Les sécheresses deviennent de plus en plus fréquentes et intenses au niveau mondial. La nouvelle analyse de l’OCDE présentée dans ce rapport montre que la superficie terrestre mondiale concernée par les sécheresses a doublé entre 1900 et 2020 et qu’une augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces phénomènes a été relevée sur 40 % du globe au cours des dernières décennies. Un grand nombre des sécheresses les plus extrêmes ayant été enregistrées au cours de l’histoire ont eu lieu ces dernières années, comme la sécheresse qui dure depuis 20 ans au Mexique, ou encore la sécheresse dévastatrice qui a sévi en Europe et aux États-Unis en 2022.
L’accroissement du risque de sécheresse est dû à une combinaison de multiples facteurs, dont le principal est le changement climatique. La hausse des températures accroît l’évaporation, perturbe les régimes des précipitations et réduit la couverture neigeuse ainsi que les réserves glaciaires. Ainsi, le changement climatique a rendu jusqu’à 20 fois plus probable la survenue de la sécheresse de 2022 en Europe, et a accru de 42 % l’intensité de la sécheresse qui sévit actuellement en Amérique du Nord. D’après les projections, en supposant une hausse des températures de 4 °C, les sécheresses pourraient devenir jusqu’à sept fois plus fréquentes et plus intenses que dans un scénario sans changement climatique.
Les activités humaines telles que la déforestation, l’étalement urbain et les pratiques agricoles non durables accentuent le risque de sécheresse en dégradant les écosystèmes et les ressources en eau. L’irrigation représente 70 % des prélèvements d’eau à l’échelle mondiale et peut, lorsqu’elle est pratiquée de façon non durable, accroître jusqu’à trente fois la raréfaction de cette ressource dans certaines régions. Le développement urbain participe à l’imperméabilisation des sols, réduisant ainsi les infiltrations d’eau et la recharge des nappes phréatiques dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Ces défis vont continuer à exacerber les pressions climatiques existantes, constituant une menace supplémentaire pour la disponibilité en eau douce.
Les sécheresses perturbent la disponibilité en eau douce, avec des répercussions considérables sur les écosystèmes qui en dépendent. Une nouvelle étude de l’OCDE montre que, depuis 1980, l’humidité moyenne des sols a diminué significativement sur 37 % de la surface terrestre mondiale. Le niveau des eaux souterraines est également en baisse à l’échelle mondiale – un recul étant observé sur 62 % des nappes phréatiques examinées – et de nombreux cours d’eau du monde entier voient leur débit moyen diminuer. Cette détérioration de la disponibilité en eau accélère la dégradation des sols et a des effets néfastes sur les écosystèmes comme les forêts et les zones humides, avec des conséquences sur la biomasse et la répartition des végétaux. Cela menace la biodiversité et perturbe les services écosystémiques de base (dont la purification de l’eau et la séquestration du carbone), augmentant par là- même les risques de sécheresse futurs du fait du dysfonctionnement des boucles de rétroaction.