Ce chapitre présente les principales données et statistiques relatives au processus d’urbanisation du Maroc. Le chapitre examine d’abord l’évolution de la population urbaine au Maroc, en la mettant en perspective avec celle d’autres pays de l’OCDE selon la définition statistique harmonisée des zones urbaines fonctionnelles. En s’appuyant sur ces données et comparatifs internationaux, le chapitre analyse ensuite les principaux défis, atouts et opportunités des villes du Maroc en matière de développement.
Revue de la politique urbaine nationale du Maroc
2. L’urbanisation au Maroc, ses défis et opportunités
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Introduction et principales conclusions
Copier le lien de Introduction et principales conclusionsLe Maroc a connu une urbanisation rapide ces dernières décennies, la population urbaine étant passée de 38,0 % de la population marocaine en 1975 à 65,2 % en 2024. Les estimations montrent que la population urbaine du Maroc continuera d’augmenter pour atteindre 67,8 % de la population totale en 2030. L’urbanisation au Maroc s’est caractérisée par la formation de grandes zones urbaines le long de la façade atlantique, avec de nombreuses petites et moyennes villes à l’intérieur du pays.
L’urbanisation est un moteur du développement et de la croissance économique au Maroc. Les villes marocaines concentrent 80 % de l’activité productive (industrie et services) et 75 % des emplois. Cependant, le développement économique des villes se trouve limité par plusieurs obstacles, notamment le manque d’infrastructures de transport, limitant les bénéfices potentiels des économies d’agglomération inhérents aux villes. De plus, l’accès à l’emploi dans les villes reste marqué par de fortes inégalités, avec les femmes et les jeunes rencontrant le plus de difficultés à intégrer le marché du travail et étant plus touchés par le chômage.
Malgré les avancées considérables réalisées ces dernières décennies en matière de développement humain et une amélioration très nette des conditions de logement du fait de nombreuses politiques volontaristes comme Villes sans Bidonvilles ou les programmes d’habitat social, en raison de la croissance urbaine rapide, les villes marocaines font face aujourd’hui à des enjeux essentiels en matière de logement et de transport, dont l’offre peine à croître au rythme de la demande. Les besoins en logements demeurent importants, et bien que la qualité de l’habitat urbain se soit fortement améliorée ces dernières décennies, les données du dernier recensement montrent qu’une partie importante du parc urbain demeure précaire. La mobilité représente un autre enjeu majeur pour les villes marocaines, notamment pour soutenir la compétitivité et l’attractivité des villes. Le maillage du transport en commun dans les villes reste peu développé, et une part importante des transports intra-urbains continue à s’effectuer par le biais de véhicules motorisés, tels que les taxis et véhicules personnels ou deux-roues.
Les villes marocaines sont par ailleurs d’importants émetteurs de gaz à effet de serre. Les émissions ont augmenté de manière continue dans les plus grandes zones urbaines marocaines depuis 1970, les secteurs de l’énergie et des déchets étant responsables de la part la plus importante de cette augmentation. Les villes sont également confrontées à des risques climatiques croissants, notamment un stress hydrique important, ainsi qu’à des risques géologiques tels que les tremblements de terre, accentués par de nombreux facteurs de vulnérabilité notamment la persistance d’un habitat insalubre et une littoralisation accentuée de l’urbanisation.
Les tendances de l’urbanisation au Maroc
Copier le lien de Les tendances de l’urbanisation au MarocLa population urbaine, aujourd’hui majoritaire, augmentera encore en taille et en part
Le Maroc est un pays largement urbain. Selon le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) de 2014 – dernière source officielle disponible à ce jour, le nouveau recensement RGPH étant prévu pour septembre 2024 –, la population marocaine vivant en milieu urbain (voir Encadré 2.1 pour plus de détails sur la définition de milieu urbain au Maroc) s’élevait en 2014 à 20,3 millions d’habitants, soit 60,3 % de la population totale du pays – un taux d’urbanisation deux fois plus important que celui de 1960. Cette croissance urbaine rapide depuis les années 1960 a résulté d’une forte natalité en milieu urbain, même si celle-ci est en baisse depuis les années 1990, et d’un exode rural massif.
Tableau 2.1. Évolution de la population urbaine de 1960 à 2014 et projections entre 2014 et 2030
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1960 |
1971 |
1982 |
1994 |
2004 |
2014 |
2024 |
2030 |
|
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Population totale (en milliers) |
11 626 |
15 379 |
20 420 |
26 074 |
29 892 |
33 848 |
37 370 |
39 330 |
|
Population urbaine (en milliers) |
3 390 |
5 410 |
8 730 |
13 408 |
16 464 |
20 433 |
24 387 |
36 661 |
|
Taux d’urbanisation (en %) |
29,2 |
35,2 |
42,8 |
51,4 |
55,1 |
60,3 |
65,2 |
67,8 |
Note : Recensement Général de la Population et de l’Habitat 2004 et 2014. Les données pour 2024 et 2030 sont issues de projections de la population urbaine du Centre d’Études et de Recherches Démographiques (CERED) du Haut-Commissariat au Plan (HCP).
Source : CERED/HCP (2014[1]), Recensement population (RGPH) 2014, https://www.hcp.ma/Recensement-population-RGPH-2014_a2941.html.
Cette prédominance de la population urbaine marocaine est également corroborée par les estimations de l’OCDE basées sur le degré d’urbanisation (Encadré 2.2) – une méthodologie conçue pour permettre les comparaisons internationales. D’après cet indicateur, l’OCDE estime qu’en 2015, environ 50,7 % de la population marocaine résidait dans des villes de plus de 50 000 habitants, 22,0 % dans des villes moins peuplées et banlieues, et les 27,3 % restants dans les zones rurales (Graphique 2.1). Par rapport aux pays de l’OCDE de revenu similaire (pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, selon la classification de la Banque mondiale), le Maroc affiche ainsi un niveau d’urbanisation similaire à celui du Costa Rica (45 %), mais inférieur à celui de la Türkiye et de la Colombie (59 % et 64 % respectivement).
Graphique 2.1. Répartition de la population selon le degré d’urbanisation au Maroc et dans une sélection de pays OCDE, 2015
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Note : Estimations pour l’année 2015.
Source : Calculs de l’OCDE, sur la base des grilles globales GHS-POP (2019[2]) pour l’année 2015.
Encadré 2.1. La définition de l’urbain et l’organisation territoriale du Maroc
Copier le lien de Encadré 2.1. La définition de l’urbain et l’organisation territoriale du MarocL’urbain selon le Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2014
Au Maroc, la ventilation des statistiques par milieu urbain et rural repose sur la classification de localités menée lors du Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH), sur la base de 1 538 communes, dont 256 sont urbaines et 1 282 rurales. En 2014, l’urbain se composait de :
Communes urbaines, soit les agglomérations ayant le statut administratif de « ville »1 ;
Centres urbains, soit les communes rurales considérées comme urbaines pour des fins statistiques lors du recensement de 2004 ;
Localités rurales reclassées en localités urbaines selon l’approche adoptée pour le RGPH 2014 (voir ci-dessous) ;
Nouvelles villes créées dans le territoire rural (par exemple, Tamansourt, Tamesna).
Le reclassement des localités rurales candidates en localités urbaines s’est fait en trois étapes, et a concerné les agglomérations rurales comptant environ 300 ménages, avec des habitations groupées et espacées de moins de 200 mètres :
1. Les agglomérations ont rempli un questionnaire préliminaire visant à identifier la présence de routes goudronnées, d’eau potable, de l’électricité, et d’un minimum d’équipements publics (par exemple, un bureau de poste, une station d’essence, une pharmacie, etc.).
2. Les agglomérations retenues après la première étape ont rempli un questionnaire principal visant à identifier la présence d’une quarantaine d’équipements et services. Des indices d’urbanisation ont été calculés sur la base de ces réponses, et ont été confrontés à des seuils d’acceptation régionaux définis par le Haut-Commissariat au Plan. Les localités ayant été acceptées selon l’approche de sélection régionale et ayant au moins une taille de 400 ménages (2 500 habitants) ont été retenues.
3. La nouvelle allocation a été confrontée à la proposition de la Direction régionale du Haut-Commissariat au Plan. En cas de divergence, une visite sur le terrain a été menée pour décider définitivement du reclassement de la localité en question.
Toutefois, la Loi organique 113-14 relative aux communes, promulguée en 2016 après le RGPH 2014, a levé toute distinction entre communes urbaines et communes rurales en stipulant dans son article 2 que « La commune est l’un des niveaux d’organisation territoriale du royaume et elle constitue une collectivité territoriale de droit public dotée de la personnalité morale et de l’autonomie administrative et financière. »
L’organisation territoriale du Maroc
Le Maroc est doté d’un système territorial qui se compose de trois niveaux :
Le premier niveau est constitué de régions regroupant différentes préfectures et provinces (Décret n°2.15.10 du 20 février 2015). Les régions ont pour mission de promouvoir le développement intégré et durable, et jouent un rôle prééminent en matière de programme de développement régional (PDR) et de schéma régional d’aménagement du territoire (SRAT).
Le niveau intermédiaire est constitué de préfectures et provinces. Ces collectivités ont pour mission de promouvoir le développement social, notamment en milieu rural mais aussi dans les espaces urbains. Elles doivent également promouvoir le renforcement de l'efficacité, de la mutualisation et de la coopération entre les communes du territoire dont elles ont la responsabilité.
Le niveau inférieur est constitué des communes, responsables de la prestation des services de proximité aux citoyennes et citoyens.
Dans le système des grilles territoriales de l’OCDE (OECD, 2022[3]), les régions correspondent au Niveau Territorial 2 (TL2), et les préfectures et provinces au Niveau Territorial 3 (TL3).
1. Selon l’article 1er de la loi n° 12.90, les communes urbaines sont les municipalités et centres dotés de la personnalité et de l’autonomie financière.
Source : Réponses au questionnaire de l’OCDE fournies par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) et la Direction des Affaires Juridiques ; (OECD/UCLG, 2016[4]) Subnational Governments Around the World: Structure and Finance, https://www.uclg.org/sites/default/files/global_observatory_on_local_finance_0.pdf ; (Portail National des Collectivités Territoriales, s.d.[5]), 2015: Vers une régionalisation avancée, https://www.collectivites-territoriales.gov.ma/fr/2015-vers-une-regionalisation-avancee ; (Haut-Commissariat au Plan, s.d.[6]) Répartition géographique de la population d’après les données du Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2014, https://www.hcp.ma/Repartition-geographique-de-la-population-d-apres-les-donnees-du-Recensement-General-de-la-Population-et-de-l-Habitat-de_a1796.html
D’après le degré d’urbanisation utilisé par l’OCDE (Encadré 2.2), la population marocaine est également devenue de plus en plus urbaine. Entre 1975 et 2015, la part de la population marocaine habitant dans des villes a augmenté de 12,7 points de pourcentage (ci-après, pp), passant de 38,0 % à 50,7 % (Graphique 2.2), un accroissement similaire à celui de la Norvège (11,2 pp) et de la Nouvelle Zélande (14,2 pp). Dans le même temps, la part de la population marocaine habitant dans les villes moins peuplées et banlieues a légèrement diminué (-3 pp), mais cette diminution a été moins marquée que celle observée dans des pays tels que le Chili (-7,8 pp), la Colombie (-12,9 pp) et la Türkiye (-13,1 pp).
Graphique 2.2. Évolution de la répartition de la population selon le degré d’urbanisation au Maroc et dans une sélection de pays OCDE, 1975-2015, points de pourcentage
Copier le lien de Graphique 2.2. Évolution de la répartition de la population selon le degré d’urbanisation au Maroc et dans une sélection de pays OCDE, 1975-2015, points de pourcentageEncadré 2.2. Le degré d’urbanisation
Copier le lien de Encadré 2.2. Le degré d’urbanisationLe degré d’urbanisation (DEGURBA), conjointement développé par l’OCDE et la Commission européenne, est une méthode qui permet de classer les aires de manière simple et neutre, et qui peut être appliquée à tous les pays du monde. La classification s’effectue sur la base de critères de taille et de densité de population, appliqués à des grilles de population de 1 km2. Les trois types d’aires distingués par le DEGURBA sont :
Les villes qui sont constituées des parties contigües ayant une densité de plus de 1 500 habitants par km2 ou ayant au moins 50 % de zone bâtie, et avec une population d’au moins 50 000 habitants.
Les villes moins peuplées et banlieues qui sont constituées des parties contigües ayant une densité d’au moins 300 habitants par km2 ou ayant au moins 3 % de zone bâtie, et avec une population d’au moins 5 000 habitants.
Les zones rurales qui sont des zones contigües qui n’appartiennent pas aux deux catégories précédentes. La plupart de ces zones ont une densité en dessous de 300 habitants par km2.
Ces chiffres ont été calculés sur la base des grilles de population globales GHS-POP R2019A publiées par le Centre commun de recherche de la Commission européenne.
Source : (OECD et al., 2021[7]) Applying the Degree of Urbanisation: A Methodological Manual to Define Cities, Towns and Rural Areas for International Comparisons ; https://doi.org/10.1787/4bc1c502-en ; (Florczyk et al., 2019[2]) GHSL data package 2019 : public release GHS P2019, https://data.europa.eu/doi/10.2760/062975.
Le Haut-Commissariat au Plan (HCP, ci-après) prévoit que la population urbaine du Maroc continuera à croître dans les prochaines années, passant de 20,4 millions en 2014 à 23,6 millions en 2022, 26,7 millions en 2030 et 32,1 millions en 2050, soit une multiplication de la population urbaine par environ 1,6 entre 2014 et 2050 (augmentation de 13 % entre 2022 et 2030 et de 20 % entre 2030 et 2050), tandis que d'après les projections, la population rurale devrait diminuer en passant de 13,4 millions de personnes en 2014 à 11,5 millions en 2050. La population urbaine augmentera fortement de 20,4 millions de personnes en 2014 à 32,1 millions en 2050, faisant passer la part de la population urbaine dans la population marocaine totale de 60,3 % en 2014 à 73,6 % en 2050 (Graphique 2.3).
Graphique 2.3. Projections sur l’évolution de la population du Maroc par milieu de résidence (2014-2050)
Copier le lien de Graphique 2.3. Projections sur l’évolution de la population du Maroc par milieu de résidence (2014-2050)Cette croissance de la population urbaine sera néanmoins accompagnée d’un ralentissement important du taux d’accroissement naturel – c’est-à-dire la différence entre le taux de natalité et le taux de mortalité – qui passera de 11 % à 3 % entre 2022 et 2049. Malgré le ralentissement du taux d’accroissement naturel, la population en milieu urbain continuera d’augmenter à des taux importants dans l’ensemble du territoire, et notamment dans la région capitale. D’autre part, selon les prévisions du Haut-Commissariat au Plan (Réponses au questionnaire de l’OCDE), la région de Casablanca-Settat, qui abrite environ un quart des citadins marocains, verra sa population urbaine augmenter d’environ 18 % entre 2020 et 2030, passant de 5,6 à 6 millions d’habitants urbains. La croissance de la population urbaine sera particulièrement élevée dans les régions de Souss-Massa et Oriental (29 % et 24 % respectivement), passant de 1,75 et 1,78 millions en 2020, à 2,1 et 2,3 millions en 2030 respectivement.
Un pays caractérisé par un grand nombre de petites villes et des villes côtières, mais une population urbaine concentrée principalement dans les grandes agglomérations
L‘accroissement démographique des dernières décennies au Maroc et la répartition de la population dans les villes ont largement contribué à l’évolution de l’armature urbaine marocaine. En effet, tandis que le nombre de villes ayant une population entre 500 000 et 1 million d’habitants est resté relativement stable entre 2004 et 2014, le nombre de villes ayant entre 20 000 et 100 000 habitants et entre 100 000 et 500 000 habitants a connu une augmentation significative. Seule la strate des centres urbains de moins de 20 000 habitants a enregistré un léger recul, passant de 237 en 2004 à 232 en 2014. En revanche, le poids des centres urbains de moins de 100 000 habitants en termes de population a baissé entre 2004 et 2014 (passant de 33,2 % de la population urbaine en 2004 à 31,8 % en 2014), alors que la part démographique des villes de plus de 100 000 habitants a connu un accroissement. Ainsi, plus des deux-tiers (68,2 %) de la population urbaine en 2014 sont concentrés dans des villes de plus de 100 000 habitants (Tableau 2.2). En effet, la population a augmenté très rapidement dans les plus grandes villes du pays ces dernières décennies, comme Casablanca et Tanger. La population de Rabat a quant à elle sensiblement diminué entre les deux derniers recensements, passant d’environ 625 000 habitants à moins de 580 000 (Tableau 2.3).
Tableau 2.2. Part de la population urbaine par taille de villes en 1994, 2004 et 2014
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1994 |
2004 |
2014 |
|
|---|---|---|---|
|
Moins de 20 000 habitants |
11,6 % |
10,1 % |
8,9 % |
|
De 20 000 à 100 000 habitants |
22,1 % |
23,1 % |
22,9 % |
|
De 100 000 à 500 000 habitants |
26,4 % |
25,6 % |
27,6 % |
|
De 500 000 à 1 million d’habitants |
29,7 % |
23,3 % |
18,8 % |
|
1 million d’habitants et plus |
20,2 % |
17,9 % |
21,8 % |
Source : CERED/HCP (2014[1]), Recensement population (RGPH) 2014, https://www.hcp.ma/Recensement-population-RGPH-2014_a2941.html.
Tableau 2.3. Évolution démographique des grandes villes marocaines
Copier le lien de Tableau 2.3. Évolution démographique des grandes villes marocaines|
Recensement 2004 |
Recensement 2014 |
Taux d’accroissement annuel moyen (%) |
|||
|---|---|---|---|---|---|
|
Population |
Ménages |
Population |
Ménages |
||
|
Casablanca |
3 032 116 |
639 201 |
3 359 818 |
819 954 |
1,03 |
|
Fès |
950 240 |
194 582 |
1 112 072 |
257 739 |
1,59 |
|
Tanger |
687 667 |
147 637 |
947 952 |
239 243 |
3,26 |
|
Marrakech |
826 634 |
170 342 |
928 850 |
217 245 |
1,17 |
|
Salé |
760 186 |
158 260 |
890 403 |
213 477 |
1,59 |
|
Meknès |
538 343 |
114 407 |
632 079 |
151 579 |
1,62 |
|
Rabat |
625 336 |
144 226 |
577 827 |
151 670 |
-0,79 |
Source : CERED/HCP (2014[1]), Recensement population (RGPH) 2014, https://www.hcp.ma/Recensement-population-RGPH-2014_a2941.html.
Afin de faciliter la comparaison internationale des villes, l’OCDE et la Commission européenne ont développé le concept de zones urbaines fonctionnelles (ZUF). Cette définition, qui prend en compte le caractère économique et fonctionnel des villes, mène souvent à définir des aires urbaines qui dépassent les limites purement administratives des villes. Une adaptation de cette méthode dans le cas du Maroc (Encadré 2.3 et Annexe 1.A) a permis d’identifier 58 zones urbaines fonctionnelles, un nombre similaire à celui du Japon (61), de la Pologne (58) et de la Colombie (53) (Graphique 2.4). Parmi ces 58 zones urbaines fonctionnelles, 17 sont considérées comme des nouvelles zones urbaines, c’est-à-dire qu’elles ont franchi le cap des 50 000 habitants entre 1990 et 2015.
Encadré 2.3. Délimitation des zones urbaines fonctionnelles par l’OCDE et la classification des agglomérations du Maroc
Copier le lien de Encadré 2.3. Délimitation des zones urbaines fonctionnelles par l’OCDE et la classification des agglomérations du MarocDélimitation des zones urbaines fonctionnelles pour le Maroc
Définition selon la méthodologie OCDE/UE
La définition des zones urbaines fonctionnelles (ZUF), approuvée par la Commission statistique des Nations Unies en 2020, a été développée par l’OCDE et l’Union Européenne afin de faciliter la comparabilité internationale des villes (Dijkstra, Poelman et Veneri, 2019[9]).
Cette définition prend en compte le caractère économique et fonctionnel des villes. La densité de population et les flux de déplacements domicile-travail sont utilisés pour identifier un noyau urbain densément peuplé (ci-après appelé ville), et une zone en périphérie (ci-après appelée zone de navettage), moins peuplée, dont le marché du travail est fortement intégré au noyau urbain (plus de 15 % de leurs actifs travaillent dans la ville).
Estimation des zones fonctionnelles urbaines au Maroc
En l’absence de données sur les déplacements domicile-travail ou de données de mobilité exploitables1, l’OCDE propose une approximation des limites des ZUF à partir d’une grille de temps de déplacement disponible au niveau mondial (Weiss et al., 2018[10]) en plus d’une grille de population (Moreno-Monroy, Schiavina et Veneri, 2021[11]).
Cette méthode sert à délimiter une zone de navettage matricielle, qui peut ensuite être adaptée aux limites administratives des unités locales pour faciliter la construction d’indicateurs statistiques au niveau de la ZUF. Au Maroc, les unités locales choisies sont les communes. Les communes sont affectées aux zones urbaines fonctionnelles selon la répartition de leur population.
La classification des villes et agglomérations
Pour faciliter les comparaisons entre différents pays, l’OCDE classifie les ZUF sur la base de seuils de population, qui peuvent être différents des seuils de classification nationaux. Dans le cas du Maroc, les deux classifications sont comparées dans le tableau ci-dessous :
|
Maroc (selon le Schéma National de l’Armature Urbaine) |
OCDE |
||
|---|---|---|---|
|
Seuil de population |
Classification des agglomérations |
Classification des ZUF |
Seuil de population |
|
20 000 à 50 000 |
Petite ville |
N’est pas considérée une ZUF |
Inférieur à 50 000 |
|
50 000 à 500 000 |
Ville moyenne |
||
|
Petite aire urbaine |
50 000 à 100 000 |
||
|
Supérieur à 500 000 |
Métropole |
Aire urbaine moyenne |
100 000 à 250 000 |
|
Aire métropolitaine |
250 000 à 1.5 million |
||
|
Grande aire métropolitaine |
Supérieur à 1.5 million |
||
Note : Les détails de la méthodologie ainsi que des chiffres clés sur les zones urbaines fonctionnelles identifiées se trouvent dans l’Annexe 1.A.
Source : Réponses au questionnaire de l’OCDE fournies par l’Agence urbaine de Fès, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) et la Direction des Affaires Juridiques du Maroc.
1. Les données de mobilité issues des téléphones portables ont été utilisées pour délimiter les zones fonctionnelles en Estonie (OECD, 2020[45]).
Graphique 2.4. Nombre de zones urbaines fonctionnelles au Maroc et dans les pays de l’OCDE
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Note : Le graphique montre les 36 pays de l’OCDE ayant appliqué la méthodologie OCDE/UE pour la délimitation des zones urbaines fonctionnelles. Cette liste de pays n’inclut pas Israël et le Costa Rica, pour lesquels la délimitation des ZUF n’est actuellement pas disponible.
Source : Calculs de l’OCDE, sur la base des grilles globales GHS-POP (2019[2]) pour l’année 2015.
En termes de taille, ce sont les petites zones urbaines fonctionnelles qui dominent au Maroc. En effet, plus des trois-quarts des 58 ZUF marocaines (soit 45 ZUF) ont moins de 250 000 habitants. Cette forte prédominance des petites zones urbaines (entre 50 000 et 250 000 habitants) ne se retrouve pas dans la majorité des pays de l’OCDE (Graphique 2.5), y compris dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure comparables au Maroc (Graphique 2.6). Par exemple, au Mexique et en Türkiye, ce sont plutôt les aires métropolitaines de taille moyenne (entre 250 000 et 1 million d’habitants) qui dominent. Parmi les autres pays de l’OCDE, la distribution des villes marocaines par taille se rapproche plutôt de celle de l’Espagne, de la Pologne, ou encore de la Colombie. Aucune zone urbaine marocaine ne dépasse encore le cap de 5 millions d’habitants, mais Casablanca s’en rapproche, avec une population estimée à 4,4 millions d’habitants en 2015.
Graphique 2.5. Part des petites zones urbaines dans le total des zones urbaines fonctionnelles
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Note : Le graphique montre 34 pays de l’OCDE ayant appliqué la méthodologie OCDE/EU pour la délimitation des zones urbaines fonctionnelles. L’Islande et la Corée, où les petites zones urbaines constituent respectivement 100 % et 0 % du total des zones urbaines fonctionnelles, sont exclues de l’analyse.
Source : Calculs de l’OCDE, sur la base des grilles globales GHS-POP (2019[2]) pour l’année 2015.
Graphique 2.6. La distribution des zones urbaines fonctionnelles par taille, au Maroc et dans une sélection de pays de l’OCDE
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Note : Dans le graphique, les pays sont groupés selon la classification des pays par la Banque Mondiale en fonction de leur revenu. Au sein de chaque panel, les pays sont ensuite classés par ordre croissant en fonction du nombre de zones urbaines de moins de 250 000 habitants. Les pays OCDE pour lesquels la délimitation des ZUF est en cours sont exclus de l’analyse (Costa Rica).
Source : Calculs de l’OCDE, sur la base des grilles globales GHS-POP (2019[2]) pour l’année 2015.
La géographie du Maroc a fortement influencé le processus d’urbanisation du pays, caractérisé aujourd’hui par un système de grandes zones urbaines organisées le long de la façade atlantique, accompagné par un réseau de petites, moyennes et grandes villes à l’intérieur du pays (Graphique 2.7) (voir classification des villes selon le Schéma National de l’Armature Urbaine dans l’Encadré 2.3). Quatre des six aires métropolitaines marocaines de plus d’un million d’habitants (selon le recensement du RGPH 2014) se trouvent sur la côte du pays (Casablanca, Rabat, Agadir et Tanger). Parmi ces aires, les villes portuaires de Tanger et d’Agadir ont connu la croissance démographique la plus importante depuis 2000, de 56 % et 39 % respectivement. Bien que plus modeste, la croissance de la population dans les autres aires métropolitaines (soit les ZUF de plus de 250 000 habitants) a également été importante, avec des taux de croissance supérieurs à 10 %. En ce qui concerne les petites zones urbaines, leur croissance démographique a été influencée par le dynamisme des grandes villes côtières. Aïn El Aouda et Deroua, proches de Rabat et Casablanca (respectivement), sont les zones urbaines ayant connu le taux de croissance démographique le plus important entre 2000 et 2015, de plus de 60 % (Graphique 2.8). Sur la même période, seules cinq parmi les 58 zones urbaines fonctionnelles marocaines ont vu leur population diminuer : Taza (- 8.6 %), Tiznit (- 8.6 %), Ouezzane (- 3.5 %), Essaouira (- 1.6 %) et Sidi Bennour (- 1.3 %).
Graphique 2.7. Un système de grandes zones urbaines
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Note : Les barres en bleu clair et bleu moyen montrent la taille des zones urbaines fonctionnelles de plus de 250 000 habitants. La dernière barre, en bleu foncé, montre la population moyenne des 45 ZUF de moins de 250 000 habitants.
Source : Calculs de l’OCDE, sur la base des grilles globales GHS-POP (2019[2]) pour l’année 2015.
Graphique 2.8. La croissance de la population dans les zones urbaines fonctionnelles, 2000-2015
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Note : L’axe horizontal utilise une échelle logarithmique.
Source : Calculs de l’OCDE, sur la base des grilles globales GHS-POP (2019[2]) pour l’année 2015.
L’étalement urbain présente un risque pour le développement inclusif et durable, notamment dans les villes de Casablanca et Rabat
Dans la plupart des pays de l’OCDE, les villes sont plus étendues aujourd’hui qu’en 1990, avec les espaces à très faible densité représentant une part plus importante du territoire (OECD, 2018[12]). Ce mode d’urbanisation peut poser un défi pour le développement économique durable et inclusif des villes. D’une part, l’allongement des périmètres des villes dans des zones à faible densité implique une hausse des coûts de fournitures d’infrastructures par habitant par rapport aux zones plus denses (e.g. routes goudronnées, traitement des eaux, écoles). L’étalement urbain peut également conduire à la ségrégation spatiale des ménages à faibles ressources par le biais de l’augmentation des prix des logements dans les zones centrales, et en limitant par la suite l’accès aux marchés de travail des centres-villes. Sur le plan environnemental, l’étalement urbain aurait également un impact sur les émissions de gaz à effet de serre, la qualité de l’air et de l’eau, la disponibilité des terres arables périurbaines, la biodiversité et les îlots de chaleur urbains (OECD, 2018[12]). L’étalement urbain au-delà des périmètres administratifs des villes induit également des défis en termes de gouvernance, notamment en ce qui concerne la gestion des services publics.
Depuis 1975, la forte croissance démographique des villes marocaines s'est accompagnée d’une hausse encore plus importante de leur zone bâtie (Graphique 2.9), donnant une première indication sur l’ampleur de l’étalement urbain au Maroc. Au cours des quarante dernières années, la zone bâtie a augmenté en moyenne de 174 % dans les villes marocaines, contre une hausse de 157 % pour la population urbaine – un écart bien moins important cependant (17 points de pourcentage) que celui observé dans les pays de l’OCDE (68 points de pourcentage, en moyenne). Néanmoins, dans les villes moins peuplées et les banlieues au Maroc, cet écart s’accélère depuis 1990, suggérant un étalement urbain encore relativement limité mais bien présent. L’étalement urbain au Maroc prend plusieurs formes, notamment des projets de villes nouvelles, ou encore des grands ensembles d’habitat social, des résidences sur de grandes superficies pour des ménages à revenu supérieur aux abords de voies existantes (par exemple, les ensembles résidentiels à El Menzeh dans l’agglomération de Rabat et à Bouskoura dans le Grand Casablanca), ou des constructions sommaires qui s’étendent dans le prolongement des noyaux d’habitat rural existants dans les périphéries des villes (voir Chapitre 4 pour plus de détails sur l’étalement urbain au Maroc).
Graphique 2.9. L’évolution de la zone bâtie et de la population selon le degré d’urbanisation entre 1975 et 2015, Maroc et moyenne des pays OCDE
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Note : Indices normalisés, base 100 en 1975. La dernière estimation de la population au Maroc date de 2015, et celle de la zone bâtie, de 2014.
Source : Calculs de l’OCDE, sur la base des grilles globales GHS-POP (2019[2]) pour l’année 2015, et GHS-BUILT pour l’année 2014.
Parmi les zones urbaines fonctionnelles de plus d’un million d’habitants, Casablanca et Rabat ont connu la plus forte croissance de population et de superficie urbanisée entre 1975 et 2014, multipliant par deux leur nombre d’habitants (par 2,3 et 1,8 pour Casablanca et Rabat, respectivement), et leur zone bâtie par un facteur encore plus important (2,45 et 3,4, respectivement) (Graphique 2.10). Elles ont été les seules parmi les six zones urbaines les plus peuplées à avoir connu une augmentation de l’espace moyen consommé par habitant, passant de 39,9 à 42,9 m2 par habitant à Casablanca, et de 24 à 45,9 m2 par habitant à Rabat.
Graphique 2.10. L’évolution de la population et de la zone bâtie dans les zones urbaines de plus d’un million d’habitants au Maroc entre 1975 et 2015
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Note : Les graphiques comparent l’évolution de la population entre 1975 et 2015, et l’évolution de la zone bâtie entre 1975 et 2014. Les grilles GHS-BUILT donnent le pourcentage de zone bâtie estimé pour des cellules de 1km x 1km sur la base d’images satellites. Dans le graphique ci-dessus, la zone bâtie correspond à la somme des pourcentages de l’ensemble des cellules appartenant à chaque zone urbaine fonctionnelle (ZUF).
Source : Calculs de l’OCDE, sur la base des grilles globales GHS-POP (2019[2]) pour l’année 2015, et GHS-BUILT pour l’année 2014.
Au sein de la zone urbaine de Casablanca, bien que la population se soit historiquement concentrée dans la commune centrale, les grilles de population et de zone bâtie montrent que la superficie urbanisée a augmenté de manière relativement plus importante que la population dans les communes périphériques de Mohammedia (au nord-est), Bouskoura (au sud-ouest) et Dar Bouazza (à l’ouest) (Graphique 2.11). Pour la zone urbaine de Rabat, l’expansion de la zone bâtie s’est faite vers le sud-ouest, notamment dans les communes de Skhirate et Harhoura (Graphique 2.12).
Graphique 2.11. Distribution de la population et de la zone bâtie dans la zone urbaine de Casablanca, 1975 et 2015
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Note : La ligne noire montre les limites du centre urbain de Casablanca, et la ligne en pointillés la zone de navettage selon l’estimation de l’OCDE suivant la méthodologie expliquée dans l’Encadré 1.3.
Source : Grille de population et de zone bâtie GHS 2015 (Florczyk et al., 2019[2]) et contours des zones urbaines fonctionnelles, délimitées selon la méthode expliquée dans l’Annexe 2.A.
Graphique 2.12. Distribution de la population et de la zone bâtie dans la zone urbaine de Rabat, 1975 et 2015
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Note : La ligne noire montre les limites du centre urbain de Rabat, et la ligne en pointillés la zone de navettage selon l’estimation de l’OCDE suivant la méthodologie expliquée dans l’Encadré 1.3.
Source : Grille de population et de zone bâtie GHS 2015 (Florczyk et al., 2019[2]) et contours des zones urbaines fonctionnelles, délimités selon la méthode expliquée dans l’Annexe 2.A.
Les prévisions effectuées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) sur l’horizon 2020-2030 suggèrent une croissance continue de la population dans les périphéries de Casablanca et Rabat (Tableau 2.4). Selon les estimations de l’HCP, la population devrait augmenter de 14 % dans la province de Mohammédia, de 80 % à Nouaceur et de 92 % à Médiouna, alors qu’elle n’augmentera que de 4 % à Casablanca. Dans la région de Rabat-Salé-Kénitra, les prévisions indiquent une redistribution de la population de Rabat vers les provinces environnantes : Rabat verra une diminution de sa population urbaine d’environ 17 %, alors qu’il est prévu que Salé et Skhirate-Témara voient leur population augmenter de 16 % et 33 % respectivement.
Tableau 2.4. Prévisions d’évolution de la population urbaine dans les provinces de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra, 2020-2030
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Région |
Province |
Population totale, 2014 |
% de population urbaine, 2014 |
Évolution de la population urbaine, 2020-2030 |
|---|---|---|---|---|
|
Casablanca-Settat |
Casablanca |
3 343 642 |
100 % |
+4 % |
|
Mohammédia |
403 392 |
71 % |
+14 % |
|
|
Nouaceur |
325 651 |
83 % |
+80 % |
|
|
Médiouna |
171 822 |
70 % |
+92 % |
|
|
Rabat-Salé-Kénitra |
Salé |
973 418 |
93 % |
+16 % |
|
Rabat |
572 717 |
100 % |
-17 % |
|
|
Skhirate-Témara |
572 170 |
90 % |
+33 % |
Note : Calculs de l’OCDE, sur la base des données du Haut-Commissariat au Plan.
Source : Haut-Commissariat au Plan, Projection de la population urbaine des provinces et préfectures entre 2014 et 2030 et Indicateurs RGPH 2014, http://rgphentableaux.hcp.ma/Default1
La performance économique des villes marocaines
Copier le lien de La performance économique des villes marocainesLes villes marocaines sont les principaux moteurs de l’économie du pays, mais pourraient tirer davantage parti des économies d’agglomération
D’après les données disponibles du HCP, la répartition régionale du PIB au Maroc suggère que les villes sont le moteur principal de l’économie marocaine. Localisées sur le littoral atlantique, les régions de Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima, abritant 44,7 % de la population du pays et 50,7 % de la population urbaine, étaient responsables de la création d’environ 59 % de la richesse nationale en 2020 (Graphique 2.13) (HCP, 2020[13]). La région de Casablanca-Settat, une région majoritairement urbaine (73,5 % de la population totale en 2014), génère environ un tiers du PIB national, suivie par Rabat-Salé-Kénitra (dont 69,7 % de la population habitait en milieu urbain, en 2014), responsable de 16 % du PIB (Graphique 2.13). Le PIB par habitant de ces deux régions se trouve également parmi les plus élevés du Royaume, atteignant 50 129 MAD (environ 4 600 EUR) par habitant en 2020 à Casablanca-Settat, et 37 668 MAD à Rabat-Salé-Kénitra, soit 1,6 et 1,2 fois supérieur à la moyenne nationale de 32 055 MAD.
Graphique 2.13. Contribution des cinq régions marocaines les plus urbanisées au PIB national en 2020
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Notes : Données provisoires de PIB publiées par le Haut-commissariat au Plan, à prix courants.
Source : Haut-Commissariat au Plan (2020[13]), Comptes régionaux : Produit intérieur brut et dépenses de consommation finale des ménages et Projection de la population urbaine des provinces et préfectures entre 2014 et 2030 (Réponses au questionnaire de l’OCDE).
Si l’urbanisation a ainsi joué un rôle de levier de croissance économique au Maroc, ce rôle pourrait être encore renforcé en tirant davantage parti des « économies d’agglomération », c’est-à-dire les bénéfices économiques accrus dus à la proximité des entreprises et des personnes (OECD, 2015[14]). Ces bénéfices peuvent être expliqués par plusieurs facteurs, comme le partage de connaissances, la spécialisation, et la création de marchés du travail denses (Ahrend et al., 2014[15]). Par exemple, l’innovation s’accélère quand les personnes et entreprises travaillant dans le même domaine sont géographiquement proches les unes des autres et peuvent échanger leurs idées de manière fréquente. Les marchés du travail denses (avec un grand nombre de travailleurs, spécialisés dans plusieurs domaines) facilitent également une meilleure mise en correspondance entre travailleurs et entreprises.
Or, dans les 26 zones urbaines fonctionnelles marocaines disposant d’une zone de navettage distincte du centre urbain (Tableau 1.A.1), seulement 10 % de la population réside dans la zone de navettage (Graphique 2.14), un chiffre en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE, qui s’élève à 30 %. Le faible taux de population résidant dans la zone de navettage peut indiquer un manque d’infrastructures ou de services de transport qui facilitent les trajets journaliers entre la zone de navettage et le centre urbain. Dans ce cas, cette carence limiterait l’accès des citadins habitant dans la zone de navettage aux marchés du travail du centre urbain et risque ainsi de freiner le potentiel des économies d’agglomération. En plus du manque d’infrastructures, en particulier de transport, la difficulté de l’accès au sol, la persistance d’un important secteur informel, avec près de 40 % des emplois dans le secteur informel en excluant l’agriculture, et la fragmentation des politiques et initiatives de développement urbain entre les différents niveaux de gouvernement et secteurs de politiques publiques constituent des obstacles limitant les investissements et la croissance économique des villes marocaines (pour plus de détails sur ces obstacles et politiques menées pour améliorer la compétitivité des villes au Maroc, voir Chapitre 4).
Graphique 2.14. Part de la population de la zone urbaine fonctionnelle habitant dans la zone de navettage, Maroc et pays de l’OCDE
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Source : Calculs de l’OCDE, sur la base des grilles globales GHS-POP (2019[2]) pour l’année 2015. La comparaison se fait sur l’échantillon de ZUF qui ont une zone de navettage distincte du centre urbain.
La crise de COVID-19 a fortement impacté les travailleurs dans les villes
En 2020, la pandémie de COVID-19 a freiné la croissance économique du Maroc, entraînant une baisse du PIB national de 7,2 % (HCP, 2021[16]). Le rebond économique du Maroc en 2021 (de 7,9 %) a été principalement dû à la croissance de l’activité agricole (17,6 %, grâce à des récoltes exceptionnelles).
Le tourisme, qui générait environ 7,1 % du PIB national en 2019 et constitue l’un des secteurs les plus dynamiques dans les villes marocaines, a été frappé de plein fouet par la crise économique liée à la pandémie de COVID-19. Entre 2019 et 2020, la contribution du secteur de l’hébergement et de la restauration au PIB national est passée de 50,2 à 23,2 milliards MAD (soit une perte de 54 %). Les régions de Marrakech-Safi et Souss-Massa, où le secteur représente respectivement 12,5 % et 9,6 % du PIB régional en 2019, ont été particulièrement touchées (Graphique 2.15).
Graphique 2.15. PIB du secteur de l’hébergement et de la restauration dans cinq régions marocaines entre 2019 et 2020
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Note : Le graphique montre l’évolution du PIB du secteur de l’hébergement et de la restauration dans les cinq régions marocaines où le PIB du secteur contribue le plus au PIB de la région. La contribution de l’hébergement et de la restauration au PIB régional de 2019 est renseignée entre parenthèses. Prix courants, données provisoires pour 2020.
Source : Haut-Commissariat au Plan (2020[13]), Comptes régionaux : Produit intérieur brut et dépenses de consommation finale des ménages.
La pandémie a également fortement touché les habitants des villes marocaines. En milieu urbain, le taux de vulnérabilité économique1 a augmenté de 4,6 % à 5,9 % entre 2019 et 2021. En parallèle, le niveau de vie des ménages urbains, tel que mesuré par la consommation par tête, est passé de 24 620 à 23 000 MAD, soit une baisse de 6,6 % en deux ans (Haut-Commissariat au Plan, 2022[17]).
Le chômage urbain a également augmenté de manière importante dans la région de Casablanca-Settat, qui hébergeait en 2020 environ un Marocain urbain sur quatre. Au sein de cette région, le chômage en milieu urbain a augmenté le plus dans la province de Casablanca, passant de 13 % à 18 % entre 2019 et 2020, suivie par la province de Berrechid, avec une augmentation de 8 % à 13 %. L’augmentation du taux de chômage dans la province de Sidi Slimane dans la région de Rabat-Salé-Kénitra a également été importante, passant de 12 % à 21 % entre 2019 et 2020.
Les villes peinent à intégrer les femmes et les jeunes sur le marché du travail
Le marché du travail marocain est caractérisé par des disparités importantes, tant entre villes et zones rurales, qu’entre femmes et hommes. Tandis que le chômage est globalement faible dans les zones rurales (6,3 % en 2023), les villes marocaines sont confrontées à un taux de chômage beaucoup plus important (16,8 % en 2023), suggérant une création insuffisante d’emplois pour faire face aux besoins d’une population urbaine croissante (Haut-Commissariat au Plan, 2024[18]). Le taux de chômage plus faible en milieu rural qu’en milieu urbain s’expliquerait du fait que l’offre excédentaire de main-d’œuvre rurale migrerait vers les villes avant de se manifester dans les statistiques nationales du chômage (ECLAC / ILO, 2016[19]).
De plus, ce sont les femmes qui pâtissent le plus de la situation de l’emploi plus difficile dans les zones urbaines. En ville, le taux de participation des femmes est presque quatre fois inférieur à celui des hommes (respectivement 18,5 % et 66,5 % en 2023), et les femmes sont environ 1,7 fois plus susceptibles que les hommes d'être au chômage (25,0 % contre 14,4 % en 2023), ou de n’être ni en emploi, ni en formation, ni en études (28,7 % contre 15,2 % en 2020).
Le taux d’activité est inférieur en milieu urbain pour toutes les tranches d’âge (Graphique 2.16). Cette tendance, observée dans la majorité des pays du monde à l’exception des pays à revenu élevé (International Labour Organization, 2020[20]), reflète des différences importantes dans les conditions de vie et les opportunités dans les villes par rapport aux zones rurales. Les habitants en milieu urbain peuvent en effet bénéficier d’un meilleur accès aux services sociaux et aux services d’éducation que les habitants des zones rurales, ce qui leur permet de rester inactifs si la qualité ou les conditions de travail sont inadéquates. En effet, l’écart important du taux d’activité observé pour les tranches d’âge de 15 à 19 ans et de 60 ans et plus suggère que les habitants ruraux participent au marché du travail plus tôt que les citadins (au lieu de poursuivre leurs études à temps plein, ce qui les rendrait inactifs selon les définitions des statistiques officielles), et plus tard (au lieu de prendre leur retraite).
Graphique 2.16. Taux d’activité en milieu urbain et rural au Maroc par tranche d’âge, 2017-2020
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Note : Le taux d’activité est le rapport entre la population active (personnes exerçant ou cherchant à exercer une activité professionnelle) et l’ensemble de la population.
Source : Haut-Commissariat au Plan, Annuaires statistiques du Maroc, https://www.hcp.ma/downloads/?tag=Annuaires+statistiques+du+Maroc.
Par ailleurs, ces disparités sont encore plus marquées entre les hommes et les femmes. Le taux de participation des femmes marocaines reste parmi les plus bas au monde, occupant en 2018 la 180ème place sur un échantillon de 189 pays (Lopez-Acevedo et al., 2021[21]). En 2020, environ une femme sur cinq (19,9 %) exerçait ou cherchait à exercer une activité professionnelle rémunérée, contre 70,4 % des hommes. Cet écart entre hommes et femmes (50,5 pp) est bien plus élevé que dans les pays de l’OCDE, où il s’élève en moyenne à 12 pp, et oscille entre 3,6 pp en Norvège à 37,4 pp en Türkiye (Graphique 2.17). Malgré l’augmentation du PIB par habitant, la baisse du taux de fécondité et un meilleur accès à l’éducation, l’écart entre hommes et femmes est resté figé autour de 50 pp depuis les 20 dernières années (Lopez-Acevedo et al., 2021[21]).
Graphique 2.17. Taux d’activité des hommes et des femmes au Maroc et dans les pays de l’OCDE, 2020
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Note : Le taux d’activité est le rapport entre la population active (personnes exerçant ou cherchant à exercer une activité professionnelle) de 15 ans et plus et l’ensemble de la population de 15 ans et plus. Dans le graphique, les pays de l’OCDE sont classés selon le taux d’activité global de la population. Les chiffres des États-Unis correspondent à l’année 2019.
Source : Haut-Commissariat au Plan, Annuaires statistiques du Maroc, https://www.hcp.ma/downloads/?tag=Annuaires+statistiques+du+Maroc et OCDE, Marché du travail régional (base de données), https://stats.oecd.org.
Bien que l’écart hommes-femmes soit comparable en ce qui concerne le taux d’activité entre milieu rural et urbain (où il est respectivement de 52,2 pp et 49,5 pp), l’écart en termes de taux de chômage est beaucoup plus important dans les villes que dans les zones rurales (Graphique 2.18). En 2021, en milieu urbain, le taux de chômage des femmes dépassait celui des hommes de 11,4 points de pourcentage (25,6 % pour les femmes contre 14,2 % pour les hommes). En milieu rural, en revanche, le taux de chômage des femmes est plus faible que celui des hommes de 1,5 point de pourcentage (3,8 % pour les femmes contre 5,3 % pour les hommes). Cet écart hommes-femmes en termes de taux de chômage en milieu urbain est présent quel que soit le niveau d’études (Tableau 2.5). Le taux de chômage en milieu urbain est plus élevé pour les femmes diplômées que pour celles sans diplôme (Tableau 2.5). La part des jeunes femmes âgées de 15-24 ans qui ne sont ni en emploi ni en étude ni en formation (NEET) en milieu urbain s’élève à 28,7 %, un taux presque deux fois plus élevé que pour les hommes (15,2 %) (Haut-Commissariat au Plan, 2022[22]), et un écart nettement supérieur à l’écart moyen de l’OCDE (de 3,2 pp entre 15,2 % pour les femmes et 18,4 % pour les hommes) (Graphique 2.19).
Le chômage dans les villes touche particulièrement les jeunes, puisqu’en 2022, 46,6 % des 15-24 ans en milieu urbain étaient au chômage, contre 24,8 % pour les 25-34 ans, 8,4 % pour les 35-44 ans et 4,6 % pour les 45 ans et plus (Haut Commissariat au Plan, s.d.[23]). De plus, près de 30 % des jeunes de 15 à 24 ans ne sont pas en train de travailler ni d’investir dans leur avenir en se formant (voir Chapitre 4 pour plus de détails sur les politiques à mettre en œuvre pour soutenir l’emploi dans les villes).
Graphique 2.18. Évolution du taux de chômage en milieu urbain et rural entre 2017 et 2020
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Note : Sur la base de la population âgée de 15 ans et plus.
Source : Haut-Commissariat au Plan, Annuaires statistiques du Maroc, https://www.hcp.ma/downloads/?tag=Annuaires+statistiques+du+Maroc et Haut-Commissariat au Plan (2022[22]), La Femme Marocaine en Chiffres.
Tableau 2.5. Taux de chômage selon le niveau de diplôme et le sexe en milieu urbain au Maroc, 2020-2021
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Niveau de diplôme |
2020 |
2021 |
||||
|---|---|---|---|---|---|---|
|
Féminin (%) |
Masculin (%) |
Écart (pp) |
Féminin (%) |
Masculin (%) |
Écart (pp) |
|
|
Sans diplôme |
12.6 |
7.7 |
+ 4.9 |
11.9 |
6.9 |
+ 5 |
|
Niveau moyen |
27.2 |
15.6 |
+ 11.6 |
28 |
16.9 |
+ 11.1 |
|
Niveau supérieur |
30.7 |
19 |
+ 11.7 |
32.1 |
21.7 |
+ 9.4 |
|
Total |
24.7 |
13.3 |
+ 11.4 |
25.6 |
14.4 |
+ 11.2 |
Source : Haut-Commissariat au Plan (2022[22]), La Femme marocaine en chiffres.
Graphique 2.19. Part des jeunes qui ne sont ni en emploi ni en étude ni en formation (NEET) au Maroc et dans les pays de l’OCDE, 2021 ou dernière année disponible
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Note : Personnes âgées entre 20 et 24 ans. Indicateur pour l’année 2021, sauf pour la Belgique (2020), le Chili (2020) et le Luxembourg (2018).
Source : OECD (2022[24]), Youth not in employment, education, or training (NEET) (indicator). https://doi.org/10.1787/72d1033a-en.
La fracture numérique : un frein à l’innovation et au développement des villes intelligentes
Le digital et la transformation numérique sont des leviers importants de développement pour les villes du Maroc qui fait figure de pays pionnier en Afrique dans l’adoption des technologies de l’information et de la communication. Les confinements liés à la pandémie de COVID-19 ont par ailleurs accéléré l’adoption des technologies numériques des citadins marocains, aussi bien en termes d’utilisation que d’équipement. Ces progrès ont également été permis par des stratégies mises en œuvre par plusieurs villes comme les schémas directeurs pour la transformation numérique des villes d’Agadir, Fès et Marrakech. Selon la dernière enquête sur les technologies de l’information et de la communication (TIC), le taux d’utilisation d’Internet en milieu urbain est passé de 79,7 % à 92,4 % entre 2019 et 2022 (Graphique 2.20) (ANRT, 2023[25]), soit une augmentation de 12,7 points de pourcentage en trois ans. La pandémie a également accéléré l’équipement des ménages urbains en ordinateurs/tablettes, passant d’un taux relativement stable autour de 72,0 % en 2018 et 2019, à 78,7 % en 2021 (Graphique 2.21) et 82,7 % en 2022. L’adoption du télétravail et de l’étude à distance perdure depuis 2020, même si ces pratiques ont diminué à la suite de la levée des restrictions liées à la pandémie. En 2021, 22,0 % des citadins au Maroc affirment utiliser des outils numériques pour le télétravail ou l’étude à distance, contre 32,6 % en 2020.
Graphique 2.20. Taux d’utilisation d’Internet en milieu urbain et rural au Maroc entre 2019 et 2022
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Source : ANRT (2020[26]), Enquête sur l’accès et l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication par les individus et les ménages en 2020 et ANRT (2023[25]), Enquête sur l’accès et l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication par les individus et les ménages2022-2023, https://www.anrt.ma/indicateurs/etudes-et-enquetes/enquete-annuelle-marche-des-tic.
Graphique 2.21. Équipement des ménages urbains et ruraux en ordinateur et smartphone au Maroc, entre 2018 et 2021
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Source : ANRT (2020[26]), Enquête sur l’accès et l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication par les individus et les ménages en 2020 et ANRT (2023[25]), Enquête sur l’accès et l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication par les individus et les ménages2022-2023, https://www.anrt.ma/indicateurs/etudes-et-enquetes/enquete-annuelle-marche-des-tic.
Malgré ces avancées, le développement numérique des villes marocaines se voit freiné par une faible pénétration de l’Internet fixe au Maroc. En 2021, seul un tiers des ménages urbains marocains était équipé d’une connexion Internet fixe, contre 91,1 % en Internet mobile (Graphique 2.22). Ce taux d’équipement en Internet fixe est particulièrement faible par rapport aux pays de l’OCDE, qui était en moyenne de 78,5 % en 2021. En milieu rural, l’accès Internet se fait presque exclusivement par le réseau mobile (Graphique 2.22).
Graphique 2.22. Équipement des ménages urbains et ruraux en Internet fixe et mobile au Maroc, entre 2018 et 2021
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Source : ANRT (2020[26]) (2023[25]), Enquête sur l’accès et l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication par les individus et les ménages, 2020 et 2021-2022, https://www.anrt.ma/indicateurs/etudes-et-enquetes/enquete-annuelle-marche-des-tic
Le déploiement de la fibre optique est un facteur clé pour le développement des « technologies de demain », telles que l’IoT (« Internet des objets ») et l’Intelligence Artificielle (OECD, 2022[27]), nécessaires dans le développement des villes intelligentes. En février 2023, la fibre est devenue la principale technologie d’accès au haut débit fixe dans 19 des 38 pays de l’OCDE2. Au Maroc, le déploiement de la fibre est à un stade préliminaire. Parmi les souscriptions d’Internet fixe, seulement 17 % des ménages marocains utilisaient la fibre optique (FTTH) en septembre 2021 (ANRT, 2022[28]), un taux de pénétration similaire à celui des pays de l’OCDE tels que la Tchéquie et les États-Unis (Graphique 2.23).
Graphique 2.23. Pourcentage de la fibre, du DSL et du câble dans les abonnements haut débit fixe dans les pays OCDE et au Maroc, 2021 et 2022
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Note : Chiffres de juin 2022 pour les pays OCDE, et de septembre 2021 pour le Maroc. Les abonnements à la fibre comprennent les FTTH (fibre optique jusqu’au domicile), FTTP (fibre optique vers les locaux) et FTTB (fibre jusqu’au bâtiment) ; sont exclus les FTTC (fibre jusqu’à l’armoire) et FTTN (fibre jusqu’au nœud). Les connections fibrées peuvent atteindre des vitesses de téléchargement beaucoup plus importantes que les technologies numériques traditionnelles telles que le DSL (lignes d’accès numérique) ou le câble coaxial. États-Unis et Mexique : Les données sont préliminaires. France : Les données du câble comprennent le VDSL2 (ligne d’accès numérique à haut débit permettant atteindre des débits de 100 à 200 Mbit/s) et les solutions 4G fixes. Israël : Les données sont des estimations temporaires de l'OCDE. Suisse : Les données sont des estimations.
Source : OECD, Broadband Portal, http://www.oecd.org/sti/broadband/broadband-statistics/ et ANTR (2022[28]), Tableau de bord du marché de l'Internet au 3ème trimestre 2021, https://www.anrt.ma/indicateurs/observatoires/internet.
À la fin 2021, les zones urbaines marocaines bénéficiaient, en moyenne, d’une vitesse d’Internet fixe de 27 Mbps, un niveau 81 % en-dessous de la moyenne des villes de l’OCDE (calculs de l’OCDE, sur la base des données ouvertes Ookla (2021[29])). Il existe également une fracture numérique importante entre les grandes villes. Par exemple, au quatrième trimestre de 2021, les habitants d’Oujda et Safi avaient une connexion presque 40 % plus lente que les habitants de Casablanca (Graphique 2.24).
Graphique 2.24. Disparités en vitesse de téléchargement en Internet fixe, aires métropolitaines marocaines, 2021T4
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Note : La moyenne est pondérée par le nombre total de tests effectués dans l’aire métropolitaine. Les mesures de la vitesse de l'Internet sont basées sur des tests de vitesse effectués par des utilisateurs du monde entier via la plateforme Speedtest d'Ookla. En tant que telles, les données peuvent être sujettes à des biais de test (par exemple, si les connexions rapides sont testées plus fréquemment que les connexions lentes), ou à des tests stratégiques effectués par les fournisseurs d’accès à Internet sur des marchés spécifiques pour augmenter les moyennes.
Source : Ookla (2021[29]) Speedtest by Ookla Global Fixed and Mobile Network Performance Map Tiles ; Caldas, Veneri et Marshalian (2023[30]), Assessing spatial disparities in Internet quality using speed tests.
Défis de logement, mobilité et soutenabilité environnementale dans les villes marocaines
Copier le lien de Défis de logement, mobilité et soutenabilité environnementale dans les villes marocainesMalgré une amélioration très nette des conditions de logement depuis 2004, les ménages à faibles ressources doivent faire face à des loyers de plus en plus élevés
Depuis les dernières décennies, le Maroc a connu des avancées importantes en matière d’amélioration de l’habitat et du logement, particulièrement pour les ménages à plus faibles ressources, passant d’une politique d’attribution des lots sur foncier public avant les années 1990, aux premiers programmes d’habitat social visant la construction de 200 000 logements durant la période 1992-2002, au programme national « Villes sans bidonvilles », lancé en 2004 qui visait l’éradication des bidonvilles dans 85 villes et l’amélioration des conditions de 270 000 ménages. Fin 2023, le programme Villes sans bidonvilles avait amélioré les conditions de 336 587 ménages et mis fin aux bidonvilles dans 59 villes (voir analyse plus détaillée du programme Villes sans Bidonvilles dans le Chapitre 5). Cette amélioration des conditions des ménages se reflète dans les indicateurs internationaux, puisque selon ONU Habitat, la part de la population du Maroc habitant dans des bidonvilles est passée de 24 % à 3,3 % entre 2000 et 20203.
Grâce notamment aux différents programmes gouvernementaux, les logements dans les zones urbaines sont devenus au cours de ces dernières décennies plus spacieux, plus modernes et plus massivement raccordés aux réseaux urbains. Ainsi la proportion des ménages urbains occupant des logements de 1 à 2 pièces a diminué de 40,7 % à 35,7 % entre 2004 et 2014 (les dates des deux derniers recensements), tandis que les logements de trois et quatre pièces prédominent dans les zones urbaines, représentant près de la moitié du parc immobilier. Si un peu plus de la moitié des logements datent de plus de 20 ans, un logement urbain sur cinq (21,2 %) a été construit entre 2004 et 2014, et environ un quart des logements a de 10 à moins de 20 ans. De plus, les ménages non raccordés aux services urbains sont passés de 10,1 % à 4,8 % entre 2004 et 2014 pour l’électricité et de 17,0 % à 8,7 % pour l’accès à l’eau potable. Les ménages urbains marocains sont ainsi en majorité (67 %) satisfaits de leur logement (30 % d’entre eux se déclarant « satisfaits ou très satisfaits » de leurs conditions actuelles d’habitant, tandis que 37 % jugent qu’elles sont acceptables). De plus, les programmes ambitieux de production de logements sociaux (logement à 250 000 MAD et logement à faible valeur immobilière à 140 000 MAD) ont permis à un très grand nombre de ménages modestes de devenir propriétaires d’un logement décent et abordable, notamment ceux qui résident dans les bidonvilles.
Malgré ces nettes améliorations dans la qualité de l’habitat urbain ces dernières décennies, les données du dernier recensement montrent toutefois qu’une partie importante du parc urbain continue d’être précaire. La notion de « déficit qualitatif », employée dans des pays de l’OCDE comme le Chili, le Mexique et la Colombie, n’est pas utilisée en tant que telle au Maroc. À la différence du « déficit quantitatif » (voir ci-dessous), le déficit qualitatif se réfère aux logements qui ne sont pas considérés comme adéquats mais peuvent être améliorés. Toutefois, d’après l’enquête logement réalisée en 2012 – une des sources les plus récentes concernant le logement au Maroc – près du tiers du parc de logements situés dans les zones urbaines du pays présentait un niveau d’insalubrité selon une échelle comportant six niveaux.4 Le premier niveau d’insalubrité, qui concerne les logements avec des carences extrêmes, fait en réalité partie du déficit « quantitatif » de logements, car ceux-ci doivent être remplacés, et représentait 12 % du parc immobilier urbain en 2012. Le déficit « qualitatif » de logements urbains, correspondant aux niveaux 2 à 6 d’insalubrité de l’enquête logement, concernait 20 % des logements urbains du pays en 2012. À titre de comparaison, le déficit qualitatif de logements national était estimé au Chili en 2017 à 20 % (Henoch, 2022[31]) et concernait 28,8 % des ménages en Colombie (OECD, 2022[32]). De plus, près d’un tiers du parc de logements urbains insalubres était concentré dans les anciennes régions du Grand Casablanca (20 %) et Rabat Salé Zemmour Zaër (13 %). D’après le recensement général de la population et de l’habitat de 2014, les régions où le taux d’urbanisation est le plus élevé sont aussi celles où la part des maisons sommaires et bidonvilles dans le total des constructions est la plus haute. Par exemple, les logements sommaires et bidonvilles représentaient encore entre 11 % et 15 % des constructions dans les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra.
Par ailleurs, les villes marocaines doivent faire face à une demande croissante en logements, issue non seulement du besoin de reloger les ménages qui habitaient en logement sommaire ou bidonville, mais aussi de la croissance de la population urbaine. Selon le ministère de l’Aménagement du Territoire National, de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Politique de la Ville (ci-après, MATNUHPV), le déficit quantitatif de logements a atteint 206 506 logements au niveau national en 2020 (soit environ 2,3 % du parc national estimé lors du Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2014). Dans cinq régions marocaines, la croissance du nombre de nouveaux logements construits a été inférieure à la croissance projetée de la population entre 2016 et 2020 (Graphique 2.25). Cet écart entre la demande et l’offre de logements est particulièrement marqué dans les régions de Souss-Massa et Oriental, avec une différence de plus de 50 points de pourcentage (voir Chapitre 5 pour une analyse approfondie du défi du logement et de l’habitat dans les villes du Maroc).
Graphique 2.25. Évolution des logements produits et de la population urbaine dans cinq régions marocaines où la construction est en baisse, 2016-2020
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Note : Le taux de croissance de la population a été calculé sur la base des prévisions de croissance de la population urbaine du HCP.
Source : Réponses du MATNUHPV au questionnaire de l’OCDE.
La hausse des prix des matières premières, impulsée notamment par les effets économiques de la crise de COVID-19, risque de ralentir encore davantage les projets de construction dans les villes du Maroc, réduisant la disponibilité de nouveaux logements. Les données du MATNUHPV montrent une baisse de la production et de la mise en chantier de lots et logements entre 2019 et 2020, avec une faible récupération en 2021. Cette baisse vaut pour l’ensemble du marché, mais aussi pour les habitations économiques et sociales (Graphique 2.26). Une baisse similaire a été observée à Casablanca, où la demande de permis d’habiter a diminué dans cinq des sept arrondissements entre 2019 et 2020, avec une baisse particulièrement importante des permis liés aux grands projets (Graphique 2.27).
Graphique 2.26. Production globale et mises en chantier des unités d’habitation, 2017-2021
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Note : Les unités d’habitation concernent les lots et logements.
Source : MHPV (s.d.[33]), Principaux Indicateurs du Secteur de l’Immobilier - Année 2021.
Graphique 2.27. Nombre de permis d’habiter à Casablanca, entre 2018 et 2021
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Source : Données transmises par la commune de Casablanca, en réponse au questionnaire de l’OCDE.
Les ménages marocains ont également subi une hausse persistante des loyers au cours de la dernière décennie, en particulier les ménages à revenu moyen ou faible. Entre 2010 et 2019, les ménages marocains ont vu leur loyer augmenter d’environ 24 % en moyenne, avec les hausses les plus importantes pour les maisons sur lot économique et les appartements économiques,5 types d’habitation qui concernent principalement les ménages à revenu moyen ou faible, respectivement de 27 % et 24 % (Graphique 2.28). La hausse des loyers des logements économiques a été particulièrement forte dans les régions de Rabat-Salé-Kénitra et Drâa-Tafilalet. Dans la région de Rabat-Salé-Kénitra, la hausse moyenne des loyers des logements économiques a dépassé 35 % (38 % pour les appartements économiques, et 37 % pour les maisons sur lot économique). La région de Drâa-Tafilalet a enregistré une hausse particulièrement forte des prix des loyers pour les appartements économiques, d’environ 40 %, expliquée par la demande croissante pour les logements en location dans la ville de Midelt, où la construction du complexe solaire Noor Ouarzazate a attiré un flux important de travailleurs (MATNUHPV, 2020[34]).
Graphique 2.28. Évolution de l’indice des montants moyens des loyers par type de logement au Maroc, 2010-2019
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Note : Indices des montants moyens des loyers établis selon le système de pondération basé sur les nouveaux ménages (SPNM), année de référence 2010. La typologie d’habitat est définie par le MATNUHPV, et comprend : (1) la villa, soit les constructions en général de 3 niveaux et disposant d’un jardin ; (2) l’appartement standing, un logement dans un immeuble de moyen ou haut standing situé dans les strates d’habitat moderne ou luxe ; (3) l’appartement économique, construit dans les nouvelles villes ou sur un lot économique ; et (4) la maison sur lot économique, un logement le plus souvent bâti par auto-construction.
Source : MATNUHPV (2020[34]), Mise à jour du système de suivi des montants des loyers et des charges locatives 2016-2019, Région de Drâa-Tafilalet, http://www.mhpv.gov.ma/wp-content/uploads/2020/09/Plaquette-SSL-region-Draa-Tafilalet-2019.pdf.
Les infrastructures et les transports dans les villes
Le transport constitue un enjeu majeur et persistant dans les villes marocaines. La congestion et le manque de grandes infrastructures de transport (telles que métro et tram) jouent sur la distribution spatiale des habitants urbains, en particulier les plus modestes. Comme évoqué dans la section précédente, selon les données du dernier RGPH (2014), seulement un habitant sur quatre de Casablanca et Rabat-Salé travaillait dans son quartier de résidence (Delahais, Alouis et Bossard, 2020[35]) – ce qui suggère que l’accès aux pôles économiques dans les centres-villes connaît des contraintes, limitant ainsi les économies d’agglomération. L’accès aux transports publics peut également s’avérer difficile pour une partie importante de la population de certaines villes. Selon une étude de l’ONU-Habitat et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) (2022[36]), moins de la moitié de la population dans 8 parmi les 15 villes principales du Maroc aurait accès aux transports publics à moins de 500 mètres de leur domicile (Graphique 2.29).
Graphique 2.29. Part de la population ayant accès aux transports publics à moins de 500 mètres de leur domicile
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Source : ONU-Habitat et le Programme des Nations Unis pour l’Environnement (PNUE) (2022[36]), Walking and Cycling in Africa – Evidence and Good Practice to Inspire Action.
Pour faciliter la mobilité urbaine dans les principales villes marocaines, en privilégiant la multimodalité et en offrant une alternative forte au véhicule individuel, le Maroc a investi dans des projets de transport de grande envergure. Les premières lignes de tramway sont aujourd’hui disponibles dans les villes de Casablanca et Rabat-Salé (Encadré 2.4). Les bus à haut niveau de service (BHNS) – qui bénéficient d’une circulation sur site propre, de véhicules plus longs, et de l’interopérabilité – sont également disponibles à Casablanca et Marrakech et en cours de mise en place à Agadir (voir Chapitre 4 pour plus de détails sur les politiques mises en œuvre et recommandations pour améliorer la mobilité dans les villes marocaines).
Encadré 2.4. L’impact des tramways de Rabat-Salé et Casablanca
Copier le lien de Encadré 2.4. L’impact des tramways de Rabat-Salé et CasablancaLe tramway a apporté une amélioration importante pour les habitants de Rabat-Salé et de Casablanca, où l’offre de transport était sous-dimensionnée par rapport à la population croissante. En 2014, dans les villes de Casablanca et Rabat-Salé-Témara, le nombre de bus par habitant était de 0,27 et de 0,18 respectivement, des chiffres largement inférieurs à la moyenne de l’OCDE de 2.68 sur la même année.
L’arrivée du tramway a facilité les déplacements domicile-travail et domicile-études dans la zone de desserte des lignes de tramway, mais ces gains ne se diffusent pas encore partout dans l’agglomération, notamment pour les habitants les plus modestes vivant dans des zones non desservies.
Le tramway a été particulièrement adopté par les femmes. En 2018, les femmes effectuaient 13,5 % de leurs déplacements en transport publics (tramways, bus et taxis), contre 7,7 % des hommes. L’impact des trams sur l’environnement a été également particulièrement bénéfique, avec une réduction des émissions de gaz à effet de serre estimée de l’ordre de 25 % à Rabat-Salé et de 56 % à Casablanca en 2018.
Source : Delahais, Alouis et Bossard (2020[35]), Évaluation Ex Post des Impacts des Tramways de Casablanca et de Rabat-Salé – 2020, Agence Française de Développement.
Malgré une offre de transports publics en hausse, une part importante des transports intra-urbains continue à s’effectuer par le biais de véhicules motorisés, tels que les taxis et véhicules personnels ou deux-roues. Par exemple, en 2018, seulement environ 13 % des Casablancais utilisaient le bus et le tram pour leurs déplacements, contre 25 % pour les véhicules motorisés6. Le taux de motorisation en véhicules personnels au Maroc, même s’il reste très faible par rapport à celui des pays de l’OCDE (environ 80 véhicules par 1 000 habitants en 2017, contre 473 en moyenne à l’OCDE) (Graphique 2.30), risque d’augmenter au fur et à mesure de la hausse des revenus des ménages et de l’étalement urbain. Agir en prévention de cette tendance suffisamment tôt représente donc un enjeu important pour les villes marocaines (voir Chapitre 4).
Graphique 2.30. Taux de motorisation dans les pays de l’OCDE et au Maroc en 2017
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Note : Le taux de motorisation correspond au nombre de voitures de tourisme pour 1 000 habitants. Pour le Maroc, ce chiffre a été estimé sur la base du nombre de véhicules de tourisme publié par le ministère de l’Équipement et de l’eau et les projections de population de l’HCP pour l’année 2017.
Source : ITF (2023), Transport performance indicators, ITF Transport Statistics (base de données), https://doi.org/10.1787/2122fa17-en; Ministère de l’Équipement et de l’eau, Transport routier en chiffres (2013 – 2017), http://www.equipement.gov.ma/Transport-routier/Chiffres-cles/Pages/Transport-routier-en-chiffres.aspx; Haut-Commissariat au Plan, Projection de la population urbaine des provinces et préfectures entre 2014 et 2030 et Indicateurs RGPH 2014, http://rgphentableaux.hcp.ma/Default1.
Les villes marocaines sont d’importants émetteurs de gaz à effet de serre et sont vulnérables aux risques naturels
En 2020, le Maroc était le troisième pays émetteur de gaz à effet de serre en Afrique du Nord (après l’Égypte et l’Algérie), produisant environ 67,75 Mt d’émissions de CO2. Ces émissions sont principalement dues à une combinaison énergétique fortement dépendante des énergies fossiles : en 2020, l’énergie thermique constituait 80,9 % de l’électricité du pays (Haut-Commissariat au Plan, 2022[37]). Dans les plus grandes zones urbaines marocaines, les émissions de gaz à effet de serre par habitant ont augmenté de manière continue depuis 1970, notamment à Casablanca, où les émissions de gaz à effet de serre associées à la production ont triplé sur ces 50 dernières années (Graphique 2.31). Les secteurs de l’énergie et des déchets sont responsables de la part la plus importante de cette augmentation, suivis par l’industrie manufacturière et la construction (Graphique 2.32). Les transports ont également contribué de manière croissante aux émissions dans les villes. Les émissions issues des transports, liées notamment à la circulation des véhicules à moteur thermique, entraînent une pollution très localisée, avec des effets néfastes sur la santé et le bien-être des citadins.
Graphique 2.31. Évolution des émissions de gaz à effet de serre par personne à Casablanca, Fès et Marrakech
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Note : Émissions liées à la production. Seules les émissions de CO2, CH4 et N2O sont prises en compte. Les émissions sont exprimées en tonnes de CO2-éq, sur la base d’un potentiel de réchauffement global de 100 ans. Les indicateurs sont calculés sur la base des grilles spatiales avec une résolution de 1° x 1° (environ 10km x 10 km). Pour cette raison, seules les zones urbaines fonctionnelles de plus de 400 km2 ont été inclues dans l’analyse.
Source : Calculs de l’OCDE, sur la base des grilles globales EDGARv6 (Crippa et al., 2022[38]).
Graphique 2.32. Principaux secteurs contribuant aux émissions de gaz à effet de serre à Casablanca, Fès et Marrakech
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Note : Émissions liées à la production. Seules les émissions de CO2, CH4 et N2O sont prises en compte. Les émissions sont exprimées en tonnes de CO2-éq, sur la base d’un potentiel de réchauffement global de 100 ans. Les indicateurs sont calculés sur la base des grilles spatiales avec une résolution de 1° x 1° (environ 10km x 10 km). Pour cette raison, seules les villes de plus de 400 km2 ont été analysées.
Source : Calculs de l’OCDE, sur la base des grilles globales EDGARv6 (Crippa et al., 2022[38]).
En plus de la pollution, les villes marocaines sont également vulnérables à des risques naturels accrus liés à l’augmentation des périodes de sécheresse, des risques d’inondation, d’érosion côtière et d’instabilité des sols. Ces phénomènes peuvent affecter les villes de manière directe, ou de manière indirecte (par exemple, par leur effet sur les terres agricoles environnantes). Parmi les effets directs, la pénurie d’eau présente un risque important, notamment pour les villes dans les régions de Marrakech-Safi et Casablanca-Settat (Graphique 2.33), qui ensemble abritent environ 7,7 millions de citadins en 2020, soit 35 % de la population urbaine marocaine. D’après la dernière enquête de l’OCDE sur la Gouvernance de l’Eau dans les Villes Africaines, les principaux défis en matière de sécurité hydrique pour les villes marocaines concerneraient la pollution de l’eau (Al Hoceima, Rabat et Chefchaouen), la pénurie d’eau et les sécheresses (Al Hoceima), ainsi que les conflits sur l’attribution de l’eau (Marrakech) (OCDE, 2021[39]).
Bien qu’il s’agisse d’un impact plus indirect, les villes marocaines sont aussi menacées par les effets majeurs du changement climatique sur les terres agricoles. À l’horizon 2050, les modèles climatiques prévoient que la période de croissance des cultures, qui s’étale de novembre à avril actuellement, raccourcira de 30 jours, allant de novembre à mars (ACCAGRIMAG, 2019[40]). L’agriculture étant le premier secteur économique contributeur au PIB du Royaume, une telle diminution aurait un impact certainement significatif sur l’économie des villes, par le biais des effets directs (par exemple, réduction de l’emploi) ou indirects (risque de sécurité alimentaire, inflation).
Les villes marocaines sont également confrontées à des risques géologiques importants tels que les tremblements de terre. Le séisme de septembre 2023 d’Al-Haouz, dans la région de Marrakech-Safi – le plus violent depuis 120 ans avec une magnitude de 6,9 sur l’échelle de Richter – a entraîné un lourd bilan humain avec près de 3 000 victimes. Le séisme a également provoqué des dégâts conséquents. Si ce sont des zones rurales abritant des villages qui ont été les plus touchées, l’épicentre ayant été enregistré à Ighil, une commune rurale située au cœur du Haut Atlas, de grandes villes ont subi des dommages considérables, en particulier Marrakech mais aussi d’autres villes telles que Rabat, Casablanca, Essaouira et Agadir. Près de 2 millions de personnes vivent dans les zones fortement touchées par le tremblement de terre et il est estimé qu’environ 50 000 habitations ont été totalement ou partiellement détruites.
Graphique 2.33. Indice de risque de pénurie d'eau dans les grandes régions des pays MENA
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Note : L’indice de risque de pénurie d’eau est un indicateur synthétique construit à partir des données géospatiales, révisées par des pairs, décrivant différentes dimensions de la pénurie d’eau et différentes approches méthodologiques utilisées pour son estimation (WWF, 2021[41]).
Source : WWF Germany (s.d.[42]), WWF Water Risk Filter (base de données), https://waterriskfilter.org/explore/countryprofiles.
Les zones vertes constituent un important outil d’adaptation pour gérer les effets néfastes du changement climatique et de la pollution. Par exemple, les températures sont en principe réduites autour de 300 mètres d’une zone verte (Anderson, Patiño Quinchía et Prieto Curiel, 2022[43]), ainsi que la pollution atmosphérique et sonore. Promouvoir les zones vertes dans les villes pourrait ainsi contribuer à limiter la mortalité liée à l’asthme et à la chaleur pour les enfants et les personnes âgées. En moyenne, les aires métropolitaines du Maroc disposent aujourd’hui d’environ 30 m2 de zones vertes par habitant, un nombre légèrement au-dessus de la moyenne de 26 m2 estimée pour les villes du Chili ou de la Türkiye, mais inférieur à la moyenne de l’ensemble des villes de l’OCDE (OECD, 2022[3]). Plus de la moitié des zones urbaines marocaines (soit 32 sur 58) ne dépassent pas le seuil de 20 m2 de zones vertes par habitant, dont notamment Casablanca. Parmi les zones urbaines de plus d’un million d’habitants, seule Kénitra offre plus de 50 m2 de zone verte par habitant (Graphique 2.34). Certaines villes ont néanmoins des taux de zones vertes par habitant bien plus élevés. C’est le cas de Rabat, par exemple, qui jouit de 80 m2 de zones vertes par habitant.
Graphique 2.34. Les zones vertes dans les zones urbaines fonctionnelles marocaines
Copier le lien de Graphique 2.34. Les zones vertes dans les zones urbaines fonctionnelles marocaines
Note : Les zones vertes sont définies comme la somme des zones arborées, zones arbustives et des prairies dans le centre des aires urbaines. La taille des bulles correspond à la taille de la population des villes.
Source : Calculs de l'OCDE, sur la base des données ESA WorldCover (2021[44]).
Références
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[15] Ahrend, R. et al. (2014), « What Makes Cities More Productive? Evidence on the Role of Urban Governance from Five OECD Countries », OECD Regional Development Working Papers, n° 2014/5, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/5jz432cf2d8p-en.
[43] Anderson, B., J. Patiño Quinchía et R. Prieto Curiel (2022), « Boosting African cities’ resilience to climate change : The role of green spaces », West African Papers, n° 37, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/3303cfb3-en.
[25] ANRT (2023), Enquête sur l’accès et l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication par les individus et les ménages, https://www.anrt.ma/sites/default/files/publications/enquete_tic_2023_-_synthese_fr.pdf.
[28] ANRT (2022), Tableau de bord du marché de l’internet au 3ème trimestre 2021.
[26] ANRT (2020), Enquête sur l’accès et l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication par les individus et les ménages en 2020, Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications.
[30] Caldas, M., P. Veneri et M. Marshalian (2023), « Assessing spatial disparities in Internet quality using speed tests », OECD Regional Development Papers, n° 47, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/77c42f5e-en.
[1] CERED/HCP (2014), Recensement population (RGPH) 2014, https://www.hcp.ma/Recensement-population-RGPH-2014_a2941.html.
[38] Crippa, M. et al. (2022), EDGAR v6.1 Global Air Pollutant Emissions, http://data.europa.eu/89h/df521e05-6a3b-461c-965a-b703fb62313e.
[35] Delahais, T., J. Alouis et P. Bossard (2020), Évaluation Ex Post des Impacts des Tramways de Casablanca et de Rabat-Salé – 2020, Agence française de développement.
[9] Dijkstra, L., H. Poelman et P. Veneri (2019), « The EU-OECD definition of a functional urban area », OECD Regional Development Working Papers, n° 2019/11, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/d58cb34d-en.
[19] ECLAC / ILO (2016), Employment Situation in Latin America and the Caribbean: Recent improvements and persistent gaps in rural employment, https://hdl.handle.net/11362/40098.
[2] Florczyk, A. et al. (2019), « GHSL Data Package 2019 » KJ-1A-29788-EN-N (online),KJ-1A-29788-EN-C (print), https://human-settlement.emergency.copernicus.eu/documents/GHSL_Data_Package_2019.pdf.
[23] Haut Commissariat au Plan (s.d.), Indicateurs chômage, https://www.hcp.ma/Taux-de-Chomage-annuel-selon-le-milieu_a2930.html.
[18] Haut-Commissariat au Plan (2024), Activité, Emploi et Chômage, https://www.hcp.ma/Activite-emploi-et-chomage-resultats-annuels-2023_a3873.html.
[37] Haut-Commissariat au Plan (2022), Chiffres clés, 2022.
[17] Haut-Commissariat au Plan (2022), Évolution des inégalités sociales dans un contexte marqué par les effets de la COVID-19 et de la hausse des prix, https://www.hcp.ma/Evolution-des-inegalites-sociales-dans-un-contexte-marque-par-les-effets-de-la-COVID-19-et-de-la-hausse-des-prix_a3588.html.
[22] Haut-Commissariat au Plan (2022), La Femme Marocaine en Chiffres, Haut-Commissariat au Plan.
[6] Haut-Commissariat au Plan (s.d.), Répartition géographique de la population d’après les données du Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2014.
[16] HCP (2021), Comptes nationaux 2021, Haut-Commissariat au Plan, https://www.hcp.ma/downloads/?tag=Comptes+nationaux.
[13] HCP (2020), Comptes régionaux: Produit intérieur brut et dépenses de consommation finale des ménages, Haut-Commissariat au Plan, https://www.hcp.ma/downloads/Comptabilite-nationale_t22378.html.
[8] HCP (s.d.), Base de données statistiques, https://bds.hcp.ma/sectors.
[31] Henoch, P. (2022), Calculando el déficit habitacional, https://lyd.org/wp-content/uploads/2022/11/SISO-195-CALCULANDO-EL-DEFICIT-HABITACIONAL-oct2022-3-SOCIAL.pdf.
[20] International Labour Organization (2020), Rural and urban labour markets: Different challenges for promoting decent work, https://ilo.org/wcmsp5/groups/public/---dgreports/---stat/documents/publication/wcms_757960.pdf.
[21] Lopez-Acevedo, G. et al. (2021), Trends and Determinants of Female Labor Force Participation in Morocco: An Initial Exploratory Analysis, The World Bank, https://doi.org/10.1596/1813-9450-9591.
[34] MATNUHPV (2020), Mise à jour du système de suivi des montants des loyers et des charges locatives 2016-2019, Région de Drâa-Tafilalet, MATNUHPV, http://www.mhpv.gov.ma/wp-content/uploads/2020/09/Plaquette-SSL-region-Draa-Tafilalet-2019.pdf.
[33] MHPV (s.d.), Principaux Indicateurs du Secteur de l’Immobilier - Année 2021, Ministère de l’Aménagement du Territoire National, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville.
[11] Moreno-Monroy, A., M. Schiavina et P. Veneri (2021), « Metropolitan areas in the world. Delineation and population trends », Journal of Urban Economics, vol. 125, p. 103242, https://doi.org/10.1016/j.jue.2020.103242.
[39] OCDE (2021), La gouvernance de l’eau dans les villes africaines, Études de l’OCDE sur l’eau, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9a0fc271-fr.
[27] OECD (2022), « Broadband networks of the future », OECD Digital Economy Papers, n° 327, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/755e2d0c-en.
[32] OECD (2022), National Urban Policy Review of Colombia, OECD Urban Studies, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/9ca1caae-en.
[3] OECD (2022), OECD Regions and Cities at a Glance 2022, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/14108660-en.
[24] OECD (s.d.), Youth not in employment, education or training (NEET) (indicateur), https://doi.org/10.1787/72d1033a-en.
[45] OECD (2020), Delineating Functional Areas in All Territories, OECD Territorial Reviews, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/07970966-en.
[12] OECD (2018), Rethinking Urban Sprawl : Moving Towards Sustainable Cities, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264189881-en.
[14] OECD (2015), The Metropolitan Century : Understanding Urbanisation and its Consequences, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264228733-en.
[7] OECD et al. (2021), Applying the Degree of Urbanisation : A Methodological Manual to Define Cities, Towns and Rural Areas for International Comparisons, OECD Regional Development Studies, OECD Publishing, Paris/European Union, Brussels, https://doi.org/10.1787/4bc1c502-en.
[4] OECD/UCLG (2016), Subnational governments around the world: Structure and finance, https://www.uclg.org/sites/default/files/global_observatory_on_local_finance_0.pdf.
[29] Ookla (2021), Speedtest by Ookla Global Fixed and Mobile Network Performance Map Tiles, https://registry.opendata.aws/speedtest-global-performance/.
[5] Portail National des Collectivités Territoriales (s.d.), 2015: Vers une régionalisation avancée, https://www.collectivites-territoriales.gov.ma/fr/2015-vers-une-regionalisation-avancee.
[36] UN-Habitat et UNEP (2022), Walking and Cycling in Africa – Evidence and Good Practice to Inspire Action.
[10] Weiss, D. et al. (2018), « A global map of travel time to cities to assess inequalities in accessibility in 2015 », Nature, vol. 553/7688, pp. 333-336, https://doi.org/10.1038/nature25181.
[41] WWF (2021), WWF Water Risk Filter Methodology Documentation, WWF Germany, https://waterriskfilter.org/explore/dataandmethods.
[42] WWF (s.d.), Water Risk Filter, WWF Germany, Germany, https://waterriskfilter.org/explore/countryprofiles (consulté le 1 décembre 2022).
[44] Zanaga, D. et al. (2021), « ESA WorldCover 10 m 2020 v100 », https://doi.org/10.5281/ZENODO.5571936.
Annexe 2.A. Délimitation des zones urbaines fonctionnelles du Maroc
Copier le lien de Annexe 2.A. Délimitation des zones urbaines fonctionnelles du MarocEn l’absence de données sur les trajets domicile-travail, l’OCDE estime les zones de navettage à partir d’une grille de temps de déplacement (Weiss et al., 2018[10]), d’une grille de population (Florczyk et al., 2019[2]) et d’un modèle probabiliste utilisant les limites réelles des zones urbaines fonctionnelles dans les pays de l’OCDE. Selon cette approche, les zones urbaines fonctionnelles s’appuient sur des probabilités de déplacement, et non sur les flux réels quotidiens des travailleurs.
La zone de navettage matricielle identifiée avec cette méthode peut ensuite être adaptée aux limites administratives des communes marocaines pour faciliter la construction d’indicateurs statistiques au niveau de la zone urbaine fonctionnelle. Les communes sont affectées aux zones urbaines fonctionnelles selon la répartition de leur population, déterminée selon les grilles de population, et son intersection avec la zone de navettage matricielle (Graphique d’annexe 2.A.1).
Graphique d’annexe 2.A.1. Délimitation de la zone urbaine de Rabat sur la base d’une zone de navettage probabiliste
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.A.1. Délimitation de la zone urbaine de Rabat sur la base d’une zone de navettage probabiliste
Source : Calculs de l’OCDE à partir de la grille de population GHS 2015 (Florczyk et al., 2019[2]) et des zones urbaines fonctionnelles matricielles (Moreno-Monroy, Schiavina et Veneri, 2021[11]).
La méthode OCDE identifie ainsi 58 zones urbaines fonctionnelles au Maroc, dont 26 disposant d’une zone de navettage distincte de la ville ou du centre urbain (Tableau d’annexe 2.A.1). Ces zones urbaines fonctionnelles doivent dépasser le seuil de 50 000 habitants.
Tableau d’annexe 2.A.1. Composition des zones urbaines fonctionnelles du Maroc
Copier le lien de Tableau d’annexe 2.A.1. Composition des zones urbaines fonctionnelles du Maroc|
Nom de la zone urbaine fonctionnelle |
Population en 2015 |
Nombre de municipalités |
Zone de navettage |
|---|---|---|---|
|
Casablanca |
4 389 785 |
32 |
Oui |
|
Rabat |
2 039 869 |
19 |
Oui |
|
Fès |
1 290 869 |
12 |
Oui |
|
Marrakech |
1 174 316 |
10 |
Oui |
|
Agadir |
1 068 954 |
8 |
Oui |
|
Tanger |
1 038 150 |
8 |
Oui |
|
Meknès |
696 204 |
8 |
Oui |
|
Oujda |
520 671 |
2 |
Oui |
|
Kénitra |
511 511 |
3 |
Non |
|
Tétouan |
499 638 |
6 |
Oui |
|
Safi |
364 890 |
3 |
Oui |
|
El Jadida |
271 559 |
2 |
Oui |
|
Nador |
264 869 |
6 |
Oui |
|
Khouribga |
215 794 |
2 |
Non |
|
Beni Mellal |
196 605 |
1 |
Non |
|
Taza |
187 516 |
2 |
Oui |
|
Berkane |
164 135 |
5 |
Oui |
|
Khémisset |
162 795 |
3 |
Oui |
|
Berrechid |
161 250 |
2 |
Oui |
|
Ksar El Kébir |
161 236 |
1 |
Non |
|
Settat |
158 225 |
1 |
Non |
|
Khénifra |
130 405 |
2 |
Non |
|
Guercif |
127 516 |
2 |
Oui |
|
Larache |
125 991 |
1 |
Non |
|
Sidi Slimane |
124 951 |
1 |
Non |
|
Guelmim |
124 789 |
1 |
Non |
|
El Kelaâ des Sraghna |
118 938 |
3 |
Non |
|
Ouarzazate |
112 079 |
2 |
Oui |
|
Azemmour |
111 275 |
3 |
Oui |
|
Oued Zem |
110 317 |
3 |
Oui |
|
Taourirt |
110 290 |
1 |
Non |
|
Sefrou |
110 110 |
4 |
Oui |
|
Sidi Kacem |
101 790 |
2 |
Non |
|
Errachidia |
99 820 |
2 |
Non |
|
Ben Guerir |
98 339 |
2 |
Oui |
|
Souk El Arbaâ du Gharb |
98 335 |
2 |
Oui |
|
Sidi Bennour |
95 721 |
2 |
Non |
|
Tiflet |
93 412 |
1 |
Non |
|
Oulad Teïma |
91 838 |
1 |
Non |
|
Fquih Ben Salah |
89 881 |
1 |
Non |
|
Tiznit |
86 065 |
2 |
Non |
|
Taroudant |
84 267 |
1 |
Non |
|
Deroua |
77 141 |
2 |
Oui |
|
Essaouira |
73 204 |
1 |
Non |
|
Youssoufia |
71 695 |
1 |
Non |
|
Kasba Tadla |
69 119 |
2 |
Oui |
|
Sidi Yahya El Gharb |
67 808 |
1 |
Non |
|
Zagora |
63 436 |
2 |
Non |
|
Chefchaouen |
61 912 |
1 |
Non |
|
Midelt |
61 134 |
2 |
Oui |
|
Azrou |
61 058 |
2 |
Non |
|
Ain Taoujdate |
58 535 |
1 |
Non |
|
Ouezzane |
58 495 |
1 |
Non |
|
Souk Sebt Oulad Nemma |
58 170 |
1 |
Non |
|
Aïn El Aouda |
57 266 |
1 |
Non |
|
Al Hoceïma |
52 628 |
1 |
Non |
|
M'Rirt |
52 311 |
1 |
Non |
|
Bejaad |
51 914 |
1 |
Non |
Source : Calculs de l’OCDE à partir de la grille de population GHS 2015 (Florczyk et al., 2019[2]), les géométries des zones urbaines fonctionnelles matricielles (Moreno-Monroy, Schiavina et Veneri, 2021[11]) et les géométries transmises par le ministère de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville.
Annexe 2.B. Codes pays et territoires
Copier le lien de Annexe 2.B. Codes pays et territoiresTableau d’annexe 2.B.1. Liste de codes pays et territoires
Copier le lien de Tableau d’annexe 2.B.1. Liste de codes pays et territoires|
Code ISO à trois lettres |
Pays ou territoire |
|---|---|
|
ARE |
Émirats arabes unis |
|
AUS |
Australie |
|
AUT |
Autriche |
|
BEL |
Belgique |
|
BHR |
Bahreïn |
|
CAN |
Canada |
|
CHE |
Suisse |
|
CHL |
Chili |
|
COL |
Colombie |
|
CRI |
Costa Rica |
|
CZE |
Tchéquie |
|
DEU |
Allemagne |
|
DJI |
Djibouti |
|
DNK |
Danemark |
|
DZA |
Algérie |
|
EGY |
Égypte |
|
ESP |
Espagne |
|
EST |
Estonie |
|
FIN |
Finlande |
|
FRA |
France |
|
GBR |
Royaume-Uni |
|
GRC |
Grèce |
|
HUN |
Hongrie |
|
IRL |
Irlande |
|
IRN |
Iran |
|
IRQ |
Iraq |
|
ISL |
Islande |
|
ISR |
Israël |
|
ITA |
Italie |
|
JOR |
Jordanie |
|
JPN |
Japon |
|
KOR |
Corée |
|
KWT |
Koweït |
|
LBN |
Liban |
|
LBY |
Libye |
|
LTU |
Lituanie |
|
LUX |
Luxembourg |
|
LVA |
Lettonie |
|
MAR |
Maroc |
|
MEX |
Mexique |
|
NLD |
Pays-Bas |
|
NOR |
Norvège |
|
NZL |
Nouvelle-Zélande |
|
OMN |
Oman |
|
POL |
Pologne |
|
PRT |
Portugal |
|
PSE |
Autorité palestinienne |
|
QAT |
Qatar |
|
SAU |
Arabie saoudite |
|
SDN |
Soudan |
|
SVK |
République slovaque |
|
SVN |
Slovénie |
|
SWE |
Suède |
|
SYR |
République arabe syrienne |
|
TUN |
Tunisie |
|
TUR |
Türkiye |
|
USA |
États-Unis |
|
YEM |
Yémen |
Notes
Copier le lien de Notes← 1. La vulnérabilité économique mesure la part de la population dont la consommation par habitant est entre 1 et 1,5 fois le seuil de pauvreté monétaire. Cet indicateur identifie la part des ménages qui risquent de basculer dans la pauvreté face à des chocs économiques importants.
← 4. L’insalubrité de l’habitat au Maroc est qualifiée sur la base d’une échelle qui comporte six niveaux. Le premier niveau d’insalubrité concerne les logements avec des carences extrêmes. Le niveau d’insalubrité 2 concerne les logements manquant d’au moins un des trois équipements de base (eau potable, électricité et assainissement). Le niveau 3 d’insalubrité concerne les logements ne disposant pas d’une cuisine ou de toilettes indépendantes. Le niveau d’insalubrité 4 concerne les logements ayant un mauvais rapport avec le milieu extérieur en matière d’ensoleillement, de ventilation et d’éclairage naturel. Le niveau 5 concerne les logements localisés dans un environnement nuisible comme une zone infestée, une zone avec une atmosphère polluée, un microclimat nuisible ou zone à nuisances. Enfin, le niveau 6 concerne les logements présentant une densité d’occupation élevée avec moins de 9 m2 par personne.
← 5. Les « maisons sur lot économique » sont des logements à loyer faible généralement bâtis par auto-construction ; les « appartements économiques » concernent les appartements construits dans les nouvelles villes ou sur lot économique.
← 6. Réponses du Ministère de l’Intérieur au questionnaire de l’OCDE.