En 2025 et 2026, les économies africaines ont été confrontées à un environnement extérieur difficile, marqué par des chocs liés aux prix de l’énergie, des taux d’intérêt élevés à l’échelle mondiale et une incertitude géopolitique accrue, et ces tensions se sont répercutées sur les conditions de financement. Les économies de la région ont relativement bien absorbé ces chocs, les États et les entreprises ayant globalement pu conserver leur accès aux financements sur les marchés de capitaux. La situation n’a toutefois pas été la même dans tous les pays. La capacité des marchés de capitaux à fournir une source de financement stable et résiliente en période de tensions dépend de leur profondeur et de leur maturité, lesquelles restent limitées dans de nombreuses économies africaines. Le total des actifs financiers dans les économies africaines, qui constituent les capitaux potentiellement disponibles au niveau national, ne représente que 0.9 % des actifs financiers mondiaux, soit un niveau bien inférieur au poids de la région dans le PIB mondial (2.7 %), ce qui met en évidence l’ampleur limitée des marchés financiers nationaux.
Rapport sur les marchés de capitaux en Afrique 2026
Résumé
Copier le lien de RésuméSoutenus par l’amélioration des fondamentaux, les marchés de capitaux africains ont continué de fonctionner malgré les vents contraires soufflant sur l’économie mondiale.
Copier le lien de Soutenus par l’amélioration des fondamentaux, les marchés de capitaux africains ont continué de fonctionner malgré les vents contraires soufflant sur l’économie mondiale.Les marchés de capitaux africains ont fait preuve d’une résilience remarquable malgré la volatilité observée à l’échelle mondiale en 2025 et en 2026. Les marchés d’actions ont progressé de 49 % en 2025, réalisant de meilleures performances que l’indice MSCI marchés émergents. Ce résultat s’explique par des facteurs externes, comme l’appréciation des monnaies par rapport au dollar des États-Unis et le niveau élevé des prix des matières premières, ainsi que par des facteurs internes, tels qu’une croissance économique vigoureuse, une désinflation rapide et des réformes institutionnelles. Alors qu’une modeste hausse des émissions d’actions a été enregistrée en 2025, les émissions d’instruments de dette d’entreprise ont également légèrement augmenté, mais pas suffisamment pour inverser la baisse tendancielle des encours observée de longue date.
Les principaux emprunteurs souverains africains ont, dans l’ensemble, conservé leur accès aux marchés durant la récente période d’incertitude mondiale. Les marchés d’obligations souveraines ont continué d’attirer la demande, et les écarts de rendement avec les euro-obligations se sont resserrés au cours de la période malgré de multiples chocs externes, reflétant l’amélioration de la confiance des marchés. L’amélioration des fondamentaux macroéconomiques, due notamment aux réformes institutionnelles, au renforcement de la croissance économique, à l’appréciation de la monnaie et à la désinflation, s’est traduite par une réduction des primes des contrats d’échange sur risque de défaillance, et par une hausse ou une stabilisation des notes de crédit de 13 des 14 principaux émetteurs souverains.
Les réformes institutionnelles ont renforcé les marchés de capitaux africains ces dernières années.
Copier le lien de Les réformes institutionnelles ont renforcé les marchés de capitaux africains ces dernières années.De nombreux pays africains ont récemment engagé des réformes visant à améliorer l’intégrité des marchés, la protection des investisseurs et l’efficacité de la réglementation. Les cadres de gouvernance d’entreprise sont de plus en plus conformes aux normes internationales, tandis que plusieurs autorités de réglementation des marchés de capitaux ont renforcé leur indépendance opérationnelle et consolident les fondements de leurs capacités institutionnelles en adoptant des modèles d’autofinancement ou de financement hybride. On observe une amélioration des infrastructures de marché dans certaines juridictions, notamment grâce à des réformes réglementaires visant à renforcer les infrastructures de négociation et de post-négociation, la dématérialisation des titres et les cadres régissant l’échange de produits dérivés.
Ces évolutions ont en outre été favorisées par les efforts constants déployés par les États pour diversifier les sources de financement des emprunts souverains, renforcer les relations avec les investisseurs et mettre en place de nouveaux instruments de dette. L’augmentation des émissions de titres souverains en monnaie nationale peut certes rendre les finances publiques plus résilientes face aux chocs géopolitiques ou macroéconomiques, mais elle a coïncidé avec une accentuation des risques de refinancement, la part de la dette arrivant à échéance dans moins d’un an ayant atteint son plus haut niveau depuis 2020. Le renforcement des cadres de gestion de la dette et l’allongement de la structure des échéances sur les marchés de la dette intérieure, notamment au moyen d’opérations de conversion, demeurent des priorités importantes pour consolider les fondements des marchés de capitaux.
La contribution des marchés de capitaux à la résilience et au développement économique de l’Afrique reste bien inférieure à son niveau potentiel.
Copier le lien de La contribution des marchés de capitaux à la résilience et au développement économique de l’Afrique reste bien inférieure à son niveau potentiel.Bien que ces progrès représentent une évolution positive, l’activité des marchés de capitaux en Afrique reste fortement concentrée dans un petit nombre de pays, principalement l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigéria et le Maroc. Et dans l’ensemble, ces marchés sont nettement moins développés et moins liquides que ceux des autres économies émergentes comparables dans le monde. Les marchés de la dette d’entreprise restent nettement sous-développés : l’encours total des obligations d’entreprise s’élevait à seulement 211 milliards USD à la fin de 2025, les prêts syndiqués représentant 81 % de ce montant. En outre, seuls 17 % des émissions de dette d’entreprise en 2025 étaient libellés en monnaie locale. Du fait de la faible profondeur des marchés de la dette d’entreprise, de l’absence de titres de placement, de l’étroitesse de la base d’investisseurs et des financements limités en monnaie locale, les financements de marché ne constituent pas une source de financement contracyclique solide en période de tensions dans de nombreuses juridictions.
La poursuite des efforts visant à accroître la surveillance, à améliorer les cadres réglementaires, à renforcer les normes de gouvernance d’entreprise et à soutenir la culture financière peut contribuer à élargir l’accès aux financements de marché et à attirer des investisseurs nationaux et internationaux à long terme. Le développement des marchés de capitaux dépend aussi beaucoup de la stabilité macroéconomique et de la qualité de la gouvernance publique. Les données relatives aux marchés africains de la dette d’entreprise mettent en évidence l’importance de la qualité de la réglementation, de l’état de droit, de la stabilité des taux de change, ainsi que la dépendance à l’égard du développement d’autres secteurs tels que celui des pensions adossées à des actifs. Les réformes techniques de la réglementation et l’amélioration des infrastructures de marché ne suffisent donc souvent pas à elles seules, et sont plus susceptibles de porter leurs fruits si elles s’accompagnent de mesures plus générales visant à améliorer les cadres macroéconomiques et institutionnels.
Les États s’emploient activement à développer l’offre d’actifs, mais il est possible d’aller plus loin en recourant à un plus large éventail de moyens d’action.
Copier le lien de Les États s’emploient activement à développer l’offre d’actifs, mais il est possible d’aller plus loin en recourant à un plus large éventail de moyens d’action.Sur l’ensemble du continent, les États ont mis en œuvre une série de mesures visant à favoriser une augmentation de la quantité d’actifs de placement. Ainsi, certains émetteurs souverains africains ont introduit de nouvelles catégories d’obligations, notamment une gamme élargie de maturités, des obligations en monnaie locale cotées sur un marché étranger, ainsi que des obligations dédiées au financement des infrastructures et du développement et des obligations destinées aux investisseurs particuliers. De telles mesures peuvent permettre d’établir des indices de référence pour les obligations et d’attirer de nouveaux investisseurs sur les marchés nationaux.
Alors qu’une augmentation modeste des émissions d’actions a été observée en 2025, 85 % de cette hausse est imputable à des émissions complémentaires d’actions et à des introductions en bourse en dehors des marchés principaux traditionnels, sachant que des opérations de cotation majeures ont été menées à bien ou ont sensiblement progressé en 2025. Dans le même temps, les entreprises africaines souhaitant accéder aux marchés d’actions cotées sont confrontées à d’importants obstacles financiers, réglementaires et liés au marché, parmi lesquels les coûts d’admission à la cote et les exigences complexes en matière d’introduction en bourse. Pour tirer parti de la dynamique récente des marchés d’actions cotées, il faudra lever ces obstacles en mettant en place des cadres proportionnés et flexibles, tout en maintenant des normes appropriées de protection des investisseurs et d’intégrité des marchés.
L’actionnariat public représente un levier prometteur. Les grandes entreprises publiques restent sous-représentées sur les marchés de capitaux ouverts au public, les grandes entreprises publiques cotées ne représentant que 27 % du total des actifs des entreprises publiques en Afrique, contre 45 % dans les marchés émergents. Ces entreprises possèdent souvent l’envergure requise pour participer à ces marchés, et des entreprises publiques bien gouvernées pourraient devenir une source importante de nouvelles introductions en bourse et d’émissions de titres de dette, et contribuer ainsi à accroître la taille des marchés, leur liquidité et leur diversification sectorielle. La mobilisation de capitaux sur les marchés cotés peut également favoriser le financement d’infrastructures critiques, ainsi que l’investissement dans d’autres priorités économiques stratégiques.
Les pouvoirs publics entreprennent en outre d’élaborer des projets susceptibles d’attirer des investissements afin de soutenir l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets. Moins de 10 % des projets d’infrastructure africains aboutissent à un bouclage financier, la grande majorité d’entre eux échouant au stade de l’étude de faisabilité ou de l’élaboration de la stratégie. Certains pays africains s’attachent à renforcer la préparation des projets, leur standardisation et leur regroupement afin d’accroître le nombre de projets susceptibles d’attirer des investissements, sachant que des mécanismes de garantie, des dispositifs de co-investissement et d’autres instruments de partage des risques bien conçus peuvent améliorer leur profil risque-rendement.
L’élargissement et la diversification de la base d’investisseurs, qui s’avèrent indispensables pour approfondir les marchés et les rendre plus résilients, présentent de nombreux autres avantages.
Copier le lien de L’élargissement et la diversification de la base d’investisseurs, qui s’avèrent indispensables pour approfondir les marchés et les rendre plus résilients, présentent de nombreux autres avantages.Une base d’investisseurs plus large et plus diversifiée peut accroître la liquidité, améliorer le processus de détermination des prix et réduire la dépendance à l’égard des financements externes. Les pouvoirs publics et les autorités de réglementation des économies africaines ont engagé des réformes ayant des répercussions sur les investisseurs institutionnels, ont assoupli les restrictions aux mouvements de capitaux dans certaines juridictions et tirent de plus en plus parti des technologies pour élargir la participation des investisseurs particuliers. Toutefois, les bases d’investisseurs demeurent concentrées, ce qui limite la profondeur et la résilience de nombreux marchés. Il sera essentiel d’accroître la participation des investisseurs institutionnels, étrangers et particuliers pour favoriser le développement pérenne des marchés et améliorer l’efficacité des marchés de capitaux en tant que source de résilience économique à long terme.
Les fonds de pension et les compagnies d’assurance, en particulier, jouent un rôle central dans la mobilisation de l’épargne intérieure et l’offre de financements à long terme aux États et aux entreprises, mais la croissance de ces secteurs reste limitée dans de nombreuses économies africaines. Le taux de pénétration de l’assurance est faible, et l’accès aux régimes de pensions est généralement lié à l’emploi formel. Or, le niveau élevé d’emploi informel et de travail indépendant en Afrique (environ 85 % de l’emploi total, contre 58 % à l’échelle mondiale) limite considérablement la couverture. Lorsqu’il existe des investisseurs institutionnels, leurs portefeuilles sont souvent essentiellement composés de titres d’État, ce qui s’explique à la fois par les cadres réglementaires et par l’offre limitée d’actifs de placement. Élargir la couverture des régimes d’assurance et de pensions adossées à des actifs, améliorer la surveillance et élargir les possibilités d’investissement sont autant de mesures qui pourraient contribuer à améliorer les revenus à la retraite et permettre à ces secteurs de contribuer pleinement au développement des marchés de capitaux.
Le renforcement de l’inclusion financière offre la possibilité d’élargir la participation nationale aux marchés de capitaux. La culture financière est de plus en plus reconnue comme un levier essentiel du développement de l’investissement des particuliers, car elle aide les ménages à prendre des décisions financières éclairées et à participer avec plus d’assurance aux marchés financiers formels. Les stratégies nationales en faveur de la culture financière sont de plus en plus répandues : 17 des 20 juridictions examinées en mettent actuellement une en œuvre ou ont entrepris d’en élaborer une. Nombre d’entre elles intègrent des objectifs d’investissement et de planification de la retraite, et le développement de l’éducation financière, en particulier en ce qui concerne l’investissement, la prévention de la fraude et les nouveaux produits financiers, peut contribuer à mobiliser l’épargne intérieure et à accroître la participation des ménages aux marchés de capitaux.
La transformation numérique élargit l’accès aux marchés et favorise le développement de marchés financiers plus efficients.
Copier le lien de La transformation numérique élargit l’accès aux marchés et favorise le développement de marchés financiers plus efficients.La transformation numérique améliore l’accès aux marchés obligataires primaires et secondaires, mais aussi leur efficience. Les plateformes numériques facilitent l’accès aux valeurs mobilières pour un plus large éventail d’investisseurs, certains émetteurs souverains africains étant parvenus à accroître la participation des investisseurs particuliers grâce à des canaux numériques directs. Par ailleurs, les infrastructures de négociation et de post-négociation par voie électronique améliorent l’efficacité globale du marché et permettent de raccourcir les cycles de règlement.
Le virage du numérique pris par la région s’observe également sur les marchés des crypto-actifs et des stablecoins, où leur utilisation progresse rapidement, en particulier en Afrique subsaharienne. Si l’activité est aujourd’hui essentiellement liée aux échanges et aux investissements sur les marchés de la finance décentralisée, les stablecoins pourraient aussi faciliter les paiements transfrontaliers et les envois de fonds, et répondre à d’autres nouveaux cas d’usage. Ces évolutions rappellent l’importance de cadres réglementaires solides, de la culture financière, de la protection des consommateurs et de la cybersécurité pour faire en sorte que l’innovation financière contribue au bon fonctionnement, à la résilience et à l’inclusivité des marchés financiers.