Panorama des pensions 2025 : France
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Cette note présente une comparaison entre la France et les autres pays de l'OCDE dans le rapport du Panorama des pensions 2025. Cette édition couvre les récentes réformes des retraites et met l'accent sur les écarts de niveaux de pension entre les femmes et les hommes.
Augmenter l’âge effectif de la retraite est une priorité
Copier le lien de Augmenter l’âge effectif de la retraite est une prioritéAucune mesure en matière de politique de retraite n’a été prise en France au cours des deux dernières années. Les débats récents ont porté sur la suspension des mesures d’âge contenues dans la réforme 2023. L’augmentation du minimum contributif qui avait été décidée pour accompagner le relèvement de l’âge d’ouverture des droits n’est pas remise en question. La suspension actuellement débattue pose la question des mesures compensatoires à prendre pour ne pas accentuer la dégradation financière du système. Même en prenant en compte l’impact de la réforme adoptée en 2023, les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR) font état d’une nette détérioration financière jusqu’en 2055 au moins.
Sur la base de comparaisons internationales, l’amélioration de la situation financière du système de retraite passe d’abord en France par une augmentation de l’âge effectif de la retraite, lequel est étroitement influencé par les règles d’accès aux pensions. Avec la réforme de 2023, l’âge minimum légal devait évoluer en ligne avec la moyenne OCDE qui va augmenter de 62,5 ans en 2024 à 63,9 ans pour les personnes commençant leur carrière maintenant. Au cours des deux dernières années, seules la Slovénie et la Tchéquie ont reculé l’âge statutaire de 65 à 67 ans, même si la Slovénie fait partie des pays de l’OCDE qui ont, pour la cohorte née en 2002, l’âge normal le plus faible à 62 ans (avec 40 ans de cotisations) contre 66,4 ans en moyenne et 70 ans ou plus au Danemark, en Estonie, en Italie, aux Pays-Bas et en Suède. De plus, la Slovaquie a lié l’âge minimum à l’espérance de vie et la Norvège devrait lier l’âge statutaire, devenant ainsi le 10ème pays de l’OCDE ayant un tel lien automatique. Au-delà de la question de l’âge minimum, le dispositif carrière longue et les régimes spéciaux contribuent à la faiblesse de l’âge moyen de sortie du marché du travail qui est environ 3 ans en dessous de la moyenne OCDE pour les hommes (1,2 ans pour les femmes) et le plus faible des pays de l’OCDE après le Luxembourg, la Slovénie et la Turquie. L’accroissement du taux d’emploi des 60-64 ans en France depuis le début du siècle est spectaculaire, d’environ 10% en 2000 à 42 % en 2024 à la fois pour les femmes et les hommes, mais il reste très en deçà de la moyenne OCDE de 49 % pour les femmes et 64 % pour les hommes en 2024.
La marge de manœuvre pour augmenter les taux de cotisations est très étroite. En effet, avec environ 28% de taux de cotisation obligatoire (employé + employeur) dans le secteur privé, seules l’Italie et la Tchéquie affichent des taux supérieurs alors que la moyenne OCDE est d’environ 19 %. De plus, d’autres grands postes de dépenses comme celles liées à la transition écologique et l’armée risquent de créer une pression budgétaire accrue sur les prélèvements obligatoires dans un contexte de faible compétitivité.
Dans un souci de redressement budgétaire, la baisse générale des prestations – autre levier - ne va pas de soi. Certes, le revenu disponible moyen des plus de 65 ans est proche de celui de l’ensemble de la population, ce qui place la France dans le haut du panier avec notamment l’Espagne, l’Italie et le Portugal ; le revers de cette « médaille », c’est que le revenu relatif des 26-40 ans est nettement plus faible en France que la moyenne OCDE. Mais les projections du COR indiquent que, dans les prochaines décennies, le revenu relatif des plus de 65 ans va se rapprocher de la moyenne actuelle des pays de l’OCDE, qui est 13% inférieur à celui de l’ensemble de la population. De plus, les taux de remplacement de la cohorte née en 2002, publiés dans ce Panorama des pensions, sont, après une carrière complète, proches de la moyenne de l’UE sauf pour les bas salaires où ils sont sensiblement plus faibles. Cela étant, la France est parmi les quatre pays de l’OCDE avec la Colombie, le Costa Rica et l’Espagne à utiliser moins de 35 ans pour le salaire de référence qui sert de calcul des pensions. De nombreuses études ont montré que l’utilisation d’une courte période (25 ans dans le régime général, 6 mois pour les fonctionnaires) bénéficie surtout aux individus qui ont une carrière favorable et une forte progression des salaires au fil du temps.
Des écarts de pension entre femmes et hommes très élevés
Copier le lien de Des écarts de pension entre femmes et hommes très élevésLes femmes perçoivent en moyenne des pensions nettement plus faibles que les hommes, et ces écarts sont plus élevés en France qu’en moyenne dans l’OCDE. Ces écarts de pensions moyennes entre genres (EPG) sont de 27 % en France en 2024 (données Eurostat) contre 23 % pour la moyenne OCDE. Cela fait suite à une plus forte baisse en France car l’EPG était de 36 % en 2007 et 28 % pour la moyenne OCDE. Les différences entre femmes et hommes en matière de revenus sur toute la durée de la vie sont le principal facteur à l'origine des EPG, car une grande partie des prestations de retraite est liée aux revenus. Avec l’amélioration tendancielle de l’emploi féminin, l’EPG devrait décroître régulièrement dans la plupart des pays de l’OCDE, pour s’établir à 4 % en 2060 en France selon les projections du COR.
Ces écarts femmes-hommes de revenus durant la carrière n’expliquent pas pourquoi l’EPG est plus prononcé en France : les écarts entre genres de durée de carrière, de salaire horaire et de temps de travail sont plutôt plus faibles qu’en moyenne dans l’OCDE. Dans la plupart des pays, le partage inégal du travail familial et domestique non rémunéré entre les femmes et les hommes et les disparités persistantes en matière de parcours éducatifs et professionnels sont particulièrement lourds de conséquences.
Le système de retraite protège bien les mères en France relativement aux autres pays
Copier le lien de Le système de retraite protège bien les mères en France relativement aux autres paysDroits à pension bruts totaux d’une mère de deux enfants après une interruption de carrière de cinq ans vs ceux d’une femme sans enfant, au niveau du salaire moyen, %
Les taux de remplacement sont relativement élevés pour les hauts salaires en France
Copier le lien de Les taux de remplacement sont relativement élevés pour les hauts salaires en FranceTaux de remplacement net futur après carrières complète pour les bas et les très hauts salaires, cohorte 2002, %
Source : Modèles de retraite de l’OCDE.
Et cependant, la retraite des mères est bien protégée en France. La France fait partie des neuf pays de l’OCDE, incluant aussi l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, qui accordent des crédits ou majorations de pensions pour le seul fait d’avoir eu des enfants, qu’il y ait eu interruption de carrière ou pas. Les droits à pension accordés aux mères peuvent compenser la baisse du nombre d’heures travaillées et de la rémunération associée à la maternité, sans pour autant induire de désincitation à l’emploi. En France, dans le régime général, 6 trimestres supplémentaires sont attribués exclusivement aux mères, 2 trimestres peuvent être répartis entre les deux parents, et une majoration de pension de 10 % est accordée à chacun dès lors qu’ils ont au moins 3 enfants. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, les régimes de retraite obligatoires compensent environ la moitié des effets d’une interruption d’activité de 5 ans sur les droits à la retraite des mères de 2 enfants. En Espagne et en France (avec l’AVPF), les droits à pension totaux des mères de 2 enfants ayant interrompu leur carrière pendant 5 ans sont supérieurs de 2 à 3 % à ceux des femmes sans enfant avec une carrière complète, alors qu’ils sont en moyenne inférieurs de 4 % dans l’OCDE. En France, cela s’explique par l’atteinte du taux plein un an plus tôt dans ce cas – seule la Slovaquie offre aussi cette possibilité - alors que le niveau de pension mensuelle est similaire.
Il s’agit ici de cas types où après l’interruption de carrière, les femmes sont supposées reprendre un emploi aux mêmes conditions qu’avant leur départ. De nombreux travaux empiriques mettent cependant en évidence une incidence négative de la maternité sur les trajectoires salariales, alors qu’aucune pénalité liée à la paternité n’est observée. Même en dehors de ces cas types, en France, les majorations et bonifications pour enfants accordées aux mères compensent presque entièrement l’impact de la maternité, y compris la baisse de la rémunération et du nombre d’heures travaillées, sur leurs droits à pension selon une étude référencée dans le rapport. Le rapport que vient de publier le COR sur les droits familiaux et conjugaux souligne que ces dispositifs profitent particulièrement aux femmes et représentent un montant égal au sixième des pensions versées, soit plus de 2 % du PIB. Il pointe les fortes différences entre régimes, sources d’une grande complexité et d’importantes inégalités de traitement.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à expliquer ce paradoxe entre EPG élevé et bonne protection des mères. D’abord, l’importance spécifique accordée en France à la durée de cotisations signifie que les femmes sont plus (moins) soumises à la décote (surcote) que les hommes, ce qui s’ajoute à des droits plus faibles dus à des carrières plus courtes. Ensuite, la France octroie des droits à pensions à l’Agirc-Arrco jusqu’à des niveaux de rémunérations très élevés – 8 fois le plafond de la sécurité sociale –, beaucoup plus élevés que dans la majeure partie des pays de l’OCDE. Cela conduit à verser des retraites très élevées, aux hommes en grande majorité, accroissant ainsi l’EPG. Cela s’ajoute à l’impact régressif dû aux inégalités d’espérance de vie car les bénéficiaires de ces pension élevées perçoivent leur retraite pendant une longue durée. Ainsi, pour la génération 2002, le taux de remplacement après une carrière complète est au niveau du salaire moyen 19 points de pourcentage plus élevé que pour les très hauts salaires (6 fois le salaire moyen), alors qu’il est 31 points supérieur en moyenne dans les pays de l’OCDE, 40 points supérieur en Allemagne et même plus de 60 points en Espagne et aux Pays-Bas.
Par rapport aux pays de l’OCDE, le revenu relatif des plus de 65 ans est plutôt élevé
Les taux d’emploi après 60 ans restent faibles
Les taux de cotisations sont parmi les plus élevés
Après une carrière complète, les taux de remplacement des bas salaires (salaires moyens) sont nettement plus faibles (forts) que la moyenne OCDE
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Hervé BOULHOL (✉ herve.boulhol@oecd.org)
Monika QUEISSER (✉ monika.queisser@oecd.org)
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Le livre complet est disponible en français : OCDE (2025), Panorama des pensions 2025 : Les indicateurs de l'OCDE et du G20, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/58bd74b1-fr.
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