Le présent chapitre examine les conditions mondiales de sécheresse actuelles et futures dans le contexte du changement climatique, en mettant en évidence les facteurs climatiques et d’autres facteurs humains favorisant ce risque. En s’appuyant sur une analyse de données originales de l’OCDE et des publications scientifiques récentes, ce chapitre montre l’influence du changement climatique sur l’accentuation de la fréquence et de la gravité des sécheresses, ainsi que le rôle du développement humain dans l’aggravation de ce risque au cours des dernières décennies.
Perspectives mondiales des sécheresses
2. Vers un monde plus sec
Copier le lien de 2. Vers un monde plus secDescription
2.1. Introduction
Copier le lien de 2.1. IntroductionCes dix dernières années, de nombreuses régions du monde ont fait face à des épisodes de sécheresse extrême qui ont eu des répercussions économiques et sociales graves. La mégasécheresse à laquelle sont confrontés le Mexique et les États-Unis depuis plus de 20 ans est probablement la pire enregistrée depuis 1 200 ans (Williams, Cook et Smerdon, 2022[1]). En 2021, la sécheresse qui a frappé la Californie a coûté 1.1 milliard USD au seul secteur agricole (soit 2 % des revenus annuels du secteur) (Public Policy Institute of California, 2022[2]). En 2022, un tiers du territoire européen a subi l’une des pires sécheresses jamais observées sur le continent, qui, combinée à des températures estivales anormalement élevées, a coûté plus de 40 milliards EUR (AEE, 2023[3]). Cette même année, le Rhin (Allemagne) a atteint son plus bas niveau depuis 30 ans, obligeant les navires à circuler à 25 % de leur capacité de chargement seulement (Agence spatiale européenne, 2022[4]). En 2023, la Corne de l’Afrique a connu sa pire sécheresse depuis 40 ans, plongeant 23 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire grave (Programme alimentaire mondial, 2023[5]). Bien que les sécheresses n’aient représenté que 6 % de l’ensemble des catastrophes naturelles survenues entre 1970 et 2019 dans le monde, elles sont à l’origine de 34 % de l’ensemble des décès causés par ces évènements, majoritairement causés par des famines en Afrique (Organisation météorologique mondiale (OMM), 2021[6]). En outre, depuis 2010, plus de trois millions de personnes se sont déplacées à l’intérieur de leur pays afin d’échapper aux sécheresses (International Displacement Monitoring Centre, 2024[7]).
Le changement climatique devrait aggraver les conditions de sécheresse, accentuant d’autres pressions humaines sur la ressource en eau, telles que l’utilisation non durable des terres et de l’eau. Accroissant la variabilité des températures et des précipitations, le changement climatique favorise les périodes de déficit de précipitations et augmente l’évaporation, entraînant une diminution de l’humidité des sols, du débit des cours d’eau et du niveau des eaux souterraines (Vicente-Serrano et al., 2022[8]). Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime qu’un réchauffement de 4 °C pourrait multiplier par sept la fréquence et l’intensité des sécheresses dans de nombreuses régions, par rapport aux niveaux préindustriels (GIEC, 2021[9]). Le lien de cause à effet entre le changement climatique et l’augmentation des épisodes de sécheresse est de plus en plus clairement démontré. Par exemple, d’après les estimations, le changement climatique a rendu vingt fois plus probable la survenue de la sécheresse de 2022 dans l’hémisphère Nord (Schumacher et al., 2022[10]) et a accru de 42 % l’intensité de la mégasécheresse qui sévit actuellement en Amérique du Nord (Williams, Cook et Smerdon, 2022[1]). Ces changements exacerberont les pressions exercées actuellement sur les ressources hydriques, telles que l’augmentation des prélèvements d’eau pour la consommation humaine, le refroidissement industriel et l’irrigation, amplifiant le risque de raréfaction de l’eau.
Le présent chapitre met en lumière l’accroissement du risque de sécheresse dans le contexte du changement climatique, démontrant les liens entre les épisodes de sécheresse et la disponibilité en eau, et soulignant le rôle des activités humaines et du changement climatique dans l’intensification du risque de sécheresse. Il met à profit les preuves scientifiques existantes et une nouvelle analyse de divers indicateurs de sécheresse réalisée par l’OCDE (voir l’annexe B) pour examiner les tendances mondiales, passées et futures, de l’exposition aux sécheresses dans le contexte du changement climatique. Il décrit les principaux facteurs qui contribuent à aggraver le risque de sécheresse, puis expose en détail comment le changement climatique devrait exacerber ce phénomène à l’avenir.
2.2. Comprendre le risque de sécheresse
Copier le lien de 2.2. Comprendre le risque de sécheresse2.2.1. Qu’est-ce que la sécheresse ?
Les sécheresses sont des périodes caractérisées par un important déficit hydrique affectant des sources et des réservoirs d’eau, généralement marquées par des conditions météorologiques anormalement sèches. Ces périodes sont principalement provoquées par de faibles précipitations et peuvent être aggravées par des températures élevées ou des vents forts, qui accélèrent l’évaporation de l’eau, ainsi que par les activités humaines (p. ex., utilisation des terres et de l’eau) (GIEC, 2022[11]). Ce déséquilibre affecte diverses composantes du cycle de l’eau, dont l’humidité des sols, le niveau des eaux de surface (p. ex., lacs et cours d’eau) et les réserves d’eau souterraine. Soulignant la complexité de ces interactions, de nombreuses définitions de la sécheresse ont vu le jour (Dracup, Lee et Paulson, 1980[12] ; Wilhite et Glantz, 1985[13]), chacune mettant l’accent sur un déficit d’eau anormal dans différents contextes et sur des échelles de temps variées.
Les sécheresses sont généralement classées en fonction de leurs causes et de leurs répercussions principales (Graphique 2.1) :
La sécheresse météorologique se définit comme une période prolongée de faibles précipitations.
La sécheresse agricole (ou écologique) fait référence à une situation où l’humidité du sol n’est pas suffisante pour répondre aux besoins des cultures et de la végétation.
La sécheresse hydrologique se produit lorsque le niveau des eaux de surface ou des eaux souterraines reste inférieur à la moyenne pendant une période prolongée.
Graphique 2.1. Types de sécheresse et leurs facteurs déterminants
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Comment lire ce graphique : Le graphique se lit de gauche à droite, les symboles « + » et « - » indiquant l’effet des éléments à la base de la flèche sur ceux à la pointe de la flèche. Les flèches bleues représentent les effets en cascade d’une diminution des précipitations et de la couverture neigeuse, les flèches orange montrent l’impact de la hausse des températures, les flèches marron indiquent les effets d’une augmentation de l’évaporation et de l’évapotranspiration, et les flèches grises illustrent l’effet du rayonnement solaire, du vent et des niveaux de CO₂. Par exemple, une hausse des températures réduit la couverture neigeuse (–) et accroît l’évaporation et l’évapotranspiration (+). L’augmentation de l’évaporation et de l’évapotranspiration entraîne à son tour une diminution de l’humidité des sols (sécheresse agricole) et du niveau des eaux de surface (sécheresse hydrologique).
Source : Travaux des auteurs inspirés du le document du GIEC (2021[9]).
La sécheresse doit être distinguée de la rareté de l’eau, de l’aridité et de la désertification, bien que ces phénomènes soient liés. La sécheresse se caractérise par des niveaux d’eau ou de précipitations inférieurs à la moyenne, tandis que la rareté de l’eau renvoie à un déséquilibre entre l’offre et la demande d’eau (GIEC, 2022[11]). Une situation de rareté de l’eau peut donc avoir lieu indépendamment de conditions de sécheresse, par exemple lorsque les prélèvements d’eau dépassent les ressources en eau renouvelables, ou bien lors d’évènements de pollution de l’eau ou de défaillance des infrastructures. La sécheresse et l’aridité diffèrent dans leur temporalité. La sécheresse est un phénomène temporaire, tandis que l’aridité est une caractéristique climatique permanente des régions affichant de faibles précipitations et une forte demande d’évaporation, comme les déserts. Finalement, la désertification fait référence au processus de dégradation des terres dans les régions arides, provoqué non seulement par les sécheresses, mais également par des activités humaines non durables telles que l’expansion agricole, la déforestation et l’urbanisation (CLD, 2022[14]).
2.2.2. Évolution observée des conditions de sécheresse
La part de la surface terrestre mondiale exposée aux sécheresses a nettement augmenté durant les dernières décennies, doublant entre 1900 et 2020 (Graphique 2.2). Les observations régionales révèlent des tendances similaires. En Europe, par exemple, les territoires touchés par la sécheresse se sont étendus : aux régions du sud traditionnellement sujettes aux sécheresses sont venus s’ajouter l’est et le centre du continent (Joint Research Centre, 2023[15]). En 2023, près de la moitié (48 %) de la surface terrestre mondiale a connu au moins un mois de sécheresse extrême, représentant la deuxième plus grande étendue affectée depuis 1951 (Romanello et al., 2024[16]).
Graphique 2.2. Part de la surface terrestre mondiale touchée par la sécheresse (1900-2020)
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Note : Les régions considérées comme touchées par la sécheresse sont celles dont la valeur de l’indice de précipitations et d’évapotranspiration normalisé (SPEI) moyen annuel est inférieure à -1 (Jain et al., 2015[17]). L’analyse représentée sur ce graphique exclut le désert du Sahara, le désert de Gobi, la péninsule arabique et les régions polaires. La ligne de tendance apparaissant sur ce graphique est obtenue en effectuant une régression linéaire de la proportion annuelle de la surface terrestre mondiale touchée par des sécheresses avec le temps.
Source : Travaux des auteurs d’après les données de Beguería et al. (2023[18]).
Depuis le début du XXIe siècle, la fréquence et l’intensité des épisodes de sécheresse se sont accrues sur tous les continents. L’intensité et le nombre moyens des sécheresses a augmenté sur 40 % de la surface terrestre mondiale entre la période 1950-2000 et la période 2000-20 (Graphique 2.3 a et b). Les épisodes de sécheresse extrême, définis comme les années où la valeur de l’indice de précipitations et d’évapotranspiration normalisé (SPEI)1 est inférieure ou égale à -2, sont devenus plus fréquents et plus graves dans de nombreuses régions au cours des vingt dernières années par rapport à la période 1950-2000 (Graphique 2.3 c et d) (Jain et al., 2015[17]). Parmi les zones où l’intensité et la fréquence des sécheresses ont le plus augmenté figurent l’ouest des États-Unis, l’Amérique du Sud, l’Europe du Sud et de l’Est, le sud de l’Australie, l’Afrique du Nord et l’Afrique septentrionale, ainsi que la Russie. Entre 2000 et 2020, plusieurs de ces régions ont enregistré des épisodes de sécheresse d’une intensité sans précédent par rapport à la période 1950-2000 (Jain et al., 2015[17]) (Graphique 2.3 d). Les pays de l’OCDE ne sont pas épargnés par cette aggravation des conditions de sécheresse. Dans 27 des 38 pays membres de l’OCDE, la fréquence des sécheresses a augmenté sur au moins 50 % du territoire national, tandis que dans 24 pays, l’intensité des sécheresses s’est accrue sur au moins 50 % des terres (voir le tableau A.A.1 de l’annexe A).
Graphique 2.3. Évolution de la fréquence et de l’intensité des sécheresses (2000-20 par rapport à 1950-2000)
Copier le lien de Graphique 2.3. Évolution de la fréquence et de l’intensité des sécheresses (2000-20 par rapport à 1950-2000)Évolution du nombre moyen d’épisodes de sécheresse ((a) et (c)) et de leur intensité ((b) et (d)) durant la période 2000-20 par rapport à la période 1950-2000
Comment lire ce graphique : Le graphique (a) montre que le nombre d’épisodes de sécheresse a plus que triplé dans le sud de la France pendant la période 2000-20 par rapport à la période 1950-2000, tandis qu’il a diminué dans le nord du Mexique au cours des mêmes périodes. Le graphique (b) montre que dans la majeure partie de l’Afrique du Nord, l’intensité moyenne des épisodes de sécheresse (valeurs moyennes de l’indice SPEI inférieures à -1) survenus durant la période 2000-20 a été plus de 50 % supérieure à la moyenne de ceux qui se sont produits au cours de la période 1950-2000. Le graphique (c) montre que le nombre d’épisodes de sécheresse extrême a plus que triplé à l’intérieur des terres dans l’est de l’Australie pendant la période 2000-20 par rapport à la période 1950-2000, tandis qu’il a diminué en Indonésie au cours des mêmes périodes. Le graphique (d) montre que dans la majeure partie du Brésil, l’épisode de sécheresse le plus extrême (sécheresse affichant la valeur de l’indice SPEI la plus basse) de la période 2000-20 a été plus de 50 % plus intense que l’épisode le plus grave qui s’est produit au cours de la période 1950-2000.
Note : Les épisodes de sécheresse sont définis comme les années où la valeur annuelle moyenne de l’indice SPEI est inférieure à -1 (Jain et al., 2015[17]). La fréquence des sécheresses (a et c) est calculée en divisant le nombre d’épisodes de sécheresse s’étant produit à chaque endroit durant les deux périodes par la durée (en années) de chaque période. L’intensité des sécheresses (b) représente la valeur moyenne de l’indice SPEI associée aux épisodes de sécheresse à chaque endroit pour chaque période. Le graphique (d) illustre l’évolution de l’intensité maximale des épisodes de sécheresse extrême, définie comme le rapport entre la plus faible valeur de l’indice SPEI entre 2000 et 2020 et la plus faible valeur de l’indice SPEI entre 1950 et 2000 à chaque endroit. Une année de sécheresse est considérée comme extrême si la valeur annuelle de l’indice SPEI est inférieure ou égale à -2, en vertu de la classification de la gravité de Jain et al. (2015[17]).
Source : Travaux des auteurs d’après les données du Service Copernicus concernant le changement climatique (2022[19]).
2.2.3. Tendances observées relatives à la disponibilité en eau douce
La principale inquiétude associée aux sécheresses porte sur leurs répercussions sur la disponibilité de l’eau douce, étant donné que la plupart des impacts économiques, environnementaux et sociaux des sécheresses sont liés à la rareté de cette ressource (voir le chapitre 3). Cette partie examine les tendances relatives à la quantité d’eau douce dans les grandes réserves d’eau de surface et d’eau souterraine – sols, cours d’eau, glaciers et aquifères, entre autres – ainsi que les répercussions de la sécheresse sur la qualité de l’eau douce.
Tendances relatives à l’humidité des sols
La diminution de l’humidité des sols due à la sécheresse est devenue un sujet de préoccupation majeure étant donné qu’un tiers de la surface terrestre mondiale a été touchée par une sécheresse agricole entre 1980 et 2023. Pendant cette période, 37 % des sols de la planète se sont significativement asséchés, tandis que moins de 6 % ont enregistré une hausse notable de leur taux d’humidité moyen (Graphique 2.4). Plus de la moitié des pays de l’OCDE ont observé un assèchement significatif de leurs sols sur au moins 20 % de leur territoire au cours de la même période. En revanche, seuls dix pays de l’OCDE ont enregistré une augmentation globale de l’humidité de leurs sols. Le Graphique 2.4 montre que la Colombie, la Corée, l’Estonie, la France, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg et le Mexique ont été particulièrement touchés par la diminution de l’humidité des sols, avec un assèchement notable de plus de 60 % de leurs terres ces quarante dernières années. Toutefois, il est important de souligner que ces moyennes annuelles peuvent masquer d’importantes fluctuations saisonnières, qui peuvent s’avérer encore plus graves et préoccupantes, en particulier lorsque ces tendances à l’assèchement sont observées pendant la saison de croissance des cultures (voir le chapitre 3).
Graphique 2.4. Évolution des conditions de sécheresse agricole dans les pays de l’OCDE et à l’échelle mondiale (1980-2023)
Copier le lien de Graphique 2.4. Évolution des conditions de sécheresse agricole dans les pays de l’OCDE et à l’échelle mondiale (1980-2023)Pourcentage de la surface terrestre où l’humidité moyenne des sols a évolué de manière significative au cours de la période 1980-2023
Note : La direction et la significativité statistique de l’évolution de l’humidité des sols sont déterminées en utilisant une régression linéaire : on effectue une régression de l’humidité annuelle moyenne des sols (variable dépendante) sur l’année (variable indépendante) pour chaque endroit durant la période 1980-2023. L’évolution est jugée statistiquement significative au seuil de 10 % (p < 0.1). Le pourcentage de la superficie d’un pays enregistrant des conditions nettement plus sèches ou plus humides correspond au nombre de cellules de la grille (résolution de 0.1° x 0.1°) au sein du pays affichant une augmentation ou une réduction significative de l’humidité annuelle moyenne rapporté au nombre total de cellules de la grille dans ce pays.
Source : Travaux des auteurs d’après les données du Service Copernicus concernant le changement climatique (2022[19]).
Tendances relatives au débit des cours d’eau
Une baisse du débit des cours d’eau a été observée dans de nombreuses régions du monde ces dernières décennies. Une analyse des tendances mondiales d’évolution de ces débits montre que le débit moyen a diminué dans la majorité des cours d’eau en Europe du Sud, en Afrique du Sud, dans le sud de la Nouvelle-Zélande et dans le sud et l’est de l’Australie entre 1951 et 2010 (Gudmundsson et al., 2019[20] ; Amirthanathan, 2023[21] ; Zhang, 2016[22]). Dans les pays européens du bassin méditerranéen, 90 % des cours d’eau ont vu leur débit moyen diminuer entre 1950 et 2013 (Masseroni et al., 2021[23]), sous l’effet du changement climatique, de la remise en végétation et de l’augmentation des prélèvements d’eau à des fins d’irrigation (Vicente‐Serrano et al., 2019[24]). Des données récentes provenant de plus de 1 000 stations de surveillance du débit des cours d’eau en Australie confirment ces tendances, avec une hausse du nombre annuel moyen de jours de débit de basses eaux (jours où le débit est inférieur au 5e centile des débits de la période considérée) entre 1980-2000 et 2000-20 (Graphique 2.5).
Graphique 2.5. Nombre de jours de débit de basses eaux dans les cours d’eau australiens (2000-20 par rapport à 1980-2000)
Copier le lien de Graphique 2.5. Nombre de jours de débit de basses eaux dans les cours d’eau australiens (2000-20 par rapport à 1980-2000)Nombre annuel moyen de jours de débit de basses eaux dans les 1 174 stations de surveillance des cours d’eau durant les périodes 1980-2000 et 2000-20
Note : Les jours de débit de basses eaux renvoient aux jours où le débit quotidien moyen d’un cours d’eau est inférieur au 5e centile du débit quotidien moyen enregistré par une station durant l’ensemble de la période de surveillance. La période de surveillance varie selon les stations, mais couvre au moins la période 1980-2020. Seules les stations pour lesquelles il manque moins de cinq valeurs pour les deux périodes 1980-2000 et 2000-20 sont incluses dans cette analyse.
Source : Travaux des auteurs d’après les données de Chen et al. (2023[25]).
Tendances relatives au niveau des nappes phréatiques
Le niveau de la majorité des nappes phréatiques surveillées dans le monde a également baissé ces dernières décennies. Une analyse récente des aquifères représentant 75 % des prélèvements mondiaux d’eau a montré que 62 % des stations surveillées ont signalé une diminution du niveau moyen de l’eau entre 2000 et 2020. Cette baisse est encore plus marquée dans les pays non membres de l’OCDE, où 73 % des stations surveillées ont enregistré une diminution du niveau d’eau, contre 60 % dans les pays de l’OCDE. En outre, 30 % de ces nappes phréatiques ont affiché une réduction plus rapide du niveau d’eau durant la période 2000-20 par rapport aux périodes précédentes (Jasechko et al., 2024[26]). Cependant, ces tendances varient d’une région à l’autre au sein de chaque pays. Par exemple, si la majeure partie des stations surveillées en Floride a indiqué une réalimentation des nappes phréatiques entre 2000 et 2020, dans la majorité des stations du nord du Texas, de la Californie et du Kansas le niveau d’eau a sensiblement baissé (Graphique 2.6).
Graphique 2.6. Tendances relatives au niveau des nappes phréatiques surveillées aux États-Unis (2000-20)
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Note : Chaque point représente une seule station de surveillance des nappes souterraines. L’Alaska et Hawaï sont exclus de cette analyse.
Source : Travaux des auteurs d’après les données de Jasechko et al. (2024[26]).
Tendances relatives à la régression des glaciers
La régression des glaciers s’est sensiblement accélérée à cause de la hausse des températures locales entraînant une fonte plus rapide, et de la diminution des précipitations neigeuses réduisant l’alimentation annuelle. Entre 2000 et 2020, les taux de fonte des glaciers ont doublé, entraînant un recul généralisé des glaciers et menaçant l’approvisionnement en eau à long terme de nombreuses régions, les glaciers stockant environ 70 % de l’eau douce de la planète (Hugonnet et al., 2021[27] ; Li et al., 2022[28] ; Bhattacharya et al., 2021[29]). Cette fonte accélérée a temporairement atténué la baisse du niveau des cours d’eau et des nappes phréatiques qui aurait du être observée dans certaines régions touchées par la sécheresse. Par exemple, entre 2010 et 2020, la fonte des glaciers dans les Andes en Argentine et au Chili a représenté jusqu’à 8 % du débit des cours d’eau locaux durant les mois les plus secs, compensant en partie les effets de la mégasécheresse qui frappe la région depuis 2010 (Dussaillant et al., 2019[30]). Cependant, cette atténuation ne devrait pas durer, étant donné la perte rapide et constante de masse glaciaire (voir la section 2.3.1).
2.2.4. Tendances relatives aux évènements climatiques composés et consécutifs
L’augmentation observée de la durée et de la fréquence des évènements climatiques extrêmes accroît la probabilité que des sécheresses se produisent simultanément ou s’enchaînent avec d’autres phénomènes météorologiques extrêmes. Au niveau mondial, les évènements météorologiques composés et consécutifs, tels que les vagues de chaleur et les sécheresses, sont déjà devenus plus courants du fait du changement climatique, et ce risque continuera de croître à l’avenir à mesure que le changement climatique s’intensifiera (GIEC, 2023[31]).
Les sécheresses peuvent renforcer la probabilité et l’intensité des inondations, notamment lorsqu’un temps sec réduit la capacité d’absorption des sols. Il est devenu moins rare de voir s’enchaîner des épisodes de sécheresse et des inondations durant les dernières décennies (Matano et al., 2023[32]). Une longue sécheresse peut entraîner une contraction des sols, réduisant l’infiltration de l’eau dans le sol et augmentant le ruissellement (Matanó et al., 2024[33]), ce qui peut déclencher des glissements de terrain et des crues éclair en cas de fortes précipitations (Robinson, Vahedifard et AghaKouchak, 2017[34]). Ce phénomène est illustré par les tendances observées entre 1980 et 2015, où 24 % des inondations mondiales se sont produites pendant ou juste après des périodes de sécheresse (Matanó et al., 2024[33]). Ce schéma est particulièrement manifeste en Afrique du Sud et au Mozambique, où les crues fluviales sont étroitement liées aux conditions de sécheresse prolongée qui ont précédé de fortes précipitations (Franchi et al., 2024[35]).
La gravité et la durée accrues des sécheresses augmentent également le risque de feux de forêt à l’échelle mondiale. Les sécheresses sont l’un des principaux facteurs à l’origine des feux de forêt extrêmes (OCDE, 2023[36]), comme l’ont démontré des études ayant établi un lien clair entre les sécheresses et les incendies de grande ampleur en Türkiye et au Mexique (Ertugrul et al., 2021[37] ; Marín et al., 2018[38]). Certains des incendies les plus dévastateurs de l’histoire récente, dont l’incendie Camp Fire survenu en 2018 aux États-Unis (Hawkins et al., 2022[39]), les feux de forêt de 2017 au Portugal et au Chili (OCDE, 2023[36]), ainsi que les feux de végétation de 2020 en Sibérie arctique (Ciavarella et al., 2021[40]), ont été intensifiés par un temps exceptionnellement sec. Les forêts victimes d’incendies sont à leur tour plus exposées aux sécheresses ultérieures, ce qui suscite des inquiétudes quant à leur viabilité à long terme dans un contexte de changement climatique. Par exemple, les forêts touchées par des incendies extrêmes tendent à perdre leur capacité à retenir l’eau, ce qui les rend plus vulnérables aux futures pénuries d’eau que les forêts matures (OCDE, 2023[36] ; Le Roux et al., 2022[41]).
Enfin, le changement climatique devrait faire augmenter considérablement la fréquence des évènements combinés d’épisodes de sécheresse et vagues de chaleur. La faible humidité des sols amplifie les vagues de chaleur du fait des mécanismes de rétroaction terre-atmosphère, créant un cycle de sécheresses et de vagues de chaleur extrême qui se renforcent mutuellement (Matanó et al., 2024[33]). La fréquence mondiale de ces évènements composites pourrait être multipliée par dix d’ici la fin du siècle (Yin et al., 2023[42]). La concordance de ces phénomènes est également particulièrement préoccupante étant donné que les vagues de chaleur font nettement augmenter la consommation d’eau, aggravant de surcroit les problèmes de rareté de l’eau (Cárdenas Belleza, Bierkens et van Vliet, 2023[43]).
2.3. Facteurs déterminants de l’évolution des risques de sécheresse
Copier le lien de 2.3. Facteurs déterminants de l’évolution des risques de sécheresseSi les sécheresses sont des phénomènes courants provoqués par des variations naturelles des conditions météorologiques et du climat, les tendances récentes indiquent qu’elles sont de plus en plus imputables au changement climatique et à d’autres facteurs anthropiques. Cette partie se penche sur la manière dont la modification des régimes des précipitations, la hausse des températures et d’autres facteurs non climatiques favorisent et continueront d’influer sur l’apparition et l’intensité des épisodes de sécheresse.
2.3.1. Facteurs climatiques favorisant la sécheresse
Le changement climatique amplifie les risques de sécheresse du fait de divers facteurs interconnectés, dont la modification des régimes de précipitations et la hausse des températures. Un nombre croissant d’études démontre de plus en plus clairement les corrélations entre le changement climatique et l’intensification et la fréquence des épisodes de sécheresse, quantifiant la hausse de la probabilité de leur survenue sous l’effet du réchauffement causé par les activités humaines. Des études suggèrent que le changement climatique a rendu les sécheresses de 2022 dans l’hémisphère Nord cinq à vingt fois plus probables et celle qui sévit actuellement en Afrique de l’Est au moins cent fois plus probable (Schumacher, 2022[44] ; Kimutai, 2023[45]).
Modification des régimes de précipitations
Le changement climatique influe principalement sur l’apparition des sécheresses en accroissant la variabilité des précipitations annuelles et saisonnières, ce qui peut se traduire par un déficit de pluie dans certaines régions. Depuis 1950, la variabilité des précipitations annuelles moyennes sur les continents a considérablement augmenté. Les records de précipitations maximums et minimums annuels mondiaux de la période 1900 – 1950 ont été battus six et cinq fois respectivement lors de la période 1950-2000, avec des valeurs extrêmes jusqu’à trois fois supérieures (ou inférieures) à celles observées durant la première moitié du XXe siècle (Graphique 2.8 a). Les scientifiques s’accordent à dire que le changement climatique perturbe églaement les régimes de précipitations saisonnières. Par exemple, en France et en Allemagne, les précipitations hivernales moyennes ont augmenté jusqu’à 30 % depuis la période préindustrielle, tandis que les pluies estivales ont diminué de 10 % en moyenne. À l’inverse, en Australie, les précipitations ont diminué en hiver et augmenté en été (GIEC, 2022[46]).
Les régimes pluviométriques extrêmes, provoqués par le changement climatique, aggravent également le risque de sécheresse. De fortes précipitations après une longue période sèche peuvent empêcher l’infiltration efficace de l’eau dans le sol, accroissant les risques de sécheresse agricole et de sécheresse hydrologique. Les pluies torrentielles, en particulier sur des sols nus ou compactés, peuvent entraîner la formation d’une croûte à la surface du sol, provoquant un ruissellement excessif et empêchant l’eau de s’infiltrer dans le sol. Ce processus peut causer une diminution du stockage d’eau dans les nappes et dans les sols, limitant ainsi la disponibilité globale de l’eau (Eekhout et al., 2018[47]). Par conséquent, même dans les régions où les précipitations augmentent épisodiquement, la disponibilité en eau peut continuer à baisser.
Les modifications des régimes pluviométriques ne sont pas uniformes sur l’ensemble du globe. Si les précipitations mondiales moyennes ont augmenté entre 2000 et 2022 par rapport à la période 1950-2000, elles ont sensiblement diminué dans de nombreuses régions. Par exemple, des régions telles que la Méditerranée, l’ouest des États-Unis, certaines parties de l’Amérique du Sud, la majeure partie du continent africain, le Moyen-Orient et l’est de l’Australie ont toutes observé une réduction des précipitations moyennes annuelles, pouvant atteindre 20 %, durant la période 2000-20 par rapport aux cinquante années précédentes (Graphique 2.7).
Graphique 2.7. Tendances mondiales des précipitations annuelles moyennes
Copier le lien de Graphique 2.7. Tendances mondiales des précipitations annuelles moyennesÉvolution des précipitations annuelles moyennes (mm/année) entre les périodes 1950-2000 et 2000-20
Source : Travaux des auteurs d’après les données du Service Copernicus concernant le changement climatique (2022[19]).
En outre, les déficits extrêmes de précipitations2 deviennent également plus fréquents dans de nombreuses régions à cause du changement climatique. Entre 2000 et 2020, environ 20 % de la surface terrestre mondiale a connu au moins deux fois plus d’épisodes de déficit extrême des précipitations annuelles par rapport aux cinquante dernières années (Graphique 2.9). Combinée à des hausses généralisées des températures extrêmes, cette tendance a rendu des régions telles que l’Amérique du Sud, l’ouest des États-Unis, le nord de l’Afrique de l’Est, le bassin méditerranéen, l’est de la Russie et l’est de l’Australie particulièrement sujettes aux sécheresses.
Comme l’illustre le Graphique 2.1, la baisse des précipitations entraîne une diminution du débit des cours d’eau, de l’humidité des sols et de la réalimentation des nappes phréatiques (Taylor et al., 2012[48]). Entre 2000 et 2020, les déficits de précipitations ont représenté à eux seuls 25 % des sécheresses agricoles éclair (Zeng et al., 2023[49]). De même, 80 % des cas de diminution du niveau des nappes phréatiques constatés pendant la même période sont liés à des précipitations inférieures à la moyenne (Jasechko et al., 2024[26]).
Au-delà de la quantité totale de précipitations, leur répartition dans le temps joue un rôle tout aussi crucial dans la survenue de sécheresses. Par exemple, les précipitations hivernales jouent un rôle crucial dans la recharge des nappes phréatiques, étant donné que la végétation, moins abondante en cette saison, laisse davantage d’eau s’infiltrer dans le sol. De faibles précipitations hivernales limitent aussi le stockage d’eau sous forme de couverture neigeuse dans les régions montagneuses, amplifiant le risque de sécheresse estivale en réduisant la quantité d’eau de fonte disponible (Han et al., 2024[50]).
Hausse des températures atmosphériques
L’augmentation des températures mondiales attribuable au changement climatique est l’un des principaux moteurs de l’augmentation des taux d’évaporation, c’est-à-dire du transfert de l’eau liquide des sols, des cours d’eau et des lacs vers l’atmosphère, ce qui, en retour, accroît le risque de sécheresse. À l’échelle mondiale, les températures à la surface des continents ont augmenté régulièrement depuis 1965, atteignant en 2023 une moyenne supérieure de 1.8 °C aux niveaux préindustriels (GIEC, 2022[51]) (Graphique 2.8 b). Cette tendance au réchauffement est étroitement liée à la hausse des taux d’évaporation observée entre 1980 et 2020 (Graphique 2.8 b). Notamment, les vagues de chaleur jouent un rôle de plus en plus déterminant dans l’apparition des sécheresses éclair (sécheresses qui se mettent en place rapidement et qui sévissent pendant une brève période). Les températures anormalement élevées sont responsable d’une augmentation des épisodes de sécheresse de 50 % sur la période 2000-20 par rapport à la période 1981-2000 (Zeng et al., 2023[49]). L’effet de la hausse des températures atmosphériques est accentué par le rayonnement solaire et le vent, qui modifient l’équilibre entre l’humidité atmosphérique et l’eau de surface, et accélèrent l’évaporation (Vicente‐Serrano et al., 2019[52]).
Graphique 2.8. Tendances des précipitations, températures et taux d’évaporation potentiels moyens mondiaux (1900-2020)
Copier le lien de Graphique 2.8. Tendances des précipitations, températures et taux d’évaporation potentiels moyens mondiaux (1900-2020)
Note : L’anomalie de précipitation correspond à la différence entre les précipitations annuelles totales et les précipitations annuelles moyennes pour la période 1901-2000. L’anomalie de température correspond à la différence entre la température continentale annuelle moyenne et la température continentale annuelle moyenne à l’époque préindustrielle (1980-1900). Les anomalies de température annuelle correspondent à la moyenne de quatre ensembles de données : Berkeley Earth, GISTEMPv4 (NASA), HadCRUT5 (Met Office Hadley Centre) et NOAAGlobalTemp v6.0 (NOAA). L’évaporation potentielle annuelle représente l’évaporation continentale moyenne à l’échelle mondiale, calculée à une résolution de 0.1° x 0.1°. L’évaporation potentielle renvoie à la quantité maximale d’eau qui pourrait s’évaporer d’une surface donnée (p. ex., sol, cours d’eau, lac) en supposant un approvisionnement en eau illimité.
Source : Travaux des auteurs d’après les données de Blunden, Boyer et Bartow-Gillies (2023[53]) (précipitations) ; (Rohde et Hausfather, 2020[54] ; Lenssen et al., 2019[55] ; Morice et al., 2021[56] ; Huang et al., 2024[57]) (températures) ; (Copernicus Climate Change Service, 2022[19]) (évaporation potentielle).
En parallèle, la hausse des températures atmosphériques influe sur la transpiration végétale, c’est-à-dire sur la libération de vapeur d’eau par les plantes pendant la photosynthèse. Les taux de transpiration dépendent de la température atmosphérique, ainsi que du type de végétation et des concentrations de gaz dans l’atmosphère, en particulier de dioxyde de carbone (CO2) et d’ozone. L’augmentation des concentrations de CO2 agit sur la photosynthèse des plantes en réduisant l’ouverture des stomates et en augmentant la surface foliaire, ce qui peut modifier les taux d’évapotranspiration (Skinner et al., 2017[58] ; Swann et al., 2016[59]). De la même manière, des concentrations élevées d’ozone peuvent faire diminuer la transpiration végétale, atténuant potentiellement le risque de sécheresse (Arnold et al., 2018[60]).
La hausse des températures sous l’effet du changement climatique peut également perturber l’équilibre entre l’eau douce solide et l’eau douce liquide, ce qui nuit à la disponibilité saisonnière, et à long terme, de l’eau. Dans les régions de montagne, les chutes de neige sont moins importantes du fait des températures plus élevées, ce qui accroît la proportion de précipitations sous forme liquide et entraîne donc une fonte des neiges précoce. Ce phénomène peut amenuiser les réserves d’eau, diminuant l’approvisionnement en eau durant les périodes plus sèches. En outre, le réchauffement de la planète accélère la fonte et le recul des glaciers. Cette évolution pourrait constituer une menace pour la disponibilité d’eau douce à long terme, étant donné qu’elle réduit la capacité des glaciers à maintenir le débit des cours d’eau et à assurer l’approvisionnement en eau dans la durée.
Graphique 2.9. Évolution de la fréquence des épisodes de déficit extrême de précipitations et de températures extrêmes
Copier le lien de Graphique 2.9. Évolution de la fréquence des épisodes de déficit extrême de précipitations et de températures extrêmesÉvolution de la fréquence d’années présentant des déficits extrêmes de précipitations (a) et des années extrêmement chaudes (b) entre les périodes 1950-2000 et 2000-20
Comment lire ce graphique : Le graphique (a) montre que l’ouest des États-Unis a enregistré deux à plus de trois fois plus d’épisodes de déficit extrême de précipitations en moyenne entre 2000 et 2020 par rapport à la période 1950-2000. En revanche, au Royaume-Uni, le nombre moyen d’épisodes de déficit extrême de précipitations a diminué au cours de la même période. Le graphique (b) montre que le nombre moyen d’années extrêmement chaudes au niveau mondial a été multiplié par plus de trois entre 2000 et 2020 par rapport à la période 1950-2000, sauf dans certaines régions d’Amérique du Sud, d’Australie, d’Inde, du Mozambique, du Botswana et du Zimbabwe.
Note : (a) Une année enregistre un déficit extrême de précipitations si les précipitations annuelles totales sont au-dessous du 10e centile de la répartition des précipitations annuelles pour ce lieu durant la période 1950-2000. Note : (a) Une année est considérée extrêmement chaude si les températures moyennes annuelles sont supérieures au 90e centile de la répartition des températures moyennes annuelles pour ce lieu durant la période 1950-2000.
Source : Travaux des auteurs d’après les données du Service Copernicus concernant le changement climatique (2022[19]).
2.3.2. Facteurs anthropiques (non climatiques) favorisant la sécheresse
Outre le changement climatique, les activités humaines telles que les prélèvements d’eau et le changement d’affectation des terres sont d’autres facteurs clés accroissant le risque de sécheresse. Cette section analyse comment l’augmentation des volumes d’eau prélevés (essentiellement pour l’irrigation) et le changement d’affectation des terres à vaste échelle dû à la déforestation, aux pratiques agricoles et à l’étalement urbain ont exacerbé les conditions de sécheresse dans de nombreuses régions et montre comment ces facteurs pourraient continuer d’aggraver ce risque à l’avenir (Graphique 2.10).
Graphique 2.10. Impact des activités humaines sur le risque de sécheresse
Copier le lien de Graphique 2.10. Impact des activités humaines sur le risque de sécheresse
Comment lire ce graphique : La flèche bleue représente les flux d’eau et leur direction. Les symboles « + » et « - » indiquent les effets d’activités ou de phénomènes précis (encadrés noirs) sur la disponibilité en eau à la source. Par exemple, l’évapotranspiration provenant des forêts contribue à la formation de nuages au-dessus des terres, de sorte que le boisement accroît l’évapotranspiration et la formation de nuages, tandis que la déforestation réduit les flux d’eau transférés dans l’atmosphère. De la même manière, les précipitations augmentent l’humidité des sols, alimentent les nappes phréatiques et élèvent le niveau des eaux de surface, tandis que les prélèvements d’eau pour les usages industriels et domestiques font diminuer le niveau des eaux de surface et des nappes phréatiques.
Source : Travaux des auteurs.
Prélèvements d’eau
Les prélèvements d’eau influent notablement sur la fréquence et la gravité des épisodes de sécheresse. Ces prélèvements dans les réserves d’eau de surface et souterraines ralentissent la réalimentation des masses d’eau et diminuent la quantité d’eau disponible pendant les périodes sèches. Le prélèvement d’eau à des fins d’irrigation joue un rôle majeur dans l’augmentation de la gravité et de la durée des sécheresses, du fait des quantités importantes généralement extraites3. Selon des estimations récentes, le pompage d’eau rend l’assèchement des cours d’eau jusqu’à 30 fois plus grave et en prolonge jusqu’à dix fois la durée (Van Loon et al., 2022[61] ; Ketchum et al., 2023[62]). Le développement mondial de l’irrigation dans les régions à forte intensité agricole explique en grande partie l’évolution observée du niveau des nappes phréatiques (Scanlon et al., 2023[63]). Par exemple, le remplacement de l’eau de surface par l’eau souterraine pour l’irrigation dans la région des hautes plaines aux États-Unis a été associé à une baisse conséquente du niveau des nappes (Scanlon et al., 2021[64]).
La hausse des prélèvements d’eau est étroitement liée au développement des cultures irriguées ainsi qu’au changement climatique. Entre 2001 et 2020, la superficie des terres irriguées dans les pays de l’OCDE a progressé de 4 % (Graphique 2.11). Cette expansion, combinée au besoin croissant d’irrigation dû à un temps de plus en plus sec dans de nombreuses régions, a entraîné une augmentation de 20 % des prélèvements d’eau à des fins agricoles (Graphique 2.11).
Graphique 2.11. Capacité d’irrigation et prélèvement d’eau pour l’agriculture dans les pays de l’OCDE (2001-20)
Copier le lien de Graphique 2.11. Capacité d’irrigation et prélèvement d’eau pour l’agriculture dans les pays de l’OCDE (2001-20)Évolution relative de la surface totale des terres agricoles équipées pour l’irrigation (lignes pleines marron) et des prélèvements d’eau totaux pour l’agriculture (lignes pointillées bleues) dans les pays de l’OCDE (2001-20)
Note : L’Irlande et le Luxembourg ne sont pas inclus dans cette analyse du fait de la très faible superficie de terres irriguées dans ces pays.
Source : Travaux des auteurs d’après les données de FAO (2024[65]) (superficie des terres équipées pour l’irrigation) et FAO (2024[66]) (prélèvements d’eau totaux pour l’agriculture).
Des prélèvements d’eau excessifs pour l’irrigation provoquent également une dégradation de la qualité de l’eau, rendant les épisodes de sécheresse encore plus graves. De nombreux cours d’eau et nappes phréatiques aux quatre coins du globe affichent une salinité et des concentrations de polluants plus élevées en période de sécheresse, ce qui s’explique en partie par la hausse des prélèvements d’eau pour l’irrigation. Par exemple, les concentrations d’azote dans les puits surveillés de la Central Valley, en Californie, ont dépassé les seuils réglementaires quatre à cinq fois plus souvent durant les périodes de sécheresse, en raison de l’augmentation de la quantité d’eau pompée à des fins agricoles (Levy et al., 2021[67]). De même, les prélèvements d’eau pour l’irrigation durant la sécheresse du millénaire en Australie (1997-2009) et les sécheresses 2000-01 et 2007-09 en Floride ont augmenté la salinité de l’eau. Des niveaux record dépassant les seuils réglementaires ont été atteints, risquant de compromettre l’utilisation de l’eau pour l’irrigation et pour approvisionner des millions de personnes en eau potable (Murray–Darling Basin Authority, 2023[68] ; Haque, 2023[69]).
Les prélèvements d’eau devraient s’accroître à l’avenir, aggravant davantage les conditions de sécheresse. D’ici le milieu du siècle, les volumes mondiaux d’eau prélevés devraient croître de 20 % à 30 % par rapport à 2020 (Boretti et R., 2019[70]). Ces tendances seront alimentées par la hausse de la demande d’eau émanant de secteurs clés (p. ex., l’utilisation d’eau dans le secteur manufacturier devrait bondir de 400 % d’ici 2050 (Boretti et R., 2019[70])), ainsi que par l’augmentation des températures, notamment des vagues de chaleur, et l’intensification des sécheresses sous l’effet du changement climatique, ce qui devrait faire grimper la demande d’eau pour l’irrigation, la production d’énergie et d’autres usages (Labbe et al., 2023 ; Wang et al., 2016). Dans un scénario d’émissions élevées (RCP 8.5), la demande d’eau pour l’irrigation devrait monter en flèche dans de nombreuses régions sèches, par exemple dans la région Pacifique sud-ouest des États-Unis (Warziniack et al., 2022[71]). En parallèle, dans certaines régions d’Europe, la consommation d’eau potable pourrait augmenter de 10 % lors des journées chaudes (Fiorillo et al., 2021[72] ; Dimkić, 2020[73]).
Changement d’affectation et de couverture des sols
Les changements de couverture des sols, tels que la déforestation, contribuent à la survenue des sécheresses. La dynamique des forêts et de la végétation joue un rôle majeur dans le cycle de l’eau, influant sur les schémas de précipitations et de ruissellement aux niveaux local comme mondiale. Par exemple, la déforestation réduit l’évapotranspiration et, lorsqu’elle se produit à grande échelle, peut empêcher la formation d’une couverture nuageuse, réduisant les précipitations et exacerbant donc les conditions de sécheresse (The Global Commission on the Economics of Water, 2023[74] ; Perugini et al., 2017[75] ; Smith, Baker et Spracklen, 2023[76]). Dans la forêt amazonienne, la déforestation a été associée à une augmentation de 4% de l’intensité des sécheresses observée entre 2001 et 2014 (Staal et al., 2020[77]). Globalement, une diminution de 1 % de la superficie de la forêt tropicale réduirait les précipitations d’environ 0.25 millimètre par mois dans un rayon de 200 kilomètres autour de la zone déboisée (Smith, Baker et Spracklen, 2023[76]). À l’inverse, le reboisement de 14 % de la surface de l’Europe pourrait se traduire par une hausse de 8 % des précipitations annuelles moyennes (Baker, 2021[78] ; Meier et al., 2021[79]). Toutefois, lorsqu’il n’est pas planifié avec soin, le reboisement peut parfois exacerber le risque local de sécheresse en réduisant le ruissellement de surface et le débit des cours d’eau en aval. Par exemple, le reboisement intensif amorcé dans les Pyrénées pourrait réduire jusqu’à 50 % le débit des cours d’eau durant les périodes sèches (Vicente‐Serrano et al., 2021[80]).
Dans certaines zones agricoles, les pratiques de culture non durables ont également diminué l’infiltration et la capacité de rétention d’eau dans le sol, intensifiant le risque de sécheresse. Par exemple, le développement des cultures gourmandes en eau, telles que le maïs, a contribué à faire drastiquement diminuer l’humidité des sols dans des régions telles que le nord de la Chine (Liu et al., 2015[81]). De même, l’utilisation de pratiques traditionnelles de travail du sol a accéléré l’évapotranspiration et l’érosion, réduisant l’humidité des sols. L’emploi de machines agricoles lourdes a également été associé à une diminution de l'infiltration de l’eau et une moindre capacité de rétention de l’eau dans le sol, ayant des effets négatifs sur l’alimentation des nappes phréatiques (Chyba, 2014[82] ; El-Beltagi et al., 2022[83]).
Enfin, l’imperméabilisation des sols due à l’étalement urbain et à d’autres changements d’utilisation des terres contribue également à aggraver les conditions de sécheresse. Tout au long du XXIe siècle, le rythme d’imperméabilisation des sols s’est accéléré, les surfaces imperméabilisées ayant augmenté en moyenne de 50 % dans les pays de l’OCDE et presque doublé à l’échelle mondiale (Graphique 2.12). La superficie des eaux intérieures, un réservoir important d’eau douce, a également diminué dans plusieurs pays de l’OCDE tels que l’Australie (-15 %) et la Belgique (-8 %). Durant la même période, les zones humides des pays de l’OCDE ont reculé de 18 % en moyenne, avec des pertes atteignant 50 % au Chili et 20 % à 30 % au Canada, au Mexique et aux États-Unis4 (Graphique 2.12). La perte de ces écosystèmes essentiels, couplée à l’artificialisation des berges des cours d’eau, est associée à une réduction de la recharge des nappes souterraines, s’accompagnant d’autre impacts écologiques tels que la perte de biodiversité, la perturbation des habitats naturels et la diminution de la capacité de séquestration du carbone.
Graphique 2.12. Évolution de la couverture des sols dans les pays de l’OCDE
Copier le lien de Graphique 2.12. Évolution de la couverture des sols dans les pays de l’OCDEVariation en pourcentage des types de couverture des sols entre 2000 et 2020
Note : L’Islande n’est pas incluse dans ce graphique, les données n’indiquant aucune modification de la couverture des sols.
Source : Travaux des auteurs d’après des données de Tesnière, Maes et Haščič (2024[84]).
2.4. Vers un monde plus sec
Copier le lien de 2.4. Vers un monde plus secLe changement climatique continuera à aggraver le risque de sécheresses dans de nombreuses régions, modifiant la fréquence, la durée et la gravité de ces phénomènes. L’augmentation des températures et l’évolution des précipitations continueront à perturber l’humidité des sols, le niveau des nappes et le débit des cours d’eau, ce qui aura des impacts variables selon les régions. Une part croissante de la population et des terres emergées mondiales seront exposés aux sécheresses. Enfin, le changement climatique devrait accroître la probabilité de phénomènes climatiques composites et consécutifs, tels que les sécheresses éclair et les vagues de chaleur. Cette dernière section détaille l’évolution projetée de ces tendances dans différents scénarios de réchauffement.
2.4.1. Augmentation de la fréquence, de la durée et de l’intensité des sécheresses
Les tendances à la hausse des températures atmosphériques et à la modification des régimes de précipitations observées sous l’effet du changement climatique observées devraient se maintenir à l’avenir. Le réchauffement climatique devrait atteindre entre 1.8 °C et 4 °C à l’horizon 2100 par rapport aux niveaux préindustriels dans les scénarios de faibles émissions (SSP1-2.6) et d’émissions élevées (SSP5-8.5) respectivement (GIEC, 2021[9]) (voir l’Encadré 2.1 pour de plus amples détails sur ces scénarios). Les précipitations moyennes mondiales devraient augmenter de 1 % à 2 % pour chaque degré supplémentaire de réchauffement climatique (Trenberth et al., 2007[85]). Cependant, ces changements devraient évoluer differemment selon les régions. Des régions comme l’Amérique latine, la Méditerranée, l’Afrique australe, le Moyen-Orient, certaines parties de l’Australie et la Chine, en particulier, devraient enregistrer une nette baisse des précipitations annuelles moyennes d’ici 2050 et 2100 (Graphique 2.13). En outre, les épisodes de précipitations extrêmement faibles pourraient être multipliés par quatre dans certaines parties de l’Amérique du Sud, de la Méditerranée et de l’Afrique australe d’ici la fin du siècle (par rapport aux niveaux préindustriels) dans tous les scénarios climatiques (Cook et al., 2020[86]). En parallèle, la fréquence et l’intensité des épisodes de chaleur extrême devraient fortement augmenter. D’ici la fin du siècle, les épisodes de chaleur extrême devraient être 14 fois plus probables dans un scénario d’émissions faibles (SSP1-2.6) et près de 40 fois plus probables dans un scénario d’émissions élevées (SSP3-7.0). L’intensité moyenne de ces vagues de chaleur pourrait augmenter jusqu’à 5 °C par rapport aux niveaux de la période 1850-1900 (GIEC, 2021[9]).
Graphique 2.13. Évolution projetée des températures et des précipitations annuelles futures
Copier le lien de Graphique 2.13. Évolution projetée des températures et des précipitations annuelles futuresAnomalies annuelles moyennes de précipitations (mm/an) et de température (°C) pour 2000, 2050 et 2100 dans un scénario d’émissions modérées (SSP2-4.5) par rapport à la période de référence de 1850-1949.
Note : Les valeurs indiquées correspondent aux moyennes des anomalies médianes annuelles aux points de grille prévues par l’ensemble de modèles pour les périodes 2000-20 (2000), 2036-64 (2050) et 2071-99 (2100).
Source : Travaux des auteurs d’après les données de Cook et al. (2020[86]).
Encadré 2.1. Projection du risque de sécheresse dans différents scénarios climatiques et socioéconomiques
Copier le lien de Encadré 2.1. Projection du risque de sécheresse dans différents scénarios climatiques et socioéconomiquesPour prévoir le futur climatique, le sixième Rapport d’évaluation du GIEC a créé cinq scénarios, appelés SSP-RCP, qui combinent des trajectoires de développement socioéconomique et différentes trajectoires de concentration des gaz à effet de serre. Ces scénarios servent de données d’entrée au sixième Projet de comparaison de modèles couplés (CMIP6), qui modélise les futures émissions de gaz à effet de serre et les prévisions de changement climatique associées jusqu’en 2100. Le cadre SSP-RCP réunit deux systèmes de scénarios principaux :
Les trajectoires communes d’évolution socioéconomique (SSP) décrivent cinq évolutions du développement mondial (SSP1 à SSP5) fondées sur différentes hypothèses concernant le développement économique, les tendances démographiques, les progrès technologiques, l’éducation et l’utilisation d’énergie. Chaque scénario est nommé SSPx-y, où « x » indique la trajectoire socioéconomique et « y » le niveau de forçage radiatif (W/m²) à l’horizon 2100, précisant l’intensité du changement climatique dans différents scénarios d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre.
Cette approche se fonde sur les trajectoires représentatives de concentration (RCP) utilisés dans le cinquième Rapport d’évaluation du GIEC. Les RCP sont des trajectoires de concentration des gaz à effet de serre associées à des niveaux de forçage radiatif précis. Elles vont de scénarios de forte atténuation (RCP2.6) à des trajectoires d’émissions élevées (RCP8.5), reflétant un éventail d’avenirs climatiques possibles en fonction des efforts d’atténuation des émissions au niveau mondial.
Graphique 2.14. Évolution des températures et émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale selon les scénarios SSP
Copier le lien de Graphique 2.14. Évolution des températures et émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale selon les scénarios SSPEn associant les descriptifs socioéconomiques aux trajectoires d’émissions, le cadre SSP-RCP aide à rendre compte de l’influence des schémas de développement humain et des efforts d’atténuation des émissions sur l’avenir des sécheresses et la gravité de celles-ci. Dans ce chapitre, les futures sécheresses sont évaluées en utilisant trois des cinq scénarios SSP-RCP. Le scénario intermédiaire (SSP2-4.5) sert de référence, tandis que le scénario de développement durable (SSP1.2-6) et le scénario de rivalités régionales (SSP3-7.0) indiquent des bornes inférieures et supérieures de risque de sécheresse pour différents profils d’évolution des émissions.
Source : (GIEC, 2021[9] ; Andrew, 2016[87]).
Cette modification des régimes de précipitations, combinée à la hausse des températures atmosphériques, devrait augmenter la fréquence, la durée et l’intensité des sécheresses dans de nombreuses régions. D’ici la fin du siècle, la fréquence mondiale des sécheresses pourrait augmenter de 30 % et leur intensité moyenne être multipliée par plus de deux dans les scénarios d’émissions modérées à élevées (SSP2-4.5 et SSP3-7.0) par rapport à la période 1991-2014 (Graphique 2.15). La durée moyenne des sécheresses devrait également augmenter de 50 % dans le scénario SSP2-4.5 et de 130 % dans le scénario SSP3-7.0 à l’horizon 2100 par rapport à la période 1950-2000 (Zhou et al., 2023[88]).
Graphique 2.15. Évolution projetée de la fréquence, de la durée et de l’intensité moyennes des sécheresses à l’échelle mondiale
Copier le lien de Graphique 2.15. Évolution projetée de la fréquence, de la durée et de l’intensité moyennes des sécheresses à l’échelle mondiale
Note : L’indice SPEI est utilisé pour évaluer l’Évolution projetée de la fréquence, de la durée et de l’intensité moyennes des sécheresses à l’échelle mondiale.
Source : Traduction OCDE, basée sur (Zhou et al., 2023[88]).
Le changement climatique devrait également entraîner une hausse de la fréquence des phénomènes de sécheresse extrême, c’est-à-dire d’épisodes de sécheresse caractérisés par une intensité et une durée exceptionnelles. Cette évolution de la fréquence des phénomènes extrêmes sera plus marquée que celle des conditions moyennes de sécheresse (GIEC, 2022[46]). Par exemple, au Canada, aux États-Unis et dans les régions méditerranéennes de l’Europe, la fréquence des sécheresses agricoles extrêmes devrait doubler, voire tripler, en cas de réchauffement de 2 °C (GIEC, 2022[46]). À l’échelle mondiale, la part de la surface terrestre et de la population exposée aux épisodes de sécheresse extrême devrait aussi progresser, passant respectivement de 3 % actuellement à 7 % voire 8 % à l’horizon 2100 (Pokhrel et al., 2021[89]). Le changement climatique pourrait également multiplier par cinq la fréquence des sécheresses pluriannuelles longues5 (Wu et al., 2022[90]).
Par ailleurs, la concomitance croissante des vagues de chaleur et des déficits extrêmes de précipitations devrait accentuer le risque de sécheresses éclair. Ces phénomènes sont particulièrement inquiétants, car ils apparaissent soudainement, sans beaucoup de signes avant-coureurs, ce qui les rend difficiles à prévoir et à gérer. En se basant sur les tendances de la période 2000-20, la fréquence des sécheresses éclair devrait augmenter d’environ 20 % en Europe, en Indonésie et en Chine, et jusqu’à 25 % en Amérique latine et en Amérique du Nord d’ici 2100 (par rapport à 2015) dans le scénario d’émissions modérées SSP2-4.5 (Christian et al., 2023[91]).
À mesure que la situation de sécheresse empirera, la population humaine et les terres agricoles seront de plus en plus exposées à des conditions de sécheresse moyennes et extrêmes. À l’horizon 2050, plus de 1.6 milliard de personnes – dont près de 20 % de la population africaine – seront exposées à des sécheresses graves et extrêmes (Thow et al., 2022[92]), ce qui obligera potentiellement jusqu’à 700 millions de personnes à migrer d’ici 2030 (CNULCD, 2022[93]). Dans un scénario de réchauffement de 2 °C, la population mondiale exposée à des sécheresses agricoles chaque année sera multipliée par plus de trois (Lange et al., 2020[94]). En outre, d’ici la fin du siècle, la surface des terres exposées aux sécheresses éclair chaque année pourrait augmenter de 20 % en Amérique du Nord et de 30 % en Europe dans un scénario de réchauffement modéré (SSP2-4.5) (Christian et al., 2023[91]).
De manière générale, le changement climatique creusera les inégalités en matière d’exposition aux sécheresses, accentuant le risque de sécheresse dans les régions qui sont déjà fortement éprouvées. Le bassin méditerranéen, le sud de l’Amérique du Nord, l’Amérique latine, l’Afrique australe et certaines parties de l’Australie, régions aujourd’hui exposées aux sécheresses (voir section 2.2), devraient subir encore plus fréquemment des sécheresses graves d’ici 2050 et 2100 dans un scénario d’émissions modérées (SSP2-4.5) (Graphique 2.16).
Graphique 2.16. Évolution projetée des conditions mondiales de sécheresse d’ici 2050 et 2100
Copier le lien de Graphique 2.16. Évolution projetée des conditions mondiales de sécheresse d’ici 2050 et 2100Valeurs annuelles moyennes de l’indice SPEI pour 2050 et 2100 dans un scénario d’émissions modérées (SSP2-4.5) par rapport à la période de référence de 1995-2014
Note : Les valeurs indiquées sur ce graphique correspondent à la moyenne des valeurs annuelles médianes de l’indice SPEI pour chaque point projetées par l’ensemble de modèles pour les périodes 2036-64 (2050) et 2071-99 (2100).
Source : Travaux des auteurs d’après les données de la Banque mondiale (2024[95]).
2.4.2. Impacts prévus sur l’humidité des sols, le niveau des nappes phréatiques et le débit des cours d’eau
Malgré une hausse attendue des précipitations moyennes mondiales, la sévérité des sécheresses agricoles, caractérisées par l’aggravation du déficit hydrique des sols, devraient nettement augmenter (Graphique 2.17). D’ici le milieu du siècle, la baisse de l’humidité des sols pourrait toucher près de 70 % de la surface terrestre mondiale dans un scénario d’émissions modérées (SSP2-4.5) par rapport aux niveaux préindustriels. Outre les régions les plus touchées par la sécheresse indiquées dans le paragraphe précédent, l’Inde, les États-Unis, l’Europe, l’est de la Russie et la Chine devraient également observer une diminution sensible de l’humidité de leurs sols. Même dans les régions où les sécheresses météorologiques devraient s’intensifier, comme le bassin méditerranéen et l’Amérique du Sud, les répercussions des sécheresses sur l’agriculture pourraient être encore plus graves en raison de la diminution rapide de l’humidité des sols (Gimeno‐Sotelo et al., 2024[96]).
Graphique 2.17. Évolution projetée des conditions moyennes de sécheresse agricole au fil du temps
Copier le lien de Graphique 2.17. Évolution projetée des conditions moyennes de sécheresse agricole au fil du tempsAnomalie annuelle moyenne normalisée d’humidité des sols de surface en 2000, 2050 et 2100 dans un scénario d’émissions modérées (SSP2-4.5) par rapport à la période de référence de 1850-1949
Note : Le graphique indique le niveau d’humidité des sols entre 0 et 30 centimètres de profondeur. Les valeurs indiquées correspondent aux moyennes des anomalies médianes annuelles aux points de grille prévues par l’ensemble des modèles pour les périodes 2000-20 (2000), 2036-64 (2050) et 2071-99 (2100).
Source : Travaux des auteurs d’après les données de Cook et al. (2020[86]).
Le changement climatique devrait également entraîner une baisse du niveau des nappes phréatiques et du débit des cours d’eau dans de nombreuses régions, même si les projections restent incertaines en raison de la variabilité des tendances relatives aux prélèvements et à l’utilisation d’eau. La plupart des nappes devraient voir leur niveau baisser (Amanambu et al., 2020[97]), avec des taux d’épuisement qui pourraient doubler d’ici à 2100 par rapport aux tendances du début du XXIe siècle (Wada, 2015[98]). De même, si les projections concernant le débit des cours d’eau varient selon les modèles, la plupart anticipent une augmentation au Canada et en Europe du Nord, mais une diminution dans la région méditerranéenne et en Afrique australe (GIEC, 2022[46]).
Si les modèles climatiques indiquent clairement une tendance à la hausse des risques de sécheresse, d’importantes incertitudes subsistent. L’une des principales sources d’incertitude est l’importante variabilité des projectiosn entre les différents modèles et scénarios d’émissions (GIEC, 2023[99]). Par exemple, les projections relatives à l’humidité des sols pour 2050 et 2100 révèlent des variations régionales considérables entre les scénarios SSP1-2.6 et SSP3-7.0 (Graphique 2.18). Cet aspect souligne la complexité des interactions entre le changement climatique, ses impacts locaux et les politiques de gestion de l’eau. La multitude de définitions et d’indicateurs utilisés pour évaluer la sécheresse, la quantité limitée de données rétrospectives disponibles pour étalonner les modèles et la diversité des méthodes statistiques employées pour élaborer les modèles (voir (Gimeno‐Sotelo et al., 2024[96]) pour plus de détails), ainsi que l’inconnu entourant les futures politiques et pratiques de gestion de l’eau, constituent autant de sources addtionnelles d’incertitudes sur le futur des sécheresses.
Graphique 2.18. Évolution projetée des conditions de sécheresse dans les différents scénarios climatiques
Copier le lien de Graphique 2.18. Évolution projetée des conditions de sécheresse dans les différents scénarios climatiquesVariation en pourcentage de l’humidité moyenne des sols de surface d’ici 2050 et 2100 dans un scénario de faibles émissions (SSP1-2.6) et un scénario d’émissions élevées (SSP3-7.0) par rapport à un scénario d’émissions modérées (SSP2-4.5)
Note : Les valeurs indiquées correspondent au ratio entre les moyennes des anomalies médianes annuelles aux points de grille prévues par l’ensemble de modèles pour les périodes 2036-64 (2050) et 2071-99 (2100) dans les scénarios SSP1-2.6 ou SSP3-7.0 et SSP2-4.5.
Source : Travaux des auteurs d’après les données de Cook et al. (2020[86]).
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. L’évapotranspiration fait référence à la perte d’eau qui se produit sous l’effet combiné de l’évaporation – c’est-à-dire le transfert d’eau liquide contenu dans le sol, les cours d’eau et les lacs vers l’atmosphère – et de la libération de vapeur d’eau par les plantes.
← 2. Dans le contexte de cette analyse, les déficits extrêmes de précipitations sont définis comme les années où les précipitations annuelles totales sont inférieures au 10e centile des niveaux de la période 1950-2000.
← 3. L’irrigation représente environ 72 % du volume mondial d’eau prélevée, suivie par les usages industriels (16 %) et les usages domestiques et municipaux (13 %) (Nations Unies, 2024[100]).
← 4. Il convient d’interpréter l’évolution de la surface des zones humides avec prudence, étant donné que l’essentiel de la perte observée correspond à une conversion de ces zones en terrains boisés entre ces périodes. Dans certains cas, les définitions des zones humides et des forêts se chevauchent, rendant la distinction entre les deux ambiguë.
← 5. Wu et al. (2022[90]) définissent les sécheresses pluriannuelles longues comme des sécheresses qui durent plus de dix ans.