hypothèse d'une immobilité des facteurs, ce sont la Russie et l’Afrique du Sud qui arrivent en tête du classement des pays les plus exposées. En effet, les secteurs dans lesquels ces deux pays ont tendance à se spécialiser, comme le pétrole et le charbon, l’exploitation minière et la chimie, sont plus exposés à des chocs externes et ont plus de mal à s'adapter lorsque la main-d’œuvre et le capital ne peuvent pas se déplacer vers d'autres secteurs (Graphique 1.6).
Impact combiné maximal, en pourcentage, de tous les chocs de l’ordre de 1 % possibles
Note : Les moyennes pondérées ont été produites à l’aide des valeurs de la production au point de départ de la simulation utilisées comme facteurs de pondération.
Source : Calculs effectués à l’aide du modèle METRO de l’OCDE.
Les valeurs mesurées de l’exposition varient plus entre les secteurs qu’entre les pays, laissant penser que les initiatives sectorielles permettraient de mieux faire face à l’exposition aux chocs. Les secteurs manufacturiers sont en moyenne beaucoup plus exposés aux chocs de production étrangers que les services, l'agriculture et l’agroalimentaire, parce qu’ils sont plus internationalisés en termes de destination de la production et d’approvisionnement en intrants intermédiaires. Pour cette raison, les produits électroniques, les métaux non ferreux, la sidérurgie et l'acier, les machines et équipements et les produits chimiques apparaissent comme les secteurs de fabrication qui sont le plus exposés. Lorsque les facteurs de production sont immobiles, ce sont les industries extractives et les secteurs manufacturiers qui leur sont liés (métallurgie, sidérurgie et acier et produits chimiques) qui se hissent en tête du classement des expositions aux chocs (Graphique 1.7).
On observe aussi des différences importantes entre les pays et les secteurs s’agissant des chocs qui contribuent le plus à l’exposition. Par exemple, le secteur allemand des véhicules à moteur, s’il est moins exposé aux chocs dans les CVM que la fabrication d’équipements électroniques ou la métallurgie8, tend à être relativement plus exposé que celui des États-Unis, et une proportion plus grande de cette exposition peut être attribuée à des chocs prenant naissance en Chine.
Les secteurs de services, qui dans certains pays emploient une part importante des ressources de main‑d’œuvre (par exemple hôtellerie et loisirs, commerce de détail, construction ou entreposage et activités connexes), peuvent être à l’origine de chocs relativement importants sur l’ensemble de l'économie mondiale. Cela étant, la transmission de ces chocs ne passe généralement pas par une limitation de l'accès à des intrants intermédiaires, ou une limitation de la demande de ces intrants, mais s'opère plutôt via les impacts à l’échelle de l’économie nationale impliquant les marchés de facteurs. À moyen et long terme, une réduction de la production dans ces secteurs est souvent associée à une libération de main‑d’œuvre et de capitaux qui trouvent à s’employer dans d'autres segments de l’économie, avec des répercussions sur d’autres secteurs. Les chocs touchant les services aux entreprises, secteur qui a des liens étroits, en amont et en aval, avec les activités manufacturières, se caractérisent par une transmission plus classique des chocs extérieurs verticaux via les CVM.
Note : Les moyennes pondérées ont été produites à l’aide des valeurs de la production au point de départ de la simulation utilisées comme facteurs de pondération.
Source : Calculs effectués à l’aide du modèle METRO de l’OCDE.
Les éléments examinés dans les sections qui précèdent montrent bien la forte concentration relative qui caractérise apparemment certains liens commerciaux, et qui pourrait accroître la probabilité de dommages, économiques ou autres, en cas de chocs majeurs inattendus ou de coercition économique en lien avec les échanges. Ce constat confirme l’intérêt qu’il y a à surveiller les indicateurs de la concentration des échanges et à anticiper les effets d’éventuels chocs et perturbations. Cela étant, on pourrait aussi en déduire que les responsables de l’action publique disposent d’une marge d’action plus importante pour diversifier les échanges de façon à atténuer les risques associés à certains liens commerciaux.
Ces derniers temps, les préoccupations relatives aux dépendances commerciales et à l’exposition aux chocs, le rôle de plus en plus important dévolu à des politiques économiques stratégiques et l’aggravation des tensions géopolitiques ont, de fait, abouti à une nouvelle vague d’appels à la démondialisation, à des mouvements de délocalisation, de proximité ou dans des pays alliés, ainsi qu’à la création de blocs commerciaux ou à la relocalisation (e.g. Arriola et al. (2020[3]), Crowe et Rawdanowicz (2023[15])). Les appels à assurer la sécurité économique et l’autonomie stratégique, et les arguments plaidant en faveur d’une limitation de la dépendance à l’égard des économies étrangères mettent sous tension l’ouverture des marchés et le système commercial fondé sur des règles. En même temps, ces appels à améliorer la sécurité économique constituent peut-être aussi une réponse à l’instrumentalisation (quelquefois bien réelle) des dépendances commerciales ainsi qu’à d’autres pratiques coercitives qui aboutissent en premier lieu à saper le système commercial fondé sur des règles. On peut aussi redouter que certaines des mesures prises en réaction par les pouvoirs publics pour minimiser les risques commerciaux et améliorer la résilience des chaînes d’approvisionnement ne soient pas judicieusement conçues et n’aboutissent en fait à éroder inutilement les avantages du commerce international. Par conséquent, lors du débat sur l’atténuation des risques associés au commerce international et aux chaînes d’approvisionnement, il faudra soigneusement peser les coûts et avantages éventuels des différentes options s’offrant aux pouvoirs publics.
Jusqu’à une époque récente, il n’existait pas d’élément attestant clairement d’une réorganisation profonde des chaînes d’approvisionnement internationales allant dans le sens d’une relocalisation et d’une fragmentation géo‑économique. Cela étant, la stagnation du ratio échanges mondiaux/PIB déjà observée depuis la crise financière mondiale de 2008-09 témoigne d’un ralentissement de la mondialisation économique. Plusieurs signes montrent également que certaines des mesures récemment prises ou envisagées sont en train de redessiner le paysage réglementaire des chaînes d’approvisionnement et de s’imposer parmi les principaux moteurs des décisions stratégiques des entreprises, potentiellement à long terme. C’est ce qui ressort, par exemple, des résultats d’enquêtes récentes sur les stratégies déployées par les entreprises pour améliorer la résilience (voir par exemple Accenture (2023[16]) et EconPol (2024[17])), ou encore de la réorientation du commerce bilatéral entre la Chine et les États-Unis et l’Union européenne, ainsi que dans l’importance croissante prise par des économies tierces (OCDE, 2024[18]). Les données empiriques dont on commence à disposer montrent un degré relativement élevé d’interdépendance commerciale. Dans la mesure où la fragmentation risque d’entraîner un démantèlement des chaînes d’approvisionnement internationales, d’interrompre la fourniture de matières premières critiques et de mettre en péril les transferts de technologie et la division du travail entre pays à différents stades de développement, elle pourrait avoir un coût économique très élevé si elle devait être de grande ampleur.
Les estimations par modélisation des conséquences de scénarios possibles de fragmentation peuvent être instructives, mais elles dépendent en dernier ressort des hypothèses retenues concernant l’ampleur et à la nature de la fragmentation, qui vont de scénarios d’augmentation légère des obstacles aux échanges à la formation de blocs commerciaux géopolitiques fonctionnant plus ou moins en autarcie, en passant par un régionalisme discriminatoire. Les analyses par modélisation des coûts de la fragmentation se sont multipliées après la pandémie de COVID-19 et encore plus depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. D’après une synthèse des études sur la fragmentation des échanges menées par le FMI dans le sillage de l’invasion russe (FMI, 2023[19]), les coûts engendrés via les canaux de diffusion des échanges et des technologies varient entre un niveau proche de zéro et 12 % du PIB d’un pays ou d’une région9. Ces études laissent également penser que ce sont les économies de marché émergentes et en développement qui auraient le plus à perdre (même si, encore une fois, les coûts estimatifs dépendent fortement d’hypothèses qui sont par nature incertaines).
Au vu des perturbations des chaînes d’approvisionnement observées rapidement au moment de la pandémie de COVID-19 et des appels vigoureux lancés à l’époque en faveur de la relocalisation des chaînes d’approvisionnement, une analyse fondée sur le modèle METRO de l’OCDE a permis de comparer des effets simulés d’un tel recentrage sur l’efficience économique et sur l’ampleur de la transmission internationale des chocs sur les coûts des échanges propres à chaque pays en fonction de différentes hypothèses concernant l’ouverture des pays et leur intégration dans les CVM. Cette analyse a montré qu’il était probable que des politiques susceptibles d’aboutir à des chaînes de valeur plus recentrées localement soient coûteuses en termes d’efficiences et n’offrent pas forcément une stabilité plus grande en cas de choc (Arriola et al., 2020[3]) (Graphique 1.8). Selon les estimations réalisées, un régime d’économies recentrées localement, supposant une série de mesures de relocalisation retenues comme hypothèses et stylisées selon lesquelles tous les pays décideraient de réduire leurs interactions au sein des CVM en combinant hausse des droits de douane à l’importation, subventions à la production nationale et surcroît de contraintes sur les possibilités d’approvisionnement au sein des CVM, aurait pour effet de réduire de plus de 18 % le commerce mondial et d’amputer le PIB réel mondial de plus de 5 % par rapport au régime d’interconnexion, les pays individuels perdant entre 1.1 et 12.2 % de PIB selon l’ampleur et la nature de leur intégration dans les CVM. De plus, une fois modélisés les effets d’un ensemble stylisé de chocs affectant les « chaînes d’approvisionnement »10, et contrairement à certaines affirmations formulées dans le cadre du débat sur les risques inhérents aux CVM, il est apparu que dans un régime de recentrage local, les chocs ne montreraient pas une augmentation significative de la stabilité du PIB, de la production et de la consommation par rapport à la situation observée dans un régime interconnecté. En fait, dans plus de la moitié des économies, la stabilité du PIB serait même moindre dans un régime de recentrage local. En effet, l’ouverture et la diversification géographique des sources d’intrants et des destinations de la production au sein des CVM offrent au contraire des possibilités d’ajustement face à des perturbations.
Simulation d’impact d’un scénario de recentrage local des chaînes d’approvisionnement sur le PIB de quelques économies de l’OCDE et grandes économies non membres
Note : Tous les changements des variables s’entendent par rapport au niveau du scénario de base du régime interconnecté, fixé à 100. Les points bleus correspondent à la base propre au régime concerné par rapport à la base en régime interconnecté et les traits verticaux représentent les écarts moyens en cas de chocs positifs ou négatifs sur les coûts des échanges.
Source : Arriola et al. (2020[3]), « Efficiency and risks in global value chains in the context of COVID-19 », Documents de travail du Département des affaires économiques de l’OCDE, n° 1637, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/3e4b7ecf-en.
Une récente étude de l’OCDE (Arriola et al., 2024[8]) consacrée aux différentes dimensions des dépendances commerciales à l’échelle d’une économie a consisté à envisager les conséquences économiques possibles d’un scénario hypothétique et fortement stylisé de réduction partielle des échanges entre la zone OCDE et les grandes économies non membres11 . Dans ce scénario, on a posé l’hypothèse que tous les flux d’échanges des échanges de biens et services entre chacun des pays de l’OCDE et chacune des grandes économies non membres diminuaient de 10 % (ci-après le choc de réduction des échanges ou choc commercial). On a supposé que tous les autres flux commerciaux restaient directement inchangés, mais qu’ils étaient susceptibles d’être touchés indirectement, par exemple en raison de l’interruption de liens indirects concernant les échanges entre l’OCDE et les grandes économies non membres, le cas échéant, ou du fait de la réorientation des échanges et d’autres ajustements.
L’analyse de ce scénario a été réalisée à l’aide des tableaux internationaux des entrées-sorties (TIES) et des méthodes d’analyse des entrées-sorties de l’OCDE12 et avec la mise en œuvre du modèle d’équilibre général calculable (ECG) METRO de l’Organisation. Même si elles offrent des niveaux de détail différents par pays et par secteur et si l’accent mis sur les divers mécanismes d’ajustement économique peut varier, les approches reposant sur les TIES et celles mises en œuvre dans le modèle ECG permettent toutes les deux d’évaluer les conséquences des dépendances commerciales à l’échelle d’une économie. Elles permettent également d’adopter une perspective plus large de la chaîne d’approvisionnement et de prendre en compte non seulement les dépendances commerciales qui sont dues à des relations directes importations-exportations, mais aussi celles qui peuvent résulter de liens commerciaux indirects (par exemple lorsqu’un produit exporté d’un pays vers un autre contient un composant produit dans un pays tiers). Il est important de noter que ces méthodologies permettent d’analyser les dépendances directes et indirectes dans les secteurs de services.
Globalement, les résultats de cette analyse (Arriola et al., 2024[8]) confirment l’existence d’un degré élevé d’interdépendance commerciale entre les deux groupes de pays (particulièrement entre les pays de l’OCDE et la Chine) et font ressortir quelques-uns des coûts économiques qui pourraient être associés aux stratégies actuellement envisagées de réduction des risques inhérents aux chaînes d’approvisionnement :
Dans le scénario de réduction des échanges, la plupart des pays de l’OCDE et des grandes économies non membres enregistrent des pertes, qui peuvent cependant être très variables d’un pays à l’autre, et les impacts estimés dépendent de l’approche de modélisation utilisée. En fonction du cadre de modélisation utilisé et du pays considéré, les baisses de PIB vont de zéro à environ 1.7 %.
Les pays et secteurs de l’OCDE entretenant des liens plus étroits avec des grandes économies non membres qu’avec d’autres pays de l’OCDE s’en sortent moins bien, alors que des relations plus fortes au sein de la zone OCDE contribuent à atténuer les conséquences du choc commercial. Ce sont les pays de la région Asie-Pacifique Membres de l’OCDE, notamment la Corée et l’Australie, qui sont le plus touchés, tandis que les pays européens de l’OCDE sont modérément affectés et ceux d’Amérique du Nord largement épargnés.
Dans toutes les régions de l’OCDE, la diminution des échanges avec la Chine est le principal facteur expliquant les baisses du PIB, même si quelques autres pays de l’OCDE sont aussi fortement exposés à d’autres grandes économies non membres. Ce constat n’est pas surprenant quand on sait que la Chine représente près des deux tiers du commerce mondial entre les grandes économies non membres et les pays de l’OCDE.
Il apparaît que le choc commercial envisagé a un impact encore plus important sur le PIB de certaines grandes économies non membres que sur celui des pays Membres de l’OCDE. En effet, dans celles-ci, les liens à l’exportation et à l’importation qui subissent des perturbations en vertu de ce scénario représentent une part plus importante de l’économie.
Quel que soit le pays considéré, tous les secteurs de l’économie ne sont pas exposés dans les mêmes proportions au choc commercial envisagé13. La liste des secteurs les plus touchés varie d’un pays à l’autre, mais les niveaux d’exposition les plus élevés s’observent relativement souvent dans le secteur primaire, plus précisément dans les activités extractives. Cela s’explique par le fait que les chocs commerciaux limitent plusieurs flux de ressources minérales importants entre l’OCDE et les grandes économies non membres.
Les résultats d’analyses empiriques récemment menées par l’OCDE à titre exploratoire pour tenter de quantifier l’évolution historique et l’importance économique des dépendances commerciales illustrent certaines des préoccupations qui servent de toile de fond aux débats sur les échanges. La production mondiale, tout au moins celle de certains produits, est de plus en plus concentrée, et de plus en plus polarisée autour de certains pays et certaines régions. Par conséquent, on peut penser que les chocs liés au changement climatique, à l’évolution des politiques économiques ou aux conflits géopolitiques sont potentiellement plus susceptibles de perturber les liens commerciaux et de causer des dommages économiques ou sociétaux. La concentration peut également faire naître des inquiétudes portant sur des questions d’action publique en lien avec la sécurité des approvisionnements, comme la coercition économique par exemple.
Si la concentration de plus en plus grande des échanges peut s’expliquer par des facteurs économiques de marché (ressources naturelles, avantage comparatif, économies d’échelle ou la fragmentation des CVM), elle peut aussi être la conséquence de politiques non concurrentielles, et notamment d’aides publiques. C’est pourquoi il est utile de mieux comprendre les raisons pour lesquelles cette concentration augmente. En particulier, il est nécessaire d’appréhender de manière plus fine les contributions respectives des facteurs naturels et de ceux qui sont liés à une action publique, notamment à des politiques susceptibles d’avoir entraîné des distorsions du marché ou d’avoir pour cible des objectifs autres qu’économiques.
Si la concentration des échanges a augmenté en moyenne, des fractions importantes, sinon majoritaires, des échanges mondiaux et nationaux restent toutefois, dans l’ensemble, relativement bien diversifiées. Comme le montre le profil de concentration des flux commerciaux, les marchés internationaux de produits sont aussi généralement caractérisés par un niveau raisonnable de concurrence et par un contrôle qui reste limité sur l’offre ou sur la formation des prix de certains importateurs ou exportateurs. En outre, il est difficile de distinguer entre les liens commerciaux concentrés qui pourraient poser des problèmes et ceux qui présentent des avantages. On peut légitiment redouter que certaines mesures prises en réaction par les pouvoirs publics pour minimiser les risques commerciaux et améliorer la résilience des chaînes d’approvisionnement ne soient pas judicieusement conçues et n’aboutissent en fait à saper inutilement les avantages du commerce international.
Dans ce contexte, dans le cadre du débat actuel sur la réduction des risques liés aux échanges internationaux, il convient d’examiner soigneusement les coûts et avantages éventuels des diverses options s’offrant aux pouvoirs publics. Les différentes méthodologies utilisées pour produire des données factuelles font toutes apparaître un degré relativement élevé d’interdépendance commerciale entre la zone OCDE et les grandes économies non membres (et tout particulièrement entre les pays de l’OCDE et la Chine), ainsi les coûts économiques potentiellement lourds qu’entraînerait une fragmentation importante des échanges.
[16] Accenture (2023), Resiliency in the making: Turning adversity into advantage for engineering, supply, production and operations, Accenture.
[4] Antras, P. and R. Staiger (2012), “Offshoring and the Role of Trade Agreements”, American Economic Review, Vol. 102(7), pp. 3140–3183.
[8] Arriola, C. et al. (2024), Towards demystifying trade dependencies: At what point do trade linkages become a concern?, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/2a1a2bb9-en.
[3] Arriola, C. et al. (2020), “Efficiency and risks in global value chains in the context of COVID-19”, OECD Economics Department Working Papers, No. 1637, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/3e4b7ecf-en.
[6] Baker, S., N. Bloom and S. Davis (2016), Measuring Economic Policy Uncertainty, https://www.policyuncertainty.com/media/EPU_BBD_Mar2016.pdf.
[1] Baldwin, R. (2011), “Trade and Industrialization after Globalization’s Second Unbundling: How Building and Joining a Supply Chain Are Different and Why It Matters”, NBER Working Papers, Vol. Document de travail n° 17716, https://www.nber.org/papers/w17716.
[13] Berthou, A., A. Haramboure and L. Samek (2024), Mapping and testing product-level vulnerabilities in granular production networks, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9bcde495-en.
[10] Bonneau, C. and M. Nakaa (2020), Vulnérabilité des approvisionnements français et européens, Trésor-Éco n° 274, Ministère de l’Économie, Des Finances, et De La Relance, France, https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/511478e4-5fb3-48a6-afbc-edc5186be04c/files/e1968df8-f94a-4718-bbeb-992db19864e6.
[7] Caldara, D. and M. Iacoviello (2022), “Measuring Geopolitical Risk”, American Economic Review, Vol. 112(4), pp. 1194–1225, https://doi.org/10.1257/aer.20191823.
[11] Commission européenne (2022), EU strategic dependencies and capacities: second stage of in-depth reviews Document de travail des services de la Commission SWD (2022) 41, https://www.europeansources.info/record/eu-strategic-dependencies-and-capacities-second-stage-of-in-depth-reviews/.
[15] Crowe, D. and L. Rawdanowicz (2023), Risks and Opportunities of Reshaping Global Value Chains, Éditions OCDE à paraître.
[17] EconPol (2024), Reconfiguration of Supply Chains: What Are the Priorities of German Firms?, https://www.econpol.eu/publications/policy_brief_56/reconfiguration-of-supply-chains.
[19] FMI (2023), Geoeconomic Fragmentation and the Future of Multilateralism, Fonds monétaire international, https://www.imf.org/en/Publications/Staff-Discussion-Notes/Issues/2023/01/11/Geo-Economic-Fragmentation-and-the-Future-of-Multilateralism-527266.
[21] Kowalski, P. et al. (2015), Participation of Developing Countries in Global Value Chains: Implications for Trade and Trade-Related Policies, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/5js33lfw0xxn-en.
[2] Lafrogne-Joussier, R. (2021), Supply shocks in supply chains: Evidence from the early lockdown in China, https://cepr.org/active/publications/discussion_papers/dp.php?dpno=16813.
[20] Miller, R. and P. Blair (2022), Input-output analysis: foundations and extensions (3rd edition), Cambridge University Press.
[18] OCDE (2024), Risks and Resilience in Global Trade: Key Trends in 2023-2024, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/1c66c439-en.
[14] OCDE (2020), Documents de travail du Département des Affaires économiques de l’OCDE, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/18151973.
[9] Schwellnus, C. et al. (2023), Global value chain dependencies under the magnifying glass, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/b2489065-en.
[5] Staiger, R. (2022), A World Trading System for the Twenty-First Century, Massachusetts Institute of Technology.
[12] Vicard, V. and P. Wibaux (2023), EU Strategic Dependencies: A long view CEPII Policy Brief, n° 41, juin 2023, http://www.cepii.fr/PDF_PUB/pb/2023/pb2023-41.pdf.
← 1. Dans le cadre de ce débat sur l’action publique, la « progression au sein d’une chaîne de valeur » a souvent été interprétée comme une transition (dictée par des objectifs commerciaux ou induite par les pouvoirs publics) vers des activités se caractérisant par une « valeur ajoutée relativement élevée » (par exemple au stade de la conception et de la commercialisation d’un produit plutôt qu’à celui de son assemblage ou de sa fabrication), voire comme la nécessité de capter une part croissante de la valeur ajoutée locale dans les exportations. Cependant, cette vision de la montée en gamme ne tient pas compte du fait que le volume d’activité a également son importance, et que si le fait d’effectuer des opérations d’assemblage ou de fabrication à grande échelle peut apporter un avantage à un pays ou une entreprise, il lui sera alors bien plus bénéfique économiquement de se concentrer sur ces activités au sein de la chaîne d’approvisionnement (Kowalski et al., 2015[21]).
← 2. Dans une perspective historique plus longue, le niveau de risque géopolitique mesuré selon cette méthodologie était plus élevé au début des années 2020 qu’à la fin des années 1990. Toutefois, il était encore nettement inférieur aux niveaux enregistrés lors d’épisodes de tensions géopolitiques précédents, par exemple pendant la guerre du Golfe, la Guerre de Corée et surtout les deux guerres mondiales (Caldara and Iacoviello, 2022[7]).
← 3. Dans certains cas, les interdépendances commerciales ont été utilisées dans le but d’interférer avec les choix souverains légitimes d’un autre pays. Même s’il n’en existe pas de définition internationalement admise, de telles situations peuvent être qualifiées de « coercition économique » (OCDE, 2024[18]).
← 4. L’analyse porte sur tous les pays qui communiquent des données sur les échanges comparables à l’échelle internationale, mais pour l’examen de la nature et de l’évolution des dépendances commerciales, l’accent a été mis sur les pays de l’OCDE et les autres grandes économies non membres, à savoir l’Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie et la Russie.
← 5. Les produits sont définis ici au niveau d’agrégation à six chiffres du Système harmonisé (SH6).
← 6. Ces travaux ont consisté à analyser des réponses simulées de la production de secteurs économiques nationaux à des chocs de production se produisant dans d'autres secteurs nationaux et étrangers qui leur sont connectés verticalement via des chaînes d’approvisionnement et horizontalement sous la forme d'une concurrence sur les marchés de produits. Outre qu’elle a permis d’évaluer l'ampleur et la nature globales de la transmission des chocs, l'analyse a permis de repérer les pays et les grands secteurs susceptibles d’être particulièrement vulnérables à des chocs, ou de constituer une source de risque plus importante.
← 7. Cela étant, les différences d'impact en fonction des diverses hypothèses concernant la mobilité des facteurs varient d'un secteur à l'autre et dépendent du poids significatif éventuel du secteur concerné sur les marchés nationaux du travail et des capitaux.
← 8. Par exemple, l’exposition du pays aux chocs dans les CVM concernant l’industrie de l’électronique est environ deux fois plus importante. Pour en savoir plus sur l’exposition par secteur et par pays, voir Arriola, Kowalski et Tongeren (Arriola et al., 2024[8]).
← 9. Il faut aussi tenir compte des flux migratoires, des flux de capitaux transnationaux et des canaux d’intégration financière, qui sont moins étudiés.
← 10. Parmi l’éventail des chocs retenus figurent des hausses ou des baisses, avec le même niveau de probabilité et d’absence de corrélation géographique, du coût des échanges bilatéraux (pour les importations comme pour les exportations) entre chaque pays ou région inclus dans le modèle et l’ensemble de ses partenaires commerciaux.
← 11. Le groupe des grandes économies non membres de l’OCDE est constitué de l’Afrique du Sud, du Brésil, de la Chine, de l’Inde, de l’Indonésie et de la Russie. Ce choix a été fait aux fins de l’analyse uniquement et ne préjuge en rien des relations entre l’OCDE ou l’un quelconque de ses membres et n’importe lequel des pays individuels composant ce groupe.
← 12. La principale méthode utilisée lors de cette analyse est dite de « l’extraction hypothétique » (Miller and Blair, 2022[20]). Elle consiste à évaluer l’importance, pour une économie, de certaines connexions économiques en calculant ce qui se passerait si celles-ci étaient supprimées ou réduites, le reste de la structure du commerce mondial et de l’activité économique étant préservé. Pour plus de détails, voir (Arriola et al., 2024[8]).
← 13. Dans plusieurs cas, les secteurs identifiés comme le plus fortement tributaires des échanges entre la zone OCDE et les grandes économies non membres ne représentent qu’une faible part de l’économie de leur pays. En revanche, les secteurs ayant une grande importance du point de vue tant national que mondial figurent sur la liste des secteurs fortement touchés.