L’intelligence artificielle (IA) occupe une place croissante dans l’action des pouvoirs publics, qu’il s’agisse de concevoir les politiques publiques, d’assurer la prestation des services ou de gérer l’administration publique. Alors que les institutions publiques s’emploient activement à acquérir, développer et utiliser des outils d’IA, la manière dont la population perçoit ces technologies devient un facteur déterminant de leur légitimité et de leur efficacité. Le présent chapitre examine le regard que portent les citoyens des pays Membres de l’OCDE sur l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics et ce que cela implique pour la confiance dans les institutions publiques, à partir des données issues de l’édition 2025 de l’Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques.
Résultats 2026 de l’enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques
5. Une intelligence artificielle digne de confiance dans le secteur public
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Principaux constats
Copier le lien de Principaux constatsLa majorité des individus restent sceptiques quant au déploiement de l’IA dans le secteur public, bien que le taux élevé de réponses neutres ou « je ne sais pas » suggère un manque d’information ou d’expérience, qui limite la capacité à porter un jugement.
Les individus ont plus susceptibles de croire que l’IA dans le secteur public peut améliorer la qualité et l’efficacité des services que de croire qu’elle sera équitable, transparente et protectrice des informations personnelles. L’optimisme à l’égard de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics est plus étroitement corrélé à la confiance dans les institutions publiques observée au niveau individuel qu’au niveau national. Autrement dit, dans des pays où la confiance est élevée (à savoir ceux dans lesquels une part relativement importante de la population accorde une confiance élevée ou modérément élevée aux institutions publiques), les individus n’ont pas nécessairement une opinion plus positive de l’IA, contrairement aux individus exprimant une confiance élevée (à savoir ceux qui déclarent accorder une confiance élevée ou modérément élevée à l’administration).
Une meilleure connaissance de l’IA va de pair avec un optimisme plus marqué quant à son utilisation par les pouvoirs publics.
Les résultats de l’Enquête de l’OCDE sur la confiance confortent les leviers de gouvernance publique définis dans le Cadre de l’OCDE pour une IA digne de confiance dans l’administration, qui aide les pouvoirs publics à mettre leurs modalités d’utilisation et leur gouvernance de l’IA en adéquation avec les Principes de l’OCDE sur l’IA. La confiance dans le traitement des données par les organismes publics, la gestion responsable des enjeux à long terme et la réglementation appropriée des nouvelles technologies sont associées à une vision plus optimiste de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics.
L’intelligence artificielle (IA) prend une place croissante dans le secteur public, où elle transforme les processus et les résultats dans un large éventail de fonctions de l’État. Dans le présent chapitre, l’IA désigne les systèmes informatiques capables d’exécuter des tâches généralement associées à l’intelligence humaine, notamment comprendre le langage, exploiter des données et appuyer la prise de décision. Plus formellement, l’OCDE définit un système d’IA comme
« un système automatisé qui, pour des objectifs explicites ou implicites, déduit, à partir d’entrées reçues, comment générer des résultats en sortie tels que des prévisions, des contenus, des recommandations ou des décisions qui peuvent influer sur des environnements physiques ou virtuels. Différents systèmes d’IA présentent des degrés variables d’autonomie et d’adaptabilité après déploiement. » [OECD/LEGAL/0449].
Dans les pays Membres de l’OCDE, des milliers de projets liés à l’IA sont désormais en cours, ce qui accroît l’attention portée à ces solutions par le public comme par la sphère politique (OCDE, 2025[1]). Outre leur rôle traditionnel d’autorités chargées de réglementer l’IA, les administrations publiques interviennent désormais également en tant qu’acquéreurs, utilisateurs directs et développeurs de systèmes d’IA. Elles intègrent l’IA dans la conception des politiques publiques, la prestation des services publics, le contrôle de la réglementation et les processus administratifs internes, dans le cadre des actions de modernisation des administrations publiques visant à accroître l’efficience.
À mesure que les pouvoirs publics déploient l’IA, la relation entre l’État et le public pourrait évoluer. Les systèmes d’IA interviennent de plus en plus dans les interactions courantes avec les individus et influent sur la manière dont les administrations répondent aux défis complexes pour l’action publique. Bien utilisées, ces technologies offrent de réelles possibilités en vue d’améliorer la productivité, l’adaptation aux besoins et la redevabilité. Toutefois, si elles ne sont pas développées et utilisées de manière fiable par les institutions publiques, celles-ci s’exposent alors à des risques susceptibles d’entraîner de graves préjudices pour les individus et la société, ce qui pourrait nuire à la légitimité de l’utilisation de l’IA par les institutions étatiques et à la confiance du public de manière plus générale. Le coût de l’inaction augmente également. Si les pouvoirs publics démocratiques échouent à s’emparer de l’IA, ils pourraient être moins à même de produire de la valeur publique dans un paysage technologique en rapide évolution, ce qui creuserait l’écart entre les capacités du secteur public et celles du secteur privé (OCDE, 2025[1]).
Le rapport intitulé Gouverner avec l’intelligence artificielle publié par l’OCDE et sous-tendu par les Principes de l’OCDE sur l’IA, souligne le fait que la « fiabilité » est un prérequis à une utilisation efficace et responsable de l’IA dans le secteur public. Il précise que la résistance de la population constitue un défi potentiel dans près de la moitié des cas d’utilisation examinés, ce qui témoigne de préoccupations parfois nourries en partie par des défaillances antérieures très médiatisées dans la prise de décision algorithmique. Pour relever ce défi, et répondre aux préoccupations sous-jacentes qu’il révèle, il convient de mettre en place des cadres de gouvernance robustes qui prévoient des mécanismes de redevabilité clairement établis et des voies de recours, ainsi qu’un suivi continu, des dispositifs de contrôle et de solides processus de gestion des risques (OCDE, 2025[1]). Le rapport définit trois piliers complémentaires – les leviers, les garde-fous et les mécanismes de participation – qui, ensemble, constituent le Cadre de l’OCDE pour une IA digne de confiance dans l’administration. Ce cadre vise à mettre le développement et le déploiement de l’IA dans le secteur public en adéquation avec les Principes de l’OCDE sur l’IA/la Recommandation du Conseil sur l’intelligence artificielle [OECD/LEGAL/0449] (adoptée en 2019 et mise à jour en 2024).
Pour atteindre l’objectif de déploiement d’une IA digne de confiance dans l’administration, les responsables de l’action publique doivent reconnaître que la fiabilité est intrinsèquement relationnelle : elle implique à la fois une entité à laquelle la confiance est accordée (trustee) et des personnes qui accordent cette confiance (trustors). Dans le contexte de l’IA au sein du secteur public, les institutions publiques (et les systèmes qu’elles utilisent) sont les entités auxquelles la confiance est accordée, tandis que le public correspond aux personnes dont la confiance sous-tend la légitimité et, in fine, l’efficacité de l’adoption de l’IA et de l’action des pouvoirs publics. Les éclairages tirés de l’Enquête de l’OCDE sur la confiance fournissent une base empirique pour comprendre dans quelle mesure les attentes du public convergent avec les pratiques actuelles, ou s’en écartent. En fondant les stratégies relatives à l’IA et les activités connexes sur des données probantes concernant la manière dont elles sont perçues par le public, les administrations peuvent mieux anticiper et atténuer les risques et les défis liés à la résistance du public ou à l’inaction. Une telle démarche contribue à préserver les avantages potentiels de l’adoption de l’IA et favorise une mise en œuvre plus fiable et centrée sur l’humain.
Le présent chapitre examine la façon dont la population perçoit l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics et ses implications pour la confiance de la population dans les institutions publiques. Pour commencer, il présente les attitudes générales à l’égard de l’utilisation de l’IA dans le secteur public et met en évidence les schémas observés dans les différents pays en matière d’optimisme, de scepticisme et d’incertitude. Il compare ensuite ces attentes de la population avec l’état actuel du déploiement de l’IA par les pouvoirs publics, en s’appuyant sur les conclusions du rapport Gouverner avec l’intelligence artificielle. Puis il examine de quelle manière les caractéristiques socio-économiques, le vécu et la connaissance de l’IA façonnent les attitudes à l’égard de son adoption dans les services publics. Sur la base de ces éclairages, ce chapitre évalue les principaux leviers de gouvernance publique associés à des attentes plus positives quant à l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics. Il ressort de ces différentes sections que, si l’IA peut contribuer à renforcer la confiance dans les institutions publiques, ce résultat dépend fortement de la façon dont les pouvoirs publics déploient et réglementent les systèmes d’IA et communiquent à leur sujet.
5.1. La majorité des individus restent sceptiques quant au déploiement de l’IA dans le secteur public
Copier le lien de 5.1. La majorité des individus restent sceptiques quant au déploiement de l’IA dans le secteur publicPour évaluer la confiance de la population dans l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics, les administrations publiques peuvent suivre les attitudes du public à l’égard de l’IA au fil du temps afin de déterminer les éventuels points de divergence entre les pratiques des pouvoirs publics et les attentes de la population. À cette fin, l’édition 2025 de l’Enquête de l’OCDE sur la confiance a introduit une nouvelle question destinée à mesurer les attitudes du public à l’égard de l’utilisation de l’intelligence artificielle par les organismes publics. Les personnes interrogées étaient invitées à évaluer dans quelle mesure il est probable que les organismes publics répondent à six attentes différentes lorsqu’ils utilisent l’IA :
fournir des services mieux adaptés aux besoins spécifiques de chaque individu,
réduire les coûts de fonctionnement de l’administration,
protéger les données personnelles des individus contre tout accès non autorisé ou toute utilisation abusive,
conserver un contrôle humain et le pouvoir de décision final dans les domaines critiques,
faire preuve de transparence quant à la manière et aux situations dans lesquelles l’IA est utilisée dans le fonctionnement des administrations,
garantir un traitement équitable et impartial de la population.
Afin de faciliter la présentation des résultats, les réponses sont regroupées en quatre profils de répondants, selon le nombre d’attentes que ceux-ci jugent susceptibles d’être satisfaites lorsque les organismes publics utilisent l’IA : l’évaluation est dite très positive lorsque ce nombre est de cinq ou six ; modérément positive lorsqu’il est de trois ou quatre ; modérément sceptique lorsqu’il est d’un ou deux seulement ; et très sceptique lorsqu’aucune des attentes n’est jugée susceptible d’être satisfaite. Ces libellés sont utilisés tout au long de ce chapitre comme raccourcis pour décrire les schémas observés dans les attitudes à l’égard de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics.
Les résultats de l’Enquête de l’OCDE sur la confiance révèlent un profond scepticisme, dans l’ensemble des pays de l’OCDE et des pays européens candidats à l’adhésion à l’OCDE, quant aux avantages potentiels du déploiement de l’IA au sein des administrations. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, le résultat le plus courant – et de loin, avec 35 % des opinions exprimées – correspondait à une évaluation très négative, aucune des attentes positives associées à l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics n’étant jugée susceptible d’être satisfaite (Graphique 5.1). En revanche, 22 % des individus ont une évaluation très positive, 19 % une évaluation modérément positive et 25 % une évaluation modérément négative. Les parts correspondant aux différents groupes sont très similaires dans les pays européens candidats à l’adhésion à l’OCDE1 : 22 % des personnes interrogées y expriment une évaluation très positive, 19 % une évaluation modérément positive, 23 % une évaluation modérément sceptique et 37 % une évaluation très sceptique.
L’enquête révèle également d’importantes variations selon les pays. En Estonie, en Irlande, en Islande, en Lettonie, en Norvège, en République slovaque et au Royaume-Uni, ainsi qu’en Bulgarie, plus de 40 % des individus expriment un faible niveau de confiance dans l’utilisation, effective ou potentielle, de l’IA par les pouvoirs publics de leur pays. À l’inverse, en Corée et en Suisse, les parts des répondants exprimant des attentes positives sont nettement plus élevées. Ces différences géographiques laissent penser que des facteurs divers peuvent influer sur la confiance de la population dans l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics, notamment des expériences différentes concernant les services d’administration numérique et des attitudes culturelles distinctes à l’égard de l’innovation technologique dans le secteur public. À l’échelle nationale, contrairement à ce que l’on observe au niveau individuel, le scepticisme plus répandu à l’égard de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics n’est pas nécessairement corrélé à de faibles niveaux de confiance dans les différentes institutions publiques. Autrement dit, les pays où la confiance est élevée n’affichent pas toujours des degrés plus élevés d’optimisme à l’égard de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics, et les pays où la confiance est plus faible n’expriment pas toujours une vision plus négative.
Graphique 5.1. Quatre personnes sur dix environ ont une opinion modérément ou très positive du potentiel qu’offre l’utilisation de l’IA par les institutions étatiques
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Note : Ce graphique illustre la confiance dans la manière dont les organismes publics mettront en œuvre et utiliseront l’intelligence artificielle. Il montre la part des répondants qui se disent convaincus (réponses comprises entre 6 et 10 sur une échelle de 0 à 10) que l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics permettra de satisfaire un certain nombre d’attentes positives, en réponse à la question suivante : « En pensant à la manière dont les administrations publiques pourraient utiliser l’IA à l’avenir, dans quelle mesure êtes-vous convaincu(e) qu’elles parviendront à garantir ce qui suit ? ». La partie A présente la répartition moyenne des répondants, dans les pays de l’OCDE, selon un score compris entre 0 et 6, chaque score correspondant au nombre d’attentes dont les répondants sont convaincus qu’elles seront satisfaites. La partie B présente les parts observées au niveau des pays, regroupées en quatre catégories : 5 à 6 attentes (très positive), 3 à 4 attentes (modérément positive), 1 à 2 attente(s) (modérément sceptique) et 0 attente (très sceptique) ; la valeur « OCDE » correspond à la moyenne de ces parts observées au niveau national. Les six attentes sont les suivantes : fournir des services mieux adaptés aux besoins spécifiques de chaque individu ; réduire les coûts de fonctionnement de l’administration ; protéger les données à caractère personnel des individus contre tout accès non autorisé ou toute utilisation abusive ; conserver un contrôle humain et le pouvoir de décision final dans les domaines critiques ; veiller à la transparence autour de l’utilisation de l’IA ; et garantir un traitement équitable et impartial de la population.
Source : Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques, 2025.
Les efforts visant à recueillir des données probantes sur la façon dont la population perçoit l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics au niveau national en sont encore à leurs balbutiements, mais certains pays ont commencé à collecter des données de ce type (voir Encadré 5.1). Ces données probantes soutiennent le pilier « mécanismes de participation » du Cadre de l’OCDE pour une IA digne de confiance dans l’administration, en aidant les administrations publiques à comprendre les attentes de la population, puis à concevoir des mécanismes de participation et des actions de communication adaptés concernant l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics.
Encadré 5.1. Initiatives nationales visant à recueillir des données probantes sur les attitudes du public à l’égard de l’utilisation de l’IA dans le secteur public en Australie, au Royaume-Uni et en Belgique
Copier le lien de Encadré 5.1. Initiatives nationales visant à recueillir des données probantes sur les attitudes du public à l’égard de l’utilisation de l’IA dans le secteur public en Australie, au Royaume-Uni et en BelgiqueRapport sur les perspectives à long terme de l’Australie intitulé How might artificial intelligence affect the trustworthiness of public service delivery?
Le rapport sur les perspectives à long terme de l’Australie, consacré aux incidences potentielles de l’intelligence artificielle sur la fiabilité de la prestation des services publics (How might artificial intelligence affect the trustworthiness of public service delivery?) a été publié en 2023. Il examine la manière dont la fonction publique australienne pourrait intégrer l’IA dans la prestation de services futurs et ce que cela pourrait impliquer pour la fiabilité perçue de ces services.
Sur le plan méthodologique, les auteurs se sont appuyés sur plusieurs sources de données probantes : la participation des communautés et les contributions d’experts, notamment au moyen d’ateliers et de groupes de discussion réunissant des participants issus d’organisations locales, du monde universitaire, du secteur privé, de la jeunesse et d’organismes du Service public australien (APS) ; un atelier fondé sur des scénarios, animé par le National Security College Futures Hub de l’Université nationale d’Australie, afin de tester des scénarios futurs plausibles et leurs implications pour la fiabilité ; deux enquêtes ayant recueilli ensemble plus de 5 000 réponses ; et une évaluation rapide des données probantes (Rapid Evidence Assessment) issues de la littérature et des travaux de recherche existants.
Enquête « Public Attitudes to Data and AI tracker » au Royaume-Uni
Au Royaume-Uni, le Centre pour l’éthique des données et l’innovation (Centre for Data Ethics and Innovation) a fait participer la population par le biais d’une étude, intitulée « Attitudes du public à l’égard des données et de l’IA : étude de suivi » (Public Attitudes to Data and AI tracker), qui peut éclairer la façon dont l’État fera évoluer l’action publique à l’avenir. Quatre éditions de l’enquête ont été menées.
Table ronde belge sur l’IA
En 2024, la présidence belge du Conseil de l’Union européenne a réuni un panel de 60 citoyens belges sélectionnés de manière aléatoire afin de discuter de l’avenir de l’intelligence artificielle (IA) au sein de l’UE. Les conclusions de leurs discussions ont été synthétisées dans un rapport présentant le point de vue des citoyens sur cette question.
Source : Adapté de (OCDE, 2025[1] ; Gouvernement de l’Australie, 2023[2]).
Au-delà de cette vue d’ensemble des attitudes de la population à l’égard de l’IA dans le secteur public, une tendance distincte se dégage : les individus se disent davantage convaincus que l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics améliorera l’adaptation aux besoins et l’efficience (grâce à des services mieux adaptés et à une baisse des coûts) qu’ils ne le sont de sa capacité à respecter des valeurs associées aux procédures telles que la transparence, la protection de la vie privée ou l’équité (Graphique 5.2).
Dans l’ensemble, les niveaux de confiance les plus élevés concernent l’amélioration des services (43 %) et la réduction des coûts (42 %), ce qui laisse penser qu’une part importante du public reconnaît globalement les gains potentiels d’efficience et d’amélioration des services que peut offrir l’IA.
Le niveau de confiance diminue lorsqu’il s’agit de préoccupations liées aux valeurs associées aux processus, telles que la protection des données personnelles (32 %), la transparence (34 %) et un traitement équitable (35 %). Les avis sont légèrement plus partagés quant à la question de savoir si les humains conserveraient un contrôle sur les décisions critiques : pour 37 % des répondants, ce scénario est probable, tandis que pour 36 % d’entre eux, il ne l’est pas.
Ces tendances sont globalement similaires dans les différents pays de l’OCDE et pays européens candidats à l’adhésion à l’OCDE.
Elles concordent fortement avec les conclusions de l’édition 2024 de l’enquête intitulée « Des risques qui comptent » (Risks That Matter) (OCDE, 2025[3]). Par exemple, 40 % des répondants considèrent que l’utilisation de l’IA pour aider à traiter et approuver les demandes relatives aux programmes sociaux est bénéfique pour les usagers, tandis que 30 % se déclarent incertains et 25 % estiment qu’elle ne l’est pas. Les attitudes à l’égard de la gouvernance des données sont elles aussi contrastées : 37 % des répondants ne sont pas d’accord ou pas du tout d’accord avec l’affirmation selon laquelle ils font confiance à l’administration concernant les données collectées à leur sujet au moyen d’outils numériques et de l’IA, alors que 32 % indiquent lui faire confiance. Enfin, moins de la moitié des répondants (44 %) se disaient convaincus que l’IA ne serait utilisée pour évaluer les demandes de prestations publiques que lorsque cette utilisation serait sûre et fiable.
L’Enquête de l’OCDE sur la confiance fait également ressortir une forte proportion de réponses neutres et de réponses « ne sait pas » dans l’ensemble des dimensions. En moyenne, dans la zone OCDE – les résultats étant très similaires pour les pays européens candidats à l’adhésion à l’OCDE –, ces réponses représentent entre 9 % et 11 % pour la seule catégorie « ne sait pas » et atteignent 25 % lorsqu’elles sont combinées aux réponses neutres. Cette incertitude laisse penser qu’une part importante de la population reste soit mal informée sur la manière dont les pouvoirs publics déploient, ou pourraient déployer, les systèmes d’IA, soit dans l’incapacité de se forger une opinion assurée sur ces applications telles que déployées aujourd’hui et éventuellement à l’avenir.
Graphique 5.2. Les individus sont davantage susceptibles de penser que l’utilisation de l’IA dans le secteur public peut améliorer la qualité et l’efficience des services que de considérer qu’elle sera équitable, transparente et protectrice des données personnelles
Copier le lien de Graphique 5.2. Les individus sont davantage susceptibles de penser que l’utilisation de l’IA dans le secteur public peut améliorer la qualité et l’efficience des services que de considérer qu’elle sera équitable, transparente et protectrice des données personnellesPart de la population convaincue ou non que l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics permettra de satisfaire l’attente concernée, OCDE, 2025
Note : Le graphique présente les moyennes OCDE des réponses à la question suivante : « En pensant à la manière dont les administrations publiques pourraient utiliser l’IA à l’avenir, dans quelle mesure êtes-vous convaincu(e) qu’elles parviendront à garantir ce qui suit ? ». La catégorie « Convaincu(e) » correspond aux réponses comprises entre 6 et 10 sur une échelle de 0 à 10, la catégorie « Neutre » aux réponses égales à 5 et la catégorie « Pas convaincu(e) » aux réponses comprises entre 0 et 4 sur une échelle de 0 à 10. La moyenne « OCDE » est calculée comme la moyenne non pondérée des moyennes nationales pondérées.
Source : Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques, 2025.
Ensemble, ces données probantes mettent en évidence une multiplicité d’attentes et de degrés d’aisance à l’égard des services et politiques publiques fondés sur l’IA. Une part non négligeable de la population reste incertaine au sujet de l’IA et nourrit des réserves quant aux effets de son déploiement par les pouvoirs publics. Cela souligne l’importance d’une approche mesurée et centrée sur l’humain, fondée sur des explications claires, le renforcement progressif de la confiance et le maintien d’une approche multicanale afin de veiller à ce que personne ne soit laissé de côté.
5.2. L’IA peut devenir un facteur de renforcement de la confiance, selon les choix opérés en matière de gouvernance publique
Copier le lien de 5.2. L’IA peut devenir un facteur de renforcement de la confiance, selon les choix opérés en matière de gouvernance publiquePour mieux comprendre les effets que l’IA pourrait avoir sur la confiance du public, il est utile de comparer les attentes de la population avec la manière dont les organismes publics utilisent l’IA dans la pratique. À cette fin, cette section s’appuie sur les cas d’utilisation décrits dans le rapport Gouverner avec l’intelligence artificielle. Cette approche permet d’évaluer dans quelle mesure les attitudes et attentes de la population semblent correspondre aux tendances actuelles de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics. Le rapport Gouverner avec l’intelligence artificielle s’appuie sur des études de cas issues de pays ayant participé à l’Enquête de l’OCDE sur la confiance, ainsi que de certains pays n’y ayant pas participé2.
Sur 200 cas d’utilisation de l’IA, le rapport Gouverner avec l’intelligence artificielle montre que les quatre principaux domaines dans lesquels les pouvoirs publics ont concentré leurs efforts en matière d’IA sont la conception et la prestation des services publics, la participation civique, l’administration de la justice, ainsi que l’application de la loi et la gestion des risques de catastrophe (voir Graphique 5.3). En outre, les pouvoirs publics appliquent généralement l’IA à quatre types d’activités distincts : la prestation de services destinés au public, les opérations internes, la supervision – à la fois interne et externe – et le soutien à l’élaboration des politiques publiques. La prestation de services destinés au public ressort aujourd’hui comme le principal cas d’utilisation, suivie de près par les opérations internes (OCDE, 2025[1]).
Graphique 5.3. Les cas d’utilisation sont principalement recensés dans la conception et la prestation des services publics, la participation civique et l’administration de la justice
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Source : OCDE (2025[1]), Gouverner avec l’intelligence artificielle : État des lieux et perspectives pour les fonctions essentielles de l’État, éditions OCCE, Paris, https://doi.org/10.1787/6816434b-fr ; et analyse réalisée par l’OCDE à partir des cas d’utilisation recensés.
Comme indiqué dans la section précédente de ce chapitre, les individus se déclarent davantage convaincus de la capacité de l’IA à déboucher sur des services mieux adaptés aux besoins et moins coûteux ; 43 % d’entre eux s’attendent à une amélioration des services et 42 % à une réduction des coûts de fonctionnement pour les pouvoirs publics. La part plus importante de cas d’utilisation déployés dans la conception et la prestation des services publics, ainsi que dans la participation civique, laisse penser que les pouvoirs publics ont en partie concentré leurs efforts dans des domaines bénéficiant d’une acceptation relativement forte de la part du public. Pour les administrations, ces fonctions de l’État constituent un point d’entrée moins risqué : en démontrant une valeur claire et tangible dans des domaines que la population soutient déjà, les pouvoirs publics peuvent asseoir leur crédibilité, renforcer la confiance et préparer le terrain en vue d’étendre progressivement l’utilisation de l’IA à des domaines plus sensibles ou complexes.
Pris dans leur ensemble, ces éléments mettent en évidence des voies clairement identifiables par lesquelles l’utilisation de l’IA au sein des administrations pourrait avoir une incidence positive sur la confiance dans les institutions publiques. L’amélioration des performances des services publics constitue l’un des canaux les plus directs : la prestation de services destinés au public est le principal domaine d’application, et 45 des 200 cas d’utilisation recensés portent sur la conception et la prestation de ces services. Ce point est important, car la satisfaction à l’égard des services administratifs est corrélée à une confiance plus élevée dans les quatre institutions, les associations les plus fortes étant relevées pour la confiance dans la fonction publique (5.4 points de pourcentage) et dans les administrations locales (4.1 points de pourcentage).
Ces cas d’utilisation permettent d’illustrer quelles formes ces améliorations peuvent prendre en pratique (OCDE, 2025[1]). Par exemple, la plateforme française Services Publics+ propose une voie complémentaire, en utilisant l’IA (transcription automatique de la parole, aide à la rédaction et analyse des retours d’expérience) pour améliorer l’accessibilité et l’adaptation aux besoins, tout en laissant aux agents publics la maîtrise des décisions finales (Gouvernement de la France, 2026[4]).
Les usages de l’IA en appui à la participation civique figurent au deuxième rang des cas recensés d’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics (voir Graphique 5.3). Ils pourraient rendre les processus participatifs plus efficaces, ce qui viendrait alors accroître les niveaux de confiance du public. Dans les pays de l’OCDE, seuls 31 % des répondants estiment que le système politique permet aux citoyens comme eux d’avoir leur mot à dire sur l’action des pouvoirs publics, et 32 % pensent que les pouvoirs publics sont susceptibles d’adopter les propositions issues des consultations publiques (voir chapitre 6). Le déploiement de l’IA à l’appui de la participation civique pourrait contribuer à répondre à ces enjeux, notamment en aidant à synthétiser les enseignements tirés de vastes volumes de contributions aux consultations publiques, à générer des réponses et des informations de suivi à l’intention des participants, à faciliter une vérification plus rapide des faits, à détecter les fausses informations et à rendre les informations complexes plus accessibles au public (OCDE, 2025[1] ; Adam, 2023[5]). L’ensemble de ces processus peut aider les pouvoirs publics à répondre plus rapidement et plus précisément aux préférences et aux attentes de la population.
L’analyse de régression des résultats de l’Enquête de l’OCDE sur la confiance laisse penser que ces innovations pourraient accroître la confiance dans les institutions publiques (voir chapitre 1). La prise en compte, par les pouvoirs publics, de l’opinion exprimée lors des consultations est corrélée à un degré de confiance plus élevé dans le gouvernement national (1.9 point de pourcentage), tandis que la perception plus large de l’efficacité politique présente des corrélations fortes avec la confiance dans le gouvernement national et le pouvoir législatif (3.2 à 3.3 points de pourcentage), et plus faibles avec la confiance dans les autorités locales (1.7 point de pourcentage). Si les outils d’IA peuvent donner aux citoyens le sentiment que leur participation a davantage d’influence, cela pourrait fortement accroître la confiance dans les institutions.
L’administration de la justice et le maintien de l’ordre correspondent aux troisième et quatrième fonctions de l’État dans lesquelles les applications de l’IA sont les plus fréquentes (Graphique 5.3). L’IA peut notamment aider les systèmes judiciaires en contribuant à simplifier leur administration, à fournir des éclairages fondés sur les données, à appuyer les enquêtes judiciaires, à réduire les retards et à simplifier les procédures complexes, tout en améliorant l’accès du public à la justice, ce qui en fait un secteur à forte valeur ajoutée pour une utilisation plus large de l’IA. Ces fonctions revêtent toutefois un caractère sensible et suscitent généralement une résistance plus forte du public.
Pour obtenir ces résultats positifs, le rapport Gouverner avec l’intelligence artificielle recense un certain nombre de conditions préalables. Il s’agit notamment de veiller à ce que les données sur lesquelles reposent les modèles d’IA soient suffisamment complètes, à ce que les algorithmes utilisés soient transparents et à ce que les décisions demeurent explicables et contestables (OCDE, 2025[1]). L’Espagne et le Royaume-Uni ont élaboré des approches sur mesure pour répondre à ces enjeux (voir Encadré 5.2).
Encadré 5.2. Concilier les impératifs d’efficience et d’intégrité dans l’utilisation de l’IA au sein des systèmes judiciaires du Royaume-Uni et de l’Espagne
Copier le lien de Encadré 5.2. Concilier les impératifs d’efficience et d’intégrité dans l’utilisation de l’IA au sein des systèmes judiciaires du Royaume-Uni et de l’EspagneDeux pays ont adopté des approches distinctes pour encadrer l’utilisation de l’IA dans leurs systèmes judiciaires. Le Royaume-Uni a publié des orientations à l’intention des titulaires de fonctions judiciaires, tandis que l’Espagne a établi une politique nationale complète et contraignante. Ces deux cadres visent à concilier innovation et intégrité judiciaire, tout en gérant des risques tels que les biais, la confidentialité et la redevabilité.
Royaume-Uni
Au Royaume-Uni, la directive de l’autorité judiciaire sur l’IA (AI Judicial Guidance) donne des orientations aux titulaires de fonctions judiciaires concernant l’utilisation de l’IA dans les tribunaux. Elle s’applique à l’ensemble du personnel judiciaire placé sous l’autorité de la cheffe de l’autorité judiciaire et présidente des tribunaux d’Angleterre et du Pays de Galles (Lady Chief Justice). Cette directive énonce des principes, recense les utilisations acceptables, telles que la synthèse de textes et les tâches administratives, tout en mettant en garde contre le recours à l’IA pour la recherche juridique. Elle met l’accent sur la confidentialité, la redevabilité, l’atténuation des biais et la sécurité, et alerte contre la mésinformation générée par l’IA dans le cadre des procédures.
Espagne
En juin 2024, l’Espagne a approuvé sa politique nationale d’utilisation de l’intelligence artificielle dans l’administration de la justice. Fondée sur la loi espagnole sur l’efficacité numérique de la justice, cette politique définit un cadre pour une utilisation responsable de l’IA tout au long du processus judiciaire. Elle établit une distinction claire entre les systèmes susceptibles d’avoir une incidence sur l’indépendance de la justice et ceux utilisés à des fins purement administratives. Elle autorise l’IA pour la synthèse de documents et l’automatisation de tâches administratives, mais interdit la prise de décision automatisée sans contrôle humain et la production de contenus juridiques contraignants fondés sur des données protégées. La supervision est répartie entre le Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ), pour les fonctions judiciaires, et le Comité technologique espagnol pour l’administration judiciaire électronique (CTEAJE), pour les contextes administratifs, avec des audits algorithmiques obligatoires et la tenue de registres FAT (Fairness, Accuracy, and Transparency).
Source : Adapté de OCDE (2025[1]), Gouverner avec l’intelligence artificielle : État des lieux et perspectives pour les fonctions essentielles de l’État, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/6816434b-fr.
Comme on l’a vu dans cette section, la répartition actuelle des utilisations de l’IA dans le secteur public correspond étroitement aux domaines dans lesquels les citoyens expriment le plus grand optimisme quant aux avantages potentiels de l’IA, tels que des services mieux adaptés aux besoins et une plus grande efficacité. Cela laisse penser que les efforts déployés par les pouvoirs publics en matière d’IA pourraient contribuer à une plus grande acceptation par le public. En outre, le rapprochement entre, d’une part, les tendances observées en matière de déploiement et, d’autre part, les résultats de l’Enquête sur la confiance révèle que l’utilisation de l’IA dans le secteur public pourrait améliorer les performances en matière de gouvernance et la manière dont le public perçoit les principaux déterminants de la confiance dans les institutions publiques.
Toutefois, cette convergence n’est ni automatique ni garantie. Le rapport de l’OCDE Gouverner avec l’intelligence artificielle souligne que, si les autorités publiques gèrent mal les risques liés à l’IA, le risque d’erreurs et de réactions négatives est important et pourrait saper la confiance envers les institutions publiques (OCDE, 2025[1]). L’encadré ci-dessous résume les principaux risques associés à l’IA, ainsi que les façons spécifiques dont ces risques peuvent être accentués dans les cas d’usage au sein des administrations publiques.
Encadré 5.3. Les risques liés à l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics
Copier le lien de Encadré 5.3. Les risques liés à l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publicsL’adoption mondiale de l’IA dans l’ensemble des secteurs soulève des questions, entre autres, de confiance, d’équité, de respect de la vie privée, de sécurité et de redevabilité, qui peuvent nécessiter des processus de gouvernance spécifiques ou des mesures d’atténuation. Il est donc important que les pouvoirs publics identifient et gèrent ces risques, tiennent compte de la manière dont les systèmes d’IA peuvent affecter les individus, contribuent à garantir la concrétisation des bénéfices de l’IA et atténuent les préjudices potentiels. Le rapport de l’OCDE Gouverner avec l’IA identifie cinq grandes catégories de risques liés à l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics, distinctes des défis de mise en œuvre :
Risques éthiques : ils concernent les usages de l’IA qui portent atteinte au libre exercice des droits humains et aux libertés, notamment au respect de la vie privée, et peuvent aller à l’encontre des valeurs humaines, de manière intentionnelle ou non. Les algorithmes peuvent faire passer des risques éthiques du monde numérique dans le monde réel, au travers de biais algorithmiques ou de comportements contraires à l’éthique, comme la surveillance intrusive. Les principales préoccupations portent sur la confiance, l’équité, la liberté, la dignité, l’autonomie individuelle et les droits des travailleurs.
Risques opérationnels : ils englobent les défaillances techniques ou fonctionnelles susceptibles de compromettre la confidentialité des données, la qualité des résultats produits par l’IA, ou encore les opérations internes des pouvoirs publics, du fait de cybermenaces, de conséquences non anticipées, d’hallucinations de l’IA, d’erreurs systématiques ou d’une dépendance excessive à l’égard des systèmes d’IA.
Risques d’exclusion : ces risques renvoient aux inégalités qui apparaissent lorsque des citoyens qui n’ont pas accès aux technologies ou qui manquent de compétences numériques risquent d’être laissés pour compte et de ne pas pouvoir bénéficier des progrès de l’IA dans les services publics.
Risques de résistance de la population : ces risques sont liés à la résistance de la population à l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics. Cette résistance peut être motivée par un manque de confiance à l’égard des systèmes ou des processus d’IA des pouvoirs publics, ou encore par la diffusion d’informations fausses ou trompeuses sur la manière dont l’IA est mise en œuvre dans les administrations publiques et ses effets potentiels.
Risques d’inaction : souvent négligé, ce risque inclut les retards pris par les pouvoirs publics dans l’adoption de l’IA, alors qu’elle pourrait générer des bénéfices significatifs. Cette inaction peut entraîner des coûts financiers et non financiers importants — qui auraient pu être évités grâce à une adoption réussie de l’IA — ainsi qu’un creusement de l’écart entre les capacités des secteurs public et privé.
Source: Adapté de OCDE (2025, pp. 38-39[1]), Gouverner avec l’intelligence artificielle : État des lieux et perspectives pour les fonctions essentielles de l’État, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/6816434b-fr.
Ces préoccupations n’ont rien de purement hypothétique. Les données de l’outil de suivi des incidents liés à l’IA de l’OCDE montrent une augmentation constante du nombre d’incidents et de risques recensés dans les médias et, en janvier 2026, un incident enregistré sur cinq (115 sur 599) relevait de la catégorie « gouvernement, sécurité et défense », ce qui souligne les risques très réels associés au déploiement de l’IA dans le secteur public (OCDE, 2026[6]). L’affaire des allocations familiales aux Pays-Bas (Toeslagenaffaire) constitue un exemple de préjudice concret : un système d’IA utilisé par les pouvoirs publics a conduit à ce que 26 000 familles soient accusées à tort de fraude en raison d’un algorithme qui ciblait de manière disproportionnée les familles binationales ou issues de l’immigration (OCDE, 2025[1]).
Bien entendu, bon nombre des risques associés à l’IA ne sont pas entièrement nouveaux. Dans les faits, les systèmes d’IA viennent souvent amplifier des défaillances de gouvernance déjà connues, telles qu’une dépendance excessive à l’égard des outils techniques, une redevabilité insuffisante et l’acceptation sans examen critique des résultats produits comme faisant autorité. Le scandale de la Poste britannique, dans lequel des centaines de responsables de bureaux de poste (sub-postmasters) ont été poursuivis à tort après que des défaillances d’un système de comptabilité avaient généré des données erronées faisant apparaître des déficits de caisse, n’était pas lié à l’IA, mais il montre que des informations générées par des logiciels et insuffisamment contrôlées peuvent provoquer de graves préjudices (Growns et al., 2024[7]).
Il convient néanmoins de noter que les fonctions de l’État dans lesquelles les cas d’utilisation de l’IA sont les plus fréquents (conception et prestation des services) sont aussi celles dans lesquelles les individus perçoivent le potentiel le plus fort. À mesure que les applications de l’IA par les institutions publiques se généralisent, la part de la population qui en a une appréciation positive pourrait augmenter. Mais il pourrait aussi en être autrement, car une meilleure connaissance des utilisations de l’IA pourrait accentuer la perception des risques, et ce, potentiellement de manière inégale au sein de la population.
5.3. Les attitudes à l’égard de l’utilisation de l’IA dans le secteur public varient selon les groupes de populations
Copier le lien de 5.3. Les attitudes à l’égard de l’utilisation de l’IA dans le secteur public varient selon les groupes de populations5.3.1. Les différents degrés d’optimisme à l’égard de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics reflètent plusieurs écarts socio-économiques et démographiques en matière de confiance à l’égard du gouvernement national
Dans le contexte de réformes ou de services fondés sur l’IA, une confiance inégale dans l’utilisation de l’IA par le secteur public pourrait susciter une résistance parmi les personnes les plus sceptiques, ou accentuer les différences de perception, au sein de la population d’un pays, quant à la compétence des pouvoirs publics et aux valeurs qu’ils portent, avec des répercussions sur la confiance.
Dans les pays de l’OCDE, les données de l’Enquête de l’OCDE sur la confiance font apparaître des tendances démographiques et socio-économiques cohérentes dans les attitudes à l’égard de l’utilisation de l’IA dans le secteur public (voir Graphique 5.4). Le scepticisme augmente avec l’âge, passant de 24 % chez les 18-29 ans à 41 % chez les personnes âgées de 50 ans et plus. Les visions positives, en revanche, demeurent relativement stables d’un groupe d’âge à l’autre. Le scepticisme passe de 42 % chez les personnes ayant un faible niveau d’instruction formelle à 28 % chez les personnes très instruites, tandis que les visions positives progressent de 18 % à 27 %. Parmi les femmes, le scepticisme est plus prononcé (38 %, contre 31 % pour les hommes) et les visions positives moins fréquentes (18 %, contre 25 % pour les hommes). Enfin, les individus qui estiment être susceptibles de subir des discriminations ou se sentir en situation d’insécurité financière affichent des niveaux de scepticisme plus élevés (respectivement 40 % et 37 %) et des attitudes positives moins fréquentes (20 % et 19 %).
Lorsque l’on compare l’ampleur de ces écarts, le niveau d’instruction apparaît comme le facteur de différenciation le plus marqué, avec un écart de 14 points de pourcentage s’agissant du scepticisme et de 9 points pour les visions positives. Les préoccupations financières produisent un écart de même ampleur s’agissant des visions positives (9 points de pourcentage), tandis que l’âge génère l’écart le plus important s’agissant du scepticisme, avec 17 points, malgré une différence minime dans le cas des visions positives. Cette tendance laisse penser que des facteurs structurels, tels que le niveau d’instruction et la sécurité économique, façonnent les attitudes à l’égard de l’IA plus fortement que les seules caractéristiques démographiques.
Les différents degrés d’optimisme observés à l’égard de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics reflètent plusieurs écarts socio-économiques et démographiques en matière de confiance à l’égard du gouvernement national. Plus précisément, les mêmes groupes qui expriment un niveau de confiance plus faible (les individus en situation d’insécurité financière et ceux qui estiment être susceptibles de subir des discriminations) tendent également à se montrer plus sceptiques et à avoir une vision moins positive de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics. Le niveau d’instruction fait apparaître une tendance tout aussi cohérente : un niveau d’instruction plus élevé va de pair à la fois avec une confiance plus forte dans le gouvernement national et avec des attentes plus favorables à l’égard de l’IA au sein de l’administration (scepticisme moindre et visions plus positives). Considérés dans leur ensemble, ces recoupements laissent penser que les attitudes à l’égard de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics ne renvoient pas uniquement à la technologie elle-même, mais reflètent aussi plus largement les expériences vécues au contact des institutions.
Dans le même temps, la comparaison met également en évidence des différences majeures, notamment selon l’âge et, dans une certaine mesure, entre les femmes et les hommes. La confiance à l’égard du gouvernement national varie seulement de manière modérée selon l’âge – elle est légèrement plus élevée chez les répondants plus âgés –, tandis que le scepticisme à l’égard de l’IA augmente fortement avec l’âge. Cette divergence laisse penser que les écarts liés à l’âge dans les attitudes à l’égard de l’IA tiennent peut-être moins à la confiance générale dans les institutions qu’à des préoccupations propres à l’IA, liées par exemple à une connaissance limitée de l’IA, à la perception d’une perte de contrôle humain dans la prise de décision ou à une sensibilité accrue aux préjudices potentiels. Les femmes semblent également plus sceptiques et moins positives que les hommes à l’égard de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics, et cet écart pourrait être plus marqué que l’écart correspondant en matière de confiance, ce qui suggère que l’IA pourrait amplifier des préoccupations que les outils de mesure générale de la confiance ne saisissent pas pleinement.
Enfin, il convient de noter que le constat exposé précédemment, selon lequel les individus se montrent plus optimistes quant aux avantages potentiels de l’IA en matière d’adaptation aux besoins et d’efficacité au sein de l’administration (des services personnalisés et des coûts moindres) qu’à l’égard des aspects liés aux valeurs (protection de la vie privée, transparence et équité), se vérifie dans les différents groupes démographiques.
Graphique 5.4. Les caractéristiques socio-économiques et démographiques sont associées à des degrés variables d’optimisme et de pessimisme à l’égard de l’utilisation de l’IA dans le secteur public
Copier le lien de Graphique 5.4. Les caractéristiques socio-économiques et démographiques sont associées à des degrés variables d’optimisme et de pessimisme à l’égard de l’utilisation de l’IA dans le secteur public
Note : Le graphique présente la moyenne de l’OCDE pour la part des personnes ayant une vision très positive (partie A) ou très négative (partie B) de la capacité des organismes publics à utiliser l’intelligence artificielle pour répondre aux attentes positives, dans chaque groupe de population considéré. Une évaluation très positive correspond au fait d’être convaincu(e) que cinq à six des attentes évaluées seront satisfaites, les réponses comprises entre 6 et 10 sur une échelle de 0 à 10 étant considérées comme correspondant au fait de se dire convaincu(e). Une évaluation très négative correspond au fait de ne se dire convaincu(e) pour aucune des attentes évaluées. La question sous-jacente est la suivante : « En pensant à la manière dont les administrations publiques pourraient utiliser l’IA à l’avenir, dans quelle mesure êtes-vous convaincu(e)qu’elles parviendront à garantir ce qui suit ? » Les attentes évaluées sont les suivantes : fournir des services mieux adaptés aux besoins spécifiques de chaque individu ; réduire les coûts de fonctionnement de l’administration ; protéger les données personnelles des individus contre tout accès non autorisé ou toute utilisation abusive ; conserver un contrôle humain et le pouvoir de décision final dans les domaines critiques ; faire preuve de transparence quant aux moments et aux modalités d’utilisation de l’IA ; et garantir un traitement équitable et impartial de la population.
Source : Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques, 2025.
5.3.2. Une meilleure connaissance de l’IA va de pair avec des attentes plus élevées quant à ses avantages
Malgré son apparente omniprésence dans toutes les facettes de notre vie, la plupart des individus n’ont qu’une compréhension générale, voire aucune compréhension, de ce qu’est l’IA, ce qui pose un défi de taille aux organismes publics qui déploient des technologies d’IA. Même lorsque des cadres complets pour une IA digne de confiance sont en place, une connaissance limitée de l’IA risque d’accroître la perception d’opacité dans les affaires publiques, mettant en évidence la tension entre le rythme rapide de la mise en œuvre de l’IA et le rythme plus lent de la compréhension du public et des processus démocratiques. En outre, ces résultats soulignent l’importance du pilier « mécanismes de participation » du Cadre de l’OCDE pour une IA digne de confiance dans l’administration, qui met l’accent sur des approches centrées sur l’utilisateur et adaptées aux besoins. En associant activement les parties prenantes, notamment la population, la société civile et les entreprises, les pouvoirs publics peuvent améliorer la compréhension que le public a de l’IA et de ses implications pour la gouvernance (OCDE, 2025[1]).
Les centres d’intérêt et les expériences individuelles en lien avec l’IA sont de plus en plus considérés comme des variables pouvant prédire les attitudes à l’égard de l’IA (Kanzola, Papaioannou et Petrakis, 2024[8]). En moyenne dans la zone OCDE, moins d’une personne sur dix (8 %) déclare ne pas bien connaître le terme « intelligence artificielle », tandis que quatre sur dix (40 %) déclarent le comprendre suffisamment bien pour l’expliquer à autrui et que la moitié (50 %) disent avoir une idée générale de ce qu’il signifie (voir Graphique 5.5). Ces tendances sont très similaires dans les pays européens candidats à l’adhésion à l’OCDE. La connaissance de l’IA tend à être plus forte chez les jeunes et les personnes ayant un niveau d’instruction plus élevé, tandis que les personnes plus âgées et moins instruites déclarent plus souvent n’avoir qu’une compréhension limitée du terme, voire ne pas bien le connaître du tout. En revanche, des différences de sensibilisation ou de compréhension entre les femmes et les hommes, ou entre les personnes ayant ou non des préoccupations d’ordre financier, existent bien, mais elles sont plus modérées.
Graphique 5.5. Dans l’OCDE, quatre personnes sur dix estiment avoir une connaissance suffisamment solide de l’intelligence artificielle pour pouvoir l’expliquer à autrui
Copier le lien de Graphique 5.5. Dans l’OCDE, quatre personnes sur dix estiment avoir une connaissance suffisamment solide de l’intelligence artificielle pour pouvoir l’expliquer à autruiPart de la population déclarant différents niveaux de familiarité avec l’« intelligence artificielle », OCDE, 2025
Note : Le graphique indique, pour chaque pays, la répartition des réponses à la question suivante : « Dans quelle mesure le terme “intelligence artificielle (IA) ” vous est-il familier ? ». La valeur « OCDE » représente la moyenne non pondérée des moyennes nationales pondérées de la zone OCDE.
Source : Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques, 2025.
Une meilleure connaissance de l’intelligence artificielle va de pair avec des attentes plus élevées quant aux avantages potentiels de l’IA dans le secteur public, même si les personnes les mieux informées n’expriment des attentes positives à l’égard de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics que dans deux domaines seulement (voir Graphique 5.6). Parmi les personnes qui estiment comprendre l’IA suffisamment bien pour l’expliquer à autrui, trois sur dix sont très optimistes (attentes positives dans cinq ou six domaines), contre environ deux sur dix parmi celles qui n’ont qu’une idée générale de ce que signifie le terme. À l’inverse, les personnes qui connaissent le moins bien l’IA – et dont les seuls éléments de compréhension pourraient provenir de l’explication3 fournie dans l’enquête après la question sur leur niveau de connaissance de l’IA – tendent à exprimer une confiance nettement plus faible, seule une personne sur dix environ exprimant de telles attentes positives. Cette tendance concorde avec la littérature existante, selon laquelle les personnes qui ont des centres d’intérêt plus marqués ou une expérience plus solide en lien avec l’IA ont souvent une appréciation plus positive de cette technologie (Kim et Lee, 2023[9] ; Kovačević et Demić, 2023[10])
Que les répondants déclarent connaître assez bien ou très bien le terme « intelligence artificielle », ils sont plus susceptibles de s’attendre à ce que l’IA améliore les services et réduise les coûts qu’à ce qu’elle soit équitable et transparente, protège les données personnelles et demeure soumise à un contrôle humain. Parmi les personnes qui ne connaissent pas bien le terme, les évaluations sont beaucoup plus uniformément négatives (voir Graphique 5.6).
Graphique 5.6. Une meilleure connaissance de l’IA va de pair avec des attentes plus positives à l’égard de son utilisation dans le secteur public
Copier le lien de Graphique 5.6. Une meilleure connaissance de l’IA va de pair avec des attentes plus positives à l’égard de son utilisation dans le secteur publicPart des répondants convaincus que l’utilisation de l’IA par les organismes publics peut répondre à chacune des attentes positives considérées, selon leur niveau autodéclaré de connaissance de l’IA, moyenne OCDE, 2025
Note : Le graphique présente la part des réponses « Convaincu(e) » à la question « En pensant à la manière dont les administrations publiques pourraient utiliser l’IA à l’avenir, dans quelle mesure êtes-vous convaincu(e) qu’elles parviendront à garantir ce qui suit ? ». La catégorie « Convaincu(e) » correspond aux réponses comprises entre 6 et 10 sur une échelle de 0 à 10. La moyenne « OCDE » est calculée comme la moyenne non pondérée des moyennes nationales pondérées.
Source : Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques, 2025.
Considérés dans leur ensemble, ces résultats invitent à la prudence lorsqu’il s’agit d’interpréter les résultats relatifs à « l’optimisme » ou au « scepticisme » à l’égard de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics comme des attitudes pleinement éclairées et stables : pour de nombreux répondants, « l’IA » peut fonctionner comme un raccourci général, façonné par des informations partielles, les récits véhiculés par les médias ou la confiance générale dans les pouvoirs publics et la technologie. Une faible connaissance de l’IA peut également accentuer le sentiment d’opacité dans la prise de décision publique, ce qui signifie que le scepticisme exprimé peut refléter des préoccupations liées à la transparence, au contrôle et à la redevabilité, autant que des opinions concernant une application particulière de l’IA. Pour autant, ces perceptions, même lorsqu’elles sont imparfaites ou fondées sur une compréhension limitée, n’en façonnent pas moins les expériences vécues par les individus au contact des services publics et, in fine, leur confiance dans les institutions publiques. C’est précisément là que réside la valeur d’une enquête de perception : elle permet de cerner la manière dont l’action publique est reçue et interprétée par les individus, en complément des indicateurs objectifs de performance qui mesurent ce que les systèmes font dans la pratique.
Dans l’ensemble, ces résultats montrent que les attitudes de la population à l’égard de l’IA dans l’administration sont façonnées par des facteurs structurels, tels que le niveau d’instruction, la sécurité économique et la connaissance des technologies numériques. Les disparités en matière de compréhension et d’expérience de l’IA risquent d’amplifier les clivages existants si les pouvoirs publics n’agissent pas de manière proactive pour répondre aux préoccupations liées à l’équité, à la transparence et à la redevabilité. Pour favoriser l’acceptation, il faut donc non seulement des systèmes dignes de confiance, mais aussi un dialogue véritable avec les groupes les plus susceptibles de se montrer sceptiques.
5.4. Les leviers de gouvernance publique au service d’une IA plus digne de confiance
Copier le lien de 5.4. Les leviers de gouvernance publique au service d’une IA plus digne de confianceLes facteurs socio-économiques jouent un rôle dans la perception de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics, mais l’action publique peut fortement influer sur l’acceptabilité de l’IA par la population. Le Cadre de l’OCDE pour une IA digne de confiance dans l’administration met en évidence des éléments concrets de gouvernance publique qui visent à faire concorder les pratiques des pouvoirs publics avec les Principes de l’OCDE sur l’IA [OECD/LEGAL/0449] et, in fine, à renforcer la confiance dans la manière dont les institutions publiques utilisent l’IA (OCDE, 2025[1]). Ces éléments se répartissent en trois groupes :
Les leviers permettent une adoption responsable de l’IA. Ils englobent les capacités de gouvernance, les données et les infrastructures numériques, les compétences, le financement, la passation des marchés publics et les partenariats.
Les garde-fous définissent les attentes en matière de transparence et de redevabilité au moyen de règles, d’orientations, de mécanismes de supervision et de dispositifs d’évaluation.
Les mécanismes de participation associant les parties prenantes, la société civile et le public contribuent à faire en sorte que le déploiement de l’IA demeure centré sur l’humain et adapté aux besoins.
Les données probantes issues de l’Enquête de l’OCDE sur la confiance permettent d’évaluer une proposition sous-jacente de ce cadre : une gouvernance publique plus solide et une perception positive de celle-ci sont associées à une utilisation plus fiable de de l’IA et à des visions plus optimistes de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics. Si cette relation se vérifie, elle suggère l’existence d’un cercle vertueux par lequel une meilleure gouvernance favorise un déploiement plus fiable de l’IA, qui peut à son tour améliorer les résultats pour les individus et renforcer leur perception plus large de la compétence des pouvoirs publics et leur confiance à leur égard.
L’analyse de régression des résultats de l’Enquête sur la confiance 2025 met en évidence plusieurs dimensions de gouvernance publique systématiquement associés à l’optimisme à l’égard de l’IA dans le secteur public (Graphique 5.7)4. Il est important de noter que le modèle inclut toutes les dimensions de la gouvernance publique mesurées dans l’enquête, ce qui permet de déterminer celles qui sont le plus fortement associées à un optimisme plus marqué quant à l’utilisation de l’IA dans le secteur public, parmi l’ensemble des variables de gouvernance, et non à partir d’un sous-ensemble prédéfini.
La variable de loin la plus importante est la confiance dans la capacité des pouvoirs publics à réglementer efficacement les technologies émergentes. D’autres aspects de la gouvernance publique liés à la gestion responsable des enjeux à long terme, tels que la conciliation des intérêts des différentes générations, la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et la coopération avec un large éventail de parties prenantes, sont également fortement associés à une perception plus positive de l’IA. De même, la confiance à l’égard de l’utilisation des données à caractère personnel par les pouvoirs publics, de la fonction publique nationale et, surtout, du gouvernement national semble aller de pair avec des visions plus optimistes de l’utilisation de l’IA dans le secteur public, mais dans une moindre mesure. Cela confirme néanmoins la possibilité d’un cercle vertueux.
Graphique 5.7. Les personnes jugeant probable que les pouvoirs publics réglementent de manière appropriée les nouvelles technologies sont plus susceptibles d’avoir une vision positive de l’utilisation de l’IA dans le secteur public
Copier le lien de Graphique 5.7. Les personnes jugeant probable que les pouvoirs publics réglementent de manière appropriée les nouvelles technologies sont plus susceptibles d’avoir une vision positive de l’utilisation de l’IA dans le secteur publicCoefficients issus d’une régression du nombre d’items pour lesquels les répondants se disent convaincus, parmi les attentes évaluées concernant l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics, sur les perceptions de la gouvernance publique et les caractéristiques individuelles
Note : Le graphique présente une sélection de résultats issus d’une régression selon la méthode des moindres carrés ordinaires du nombre d’items pour lesquels les individus se disent convaincus, en réponse à la question : « En pensant à la manière dont les administrations publiques pourraient utiliser l’IA à l’avenir, dans quelle mesure êtes-vous convaincu(e) qu’elles parviendront à garantir ce qui suit ? ». Une réponse comprise entre 6 et 10 sur une échelle de 0 à 10 correspond au fait de se dire convaincu(e). Le nombre maximum d’items correspondant aux attentes évaluées est de six. La régression inclut les perceptions de toutes les dimensions de gouvernance publique couvertes par l’enquête, ainsi que la confiance dans le gouvernement national et la fonction publique, toutes codées dans les catégories « Probable/Satisfait(e)/Convaincu(e)/Confiance élevée ou modérément élevée » (réponses comprises entre 6 et 10 sur une échelle de 0 à 10), « Neutre » (réponses égales à 5), « Improbable/Insatisfait(e)/Pas convaincu(e)/Confiance faible ou inexistante » (réponses comprises entre 0 et 4) et « Ne sait pas ». Les coefficients de régression de tous les déterminants de gouvernance publique dont le coefficient était égal ou supérieur à 0.2 sont présentés. Les régressions tiennent compte des caractéristiques démographiques individuelles, du niveau d’instruction, de la connaissance de l’IA et du pays, et reposent sur les données des pays de l’OCDE participants.
Source : Estimations fondées sur l’Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques, 2025.
5.4.1. La confiance dans l’approche réglementaire des pouvoirs publics à l’égard des technologies émergentes va de pair avec une perception positive de l’utilisation de l’IA dans le secteur public
Il existe un lien significatif entre la confiance dans l’approche réglementaire adoptée par les pouvoirs publics à l’égard des technologies émergentes et la perception positive de l’utilisation de l’IA. Les individus jugeant probable que les pouvoirs publics réglementent de manière appropriée les nouvelles technologies afin d’aider les individus et les entreprises à les utiliser de manière responsable5 affichent, sur un maximum de six attentes, un score d’attentes positives supérieur de 0.75 à celui de personnes par ailleurs similaires (Graphique 5.7). Les participants à l’enquête pouvaient interpréter une réglementation efficace comme étant fondée sur les risques, proportionnée, et conçue pour optimiser les avantages et promouvoir l’innovation tout en atténuant les préjudices potentiels. Ce lien fait apparaître un effet plus prononcé que celui des caractéristiques socio-économiques ou démographiques, ainsi que de toute autre variable de la gouvernance publique, ce qui fait de la perception de l’activité réglementaire la variable ayant l’effet le plus prononcé sur les attitudes à l’égard de l’adoption de l’IA.
Face à cette architecture en pleine évolution, dans la zone OCDE, 42 % des individus jugent probable que les pouvoirs publics réglementent de manière appropriée les nouvelles technologies afin d’aider les entreprises et les individus à les utiliser de manière responsable (voir Graphique 5.8). Dans la majorité des pays candidats à l’adhésion à l’OCDE ayant participé à l’enquête, à l’exception du Brésil, cette proportion est plus faible. En moyenne, ce chiffre est resté stable depuis 2023, même si le libellé de la question a très légèrement évolué6. Toutefois, les niveaux de confiance varient sensiblement d’un pays à l’autre. Plus de la moitié des répondants se montrent optimistes en Australie et en Corée (54 %), en Finlande (56 %), au Mexique (55 %) et en Suisse (60 %), tandis que la confiance exprimée est nettement plus faible en Estonie et en Slovénie (33 %), en Irlande (30 %), en Lettonie (26 %) et en République slovaque (28 %). Entre 2023 et 2025, plusieurs pays ont enregistré des améliorations notables (5 points de pourcentage ou plus), dont l’Australie, le Luxembourg, le Portugal, le Royaume-Uni et la Suisse, la Corée affichant la plus forte progression (12 points de pourcentage).
Graphique 5.8. Environ quatre personnes sur dix jugent probable que les pouvoirs publics réglementent de manière adéquate les nouvelles technologies
Copier le lien de Graphique 5.8. Environ quatre personnes sur dix jugent probable que les pouvoirs publics réglementent de manière adéquate les nouvelles technologiesPart de la population qui estime que les pouvoirs publics sont susceptibles de réglementer les nouvelles technologies de manière appropriée afin d’aider les entreprises et les individus à les utiliser de manière responsable, OCDE, 2025
Note : Le graphique présente, pour chaque pays, la répartition des réponses à la question : « Si de nouvelles technologies (par ex. l’intelligence artificielle) devenaient disponibles, selon vous, dans quelle mesure les pouvoirs publics seraient-ils susceptibles de les réglementer de manière appropriée afin d’aider les entreprises et les individus à les utiliser de manière responsable ? ». Le pourcentage de réponses correspondant à la catégorie « Susceptible » résulte de l’agrégation des réponses comprises entre 6 et 10, sur une échelle de 0 à 10 ; la catégorie « Neutre » correspond aux réponses égales à 5 ; et la catégorie « Peu susceptible » aux réponses comprises entre 0 et 4 ; « Ne sait pas » correspond à une autre réponse possible. La valeur « OCDE » correspond à la moyenne non pondérée des moyennes nationales pondérées de la zone OCDE.
Source : Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques, 2025.
5.4.2. La confiance dans la capacité des pouvoirs publics à assurer une gestion responsable des enjeux à long terme est associée à une perception positive de l’utilisation de l’IA dans le secteur public
La confiance dans la capacité et la volonté des administrations publiques de mettre en place une gestion responsable des enjeux à long terme de leur pays va également de pair avec l’optimisme à l’égard de l’utilisation de l’IA (Graphique 5.7). Le score d’attentes positives à l’égard de l’IA est supérieur de 0.39, sur un maximum de six attentes, pour les individus qui estiment que leur pays réduira ses émissions de GES au cours des dix prochaines années ; il est supérieur de respectivement 0.38 et 0.4 pour ceux qui sont convaincus de la capacité des pouvoirs publics à coopérer avec les parties prenantes sur des enjeux à long terme, notamment les organisations du secteur privé et les syndicats, et à concilier les intérêts des générations actuelles et futures. À l’heure actuelle, la part de la population convaincue de ces aspects de la gouvernance publique s’établit respectivement à 38 %, 37 % et 34 %.
Ces résultats peuvent s’interpréter comme le signe que la gouvernance des enjeux à long terme, tels que la conciliation des besoins des générations actuelles et futures et la réduction des émissions de GES, et la gouvernance de l’IA sont des domaines d’action qui présentent des caractéristiques structurelles communes, de sorte que la confiance dans la capacité de l’administration publique à gérer l’un va logiquement de pair avec la confiance dans sa capacité à gérer l’autre. En ce sens, les perceptions pourraient tenir moins aux performances observées sur chaque enjeu qu’à une appréciation générale de la capacité des pouvoirs publics à coordonner leur action au-delà des frontières et avec les parties prenantes, tout en agissant sur des problèmes qui soit s’inscrivent dans la durée (comme l’atténuation des émissions de GES et d’autres enjeux susceptibles d’entraîner des conséquences à long terme), soit sont en évolution rapide, comme l’IA.
5.4.3. La confiance dans l’utilisation des données personnelles par les pouvoirs publics va de pair avec une perception positive de l’utilisation de l’IA dans le secteur public
La confiance dans le traitement des données par les pouvoirs publics est également associée à un niveau de confiance plus élevé dans le déploiement de l’IA au sein du secteur public. Les conclusions de l’Enquête sur la confiance 2025 révèlent que les individus jugeant probable que les institutions publiques utilisent les données à caractère personnel exclusivement à des fins légitimes se montrent plus optimistes à l’égard de la mise en œuvre de l’IA : leur score d’attentes positives est supérieur de 0.25 lorsqu’ils sont interrogés sur les avantages potentiels de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics, par rapport aux personnes qui jugent cela improbable (voir Graphique 5.7). Cet écart est supérieur aux écarts démographiques constatés, par exemple entre les hommes et les femmes, avec un score supérieur de 0.21 pour les premiers, ou selon le niveau d’instruction, avec un score supérieur de 0.12 pour les individus titulaires d’un diplôme de l’enseignement post-secondaire par rapport à ceux qui n’ont pas achevé le deuxième cycle de l’enseignement secondaire. Il est toutefois inférieur à l’écart observé selon l’âge (avec un score supérieur de 0.35 pour les 18-29 ans par rapport aux personnes âgées de 50 ans et plus) et selon le niveau de connaissance de l’IA (avec un score supérieur de 0.74 pour les individus qui estiment pouvoir expliquer l’IA à autrui par rapport à ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit). Au vu de ces résultats, renforcer la confiance du public dans la manière dont les pouvoirs publics gèrent les données à caractère personnel pourrait constituer un levier modeste, mais efficace pour améliorer les attitudes à l’égard de l’adoption de l’IA dans les services publics.
Les données constituent un intrant essentiel pour les systèmes d’IA, dont les performances sont directement liées à la qualité et à la quantité des données d’entraînement. Cela signifie que le développement de l’IA dans le secteur public est indissociable d’un besoin accru de partage sécurisé des données et de dispositifs robustes de collecte de données. Cette expansion crée toutefois de fortes tensions : les données peuvent être incomplètes, mal structurées ou numérisées de manière incohérente, reflétant des difficultés plus générales liées à leur qualité. Outre ces problèmes de qualité, les cadres de gouvernance applicables au partage et à la gestion des données sont souvent obsolètes ou fragmentés, ce qui conduit à des approches cloisonnées et dépourvues de vision stratégique (OCDE, 2025[1]). Enfin, les pouvoirs publics sont confrontés à des défis complexes lorsqu’il s’agit de protéger la vie privée, d’éviter que des données biaisées ne se traduisent par des conséquences préjudiciables pour certains individus ou groupes, et de garantir la sécurité des données tout en surmontant les obstacles opérationnels (OCDE, 2024[11]).
Dans les différents pays Membres de l’OCDE, la population conserve une perception modérément positive de l’utilisation des données à caractère personnel par les pouvoirs publics. En 2025, 52 % des individus jugeaient probable que les organismes publics utilisent les données à caractère personnel exclusivement à des fins légitimes (voir Graphique 5.9). Cette part est supérieure de 20 points de pourcentage à celle des personnes qui pensent que les pouvoirs publics protégeront les données personnelles contre tout accès non autorisé ou toute utilisation abusive en cas de recours à l’IA (voir le Graphique 5.2).
La confiance dans cet aspect de la gouvernance publique varie fortement selon les pays, avec des perceptions particulièrement positives en Finlande (79 %) et des niveaux de confiance beaucoup plus faibles dans plusieurs pays, notamment en Colombie (34 %), au Chili (37 %), en République slovaque (38 %) et en Grèce (39 %). Dans les pays candidats à l’adhésion à l’OCDE ayant participé à l’enquête, cette proportion va de 29 % au Pérou à 45 % en Roumanie. Pour les 18 pays de l’OCDE pour lesquels cet indicateur est disponible pour les trois vagues de l’enquête, elle est restée globalement stable. Malgré cette stabilité d’ensemble, quelques pays ont enregistré des gains notables depuis 2023, notamment l’Australie, le Canada, le Costa Rica, le Mexique et la Suisse, où la part des individus ayant confiance dans l’utilisation des données à caractère personnel par les pouvoirs publics a augmenté de 5 points de pourcentage ou plus. Le Japon a enregistré la plus forte amélioration par rapport à 2021, cette part étant passée de 30 % à 44 %. En revanche, la Colombie, l’Estonie et la Grèce ont connu une baisse d’au moins 5 points de pourcentage.
Graphique 5.9. Un peu plus de la moitié des personnes interrogées dans les pays de l’OCDE jugent probable que les organismes publics utilisent les données à caractère personnel à des fins légitimes
Copier le lien de Graphique 5.9. Un peu plus de la moitié des personnes interrogées dans les pays de l’OCDE jugent probable que les organismes publics utilisent les données à caractère personnel à des fins légitimesPart de la population qui estime probable ou peu probable qu’un organisme public utilise les données à caractère personnel exclusivement à des fins légitimes, 2025
Note : Le graphique présente, pour chaque pays, la répartition des réponses à la question « Si vous partagiez vos données à caractère personnel avec un organisme/service/département public, dans quelle mesure estimez-vous probable qu’elles soient utilisées exclusivement à des fins légitimes ? ». Le pourcentage de réponses correspondant à la catégorie « Probable » résulte de l’agrégation des réponses comprises entre 6 et 10, sur une échelle de 0 à 10 ; la catégorie « Neutre » correspond aux réponses égales à 5 ; et la catégorie « Peu probable » aux réponses comprises entre 0 et 4 ; « Ne sait pas » correspond à une autre réponse possible. La valeur « OCDE » correspond à la moyenne non pondérée des moyennes nationales pondérées de la zone OCDE.
Source : Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques, 2025.
Les données probantes issues de l’Enquête de l’OCDE sur la confiance laissent donc penser que la gouvernance des données est essentielle non seulement pour déployer efficacement les systèmes d’IA, mais aussi pour renforcer la confiance du public dans leur utilisation. Le rapport de l’OCDE Gouverner avec l’intelligence artificielle présente un ensemble d’outils destinés à soutenir cette démarche, en s’appuyant sur le Cadre de l’OCDE pour la gouvernance des données dans le secteur public, qui peut être adapté aux données utilisées dans les systèmes d’IA (OCDE, 2025[1]).
Pour que les pouvoirs publics utilisent des systèmes d’IA reposant sur des données de qualité, qu’il est possible de déployer au-delà des projets pilotes et des expérimentations à petite échelle, il est essentiel d’adopter une vision stratégique claire et de mettre en place les activités connexes de mise en œuvre et de suivi. Pourtant, selon l’édition 2023 de l’Indice de l’administration numérique de l’OCDE, seuls 59 % des pays de l’OCDE disposent d’une stratégie relative aux données dans le secteur public, et ils sont encore moins nombreux à fournir des orientations concrètes pour sa mise en œuvre ou à disposer des capacités nécessaires pour concrétiser leur vision (OCDE, 2024[12] ; OCDE, 2026[13]). Outre un cadre stratégique solide, des instruments contraignants sont indispensables pour organiser et accélérer la collecte de données et leur échange entre institutions publiques, tout en protégeant les droits des individus et la vie privée. Une législation claire, à jour et applicable en matière de gouvernance des données et de protection des données à caractère personnel est donc cruciale pour le déploiement à grande échelle de systèmes d’IA dignes de confiance. Au-delà des cadres juridiques, les pouvoirs publics peuvent également recourir à des instruments d’action non contraignants afin de renforcer la gouvernance et la protection des données (voir Encadré 5.4).
Encadré 5.4. Renforcer la confiance dans la confidentialité des données
Copier le lien de Encadré 5.4. Renforcer la confiance dans la confidentialité des donnéesBac à sable réglementaire de la Norvège pour l’IA et la protection des données
La Norvège a mis en place un bac à sable réglementaire consacré à l’IA et à la protection des données. Il intègre le principe de « protection des données par défaut et dès la conception » dans le cadre de l’innovation en matière d’IA lorsque celle-ci utilise des données à caractère personnel, en encourageant le recours aux technologies protectrices de la vie privée (PETs). Les enseignements tirés des projets menés dans ce cadre nourrissent la formulation d’orientations pratiques et les efforts de renforcement des capacités de la Datatilsynet, autorité norvégienne de protection des données.
Prix français de la protection de la vie privée
Depuis 2016, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) et l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria) décernent le Prix CNIL-Inria de la protection de la vie privée afin d’encourager la recherche sur la protection des données et de la vie privée. Les articles sont sélectionnés en fonction de leur excellence scientifique et de leur impact sociétal. Les éditions récentes ont mis en avant des thèmes pertinents pour l’IA, tels que la transparence algorithmique, les technologies protectrices de la vie privée et les risques liés à l’anonymisation.
Processus de passation de marché du ministère estonien des Affaires économiques et des Communications « Bürokratt »
L’Estonie montre comment la passation des marchés peut orienter l’IA vers une meilleure protection de la vie privée. En 2022, le ministère des Affaires économiques et des Communications a lancé « Bürokratt », un assistant virtuel fondé sur l’IA destiné aux services publics. La procédure de passation de marché a donné la priorité à des technologies protectrices de la vie privée, telles que l’apprentissage fédéré et les données synthétiques, afin de réduire les risques pour la vie privée.
Guide de la Commission coréenne de protection des informations personnelles relatif au traitement des données à caractère personnel et au développement de l’IA
En Corée, la Commission de protection des informations personnelles a publié un guide relatif au traitement des données à caractère personnel et au développement de l’IA. Ce guide clarifie les bases juridiques du traitement des données, définit des exigences en matière de sécurité et décrit les mesures permettant de protéger les droits des individus dans les systèmes d’IA.
Source : (OCDE, 2025[14] ; OCDE, 2025[1])
5.5. Domaines d’action pour améliorer la confiance
Copier le lien de 5.5. Domaines d’action pour améliorer la confianceDans l’ensemble, l’édition 2025 de l’Enquête de l’OCDE sur la confiance montre que les attitudes du public à l’égard de l’utilisation de l’intelligence artificielle par les pouvoirs publics se caractérisent à la fois par un optimisme prudent et par certaines réserves. Si de nombreux individus reconnaissent que l’IA peut contribuer à rendre les services publics plus efficaces et mieux adaptés aux besoins, ils sont nettement moins confiants dans sa capacité à préserver les valeurs portées par le secteur public, notamment le contrôle humain, la transparence, l’équité et la protection des données. On observe une répartition hétérogène de ces préoccupations dans la population : le scepticisme est le plus prononcé parmi les groupes déjà exposés à des vulnérabilités structurelles ou ayant une connaissance plus limitée de l’IA. Cela vient souligner la nécessité d’adopter des approches de la gouvernance de l’IA centrées sur l’humain.
Les données probantes mettent également en évidence un lien clair entre la perception plus générale de la gouvernance publique et l’optimisme à l’égard de l’adoption de l’IA dans le secteur public. Renforcer ces fondements en matière de gouvernance peut donc avoir un double avantage : améliorer la fiabilité des systèmes d’IA, tout en consolidant la confiance globale dans les institutions publiques.
Si l’utilisation de l’IA par les institutions publiques progresse à des rythmes différents selon les pays, les résultats de l’Enquête de l’OCDE sur la confiance suggèrent que, quel que soit le degré d’adoption atteint, quelques principes directeurs peuvent contribuer à renforcer la fiabilité perçue de l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics :
Intégrer les valeurs fondamentales du secteur public et les garanties qui les accompagnent tout au long du cycle de vie de l’IA, et y consacrer les investissements nécessaires, pourrait contribuer à renforcer la confiance de la population dans une utilisation transparente et équitable de l’IA par les pouvoirs publics. Investir dans la transparence, améliorer la communication à destination du public et reconnaître la diversité des attitudes à l’égard de l’IA (et les différents niveaux de connaissance de celle-ci) sont autant d’axes susceptibles d’aider à réduire le scepticisme à l’égard de son utilisation par les pouvoirs publics.
Privilégier des applications pratiques et centrées sur l’utilisateur, tout en conservant des solutions de remplacement accessibles :
Recourir en priorité aux usages de l’IA qui améliorent la qualité des services et leur adaptation aux besoins selon des modalités perceptibles par les usagers, tout en conservant des canaux autres que numériques et des canaux avec un accompagnement humain pour les personnes qui privilégient ces types d’accès.
Évaluer les effets de l’IA sur les résultats des services, sur l’équité et sur l’expérience utilisateur, et communiquer à ce sujet.
Maintenir une approche adaptative de la gouvernance des technologies émergentes, fondée sur des objectifs d’intérêt général et sur une gestion responsable des enjeux à long terme, de sorte que l’utilisation de l’IA puisse améliorer la gouvernance publique tout en restant cohérente avec l’évolution des risques, des attentes de la société et des pratiques réglementaires.
Étant donné que la protection des données à caractère personnel est un déterminant important de la confiance dans les institutions publiques, la gouvernance des données doit rester l’un des fondements d’une utilisation digne de confiance de l’IA dans le secteur public, et les garanties mises en place doivent être clairement expliquées à la population.
Références
[5] Adam, M. (2023), Artificial intelligence, democracy and elections, https://www.europarl.europa.eu/thinktank/en/document/EPRS_BRI(2023)751478.
[2] Gouvernement de l’Australie (2023), Long-Term Insights Briefing, https://www.pmc.gov.au/sites/default/files/resource/download/ltib-report-how-might-ai-affect-trust-ps-delivery.pdf.
[4] Gouvernement de la France (2026), Découvrez les nouveaux engagements du service public | Services Publics+, https://www.plus.transformation.gouv.fr/ (consulté le 27 février 2026).
[7] Growns, B. et al. (2024), « The Post Office Scandal in the United Kingdom: Mental health and social experiences of wrongly convicted and wrongly accused individuals », Legal and Criminological Psychology, vol. 29/1, pp. 17-31, https://doi.org/10.1111/lcrp.12247.
[8] Kanzola, A., K. Papaioannou et P. Petrakis (2024), « Unlocking society’s standings in artificial intelligence », Technological Forecasting and Social Change, vol. 200, p. 123106, https://doi.org/10.1016/j.techfore.2023.123106.
[9] Kim, S. et Y. Lee (2023), « Investigation into the Influence of Socio-Cultural Factors on Attitudes toward Artificial Intelligence », Education and Information Technologies, vol. 29, https://link.springer.com/article/10.1007/s10639-023-12172-y.
[10] Kovačević, A. et E. Demić (2023), « The Impact of Gender, Seniority, Knowledge, and Interest on Attitudes to Artificial Intelligence », IEEE Access, vol. 12, https://doi.org/10.1109/access.2024.3454801.
[6] OCDE (2026), AIM: AI Incidents and Hazards Monitor, https://oecd.ai/en/incidents?search_terms=%5B%5D&and_condition=false&from_date=2020-02-16&to_date=2026-02-16&properties_config=%7B%22principles%22:%5B%5D,%22industries%22:%5B%22Government,%20security,%20and%20defence%22%5D,%22harm_types%22:%5B%5D,%22harm_.
[13] OCDE (2026), OECD Going Digital Toolkit, https://goingdigital.oecd.org/indicators (consulté le 27 février 2026).
[1] OCDE (2025), Gouverner avec l’intelligence artificielle : État des lieux et perspectives pour les fonctions essentielles de l’État, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/6816434b-fr.
[3] OCDE (2025), More Effective Social Protection for Stronger Economic Growth: Main Findings from the 2024 OECD Risks that Matter Survey, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/3947946a-en.
[15] OCDE (2025), Perspectives de l’OCDE sur la politique de la réglementation 2025, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/2f1a3d38-fr.
[14] OCDE (2025), « Sharing trustworthy AI models with privacy-enhancing technologies », OECD Artificial Intelligence Papers, n° 38, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/a266160b-en.
[12] OCDE (2024), « 2023 OECD Digital Government Index: Results and key findings », Documents d’orientation sur la gouvernance publique de l’OCDE, n° 44, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/1a89ed5e-en.
[11] OCDE (2024), « AI, data governance and privacy: Synergies and areas of international co-operation », OECD Artificial Intelligence Papers, n° 22, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/2476b1a4-en.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Les questions sur les connaissances en matière d’IA et sur l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics n’ont pas été posées au Brésil et au Pérou en raison de la mise en œuvre antérieure de l’enquête dans ces pays.
← 2. Les cas d’utilisation de l’IA évoluent rapidement. Les conclusions issues de l’appel mondial pour une gouvernance avec l’IA (https://oecd.ai/call-ai-in-gov), lancé par l’OCDE au début de 2026, pourraient montrer que le volume et la répartition des cas d’utilisation ont déjà évolué depuis la publication du rapport Gouverner avec l’intelligence artificielle. Ces cas seront publiés sur l’Observatoire OCDE.AI des politiques relatives à l’IA.
← 3. L’explication était formulée comme suit : « L’intelligence artificielle (IA) désigne les systèmes informatiques capables d’effectuer des tâches qui requièrent généralement l’intelligence humaine, telles que la compréhension du langage, l’apprentissage à partir de données ou la prise de décisions. Vous pourriez avoir été en contact avec l’IA dans des outils quotidiens tels que les assistants intelligents (p. ex. Alexa ou Siri) ou les recommandations personnalisées en ligne. Les gouvernements utilisent également de plus en plus l’IA à diverses fins. La question suivante porte sur votre opinion concernant l’utilisation de l’IA par le gouvernement. Veuillez tenir compte des avantages et des risques potentiels dans vos réponses. »
← 4. L’analyse repose sur une régression selon la méthode des moindres carrés ordinaires. La variable dépendante correspond au nombre d’items, parmi les attentes évaluées concernant les effets potentiels de l’IA, que les individus perçoivent positivement, compris entre 0 et 6. Les variables explicatives sont la confiance dans le gouvernement national et dans la fonction publique nationale, la perception des différentes dimensions de gouvernance publique et la satisfaction à l’égard des services administratifs. Les variables de contrôle sont la connaissance de l’IA, les caractéristiques démographiques, le niveau d’instruction et les effets fixes par pays.
← 5. Pour en savoir plus sur les travaux de l’OCDE sur la réglementation, voir par exemple la dernière édition des Perspectives de la politique de la réglementation (OCDE, 2025[15]).
← 6. Le libellé de la question a été modifié. En 2023, il était formulé comme suit : « Si de nouvelles technologies (par ex. l’intelligence artificielle ou des applications numériques) devenaient disponibles, selon vous, dans quelle mesure les pouvoirs publics seraient-ils susceptibles de les réglementer de manière appropriée et d’aider les entreprises et les individus à les utiliser de manière responsable ? ». En 2025, il est devenu : « Si de nouvelles technologies (par ex. l’intelligence artificielle) devenaient disponibles, selon vous, dans quelle mesure les pouvoirs publics seraient-ils susceptibles de les réglementer de manière appropriée afin d’aider les entreprises et les individus à les utiliser de manière responsable ? ».