La croissance mondiale a été plus résiliente que prévu au premier semestre de 2025, en particulier dans un grand nombre d’économies de marché émergentes. La production industrielle et les échanges ont été stimulés par les effets d’anticipation du relèvement des droits de douane. La vigueur des investissements liés à l’IA a dopé les résultats aux États-Unis, et en Chine, le soutien budgétaire a compensé le ralentissement des échanges et la faiblesse du marché immobilier.
Les taux bilatéraux des droits de douane des États-Unis ont augmenté dans presque tous les pays depuis mai. Le taux tarifaire effectif global américain a augmenté pour atteindre un pourcentage estimé à 19,5 % à la fin août, soit le taux le plus élevé depuis 1933.
Les effets des relèvements des droits de douane ne se sont pas encore fait pleinement sentir – du fait que l’application de nombreux changements est échelonnée, et que les entreprises répercutent dans un premier temps une partie des majorations sur leurs marges – mais ils deviennent de plus en plus perceptibles lorsqu’on observe les choix de dépenses, les marchés du travail et les prix à la consommation.
Des signes de fléchissement apparaissent sur les marchés du travail, sous la forme d’une hausse des taux de chômage et d’un recul du nombre d’offres d’emploi rapporté au nombre de chômeurs dans certaines économies, notamment aux États-Unis.
La désinflation s’est arrêtée dans de nombreuses économies, du fait de la persistance généralisée de la montée des prix des produits alimentaires à l’origine d’une résurgence de l’inflation des biens et des services.
Les conditions prévalant sur les marchés financiers se sont assouplies ces derniers mois dans les économies avancées et les économies de marché émergentes, dans un contexte de dynamisme des prix des actifs, d’amélioration de l’offre de crédit et de faiblesse des écarts de rendement des obligations d’entreprise. Néanmoins, les valeurs des actifs semblent élevées et les risques budgétaires à venir suscitent des inquiétudes grandissantes.
La croissance du PIB mondial devrait passer de 3.3 % en 2024 à 3.2 % en 2025, puis 2.9 % en 2026, à mesure que les effets d’anticipation vont prendre fin, et que le relèvement des droits de douane et la persistance d’une forte incertitude liée à l’action publique pèseront sur l’investissement et les échanges.
Aux États-Unis, la croissance annuelle du PIB devrait chuter de 2.8 % en 2024 à 1.8 % en 2025, puis 1.5 % en 2026, la forte expansion de l’investissement dans les secteurs de technologie de pointe étant plus que compensée par l’augmentation des droits de douane et un recul de l’immigration nette. La croissance du PIB de la zone euro devrait s’établir à 1.2 % en 2025 et 1.0 % en 2026, l’aggravation des tensions commerciales et de l’incertitude géopolitique étant dans une certaine mesure compensée par l’assouplissement des conditions de crédit. En Chine, la croissance devrait atteindre 4.9 % en 2025 et 4.4 % en 2026, à mesure que les phénomènes d’anticipation se dissiperont, que les droits de douane augmenteront et que le soutien budgétaire diminuera.
L’inflation devrait ralentir dans la plupart des économies du G20 en raison du fléchissement de la croissance économique et de l’atténuation des tensions sur le marché du travail. Dans les économies du G20, l’inflation globale devrait ainsi reculer, de 3.4 % en 2025 à 2.9 % en 2026, et dans les économies avancées de ce groupe, l’inflation sous-jacente devrait dans l’ensemble rester stable, s’établissant à 2.6 % en 2025 et 2.5 % en 2026.
Des risques importants continuent de peser sur les perspectives économiques. De nouvelles hausses des droits de douane bilatéraux, une résurgence des tensions inflationnistes, une inquiétude accrue à l’égard des risques budgétaires ou une réévaluation notable des risques sur les marchés financiers sont autant de facteurs qui pourraient freiner la croissance économique par rapport au scénario de référence. Des valorisations élevées et fluctuantes des crypto-actifs sont également synonymes de risques pour la stabilité financière, compte tenu de l’interdépendance croissante avec le système financier traditionnel. À l’inverse, une réduction des restrictions commerciales ou un développement et une adoption plus rapides des technologies de l’intelligence artificielle peuvent améliorer les perspectives de croissance.
Les pays doivent trouver des moyens de coopérer dans le cadre du système commercial mondial et s’efforcer de rendre la politique commerciale plus transparente et plus prévisible tout en répondant aux inquiétudes liées à la sécurité économique.
Les banques centrales devraient rester vigilantes et réagir rapidement à toute évolution de la balance des risques pesant sur la stabilité des prix. Sous réserve que les anticipations d’inflation restent bien ancrées, il faudrait continuer d’abaisser les taux d’intérêt directeurs dans les économies où l’inflation sous-jacente devrait revenir vers l’objectif. Veiller à l’indépendance de la banque centrale permettra de préserver la crédibilité de l’action des pouvoirs publics et de réduire la volatilité et la persistance de l’inflation.
Un suivi et une surveillance efficaces et des politiques réglementaires solides sont nécessaires pour faire face aux risques qui compromettent la stabilité financière.
La discipline budgétaire est indispensable pour préserver la viabilité de la dette à long terme et conserver une marge de manœuvre permettant de réagir face à des chocs futurs. L’adoption de trajectoires crédibles d’ajustement budgétaire à moyen terme, conjuguant une intensification des efforts visant à maîtriser et réaffecter les dépenses et un accroissement des recettes, sera primordiale pour s’assurer de la stabilisation du poids de la dette.
Il est nécessaire d'intensifier les efforts de réforme structurelle pour obtenir une amélioration durable des niveaux de vie et concrétiser les gains que peuvent générer des nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle.
Perspectives économiques de l'OCDE, Rapport intermédiaire, septembre 2025
Trouver le juste équilibre en période d’incertitude
Résumé
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Note : Écart par rapport aux Perspectives économiques de l’OCDE de juin 2025 mesuré en points de pourcentage, sur la base de chiffres arrondis. Les agrégats Monde et G20 sont calculés à l’aide de pondérations variables fondées sur les PIB nominaux, à parité de pouvoir d’achat (PPA). Les révisions des estimations de PPA influent sur les écarts mesurés au niveau des agrégats. Sur la base des données disponibles au 18 septembre 2025.
1. L’Union européenne (UE) est membre à part entière du Groupe des Vingt (G20), mais l’agrégat G20 comprend uniquement les pays qui en sont également membres à titre individuel.
2. L’Espagne est un invité permanent du G20.
3. Exercices budgétaires, qui débutent en avril.
Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 118 ; et base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 117.
Tableau 2. L’inflation globale devrait ralentir en 2026
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Note : Écart par rapport aux Perspectives économiques de l’OCDE de juin 2025 mesuré en points de pourcentage, sur la base de chiffres arrondis. L’agrégat G20 est calculé à l’aide de pondérations variables fondées sur les PIB nominaux, à parité de pouvoir d’achat (PPA). Les révisions des estimations de PPA influent sur l’écart mesuré au niveau de l’agrégat. Sur la base des données disponibles au 18 septembre 2025.
1. L’Union européenne (UE) est membre à part entière du Groupe des Vingt (G20), mais l’agrégat G20 comprend uniquement les pays qui en sont également membres à titre individuel.
2. L’Espagne est un invité permanent du G20.
3. Exercices budgétaires, qui débutent en avril.
Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 118 ; et base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 117.
Tableau 3. L’inflation sous-jacente devrait rester globalement stable
Copier le lien de Tableau 3. L’inflation sous-jacente devrait rester globalement stable
Note : Écart par rapport aux Perspectives économiques de l’OCDE de juin 2025 mesuré en points de pourcentage, sur la base de chiffres arrondis. L’agrégat « Économies avancées du G20 » est calculé à l’aide de pondérations variables fondées sur les PIB nominaux, à parité de pouvoir d’achat (PPA). Les révisions des estimations de PPA influent sur l’écart mesuré au niveau de l’agrégat. L’inflation sous-jacente exclut les prix des produits alimentaires et de l’énergie. Sur la base des données disponibles au 18 septembre 2025.
1. L’Union européenne (UE) est membre à part entière du Groupe des Vingt (G20), mais l’agrégat G20 comprend uniquement les pays qui en sont également membres à titre individuel.
2. L’Espagne est un invité permanent du G20.
Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 118 ; et base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 117.
Évolutions récentes
Copier le lien de Évolutions récentesLa croissance mondiale est restée résiliente, à la faveur des effets, sur la production et les échanges, de l’anticipation du relèvement des droits de douane
1. La croissance économique mondiale a été plus résiliente que prévu au premier semestre de 2025, l’expansion de l’économie mondiale ayant atteint un rythme annualisé de 3.2 %. Les effets, sur la production et les échanges de biens, de l’anticipation de l’instauration de droits de douane plus élevés ont joué un rôle moteur important, la croissance de la production industrielle au premier semestre de l’année ayant dépassé le rythme moyen de 2024 dans la plupart des économies du G20. La forte croissance de l’investissement dans les secteurs de technologie de pointe a également stimulé l’activité aux États-Unis et au Japon. Néanmoins, la croissance de la consommation privée a fléchi aux États-Unis, ainsi que dans certains pays de la zone euro comme la France et l’Italie. De nombreuses économies de marché émergentes ont enregistré des hausses inattendues de la croissance s’expliquant, dans certains cas, par des facteurs idiosyncratiques qui ne sont pas appelés à perdurer, notamment un pic de la production agricole au Brésil au premier trimestre, une chute brutale de la croissance du déflateur du PIB en Inde au deuxième trimestre, la constitution de stocks importants en Türkiye et un rebond marqué de l’investissement en Indonésie. En Chine, la croissance a bien résisté, une accélération du rythme des dépenses publiques ayant plus que compensé l’effet modérateur de l’ajustement en cours du marché immobilier et les effets négatifs des tensions commerciales avec les États-Unis.
Graphique 1. La croissance mondiale est restée résiliente, la production industrielle ayant bénéficié de phénomènes d’anticipation
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Note : Dans la partie A, la croissance annuelle correspond à la variation en glissement annuel pour le trimestre indiqué. La croissance trimestrielle annualisée est un taux de croissance en glissement trimestriel en rythme annualisé. Les agrégats mondiaux sont des mesures pondérées calculées à PPA.
Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 118 ; base de données des Principaux indicateurs économiques de l’OCDE ; et calculs de l’OCDE.
2. Les échanges mondiaux de marchandises ont progressé rapidement au premier semestre de 2025, en partie dû à l’essor des expéditions à destination des États-Unis. Cette tendance a été particulièrement manifeste avant le mois d’avril (graphique 2, partie A) et s’est accompagnée d’une hausse des ratios stocks‑ventes chez les détaillants aux États‑Unis. Les échanges ont poursuivi leur mouvement ascendant régulier dans les économies avancées d’Asie au deuxième trimestre, ainsi que dans les économies de marché émergentes d’Asie et d’Europe orientale, mais les volumes d’importations se sont nettement contractés aux États-Unis et les exportations ont chuté au Canada et en Amérique latine. Les échanges bilatéraux entre la Chine et les États-Unis ont fortement reculé ces derniers mois (graphique 2, partie B). Les indicateurs récents des échanges mondiaux à haute fréquence sont contrastés, certains signes indiquant que le trafic portuaire de conteneurs, le fret aérien et le transport de passagers ont connu une baisse durant l’été. Les indicateurs relatifs aux nouvelles commandes à l’exportation établis à partir d’enquêtes de conjoncture restent aussi plutôt en berne.
Graphique 2. La croissance des échanges s’est accélérée aux États-Unis avant le mois d’avril, mais elle a ralenti depuis
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Note : Les échanges de marchandises sont utilisés dans les deux parties. Dans la partie A, les volumes d’échanges correspondent à la moyenne des volumes d’exportations et d’importations EA et EMEdésignent respectivement les économies avancées et les économies de marché émergentes. Dans la partie B, EXP PB et RM désignent respectivement les exportateurs de produits de base et le reste du monde. Les exportateurs de produits de base sont l’Afrique du Sud, l’Argentine, l’Australie, le Brésil, le Chili, l’Indonésie, la Nouvelle-Zélande, le Pérou et les économies de l’OPEP+.
Source : CPB ; Bureau du recensement des États-Unis (US Census Bureau) ; et calculs de l’OCDE.
Les indicateurs d’activité récents font apparaître des signes de modération
3. Les indicateurs récents fondés sur les enquêtes de conjoncture donnent à penser que la croissance de la production a bien résisté dans la plupart des pays jusqu’en août, mais des signes de ralentissement potentiel de la dynamique se font jour dans les données à haute fréquence sur l’activité. La production industrielle mensuelle a récemment chuté dans plusieurs pays, dont la Corée, l’Allemagne et le Brésil (graphique 3, partie A). On observe également des signes d’une modération sous-jacente de la croissance de la consommation dans certaines grandes économies, telles que les États-Unis, la zone euro et la Chine (graphique 3, partie B). La confiance des consommateurs reste également en berne par rapport aux niveaux observés par le passé et demeure en deçà du niveau vu à la fin de 2024, en particulier dans les grandes économies avancées, ce qui pourrait s’expliquer par le niveau élevé d’incertitude politique et par l’accentuation des tensions sur les prix des produits alimentaires.
Graphique 3. La croissance de la production industrielle et des ventes au détail marque le pas dans plusieurs grandes économies
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Note : Les ventes au détail sont mesurées à partir des dépenses réelles mensuelles des ménages pour les États-Unis, de l’indice mensuel de la consommation réelle pour le Japon, et du volume des ventes au détail pour toutes les autres économies.
Source : Base de données des Principaux indicateurs économiques de l’OCDE ; et calculs de l’OCDE.
4. Les nouvelles hausses des droits de douane bilatéraux par les États-Unis à la quasi-totalité de leurs partenaires commerciaux depuis la mi-mai ont porté, selon les estimations, le taux effectif des droits de douane sur les importations américaines de marchandises (calculé ex ante à l’aide des coefficients de pondération correspondant à 2024) à 19.5 % à la fin d’août (graphique 4, partie A). Ce taux tarifaire, qui est le plus élevé observé depuis 1933, est supérieur de 4.1 points de pourcentage à celui de la mi-mai (utilisé dans l’édition de juin des Perspectives économiques de l’OCDE). Au niveau sectoriel, les droits de douane appliqués par les États-Unis à l’ensemble des importations d’acier et d’aluminium ont été relevés de 25 points de pourcentage supplémentaires, et ceux appliqués à l’ensemble des importations de cuivre de 50 points de pourcentage. De nouveaux accords bilatéraux portant sur les droits de douane, les investissements et d’autres domaines de coopération ont été conclus depuis mai avec certains pays, dont le Japon et l’Indonésie, et l’Union européenne et ont réduit les droits de douane appliqués à certains produits. Parmi les pays du G20, la Chine, l’Inde et le Brésil subissent cette année les plus fortes hausses des droits de douane bilatéraux appliqués par les États-Unis. Les procédures judiciaires et les négociations en cours, ainsi que le risque d’imposition de nouveaux droits de douane sur les produits actuellement exemptés, accentuent l’incertitude qui entoure les politiques commerciales. Les mesures de l’incertitude liée à la politique commerciale fondées sur une analyse de la presse ont diminué depuis avril 2025, mais elles restent élevées par rapport aux niveaux observés par le passé.
5. Les effets de la hausse des droits de douane ne se font pas encore pleinement sentir dans l’économie américaine, ce qui s’explique par une conjonction de facteurs : l’utilisation par les entreprises de leurs stocks et de leurs grandes marges bénéficiaires pour absorber l’impact initial de la hausse des droits de douane ou s’en protéger, les délais entre l’annonce et la mise en œuvre effective du relèvement des taux de droits de douane, et l’exemption des nouveaux taux pour les marchandises déjà en transit. À la marge, on observe également des signes de réduction des achats de biens soumis à une hausse plus forte des droits de douane (graphique 4, partie D). Les taux de droits de douane mensuels observés (ex post), calculés à partir des statistiques des recettes publiques et des échanges commerciaux des États-Unis (droits de douane déclarés divisés par la valeur des importations de marchandises), ont fortement grimpé cette année, mais ils sont inférieurs aux taux de droits de douane effectifs estimés (graphique 4, partie B), ce qui laisse augurer une augmentation du recouvrement des droits de douane dans les mois à venir.
6. Certains signes indiquent déjà que les droits de douane ont commencé à se répercuter sur les prix à la consommation, notamment sur les biens durables ayant un contenu en importations important (graphique 4, partie C). De récentes enquêtes de conjoncture montrent également que la hausse continue des prix des intrants dans le secteur manufacturier aux États-Unis est en train de se répercuter sur les prix à la production. Les données sur les prix à l’importation suggèrent que les entreprises étrangères ont peu cherché à compenser la hausse des droits de douane américains dans les prix des exportations vers les États-Unis, à l’exception notable de l’abaissement des prix des voitures particulières exportées du Japon.
Graphique 4. La hausse des droits de douane se répercute progressivement sur l’économie réelle
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Note : Dans les parties A et B du graphique, les taux des droits de douane effectifs estimés pour 2025 sont calculés sur la base des taux applicables aux produits et aux pays, pondérés en fonction des parts spécifiques à chaque pays des produits importés par les États-Unis en 2024. Les estimations des droits de douane à payer proviennent du Bureau du recensement des États-Unis et sont exprimées en pourcentage de la valeur totale CAF (coût, assurance, fret) des importations. On pose l’hypothèse que le taux de conformité aux règles de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) est de 50 % pour le Canada et le Mexique, et celui pour les véhicules et les pièces automobiles est de 25 % au Canada et de 20 % au Mexique. Des taux de conformité plus élevés réduiraient les droits de douane estimés pour ces pays. Dans la partie C, on a calculé les prix à partir du déflateur des dépenses personnelles de consommation en utilisant le contenu en importations des produits selon Barbiero et Stein (2025). La partie D montre, pour chaque catégorie de marchandises, la différence entre la part moyenne des importations totales de biens en valeur en 2024 et celle calculée sur les six premiers mois de 2025.
Source : Bureau d’analyse économique des États-Unis (BEA, Bureau of Economic Analysis) ; Barbiero et Stein (2025), « The Impact of Tariffs on Inflation », Current Policy Perspective, 25-2, branche de Boston de la Réserve fédérale des États-Unis ; Bureau du recensement des États-Unis (Census Bureau) ; Commission du commerce international des États-Unis (USITC, United States International Trade Commission) ; Maison Blanche ; et calculs de l’OCDE.
Les tensions sur les marchés du travail s’atténuent dans certaines économies
7. On observe une certaine détente des marchés du travail. Bien que le taux de chômage dans l’ensemble de la zone OCDE reste très bas par rapport aux niveaux observés par le passé, il a légèrement augmenté dans le pays médian depuis la fin de 2024 (graphique 5, partie A). Les évolutions ont toutefois été variables. Le taux de chômage a augmenté en Afrique du Sud, en Inde, au Canada, en France, en Australie, en Allemagne et aux États-Unis, mais il a diminué dans d’autres pays, en particulier en Corée, en Türkiye, au Brésil, en Italie et en Espagne (graphique 5, partie B), et a atteint un point bas historique dans la zone euro. Le ratio emplois vacants/nombre de chômeurs laisse en outre apparaître des signes de fléchissement de la demande de main-d’œuvre aux États-Unis, en Allemagne, en Australie, au Royaume-Uni et au Canada. On observe également des signes de ralentissement de l’intensité du travail dans les économies avancées, le nombre moyen d’heures travaillées par salarié ayant diminué en glissement annuel au deuxième trimestre de 2025 au Japon, au Canada, en France, en Espagne et au Royaume-Uni.
8. Dans les économies avancées, la croissance des salaires nominaux a continué de se modérer sous l’effet de la détente des marchés du travail et du recul de l’inflation. Toutefois, la croissance des salaires reste supérieure aux niveaux compatibles avec les objectifs d’inflation aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et dans la zone euro, à moins d’une amélioration durable de la croissance de la productivité du travail. Sous l’effet conjugué du ralentissement de la croissance des salaires nominaux et de la persistance d’une forte inflation, la progression des salaires réels a ralenti depuis le dernier trimestre de 2024 dans de nombreuses économies avancées, dont le Japon, l’Italie, le Canada, l’Espagne et le Royaume-Uni.
Graphique 5. Une détente du marché du travail est observée dans certains pays
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Note : La partie A du graphique repose sur les données mensuelles relatives à 36 pays membres de l’OCDE. Dans la partie B, on a calculé les valeurs à partir des données mensuelles relatives aux pays de l’OCDE en utilisant le taux de chômage actuel publié en juillet 2025, sauf pour le Canada, la Corée et les États-Unis (août 2025). Pour le Brésil, les chiffres sont calculés à partir des données mensuelles, sur la base du taux de chômage actuel publié en juillet 2025. Pour les autres économies de marché émergentes non membres de l’OCDE, les calculs reposent sur des données trimestrielles, le taux de chômage actuel étant celui du deuxième trimestre de 2025.
Source : CEIC ; Statistiques de l’OCDE sur le marché du travail (base de données) ; et calculs de l’OCDE.
L’inflation n’a pas évolué de la même manière dans tous les pays, mais la hausse des prix des produits alimentaires a été généralisée
9. La désinflation s’est arrêtée dans de nombreuses économies, l’inflation des biens repartant à la hausse et celle des services restant persistante (graphique 6, partie A). On observe toutefois des divergences notables entre les économies avancées. La proportion de composantes du panier de consommation dont les prix ont augmenté de plus de 2 % (en glissement annuel) s’est accrue depuis le début de l’année aux États-Unis, au Canada, au Brésil et au Royaume-Uni, mais elle diminue dans la zone euro, en Australie et en Inde (graphique 6, partie B). Les évolutions des prix continuent de varier considérablement dans les économies de marché émergentes. En Indonésie, l’inflation, qui était faible, s’est récemment accélérée, tandis qu’en Argentine et en Türkiye, elle a continué de reculer. La Chine est quant à elle tombée à nouveau en déflation en août.
10. La hausse des prix des produits alimentaires à l’échelle mondiale a contribué à l’accélération de la hausse des prix des biens, les produits laitiers et les huiles végétales ayant fortement renchéri depuis le début de 2024. La hausse des prix des produits alimentaires est particulièrement forte au Japon, en grande partie du fait de l’évolution des prix du riz, mais d’autres pays comme l’Afrique du Sud, le Royaume‑Uni, la Corée, l’Italie et l’Indonésie ont également connu une accentuation des tensions sur les prix de l’alimentation (graphique 6, partie C). À l’inverse, l’inflation alimentaire a nettement diminué en Inde, à la faveur de la vigueur de l’offre intérieure et des restrictions à l’exportation. Dans l’ensemble des pays, on observe globalement des signes limités de désinflation dans certains secteurs de services telles que la santé, les loisirs et la restauration, les tensions sur les prix restant importantes par rapport à la période antérieure à la pandémie. L’atténuation des tensions sur les coûts du logement contribue toutefois maintenant au recul de l’inflation dans la plupart des économies avancées. Les anticipations d’inflation à court terme des ménages restent élevées par rapport aux niveaux observés par le passé aux États-Unis et au Royaume-Uni, tandis que dans les autres pays, les anticipations à court et à long terme ont augmenté dans une moindre mesure.
Graphique 6. La désinflation s’est arrêtée dans certaines économies de l’OCDE
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Note : Les trois parties du graphique présentent les taux d’inflation en glissement annuel. Dans la partie B, les données les plus récentes se rapportent à août 2025, sauf pour l’Australie, les États-Unis et le Japon (juillet 2025), et correspondent à des mesures de l’inflation en glissement annuel. Dans la partie C, les données les plus récentes se rapportent à août 2025, sauf pour l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite et le Japon (juillet 2025). La définition de l’inflation des prix des produits alimentaires correspond généralement aux produits alimentaires et aux boissons non alcoolisées, sauf pour le Brésil et l’Inde (produits alimentaires et boissons), et l’Indonésie (produits alimentaires, boissons et tabac).
Source : Base de données de l’OCDE sur les prix à la consommation ; Bureau australien de statistiques (ABS, Australian Bureau of Statistics) ; Bureau d’analyse économique des États-Unis (BEA, Bureau of Economic Analysis) ; CEIC ; Eurostat ; Institut brésilien de géographie et de statistique (Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística) ; ministère indien des Statistiques et de la Mise en œuvre des programmes ; Office des statistiques nationales du Royaume-Uni (ONS, Office for National Statistics) ; Statistique Canada ; Bureau des statistiques du Japon ; Office statistique de la Corée ; Institut statistique de Türkiye ; et calculs de l’OCDE.
Les conditions financières se sont considérablement assouplies
11. Les conditions financières sont devenues plus favorables ces derniers mois à la fois dans les économies avancées et dans les économies de marché émergentes, les indicateurs de volatilité des marchés financiers poursuivant leur repli après avoir atteint un pic en avril. Les prix des actions ont affiché des valorisations élevées, leurs cours ayant fortement augmenté dans la plupart des pays, et la capitalisation boursière des crypto-actifs a continué de monter en flèche. L’appétence accrue des investisseurs pour le risque a en outre été mise en évidence par la baisse des primes de risque sur les actions et la diminution des écarts de rémunération des obligations d’entreprise à haut rendement (graphique 7, partie A). La croissance du crédit bancaire a continué de se redresser dans les économies avancées, en partant toutefois d’un niveau bas. Le dollar des États-Unis s’est déprécié cette année par rapport à la plupart des devises, ce qui a contribué à un assouplissement des conditions financières aux États-Unis et dans les économies de marché émergentes dont la part de la dette libellée en dollars des États‑Unis est élevée.
12. Malgré ces évolutions, des signes d’incertitude accrue sur les marchés financiers perdurent, ainsi que des préoccupations croissantes concernant les risques budgétaires futurs. La prime d’échéance réelle estimée qui sous-tend les rendements des obligations souveraines à 10 ans des États-Unis a atteint un niveau historiquement élevé, l’écart de rendement des obligations souveraines de la France par rapport à celles émises par l’Allemagne s’est acrru, et la pente de la courbe des rendements souverains de long‑terme s’est nettement accentuée (graphique 7, partie B). L’augmentation des risques budgétaires est particulièrement manifeste dans les économies avancées, la prime de taux d’intérêt des obligations d’entreprise et des emprunts souverains des marchés émergents par rapport à ceux des économies avancées a récemment atteint son plus bas niveau depuis 2007. Le prix au comptant de l’or, généralement considéré comme un indicateur d’incertitude, a augmenté d’environ 40 % depuis le début de l’année.
Graphique 7. L’appétence accrue pour le risque s’accompagne d’inquiétudes croissantes concernant les risques budgétaires futurs
Copier le lien de Graphique 7. L’appétence accrue pour le risque s’accompagne d’inquiétudes croissantes concernant les risques budgétaires futurs
Note : La partie A présente les écarts de rémunération corrigés des effets de la clause de remboursement anticipé (option-adjusted spreads, OAS), qui mesurent l’écart de rendement entre une obligation à rendement élevé assortie d’une option (telle qu’une obligation remboursable par anticipation) et une obligation souveraine. Les OAS permettent aux investisseurs de comparer les flux de trésorerie d’un titre à revenu fixe avec les taux de référence, tout en ajustant la valeur des options intégrées par rapport à la volatilité générale du marché. L’écart entre les OAS des obligations d’entreprise américaines notées CCC et de celles notées entre BB et B indique la prime de risque exigée par les investisseurs pour la détention d’obligations d’entreprise à rendement élevé qui présentent un risque important par rapport à des titres comportant un plus faible risque.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
Projections
Copier le lien de Projections13. La croissance du PIB mondial devrait ralentir, passant de 3.3 % en 2024 à 3.2 % en 2025, puis à 2.9 % en 2026 (graphique 8, partie A). La croissance devrait décélérer sensiblement au second semestre de cette année, tandis que se dissipera le phénomène d’anticipation au sein de certaines activités économiques et que les hausses des taux de droits de douane effectifs appliqués par les États-Unis et la Chine à leurs importations freineront la croissance des investissements et des échanges. L’incertitude accrue liée à l’action publique et géopolitique continuera également de peser sur la demande intérieure dans de nombreuses économies. Ces projections reposent sur l’hypothèse technique selon laquelle les droits de douane bilatéraux en vigueur à la fin du mois d’août perdureront jusqu’à la fin de 2025 et en 2026, malgré des procédures judiciaires en cours aux États‑Unis.
14. Dans les économies avancées du Groupe des Vingt (G20), la croissance économique globale devrait se modérer. La croissance devrait ralentir aux États-Unis, les augmentations des taux effectifs de droits de douane continuant de prendre effet et l’incertitude liée à l’action publique demeurant forte. Un recul de l’immigration nette et des réductions du nombre d’agents publics fédéraux devraient également affaiblir l’expansion économique. Néanmoins, ces facteurs seront compensés quelque peu par le dynamisme de l’investissement des entreprises dans les secteurs de haute technologie, par les mesures de soutien budgétaire et par la poursuite supposée de l’assouplissement de la politique monétaire. La croissance annuelle du PIB devrait ralentir, passant de 2.8 % en 2024 à 1.8 % en 2025, puis à 1.5 % en 2026. Au Canada, la croissance devrait rester modeste, s’établissant à 1.1 % en 2025 puis à 1.2 % en 2026, compte tenu du renforcement des restrictions commerciales appliquées à ses exportations vers les États‑Unis.
15. Dans les économies européennes, l’accentuation des frictions commerciales et de l’incertitude géopolitique devrait être compensée dans une certaine mesure par l’assouplissement des conditions de crédit, et la croissance dans la zone euro devrait s’établir à 1.2 % en 2025 et 1.0 % en 2026. La politique budgétaire expansionniste devrait renforcer l’activité économique en Allemagne, mais l’assainissement des finances publiques anticipé en France comme en Italie freinera la croissance. Au Royaume‑Uni, un resserrement de la politique budgétaire ainsi que l’augmentation des coûts des échanges et de l’incertitude devraient peser sur la demande extérieure et intérieure, ce qui devrait entraîner un ralentissement de la croissance de 1.4 % en 2025 à 1.0 % en 2026. Au Japon, l’activité économique devrait bénéficier cette année de la vigueur des bénéfices des entreprises et de la forte progression de l’investissement, et la croissance devrait s’établir à 1.1 % en 2025 avant de se replier à 0.5 % en 2026. Le récent rebond observé en Corée devrait se poursuivre, la croissance annuelle passant de 1.0 % en 2025 à 2.2 % en 2026.
16. Dans les économies de marché émergentes du G20, l’expansion économique devrait ralentir au cours des années à venir. En Chine, la dissipation du phénomène d’anticipation pour les exportations, l’application de droits de douane plus élevés sur les importations et la diminution de l’orientation expansionniste de la politique budgétaire devraient réduire la croissance, à compter du second semestre de cette année. Le PIB réel chinois devrait augmenter de 4.9 % en 2025 et de 4.4 % en 2026. Les facteurs ponctuels sur lesquels repose le récent dynamisme de l’activité économique observé en Afrique du Sud, au Brésil et en Türkiye devraient se dissiper tout au long du second semestre de 2025, avant que la croissance ne se stabilise. Le taux de croissance devrait s’établir à 2.3 % en 2025 et à 1.7 % en 2026 au Brésil, à 3.2 % en 2025 comme en 2026 en Türkiye, et à 1.1 % en 2025 et 1.3 % en 2026 en Afrique du Sud. En Inde, l’augmentation des taux de droits de douane pèsera sur les exportations, mais l’activité globale devrait être soutenue par l’assouplissement des politiques monétaire et budgétaire, notamment par la réforme de la taxe sur les biens et services, si bien que la croissance devrait s’établir à 6.7 % en 2025 et à 6.2 % en 2026. De même, la poursuite de l’assouplissement de la politique monétaire et la vigueur de l’investissement public devraient soutenir l’activité économique en Indonésie, où la croissance annuelle devrait être de 4.9 % tant en 2025 qu’en 2026.
17. Dans les pays du G20 considérés dans leur ensemble, l’inflation mesurée par les prix à la consommation devrait diminuer parallèlement au fléchissement de la croissance économique et des marchés du travail (graphique 8, partie B). Aux États‑Unis, la hausse des taux de droits de douane effectifs renforcera encore l’inflation, étant donné la hausse attendue de la transmission des coûts sur les prix des biens finaux, à mesure que les entreprises deviendront moins enclines à absorber l’augmentation du coût des biens importés. L’inflation annuelle aux États-Unis devrait donc rester supérieure à l’objectif tout au long de 2026. Dans la zone euro, l’inflation devrait rester modérée, tandis qu’au Japon, la normalisation des prix des produits alimentaires contribuera à ramener l’inflation vers l’objectif de la banque centrale en 2026. Dans les économies avancées du G20 considérées dans leur ensemble, l’inflation globale devrait être de 2.5 % en 2025 comme en 2026, et l’inflation sous-jacente devrait également rester globalement stable et s’établir à 2.6 % en 2025 et à 2.5 % en 2026. Dans les économies de marché émergentes du G20, l’inflation devrait diminuer plus nettement, l’inflation globale s’établissant à 4.1 % en 2025 et à 3.1 % en 2026. La poursuite d’une désinflation marquée en Argentine et en Türkiye joue un rôle clé à cet égard, mais l’inflation devrait également se modérer au Brésil et au Mexique. En revanche, l’inflation devrait augmenter en Indonésie, la dépréciation antérieure du taux de change se répercutant sur les prix domestiques. En Chine, une hausse progressive de l’inflation est attendue, dont le niveau actuel est très bas, liée en partie à l’application de droits de douane plus élevés sur les biens importés des États-Unis.
Graphique 8. La croissance économique devrait fléchir dans les économies du G20
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Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 118 ; et calculs de l’OCDE.
Risques et enjeux
Copier le lien de Risques et enjeux18. Des risques considérables entourent toujours les projections de référence. Sur fond d’incertitude persistante liée à l’action publique, une préoccupation essentielle réside dans la possibilité que les taux de droits de douane bilatéraux appliqués aux importations de marchandises puissent être encore rehaussés. Tel pourrait être le cas si les récentes augmentations des taux de droits de douane décidées aux États-Unis et en Chine s’appliquaient à un plus large éventail de biens, notamment s’agissant des produits pharmaceutiques et des semi-conducteurs. D’autres économies pourraient également adopter des mesures renforçant les obstacles aux échanges pour protéger les entreprises locales contre une concurrence accrue fondée sur des prix bas, en particulier en cas de détournement des flux des échanges. Outre les effets directs induits par l’augmentation des coûts et des prix des biens finaux, de tels changements pourraient accentuer encore l’incertitude liée à l’action publique, ce qui aurait des répercussions négatives sur l’investissement et la confiance des consommateurs. La restructuration connexe des chaînes de production et d’approvisionnement pourrait également se traduire par des coûts supplémentaires susceptibles de se répercuter sur les prix et de freiner la croissance. À l’inverse, tout accord réduisant les obstacles tarifaires bilatéraux par rapport à leur niveau actuel et améliorant la confiance favoriserait un renforcement de la croissance économique et des échanges ainsi qu’une diminution de l’inflation par rapport au scénario de référence.
19. Cela dit, l’inflation pourrait être plus forte qu’on ne le prévoit actuellement. L’inflation des prix des produits alimentaires pourrait continuer de croître, et toute nouvelle accentuation des tensions géopolitiques dans les régions productrices de pétrole pourrait menacer les approvisionnements énergétiques mondiaux, ce qui augmenterait les prix de l’énergie. Compte tenu de l’importance des prix des produits alimentaires et de l’énergie dans le panier de consommation des ménages, des hausses de prix plus fortes pour ces biens pourraient faire monter les anticipations d’inflation à court terme, et se traduire par des taux d’intérêt directeurs plus élevés qu’ils ne l’auraient été autrement. Un tel scénario pourrait aussi avoir un impact négatif sur la confiance des consommateurs, ce qui affaiblirait encore l’expansion économique. Un autre motif de préoccupation, en particulier aux États-Unis, réside dans la possibilité que la répercussion des droits de douane sur les prix se renforce plus rapidement que prévu, une fois que les entreprises auront épuisé leurs possibilités d’absorption des augmentations de coûts dans leurs marges bénéficiaires. Cela pourrait accentuer le risque d’effets indirects et de persistance accrue de l’inflation.
20. Les vulnérabilités budgétaires pourraient attirer de plus en plus l’attention, entraînant un durcissement des conditions financières et une dégradation des perspectives de croissance. L’augmentation des rendements des obligations souveraines à long terme s’explique par la persistance d’amples déficits budgétaires conjuguée au niveau historiquement élevé de la dette publique dans de nombreuses économies. De nouvelles hausses des primes d’échéance pourraient accentuer les risques de refinancement auxquels sont exposés certains emprunteurs souverains et pourraient avoir des conséquences négatives pour certains segments du système financier, notamment compte tenu des effets induits sur la valeur des portefeuilles d’obligations souveraines. Les vulnérabilités liées au surendettement de diverses économies de marché émergentes et en développement perdurent également, en particulier pour les pays à faible revenu confrontés à des difficultés d’accès aux marchés ou à une diminution de l’aide étrangère. La majorité des économies émergentes et en développement ont vu augmenter leur dette publique en proportion du PIB depuis 2019, et une part importante de leurs obligations souveraines devrait arriver à échéance d’ici à la fin de 2026.
21. Les risques potentiels pesant sur la stabilité financière se sont intensifiés compte tenu de la valorisation élévée des actifs observée sur plusieurs marchés. Une croissance plus faible que prévu ou des hausses inattendues de l’inflation pourraient provoquer une réévaluation généralisée des risques sur les marchés financiers et un regain de volatilité. La valorisation des actions est élevée dans nombre de grandes économies, au regard des coefficients de capitalisation des résultats (rapports cours/bénéfices), sachant qu’une forte croissance persistante des bénéfices serait nécessaire pour justifier le niveau actuel des cours. La hausse des cours a été particulièrement nette pour les valeurs technologiques (graphique 9, partie A), accentuant la concentration des indices boursiers dans le secteur technologique. Cette forte concentration exacerbe l’effet potentiel des chocs idiosyncrasiques spécifiques à une entreprise ou un secteur sur les marchés d’actions dans leur ensemble, avec des répercussions éventuelles sur des fonds d’investissement à effet de levier déclenchant des appels de marge importants et une réduction de l’effet de levier par le biais de ventes forcées. L’expansion rapide des intermédiaires financiers non bancaires, souvent sur des marchés de financements privés opaques et fragmentés, qui dépendent des banques en matière de liquidités, augmente également les risques de contagion. À l’inverse, un renforcement des dépenses de défense ou une accélération de la croissance de la productivité et de l’investissement liée aux nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle (IA), pourrait stimuler l’expansion économique davantage que prévu, améliorant le niveau de vie des populations et soutenant la valorisation des actifs.
Graphique 9. Les cours des valeurs technologiques et des crypto-actifs sont élevés
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Note : Dans la partie A, la courbe des « Sept Magnifiques » correspond à l’indice de rendement global des actions des sept sociétés suivantes : Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla. L’indice boursier retenu pour les États‑Unis est l’indice de référence de LSEG relatif à ce pays, qui exclut les entreprises du secteur technologique. La courbe « Monde » représente l’indice MSCI AC, qui inclut des sociétés à grande et moyenne capitalisation cotées sur 22 marchés développés – dont les États‑Unis sont exclus– et 24 marchés émergents. Dans la partie B, le Bitcoin et l’Ethereum sont les deux principaux crypto-actifs en termes de valeur de marché. La catégorie « Stablecoins » correspond à la capitalisation boursière totale de 64 stablecoins adossés au dollar des États-Unis. La catégorie « Autres » comprend plus de 17 000 cryptomonnaies faisant l’objet d’un suivi sur plus de 1 370 marchés.
Source : CoinGecko ; LSEG ; et calculs de l’OCDE.
22. La forte volatilité des cours des crypto-actifs et leurs liens de plus en plus étroits avec le système financier traditionnel sont également source de risques pour la stabilité financière. La capitalisation boursière des crypto-actifs se situe à des niveaux records, puisqu’elle représentait au total 3 900 milliards USD en septembre 2025, alors qu’elle s’établissait à 830 milliards USD en janvier 2023 (graphique 9, partie B). Néanmoins, les crypto-actifs ont une valeur extrêmement fluctuante par rapport à d’autres catégories d’actifs, comme l’illustre la comparaison avec des indices boursiers mondiaux. L’exposition des établissements financiers vis-à-vis des crypto-actifs demeure limitée, mais elle s’accroît parallèlement à l’expansion des produits liés à des crypto-actifs cotés en bourse et aux récentes évolutions de la réglementation, en particulier aux États-Unis et dans l’Union européenne (UE). Ainsi, les stablecoins – un type spécifique de crypto-actif – sont adossés à des actifs financiers traditionnels, tels que des obligations souveraines, et des pressions sur leur valorisation pourraient provoquer des mouvements déstabilisants de vente massive ayant des répercussions plus vastes sur la stabilité financière.
Impératifs pour l’action publique
Copier le lien de Impératifs pour l’action publiqueLes politiques commerciales doivent devenir plus transparentes et prévisibles
23. Les pays doivent parvenir à coopérer dans le cadre du système commercial mondial et s’efforcer de travailler ensemble pour rendre la politique commerciale plus prévisible. Des accords atténuant les tensions commerciales, et réduisant les barrières commerciales existantes, et des politiques commerciales claires et transparentes amélioreraient la lisibilité de l’action publique ainsi que les perspectives d’investissement et de croissance. Des mesures visant à faire diminuer les droits de douane et les obstacles non tarifaires, à approfondir les accords commerciaux ou à réduire les obstacles aux échanges de services seraient également bénéfiques pour la productivité et le niveau de vie des populations. Les efforts déployés pour éviter une accentuation de la fragmentation des échanges devraient s’accompagner de réformes qui améliorent la sécurité et la résilience des chaînes d’approvisionnement, notamment en incitant les entreprises à diversifier à la fois leurs fournisseurs et leurs acheteurs et en débouchant sur des accords internationaux qui harmonisent les normes réglementaires applicables à des intrants intermédiaires essentiels. Cela contribuerait à concilier les besoins de sécurité économique et la poursuite de la croissance, tout en préservant l’ouverture des marchés.
Les autorités monétaires devraient rester vigilantes
24. Les taux d’intérêt directeurs ont été abaissés récemment par de nombreuses grandes banques centrales. Dans les économies avancées, les taux directeurs ont été réduits tant aux États-Unis qu’au Canada en septembre, les autorités craignant que les risques à la baisse qui entourent le marché du travail ne dominent les risques de tensions inflationnistes liées à la hausse des droits de douane. En revanche, les taux directeurs sont restés inchangés au Japon depuis janvier, et dans la zone euro depuis juin, l’inflation dans l’ensemble de la zone étant proche de l’objectif et les taux directeurs du niveau neutre. Dans de nombreuses grandes économies de marché émergentes, les taux directeurs ont été abaissés compte tenu des tensions inflationnistes limitées, de la récente appréciation de la monnaie par rapport au dollar des États-Unis, ainsi que des chocs de demande négatifs résultant de l’augmentation des coûts des échanges avec les États-Unis et de la forte incertitude. Le Brésil fait figure d’exception, les autorités monétaires ayant encore relevé le taux directeur pour garantir que les anticipations d’inflation restent bien ancrées. La réduction des bilans des banques centrales s’est également poursuivie dans de nombreux pays, mais son rythme s’est modéré dans certains d’entre eux, notamment aux États-Unis et au Royaume‑Uni.
25. Les banques centrales doivent rester vigilantes et attentives à l’évolution de l’équilibre des risques entourant les évolutions économiques et les marchés financiers, afin de préserver la stabilité des prix. Sous réserve que les anticipations d’inflation restent bien ancrées, il faudrait continuer de baisser les taux directeurs dans les économies où l’inflation sous-jacente devrait revenir vers l’objectif (graphique 10). L’indépendance, tant juridique qu’opérationnelle, de la banque centrale et le fait qu’elle soit tenue de rendre des comptes renforcent la capacité et les incitations des responsables publics à réagir rapidement et de manière crédible à l’évolution des risques pesant sur la stabilité des prix. Elles atténuent la volatilité et la persistance de l’inflation en contribuant à garantir que les anticipations d’inflation à long terme restent bien ancrées.
26. Aux États-Unis, les taux directeurs devraient continuer de baisser au cours de l’année à venir, à mesure que les tensions observées sur le marché du travail s’atténueront, à condition que l’augmentation actuelle des prix relatifs des biens échangeables due à la hausse des droits de douane n’entraîne pas une généralisation des tensions inflationnistes. Une diminution progressive des taux directeurs est également attendue en Australie, au Canada et au Royaume-Uni. Dans la zone euro, où les taux directeurs sont déjà proches de leur niveau neutre, l’orientation de la politique monétaire devrait rester inchangée. Au Japon, les taux directeurs devraient être relevés tandis que se poursuit la réduction progressive de l’orientation accommodante de la politique monétaire. Dans les économies de marché émergentes, les taux directeurs devraient baisser au Brésil, au Mexique et en Türkiye, à mesure que les tensions inflationnistes s’atténueront, mais rester globalement inchangés dans la plupart des autres économies. En Chine, l’orientation de la politique monétaire devrait rester accommodante, compte tenu de la modération sous-jacente de l’inflation.
Graphique 10. Les taux directeurs devraient diminuer progressivement
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Note : Taux d’intérêt directeurs retenus dans les projections de référence. La partie A représente le point médian de la fourchette retenue comme objectif pour les fonds fédéraux aux États-Unis et le taux de la facilité de dépôt pour la zone euro.
Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 118.
Des mesures actives de surveillance et de suivi sont nécessaires pour faire face aux risques pesant sur la stabilité financière
27. Des valorisations élévées sur les marchés financiers, liées notamment à la croissance rapide de la capitalisation boursière des crypto-actifs, et les liens de plus en plus étroits entre les banques et les établissements financiers non bancaires exigent une vigilance accrue pour préserver la stabilité financière. Un suivi et une surveillance effectifs et une réglementation solide s’imposent, notamment pour détecter les asymétries de liquidité potentielles et les risques liés à l’effet de levier pour les établissements financiers non bancaires, conformément aux normes recommandées au niveau international. Durcir les obligations de déclaration et de transparence et remédier aux lacunes en matière de données permettraient d’améliorer le suivi des risques, et aideraient les autorités concernées à atténuer les vulnérabilités financières et à se préparer à d’éventuelles futures corrections des prix des actifs qui auraient des conséquences systémiques. Bien que les crypto-actifs présentent certaines caractéristiques similaires à celles des produits financiers traditionnels, ils soulèvent des problématiques inédites pour l’action publique en raison de leur pseudonymat et de leur nature transfrontalière. Les pays devraient poursuivre les efforts déployés pour élaborer des règles relatives aux crypto-actifs ou les actualiser. Il convient d’adopter une approche réglementaire spécifique, tout en veillant à ce que la réglementation préserve la neutralité technologique, afin de ne pas instaurer des conditions de concurrence inéquitables. Il est souvent nécessaire que les juridictions disposent d’une certaine latitude pour adopter une approche spécifique en matière de réglementation interne, mais la coopération réglementaire internationale est essentielle compte tenu de la facilité avec laquelle les crypto-actifs se déplacent d’un pays à l’autre.
Des mesures budgétaires crédibles et judicieusement conçues sont nécessaires pour préserver la viabilité de la dette publique
28. Face à l’accentuation des tensions budgétaires et au niveau élevé de la dette publique, la discipline budgétaire est requise pour permettre aux pouvoirs publics de préserver la viabilité de la dette à long terme et de conserver des marges de manœuvre pour réagir à de futurs chocs. De nombreux pays affichent des déficits budgétaires persistants, et le coût du service de la dette s’alourdit à mesure que les titres d’emprunt à faible rendement arrivent à échéance et sont remplacés par de nouvelles émissions plus coûteuses. L’urgence de choix budgétaires difficiles se fait de plus en plus sentir, à mesure que de nouveaux impératifs à court terme, tels que l’augmentation des dépenses militaires, viennent s’ajouter aux tensions budgétaires imminentes liées au vieillissement démographique et au changement climatique. De nombreuses économies de marché émergentes, en particulier des pays à faible revenu, sont également confrontées à des problèmes conséquents de financement des dépenses en raison de la nécessité d’améliorer leurs infrastructures matérielles et numériques et de renforcer les mesures de protection sociale existantes alors que leur endettement est élevé.
29. La résolution de ces difficultés nécessite de suivre des trajectoires d’ajustement budgétaire à moyen terme crédibles et bien conçues, et intensifier les efforts déployés en vue de maîtriser et de réaffecter les dépenses, tout en augmentant les recettes. Le rythme et la composition de ces mesures d’ajustement devraient être propres à chaque pays, mais les choix effectués en matière de dépenses et de fiscalité devront se fonder sur la nécessité de renforcer une croissance économique durable, tout en veillant à ce que ceux qui en ont besoin continuent de bénéficier d’un soutien adéquat.
30. Des examens systématiques et réguliers des dépenses, un renforcement des pratiques de passation des marchés publics et une utilisation accrue des technologies numériques sont autant de mesures qui contribueraient à améliorer l’efficience du secteur public, et permettraient de redéployer les ressources de manière efficiente au gré de l’évolution des priorités. Un meilleur ciblage des dispositifs et des réformes visant à allonger la durée de la vie active contribueraient aussi à la maîtrise des dépenses publiques. Élargir les bases d’imposition, supprimer les dépenses fiscales inefficientes et réorienter progressivement la fiscalité vers les impôts aux effets de distorsion les plus limités, tout en réduisant le nombre d’exemptions, permettraient de mobiliser des recettes supplémentaires et de rendre le système d’imposition plus favorable à la croissance. L’amélioration de la discipline fiscale et du recouvrement de l’impôt, ainsi que les réformes visant à réduire l’activité informelle, sont également des priorités essentielles dans de nombreuses économies de marché émergentes. Des institutions budgétaires solides, notamment des règles budgétaires claires et bien conçues et des conseils budgétaires indépendants, peuvent améliorer la crédibilité et la transparence des politiques budgétaires et des choix des pouvoirs publics et, par conséquent, limiter leurs coûts de financement.
Un renforcement des efforts de réforme structurelle permettrait de rehausser le niveau de vie des populations
31. À l’heure où les capacités budgétaires de nombreuses économies apparaissent limitées, les réformes structurelles peuvent contribuer à atténuer les forces contraires pesant sur la croissance économique à moyen et long terme. Selon de nouvelles estimations fondées sur le modèle à long terme de l’OCDE, la croissance de la production potentielle mondiale ralentira nettement au cours des prochaines décennies, en grande partie en raison de facteurs démographiques et des conséquences d’une période prolongée de faiblesse des dépenses d’investissement sur la productivité. Située aux alentours de 3 % en 2025, la croissance annuelle de la production potentielle mondiale devrait reculer à 2¾ pour cent dans la première partie des années 2030, puis à 2¼ pour cent au début des années 2040. Ce ralentissement est presque entièrement imputable à l’évolution des économies de marché émergentes, et notamment à leur convergence progressive vers les économies à revenu élevé. Alors que la croissance de la production potentielle dans les économies avancées du G20 devrait passer d’un taux annuel, déjà faible, de 1½ pour cent à 1¼ pour cent entre 2025 et 2050, la croissance annuelle devrait fléchir de 4¼ pour cent à 1½ pour cent dans les économies de marché émergentes du G20 au cours de la même période. Les perspectives de croissance pourraient néanmoins être meilleures si tous les pays redoublaient d’efforts pour mettre en œuvre un large éventail de réformes structurelles, et si les nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle, étaient rapidement adoptées.
32. Les récentes éditions des Perspectives économiques de l’OCDE ont mis en lumière les principaux facteurs à l’origine du ralentissement actuel de la croissance mondiale, notamment une période prolongée de faible croissance de l’investissement et de la productivité, et des pénuries grandissantes de main-d’œuvre. Des réformes renforçant la dynamique concurrentielle sur les marchés de produits, atténuant les pénuries de main-d’œuvre et améliorant la gouvernance économique sont autant de mesures qui pourraient contribuer à y remédier. Ainsi, réduire les obstacles réglementaires à l’entrée sur le marché et au développement des entreprises pourrait améliorer la concurrence sur les marchés de produits et renforcer les incitations à innover et à investir. Les pénuries de compétences pourraient être résorbées par des réformes qui rehausseraient les taux d’emploi et d’activité, en particulier des femmes, consistant par exemple à réduire le coin fiscal des deuxièmes apporteurs de revenu ou à mettre en place des dispositifs de congé parental plus équilibrés. Les estimations fondées sur le modèle à long terme de l’OCDE montrent qu’un ensemble de réformes consistant à assouplir la réglementation des marchés de produits, faire augmenter le taux d’emploi des femmes et renforcer l’état de droit pourrait rehausser le taux moyen de croissance annuelle du PIB réel de 0.2 point de pourcentage dans les économies avancées du G20 au cours de la période allant jusqu’à 2050, et de 0.8 point de pourcentage dans les économies de marché émergentes du G20 (graphique 11, parties A et B). Les gains estimés diffèrent d’un pays à l’autre, de nombreuses économies de marché émergentes enregistrant la plus forte hausse cumulée de la production et du niveau de vie d’ici à 2050 (graphique 11, partie C).
33. Le développement et la diffusion des technologies d’intelligence artificielle (IA) sont déjà bien avancés et constitueront une source essentielle de nouvelles opportunités économiques. Une grande incertitude subsiste concernant la vitesse d’adoption de l’IA et, par conséquent, son impact sur l’évolution future de la productivité et de la croissance, cette adoption étant tributaire des ressources en main-d’œuvre et des compétences disponibles, de l’investissement, de la composition sectorielle de l’économie et de diverses politiques publiques nationales. Des réformes structurelles, au nombre desquelles figurent les mesures décrites ci-dessus pourraient favoriser une adoption plus poussée de l’IA. Des réformes propices au jeu de la concurrence pourraient renforcer les incitations à l’adoption de l’intelligence artificielle et réduire la capacité d’entreprises d’IA florissantes de créer et d’exploiter des situations de monopole. Des mesures visant à améliorer les compétences numériques et à atténuer les pénuries de main-d’œuvre qualifiée, ainsi qu’à renforcer l’état de droit, pourraient également inciter les entreprises à investir dans l’IA. Si l’on ajoute le scénario d’« adoption plus rapide de l’IA » présenté dans de récents travaux de l’OCDE sur l’intelligence artificielle, dans lequel les taux d’adoption de l’IA sont similaires à ceux observés précédemment pour les téléphones mobiles, au scénario reposant sur l’hypothèse de la mise en œuvre d’un ensemble de réformes structurelles, la croissance annuelle moyenne du PIB pourrait augmenter de 0.4 point de pourcentage supplémentaire dans les économies avancées du G20, et de 0.3 point de pourcentage dans les économies de marché émergentes du G20 d’ici à 2050 (graphique 11, parties A et B). Collectivement, cela pourrait se traduire par une amélioration sensible du niveau de vie dans toutes les économies du G20 d’ici à 2050 (graphique 11, partie C).
Graphique 11. Des réformes structurelles conjuguées à une adoption plus rapide de l’IA se traduiraient par une trajectoire de croissance plus forte
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Note : Le scénario de référence est le scénario de statu quo (BAU1) faisant partie de l’ensemble des plus récents scénarios à long terme de l’OCDE (OCDE, 2025). Le scénario d’adoption rapide de l’IA repose sur l’hypothèse de hausses de la croissance de la productivité du travail culminant au début des années 2030. Ces augmentations correspondent, pour les économies du G7, à la moitié des contributions de l’IA à la croissance de la productivité du travail prévues dans Filippucci et al. (2025) pour la décennie à venir, sachant que seul l’effet supplémentaire induit sur la productivité des services n’est probablement pas déjà implicitement intégré dans la trajectoire de référence. Le résultat médian obtenu pour le G7 dans cette étude est appliqué aux économies avancées non membres du G7 et l’estimation la plus faible pour le G7 est appliquée aux économies émergentes du G20. Les réformes structurelles recouvrent 1) une déréglementation des marchés de produits permettant de ramener l’indicateur de réglementation des marchés de produits (RMP) de l’OCDE – ou l’indicateur de qualité de la réglementation de la Banque mondiale lorsque l’indicateur de RMP est manquant – au niveau de la moyenne des cinq économies de tête de l’OCDE d’ici à 2050 ; 2) une amélioration de la gouvernance permettant de porter d’ici à 2050 l’indicateur de l’état de droit de la Banque mondiale au niveau de la moyenne de l’OCDE pour les économies de marché émergentes du G20, et de la moyenne des cinq pays de tête de l’OCDE pour les économies avancées ; et 3) un comblement progressif, d’ici à 2050, d’un tiers des écarts de taux d’emploi entre hommes et femmes par âge pour toutes les économies.
Source : Simulations réalisées avec le modèle à long terme de l’OCDE ; OCDE (2025), « OECD global long-run economic scenarios: 2025 update », Études de politique économique de l’OCDE, n° 36, Éditions OCDE, Paris ; et Filippucci, F. et al. (2025), « Macroeconomic productivity gains from Artificial Intelligence in G7 economies », OECD Artificial Intelligence Papers, n° 41, Éditions OCDE, Paris.