- L’activité a continué de résister face aux attaques permanentes
- L’aide extérieure continue d’être décisive pour les finances publiques et la stabilité monétaire
- La reprise progressive devrait continuer malgré la poursuite de la guerre
- L’accroissement des recettes et l’aide à la réintégration des adultes étaieront la reprise
Perspectives économiques de l'OCDE, Volume 2024 Numéro 2 : Ukraine
Table des matières
L’économie de l’Ukraine a continué de faire preuve de résilience. Elle devrait croître de près de 3 % en 2024, portée par les dépenses de défense, les exportations agricoles et le redressement de la production métallurgique. La croissance devrait se modérer pour s’établir à 2.2 % en 2025 et à 2.0 % en 2026 en raison de la poursuite de la guerre et du fait que l’aide extérieure a atteint un plateau. La croissance serait plus vigoureuse si la situation sécuritaire se stabilisait et si la reconstruction et la reprise de l’activité s’accéléraient.
Les politiques monétaire et budgétaire favorisent la stabilité macroéconomique, malgré les perturbations économiques continues et les coûts engagés par l’Ukraine pour se défendre face à la vaste invasion de de la Russie. Les autorités monétaires restent attachées à l’objectif d’inflation et ont interrompu leurs baisses du taux d’intérêt directeur. Les autorités budgétaires relèvent actuellement les impôts en vue de participer au financement des amples déficits budgétaires. La mobilisation de recettes intérieures supplémentaires et la mise en œuvre de l’important programme de réformes contribueront à financer les dépenses publiques et inciteront le secteur privé à participer davantage au financement de la reconstruction. En conséquence de la mobilisation militaire et de l’émigration, les entreprises peinent à trouver de la main-d’œuvre, ce qui constitue leur principale contrainte. Les politiques visant à aider les anciens combattants et les personnes ayant émigré à réintégrer l’économie peuvent contribuer à remédier à ce problème lorsque la situation le permettra.
L’activité a continué de résister face aux attaques permanentes
Copier le lien de L’activité a continué de résister face aux attaques permanentesL’économie ukrainienne a continué de se redresser tout au long du deuxième trimestre de 2024, quoiqu’à un rythme plus lent qu’en début d’année. Selon les indicateurs à haute fréquence, ce rythme de croissance plus modéré s’est prolongé au troisième trimestre. Les dommages à l’approvisionnement énergétique et la demande accrue d’énergie au cours d’un été anormalement chaud ont provoqué des coupures d’électricité qui ont pesé sur le secteur manufacturier. À l’inverse, la production a été soutenue par de bonnes récoltes agricoles en début d’été et une reprise progressive de la production métallurgique. Malgré le déclin de l’activité économique, la pénurie de main-d’œuvre est devenue la principale contrainte pour les entreprises en raison de la mobilisation militaire, de l’émigration et de l’emploi non déclaré. Les employeurs ont considérablement relevé les salaires, à hauteur de 14.1 % en termes réels en moyenne en glissement annuel au deuxième trimestre de 2024, voire à des taux beaucoup plus élevés pour les travailleurs des secteurs liés aux besoins militaires, comme l’informatique et la construction. Ces facteurs ont concouru à faire monter l’inflation globale à 8.6 % en glissement annuel en septembre 2024.
Les voies maritimes par la Mer noire ont permis à l’Ukraine de maintenir ses exportations de produits agricoles en vrac, de minerais et de métaux, malgré les attaques de la Russie. Les exportations en volumes par fret maritime ont été 1.6 fois supérieures à celles de 2023 entre janvier et septembre 2024 et les exportations agricoles ont renoué avec les niveaux antérieurs à 2022. Les voies d’exportation par les pays européens voisins de l’Ukraine ont également gagné en importance puisqu’elles permettent d’acheminer 64 % des volumes d’exportations non agricoles et 26 % des volumes d’exportations agricoles. Grâce aux importations d’électricité en provenance du réseau européen, l’Ukraine a pu palier une part importante de son déficit d’approvisionnement tandis qu’elle réparait les dégâts causés par les offensives russes. Début octobre, l’Ukraine a pu, par moments, reprendre ses exportations d’électricité.
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1. Écart entre le pourcentage des réponses selon lesquelles « il est devenu plus difficile de trouver des salariés » et celui des réponses selon lesquelles « il est devenu plus facile de trouver des salariés ».
Source : Base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 116 ; Institut de recherche économique ; et Banque nationale d’Ukraine.
Ukraine : demande, production et prix
Copier le lien de Ukraine : demande, production et prixL’aide extérieure continue d’être décisive pour les finances publiques et la stabilité monétaire
Copier le lien de L’aide extérieure continue d’être décisive pour les finances publiques et la stabilité monétaireLe déficit budgétaire devrait rester élevé, et avoisiner 20 % du PIB en 2024 et 2025. Comme on s’attend à une poursuite de la guerre de grande ampleur en 2025, le gouvernement a inscrit dans le budget une hausse des dépenses de défense et de sécurité qui atteindront 26.3 % du PIB en 2025, sans compter l’aide en nature apportée par les partenaires extérieurs de l’Ukraine. Le budget pour 2025 vise à ramener les dépenses sociales, de santé et d’éducation à 8.4 % du PIB, soit environ 1 % du PIB de moins qu’en 2024. Le gouvernement prévoit de porter à 57 % la part des dépenses financées par les recettes intérieures grâce au coup de pouce fourni par les rentrées fiscales induites par l’inflation et par la dépréciation du taux de change et, s’il est approuvé, grâce au relèvement de l’impôt sur le revenu des sociétés, des taux des droits d’accise et de l’impôt militaire sur les revenus du travail. Le déficit portera la dette publique à près de 100 % du PIB. Les trois quarts de la nouvelle dette ont été levés à l’étranger. Les dons extérieurs devraient représenter un financement équivalent à 1 % du PIB. Le soutien financier extérieur d’un montant de 24.5 milliards USD reçu jusqu’en octobre 2024 et le soutien militaire et humanitaire de 32.7 milliards USD dont elle a bénéficié jusqu’en août 2024 ont permis à l’Ukraine de conserver ses réserves de change et de stabiliser son taux de change par rapport à l’USD entre juillet et octobre 2024. La banque centrale maintient son principal taux d’intérêt directeur à 13 % depuis juin 2024, mais a décidé de relever les réserves obligatoires des banques lors de sa réunion de septembre.
La reprise progressive devrait continuer malgré la poursuite de la guerre
Copier le lien de La reprise progressive devrait continuer malgré la poursuite de la guerreLa croissance devrait se poursuivre à un rythme modéré jusqu’en 2025, car les dépenses de défense continuent de soutenir l’activité et les dépenses de consommation augmentent, dans la mesure où les pénuries de main-d’œuvre continuent d’alimenter la forte croissance des salaires. Les perturbations de l’approvisionnement énergétique, notamment en hiver et la situation agricole un peu moins favorable devraient peser sur la production industrielle et agricole. La croissance devrait continuer de refluer en 2026 en partant de l’hypothèse que la guerre se poursuivra et que tant que le conflit durera, peu de personnes déplacées reviendront en Ukraine. Ces évolutions devraient concourir à maintenir l’inflation légèrement au-dessus de l’objectif de 5 % fixé par la banque centrale à moyen terme. Ces projections reposent sur l’hypothèse que le pays continuera de bénéficier d’aides financières et en nature. Une réduction du montant des aides financières mettrait en péril la stabilité macroéconomique générale, tandis qu’une diminution des aides en nature risque d’entraîner une forte hausse des dépenses militaires inscrites au budget, au prix d’une fragilisation des finances publiques. À l’inverse, une amélioration de la situation sécuritaire pourrait se traduire par une forte progression de la croissance lorsque les activités de reconstruction et de redressement s’accélèreront. Un degré d’incertitude exceptionnel entoure ces hypothèses.
L’accroissement des recettes et l’aide à la réintégration des adultes étaieront la reprise
Copier le lien de L’accroissement des recettes et l’aide à la réintégration des adultes étaieront la repriseL’Ukraine peut renforcer la base de ses recettes intérieures tout en limitant le poids des impôts sur les décisions d’investissement et d’emploi, par exemple, en relevant les impôts indirects, en simplifiant les formalités à remplir pour respecter les obligations fiscales et en réduisant la fraude. Une fois passée l’urgence des approvisionnements énergétiques de l’hiver prochain, une réforme du marché de l’énergie – visant à encourager les investissements dans de nouvelles capacités de production, notamment en décidant d’appliquer aux ménages et aux producteurs une tarification fondée sur le marché et en remédiant au problème des créances impayées, hérité du passé – pourrait contribuer à remédier à l’une des contraintes les plus impérieuses à la restauration de l’activité économique et du bien-être. Lorsque la situation sécuritaire s’améliorera, les personnes déplacées seront plus nombreuses à revenir en Ukraine et les membres des forces de sécurité pourront être démobilisés. Il faudra alors soutenir toutes ces personnes dans leur recherche d’emploi, les aider à se former et à se réintégrer afin de leur permettre de mieux contribuer à la reconstruction et au redressement de l’Ukraine.