8. À l’heure actuelle, les niveaux des stocks varient selon les marchés de l’énergie. Les marchés du gaz naturel sont relativement tendus, les stocks saisonniers étant épuisés en Europe. À l’inverse, les stocks mondiaux de pétrole sont plus robustes, s’établissant à leur plus haut niveau depuis 2021, la majeure partie d’entre eux étant détenus en dehors des économies du Golfe. Les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie ont convenu, le 11 mars, de mettre à disposition du marché 400 millions de barils de pétrole provenant de leurs réserves d’urgence afin d’atténuer les effets économiques préjudiciables des perturbations des approvisionnements. Ce volume équivaut à la quantité de pétrole et de produits pétroliers qui transitait généralement via le détroit d’Ormuz en 20 jours avant le conflit. Cette mesure est bienvenue, mais il faudra probablement un certain temps avant que toutes ces ressources supplémentaires soient disponibles et que les pénuries de produits raffinés soient réduites.
9. Le conflit fait également peser des risques plus larges sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les engrais sont particulièrement concernés, sachant que les États du golfe Persique représentaient 34 % des exportations mondiales d’urée et environ 20 % des exportations de phosphate diammonique et d’ammoniac anhydre en 2024. Le GNL est un intrant important des engrais azotés, et environ la moitié des exportations mondiales de soufre – élément utilisé dans la fabrication d’engrais et d’autres produits industriels – proviennent des États du Golfe. Les prix des engrais ont fortement augmenté, ceux de l’urée ayant grimpé de plus de 40 % depuis la mi-février. Si cette tendance à la hausse se poursuit, elle aura des répercussions défavorables sur les rendements des cultures et les prix mondiaux des produits alimentaires en 2027. Le Brésil, l’Inde, l’Australie et l’Afrique du Sud se procurent une part relativement importante des principaux intrants d’engrais au Moyen-Orient (graphique 5, partie B). Ensemble, l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, Oman et le Qatar constituent en outre une source importante de production d’aluminium, représentant 8 % de l’offre mondiale d’aluminium primaire. Le Moyen-Orient est également une source importante d’autres matières, produisant plus d’un tiers de l’offre mondiale d’hélium et plus des deux tiers de l’offre de brome, lesquels jouent un rôle essentiel dans les chaînes d’approvisionnement industrielles, notamment celles des semi-conducteurs et des puces mémoire. De manière plus générale, les pays riverains du golfe Persique sont une plaque tournante logistique pour de nombreux services. La réduction significative du transport aérien dans la région pourrait avoir des effets perceptibles sur les volumes et le coût des échanges, sachant que les compagnies aériennes basées dans les pays du golfe Persique représentent 15 % des marchés mondiaux du transport aérien de marchandises et de passagers. D’autres types d’échanges de services pourraient également être touchés si le conflit s’intensifie, les Émirats arabes unis étant un important exportateur de services touristiques et de services aux entreprises.
10. Avant l’escalade des hostilités au Moyen-Orient, les conditions financières étaient très accommodantes à la fois dans les économies avancées et les économies de marché émergentes, les cours des actions connaissaient une forte progression et les écarts de rendement obligataire étaient faibles (graphique 8, partie A). Le réajustement des prix observé depuis la fin du mois de février a largement atténué ces conditions favorables. La volatilité des marchés de capitaux s’est nettement accentuée et les cours des actions ont diminué dans tous les pays (graphique 8, partie B). Le prix de l’or, généralement considéré comme un actif refuge, a diminué, ce qui s’explique possiblement par les ventes réalisées par des investisseurs recourant à l’effet de levier et cherchant à mobiliser des liquidités pour absorber des pertes subies par ailleurs, ainsi que par un éventuel resserrement attendu de la politique monétaire dans certaines économies. Depuis la fin février, le dollar des États-Unis s’est apprécié par rapport à un panier de monnaies, ce qui a accentué les tensions à la hausse sur les prix en monnaie locale de l’énergie dans de nombreux pays ; les taux de change effectifs ont ainsi diminué en Corée ainsi que dans un certain nombre d’économies de marché émergentes, dont l’Afrique du Sud, le Mexique et la Thaïlande, tandis qu’en Inde, la faiblesse de la monnaie locale persiste. Les rendements des obligations souveraines à dix ans ont en outre augmenté dans les grandes économies avancées et économies de marché émergentes. C’est notamment le cas en Afrique du Sud, au Mexique et en Türkiye, mais aussi au Canada, en Espagne, en France, en Italie et au Royaume-Uni. Dans la zone euro, les écarts de rendement souverains par rapport aux obligations d’État allemandes ont augmenté.