Les fonds de pension et les compagnies d’assurance peuvent soutenir le développement des marchés de capitaux en mobilisant l’épargne intérieure à long terme et en fournissant des sources de financement stables. Cependant, leur contribution reste limitée dans une grande partie de l’Afrique, les niveaux d’épargne retraite et de couverture d’assurance restant faibles. Cela tient dans une large mesure à la structure des marchés du travail ainsi qu’à la faiblesse des revenus des ménages et de la participation aux régimes de retraite et d’assurance. Lorsqu’ils existent, les actifs des investisseurs institutionnels sont souvent composés de titres d’État, ce qui s’explique à la fois par les cadres réglementaires, les possibilités d’investissement limitées et le manque de profondeur des marchés de capitaux. Les mesures visant à renforcer le rôle des fonds de pension et des compagnies d’assurance, au même titre que les efforts favorisant un environnement propice à leur développement, pourraient contribuer à tirer pleinement parti de leur potentiel pour accroître les marchés de capitaux à long terme.
Rapport sur les marchés de capitaux en Afrique 2026
6. Mobiliser les investisseurs institutionnels pour développer les marchés de capitaux
Copier le lien de 6. Mobiliser les investisseurs institutionnels pour développer les marchés de capitauxDescription
Principaux messages
Copier le lien de Principaux messagesLes fonds de pension et les compagnies d’assurance peuvent soutenir le développement des marchés de capitaux et renforcer la résilience financière. En mobilisant l’épargne intérieure et en procurant des financements stables aux entreprises et aux collectivités locales, les investisseurs institutionnels contribuent à approfondir les marchés de capitaux et à améliorer leur liquidité, à réduire la dépendance à l’égard de financements extérieurs instables et à diminuer l’exposition des économies nationales aux chocs financiers.
La croissance des secteurs des retraites et de l’assurance reste limitée dans de nombreux pays africains. Les données relatives au Botswana, au Maroc, au Nigéria et à l’Afrique du Sud mettent en évidence des difficultés persistantes à orienter l’épargne intérieure vers les produits de retraite et d’assurance. La structure du marché du travail, caractérisée par le niveau élevé de l’emploi informel et du travail indépendant ainsi que par des rémunérations relativement faibles, constitue un frein important aux niveaux de participation et de cotisations.
Des déficits dans la couverture des régimes de retraite persistent, tant chez les travailleurs indépendants que chez les salariés. Cette situation tient en grande partie à la prédominance des régimes de retraite facultatifs par rapport aux régimes obligatoires, au libre choix de l’employeur de proposer un régime de retraite et à l’application insuffisante des dispositifs obligatoires.
Il est essentiel de faire en sorte que les retraits effectués avant la retraite restent limités et solidement réglementés pour que les fonds de pension puissent remplir leur rôle de provision de capitaux à long terme. Des réformes telles que le système des « deux pots » mis en place en Afrique du Sud illustrent une approche visant à concilier la préservation de l’épargne-retraite et les besoins de liquidité à court terme.
Les marchés de l’assurance se caractérisent par une faible pénétration et d’importants déficits de protection. L’assurance-vie est principalement souscrite par les ménages à revenu élevé, la protection contre les catastrophes naturelles et les autres risques demeurant insuffisante. Le faible niveau de confiance, les craintes relatives à l’indemnisation des sinistres, le manque de compréhension des produits d’assurance ainsi que la prédominance des canaux de distribution traditionnels constituent les principaux obstacles au recours à l’assurance.
Les fonds de pension investissent massivement leurs portefeuilles dans les obligations d’État. Cela s’explique en grande partie par les différences en matière de cadres réglementaires et de profondeur des marchés de capitaux intérieurs, même si les profils de répartition d’actifs varient sensiblement d’un pays à l’autre. Si une allocation élevée dans des obligations d’État peut être compatible avec un marché de capitaux à un stade précoce, sa persistance dans le temps peut accroître l’exposition aux risques de concentration, limiter la capacité à obtenir un rendement satisfaisant et freiner le développement de marchés de capitaux intérieurs plus profonds et plus diversifiés dans la région.
Un environnement propice est nécessaire pour permettre aux investisseurs institutionnels de soutenir le développement des marchés de capitaux et de renforcer la résilience économique. Pour qu’ils puissent jouer ce rôle, plusieurs conditions doivent être réunies, notamment la stabilité macroéconomique, des cadres réglementaires et juridiques solides, une surveillance efficace, une offre suffisante d’actifs de placement nationaux et une population ayant des compétences financières.
6.1. Introduction
Copier le lien de 6.1. IntroductionLe présent chapitre analyse le rôle des fonds de pension et des compagnies d’assurance, en tant qu’investisseurs institutionnels, sous l’angle de leur soutien au développement des marchés de capitaux et du renforcement de la résilience financière dans certains pays africains sélectionnés. Il examine leur contribution à la mobilisation de l’épargne intérieure ainsi que les obstacles structurels et réglementaires limitant leur développement au Botswana, au Maroc, au Nigéria et en Afrique du Sud.
6.2. Investisseurs institutionnels, développement des marchés de capitaux et résilience financière
Copier le lien de 6.2. Investisseurs institutionnels, développement des marchés de capitaux et résilience financièreEn tant qu’investisseurs institutionnels, les fonds de pension et les compagnies d’assurance jouent un rôle majeur dans le développement des marchés de capitaux lorsqu’ils peuvent s’appuyer sur un solide cadre réglementaire et sur le bon fonctionnement des marchés. En mobilisant l’épargne intérieure et en l’orientant vers des investissements à long terme, ils constituent une source de financement stable pour les pouvoirs publics et les entreprises. Dans la mesure où elles gèrent des engagements s’inscrivant dans la durée, tels que les obligations au titre des pensions et les prestations d’assurance-vie, ces institutions peuvent adopter des stratégies d’investissement avec un horizon de long terme. Cela leur permet d’allouer des capitaux pour financer des investissements productifs et des projets innovants qui nécessitent généralement des périodes de financement prolongées avant de produire des rendements. La croissance des actifs détenus par les fonds de pension et les compagnies d’assurance peut donc constituer un puissant levier de développement des marchés de capitaux.
En contribuant à l’émergence de marchés de capitaux plus profonds et plus liquides, les fonds de pension et les compagnies d’assurance renforcent la capacité de l’économie à absorber et à gérer les chocs financiers tout en préservant l’accès au financement. Leur horizon d’investissement à long terme favorise la disponibilité de financements stables tout au long du cycle économique. En outre, dans des conditions normales de marché, les investisseurs institutionnels à long terme adoptent souvent un comportement contracyclique en matière d’investissement qui consiste à acquérir des actifs lorsque les prix baissent et à les vendre lorsqu’ils augmentent (Fong, Sze, & Ho, 2022). Ce comportement peut contribuer à améliorer la liquidité des marchés et à atténuer une instabilité excessive. Toutefois, cet effet stabilisateur n’est pas inconditionnel. En période de fortes tensions sur les marchés, ces investisseurs à long terme peuvent au contraire adopter des comportements procycliques et ainsi accentuer les mouvements du marché en répondant aux besoins de liquidité, aux exigences réglementaires ou à des contraintes de gestion des risques.
Par ailleurs, dans les marchés émergents, l’allocation durable d’une part importante de l’épargne institutionnelle dans des actifs nationaux constitue une source stable de financement local pour les pouvoirs publics et les entreprises, moins exposée que les capitaux étrangers à de brusques retournements de tendance. Cette stabilité contribue à limiter les risques liés au refinancement extérieur et favorise le développement des financements en monnaie locale, en réduisant ainsi la vulnérabilité aux variations des taux de change et aux chocs financiers externes.
Les fonds de pension et les compagnies d’assurance contribuent également à amortir les chocs économiques en mutualisant les risques et en absorbant les pertes. Les compagnies d’assurance, en particulier, soutiennent les ménages et les entreprises à la suite d’événements indésirables en les indemnisant après des catastrophes, des accidents ou d’autres chocs. En mutualisant les risques entre un grand nombre d’assurés, elles réduisent l’impact économique des chocs idiosyncratiques et limitent les besoins d’intervention des pouvoirs publics, ce qui renforce la résilience de l’économie dans son ensemble (OCDE, 2026).
Considérés globalement, ces mécanismes illustrent la manière dont les fonds de pension et les compagnies d’assurance peuvent contribuer au développement des marchés de capitaux et au renforcement de la résilience économique. Toutefois, leur capacité à remplir ces fonctions dépend de l’environnement général dans lequel ils sont actifs. La stabilité macroéconomique, une réglementation financière saine, une surveillance efficace, de solides cadres juridiques ainsi qu’une offre suffisante d’actifs de placement productifs sont des conditions préalables importantes pour leur développement et leur participation réelle aux marchés de capitaux intérieurs (Amaglobeli, et al., 2019).
Reconnaître l’importance de ces conditions favorables ne doit pas pour autant retarder les efforts visant à développer les marchés des pensions et de l’assurance et à renforcer leur rôle sur les marchés de capitaux intérieurs. Au contraire, ces réformes devraient être considérées comme un levier essentiel pour bâtir une économie robuste et résiliente et produiront pleinement leurs effets si elles sont menées parallèlement à de plus vastes réformes macroéconomiques et institutionnelles.
6.3. Évolutions dans une sélection de pays africains
Copier le lien de 6.3. Évolutions dans une sélection de pays africainsLe potentiel des compagnies d’assurance et des fonds de pension africains en matière de soutien des marchés de capitaux reste largement sous-exploité (OCDE, 2025). L’épargne institutionnelle est à la fois limitée dans son ampleur et fortement concentrée géographiquement : près de 85 % des actifs de pension et plus de 90 % des actifs d’assurance sont concentrés dans 4 pays africains sur 54, l’Afrique du Sud représentant la part la plus importante (AFC, 2025). En outre, lorsqu’ils existent, ces actifs sont principalement investis dans des titres de la dette souveraine, ce qui restreint leur rôle dans le financement du secteur privé et freine leur contribution plus large au développement des marchés de capitaux et au renforcement de la résilience économique.
Sur la base des conclusions du Rapport de l’OCDE sur les marchés de capitaux en Afrique pour 2025, le présent chapitre examine plus en détail le rôle des fonds de pension et des compagnies d’assurance en tant qu’investisseurs institutionnels dans quatre pays : le Botswana, le Maroc, le Nigéria et l’Afrique du Sud. Ces pays présentent des différences de niveaux de maturité des marchés, de cadres réglementaires et de situation géographique. Cela permet une évaluation comparative des possibilités à saisir et des défis à relever en matière de mobilisation des capitaux institutionnels nationaux. L’expérience de ces pays illustre également diverses approches stratégiques et réglementaires susceptibles de renforcer la contribution des fonds de pension et des compagnies d’assurance au développement des marchés de capitaux et d’éclairer les réformes menées dans d’autres pays du continent.
La taille des actifs détenus par les fonds de pension et les compagnies d’assurance varie considérablement entre les quatre pays. Au regard de l’ampleur du secteur des fonds de pension en Afrique du Sud, le pays occupe manifestement une position dominante parmi les investisseurs institutionnels du continent. En 2024, les fonds de pension sud-africains géraient environ 331 milliards USD d’actifs, soit un montant largement supérieur à ceux enregistrés dans les autres pays couverts par cette analyse (Graphique 6.1, partie A). En 2025, le Nigéria, deuxième marché en termes d’actifs sous gestion, ne totalisait qu’environ 6 % des actifs sous gestion des fonds de pension sud-africains en 2024, tandis que le Botswana et le Maroc géraient des volumes d’actifs plus modestes encore.
Graphique 6.1. Total des actifs des fonds de pension dans une sélection de pays africains, 2025 ou dernière année disponible
Copier le lien de Graphique 6.1. Total des actifs des fonds de pension dans une sélection de pays africains, 2025 ou dernière année disponible
Note : Les données sur l’Afrique du Sud et le Botswana se rapportent à l’année 2024.
Source : Statistiques de pensions de l’OCDE au niveau mondial.
Les écarts dans la taille de l’économie expliquent en partie ce décalage. En pourcentage du PIB, les actifs des fonds de pension sud-africains représentaient 84 % du PIB en 2024, soit un taux nettement supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE située à 52 % (OCDE, 2025). Le Botswana présente également un secteur des retraites relativement développé, où les actifs équivalent à 58 % du PIB. En revanche, en 2025, les actifs des fonds de pension ne représentaient que 6 % du PIB au Nigéria et 6 % au Maroc (Graphique 6.2, partie B).
Un schéma similaire s’observe dans le secteur de l’assurance. En Afrique du Sud, les compagnies d’assurance gèrent des actifs équivalant à environ 85 % du PIB, l’assurance-vie représentant la majeure partie de ce total. Cette situation contraste fortement avec celle des autres pays de l’échantillon, où les marchés de l’assurance restent nettement moins développés. Le Maroc, deuxième marché en termes relatifs, gère des actifs d’assurance équivalant à 16 % seulement du PIB, les niveaux observés au Nigéria et au Botswana étant sensiblement inférieurs.
Graphique 6.2. Total des actifs des compagnies d’assurance dans une sélection de pays africains, 2025 ou dernière année disponible
Copier le lien de Graphique 6.2. Total des actifs des compagnies d’assurance dans une sélection de pays africains, 2025 ou dernière année disponible
Note : Les données sur le Botswana se rapportent à l’année 2024, les données sur le Maroc se rapportent à juin 2025.
Source : Banque de réserve sud-africaine (Quarterly Bulletin - March 2026, 2026), bulletin trimestriel – mars 2026 ; ACAPS (Situation du secteur des assurances et de la réassurance - Situtation au 1er semestre 2025, 2025), Situation du secteur des assurances et de la réassurance - 1er semestre 2025 ; NBFIRA (Annual Report 2025, 2025), Rapport annuel 2025 ; NAICOM (Bulletin of the Insurance Market Performance - Fourth Quarter 2025, 2026), Bulletin sur la performance du marché de l’assurance – Quatrième trimestre 2025 ; Banque de réserve sud-africaine (Historical Rates), taux historiques ; Banque du Botswana (Exchange Rates), Taux de change ; Banque centrale du Nigéria (Exchange Rates), taux de change ; LSEG.
6.4. Contraintes structurelles limitant le développement des investisseurs institutionnels
Copier le lien de 6.4. Contraintes structurelles limitant le développement des investisseurs institutionnelsPour comprendre les différences observées entre les quatre pays examinés, ainsi que le développement généralement limité des fonds de pension et des compagnies d’assurance sur le continent, comme évoqué dans le Rapport 2025, il est nécessaire d’examiner plus en détail les contraintes structurelles influant sur ces résultats.
6.4.1. Déficits de couverture de l’épargne retraite et de l’assurance
Parmi les contraintes structurelles qui freinent le développement des fonds de pension et des compagnies d’assurance, le faible niveau de couverture de l’épargne retraite et de l’assurance constitue un obstacle majeur, car il restreint le volume d’actifs pouvant être investis à long terme.
Déficits de couverture de l’épargne retraite
L’accumulation d’actifs de retraite dépend de l’existence de régimes de retraite par capitalisation, de la possibilité pour les intéressés d’y adhérer, d’y cotiser et d’obtenir un rendement sur ces cotisations ainsi que de la mesure dans laquelle l’épargne accumulée est maintenue dans le dispositif de manière durable. Dans de nombreux pays africains, la couverture prévue par la loi reste toutefois limitée. Les obstacles liés à l’accessibilité financière et le manque d’information sur les plans de retraite par capitalisation freinent également la participation à ces dispositifs. Même lorsque les personnes participent à ces dispositifs, le non-respect des exigences liées aux cotisations et la faible application de la réglementation peuvent limiter l’accumulation d’actifs. Enfin, l’accès anticipé à l’épargne retraite peut réduire le montant des actifs conservés au sein du système de retraite.
Accès aux plans de retraite par capitalisation
Si l’accès à ces dispositifs de retraite est généralement lié à l’emploi formel et aux cotisations salariales, l’emploi informel – qui recouvre les personnes travaillant pour leur propre compte et les travailleurs indépendants sans protection sociale – représente environ 85 % de l’emploi total en Afrique, contre 58 % dans le monde (Graphique 6.3). La prédominance de l’emploi informel reflète les capacités limitées de l’emploi formel à absorber la croissance rapide de la population active, le travail indépendant servant, pour de nombreux travailleurs, de point d’entrée principal sur le marché du travail (Kiaga & Leung, 2020). Cette structure du marché du travail a pour conséquence de réserver l’accès aux régimes de retraite par capitalisation à une fraction relativement modeste de la population active.
Graphique 6.3. Emploi informel par région et par pays de la sélection, 2024 ou dernière année disponible
Copier le lien de Graphique 6.3. Emploi informel par région et par pays de la sélection, 2024 ou dernière année disponible
Note : Les données sur le Maroc se rapportent à l’année 2018.
Source : ILO (Informal employment rate), Informal employment rate, https://rshiny.ilo.org/dataexplorer68/?lang=en&segment=indicator&id=SDG_0831_SEX_ECO_RT_A&channel=ilostat;Lopez-Acevedo et al. (Informality and Inclusive Growth in the Middle East and North Africa, 2023), Informality and Inclusive Growth in the Middle East and North Africa, https://openknowledge.worldbank.org/server/api/core/bitstreams/8efcf7a6-3832-4e94-b826-cabc81be92d2/content.
En outre, l’accès aux plans de retraite par capitalisation demeure limité, y compris parmi les travailleurs du secteur formel. Dans de nombreux pays africains, les plans de retraite professionnels facultatifs représentent la catégorie de dispositifs de retraite la plus courante (OCDE, 2025), de sorte que les employeurs ne sont généralement pas tenus de proposer un dispositif d’épargne-retraite à leurs salariés. La participation est donc laissée dans une large mesure à l’initiative de l’employeur. Cette situation contribue à une couverture inégale dans le secteur formel, où les salariés des grandes entreprises ont davantage de chances d’avoir accès à un plan de retraite, tandis que les travailleurs des petites entreprises en demeurent souvent exclus.
Les quatre pays analysés illustrent diverses stratégies visant à élargir la couverture des dispositifs par capitalisation, notamment par le biais de plans de retraite individuels facultatifs, qui ne sont pas liés à l’existence d’une relation d’emploi, et de plans de retraite professionnels obligatoires dans lesquels les employeurs doivent donner à leurs salariés la possibilité de souscrire à un régime de retraite par capitalisation.
À titre d’exemple, le Nigéria a adopté une approche élargie du régime obligatoire en mettant en place un régime de pensions contributif (Contributory Pension Scheme, CPS), dont le champ d’application couvre à la fois les employés du secteur public et les salariés des entreprises privées comptant au moins trois salariés (ISSA, 2024). Une large portion de la population restant toutefois exclue du champ d’application du CPS, le pays a adopté en 2019 un plan de micropension à titre de régime de pension facultatif afin de combler les déficits persistants dans la couverture des travailleurs du secteur informel et des salariés des très petites entreprises, et d’étendre ainsi l’accès à l’épargne retraite au-delà du secteur formel (PenCom; WIEGO, 2025). En 2025, ce cadre a été restructuré en plan de pension individuel (PenCom, 2025) en vue d’élargir encore la participation à l’épargne-retraite.
Au Maroc, la couverture des régimes de retraite a été élargie progressivement depuis 2017 afin de faire bénéficier les travailleurs indépendants et les professions libérales d’une pension de vieillesse. Toutefois, pour les travailleurs à faible revenu qui perçoivent une rémunération inférieure à 1.5 fois le salaire minimum, la participation reste facultative. Le Maroc a également mis en place des plans de retraite complémentaire facultatifs destinés aux salariés (ACAPS).
En revanche, l’Afrique du Sud et le Botswana ont principalement recours à des dispositifs professionnels facultatifs dans le secteur privé, les employés du secteur public étant obligatoirement couverts par des régimes de retraite spécifiques. Ces dispositifs sont complétés par des produits d’épargne-retraite facultatifs accessibles à toute personne ne bénéficiant pas d’un plan de retraite mis en place par son employeur (ISSA, 2022; Country Profiles - Botswana, 2024).
Ces exemples illustrent différentes approches destinées à élargir les possibilités d’accès aux dispositifs de retraite par capitalisation. Cette extension de la couverture ne constitue toutefois qu’une première étape vers une accumulation plus importante d’actifs de retraite. En pratique, cette dernière dépend également de la participation effective au régime concerné, du respect des exigences liées aux cotisations obligatoires ainsi que du niveau suffisant de ces cotisations.
Participation et niveaux de cotisation
L’un des principaux obstacles à l’adhésion aux régimes de retraite dans la région tient au faible niveau de revenu des ménages, en particulier lorsque la participation et les cotisations reposent sur une démarche facultative. Dans les pays africains analysés, le salaire médian reste peu élevé, ce qui entrave à la fois la capacité à participer à un régime d’épargne retraite et à y verser des cotisations d’un montant suffisant dans la durée. En 2024, dans les pays analysés (les données sur l’Afrique du Sud se rapportent à 2020), le salaire mensuel médian était inférieur à 600 USD en parité de pouvoir d’achat (PPA) de 2021 (Graphique 6.4). À titre de comparaison, le salaire mensuel médian aux États-Unis s’élevait à 4 333 USD en parité de pouvoir d’achat (PPA) de 2021. Exprimés en parité de pouvoir d’achat (PPA), ces chiffres reflètent la quantité de biens et de services que les salaires permettent d’acquérir sur les marchés intérieurs par rapport aux États-Unis. En outre, alors que les salaires médians mesurés en PPA de 2021 ont nettement progressé aux États-Unis ces dernières années, ils sont restés globalement stables, voire ont diminué, dans les pays africains analysés. Ces chiffres montrent que les ménages ont une capacité limitée à se constituer une épargne retraite.
Graphique 6.4. Revenu mensuel médian des employés dans les pays africains sélectionnés et aux États-Unis
Copier le lien de Graphique 6.4. Revenu mensuel médian des employés dans les pays africains sélectionnés et aux États-Unis
Note : Les données relatives au Maroc ne sont pas disponibles.
Outre les contraintes liées à l’accessibilité financière, le manque de connaissances relatives aux dispositifs par capitalisation, qui va souvent de pair avec d’importantes lacunes en matière d’éducation financière, peut également influer sur la capacité et la volonté de participer à un plan de retraite. Le Plan de micropension du Nigéria est un exemple caractéristique des difficultés rencontrées pour inciter les personnes à adhérer à des plans de retraite individuels facultatifs. Entré en vigueur en 2019, ce dispositif avait pour objectif d’étendre les prestations de retraite aux travailleurs indépendants ainsi qu’aux personnes exclues du Régime de pension contributif. Toutefois, en 2024, seuls 152 749 travailleurs, soit 0.2 % de la population cible, avaient adhéré au dispositif. En outre, 16 % seulement des titulaires détenaient des avoirs sur leur compte, la plupart du temps de faibles montants (WIEGO, 2025).
Outre les obstacles financiers auxquels se heurtent de nombreuses personnes, plusieurs autres facteurs expliquent ce faible niveau d’adhésion, notamment une mauvaise connaissance de ce dispositif et une certaine méfiance des travailleurs du secteur informel à l’égard des initiatives financières portées par les pouvoirs publics (WIEGO, 2025). Par ailleurs, le processus d’adhésion est souvent perçu comme complexe et contraignant, et il est entravé par des exigences strictes en matière d’identification ainsi que par le manque de personnel disponible. Ces difficultés sont encore aggravées par l’instabilité macroéconomique, notamment la forte inflation et la dépréciation monétaire, qui conduit de nombreux travailleurs à douter du maintien du pouvoir d’achat de leur épargne pour dégager un niveau de revenu satisfaisant à la retraite. Enfin, l’absence de mesures d’incitation des pouvoirs publics, notamment des mécanismes de cofinancement des cotisations, a accru la difficulté à attirer et à maintenir dans le dispositif les cotisants à faible revenu. La transformation récente du régime en Plan de retraite individuel témoigne de la volonté de le rendre plus accessible et attractif. Entre autres dispositions, le nouveau cadre permet aux salariés résidant au Nigéria, mais rémunérés en monnaie étrangère, de cotiser et d’effectuer des retraits dans cette même devise. Il étend également la participation aux Nigérians résidant à l’étranger, ce qui augmente sa couverture (Independent, 2025).
Respect des règles et contrôle de leur application
L’épargne retraite peut également rester limitée lorsque les employeurs ne se conforment pas aux obligations réglementaires ou lorsque les mécanismes d’application de la loi sont insuffisants. En Afrique du Sud, l’autorité de conduite du secteur financier (Financial Sector Conduct Authority - FSCA) veille activement au respect des exigences réglementaires et publie la liste des employeurs en infraction dans le cadre de ses initiatives pour faire appliquer la réglementation. Cette mesure fait suite aux manquements signalés à la loi sur les fonds de pension (South African Government, 1956) qui impose aux employeurs de verser l’intégralité des cotisations de retraite au fonds de pension concerné conformément à son règlement. Les publications de la FSCA indiquent qu’un certain nombre d’employeurs ne transfèrent pas les cotisations dans les délais requis et que, dans certains cas, les cotisations sont prélevées sur les salaires des employés, mais ne sont pas reversés, ne sont versées qu’en partie ou avec retard (FSCA, 2024).
Bien que ces situations concernent principalement des employeurs de petite taille et ne représentent pas une fraction importante du total des actifs des fonds de pension, elles peuvent néanmoins avoir une réelle incidence sur l’accumulation de l’épargne-retraite à long terme. L’application déficiente des règles peut notamment favoriser la persistance ou le développement de ces pratiques, au risque d’éroder la confiance dans les systèmes de retraite et de décourager, à terme, la participation aux régimes d’épargne retraite.
La publication par la FSCA de la liste des employeurs non respectueux des règles1 vise explicitement à renforcer la transparence et à exercer un effet dissuasif à l’égard de tels comportements. Dans les juridictions où des mécanismes analogues de transparence et de signalement sont moins développés, les cas de non-respect des règles peuvent être moins visibles, sans être nécessairement moins fréquents et sont parfois même plus courants.
Préservation de l’épargne retraite
Outre le niveau de cotisation et de participation, la capacité des systèmes de retraite à générer un important vivier d’actifs institutionnels à long terme dépend également de la durée pendant laquelle cette épargne reste investie au sein du système. La collecte des cotisations à elle seule ne suffit pas ; encore faut-il que ces actifs soient conservés durablement jusqu’au départ à la retraite. Cet objectif peut être compromis lorsque les détenteurs peuvent disposer de leur épargne avant d’avoir atteint l’âge de la retraite. Au cours des dernières années, certains pays africains ont enregistré une augmentation des sorties des fonds de retraite sous la forme de retraits anticipés, à la suite de l’assouplissement des conditions de déblocage dans certaines conditions (OCDE, 2024).
Les approches retenues en matière de déblocage anticipé de l’épargne retraite varient considérablement entre les quatre pays analysés. À une extrémité du spectre, le régime de retraite complémentaire du Maroc destiné aux salariés du secteur privé n’autorise aucun retrait anticipé avant le départ à la retraite, ce qui garantit le maintien intégral des droits accumulés jusqu’à l’âge de la retraite (CIMR). Historiquement, l’Afrique du Sud s’est située à l’autre extrémité du spectre. Les fonds de pension professionnels et les fonds de prévoyance permettaient à leurs titulaires de retirer l’intégralité de l’épargne accumulée en cas de démission, de licenciement ou de changement d’emploi, ce qui se traduisait par une faible préservation des actifs de retraite et une moindre accumulation d’épargne à long terme (Swiss Re, 2025; OCDE, 2020). Les données nationales disponibles sur ce secteur indiquent que les taux de préservation sont restés faibles dans le temps : seuls 11.5 % des titulaires ayant quitté leur emploi en 2012 ont choisi de conserver leur épargne-retraite, une proportion retombée à 8.8 % en 2019. Au cours de la même période, la part des actifs totaux maintenus dans le régime a régressé de 50.6 % à 48.4 % (Alexander Forbes, 2020). Ces chiffres semblent indiquer que le déblocage du capital est un comportement plus fréquent chez les détenteurs dont les soldes d’épargne accumulés sont les plus modestes. Les données montrent toutefois qu’environ 38 % des personnes ayant retiré leurs actifs de retraite en 2019 avaient accumulé une épargne substantielle.
Le déblocage de l’épargne retraite peut également compromettre l’adéquation future des revenus de retraite. Il peut en outre générer des pertes temporaires de la valeur des actifs, avoir un impact sur la liquidité et engendrer des difficultés de gestion des investissements pour les fonds de pension. Il importe toutefois de reconnaître que le déblocage anticipé de l’épargne retraite est parfois une nécessité. Le déblocage des fonds versés sur un plan d’épargne retraite devrait être une mesure de dernier recours réservée à des situations personnelles exceptionnelles bien précises (OECD, 2022).
Pour mieux préserver l’épargne retraite, l’une des solutions possibles consiste à prévoir dans le cadre réglementaire la possibilité de retraits anticipés ainsi que les circonstances exceptionnelles dans lesquelles ils seraient autorisés. Une telle approche permettrait d’éviter de procéder, en période de crise, à des modifications de la législation susceptibles d’avoir des effets négatifs durables sur l’adéquation future des revenus à la retraite (OCDE, 2022).
Une autre solution pour améliorer la préservation de l’épargne retraite, tout en reconnaissant que certaines personnes peuvent être confrontées à des besoins de liquidité à court terme, consiste à distinguer l’épargne-retraite à long terme des fonds destinés à faire face à des dépenses imprévues (OCDE, 2022). S’inspirant de ce principe, l’Afrique du Sud a mis en place, en septembre 2024, un système de retraite à « deux pots ». Cette réforme répartit les cotisations de retraite dans deux catégories : un « pot de retraite », strictement bloqué jusqu’à la retraite, et un « pot d’épargne » permettant un déblocage partiel avant la retraite. En vertu de ce nouveau cadre, les deux tiers des cotisations sont affectés au pot de retraite et ne peuvent pas être débloqués avant le départ à la retraite, tandis que le tiers restant est versé dans le pot d’épargne, dans lequel les titulaires peuvent piocher sans condition, une fois par année fiscale, pour effectuer des retraits limités. Ce dispositif vise à réduire les déblocages massifs d’épargne en cas de cessation d’emploi. Le Plan de retraite individuel du Nigéria applique une logique analogue à double structure, selon laquelle les cotisations sont réparties dans deux compartiments : un compartiment de retraite, entièrement bloqué jusqu’à l’âge de la retraite et un compartiment conditionnel où l’épargne est accessible sous conditions (PenCom, 2025). Outre les dispositifs de retraite facultatifs, le régime de retraite contributif (CPS) permet également aux cotisants restés sans emploi pendant au moins quatre mois de retirer jusqu’à 25 % du montant du solde accumulé (PenCom, 2014). Au Botswana, lorsqu’une personne change d’emploi, démissionne ou est licenciée, les retraits anticipés sont autorisés, généralement à hauteur d’environ 25 % en cas de départ volontaire et jusqu’à 33.3 % en cas de licenciement économique (Botswana Government, 2022).
Déficits de couverture assurantielle
Le peu de ressources consacrées à l’assurance, en particulier à l’assurance-vie, freine également le développement des capitaux institutionnels nationaux en Afrique (OCDE, 2025). La pénétration de l’assurance demeure faible dans une grande partie du continent, ce qui limite la capacité des assureurs à accumuler des volumes importants d’actifs de long terme pouvant être investis sur les marchés de capitaux intérieurs. Parmi les pays analysés, seule l’Afrique du Sud affiche un taux de pénétration de l’assurance, soit le total des primes d’assurance émises en pourcentage du PIB, supérieur à la moyenne mondiale, qui s’établit à 11.9 %. Le Botswana, le Maroc et le Nigéria enregistrent, quant à eux, des niveaux sensiblement inférieurs (Graphique 6.5).
Graphique 6.5. Taux de pénétration de l’assurance dans les pays africains sélectionnés et dans le monde, 2024 ou dernière année disponible
Copier le lien de Graphique 6.5. Taux de pénétration de l’assurance dans les pays africains sélectionnés et dans le monde, 2024 ou dernière année disponible
Note : Les données sur le Botswana se rapportent à l’année 2023.
Source : SwissRe (South Africa outlook: opening pathways to greater resilience, 2025), South Africa outlook : opening pathways to greater resilience ; NAICOM (Annual Statistical Market Report 2024, 2025), Annual Statistical Market Report 2024 ; NBFIRA (Statistic bulletin 2025, 2026), Statistical bulletin 2025 ; ACAPS (Statsitiques trimestrielles du secteur des assurances - 4e trimestre 2025, 2026), Statistiques trimestrielles du secteur des assurances ; Allianz Reseach (Allianz Global Insurance Report 2025: rising demand for protection, 2025), Allianz Global Insurance Report 2025 : rising demand for protection; Banque du Botswana (Exchange Rates), Exchange Rates, Banque centrale du Nigéria (Exchange Rates), Exchange Rates, FMI.
Le taux de pénétration de l’assurance en Afrique du Sud, parmi les plus élevés au monde, s’explique en grande partie par des produits d’assurance-vie axés sur l’investissement et l’épargne. Ce niveau de développement coexiste cependant avec d’importantes faiblesses structurelles. La demande reste fortement concentrée chez les ménages à revenu élevé, tandis que d’importants segments de la population sont soit sous-assurés, soit totalement dépourvus de couverture d’assurance. Pour les ménages à faible revenu, l’offre d’assurance est concentrée principalement dans les contrats d’assurance obsèques qui, même s’ils couvrent efficacement les chocs financiers immédiats, ne garantissent ni le remplacement du revenu ni une protection financière à long terme. Ce biais du produit limite, par conséquent, le rôle plus général de stabilisation que pourrait jouer le secteur de l’assurance (Swiss Re, 2025).
En outre, malgré la taille globale du marché, le segment de l’assurance non-vie présente d’importants déficits de couverture des risques. En Afrique du Sud, les pertes liées aux catastrophes naturelles sont aujourd’hui plus élevées qu’au cours des précédentes décennies et un déficit de protection estimé à 82 % subsiste en ce qui concerne les risques secondaires, tels que les sécheresses et les tempêtes de grêle (Swiss Re, 2025). Les taux de pénétration de l’assurance plus faibles observés au Maroc, au Botswana et au Nigéria semblent indiquer que le déficit de protection est probablement encore plus marqué dans ces pays, en particulier si l’on tient compte de la fréquence plus élevée des catastrophes naturelles et des coûts économiques considérables qu’elles induisent. Au Nigéria, par exemple, les pertes annuelles imputables aux seules sécheresses sont estimées à plus de 5 milliards USD (UNDP, 2023).
Cette sous-assurance reporte les pertes liées aux catastrophes des assureurs sur les ménages, les entreprises et le secteur public. En l’absence de couverture d’assurance adéquate, les parties concernées doivent compter sur leur épargne, l’emprunt ou l’aide publique pour se redresser, ce qui accroît leur vulnérabilité face à des chocs répétés et freine l’investissement ainsi que la croissance économique.
Accessibilité financière et confiance
Plusieurs facteurs entravant le développement des marchés de l’assurance sont similaires à ceux qui limitent celui de l’épargne retraite. La faiblesse et l’irrégularité des revenus des ménages, qui vont souvent de pair avec la prédominance de l’emploi indépendant et de l’emploi informel sur le continent, freinent à la fois la demande de produits d’assurance et leur accessibilité. Le faible niveau des revenus conduit de nombreux ménages à privilégier les besoins de consommation immédiats au détriment d’une couverture d’assurance, souvent perçue comme une dépense discrétionnaire. Dans le même temps, l’irrégularité des revenus complique les versements réguliers des primes exigés par la plupart des produits d’assurance.
Les réformes engagées récemment par le Nigéria visent à lever certains de ces blocages. La loi sur la réforme du secteur de l’assurance nigérien (« Nigerian Insurance Industry Reform Act »), adoptée en 2025, complète le cadre de l’assurance obligatoire, qui englobe désormais onze domaines, dont la responsabilité civile automobile, l’assurance-vie collective et l’assurance décès liée au crédit (NIIRA, 2025). En élargissant le périmètre de l’assurance obligatoire, ces mesures peuvent augmenter le nombre de risques assurés et générer des flux de primes supplémentaires au profit du secteur de l’assurance.
Outre la faiblesse et l’irrégularité des revenus, la souscription d’assurances en Afrique pâtit d’un manque de confiance envers les prestataires d’assurance, qui s’accompagne souvent d’inquiétudes quant à l’indemnisation des sinistres. Au Nigéria, les résultats d’enquêtes montrent que le manque d’information et la défiance à l’égard des organismes d’assurance figurent parmi les principaux obstacles à la souscription, 57 % des répondants déclarant ne pas faire confiance aux assureurs (EFInA, 2021). De même, en Afrique du Sud, les données recueillies montrent que près de la moitié des répondants déclarent avoir peu confiance dans les compagnies d’assurance, principalement par crainte que leur demande soit rejetée et que l’assureur refuse de les indemniser. Cette défiance est renforcée par une distorsion générale dans la perception qu’ont les consommateurs de l’assurance. En effet, certains d’entre eux considèrent l’assurance comme un produit d’investissement destiné à générer un rendement, plutôt que comme un mécanisme de mutualisation des risques donnant lieu à une indemnisation uniquement dans certaines conditions particulières (FSCA, 2023). Au Maroc, les résultats d’enquête montrent que 65 % des répondants se déclarent insatisfaits de leur prestataire d’assurance, tandis que plus des deux tiers indiquent avoir changé d’assureur au moins une fois (ATLAS, 2025). Ces résultats semblent témoigner d’un niveau de fidélisation de la clientèle relativement faible et mettent en évidence une marge de progression importante en matière de renforcement de la confiance dans le secteur de l’assurance. Au Botswana, les études empiriques consacrées à la souscription d’assurances-vie soulignent également que le manque de confiance à l’égard des organismes d’assurance constitue l’un des principaux freins à la demande de produits d’assurance (Malambo & Qutieshat, 2024).
La loi de 2025 sur la réforme du secteur de l’assurance au Nigéria (NIIRA, 2025) prévoit également des mesures destinées à renforcer la résilience financière des assureurs et à améliorer la protection des titulaires d’assurances. La réforme prévoit notamment une hausse drastique du capital minimal exigé des compagnies d’assurance et de réassurance, ainsi que l’introduction d’un régime de capital fondé sur les risques obligeant les assureurs à détenir un niveau de capital proportionné aux risques qu’ils assument. Elle améliore également la protection des titulaires d’assurances en imposant des exigences plus strictes pour le règlement rapide des sinistres et en créant un Fonds de protection des assurés destiné à indemniser les titulaires de police admissibles en cas d’insolvabilité d’un assureur. Ensemble, ces mesures permettraient de renforcer la capacité des assureurs à honorer leurs obligations et à répondre aux craintes exprimées quant à l’indemnisation des sinistres et à la solvabilité des assureurs, en contribuant ainsi à améliorer la confiance dans le secteur de l’assurance.
Outre le manque de confiance, la faible souscription de produits d’assurance s’explique également par certains obstacles du côté de la demande, notamment le manque d’information ainsi que le faible niveau de culture financière, examinés plus en détail au chapitre 8. Ces facteurs entravent la compréhension des avantages et de la valeur à long terme des produits d’assurance, ce qui conduit à une faible adhésion aux dispositifs assurantiels et à la perception d’une utilité limitée de la couverture.
Canaux de distribution
Du côté de l’offre, les canaux de distribution continuent de limiter l’accès aux produits d’assurance sur le continent (Cenfri, 2022), notamment dans les pays couverts par cette analyse (ACAPS, 2023; UNDP, 2023; Malambo & Qutieshat, 2024). Ces contraintes sont particulièrement marquées dans les zones rurales, où les réseaux de cabinets d’assurance sont souvent peu développés et où les possibilités offertes par les canaux numériques, tels que les plateformes mobiles et en ligne, restent insuffisamment exploitées pour garantir une large couverture du marché.
On observe toutefois un abandon progressif des canaux de distribution traditionnels au profit de modèles axés davantage sur les technologies numériques. Au Nigéria, par exemple, les organismes de réglementation ont tenté de remédier à ces contraintes en favorisant le développement d’autres canaux de distribution de l’assurance, notamment la bancassurance, l’assurance mobile, les partenariats avec les établissements de microfinance et les plateformes numériques. BimaLab, une initiative majeure lancée en 2022, est un programme accélérateur de technologie dans l’assurance qui s’inscrit dans le cadre d’un partenariat entre la National Insurance Commission et Financial Sector Deepening Africa. Il vise à renforcer l’innovation dans le secteur de l’assurance en favorisant le développement de solutions technologiques permettant aux populations laissées à l’écart et vulnérables d’avoir accès à l’assurance. Depuis sa création, le programme BimaLab a accompagné le développement de diverses solutions technologiques pour l’assurance, notamment des plateformes de comparaison de produits en ligne, des systèmes numériques de gestion des sinistres et de nouveaux modèles de distribution destinés à améliorer l’efficacité et la présence sur le marché (BimaLab, s.d.[50]).
D’autres initiatives déployées sur le continent, notamment l’élargissement des canaux de distribution mobiles, ont également favorisé le développement de la microassurance, qui propose des produits d’assurance simplifiés et à bas coût adaptés aux ménages à faible revenu, aux travailleurs du secteur informel et aux petits exploitants agricoles. L’adoption de la microassurance demeure toutefois limitée par les mêmes facteurs liés à la demande que ceux évoqués précédemment, notamment le manque d’information, un faible niveau de culture financière et un manque de confiance à l’égard des prestataires d’assurance. Par conséquent, bien que la microassurance soit de plus en plus reconnue comme un levier essentiel de l’inclusion financière, la poursuite de son développement repose non seulement sur l’amélioration des infrastructures numériques, mais aussi sur une meilleure information des consommateurs et un renforcement de la confiance dans le secteur (IRES, 2024).
6.4.2. Prédominance des obligations d’État dans les portefeuilles de placements
La contribution des fonds de pension et des compagnies d’assurance au développement des marchés de capitaux est fonction non seulement de leur capacité à mobiliser l’épargne intérieure à long terme, mais aussi de la manière dont cette épargne est investie. Leur rôle de soutien de la croissance économique dépend en définitive de la mesure dans laquelle les capitaux institutionnels sont affectés aux investissements intérieurs, tout en garantissant aux bénéficiaires des rendements corrigés des risques satisfaisants et en permettant aux prestataires d’assurance d’honorer leurs engagements envers les titulaires de polices.
Toutefois, ces deux objectifs ne sont pas toujours compatibles. Les autorités de régulation doivent souvent trouver un compromis entre, d’une part, promouvoir la diversification des portefeuilles afin d’améliorer la performance des investissements à long terme et, d’autre part, inciter les fonds de pension et les compagnies d’assurance à investir davantage sur les marchés de capitaux intérieurs afin de soutenir leur croissance. Cet arbitrage revêt une importance particulière dans le contexte africain, où les investisseurs institutionnels exercent généralement leurs activités sur des marchés caractérisés à la fois par la faible profondeur des systèmes financiers et par des possibilités d’investissement limitées.
Cet aspect transparaît dans les schémas de répartitions d’actifs dans les pays africains. À la fin de 2023, les fonds de pension ont investi en moyenne 44.4 % de leurs portefeuilles dans des bons et obligations, l’exposition étant principalement concentrée dans des obligations d’État intérieures (OCDE, 2025). Bien que des données comparables relatives aux compagnies d’assurance soient moins aisément disponibles, leurs profils d’allocation d’actifs devraient suivre des tendances similaires, dans la mesure où elles exercent leurs activités dans des environnements d’investissement et des cadres réglementaires largement comparables.
Les schémas d’allocation d’actifs varient toutefois fortement d’un pays africain à l’autre. La disponibilité d’actifs de placement productifs intérieurs et les limites imposées aux investissements étrangers et à certaines classes d’actifs par la réglementation, figurent parmi les principaux facteurs expliquant ces différences entre les pays. Ces deux facteurs sont étroitement liés, l’éventail des actifs de placement disponibles sur le marché intérieur influe fréquemment sur la conception et l’efficacité des règles d’investissement. Ces écarts peuvent s’expliquer par la persistance de taux élevés dans de nombreuses économies africaines, qui sont le reflet de défis économiques et politiques plus larges et sont susceptibles de dissuader les investisseurs institutionnels de diversifier leurs portefeuilles dans d’autres classes d’actifs (OCDE, 2025). Dans d’autres contextes, les actions, plutôt que les instruments à revenu fixe, constituent la principale classe d’actifs détenue par les fonds de pension, notamment au Botswana et à Maurice.
Dans les pays où les marchés financiers en sont encore à un stade précoce de leur développement, les fonds de pension et les compagnies d’assurance manquent parfois des compétences, des infrastructures d’investissement ou des perspectives de marché nécessaires pour investir dans un éventail plus large d’actifs intérieurs ou internationaux. Dans ces circonstances, les limites quantitatives appliquées temporairement aux investissements peuvent être justifiées dans le cadre d’une stratégie plus globale de stimulation du développement des marchés de capitaux (OCDE, 2022). Par exemple, l’obligation faite aux investisseurs institutionnels de détenir des titres d’État nationaux peut contribuer à l’élaboration d’une courbe de taux souveraine, qui sert de référence pour évaluer la dette d’entreprise et d’autres instruments financiers, et contribue ainsi à construire les fondations nécessaires au développement plus général des marchés de capitaux (voir le chapitre 5).
Ces limites d’investissement quantitatives devraient toutefois être considérées comme des mesures transitoires plutôt que permanentes. À mesure que les marchés financiers gagnent en profondeur, que les investisseurs institutionnels renforcent leurs capacités d’investissement et que l’offre d’actifs de placement s’accroît, ces restrictions quantitatives devraient être progressivement assouplies. À terme, cette évolution permet aux fonds de pension et aux compagnies d’assurance de diversifier plus efficacement leurs portefeuilles et d’améliorer les rendements corrigés des risques à long terme pour les bénéficiaires et les titulaires de police, tout en orientant leurs capitaux vers un éventail plus large d’actifs intérieurs, notamment les obligations d’entreprise, les actions et les placements alternatifs (OCDE, 2022). Cela peut contribuer à créer un cercle vertueux dans lequel l’approfondissement des marchés de capitaux et le développement croissant de la base d’investisseurs institutionnels se renforcent mutuellement et évoluent de concert.
Les approches réglementaires adoptées dans les économies africaines varient toutefois sensiblement d’un pays à l’autre, sous l’effet des différences de maturité des marchés et des objectifs des politiques publiques. Le Nigéria et le Maroc maintiennent des limites quantitatives relativement restrictives en matière d’investissements étrangers (Graphique 6.6). Au Nigéria, les fonds de pension ne sont généralement pas autorisés à investir à l’étranger, les compagnies d’assurance ne pouvant investir indirectement dans des actifs étrangers que si elles continuent de détenir des actifs intérieurs au moins équivalents à leurs engagements d’assurance. Le Maroc limite également les investissements étrangers, en permettant uniquement l’allocation d’une petite partie des portefeuilles aux marchés internationaux. En revanche, l’Afrique du Sud et le Botswana ont adopté des cadres plus flexibles, permettant aux fonds de pension d’investir une fraction plus importante de leurs actifs sur les marchés étrangers, même si des plafonds sont toujours appliqués.
Graphique 6.6. Limites d’investissement étranger imposées aux fonds de pension et aux compagnies d’assurance, 2025
Copier le lien de Graphique 6.6. Limites d’investissement étranger imposées aux fonds de pension et aux compagnies d’assurance, 2025
Source : OECD 2026 Annual survey of investment regulation of pension providers, local regulations.
Les pays ont également une approche différente de la mesure dans laquelle les fonds de pension et les compagnies d’assurance peuvent répartir leurs actifs entre les différentes classes d’actifs intérieurs. Au Nigéria, par exemple, les investissements en actions des fonds de pension sont plafonnés à des niveaux relativement bas, compris entre 5 % et 30 % selon le type de fonds. En revanche, au Botswana, les fonds de pension peuvent allouer jusqu’à 70 % de leurs actifs à des actions cotées, ainsi que 20 % supplémentaires à des actions non cotées (OECD, 2026).
Ces divergences réglementaires se reflètent dans la composition des portefeuilles. Le Maroc et le Nigéria, qui limitent plus strictement les investissements étrangers, et, pour ce qui est du Nigéria, les actifs intérieurs plus risqués, affichent les plus fortes expositions aux obligations et aux bons du Trésor (Graphique 6.7).
Au Nigéria, les bons du Trésor et les obligations représentent environ 70 % des actifs des fonds de pension, dont la majeure partie est investie dans des titres d’État nationaux (PenCom, 2024). Au Maroc, cette proportion atteint 46 %. En revanche, en Afrique du Sud et au Botswana, où les investisseurs disposent d’une plus grande flexibilité pour répartir leurs placements entre les actifs intérieurs et étrangers, moins de 20 % des portefeuilles sont investis en bons du Trésor et en obligations. Au Botswana, les possibilités d’investissement limitées sur le marché intérieur contribuent à l’allocation d’une part importante des actifs à l’étranger, ce qui réduit la contribution directe de l’épargne institutionnelle au développement des marchés de capitaux intérieurs. L’Afrique du Sud bénéficie en revanche de marchés de capitaux plus profonds et plus liquides, offrant un choix plus large de possibilités d’investissement. En conséquence, bien que plus de 70 % des actifs des fonds de pension y soient investis sur le marché intérieur, les portefeuilles sont répartis entre différentes classes d’actifs, notamment les actions et les placements alternatifs, tels que le capital-investissement et les infrastructures, ce qui permet d’apporter une contribution plus soutenue au développement des marchés de capitaux intérieurs.
Graphique 6.7. Répartition des actifs des fonds de pension, 2025 ou dernière année disponible
Copier le lien de Graphique 6.7. Répartition des actifs des fonds de pension, 2025 ou dernière année disponible
Note : Dans la partie A, la catégorie « Autres » comprend les prêts, les terrains et immeubles, les contrats d’assurance non imputés, les fonds d’arbitrage, les fonds de capital-investissement, les produits structurés, d’autres fonds communs de placement (c’est-à-dire ceux qui ne sont pas investis dans des actions, des bons et obligations ou des liquidités et dépôts) et les autres placements. Dans la partie A, les données sur le Botswana et l’Afrique du Sud se rapportent à l’année 2024. Dans la partie B, les données sur l’Afrique du Sud se rapportent à l’année 2024 et celles sur le Botswana et le Nigéria à l’année 2022. Au Nigéria, la part des actifs investie à l’étranger s’explique par l’existence d’anciens régimes à prestations définies qui détiennent encore des actifs étrangers et qui ne sont pas soumis aux limites d’investissement indiquées sur le Graphique 6.6. Au Botswana, la limite applicable aux investissements étrangers, qui était de 70 % en 2022, a été ramenée par la suite à 50 %, ce qui explique pourquoi la part d’investissement étranger indiquée dépasse la limite indiquée sur le Graphique 6.6.
Source : OCDE (Pension Markets in Focus 2025, 2025), Pension Markets in Focus 2025, https://www.oecd.org/en/publications/pension-markets-in-focus-2025_b095d0a0-en.html; South African Reserve Bank (Quarterly Bulletin - March 2026, 2026), Quarterly bulletin – March 2026, https://www.resbank.co.za/en/home/publications/publication-detail-pages/quarterly-bulletins/quarterly-bulletin-publications/2026/march.
Le recours prolongé à des limites d’investissement visant à orienter l’épargne retraite vers les marchés de la dette souveraine peut toutefois avoir des conséquences négatives importantes. Comme l’illustrent plusieurs pays du continent, ces contraintes peuvent notamment exposer les portefeuilles des investisseurs institutionnels à des rendements plus faibles à long terme ainsi qu’à des risques de crédit souverain et de concentration. Plus ces mesures perdurent sans s’inscrire dans une stratégie claire de développement général des marchés de capitaux, plus le risque est grand qu’elles cessent d’être un outil de développement temporaire pour devenir une contrainte structurelle, au détriment de la performance des portefeuilles et de l’approfondissement des marchés financiers intérieurs.
6.5. Principales recommandations pour l’action publique
Copier le lien de 6.5. Principales recommandations pour l’action publiqueL’analyse présentée dans ce chapitre met en évidence divers obstacles au développement des secteurs des pensions et de l’assurance dans les pays examinés, notamment les faibles niveaux de participation et de cotisation, la couverture limitée de l’assurance, les retraits anticipés, le manque de respect des règles ainsi que les contraintes en matière de diversification des portefeuilles. Il est essentiel de relever ces défis afin de permettre aux fonds de pension et aux compagnies d’assurance de remplir leurs fonctions premières : assurer un revenu adéquat à la retraite et offrir une protection financière contre les risques assurés. Dans le même temps, à mesure qu’elles se développent et accumulent davantage d’épargne à long terme, ces institutions peuvent jouer un rôle grandissant dans le développement des marchés de capitaux intérieurs en constituant une source de financement stable pour l’investissement à long terme.
S’agissant des systèmes de retraite, remédier au faible niveau de participation suppose avant tout d’élargir l’accès aux dispositifs par capitalisation au-delà du secteur de l’emploi formel. Compte tenu de la prédominance du travail indépendant et de l’emploi informel dans un grand nombre d’économies africaines, les systèmes de retraite restant principalement liés à l’emploi formel priveront une large part de la population active d’accès à un dispositif d’épargne retraite. Les pays pourraient dès lors étendre progressivement la couverture des systèmes de retraite aux travailleurs indépendants et aux travailleurs du secteur informel. Toutefois, un accès plus large ne se traduit pas nécessairement par une hausse de la participation. Lorsque cela est possible, l’instauration de dispositifs de retraite obligatoires peut constituer un levier efficace d’augmentation de la participation. Les pays ayant adopté de tels dispositifs enregistrent généralement les taux de participation les plus élevés. Lorsque cette approche n’est pas envisageable, l’adhésion automatique peut également contribuer à accroître la participation des travailleurs ayant déjà accès à un plan de retraite par capitalisation. Ces mesures gagneraient à être complétées par des politiques favorisant le versement régulier de cotisations d’un niveau suffisant. L’assouplissement des calendriers de cotisation peut favoriser la participation des travailleurs aux revenus irréguliers, tandis que des cotisations proportionnelles ou des dispositifs correctement ciblés peuvent inciter les salariés à se constituer une épargne retraite dans le temps.
Une hausse de la participation ne permettra toutefois pas, à elle seule, de générer un volume d’épargne à long terme suffisant si les cotisations ne sont pas effectivement versées ou si l’épargne accumulée fait l’objet de retraits anticipés. Cette situation risque de compromettre l’adéquation future des revenus de retraite, tout en limitant la capacité des fonds de pension à soutenir le développement des marchés de capitaux intérieurs. Dans les pays dotés de systèmes de retraite obligatoires, les autorités pourraient envisager de renforcer les capacités de surveillance et d’application de la réglementation, d’améliorer la transparence relative aux employeurs non respectueux de la réglementation et de veiller à ce que les cotisations dues soient acquittées intégralement et dans les délais prévus. Les cadres de retraite devraient également favoriser la préservation de l’épargne retraite à long terme en limitant les retraits anticipés. Lorsque cela est pertinent, des dispositifs spécifiques d’épargne d’urgence pourraient offrir un accès limité à des fonds destinés à faire face à des besoins imprévus, sans compromettre l’accumulation d’actifs de retraite sur le long terme. Lorsque de tels dispositifs sont mis en place, ils devraient être financés au moyen d’une épargne supplémentaire plutôt que par la réaffectation des cotisations de retraite existantes, et leurs conditions d’accès devraient être clairement définies par la législation et la réglementation.
Le renforcement de la confiance dans les institutions financières constitue également un levier essentiel pour accroître la participation aux systèmes de retraite et aux marchés de l’assurance. Comme l’a montré ce chapitre, les préoccupations liées à la gouvernance, aux frais ou à l’indemnisation des sinistres peuvent dissuader les ménages de consacrer une partie de leurs ressources à des produits financiers à long terme. Les instances de réglementation pourraient dès lors envisager de poursuivre leurs efforts pour renforcer la gouvernance, la transparence et la protection des consommateurs, conformément aux Principes fondamentaux de réglementation des pensions privées de l’OCDE (OECD Core Principles of Private Pension Regulation, 2016) et aux Principes de l’OICP relatifs au contrôle des retraites privées (IOPS Principles of Private Pension Supervision, 2026). Cela suppose notamment d’améliorer l’information du public sur les frais, les risques et les caractéristiques des produits, de garantir un traitement équitable des clients, de renforcer les mécanismes de gestion et de règlement des réclamations ainsi que le contrôle exercé par les autorités compétentes.
Sur les marchés de l’assurance, ces mesures pourraient s’accompagner d’efforts visant à élargir l’accès aux produits d’assurance-vie et non-vie, notamment dans les zones rurales et défavorisées en termes de services. Les canaux de distribution numériques, l’assurance mobile, la bancassurance et les autres modèles de distribution innovants peuvent contribuer à réduire les obstacles freinant l’accès à l’assurance. Le cas échéant, les pouvoirs publics pourraient également envisager d’introduire ou d’étendre les exigences en matière d’assurance obligatoire pour certains risques spécifiques, sous réserve qu’elles s’appuient sur des mécanismes efficaces de mise en œuvre et de contrôle de l’application.
Parallèlement aux mesures visant à élargir la participation et à accroître le volume d’épargne institutionnelle, des réformes pourraient contribuer à créer les conditions nécessaires pour que ces ressources soient investies dans des portefeuilles plus diversifiés et contribuent ainsi à un revenu de retraite plus élevé. Les réglementations en matière d’investissement devraient parvenir à un juste équilibre entre les garanties prudentielles et la diversification. Dans les situations où les limites de placement en vigueur favorisent une concentration excessive des portefeuilles dans les titres d’État, les responsables de l’action publique pourraient envisager d’accorder aux investisseurs institutionnels une plus grande souplesse afin qu’ils puissent investir dans un éventail plus large d’actifs productifs. Ces réformes ont plus de chances d’être efficaces si elles sont adaptées aux conditions spécifiques à chaque pays, si leur mise en œuvre suit un rythme tenant compte de la maturité du système financier intérieur et si elles sont en phase avec la profondeur des marchés de capitaux, les capacités institutionnelles et la solidité des dispositifs de gestion des risques. À mesure que ces conditions s’améliorent, les cadres réglementaires pourraient évoluer progressivement vers une approche fondée sur des principes prudentiels, appuyée par une surveillance efficace fondée sur les risques et par de solides pratiques de gestion des risques au sein des fonds de pension et des compagnies d’assurance.
L’assouplissement de la réglementation n’aura cependant qu’un effet limité sur la diversification des portefeuilles si les possibilités d’investissements adaptées sur le marché intérieur restent insuffisantes. Les mesures visant à renforcer la base d’investisseurs institutionnels pourraient donc s’accompagner d’efforts destinés à accroître l’offre d’actifs de placement du secteur privé. L’approfondissement des marchés d’obligations d’entreprises et d’actions et le soutien apporté au développement des marchés des infrastructures et des capitaux privés peuvent élargir l’éventail des dispositifs offerts aux investisseurs institutionnels.
Références
[40] ACAPAS (2026), Statsitiques trimestrielles du secteur des assurances - 4e trimestre 2025, https://www.acaps.ma/fr/statistiques.
[8] ACAPS (2025), Situation du secteur des assurances et de la réassurance - Situtation au 1er semestre 2025, https://www.acaps.ma/fr/statistiques.
[49] ACAPS (2023), L’ACAPS publie les résultats du Baromètre de l’assurance inclusive, https://www.acaps.ma/fr/actualites/lacaps-publie-les-resultats-du-barometre-de-lassurance-inclusive.
[21] ACAPS (s.d.), Complementary pension schemes, https://www.acaps.ma/en/grand-public/pensions/complementary-pension-schemes.
[5] AFC (2025), State of Africa’s infrastructure report 2025, https://www.africafc.org/our-impact/our-publications/state-of-africa-infrastructure-report-2025.
[32] Alexander Forbes (2020), Member Watch, https://www.fanews.co.za/assets/marilyn2020_02/alexforbes0607202001.pdf.
[41] Allianz Reserach (2025), Allianz Global Insurance Report 2025: rising demand for protection, https://www.allianz.com/content/dam/onemarketing/azcom/Allianz_com/economic-research/publications/specials/en/2025/may/2025-05-27-global-insurance-report.pdf.
[3] Amaglobeli, D. et al. (2019), « The Future of Saving », Staff Discussion Notes, vol. 19/01, p. 1, https://doi.org/10.5089/9781484388990.006.
[46] ATLAS (2025), Seven out of ten Moroccans hold at least one insurance policy, https://www.atlas-mag.net/en/articles/seven-out-ten-moroccans-hold-least-one-insurance-policy-0.
[12] Bank of Botswana (s.d.), Exchange Rates, https://www.bankofbotswana.bw/content/exchange-rates.
[50] BimaLab (s.d.), BimaLab Afrirca - Insurtech accelerator, https://bimalab.org/.
[37] Botswana Government (2022), INCOME TAX (SUPERANNUATION FUNDS) REGULATIONS, 2022, https://www.nbfira.org.bw/wp-content/uploads/2025/01/INCOME-TAX-SUPERANNUATION-FUNDS-REGULATIONS-2022.pdf.
[48] Cenfri (2022), Understanding Insurance Distribution & Automation in Africa, https://cenfri.org/wp-content/uploads/Understanding-Insurance-Distribution-and-Automation-in-Africa.pdf.
[13] Central Bank of Nigeria (s.d.), Exchange Rates, https://www.cbn.gov.ng/rates/ExchRateByCurrency.html.
[29] CIMR (s.d.), Modes de liquidation des droits, https://www.cimr.ma/pro/univers-salarie/nos-produits-et-options/mode-de-liquidation-des-droits.
[44] EFInA (2021), Access to Financial Services in Nigeria 2020 survey, https://efina.org.ng/wp-content/uploads/2022/02/Insurance-and-financial-inclusion-.pdf.
[1] Fong, T., A. Sze et E. Ho (2022), « Do long-term institutional investors contribute to financial stability? – Evidence from equity investment in Hong Kong and international markets », Journal of International Financial Markets, Institutions and Money, vol. 77, p. 101521, https://doi.org/10.1016/j.intfin.2022.101521.
[27] FSCA (2024), FSCA Communication 41 of 2024 (RF), https://www.bibc.co.za/news/fsca-communication-41-of-2024-rf.
[45] FSCA (2023), South African financial customer behaviour and sentiment study, https://www.fsca.co.za/_api/cr3ad_shareddocumentses(7543a60f-78de-f011-8407-7ced8d771bb0)/cr3ad_document/$value.
[24] ILO (2026), Earnings, https://rshiny.ilo.org/dataexplorer28/?lang=en&segment=indicator&id=EAR_EMTM_SEX_CUR_NB_A&channel=ilostat (consulté le 10 September 2026).
[15] ILO (s.d.), Informal employment rate, https://rshiny.ilo.org/dataexplorer68/?lang=en&segment=indicator&id=SDG_0831_SEX_ECO_RT_A&channel=ilostat.
[25] Independent (2025), Inside Nigeria’s New Personal Pension Plan Framework, https://independent.ng/inside-nigerias-new-personal-pension-plan-framework/.
[56] IOPS (2026), IOPS Principles of Private Pension Supervision, https://www.oecd.org/content/dam/iops/en/iops-principles-and-guidelines/IOPS-principles-private-pension-supervision.pdf.
[51] IRES (2024), Microinsurance in Africa: Trends, Growth, and What You Need to Know, https://indepthresearch.org/blog/microinsurance-in-africa-trends-and-growth/.
[23] ISSA (2024), Country Profiles - Botswana, https://www.issa.int/node/195543?country=812.
[17] ISSA (2024), Country profiles - Nigeria, https://www.issa.int/node/195543?country=936.
[22] ISSA (2022), Country profiles - South Africa, https://www.issa.int/node/195546?country=974.
[14] Kiaga, A. et V. Leung (2020), The Transition from the Informal to the Formal Economy in Africa, https://www.ilo.org/publications/transition-informal-formal-economy-africa-0.
[16] Lopez-Acevedo, G. et al. (2023), Informality and Inclusive Growth in the Middle East and North Africa, https://openknowledge.worldbank.org/server/api/core/bitstreams/8efcf7a6-3832-4e94-b826-cabc81be92d2/content.
[47] Malambo, M. et A. Qutieshat (2024), Factors Affecting the Uptake of Life Insurance in Botswana, https://pdfs.semanticscholar.org/4083/27eb93c5f6d188ca4548176e4a106792dfd0.pdf.
[10] NAICOM (2026), Bulletin of the Insurance Market Performance - Fourth Quarter 2025, https://naicom.gov.ng/wp-content/uploads/2026/07/Bulletin-of-the-Insurance-Market-Performance-Q4-2025.pdf.
[38] NAICOM (2025), Annual Statistical Market Report 2024, https://naicom.gov.ng/wp-content/uploads/2026/07/Annual-Statistical-Market-Report-2024.pdf.
[39] NBFIRA (2026), Statistic bulletin 2025, https://www.nbfira.org.bw/statistical-bulletin-reports/.
[9] NBFIRA (2025), Annual Report 2025, https://www.nbfira.org.bw/annual-reports/.
[43] NIIRA (2025), Nigerian Insurance Industry Reform Act 2025, https://naicom.gov.ng/wp-content/uploads/2025/08/NIIRA-2025.pdf.
[2] OCDE (2026), Financial Protection Against Catastrophic Risks : Floods, Fires and Other Major Risks, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/32a3acd7-en.
[4] OCDE (2025), Africa Capital Markets Report 2025, OECD Capital Market Series, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/7d26e1d3-en.
[6] OCDE (2025), Pension Markets in Focus 2025, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/b095d0a0-en.
[28] OCDE (2024), Pension Markets in Focus 2024, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/b11473d3-en.
[52] OCDE (2022), OECD Pensions Outlook 2022, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/20c7f443-en.
[34] OCDE (2022), Strengthening Asset-backed Pension Systems in a Post-COVID World, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/288cb3cf-en.
[31] OCDE (2020), OECD Economic Surveys: South Africa 2020, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/530e7ce0-en.
[55] OCDE (2016), OECD Core Principles of Private Pension Regulation, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/c950bb36-en.
[53] OECD (2026), Annual survey of investment regulation of pension providers, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/topics/policy-sub-issues/asset-backed-pensions/Annual-survey-of-investment-regulation-of-pension-providers-2026.pdf.
[33] OECD (2022), OECD Recommendation for the Good Design of Defined Contribution Pension Plans, https://legalinstruments.oecd.org/en/instruments/OECD-LEGAL-0467.
[20] PenCom (2025), Guidelines for personal pension plan, https://www.pencom.gov.ng/wp-content/uploads/2025/10/Guidelines-for-Personal-Pension-Plan.pdf.
[35] PenCom (2025), Guidelines for Personal Pension Plan, https://www.pencom.gov.ng/wp-content/uploads/2025/10/Guidelines-for-Personal-Pension-Plan.pdf.
[54] PenCom (2024), Fouth quarter 2024 report, https://www.pencom.gov.ng/wp-content/uploads/2025/06/Q4-2024-REPORT.pdf.
[36] PenCom (2014), Pension Reform Act, https://www.pencom.gov.ng/wp-content/uploads/2018/01/PRA_2014.pdf.
[18] PenCom (s.d.), Micro Pension, https://www.pencom.gov.ng/micro-pension/.
[26] South African Government (1956), Pension Funds Act 24 of 1956, https://www.gov.za/documents/pension-funds-act-22-may-2015-1349.
[7] South African Reserve Bank (2026), Quarterly Bulletin - March 2026, https://www.resbank.co.za/en/home/publications/publication-detail-pages/quarterly-bulletins/quarterly-bulletin-publications/2026/march.
[11] South African Reserve Bank (s.d.), Historical Rates, https://www.resbank.co.za/en/home/what-we-do/statistics/key-statistics/selected-historical-rates.
[30] Swiss Re (2025), South Africa outlook: opening pathways to greater resilience, https://www.swissre.com/institute/research/topics-and-risk-dialogues/economy-and-insurance-outlook/south-africa-outlook.html.
[42] UNDP (2023), Inclusive insurance and risk financing in Nigeria. Snapshot and way forward 2023, https://irff.undp.org/diagnostic-reports/nigeria.
[19] WIEGO (2025), Evaluating and improving the adequacy of Nigeria’s Micro Pension Scheme for self-employed workers, https://www.wiego.org/advocacy-worker-education-resources/evaluating-improving-adequacy-nigeria-pension-scheme/.
← 1. La capacité de la FSCA à engager directement des actions coercitives à l’égard des employeurs non respectueux des règles est limitée, dans la mesure où les employeurs participant à ces régimes ne sont pas des entités réglementées au sens de la loi sur les fonds de pension ou de la loi sur la réglementation du secteur financier. Toutefois, la publication de ces informations n’est pas le seul mécanisme employé pour réprimer le non-respect des obligations. La FSCA coopère également avec l’autorité nationale chargée des poursuites (« National Prosecuting Authority ») et la Direction des enquêtes criminelles prioritaires afin de soutenir les actions répressives dans les affaires graves.