Ce chapitre décrit les impacts économiques, sociaux et environnementaux des sécheresses et met en évidence l’étendue et l’imbrication de leurs répercussions. Il montre comment les sécheresses impactent l’agriculture mais aussi d’autres secteurs économiques tels que l’énergie et les transports, entraînant une instabilité macroéconomique et des préjudices économiques importants. Au-delà des effets sur l’économie, le chapitre explore également les incidences potentielles des sécheresses extrêmes sur les écosystèmes ainsi que les tensions sociales qu’elles peuvent exacerber. S’appuyant sur des études existantes et de nouvelles analyses de données de l’OCDE, il souligne l’ampleur des conséquences des sécheresses et la nécessité de mettre en place des stratégies de résilience proactives.
Perspectives mondiales des sécheresses
3. Impacts et coûts des sécheresses
Copier le lien de 3. Impacts et coûts des sécheressesDescription
3.1. Introduction
Copier le lien de 3.1. IntroductionLes sécheresses ont des conséquences profondes et extrêmement diverses sur l’environnement, l’économie et la société. Elles frappent très lourdement la végétation et la faune sauvage, bouleversant les processus écosystémiques et menaçant la biodiversité. Dans la sphère économique, les sécheresses peuvent grever l’activité de secteurs très consommateurs d’eau comme l’agriculture, la production d’électricité et le transport fluvial. Dans les régions fortement tributaires de l’agriculture, les pénuries d’eau provoquées par les sécheresses pèsent sur les performances macroéconomiques et touchent de façon disproportionnée les groupes socioéconomiques les plus vulnérables. Outre leurs impacts économiques, les épisodes de sécheresses sévères mettent en péril la sécurité alimentaire et hydrique, une composante primordiale du bien-être social et de la stabilité économique. Ces situations peuvent générer de l’inconfort et des troubles sociaux, susceptibles de menacer la stabilité politique et la cohésion sociale. De ce fait, les impacts des sécheresses débordent souvent des frontières nationales, contribuant à accroître les flux migratoires et alimentant les conflits.
L’équilibre des écosystèmes est intrinsèquement lié aux disponibilités en eau et donc particulièrement vulnérable aux effets des sécheresses. Les sécheresses perturbent la végétation d’écosystèmes cruciaux tels que les forêts et les zones humides, dont elles amoindrissent ainsi la capacité à capter et stocker le carbone. Le rôle de ces écosystèmes dans la régulation du climat s’en trouve à son tour affaibli. Les sécheresses représentent également un danger pour les espèces indigènes, souvent contraintes de migrer ou de s’adapter pour survivre. Les situations de sécheresse peuvent en outre favoriser la prolifération d’espèces envahissantes, déréglant encore davantage l’équilibre écologique et menaçant la biodiversité dans des couloirs écologiques essentiels.
Les effets néfastes des sécheresses sur les écosystèmes ont des retombées économiques majeures. L’agriculture est particulièrement touchée : les sécheresses entraînent des pertes importantes tant en termes de quantité que de qualité des récoltes. Ces pertes font grimper les prix alimentaires, qui se répercutent à leur tour dans d’autres domaines de l’économie. Les sécheresses perturbent aussi les procédés industriels dépendants de l’eau, conduisant à un renchérissement des coûts de production pour d’autres secteurs critiques comme le transport fluvial, la production d’électricité, le secteur manufacturier et les industries extractives. Compte tenu de la place centrale que ces secteurs occupent dans beaucoup d’économies, des sécheresses prolongées et intenses peuvent avoir des répercussions économiques considérables. Sur le plan macroéconomique, elles peuvent amener des pressions inflationnistes, des récessions, un ralentissement de la croissance du PIB à long terme, des pertes d’emplois, ainsi que des déficits budgétaires importants lorsque des fonds publics doivent être alloués à des secours d’urgence ou à la restauration d’infrastructures.
Les sécheresses ont une incidence non seulement sur des indicateurs économiques concrets, mais aussi sur la cohésion sociale et la dynamique géopolitique, souvent de façon difficilement quantifiable. En menaçant la sécurité alimentaire et hydrique – deux piliers de la stabilité sociale –, les sécheresses aggravent les inégalités et les tensions sociales. Des épisodes de sécheresse prolongés réduisent sensiblement le bien-être humain, amplifient les disparités spatiales et de revenu et peuvent obliger des communautés à partir s’installer ailleurs. Ces dynamiques risquent d’affaiblir les institutions politiques, d’ébranler la confiance sociale et de diminuer la participation citoyenne, autant de facteurs d’instabilité politique. Bien que les preuves scientifiques ne soient pas encore probantes sur l’ampleur exacte de ces effets, un nombre croissant d’études les jugent significatifs et susceptibles de persister dans le temps. Au niveau international, les sécheresses peuvent accentuer la concurrence pour l’accès aux ressources en eau transfrontalières et contribuer à amplifier les migrations transnationales, avec un risque de durcissement des tensions géopolitiques.
Les impacts et les coûts des sécheresses, d’après les projections, sont appelés à s’intensifier sous l’effet du changement climatique. Le réchauffement planétaire devrait accroître la fréquence, la durée et la gravité des sécheresses dans beaucoup de régions, ce qui accentuera les vulnérabilités existantes (voir le chapitre 2). Dans un contexte de multiplication des phénomènes de sécheresse extrême, l’augmentation des pertes agricoles est une éventualité plus que probable. Les prix agricoles pourraient alors devenir plus instables, et la production énergétique et les procédés industriels seront davantage mis en difficulté. Les conséquences socioéconomiques s’aggraveront également, avec des risques accrus de déplacements, d’accroissement des inégalités et d’instabilité politique. Pour empêcher cette escalade, il est urgent d’intégrer la résilience aux sécheresses dans les stratégies d’adaptation au changement climatique, en veillant à ce que les mesures prises tiennent compte des risques croissants liés au changement climatique.
Dans ce contexte, il est primordial de comprendre et quantifier les répercussions environnementales, sociales et économiques des sécheresses pour pouvoir anticiper et prendre des mesures pertinentes. Contrairement aux catastrophes survenant brusquement, comme les inondations, les sécheresses sont des phénomènes progressifs qui posent des difficultés particulières en matière d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Leur durée prolongée et leurs effets en cascade peuvent aboutir à des conséquences complexes de grande envergure qui ne sont pas encore pleinement comprises, notamment lorsqu’on les compare aux impacts immédiats d’autres phénomènes climatiques plus soudains. Il est donc essentiel d’avoir une meilleure compréhension de ces conséquences pour être à même de concevoir des stratégies d’adaptation plus ciblées, permettant aux responsables publics de choisir les mesures les plus appropriées pour réduire la vulnérabilité et bâtir une résilience durable (voir le chapitre 4). De plus, la quantification des impacts économiques et sociaux des sécheresses est utile pour assurer une allocation plus équitable et efficiente des ressources dans le cadre des politiques d’adaptation. Enfin, la diffusion de données sur l’exposition et la vulnérabilité aux sécheresses est susceptible d’encourager l’engagement citoyen, de renforcer la confiance dans les institutions et de soutenir les efforts collectifs déployés face à ces enjeux.
Le présent chapitre sert ces objectifs en rassemblant des données factuelles sur les impacts des sécheresses sur les écosystèmes (section 3.2), sur l’économie (section 3.3) et sur la société (sections 3.3 et 3.4). La section 3.2 analyse la manière dont différentes variables en rapport avec la sécheresse, comme la diminution de l’humidité des sols, la baisse des précipitations et la hausse du stress thermique, se répercutent sur la biodiversité végétale et animale. La section 3.3 explore les coûts économiques des sécheresses en répertoriant les pertes et préjudices causés par les épisodes de sécheresse passés, tels que décrits dans la littérature scientifique et les publications de diverses organisations. Elle utilise également plusieurs indicateurs pour analyser l’impact des sécheresses sur le PIB, le revenu agricole et la productivité des secteurs très consommateurs d’eau. Enfin, la section 3.4 résume les résultats issus de publications récentes relatives aux impacts sociaux des pénuries d’eau causées par des sécheresses, notamment leurs incidences sur les troubles sociaux, la stabilité politique et les migrations internationales.
3.2. Impacts des sécheresses sur les écosystèmes
Copier le lien de 3.2. Impacts des sécheresses sur les écosystèmesParce que les sécheresses déstabilisent les écosystèmes en modifiant les régimes des précipitations, l’humidité des sols ainsi que le niveau des eaux de surface et des nappes souterraines, elles constituent pour l’environnement un facteur de stress parmi les plus redoutables. Les périodes sèches prolongées ont des conséquences d’une immense portée et peuvent toucher gravement la végétation, la faune sauvage et la qualité de l’eau. Cette section passe en revue les principaux impacts des sécheresses sur l’environnement et examine la manière dont elles bouleversent l’équilibre délicat des systèmes naturels et les transforment.
3.2.1. Impact des sécheresses sur la végétation
Les sécheresses provoquent d’importants changements tant dans le cycle de vie des végétaux que dans leur morphologie. Tout d’abord, des sécheresses intenses peuvent raccourcir la durée de vie d’un certain nombre d’espèces en réduisant leur probabilité de survie pendant ces épisodes. En second lieu, les sécheresses entraînent souvent une diminution de la taille générale des végétaux. De nombreuses études montrent que les effets d’un manque d’eau sur la taille des végétaux ne sont pas linéaires et varient considérablement d’une espèce à l’autre. Par ailleurs, à mesure que l’eau se raréfie, les végétaux ont tendance à réaffecter de la biomasse depuis leurs tiges et leurs feuilles vers leurs racines afin d’améliorer l’absorption de l’eau (Eziz et al., 2017[1])1.
Plus une sécheresse dure, plus elle a d’impact sur la végétation. La biomasse végétale (c’est-à-dire la quantité globale) et les taux de survie décroissent de façon non linéaire à mesure qu’une sécheresse se prolonge. Une méta-étude publiée par Garssen, Verhoeven et Soons (2014[2]) montre que des épisodes supérieurs à 30 jours peuvent entraîner des réductions significatives de la taille des végétaux. Dans la plupart des études qu’ils analysent, au moins 50 % de la biomasse végétale est perdue pendant les sécheresses qui durent entre 40 et 80 jours. En outre, au-delà d’un mois, les épisodes de sécheresse peuvent fortement réduire la probabilité de survie des végétaux, en particulier en cas de sécheresse intense. Par exemple, la probabilité de survie d’une plante exposée à une sécheresse modérée pendant 30 jours est égale à 75 % de celle d’une plante non exposée à une sécheresse, et atteint 32 % en cas de sécheresse grave.
Les plantes herbacées sont beaucoup plus sensibles aux sécheresses que les végétaux ligneux. Wilschut et al. (2022[3])2 ont comparé la biomasse aérienne (c’est-à-dire la biomasse des tiges et des feuilles) de végétaux exposés à des sécheresses à celle de végétaux non exposés. Ils ont observé que la biomasse aérienne des végétaux exposés était inférieure à celles des végétaux non exposés, et qu’une baisse des précipitations augmentait cet écart. Surtout, l’étude indique que les interactions entre température et sécheresse sont bien plus importantes chez les plantes herbacées que chez les végétaux ligneux. Les résultats de l’étude menée par l’OCDE dans le cadre du présent rapport, exposés ci-après, vont également dans ce sens.
Des baisses de l’humidité des sols (voir le chapitre 2) peuvent fragiliser la santé des plantes et réduire la biomasse végétale dans tous les types d’écosystèmes. Selon de nouvelles analyses économétriques réalisées par l’OCDE pour les besoins du présent rapport, même si les terres cultivées sont les plus gravement touchées en cas d’humidité des sols réduite, les forêts et les zones humides en pâtissent aussi de manière significative3. Cette observation rejoint les résultats de travaux avançant que les végétaux ligneux seraient moins vulnérables aux sécheresses que les végétaux herbacés (Wilschut et al., 2022[3]). Le Graphique 3.1 illustre la corrélation négative entre les anomalies d’humidité des sols et la productivité végétale dans les terres cultivées, les forêts et les zones humides.
Les effets des sécheresses sur la végétation peuvent varier d’une année sur l’autre et persister dans le temps. Les répercussions des sécheresses sur la productivité végétale se sont révélées plus importantes pendant la période 2006‑2010 et moindres durant les années suivantes. Les niveaux de végétation peuvent être influencés par des chocs d’humidité des sols survenus jusqu’à deux ans auparavant. Ce schéma semble se vérifier particulièrement dans les forêts et les zones humides, où les cycles de végétation sont longs et moins touchés par les activités humaines. Si les effets différés des baisses de l’humidité des sols survenues les années précédentes sont sensiblement moindres – environ dix fois plus faibles – que les effets ressentis la même année, cet écart se resserre dans les forêts et les zones humides. Dans ces écosystèmes, le ratio effets de l’année/effets de l’année précédente chute à 6 dans les forêts et à 4 dans les zones humides, preuve d’une vulnérabilité plus forte aux effets persistants des sécheresses. Contrairement aux végétaux cultivés, qui sont généralement récoltés dans l’année, la végétation des forêts et des zones humides touchée par les sécheresses a davantage de probabilités de rester en place et de continuer à présenter du stress. Dans le cas de chocs d’humidité des sols survenus deux ans avant ou plus, aucun effet significatif n’est observé sur la productivité végétale actuelle.
Graphique 3.1. Anomalies d’humidité des sols et leurs impacts sur la productivité végétale
Copier le lien de Graphique 3.1. Anomalies d’humidité des sols et leurs impacts sur la productivité végétale
Note : Dans les trois diagrammes ci-dessus, chaque point représente la productivité de la biomasse normalisée (axe vertical) et le choc négatif normalisé d’humidité des sols (axe horizontal) dans une région d’Europe NUTS 3 au cours de la même année. Les droites ajustées illustrent la relation statistique estimée entre la productivité de la biomasse et l’humidité des sols au cours de la même année. Pour les détails techniques, se reporter à Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]).
Source : Travaux des auteurs, d’après les données de l’AEE (2024[5]).
Outre le taux d’humidité des sols, les précipitations et leur variabilité ont un impact important sur les terres cultivées au regard de de la croissance des cultures, de la stabilité des rendements et du calendrier des semences ou plantations et des récoltes (Graphique 3.2). Elles aggravent également le stress lié à la sécheresse lorsque le régime des précipitations devient instable4. Toutefois, l’impact de précipitations supplémentaires varie selon les régions : il est beaucoup plus fort dans les régions où la pluviométrie est insuffisante, plus faible dans les régions relativement humides, et négatif dans les zones très pluvieuses. Le type de végétaux cultivés et leurs besoins en eau jouent aussi un rôle déterminant. Ces constats rejoignent ceux de plusieurs études révélant des effets non linéaires des précipitations sur le volume des récoltes, en particulier Damania, Desbureaux et Zaveri (2020[6]). Enfin, la variabilité des précipitations peut avoir plus d’importance que leur quantité totale, car des pluies fortes ont des conséquences négatives majeures sur la végétation tant des forêts que des terres cultivées. De fait, dix jours de précipitations intenses peuvent causer autant de dommages qu’une baisse notable de l’humidité des sols.
Graphique 3.2. Relation entre pluviométrie et productivité végétale
Copier le lien de Graphique 3.2. Relation entre pluviométrie et productivité végétaleCorrélations entre pluviométrie annuelle et productivité de la biomasse aérienne
Note : Les diagrammes du haut montrent la corrélation entre les anomalies de productivité végétale et les précipitations totales. Les diagrammes du bas illustrent la corrélation avec les jours de fortes précipitations. La corrélation entre productivité végétale et pluviométrie est plus forte sur les terres cultivées que dans les forêts et les zones humides. Les phénomènes pluvieux extrêmes sont exclus du graphique dans la mesure où leurs schémas de corrélation se rapprochent de ceux observés pour de fortes précipitations. Pour les détails techniques, se reporter à Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]).
Source : Travaux des auteurs, d’après les données de l’AEE (2024[5]).
Les impacts des sécheresses sur les cultures sont aggravés en cas de stress thermique. Par exemple, dans une situation de sécheresse extrême, un degré supplémentaire de température peut abaisser de plus de 9 % les rendements de maïs et de blé (Matiu, Ankerst et Menzel, 2017[7]). Le stress thermique, qui accompagne souvent les sécheresses, produit sur les cultures, les forêts et les zones humides des effets variables selon les régions. En règle générale, les terres cultivées d’Europe du Nord se révèlent plus vulnérables aux températures supérieures à 32 C que celles d’Europe du Sud, ce qui s’explique par des différences systématiques dans les espèces cultivées et leur résilience à la chaleur. Un stress thermique élevé a des effets néfastes sur la végétation des terres cultivées et des zones humides dans toutes les régions, ainsi que sur celle des forêts dans la plupart des régions.
Graphique 3.3. Estimations des pertes de récoltes dues à des anomalies d’humidité des sols
Copier le lien de Graphique 3.3. Estimations des pertes de récoltes dues à des anomalies d’humidité des sols
Note : Une gravité relative de la sécheresse de 50 % désigne les conditions moyennes, 75 % correspond à une année parmi les 25 % les plus sèches, 90 % à une année parmi les 10 % les plus sèches, 95 % à une année parmi les 5 % les plus sèches, et 99 % à une année parmi les 1 % les plus sèches. Les résultats complets sont présentés dans Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]). Cette analyse repose sur les données de la productivité des cultures provenant de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, 2024[8]) pour la période 1961‑2022, combinées aux estimations économétriques calculées par l’OCDE à partir des données de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE, 2024[5]).
Source : Travaux des auteurs, d’après l’analyse de l’OCDE présentée dans Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]).
Les effets anticipés des sécheresses sur la production végétale sont très nets, les cultures les plus étudiées comprenant notamment le blé, le riz et le maïs. Zhang et al. (2018[9]) ont rassemblé des estimations tirées de 55 et 60 études primaires sur le riz et le blé, respectivement, qui analysent les conséquences des sécheresses sur la biomasse aérienne, la hauteur et les rendements du riz et du blé. Ils arrivent aux chiffres suivants pour la perte moyenne de biomasse causée par un épisode de sécheresse : 25 % pour le blé et 27.5 % pour le riz ; les baisses de rendement correspondantes s’élèvent à 25.2 % et 25.4 %. En prenant en compte l’intensité des sécheresses, Zhang et al (2018[9]) montrent que les pertes de biomasse pour les deux cultures sont inférieures à 13 % en cas d’épisode de sécheresse modérée, et supérieures à 34 % lors d’épisodes graves. Rejoignant les publications sur le sujet, les estimations de l’OCDE indiquent que les sécheresses pourraient peser notablement sur la productivité de la plupart des cultures (Graphique 3.3). Par rapport à l’année où l’humidité des sols est à son niveau moyen, les quantités produites une année parmi les 25 % plus sèches sont en moyenne 6.3 % moindres. Ces pertes passent progressivement à 12 %, 15.5 % et 21.9 % les années faisant partie des 10 %, 5 % et 1 % années les plus sèches, respectivement, avec des répercussions profondes sur la production végétale et la sécurité alimentaire.
Les impacts des sécheresses sur les cultures sont pour une bonne part incertains et hétérogènes. Durant les 10 % de saisons les plus sèches, les pertes attendues pourraient aller de 5 % à 22 % selon les cultures. D’après les estimations économétriques les plus optimistes, néanmoins, les pertes s’établiraient entre 3.6 % et 15.4 %, tandis que les estimations les plus élevées seraient comprises entre 6.4 % et 27.8 %. La plus importante source d’incertitude est le volume de la sécheresse (choc d’humidité). Le fait de passer d’une année parmi les 25 % les plus sèches à une année parmi les 5 % les plus sèches augmente la plage des pertes anticipées, la faisant passer de 2.6‑11.4 % dans le premier cas, à 9.1‑39.3 % dans le second. Les immenses répercussions des sécheresses sur le secteur agricole sont étudiées à la section 3.3.1.
Dans la mesure où la production de bois s’apparente à de la production culturale, l’analyse réalisée ici pour les terres cultivées pourrait être reproduite pour estimer l’impact d’un épisode de sécheresse sur la production de bois. Toutefois, seule une petite partie de la biomasse aérienne présente dans les forêts et les zones humides revêt un caractère commercial. Cette biomasse a en effet pour fonctions premières de fournir des services écosystémiques et de stocker le carbone. En ce sens, l’analyse exposée dans cette section pourrait utiliser des données primaires mesurant la biomasse des forêts et des zones humides (par exemple, par unité de surface couverte par les forêts et les zones humides), ainsi que leur variance dans le temps. Il pourrait ainsi être possible de convertir les effets estimés, exprimés en écarts types, en pourcentages de biomasse perdue à cause d’un épisode de sécheresse.
3.2.2. Impact des sécheresses sur la faune
Les effets des sécheresses sur les populations animales sont hautement variables selon les écosystèmes et les espèces. Une baisse de la disponibilité en eau de surface influe directement sur les taux de reproduction et les probabilités de survie, avec des retombées indirectes généralement tout le long de la chaîne alimentaire. Le premier niveau d’impact part des perturbations causées à la végétation (voir la section 3.2.1), qui se répercutent sur les herbivores, les omnivores et les carnivores. Par ailleurs, la diminution des disponibilités en eau et en nourriture induite par la sécheresse peut entraîner une compétition accrue, une perte d’habitats et des taux de mortalité en hausse, propres à déstabiliser davantage les écosystèmes. Des années peuvent s’écouler avant que toutes les conséquences d’un épisode de sécheresse sur la faune se matérialisent, car elles se manifestent progressivement au fil du temps.
La sensibilité d’une espèce aux sécheresses apparaît étroitement liée à sa dépendance à l’abondance de la ressource en eau. Les écosystèmes aquatiques sont particulièrement vulnérables aux situations de sécheresse : durant les périodes sèches prolongées, on observe d’importants déclins des stocks halieutiques et des autres faunes aquatiques. En revanche, les espèces terrestres et arboricoles montrent généralement une plus grande résilience, même si elles demeurent touchées par les conséquences à long terme des sécheresses prolongées. Par exemple, Bodmer et al. (2018[10]) se sont intéressés aux effets produits par la sécheresse de 2010 sur les populations animales en Amazonie, plus précisément sur les espèces terrestres, arboricoles et aquatiques vivant dans les forêts inondées. Leur étude a révélé des déclins importants de la faune aquatique, de 12 % pour les stocks halieutiques et de 45 % pour les dauphins roses de l’Amazone. À l’inverse, les populations d’espèces terrestres et arboricoles n’ont présenté aucun déclin significatif pendant cette période. Les populations aquatiques n’ont commencé à se rétablir qu’après deux années d’inondations intensives, preuve des effets prolongés des sécheresses sur les espèces et les écosystèmes dépendants de l’eau.
Les différences de comportement alimentaire ont une forte influence sur la sensibilité des animaux aux sécheresses, même entre espèces étroitement liées. Par exemple, les rhinocéros blancs apparaissent plus vulnérables aux sécheresses que les rhinocéros noirs (Ferreira, le Roex et Greaver, 2019[11]). Ils se distinguent principalement par leurs habitudes alimentaires : les rhinocéros blancs sont des animaux paisseurs, c’est-à-dire qu’ils se nourrissent essentiellement d’herbe et de plantes poussant au ras du sol, qui se raréfient en période de sécheresse. Les rhinocéros noirs, eux, sont des brouteurs : ils se nourrissent de feuilles, de pousses et de petites branches qu’ils arrachent des arbustes et des arbres, souvent plus en hauteur. De ce fait, les espèces herbivores brouteuses sont plus aptes à faire face à la pénurie de nourriture causée par une sécheresse.
Malgré ces chiffres, de nombreuses interrogations demeurent sur les effets potentiels d’un épisode de sécheresse sur différentes espèces, faute de connaissances sur le sujet. Prugh et al. (2018[12]) ont étudié l’impact de la grave sécheresse survenue en Californie entre 2012 et 2015 sur 423 espèces, comprenant des arthropodes, des oiseaux, des reptiles et des mammifères. Ils ont conclu que la sécheresse avait très probablement réduit la population de 25 % des espèces étudiées, et augmenté la population de 4 % de ces espèces. L’évolution des populations observée dans les 71 % d’espèces restantes n’était pas suffisamment marquée pour être attribuée à l’épisode de sécheresse. De manière générale, la dynamique des populations de nombreuses espèces avant et après une sécheresse, en lien avec les facteurs environnementaux susceptibles d’être également altérés, reste encore peu étudiée. Ce type d’études pourrait pourtant apporter des éclairages importants sur la fragilité des espèces animales durant des épisodes de sécheresse de durée et d’intensité diverses.
3.2.3. Impact des sécheresses sur la qualité de l’eau et la dégradation des sols
Impacts sur la qualité de l’eau
En réduisant la quantité d’eau douce contenue dans les entités hydrologiques, les sécheresses diminuent la capacité de dilution des milieux aquatiques, ce qui favorise la concentration en polluants, en éléments nutritifs ou pathogènes, en sel et en métaux lourds, que ce soit dans les lacs, les rivières ou autres masses d’eau douce (Mosley, 2015[13]). Durant la sécheresse de 2018 en Europe, par exemple, la concentration en résidus de produits pharmaceutiques dans le Rhin et la Meuse a augmenté jusqu’à 30% (Wolff et van Vliet, 2021[14]). De même, la sécheresse qui a frappé Salamanque (Espagne) en 2005‑2006 a fortement augmenté les niveaux de pollution des eaux souterraines, avec une multiplication par quatre du nombre d’échantillons d’eau ayant dépassé les normes de potabilité pour l’arsenic (García-Prieto et al., 2012[15]). En Allemagne et en Pologne également, les sécheresses consécutives ont aggravé les effets de la pollution industrielle dans l’Oder et conduit à un effondrement écologique majeur en 2022 (CCR, 2023[16]).
Les niveaux élevés de contamination des eaux diminuent à leur tour les volumes d’eau douce pouvant être utilisés sans risque pour la santé. Ce phénomène a été observé par exemple au Danemark, où de fortes concentrations en polluants et en nutriments ont amené à fermer 30 % des puits existants (AEE, 2017[17]). Des sécheresses prolongées peuvent aussi accentuer la salinisation des aquifères côtiers, représentant un potentiel risque pour la santé humaine, les écosystèmes aquatiques et la fiabilité des approvisionnements en eau. À titre d’exemple, les niveaux de salinité élevés dans le Colorado se sont traduits par une baisse des rendements agricoles et des dommages aux infrastructures, causant 348 millions USD de préjudices par an (Miller et al., 2024[18]). Les projections indiquent que la pollution de l’eau contribuera à intensifier les pénuries hydriques à l’échelle mondiale d’ici 2050, complexifiant davantage la question de la sécurité d’accès la ressource en eau dans les zones vulnérables à la sécheresse (voir le chapitre 4).
Enfin, la baisse des niveaux d’eau douce provoquée par les sécheresses, conjuguée à la hausse des températures moyennes et extrêmes, entraîne un réchauffement des cours d’eau et des nappes souterraines. Le ralentissement des débits contribue également à augmenter la température des eaux courantes (Mosley, 2015[13]). Sur vingt études analysant l’évolution de la température des cours d’eau pendant des sécheresses au Royaume-Uni, seize font état de hausses des températures mensuelles maximales et/ou moyennes de l’eau, ayant atteint 12°C en période d’étiage par rapport à des années normales (White et al., 2023[19]).
Impacts sur la dégradation des sols
En réduisant l’humidité des sols et en affectant la biodiversité et la couverture végétale, les sécheresses contribuent considérablement à accélérer la dégradation des sols. Des périodes de sécheresses prolongées laissent les sols exposés à l’érosion éolienne et hydrique, entraînant un appauvrissement en matières organiques et en éléments nutritifs essentiels. Entre 2015 et 2019, la dégradation des sols a progressé de 4 % au niveau mondial ; elle concerne actuellement plus de 15 % des terres émergées de la planète et touche directement 1.3 milliard d’êtres humains (CLD, s.d.[20]). Ces processus réduisent la fertilité des sols ainsi que leur capacité à retenir l’eau, menaçant la pérénité du couvert végétal. Par voie de conséquence, ils aggravent les problèmes de sécurité alimentaire et hydrique mondiale, venant compliquer les difficultés évoquées à la section 3.2.1.
Par le biais de ces processus, la sécheresse peut également favoriser la désertification. La désertification est la conséquence des effets combinés de facteurs climatiques, comme une sécheresse prolongée, et d’activités humaines non durables, notamment le surpâturage, le déboisement et les pratiques non durables de gestion des sols. Elle peut entraîner un recul irréversible de la productivité des sols ayant des répercussions majeures sur les écosystèmes et les moyens de subsistance. Elle accélère l’appauvrissement de la biodiversité, intensifie la pénurie d’eau et contribue au changement climatique en diminuant la capacité des sols à piéger le carbone.
3.3. Impacts économiques des sécheresses
Copier le lien de 3.3. Impacts économiques des sécheressesLes sécheresses infligent au système économique toute une série de coûts quantifiables. Leurs effets économiques directs sont particulièrement prononcés dans le secteur agricole. À la section 3.2.1, nous avons vu que des déficits de pluviométrie et d’humidité des sols avaient un impact important sur la productivité végétale. Cette section montre comment les pertes de biomasse végétale se traduisent en diminution des rendements et des revenus agricoles (section 3.3.1). Elle examine également les conséquences des sécheresses sur deux autres secteurs de l’économie très dépendants de l’eau : le transport fluvial et la production d’électricité (section 3.3.2).
L’observation des impacts économiques des sécheresses pose plusieurs questions. En premier lieu, il est essentiel de savoir si ces impacts présentent une nette tendance à la hausse, s’ils restent constants ou diminuent, ce qui indiquerait une forme d’adaptation au changement climatique. Ensuite, si les impacts économiques augmentent, il faut se demander si cela vient d’une plus grande fréquence, d’une durée plus longue ou d’une intensité croissante des épisodes de sécheresse. La présente section apporte de nouveaux éclairages en explorant l’évolution des pertes et préjudices liés aux sécheresses dans le monde et aux États-Unis (section 3.3.3). Elle se penche aussi sur l’ampleur de l’impact des sécheresses sur le PIB (section 3.3.4).
3.3.1. Impacts sur le secteur agricole
Comme le montre de très nombreuses publications, l’impact d’une baisse des précipitations sur les volumes de récolte est considérable (Tableau 3.1). Qin et al. (2023[21]) analyse plus de 1 800 simulations tirées de 68 études de modélisation chiffrant l’impact des conditions climatiques sur les volumes de production de riz, de maïs et de blé. Il ressort de leur méta-estimation qu’un choc de pluviométrie positif de 10 % augmente le volume de récolte de plus de 4 %. Challinor et al. (2014[22]), en partant d’un nombre équivalent d’études et d’estimations primaires, arrivent à un résultat légèrement plus élevé (plus de 5 %). Wilcox et Makowski (2014[23]) calculent qu’une hausse de 10 % des précipitations a une incidence encore plus importante sur le volume de récolte (entre 7.0 % et 7.5 %), mais leur méta-analyse porte uniquement sur le blé. Les trois méta-études prennent en compte les effets correspondants de la température. Tant Wilcox et Makowski (2014[23]) que Challinor et al. (2014[22]) concluent qu’une augmentation de 1 degré Celsius de la température moyenne a des effets négatifs (‑3.3 % et ‑5.0 % respectivement). Une autre étude menée par Troy, Kipgen et Pal (2015[24]) propose des variables de contrôle plus élaborées en lien avec les sécheresses, telles que la durée des périodes sèches, l’intensité des précipitations et les précipitations maximales, mais en rapporte les effets en écarts-types.
Les méta-études se rejoignent sur l’efficacité des mesures d’adaptation adoptées en agriculture pour atténuer les effets des sécheresses. En revanche, elles divergent beaucoup sur le niveau de cette contribution : Challinor et al. (2014[22]) concluent que les stratégies d’adaptation courantes augmentent les rendements jusqu’à 15 %, tandis que Qin et al. (2023[21]) obtiennent un chiffre très supérieur (64 %).
Il existe très peu d’études analysant l’impact des indicateurs propres aux sécheresses sur les volumes de récolte. Celle de Kuwayama et al. (2019[25]) fait partie des rares études empiriques prenant en compte simultanément la présence d’un épisode de sécheresse, son intensité et sa durée, en plus des effets de la température et de la pluviométrie. Cela permet de faire la distinction entre l’effet de l’indice utilisé dans la carte de surveillance des sécheresses aux États-Unis (U.S. Drought Monitor), qui prend en considération l’humidité des sols, le débit journalier des cours d’eau et la santé de la végétation, et les autres effets de la température et de la pluviométrie. Cette carte utilise cinq niveaux de sécheresse allant de D0 à D4, D0 correspondant à une sécheresse légère et D4 à une sécheresse exceptionnelle (Graphique 3.4).
Tableau 3.1. Études sur les sécheresses, les chocs de pluviométrie et les cultures
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Étude |
Informations |
Variables prises en compte |
Principaux résultats |
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Qin et al. (2023[21]) |
Sources : méta-analyse de 68 études de modélisation publiées, chacune présentant différents résultats obtenus dans plusieurs scénarios climatiques, pour un total de 1 842 simulations Cultures : riz, maïs et blé |
Pluviométrie |
Une augmentation de 1 % des précipitations moyennes est associée à une hausse de 0.43 % des rendements agricoles (élasticité = 0.43). |
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Facteurs associés à la sécheresse |
Une augmentation de 1 % de la température maximale est associée à une hausse de 4.21 % des rendements agricoles (élasticité = 4.21). L’effet de la température minimale est non significatif. |
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Autres facteurs |
Des mesures d’adaptation font progresser les volumes de récolte de 64 %. |
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Wilcox et Makowski (2014[23]) |
Sources : méta-analyse de 90 études de simulation Cultures : blé |
Pluviométrie |
Une augmentation de 1 % des précipitations totales est associée à une hausse de 0.70 à 0.75 % des rendements agricoles. Une diminution de 1 % des précipitations totales est associée à une baisse des rendements agricoles pouvant atteindre 0.90 %. |
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Température |
Une augmentation de 1°C de la température moyenne est associée à une baisse des volumes de récolte de 3.3 %. |
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Autres facteurs |
Une augmentation de la concentration atmosphérique en CO2 de 100 parties par million (ppm) est associée à une hausse moyenne des rendements de 8 %. Des mesures d’adaptation relatives aux semis entraînent une hausse des rendements atteignant 6 %. |
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Challinor et al. (2014[22]) |
Sources : méta-analyse de 1 700 estimations publiées fondées sur des simulations Cultures : blé, riz et maïs |
Pluviométrie |
Une augmentation de 1 % des précipitations moyennes est associée à une hausse des volumes de récolte de 0.53 %. Une augmentation de 1°C de la température moyenne entraîne une baisse des volumes de récolte de 4.9 %. Une augmentation de la concentration atmosphérique en CO2 de 100 parties par million (ppm) entraîne une hausse des volumes de récolte de 6 %. Des mesures d’adaptation (changement de variété, dates de semis, irrigation, gestion des résidus) se traduisent par une hausse des rendements simulés comprise entre 7 % et 15 %. |
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Troy, Kipgen et Pal (2015[24]) |
Sources : données sur les rendements agricoles provenant du ministère de l’Agriculture des États-Unis Couverture spatiale : États-Unis Couverture temporelle : 1948-2020 Cultures : maïs, soja, blé, riz |
Pluviométrie : périodes de sécheresse(a), intensité des précipitations(b), précipitations maximales sur 5 jours(c), précipitations moyennes |
D’importantes relations d’écart type à écart type(f) sont visualisées dans le cas d’un épisode de sécheresse pour le maïs, le soja et le blé de printemps (≈-1.0), d’une baisse des précipitations totales pour le maïs et le soja (<-1.0), et des précipitations maximales sur 5 jours pour le maïs et le soja (entre 0 et +1.0). Ni l’humidité des sols, ni aucun indice propre aux sécheresses ne sont pris en compte. |
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Température : minimale, maximale, moyenne, stress thermique(d), vagues de chaleur(e) |
D’importantes relations d’écart type à écart type(f) sont visualisées dans le cas des vagues de chaleur et du stress thermique pour le maïs et le soja (entre -1 et -2). |
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Kuwayama et al. (2019[25]) |
Analyse empirique de l’effet des sécheresses sur les revenus agricoles. Sources : indice U.S. Drought Monitor Couverture spatiale : États-Unis (3 080 comtés) Couverture temporelle : 2001-2013 Cultures : maïs, soja |
Propre aux sécheresses : indice U.S. Drought Monitor |
Les élasticités ponctuelles de la production par rapport à l’exposition à des situations de sécheresse varient dans la plage (-0.012,-0.002), mais cette plage diminue à (-0.002, 0.000) quand on prend en compte la pluviométrie et les précipitations moyennes. Une baisse de la pluviométrie d’un écart type fait diminuer la production de maïs et de soja de 5.4% et 15.4% respectivement(g). L’irrigation réduit considérablement l’impact des précipitations sur la production de soja, et rend les précipitations et les indices de sécheresse statistiquement non significatifs pour la production de maïs. |
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Pluviométrie : précipitations |
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Température : jours de chaleur modérée (entre 10°C et 30°C) et extrême (plus de 30°C) |
Note : (a) période de sécheresse : nombre maximum de journées sans pluie ; (b)intensité des précipitations : précipitations moyennes les jours de pluie ; (c)pluviométrie maximale sur une période de 5 jours ; (d)stress thermique : nombre total de jours où la température dépasse 25°C ; (e)vagues de chaleur : nombre de jours consécutifs où la température dépasse d’au moins 5°C les conditions climatologiques moyennes ; (f)les estimations de type écart type à écart type mesurent l’effet d’une augmentation d’un écart type de la variable sur la variable , également mesurée en écarts types ; (g)effet calculé en utilisant les estimations, les moyennes et les écarts types publiés dans Kuwayama et al. (2019[25]).
Source : Travaux des auteurs, d’après Qin et al. (2023[21]), Wilcox et Makowski (2014[23]), Challinor et al. (2014[22]), Troy, Kipgen et Pal (2015[24]), Kuwayama et al. (2019[25]).
Graphique 3.4. Pertes de production agricole dues à des situations de sécheresse aux États-Unis
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Note : Pertes estimées publiées dans Kuwayama et al. (2019[25]) pour le soja et le maïs. Tous les diagrammes utilisent les estimations fournies par les comtés arides des États-Unis. Les diagrammes du haut et du bas montrent, respectivement, les effets sur la production de maïs et de soja. Les diagrammes de gauche montrent les effets obtenus avec des modèles économétriques ne prenant pas en compte la température et les précipitations. Les diagrammes de droite montrent les estimations obtenues pour l’effet d’épisodes de sécheresse obtenu au moyen de modèles prenant en compte la température et les précipitations. Les ronds indiquent l’exposition annuelle moyenne des comtés à chacune des catégories de sécheresse (D0, D1, D2, D3, D4), corrigée du pourcentage de terres agricoles exposées à la sécheresse. Les carrés indiquent les niveaux d’exposition à un écart type de la moyenne. Les lignes pointillées indiquent que la probabilité critique de l’effet estimé est supérieure à 10 % (estimation non significative). Les impacts respectifs de l’exposition à la sécheresse sur la production agricole dans les comtés irrigués ne sont pas significatifs pour le maïs et très inférieurs à ceux affichés dans les diagrammes du bas pour le soja. Les catégories de l’U.S. Drought Monitor sont : sécheresse légère (D0), modérée (D1), grave (D2), extrême (D3) et exceptionnelle (D4). Pour les détails techniques, se reporter à Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]).
Source : Travaux des auteurs, d’après les estimations et les statistiques descriptives présentées dans les tableaux 2, 3 et 4 de Kuwayama et al. (2019[25]).
Les déficits d’humidité des sols ont un impact très négatif sur la production agricole. Dans les zones arides des États-Unis, les situations de sécheresse se sont traduites par une diminution de la production de maïs et de soja comprise entre 2.2 % et 2.6 % par rapport à une année normale5. En cas de forte aggravation de ces sécheresses, les pertes pourraient atteindre entre 6.9 % et 10.2 %. Avec une définition plus large intégrant les précipitations et les chocs de température, les coûts des sécheresses passées s’élèvent à 9-10 % de la production, et les coûts futurs dans des situations très dégradées atteignent 27 % de la production.
Graphique 3.5. Pertes de production agricole dues à des chocs de pluviométrie
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Note : Pertes estimées publiées dans Kuwayama et al. (2019[25]) pour le soja et le maïs. Le diagramme est fondé sur des estimations de l’effet des précipitations sur la production agricole dans les comtés arides des États-Unis. Les estimations utilisées pour produire les diagrammes proviennent de modèles qui prennent en compte l’exposition à des situations de sécheresse. Les niveaux de précipitations donnant des récoltes maximales sont comparables à ceux indiqués dans d’autres études, par exemple 0.64 mètre pour le maïs et 0.69 mètre pour le soja dans Schlenker et Roberts (2009[26]). Pour les détails techniques, se reporter à Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]).
Source : Travaux des auteurs, d’après les estimations et les statistiques descriptives présentées dans les tableaux 2, 3 et 4 de Kuwayama et al. (2019[25]).
Des chocs de pluviométrie positifs dans une région ne compensent pas la perte de production dans les régions confrontées à une baisse des précipitations (Graphique 3.5). Une très forte hausse des précipitations conduit à une augmentation de la production de maïs de 1.4 % en volume, et une chute des précipitations de même envergure à une diminution de la production de maïs de 5.4 % en volume. L’écart se révèle encore plus important pour le soja : une hausse des précipitations fait augmenter le volume de récolte de 6.1 %, tandis qu’une baisse des précipitations le réduit de 15.3 %. Des chocs plus violents peuvent aussi entraîner des asymétries plus importantes. Par exemple, une très forte augmentation de la pluviométrie peut accroître la production de soja de 3 %, et une chute des précipitations peut la réduire de 40 %. Les anomalies introduites par les sécheresses dans le cycle hydrologique peuvent ainsi entraîner une baisse notable de la production agricole. D’après les résultats ci-dessus, cela pourrait rester vrai même si la pénurie d’eau générée par un épisode de sécheresse est ensuite contrebalancée par une période de précipitations excessives.
Dans les régions bien équipées en systèmes d’irrigation, les effets négatifs des sécheresses sont beaucoup plus faibles. Les sécheresses et les chocs de pluviométrie ne semblent pas réduire de manière significative la production de maïs. En ce qui concerne le soja, l’irrigation ne paraît pas éliminer les conséquences négatives des déficits d’humidité des sols et de pluviométrie sur la production, mais elles sont notablement moins importantes. Cela tend à montrer que l’irrigation peut constituer une mesure particulièrement efficace d’adaptation du secteur agricole au changement climatique. Le chapitre 4 du présent rapport examine le potentiel de l’irrigation et d’autres mesures d’atténuation.
3.3.2. Au-delà de l’agriculture : impacts des sécheresses sur les autres secteurs économiques
Bien que l’agriculture soit souvent le secteur le plus visiblement touché, les sécheresses ont des répercussions qui vont bien au dela de la production agricole, d’autres secteurs d’activité ayant aussi besoin d’eau pour la production, le refroidissement ou le transport. Cette section explore plus généralement les conséquences économiques des sécheresses, portant une attention particulières aux systèmes énergétiques et au transport fluvial.
Impacts sur la production énergétique
Il est bien établi que les sécheresses ont des conséquences négatives importantes sur la production hydroélectrique. Elles diminuent les quantités d’eaux de surface disponibles dans les lacs, les cours d’eau et entités hydrologiques qui alimentent les centrales hydroélectriques. Celles-ci ont besoin d’eau pour mettre les turbines en mouvement ainsi que refroidir la vapeur. Pendant les sécheresses, la diminution de la disponibilité en eau peut empêcher les centrales de fonctionner à pleine capacité ou les obliger à s’arrêter temporairement. Entre autres répercussions économiques, les prix de l’énergie peuvent s’envoler temporairement, notamment dans les régions très dépendantes de l’électricité hydroélectrique. Cette augmentation des prix peut avoir d’importantes retombées environnementales lorsque des combustibles fossiles sont utilisés en subsitution pour pouvoir satisfaire la demande énergétique. Sur le long terme, des sécheresses répétées peuvent aussi nécessiter d’investir dans d’autres sources d’énergie ou dans l’amélioration des stratégies de gestion de l’eau.
Les épisodes de sécheresse hydrologique observés ont eu des impacts notables sur la production hydroélectrique. La sécheresse qui a sévi en Californie entre 2012 et 2016 a entraîné un abaissement des niveaux d’eau dans les grands réservoirs, avec pour conséquence un recul de 48 % de la production d’hydroélectricité par rapport à la moyenne de 2011‑2020 (U.S. Energy Information Administration, 2024[27] ; U.S. Energy Information Administration, 2022[28]). De ce fait, la Californie a dû recourir davantage au gaz naturel, d’où des coûts de l’électricité plus élevés et des émissions de CO2 plus importantes. De même, Eyer et Wichman (2018[29]) constatent qu’une augmentation d’un écart type de la valeur de l’indice de sécheresse de Palmer (PDSI)6 pourrait conduire à une baisse de 27 % de la production des centrales hydroélectriques. Les auteurs estiment à 330 000 USD2015 le coût social mensuel pour chaque centrale subissant une baisse d’un écart type des disponibilités en eau. Des impacts du même ordre ont été observés lors de la sécheresse survenue dans les pays nordiques en 2002‑2003, qui a entraîné une diminution des flux d’eau vers les réservoirs des centrales hydroélectriques et une réduction importante de leur production. Rodriguez et Madrigal (2014[30]) mentionnent également des cas de perturbations du fonctionnement de centrales hydroélectriques en Amérique du Nord, en Afrique du Sud, en Inde et en Australie, et estiment que plus de 50 % des entreprises de production d’énergie dans le monde ont été confrontées à des difficultés liées à l’eau7.
Du fait de leurs répercussions sur la production hydroélectrique, les sécheresses menacent l’accessibilité financière de l’électricité et les stratégies de décarbonation. Gleick (2017[31]) estime le coût économique direct pour les usagers de l’électricité à 2.45 milliards USD2016 et annonce une hausse de 10 % des émissions de CO2 des centrales électriques du pays. Selon les estimations de Eriksson, del Valle et De La Fuente (2024[32]), le fait de remplacer de l’énergie hydroélectrique par des énergies fossiles en raison des pénuries d’eau causées par les sécheresses en Amérique latine et Caraïbes a augmenté de plus de 5 % les émissions de particules fines. Entre 2014 et 2017, le Brésil a connu l’une de ses pires sécheresses, qui a gravement pesé sur l’exploitation de ses centrales hydroélectriques. La production hydroélectrique, qui représente 64 % de la production d’électricité du pays (Cuartas et al., 2022[33]), a chuté. Il a donc fallu rationner l’énergie et utiliser davantage les centrales thermiques, plus coûteuses et plus polluantes. Outre l’hydroélectricité, la production électronucléaire est aussi susceptible d’être fortement touchée par les sécheresses. Linnerud, Mideksa et Eskeland (2011[34]) estiment à 2 % la diminution de la capacité de production d’une centrale nucléaire pour chaque degré Celsius de réchauffement pendant les sécheresses et les vagues de chaleur.
Impacts sur le transport fluvial
Le transport fluvial est aussi particulièrement sensible aux sécheresses. Des sécheresses graves peuvent abaisser les niveaux des cours d’eau, posant différents types de problèmes pour la navigation fluviale. Des niveaux d’eau trop bas obligent les navires à stationner loin des rives, ce qui complique la mobilité des passagers et les opérations logistiques. Pour réduire le risque d’échouage, il peut être nécessaire d’ajuster les itinéraires et de ralentir la navigation. De telles modifications sont sources de retards et de coûts supplémentaires. Le Mississippi en Amérique du Nord, l’Amazone en Amérique du Sud, et le Rhin en Europe font partie des systèmes fluviaux les plus sensibles aux sécheresses. Cette sensibilité s’explique par le volume considérable de marchandises transportées sur leurs eaux et par la position stratégique de plusieurs grandes plaques tournantes logistiques sur ces fleuves. L’Europe dispose de 40 000 kilomètres de voies navigables pour desservir des chaînes d’approvisionnement qui n’ont pas toujours la souplesse nécessaire pour pouvoir changer de mode de transport. Aux États-Unis, plus de 450 millions de tonnes de marchandises sont acheminées par les voies navigables du fleuve Mississippi selon les chiffres du ministère des Transports du pays (2019[35]).
Les pénuries d’eau liées aux sécheresses peuvent réduire fortement les volumes d’échanges fluviaux, dans des proportions qui dépendent toutefois de chaque région. Ainsi, les sécheresses graves qui ont touché le canal de Panama ces dernières années ont contraint les autorités à restreindre le passage des navires et le volume des chargements, ce qui a provoqué une baisse de 49 % du trafic mensuel entre décembre 2021 et janvier 2024 (CNUCED, 2024[36]). Selon l’Atlas européen des risques de sécheresse (Rossi et al., 2023[37]), les sécheresses entraînent une diminution des volumes d’échanges anticipés atteignant 2.5 % dans plusieurs pays européens, et 5 % en Pologne et en Croatie. Le même rapport indique que, pendant des phénomènes extrêmes, notamment des sécheresses très intenses, le recul des échanges s’élève à 10 % des volumes anticipés en Europe occidentale, et peut atteindre 40 % en Europe centrale et orientale. Les auteurs attribuent cet écart à la plus petite taille des bassins disponibles dans les fleuves traversant ces pays, une différence morphologique qui se traduit par davantage de goulets d’étranglement et donc de plus grandes parties du réseau touchées.
Les coûts estimés associés aux perturbations du transport fluvial sont colossaux. En Europe, les sécheresses ont abaissé les niveaux d’eau du Rhin en 2018 et 2022 au point de désorganiser le trafic de marchandises. Les navires n’étaient autorisés à y naviguer qu’à moins de 25 % de leur capacité de transport, ce qui a fait grimper le coût du transport fluvial et eu des effets en cascade sur la production industrielle et les chaînes d’approvisionnement. Une étude a évalué par exemple que, lorsque le niveau d’eau restait inférieur à un seuil critique (0.78 mètre) pendant 30 jours consécutifs, le transport de marchandises baissait de 24 % pendant deux mois (Kara, van Reeken-van Wee et Swart, 2023[38]). D’après les estimations de Ademmer, Jannsen et Meuchelböck (2023[39]), 30 jours de perturbations des voies de navigation intérieures du Rhin diminuent la production industrielle de 1 %, ce qui correspond approximativement à une réduction de 0.3 % du PIB allemand, soit plus de 15 milliards USD2021. Il est donc possible que les sécheresses de 2018 et 2022 aient eu un impact négatif important sur le PIB de l’Allemagne, en particulier du fait de leur durée. Les chiffres sont comparables à ceux présentés pour les États-Unis. S’agissant de la mégasécheresse qui dure depuis 22 ans, les perturbations touchant le réseau de transport fluvial du Mississippi auraient entraîné 20 milliards USD de pertes et préjudices au total8.
3.3.3. Pertes et préjudices
Les impacts sectoriels décrits aux sections précédentes mettent en évidence les coûts directs des sécheresses, qui ne représentent toutefois qu’une partie de l’impact total. La présente section s’intéresse aux coûts directs et indirects découlant de préjudices causés à des entités génératrices de revenus (des cultures, par exemple) ou à la santé humaine (du fait de pénuries d’eau, par exemple), et de pertes d’équipements ou de terres (des bâtiments détériorés par l’érosion des sols, par exemple). Les pertes et préjudices correspondent aux impacts quantifiés enregistrés plus largement dans divers domaines de l’activité économique ayant des conséquences profondes sur la prospérité, comme la production, l’offre de travail et les biens matériels. Du fait des liens étroits existant entre le stock de capital, la productivité, l’emploi et les revenus, les pertes et préjudices ont des répercussions majeures sur les performances économiques globales d’un pays. Cependant, il convient de ne pas confondre les pertes et préjudices induits par les sécheresses et les effets macroéconomiques, en particulier l’incidence négative qu’une sécheresse peut avoir sur le niveau et le taux de croissance du PIB. Ces derniers effets sont examinés en détail à la section 3.3.4.
Données ponctuelles et difficulté de mesurer et comparer les coûts des sécheresses
Il est très compliqué de mesurer les préjudices causés par les sécheresses, d’établir des niveaux de référence et de faire des comparaisons en la matière. Exprimés en pourcentage du PIB national, les pertes et préjudices peuvent simplement refléter la taille de l’économie d’un pays et non l’ampleur des pertes subies. Exprimés directement en termes monétaires au niveau national ou moyennés dans le temps, ils risquent de masquer les impacts considérables de phénomènes très localisés ou de courte durée. De plus, des coûts agrégés ou moyennés dans le temps, sur de longues périodes, peuvent ne pas donner une image exhaustive des dégâts causés par les sécheresses. La Commission européenne indique un coût annuel calculé sur une longue période compris entre 2 milliards EUR et 9 milliards EUR (Commission européenne, s.d.[40]), soit entre 0.014 % et 0.062 % du PIB de l’Union européenne (UE).
Les coûts moyennés pendant les années de sécheresse intense peuvent mieux rendre compte des chocs économiques subis lors d’un épisode de sécheresse. Par exemple, Wheaton et al. (2008[41]) chiffrent à 2.13 et 3.65 milliards de dollars canadiens (CAD) les coûts économiques totaux imputables aux sécheresses ayant sévi au Canada en 2001 et 2002, respectivement, soit 0.19 % et 0.31 % du PIB canadien pour ces années. Ziolkowska (2016[42]) évalue le coût économique total de l’épisode de sécheresse de 2011 au Texas (États-Unis) à 16.9 milliards USD, soit 1.26 % du PIB du Texas. Felbermayr et Gröschl (2014[43]) ont suivi les catastrophes survenues et mesuré leurs intensités au moyen d’informations géophysiques et météorologiques. Selon leurs estimations, les sécheresses enregistrées en Syrie (1983) et au Guatemala (1998) ont entraîné une baisse de 0.16 % et 0.27 % du PIB par habitant, respectivement. La même étude indique qu’une sécheresse de forte intensité (supérieure au 95e percentile) est associée statistiquement à un recul du PIB de 0.34 %.
Lorsqu’ils sont exprimés en pourcentage du PIB, les coûts des sécheresses peuvent sembler beaucoup plus élevés dans les économies moins avancées ou dans les pays peu peuplés. Par exemple, d’après Duenwald et al. (2022[44]), les préjudices causés par les épisodes de sécheresse dans les pays du Caucase et d’Asie centrale dépassent systématiquement 5 % du PIB.
Exprimer les coûts en fonction de la surface de la zone touchée apporte davantage de précision aux estimations. Les effets primaires des sécheresses peuvent être concentrés sur une zone géographique beaucoup plus petite que l’unité administrative dans laquelle les coûts économiques totaux sont mesurés. Cela est particulièrement vrai pour les épisodes circonscrits à une partie seulement d’un territoire national. Par exemple, l’intervalle de 0.19‑0.31 % du PIB canadien indiquée dans Wheaton et al. (2008[41]) passe à 0.6‑1.2 % des PIB combinés de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba, c’est-à-dire les provinces les plus touchées par les sécheresses de 2001‑2002. Si l’on considère uniquement la Saskatchewan, les préjudices grimpent à 1.6‑2.6 % du PIB de la province. L’épisode de sécheresse survenu en 2008 en Espagne offre un autre exemple de la manière dont une agrégation spatiale peut comprimer les effets locaux importants des sécheresses. Martin-Ortega, González-Eguino et Markandya (2012[45]) évaluent les coûts à 1.61 milliard EUR pour l’économie nationale, soit moins de 0.1 % du PIB du pays en 2008. En revanche, ils ont représenté 0.5 % du PIB de la région de Barcelone, où la quasi-totalité des impacts ont été observés.
Données systématiques
L’analyse ci-après utilise des informations systématiques (ensembles de données) sur les pertes et préjudices dus aux sécheresses afin d’évaluer :
si le coût des épisodes de sécheresses tend à augmenter avec le temps ;
si une augmentation des coûts dans le temps peut être attribuée à des épisodes plus longs et plus fréquents ;
si une augmentation des coûts dans le temps peut être attribuée à des épisodes plus intenses ;
si les préjudices enregistrés lors de l’épisode de sécheresse moyen dans un pays de l’OCDE diffèrent significativement de ceux observés dans un pays en développement.
Les résultats suivants ont été obtenus au moyen de l’analyse réalisée par l’OCDE pour les besoins du présent rapport. Tous les détails techniques sont disponibles dans Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]).
Graphique 3.6. Coûts économiques des épisodes de sécheresse
Copier le lien de Graphique 3.6. Coûts économiques des épisodes de sécheresse
Notes explicatives : Les niveaux globaux de préjudices communiqués dans la base de données internationales sur les catastrophes (EM-DAT) et les ensembles de données des Centres nationaux d’information environnementale (NCEI) diffèrent, la deuxième source indiquant le total des préjudices observés sur tout le territoire des États-Unis, tandis que la première fournit des observations provenant d’entités administratives systématiquement plus petites. L’écart est illustré par la distance entre les lignes grise et bleue. La ligne grise montre le coût moyen d’un épisode de sécheresse, de n’importe quelle durée et ayant touché n’importe quelle superficie, n’importe où dans le monde (en dehors des États-Unis). La ligne bleue représente le coût total attendu de tous les épisodes survenus aux États-Unis durant une année de la période d’échantillonnage. Pour les détails techniques, se reporter à Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]).
Notes techniques : Les deux tendances (États-Unis et monde) sont statistiquement significatives, ce qui confirme une évolution à la hausse des pertes et préjudices.
Sources : Travaux des auteurs.
Le coût économique des épisodes de sécheresse progresse, au moins depuis 2000, à un rythme annuel supérieur à 3 % et qui pourrait atteindre 7.5 % (Graphique 3.6). D’après les estimations les plus prudentes, un épisode de sécheresse moyen est aujourd’hui au moins deux fois plus coûteux qu’en 2000, et en 2035 il coûtera à une économie nationale près de 40 % de plus qu’actuellement. Globalement, aucune différence significative n’est observée entre pays de l’OCDE et hors OCDE. Le niveau des pertes et préjudices occasionnés par un épisode survenant dans un pays de l’OCDE ne peut pas être statistiquement différencié de celui observé dans un pays non membre de l’OCDE. En outre, les données disponibles n’indiquent pas de différence significative dans le rythme d’augmentation du coût des sécheresses entre les pays membres de l’OCDE et les autres.
La pente ascendante est davantage imputable à une durée plus longue qu’à une hausse de l’intensité des épisodes de sécheresse. Les estimations indiquent que la durée des sécheresses pourrait avoir augmenté à un rythme annuel de 6 %, ce qui implique que les épisodes de sécheresse sont aujourd’hui quatre fois plus longs qu’en 2000. Les données actuelles ne permettent cependant pas d’évaluer de manière systématique le degré d’évolution de l’intensité des sécheresses.
Certaines données suggèrent cependant que les sécheresses ont gagné en intensité aux États-Unis. L’incidence des sécheresses dans les comtés des États-Unis a sensiblement augmenté ces 20 dernières années. Aujourd’hui, un comté a beaucoup plus de probabilités d’être touché par un épisode de sécheresse causant des pertes et préjudices qu’il n’en avait il y a 30 ans. Le Graphique 3.7 montre le pourcentage de comtés des États-Unis ayant subi des pertes et préjudices dus à un épisode de sécheresse au cours d’un mois donné pendant la période 1996‑2024. L’évolution à la hausse traduit aussi des épisodes plus longs, les comtés ayant aujourd’hui davantage de probabilités de faire état de pertes et préjudices durant un plus grand nombre de mois consécutifs. D’un autre côté, le niveau des pertes et préjudices communiqués par les comtés durant un mois d’un épisode donné ne présente pas de tendance claire (Graphique 3.8). Il a en effet diminué entre 2001 et 2017, avant de repartir à la hausse. Ce schéma pourrait indiquer une intensification des sécheresses s’accompagnant d’une multiplication des mesures d’adaptation, mais sa complexité rend toute projection spéculative.
Graphique 3.7. Fréquence relative des pertes et préjudices enregistrés aux États-Unis
Copier le lien de Graphique 3.7. Fréquence relative des pertes et préjudices enregistrés aux États-UnisPourcentage des comtés ayant enregistré des préjudices dus à un épisode de sécheresse au cours de la période 1996‑2024, par mois
Note : Chaque point représente un mois et une année donnés pendant la période 1996‑2024. L’axe vertical indique le pourcentage de comtés () (S pour share, y pour year, m pour month) dans lesquels des récoltes et des biens ont subi des préjudices durant un mois donné () d’une année () ; par exemple, 0.01 indique que 1 % des comtés des États-Unis ont été touchés. Les valeurs ajustées proviennent du modèle , où et (D pour dummy, s pour summer, f pour fall) sont des variables indicatrices égales à 1.0 si le mois est un mois d’été ou d’automne, respectivement, et à 0 dans le cas contraire. Plusieurs observations aberrantes sont incluses dans les estimations mais sont exclues du diagramme pour des raisons de lisibilité. Les données utilisées proviennent de la base de données sur les intempéries de la (NOAA, s.d.[46]). Pour les détails techniques, se reporter à Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]).
Sources : Travaux des auteurs.
Graphique 3.8. Évolution des coûts liés aux sécheresses aux États-Unis
Copier le lien de Graphique 3.8. Évolution des coûts liés aux sécheresses aux États-UnisL’intensité en coûts d’un épisode de sécheresse donné ne présente pas de tendance nette
Note : L’analyse prend en compte les effets saisonniers, qui se révèlent particulièrement importants durant les mois d’été, et des facteurs non observés qui varient selon les États (effets fixes par État). Après prise en compte des effets saisonniers et régionaux, l’analyse ne fait pas apparaître d’évolution nette des pertes et préjudices dus à un épisode de sécheresse. Les pertes et préjudices moyens par épisode ont diminué entre 2001 et 2017, avant de repartir à la hausse. Ce schéma pourrait indiquer une intensification des sécheresses s’accompagnant d’une multiplication des mesures d’adaptation, et sa complexité rend toute projection spéculative. Pour les détails techniques, se reporter à Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]).
Sources : Travaux des auteurs.
3.3.4. Effets macroéconomiques
On dispose actuellement d’assez peu de données sur l’impact direct des épisodes de sécheresse sur les niveaux et les taux de croissance des PIB. Selon une étude du Fonds monétaire international (Fuje et al., 2023[47]), une valeur pondérée de l’indice de sécheresse de Palmer inférieure à ‑2.0, qui caractérise un épisode de sécheresse modéré à grave, pendant les trois mois les plus critiques de croissance des cultures est liée à un ralentissement de 1.4 point de pourcentage de la croissance du PIB la même année. L’effet ne dure pas et se limite aux économies en développement, sans conséquences durables significatives observées les années suivantes. Felbermayr et Gröschl (2014[43]) montrent que, toutes choses égales par ailleurs, si les précipitations restent pendant au moins 3 mois consécutifs inférieures à 50 % de leur moyenne mensuelle calculée sur une longue période, on peut s’attendre à ce que le taux de croissance du PIB par habitant diminue de points de pourcentage.
L’impact de la pluviométrie sur le PIB a fait l’objet de nombreuses publications. Ces études analysent l’évolution continue du PIB et de plusieurs variables climatiques fortement corrélées à des épisodes de sécheresse. En dehors de la pluviométrie, les variables comprennent la température moyenne, le nombre de jours de précipitations importantes ou extrêmes et le stress thermique. L’avantage important présenté par ces publications tient au fait que les variations climatiques sont observées à des fréquences spatiotemporelles bien supérieures à celle des épisodes de sécheresse.
L’impact de la pluviométrie sur le PIB national a beaucoup plus de probabilités de ne pas être détecté que celui de la température. L’étude de Damania, Desbureaux et Zaveri (2020[6]) souligne que l’agrégation spatiale peut gommer l’impact important de la pluviométrie sur les PIB locaux9. L’étude relie les données sur le PIB local, la température et les précipitations, et note que les variations pluviométriques infranationales sont deux fois plus élevées que les variations de température. Elle démontre que le fait de moyenner la pluviométrie au niveau national peut rendre l’impact de la moyenne nationale des précipitations sur le PIB national statistiquement non significatif. Par conséquent, l’agrégation spatiale des précipitations pourrait expliquer que l’impact des chocs de pluviométrie sur le PIB ne soit pas détecté dans les études menées au niveau national. Lorsque l’on cherche à estimer l’impact de la pluviométrie locale sur le PIB local, c’est au contraire une relation très nette qui se dégage. Les principaux résultats communiqués ci-dessous sont issus des estimations de Damania, Desbureaux et Zaveri (2020[6]), une des études palliant ce problème.
Graphique 3.9. Chocs de pluviométrie négatifs et leurs effets potentiels sur le PIB régional
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Note : Effets calculés d’une diminution de 100 mm des précipitations, d’après les estimations de Damania, Desbureaux et Zaveri (2020[6]). La position sur l’axe horizontal représente les précipitations moyennes d’une région.
Source : Travaux des auteurs, d’après les données de Damania, Desbureaux et Zaveri (2020[6]).
Un choc de sécheresse grave a un impact négatif prononcé sur le taux de croissance du PIB de la région touchée. Une baisse importante des précipitations annuelles – équivalente à un écart type – peut diviser par deux le taux de croissance du PIB de la région. Si le choc est temporaire, le taux de croissance revient à son niveau normal. En revanche, si le déficit de pluviométrie devient permanent, le PIB de la région en 2050 pourrait être inférieur de 30 % à ce qu’il aurait été dans une situation normale.
Des chocs de pluviométrie plus faibles ont également des répercussions notables. Une diminution de 100 mm des précipitations annuelles peut abaisser le taux de croissance du PIB de 0.2 point de pourcentage dans une zone aride mais aura des effets minimes dans une région à forte pluviométrie (plus de 2.5 mètres par an). Dans les zones très humides, cette réduction peut avoir un impact positif sur la croissance du PIB, en particulier si elle est due à une diminution du nombre d’épisodes de précipitations extrêmes (Graphique 3.9). Un choc d’humidité important a un effet positif, mais moindre. Alors qu’un choc de sécheresse important divise par deux le taux de croissance du PIB local, un choc de pluviométrie de même ampleur – d’un écart type – peut faire progresser d’un tiers le taux de croissance du PIB.
Les déficits de précipitations ont un impact négatif plus important sur le PIB des régions sèches ou tempérées dont l’économie repose sur l’agriculture. Plus une zone est sèche, plus l’effet d’une baisse des précipitations annuelles est défavorable (Graphique 3.9). En outre, plus le PIB local dépend de l’agriculture, plus le PIB est sensible à des chocs de pluviométrie négatifs, au moins dans les zones sèches ou tempérées. Dans les régions très humides, un choc de pluviométrie négatif peut accroître le PIB, par exemple en réduisant les probabilités d’inondations. Dans une région tempérée où la pluviométrie annuelle s’établit autour de 1 000 mm, un épisode de sécheresse qui l’abaisserait à 900 mm est susceptible de diminuer la croissance du PIB de 0.10‑0.15 point de pourcentage.
L’impact de la pluviométrie sur le PIB est aussi plus prononcé dans les pays en développement. Dans ces économies, l’agriculture représente une part plus importante du PIB et du revenu, ce qui explique que leurs résultats économiques dépendent davantage des conditions climatiques. Les préjudices causés aux cultures, comme la diminution des rendements pendant les sécheresses, se traduisent directement en pertes économiques mesurables. À l’inverse, les économies développées disposent de structures économiques plus diversifiées, qui réduisent l’importance relative des chocs agricoles sur le PIB total. Une autre raison pour laquelle l’impact de la pluviométrie sur le PIB peut varier est l’adoption de stratégies d’adaptation, par exemple de systèmes d’irrigation. L’écart existant entre pays en développement et développés en matière de mesures de résilience est important et bien documenté dans l’étude de Barrios, Bertinelli et Strobl (2010[48]). Comme nous l’avons vu précédemment dans ce chapitre, et comme détaillé au chapitre 4, la mise en place de systèmes d’irrigation atténue les répercussions économiques d’une baisse des précipitations pendant les épisodes de sécheresse, ce qui rend les effets sur le PIB moins détectables (voir la section 3.3.1).
Les chocs de sécheresse peuvent stimuler le PIB des zones humides s’ils réduisent le nombre d’épisodes de précipitations extrêmes. L’étude de Kotz, Levermann et Wenz (2022[49]) prend en compte les précipitations fortes et extrêmes. Elle conclut qu’une baisse importante des précipitations annuelles (d’un écart type) ralentit la croissance du PIB à tous les niveaux de pluviométrie annuelle. Toutefois, l’effet d’une diminution du nombre d’épisodes de précipitations fortes ou extrêmes est majoritairement positif, car cette situation se traduit par un moindre risque d’inondations.
Les travaux publiés ne permettent pas de conclure sur la durée de persistance de l’impact négatif d’un choc de sécheresse sur le PIB. D’après Berlemann et Wenzel (2018[50]), une anomalie pluviométrique négative d’un écart type maintient les taux de croissance du PIB entre 0.05 et 0.15 point de pourcentage en dessous de leurs niveaux de référence pendant une durée atteignant 14 ans. Cela signifie que, 14 ans après un déficit de précipitations modéré, le niveau de PIB d’un pays dont le taux de croissance de référence (c’est-à-dire en l’absence de choc) est serait inférieur de 1.1 % à son niveau de référence.
Les chocs de sécheresse peuvent être moins défavorables en cas d’abondance d’eau verte. Selon Zaveri, Damania et Engle (2023[51]), l’impact négatif d’un choc de sécheresse dans une zone à haute couverture forestière est inférieur à 50 % de l’impact qu’un tel choc pourrait avoir dans une zone à faible couverture forestière. Ce résultat tend à montrer que les forêts pourraient constituer un mécanisme d’adaptation naturel aux sécheresses.
3.4. Au-delà de l’économie, au-delà des frontières
Copier le lien de 3.4. Au-delà de l’économie, au-delà des frontièresDes épisodes de sécheresse persistants et intenses produisent des effets de grande ampleur qui dépassent la sphère économique et sont souvent difficiles à contenir à l’intérieur des frontières nationales. Ils peuvent bouleverser les flux migratoires existants ou en déclencher de nouveaux, obligeant les populations à partir se réinstaller dans des zones plus abondantes en ressources. Ces déplacements peuvent mettre à rude épreuve les ressources et infrastructures des régions d’accueil, et être potentiellement sources d’instabilité et de tensions sociales. Dans les zones touchées par des sécheresses, les coûts sociaux liés à la non-satisfaction de besoins fondamentaux, tels que l’eau potable et la nourriture peuvent monter en flèche, fragilisant durablement le bien-être social et la stabilité économique. Dans les cas extrêmes, des sécheresses récurrentes très intenses et prolongées peuvent affaiblir les institutions politiques, favoriser l’instabilité et contribuer à des violences intérieures et des conflits armés (OCDE, 2023[52]).
Par ailleurs, les répercussions des sécheresses peuvent s’étendre hors des frontières. Les rivalités d’accès à des ressources rares comme l’eau et les terres arables sont susceptibles d’intensifier les tensions tant au plan national qu’entre les pays. Comme l’histoire l’a montré, des sécheresses prolongées ont parfois contribué à précipiter des conflits violents entre des populations ou des pays se faisant concurrence pour accéder à des ressources de plus en plus rares. Dans d’autres régions, l’utilisation non durable des ressources en eau a joué un rôle majeur en exacerbant des problèmes transfrontaliers. Ces effets imbriqués soulignent la nécessité pour les responsables des politiques publiques d’envisager les sécheresses non seulement comme des problèmes environnementaux mais aussi comme des enjeux géopolitiques urgents.
3.4.1. Sécheresses et flux migratoires
Les migrations et les déplacements font partie des effets les plus préoccupants des catastrophes climatiques. L’intérêt croissant suscité par les migrations climatiques ressort clairement du nombre de fois où le mot migration apparaît dans les Rapports d’évaluation publiés par le GIEC : Il n’était en effet mentionné que deux fois dans le premier Rapport d’évaluation de 1990, contre 185 fois dans le 5e Rapport d’évaluation publié en 201410. La quantité d’ouvrages scientifiques étudiant les répercussions du changement climatique sur les migrations est également révélatrice de l’attention portée à ce sujet : le nombre de publications a augmenté de 18.5 % par an entre 2003 et 202011. Les diverses méta-études dans ce domaine, comprenant des études bibliographiques systématiques, des méta-analyses et des études bibliométriques, témoignent également du volume des travaux sur la migration environnementale. Un récapitulatif de ces méta-études est présenté au Tableau 3.2 ci-dessous.
Tableau 3.2. Méta-études sur le changement climatique et la migration
Copier le lien de Tableau 3.2. Méta-études sur le changement climatique et la migration|
Méta-étude |
Informations |
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Black et al. (2013[53]) |
Synthèse qualitative des données accumulées jusqu’en 2013. Conceptualisation de la mobilité, des déplacements et du changement climatique |
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Millock (2015[54]) |
Étude bibliographique systématique portant sur les études empiriques et théoriques sur la migration environnementale avec une forte composante économique |
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Berlemann et Steinhardt (2017[55]) |
Étude bibliographique |
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Hoffmann et al. (2020[56]) |
Méta-analyse utilisant 1 803 estimations d’effets climatiques sur la migration tirées de 30 études publiées entre 2006 et 2019 Méta-estimation centrale : une évolution de 1.0 écart type des conditions environnementales fait augmenter la migration de 0.021 écart type Variables de contrôle associées à la sécheresse : niveau des précipitations, variabilité des précipitations Résultats pertinents : les effets estimés des précipitations sont systématiquement inférieurs à ceux des températures et des anomalies pluviométriques et des phénomènes d’apparition soudaine (de 0.015 à 0.018 écart type). |
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Beine et Jeusette (2021[57]) |
Méta-analyse utilisant 1 355 estimations tirées de 51 études pour tenter d’expliquer i) pourquoi certaines études obtiennent des résultats significatifs, et d’autres non, ii) la probabilité qu’une étude détecte un effet direct et iii) la probabilité de détecter un effet de déplacement positif significatif. Certains des résultats les plus importants sont les suivants : a) Les études ciblées sur les pays en développement présentent 19 % de probabilités en plus de détecter un effet de déplacement positifa. b) Les études qui prennent en compte les niveaux de précipitations et la variabilité des précipitations ont 12-17 % et 19-24 % de probabilités en plus de détecter des effets sur la migrationb. c) L’absence de variable relative à la pluviométrie augmente la probabilité qu’une étude détecte des effets migratoires positifs (émigration)b. d) Les études prenant en compte les sécheresses ont moins de probabilités (inférieures de 0 à 5 %) de détecter des effets migratoiresc. |
Note : (a) Beine et Jeusette (2021[57]), tableaux 5 à 9 ; (b) Beine et Jeusette (2021[57]), tableau 16 ; (c) Beine et Jeusette (2021[57]), tableau 19.
Source : Travaux des auteurs, d’après Black et al. (2013[53]), Millock (2015[54]), Berlemann et Steinhardt (2017[55]), Hoffmann et al. (2020[56]) et Beine et Jeusette (2021[57]).
Les recherches existantes sur les effets du changement climatique sur les dynamiques migratoires apportent encore peu d’éclairages sur le rôle spécifique des épisodes de sécheresses. La méta-analyse de Hoffmann et al. (2020[56]) utilise plus de 1 800 estimations provenant de 30 études nationales qui analysent l’impact de différents facteurs climatiques (notamment de variables associées à la sécheresse) sur la migration. Dans les études, les migrations sont mesurées sous différentes formes qui ne sont pas directement comparables (flux nominaux, probabilité de réinstallation ou probabilité de migration). Pour remédier à ce problème de comparabilité, l’étude normalise ses estimations primaires12. D’après la méta-analyse, l’impact moyen des facteurs climatiques sur la migration dans les différentes études est apparemment faible, à savoir de écart type. Dans la mesure où ce résultat est valable pour les sécheresses, il indique que les personnes ont tendance à migrer lorsqu’elles sont confrontées à des conditions climatiques plus chaudes et plus sèches, même si cette réaction est très loin d’être systématique.
La relation entre sécheresses et migration reste difficile à comprendre en raison du manque de données, du peu d’éléments bibliographiques et de la diversité des méthodes employées. Seule un petit nombre des publications existantes traitant des effets du changement climatique sur la migration s’intéresse aux sécheresses (Tableau 3.3). Quelques études prennent en compte des variables associées à la sécheresse, comme la pluviométrie et l’humidité des sols, et un sous-ensemble encore plus restreint fait état d’effets statistiquement significatifs. La diversité des méthodes utilisées complique encore davantage la comparabilité des résultats. Certaines études emploient des modèles empiriques agrégés pour estimer comment les situations dans les régions d’origine et de destination, comme les taux de chômage ou la pénurie d’eau, influent sur les flux migratoires. D’autres ont recours à des microdonnées et des modèles biographiques pour isoler l’impact des épisodes de sécheresse sur la migration à partir des caractéristiques des individus (par exemple, le niveau d’instruction, l’âge) et des ménages (par exemple, la taille de la famille). Les modèles agrégés sont confrontés à des difficultés supplémentaires, car les flux migratoires modifient souvent la composition d’une région sur le plan de la démographie et des compétences, qu’ils supposent être exogène. Les migrations sont étudiées à différents niveaux, certaines études s’intéressant aux migrations internationales, tandis que d’autres explorent les déplacements intérieurs, par exemple entre zones rurales, ou des zones rurales vers la ville.
Tableau 3.3. Études migratoires contenant des variables explicatives associées à la sécheresse
Copier le lien de Tableau 3.3. Études migratoires contenant des variables explicatives associées à la sécheresse|
Étude primaire |
Informations méthodologiques |
Principaux résultats |
|---|---|---|
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Études prenant en compte le niveau des précipitations (dans un seul sens)1 |
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Backhaus, Martinez-Zarzoso et Muris (2015[58]) |
Modèle gravitationnel estimé à partir de données provenant de 142 pays d’émigration entre 1995 et 2006 |
Une baisse de 10 % des précipitations réduit les flux migratoires de 0.55 point de pourcentage |
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Marchiori, Maystadt et Schumacher (2012[59]) |
Modèle migratoire théorique estimé à partir des flux migratoires entre pays d’Afrique subsaharienne |
Le taux de migration annuelle internationale induite par des événements météorologiques est estimé à 0.03 %, dont 53 % (soit 0.016 %) sont attribués à des anomalies pluviométriques. Sur l’ensemble de la période d’échantillonnage de 40 ans (1960‑2000), le total s’élève à 0.64 % |
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Barrios, Bertinelli et Strobl (2006[60]) |
Modèle économétrique prédisant les taux d’urbanisation au niveau national à partir des données des Perspectives de l’urbanisation mondiale publiées par les Nations Unies |
L’élasticité de l’urbanisation par rapport à la pluviométrie est estimée entre -0.3 et -0.6 dans les pays d’Afrique subsaharienne |
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Études prenant en compte le niveau des précipitations (dans les deux sens)2 |
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Bohra-Mishra, Oppenheimer et Hsiang (2014[61]) |
Étude économétrique suivant 7 185 ménages indonésiens de 13 provinces pendant plus de 15 ans |
Une hausse de 1% des précipitations (par rapport à la moyenne) modifie le taux de migration interprovinciale d’un pourcentage compris entre -1.8% et +1.6%; Une baisse de 1% des précipitations modifie le taux de migration interprovinciale d’un pourcentage compris dans la plage 0.6-4.0% |
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Henry, Schoumaker et Beauchemin (2003[62]) |
Étude migratoire rétrospective retraçant le parcours spatial complet de plus de 8 500 personnes au Burkina Faso |
Pour la population masculine, la probabilité de migration entre zones rurales augmente de plus de 200 % lorsque les précipitations annuelles baissent pour passer de plus de 0.9 mètre à un niveau compris entre 0.2 et 0.5 mètre. Pour la population féminine, l’évolution est moins importante (70 %), mais le choc fait aussi reculer de plus de 50 % la probabilité de migration internationale |
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Études prenant en compte les anomalies pluviométriques et/ou la variabilité des précipitations |
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Henry, Schoumaker et Beauchemin (2003[62]) |
Étude migratoire rétrospective retraçant le parcours spatial complet de plus de 8 500 personnes au Burkina Faso |
Pour la population masculine, la probabilité de migration entre zone rurales augmente de près de 60% lorsque les précipitations annuelles diminuent de 15% par rapport à leur moyenne annuelle historique. La probabilité de migration internationale diminue de 30 %. Aucun effet statistiquement significatif n’est détecté pour la population féminine |
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Coniglio et Pesce (2015[63]) |
Modèle gravitationnel estimé à partir des flux bilatéraux de migration internationale depuis les pays émergents et en développement vers les pays de l’OCDE pendant la période 1990‑2001 |
Le niveau des précipitations n’explique pas les migrations vers les pays de l’OCDE. Une hausse d’un écart type de la variabilité des précipitations est associée à une augmentation de 13.7 % des migrations bilatérales moyennes. Les inondations (anomalies pluviométriques positives) provoquent davantage de départs que les sécheresses (anomalies pluviométriques négatives) |
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Mastrorillo (2016[64]) |
Modèle gravitationnel pour les flux migratoires entre 52 zones en Afrique du Sud (1997‑2011) |
Une hausse de 10 % des cas d’anomalies pluviométriques négatives augmente les flux de migration interrégionale de 2.2 points de pourcentage. Une hausse de 10 % des cas d’anomalies pluviométriques positives augmente les flux de migration interrégionale de 1.0 point de pourcentage |
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Thiede, Gray et Mueller (2016[65]) |
Modèle biographique estimé à partir de 21 millions d’observations provenant de 25 recensements réalisés dans 8 pays d’Amérique du Sud |
Une baisse des précipitations de -1.0 écart type augmente la probabilité d’émigration de 7% chez les populations jeunes mais n’a pas d’impact sur les populations d’âge mûr ou âgées |
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Études prenant en compte l’indice de précipitations normalisé (SPI) |
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Dallmann et Millock (2017[66]) |
Modèle gravitationnel estimé à partir des flux migratoires entre États en Inde |
Un mois supplémentaire durant lequel persiste une sécheresse au moins modérée (SPI<-1.0) augmente la probabilité de migration interrégionale de 1.3 point de pourcentage. Un épisode supplémentaire de sécheresse d’intensité au moins « modérée » augmente la probabilité de migration de 1.7 point de pourcentage. Une baisse de 1.0 point du SPI durant un épisode de sécheresse augmente la probabilité de migration de 0.8 point de pourcentage. Le taux de migration moyen dans l’échantillon est de 0.2 % |
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Gray et Mueller (2012[67]) |
Modèle biographique estimé à partir des données longitudinales de l’Enquête auprès des ménages ruraux en Éthiopie (1 500 ménages, 15 communautés rurales, 15 ans) |
Une sécheresse grave double quasiment les taux de mobilité professionnelle, et triple quasiment la probabilité de migration vers un autre district |
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Études prenant en compte les niveaux d’humidité des sols |
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Mastrorillo (2016[64]) |
Modèle gravitationnel pour les flux migratoires entre 52 zones en Afrique du Sud (1997‑2011) |
Une hausse de 1.0 point de pourcentage de l’humidité des sols diminue les flux migratoires de 5.0 points de pourcentage |
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Mueller, Gray et Kosec (2014[68]) |
Modèle biographique estimé à partir des données individuelles recueillies pour l’Enquête auprès des ménages au Pakistan (1986‑1991, 2001, 2011) |
Une hausse de +1.0 écart type de l’humidité des sols diminue la probabilité de migration intérieure de 27-29% |
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Henderson, Storeygard et Deichmann (2017[69]) |
Modèle économique d’urbanisation estimé à partir des données de recensement de 29 pays africains recueillies auprès de différentes sources |
Une baisse du taux d’augmentation de l’humidité de 1.0 écart type entraîne une hausse du taux de croissance de l’urbanisation qui peut être multiplié par 1.5. Le résultat dépend de la présence d’entreprises industrielles dans le district |
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Études prenant indirectement en compte les sécheresses |
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Feng, Krueger et Oppenheimer (2010[70]) |
Régression à variables instrumentales. Stade 2 : équation gravitationnelle dans laquelle les rendements agricoles expliquent les migrations ; stade 1 : les rendements agricoles sont expliqués par des variables climatiques, notamment la pluviométrie |
Une baisse de 10 % des rendements agricoles augmente les taux d’émigration de 2 % |
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Ezra et Kiros (2001[71]) |
Modèle biographique estimé à partir des données sur 2 000 ménages éthiopiens |
Toutes choses égales par ailleurs, l’émigration d’Éthiopie a été 30 % inférieure en 1987‑90 par rapport à 1984, année marquée par une famine provoquée par la sécheresse |
Données prises en compte : 1) l’étude ne différencie pas les effets des hausses et des baisses des précipitations ; 2) l’impact des hausses des précipitations est distingué de celui des baisses des précipitations.
Études prenant en compte des variables associées à la sécheresse qui ont des effets non significatifs ou partiels : Beine et Parsons (2015[72]), Cattaneo et Peri (2016[73]), Cai et al. (2016[74]), Drabo et Mbaye (2015[75]), Findley (1994[76]), Gröschl et Steinwachs (2017[77]), Koubi et al. (2016[78]).
Source : Travaux des auteurs, d’après les études primaires et les estimations grossières présentées en détail dans Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]).
Dans une étude mondiale consacrée aux impacts des sécheresses sur les migrations, la Banque mondiale indique que le manque d’eau génère de l’émigration, mais dans des conditions qui dépendent beaucoup du contexte (Zaveri, Damania et Engle, 2023[51]). L’étude combine des microdonnées provenant de 189 recensements, qui contiennent 442 millions de cas de migration dans 64 pays entre 1960 et 2015, avec des données météorologiques à haute granularité. L’analyse fait la distinction entre les effets des déficits de précipitations et ceux d’autres facteurs climatiques et de caractéristiques personnelles. Elle évalue que les chocs de pluviométrie présentent 40 % de la valeur explicative du niveau d’instruction, et près de 10 % de la valeur explicative de l’âge, qui est le facteur prédictif le plus fort. La probabilité de migrer du fait d’un choc de sécheresse est environ cinq fois supérieure chez les individus dont les revenus sont supérieurs à la médiane, par rapport à ceux ayant des revenus inférieurs. Ce schéma s’inverse pour les épisodes de pluviométrie importante, mettant en évidence des effets distributifs potentiellement divergents pour les sécheresses et les inondations.
Certaines études montrent que le manque d’eau peut générer des déplacements (OCDE, 2016[79]) et freiner l’émigration depuis le pays qui y est confronté (Backhaus, Martinez-Zarzoso et Muris, 2015[58]). Une partie des publications attribue ce résultat à l’existence d’un effet de piège de la pauvreté. Bien que plusieurs arguments puissent étayer cette hypothèse, les études qui la confirment peuvent être sujettes à de très importantes faiblesses méthodologiques.
Les effets semblent être principalement limités aux pays en développement ou aux régions à faible revenu qui dépendent de l’agriculture. Par exemple, Barrios, Bertinelli et Strobl (2010[48]) étudient les précipitations et les taux d’urbanisation dans 78 pays entre 1960 et 1990. En prenant en compte plusieurs variables de contrôle et l’hétérogénéité non observée, ils arrivent au résultat qu’une hausse de 1 % des précipitations entraîne une baisse du taux d’urbanisation comprise entre 0.3 % et 0.6 %. L’effet est limité aux pays d’Afrique subsaharienne et n’est pas significativement différent de zéro pour les autres pays en développement. Actuellement, peu de données confirment l’effet des épisodes de sécheresse sur les déplacements intérieurs dans les pays de l’OCDE, pas plus que sur les flux migratoires internationaux entre ces pays.
Enfin, quelques éléments indiquent que les déplacements entre zones rurales sont plus influencés par les sécheresses que ne le sont les migrations internationales. Par exemple, d’après les estimations de Henry, Schoumaker et Beauchemin (2003[62]), on peut considérer que les sécheresses au Burkina Faso ont entre 20 % et 300 % plus d’impact sur les migrations intérieures entre zones rurales que sur les migrations vers un autre pays.
3.4.2. Sécheresses, sécurité environnementale et conflits
De nombreux travaux ont montré que les catastrophes climatiques pouvaient limiter l’accès à des ressources importantes, et les sécheresses ne font pas exception. Durant un épisode de sécheresse, l’eau se raréfie et les terres arides deviennent moins cultivables. Des conflits peuvent survenir non seulement du fait de la raréfaction de l’eau et de la nourriture, mais aussi parce que certains groupes de population et lieux géographiques se trouvent dans une situation plus vulnérable que d’autres. Les déplacements et migrations environnementaux représentent une autre voie par laquelle les épisodes de sécheresse peuvent contribuer à des tensions et des conflits dans des régions non directement touchées par des sécheresses (OCDE, 2023[52]). Les violences peuvent prendre diverses formes, allant des atteintes aux biens au niveau individuel, jusqu’aux conflits armés entre groupes organisés. Il est théoriquement possible que des épisodes de sécheresse aient des retombées négatives sur la stabilité politique et l’ordre social, et qu’ils alimentent des tensions entre pays voisins, même lorsqu’ils ne les touchent pas en même temps.
Un grand nombre d’études de cas et d’observations ponctuelles appuient l’hypothèse que les sécheresses puissent contribuer à des conflits, même si aucune conclusion définitive n’en ressort. Si l’on regarde une carte des lieux de conflits, on constate qu’ils coïncident avec des chocs de sécheresse et des anomalies négatives de pluviométrie et d’humidité des sols. Néanmoins, une grande part des conflits se produisent dans des zones humides. Climate Diplomacy (s.d.[80]) présente plus de 138 études de cas sur des dissensions et des conflits survenus dans le monde et pouvant être attribués au changement climatique. Sur ces 138 cas, 105 sont liés à la pénurie d’eau. En les examinant de plus près, il s’avère que 70 % des conflits associés simultanément au changement climatique et à la rareté de l’eau sont induits par des situations de concurrence locale ou internationale, des questions de sécurité alimentaire et des migrations. Le Tableau 3.4 présente un échantillon de conflits dont la survenue pourrait être attribuée, au moins en partie, à des anomalies de pluviosité ou de température persistantes ou s’aggravant progressivement. Tous les cas étudiés concernent des pays en développement, et la majorité d’entre eux se sont produits ou sont en cours en Afrique subsaharienne.
La concentration géographique de conflits liés aux sécheresses dans certaines régions telles que l’Afrique subsaharienne pose des problèmes importants pour mener des analyses scientifiques rigoureuses. Des pénuries de ressources se produisent souvent en Afrique subsaharienne pendant les épisodes de sécheresse, d’où une superposition systématique des situations de sécheresse et des troubles liés aux pénuries. Du fait de cette superposition, il est difficile de séparer les effets directs des catastrophes climatiques – comme une défiance plus grande envers les institutions et une panique sociale – des effets indirects induits par une concurrence accrue pour l’accès à des ressources se raréfiant de plus en plus. De plus, la pénurie de ressources en Afrique subsaharienne coïncide souvent avec des institutions économiques et politiques spécifiques à la région, très différentes de celles que l’on trouve dans les économies développées. Ces facteurs qui se superposent compliquent les tentatives d’isoler le rôle particulier joué par les sécheresses dans le déclenchement des conflits. Le même type de problèmes se pose pour mettre en évidence des relations causales dans d’autres régions en développement où les situations de sécheresse coexistent souvent avec des pénuries de ressources et des vulnérabilités institutionnelles, ce qui rend l’analyse encore plus complexe.
Tableau 3.4. Contribution potentielle des sécheresses à des conflits passés ou présents
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Pays concernés |
Période |
Principaux résultats |
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Concurrence locale pour l’accès à des ressources |
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Mali |
Depuis 2012 |
Le nord du Mali est confronté à une hausse de températures et une modification de ses régimes de précipitations qui ont entraîné des pertes de récoltes et l’exclusion politique de communautés locales. Parce que les sécheresses exacerbent les inégalités, on considère qu’elles favorisent le soutien aux groupes séparatistes et le recrutement au sein de groupes extrémistes armés |
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Yémen |
Depuis 1990 |
De nombreux conflits locaux se produisent à différents niveaux (individus, groupes tribaux, villages). Les migrations intérieures et les ventes de terres exacerbent les conflits : des tribus qui cohabitent sur les mêmes territoires mais n’ont pas les mêmes intérêts se disputent l’accès à des ressources en eau de plus en plus rares |
|
Soudan |
Depuis 2003 |
Les sécheresses graves enregistrées dans les années 1970 et 1980 peuvent avoir contribué aux hostilités ayant opposé des groupes locaux aux autorités gouvernementales, qui ont débouché sur la guerre civile au Darfour |
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Nigéria, Niger, Tchad, Cameroun |
Depuis 2009 |
La montée des groupes terroristes a été précédée d’une combinaison complexe de politiques défaillantes et de la survenue de sécheresses récurrentes au Tchad et au Niger |
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Niger |
Depuis 1944 |
Les conflits entre éleveurs et cultivateurs, qui ont tendance à s’exacerber en période de sécheresse et de famine, génèrent des violences ethniques au niveau local |
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Soudan du Sud |
Depuis 1944 |
La variabilité croissante de la pluviométrie au Soudan du Sud pourrait être liée à différents conflits entre communautés |
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Concurrence transfrontalière pour l’accès à des ressources |
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Éthiopie, Kenya |
Depuis 1944 |
Depuis 1960, le bassin d’Omo-Turcana est confronté à des sécheresses plus fréquentes et plus intenses. Les sécheresses intensifient la concurrence pour l’accès aux ressources entre communautés vivant de part et d’autre des frontières ; les conflits entre 1989 et 2011 ont fait officiellement 600 morts |
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Tadjikistan, Kirghizistan, Ouzbékistan |
Depuis 1991 |
Les différends recensés ont pu être exacerbés par les hausses de la consommation d’eau qui surviennent au moment où la température augmente et où les précipitations moyennes diminuent |
Source : Travaux des auteurs, d’après les données de Climate Diplomacy (s.d.[80]).
Du fait de ces obstacles méthodologiques, les données statistiques relatives aux effets du changement climatique sur les conflits ne permettent toujours pas, pour l’essentiel, de tirer des conclusions13. L’une des études les plus anciennes sur le sujet (Burke et al., 2009[81]) anticipait un effet significatif de la température (mais pas des précipitations) sur la survenue d’une guerre civile dans les pays d’Afrique subsaharienne. Deux études étroitement liées (Hsiang, Burke et M., 2013[82] ; Hsiang et Burke, 2014[83]) ont recueilli des estimations de divers travaux scientifiques menés dans des disciplines comprenant la psychologie, l’archéologie, la paléoclimatologie, les sciences politiques et l’économétrie. En ayant recours à des techniques méta-analytiques, la seconde postule qu’un choc de température ou de pluviométrie important (c’est-à-dire d’un écart type) accroît les conflits interpersonnels de 4 % et les conflits entre groupes de 11 %. Toutefois, plusieurs autres experts du domaine (Buhaug et al., 2014[84]) ont exprimé des interrogations sur les obstacles méthodologiques qui pourraient limiter la validité de l’étude de Hsiang, Burke et Miguel (2013[82]). Le manque de consensus est bien illustré au chapitre 12 du cinquième Rapport d’évaluation du GIEC consacré à la sécurité humaine (Agder et al., 2014[85]). Il souligne que « Certaines de ces études concluent à une relation faible, d’autres à l’absence de relation, et, globalement, les travaux publiés n’établissent aucune relation positive forte entre le réchauffement et les conflits armés »14. De la même façon, plusieurs études bibliographiques soulignent le manque de consensus. Néanmoins, l’une des dernières en date dans ce domaine (Koubi, 2019[86]) estime que le rôle du climat dans le déclenchement de conflits fait relativement consensus, mais que l’impact produit dépend de plusieurs conditions. Notamment, les régions moins développées qui dépendent de l’agriculture sont exposées à des conflits d’origine climatique, en particulier dans une situation de marginalisation politique.
Certaines analyses appuient l’hypothèse que les sécheresses contribuent aux conflits, mais uniquement lorsque les conditions préalables nécessaires à une explosion de violence sont présentes (Tableau 3.5). Harari et Ferrara (2018[87]) utilisent des données uniques couvrant 2 700 mailles ( sur 46 pays africains pendant 24 ans. D’après leurs estimations, un choc de sécheresse transitoire survenu trois ans auparavant augmente de 3 points de pourcentage la probabilité de conflit aujourd’hui. Si le même choc de sécheresse avait persisté jusqu’au moment présent, son effet passerait à 6.3 points de pourcentage. L’estimation est élevée, dans la mesure où un lieu de l’échantillon avait 17 % de probabilités de traverser une période de conflit, quelle qu’en soit la nature, à un instant donné. L’étude prédit qu’un lieu en situation de conflit l’année précédente avait une probabilité supplémentaire de 12 à 34 points de pourcentage d’être aussi en situation de conflit l’année présente. De plus, Harari et Ferrara (2018[87]) constatent d’importants effets de débordement spatial. Un lieu a entre 2.3 et 4.5 points de pourcentage de probabilités en plus d’être confronté à un conflit si un lieu voisin se trouve actuellement en situation de conflit. Un résultat essentiel de Harari et Ferrara (2018[87]) est le fait que les effets se révèlent limités aux saisons végétatives : les chocs de sécheresse se produisant en dehors des périodes critiques pour la croissance des cultures n’ont pas d’effet sur la survenue de conflits. Bien que les conditions préalables décrites par Harari et Ferrera (2018[87]) soient de mauvaises récoltes et des pertes de production agricole, l’étude d’Almer, Laurent-Lucchetti et Oechslin (2017[88]) souligne que la pénurie d’eau et la présence de plusieurs groupes ethniques jouent aussi un rôle important dans la survenue de conflits.
Tableau 3.5. Études sur la sécurité environnementale mettant en évidence des facteurs associés à la sécheresse
Copier le lien de Tableau 3.5. Études sur la sécurité environnementale mettant en évidence des facteurs associés à la sécheresse|
Étude |
Informations méthodologiques |
Principaux résultats |
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Impact indirect de la pluviométrie sur les conflits et les violences, par le biais des revenus |
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Hidalgo et al. (2010[89]) |
Brésil. Les anomalies pluviométriques sont utilisées comme facteur prédictif1 du revenu agricole, qui influe à son tour sur les invasions de terres |
Une variation de 1.0 écart type des précipitations (dans les deux sens) augmente les invasions de terres de 2.6-4.1 écarts types |
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Impact direct de l’indice de précipitations et d’évapotranspiration normalisé (SPEI) sur les conflits |
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Harari et Ferrara (2018[87]) |
Continent africain, 1997-2011. Étude économétrique spatiale qui suit les conflits au moyen de données à haute résolution spatiale (2 700 mailles, 46 pays) |
En fonction de sa durée, une baisse de 1.0 écart type des valeurs de SPEI (c’est-à-dire une sécheresse légère) pendant une saison végétative entraîne une hausse de la probabilité de conflit au cours des deux années suivantes, comprise entre 0.09 et 0.26 écart type. |
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Almer, Laurent-Lucchetti et Oechslin (2017[88]) |
Continent africain, 1997-2011. Étude économétrique spatiale qui suit les conflits au moyen de données à haute résolution spatiale (2 700 mailles, 46 pays) |
En moyenne, une baisse de 1.0 écart type des valeurs de SPEI (c’est-à-dire une sécheresse légère) augmente la probabilité de survenue d’un conflit de 8%, soit 0.002 écart type. |
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Abel et al. (2019[90]) |
Monde, 2006-2015. Étude explorant les liens entre changement climatique, conflits et demandes d’asile |
Les sécheresses ont eu peu ou pas d’impact sur les conflits, sauf pour les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient entre 2010 et 2015 |
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Impact direct de la pluviométrie sur les conflits |
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Sofuoğlu et Ay (2020[91]) |
18 pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, 1985-2016. Analyse de causalité sur données de panel, utilisant des données sur la température et les précipitations |
Des relations causales entre la température et l’instabilité politique et les conflits sont détectées pour au moins 15 des 18 pays de l’échantillon. Des relations causales entre les précipitations et l’instabilité politiques et les conflits sont détectées pour 3 des 18 pays de l’échantillon |
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Miguel (2005[92]) |
Tanzanie, 1992-2002 Étude analysant les écarts de taux d’homicide entre villages, en prenant en compte l’hétérogénéité observée et non observée entre eux (effets fixes) |
Les sécheresses et les inondations ont (quasiment) multiplié par deux le nombre de meurtres et d’agressions |
Source : Travaux des auteurs, d’après les études primaires et les estimations grossières présentées en détail dans Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]).
Références
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. Les trois canaux (taux de survie, taille des végétaux et ratio biomasse aérienne/souterraine) interviennent dans la production agricole. Si le premier peut sembler évident, le troisième l’est beaucoup moins. Les tiges et les feuilles jouent un rôle déterminant dans la photosynthèse et le développement des fruits, des graines et des autres éléments récoltables. Lorsque la quantité de biomasse affectée à ces structures diminue, la croissance et le rendement de la culture peuvent en pâtir.
← 2. Par exemple, la probabilité de survie des arbres du genre Salix (saules et osiers, notamment) exposés à un épisode de sécheresse de 30 jours est divisée par deux par rapport à celle des mêmes arbres non exposés. Au contraire, les tamaris exposés à 30 jours de sécheresse présentent une probabilité de survie de près de 90 % de celle de tamaris non exposés.
← 3. Les principaux résultats numériques sont les suivants : une baisse de l’humidité des sols de 1.0 écart type diminue la végétation des terres cultivées durant la même année d’environ 0.4 écart type, la plupart des modèles utilisés anticipant un effet compris entre 0.30 et 0.55. Pour les forêts et les zones humides, les estimations centrales s’établissent à 0.25 et 0.20, respectivement. Les spécifications des modèles économétriques et les détails de l’étude figurent dans Tikoudis, Gabriel et Oueslati (2025[4]).
← 4. Le principal résultat numérique est qu’une baisse de 400 millimètres des précipitations annuelles peut avoir un impact équivalent à une diminution de 1.0 écart type de l’humidité des sols.
← 5. Ici, les estimations indiquées proviennent des estimations grossières utilisant les statistiques descriptives du tableau 2 et les estimations économétriques pour les comtés arides des États-Unis qui ne prennent en compte ni la température ni les précipitations (tableau 4, colonne 1) dans Kuwayama (2019[25]). L’exposition moyenne était de 8.5 semaines pour les sécheresses légères (D0), 5.7 semaines pour les sécheresses modérées (D1), 3.9 semaines pour les sécheresses graves (D2), de 2.3 semaines pour les sécheresses extrêmes (D3) et de 0.8 semaine pour les sécheresses exceptionnelles (D4).
← 6. Les auteurs indiquent que l’écart type équivaut à 2.7 unités de l’indice PDSI.
← 7. Toutefois, les sécheresses et le stress hydrique ne sont pas les seules raisons expliquant la vulnérabilité de la fourniture d’énergie par les centrales thermiques. Un certain nombre d’études soulignent le problème général de la pénurie d’eau et de l’allocation de l’eau entre consommation résidentielle, utilisation industrielle, systèmes énergétiques et alimentaires. Voir par exemple Zheng et al. (2016[93]) pour la Chine, Hejazi et al. (2023[101]) pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.
← 8. Ce chiffre a été communiqué à l’origine par AccuWeather (2022[100]) et a ensuite été cité par le Forum économique mondial (2023[102]).
← 9. Une autre publication connexe contenant une étude empirique de l’effet de la pluviométrie sur le PIB est celle de Zaveri, Damania et Engle (2023[51]).
← 10. Šedová, Čizmaziová et Cook (2021[95]) et Minx et al. (2017[97]).
← 11. Cipollina, De Benedictis et Scibè (2024[103]). Pour d’autres études bibliométriques sur le sujet, voir Maretti, Tontodimamma et Biermann (2019[99]) ; Milán-García et al. (2021[98]) ; Priovashini et Mallick (2022[96]).
← 12. Par conséquent, chaque observation de la méta-analyse représente l’effet (décrit) d’une évolution de 1.0 écart type d’une variable climatique sur la migration, cet effet étant exprimé également en écarts types.
← 13. Bernauer, Böhmelt et Koubi (2012[104]) explorent la contribution et les insuffisances des méthodes qualitatives dans les publications sur la sécurité environnementale.
← 14. Agder et al. (2014[85]) attribuent cette affirmation à Theisen, Gleditsch et Buhaug (2013[94]).