Dans les pays de l’OCDE, les marchés du travail ont continué de faire preuve de résilience au cours de l’année écoulée. Les taux d’emploi et d’activité ont atteint des records, tandis que le chômage se maintient à des niveaux historiquement bas. Néanmoins, des signes de fléchissement sont notables : la croissance de l’emploi marque le pas et les tensions sur les marchés du travail ont rejoint leur niveau d’avant la pandémie de COVID‑19 dans de nombreux pays et secteurs, même si des pénuries de main-d’œuvre subsistent. On estime qu’à l’avenir les incertitudes géopolitiques et la hausse des droits de douane devraient freiner l’activité économique, entraînant dans leur sillage un ralentissement plus marqué du marché du travail.
Perspectives de l'emploi de l'OCDE 2025
Résumé
Copier le lien de RésuméS’ils restent résilients, les marchés du travail montrent de premiers signes d’essoufflement
Copier le lien de S’ils restent résilients, les marchés du travail montrent de premiers signes d’essoufflementLes salaires réels sont en hausse dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE, mais il reste du retard à rattraper dans un grand nombre d’entre eux
Copier le lien de Les salaires réels sont en hausse dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE, mais il reste du retard à rattraper dans un grand nombre d’entre euxLes salaires réels ont renoué avec la croissance dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE, mais ils restent inférieurs aux niveaux observés début 2021 – soit juste avant la poussée inflationniste qui a suivi la pandémie – dans la moitié des pays. Les salaires des travailleurs les moins rémunérés ont particulièrement bien résisté, le salaire minimum légal ayant progressé en valeur réelle depuis 2021 dans presque tous les 30 pays de l’OCDE ayant mis en place un salaire minimum national. Si les salaires réels poursuivent leur redressement, les bénéfices unitaires continuent quant à eux de reculer par rapport au terrain gagné depuis 2021. À court terme toutefois, le redressement des salaires pourrait être menacé par l’éventuel retour à une inflation élevée et le fléchissement des marchés du travail.
Faute d’action déterminée des pouvoirs publics, la croissance du PIB par habitant sera freinée par la transition démographique à moyen terme
Copier le lien de Faute d’action déterminée des pouvoirs publics, la croissance du PIB par habitant sera freinée par la transition démographique à moyen termeUne fécondité en berne et une espérance de vie qui s’allonge sont les signes du vieillissement de la population dans les pays de l’OCDE. Alors que les baby-boomers quittent progressivement la population active, la population d’âge actif (20‑64 ans) dans les pays de l’OCDE se contracte ; le taux de dépendance des personnes âgées – qui correspond à la part de personnes de 65 ans et plus dans la population d’âge actif – a quant à lui enregistré une hausse spectaculaire, passant de 19 % en 1980 à 31 % en 2023, et il devrait poursuivre sa progression pour atteindre 52 % d’ici à 2060. En l’absence de nouvelles interventions des pouvoirs publics ou de changements dans les comportements, ces changements démographiques vont peser lourdement sur la croissance économique et la capacité des pays de l’OCDE à continuer d’améliorer leur niveau de vie. Si les gains de productivité n’augmentent pas de manière marquée, la croissance du PIB par habitant pourrait ralentir de 40 % environ dans les pays de l’OCDE (de 1 % par an en 2006‑19 à 0.6 % par an en 2024‑60 en moyenne). Tous les pays de l’OCDE à l’exception de deux verraient ainsi leur croissance par habitant diminuer.
Pour contrebalancer cette tendance, il sera indispensable d’exploiter les ressources de main-d’œuvre inutilisées
Copier le lien de Pour contrebalancer cette tendance, il sera indispensable d’exploiter les ressources de main-d’œuvre inutiliséesLe ralentissement de la croissance du PIB par habitant pourrait toutefois être en grande partie compensé par la mobilisation de ressources de main-d’œuvre qui sont aujourd’hui largement inexploitées, en particulier parmi les femmes, les seniors en bonne santé et les immigrés en situation régulière. Par ailleurs, au vu de l’évolution des disparités intergénérationnelles – caractérisée par le basculement des revenus et du patrimoine vers les cohortes plus âgées et la concentration de la pauvreté parmi les cohortes jeunes, il semble que la mobilisation des seniors en bonne santé s’impose non seulement pour des raisons d’efficience, mais aussi d’équité.
Face à une main-d’œuvre vieillissante, les politiques du marché du travail et les pratiques des employeurs doivent évoluer
Copier le lien de Face à une main-d’œuvre vieillissante, les politiques du marché du travail et les pratiques des employeurs doivent évoluerEn dépit des progrès accomplis au cours des dernières décennies, les taux d’emploi commencent à diminuer à partir de 50 ans, et chutent fortement après 60 ans. Il est important de poursuivre les réformes des régimes de retraite pour retarder la sortie du marché du travail, notamment en proposant des options de retraite flexible bien pensées permettant de percevoir à la fois une pension et un revenu d’activité. Il conviendrait également de mettre davantage l’accent sur l’employabilité des travailleurs seniors face à la transformation rapide du monde du travail. Les politiques publiques devraient encourager les employeurs à se tourner vers les travailleurs seniors. En effet, la hausse des taux d’emploi des seniors donne aux employeurs la possibilité de conserver des connaissances et des compétences précieuses, tout en donnant un coup de fouet à la productivité. Pour autant, les employeurs sont souvent réticents à embaucher ou à maintenir en poste des travailleurs seniors en raison des stéréotypes liés à l’âge concernant leur capacité d’adaptation, leur productivité ou la nécessité d’aménager le lieu de travail. Les politiques publiques devraient aussi aider les seniors à entretenir et adapter leurs compétences et leurs capacités, et faciliter la mobilité professionnelle. Il est crucial, pour améliorer les perspectives d’emploi à un âge plus avancé, d’optimiser l’employabilité et l’évolution professionnelle tout au long de la vie active. Certains travailleurs plus âgés sont aussi confrontés à des problèmes liés à leurs compétences ou à leur santé qui les empêchent de participer pleinement au marché du travail. Des mesures d’accompagnement, comme la formation tout au long de la vie, des modalités de travail flexibles ou des environnements de travail sains, sont donc essentielles.
Il est indispensable d’investir dans les compétences tout au long de la vie pour aider les travailleurs seniors à s’épanouir…
Copier le lien de Il est indispensable d’investir dans les compétences tout au long de la vie pour aider les travailleurs seniors à s’épanouir…À mesure que les économies évoluent, la nature du travail change elle aussi. Les emplois éprouvants sur le plan physique sont de moins en moins nombreux, tandis que les postes qui récompensent l’expérience et offrent aux travailleurs la possibilité de rester productifs plus longtemps ne cessent d’augmenter. Néanmoins, les effets positifs de ces évolutions pourraient être contrebalancés par une érosion des compétences provoquée par le vieillissement de la population active. Ainsi, les adultes âgés de 60 à 65 ans ont des compétences en maîtrise de l’écrit et en résolution adaptative de problèmes nettement inférieures à celles des 25‑29 ans. Cet écart tient en partie aux différences entre les cohortes en termes de niveau de formation, mais les niveaux de compétences ont aussi diminué avec l’âge au sein de chaque cohorte ces dix dernières années. Pour remédier à ce problème, il est crucial d’aider les travailleurs seniors à entretenir et adapter leurs compétences. Pourtant, en 2023, un tiers seulement des 60‑65 ans ont suivi une formation, contre plus de la moitié des 25‑44 ans. Il est donc urgent de lutter contre l’érosion des compétences et de favoriser une culture de la formation continue, en promouvant un modèle professionnel fondé sur la formation au travail tout au long de la vie. Des mesures plus déterminées visant à élargir l’accès aux services d’orientation professionnelle et de formation continue devraient être envisagées, en particulier pour les travailleurs en milieu de carrière et les seniors.
…de même qu’il faut prendre des mesures pour éliminer les obstacles à la mobilité professionnelle
Copier le lien de …de même qu’il faut prendre des mesures pour éliminer les obstacles à la mobilité professionnelleL’évolution démographique entraîne une diminution de la mobilité professionnelle et, partant, un ralentissement de la croissance des salaires et de la productivité. Contrairement aux passages subis d’un emploi à un autre, la mobilité professionnelle choisie contribue de manière significative à la progression des salaires et de la productivité en redéployant les travailleurs vers des emplois de meilleure qualité dans de meilleures entreprises. Cependant, cette tendance diminue fortement avec l’âge : les travailleurs deviennent en effet moins mobiles et moins susceptibles d’intégrer des entreprises de meilleure qualité. Ainsi, le vieillissement démographique a réduit les taux de croissance annuelle des salaires et de la productivité de 0.10 et 0.13 point de pourcentage respectivement entre 2000 et 2019. Les politiques publiques doivent assurer suffisamment de souplesse aux entreprises tout en offrant aux travailleurs des possibilités de mobilité professionnelle. Pour les travailleurs en milieu de carrière et les travailleurs seniors en particulier, la mobilité professionnelle peut être préservée au moyen d’interventions ciblées, comme un accompagnement précoce, l’assurance salaire, l’aide à la recherche d’emploi ou le développement continu des compétences.