Les entreprises publiques jouent un rôle central dans les économies africaines. Malgré leur importance économique, leur présence sur les marchés de capitaux ouverts au public reste limitée. Ce chapitre s’intéresse à la manière dont les réformes de la gouvernance des entreprises publiques peuvent contribuer à remédier à cette situation en renforçant la transparence et la redevabilité, ainsi que la confiance des investisseurs. Cela concourra à accroître le nombre d’entreprises publiques susceptibles d’attirer des investissements, et favorisera par là même le développement plus général des marchés de capitaux. Se fondant surdes réformes menées récemment en Égypte, en Éthiopie et au Maroc, ce chapitre montre que de nombreuses entreprises publiques africaines présentent la taille et les performances nécessaires pour attirer des investissements privés, mais qu’elles se heurtent à des obstacles liés à leur gouvernance et au fonctionnement des marchés. Il souligne que l’harmonisation de la gouvernance de ces entreprises sur les normes de l’OCDE pourrait favoriser l’émergence d’un vivier d’entreprises prêtes à accéder aux marchés de capitaux, capables de mobiliser des capitaux privés, tout en contribuant à une croissance économique durable et au renforcement de la résilience des économies africaines.
Rapport sur les marchés de capitaux en Afrique 2026
5. Entreprises publiques, réformes de la gouvernance et développement des marchés de capitaux en Afrique
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Principaux messages
Copier le lien de Principaux messagesLes grandes entreprises publiques sont des acteurs économiques majeurs en Afrique, notamment dans les secteurs stratégiques. Elles restent toutefois sous-représentées sur les marchés de capitaux par rapport aux autres marchés émergents.
De nombreuses entreprises publiques africaines non cotées présentent déjà la taille et les performances opérationnelles nécessaires pour accéder aux marchés de capitaux. Toutefois, les problèmes de gouvernance et les difficultés plus générales liées au développement des marchés de capitaux risquent de faire obstacle à une plus grande participation aux marchés financiers. Plusieurs leviers peuvent favoriser de futures introductions en bourse : l’amélioration de la transparence et de la diffusion d’informations, la professionnalisation de la fonction d’actionnaire, la clarification des motifs justifiant l’actionnariat public, le renforcement de la redevabilité et la limitation des ingérences politiques.
Les pays qui progressent dans les réformes de la gouvernance des entreprises publiques sont davantage susceptibles de constituer un vivier d’entreprises publiques transparentes et capables d’attirer des investissements. Les efforts déployés dans des pays comme l’Égypte, l’Éthiopie et le Maroc pourraient concourir à attirer des capitaux privés vers les entreprises publiques, par le biais de leur introduction en bourse et d’autres formes de financement de marché. Associées à des stratégies de développement des marchés de capitaux, les réformes sont susceptibles de renforcer la confiance des investisseurs, de favoriser l’émergence d’entreprises prêtes à accéder aux marchés et, à terme, de contribuer au développement de ces derniers.
Les réformes de gouvernance ne suffisent pas, à elles seules, à garantir la réussite de l’introduction en bourse des entreprises publiques et la pérennité de leur cotation. En Afrique, la cotation des entreprises publiques reste entravée par la taille limitée des marchés de capitaux, leur manque de profondeur et de liquidité, l’étroitesse de la base d’investisseurs institutionnels nationaux, les coûts de transaction élevés, la concentration autour de certains marchés et les difficultés persistantes à susciter la confiance des investisseurs.
Les marchés de capitaux peuvent jouer un rôle majeur en permettant aux entreprises publiques de financer des services essentiels, des infrastructures et d’autres investissements stratégiques. En élargissant l’accès aux financements et en diversifiant les sources de financement, ils peuvent concourir à renforcer la résilience économique tout en favorisant une croissance et un développement durables.
5.1. Introduction
Copier le lien de 5.1. IntroductionIl existe un lien étroit entre la réforme de la gouvernance des entreprises publiques et le développement des marchés de capitaux en Afrique. En renforçant la transparence, la diffusion d’informations, la redevabilité et l’efficacité des conseils d’administration, les réformes de la gouvernance peuvent concourir à accroître la confiance des investisseurs et à rendre les entreprises publiques plus attractives pour les capitaux privés. Les entreprises publiques bénéficiant d’une meilleure gouvernance sont alors susceptibles de contribuer, par leur présence sur les marchés de capitaux, à l’élargissement et à l’approfondissement de ces derniers. Pour les entreprises publiques africaines, l’accès aux marchés financiers peut permettre de diversifier les sources de financement, de réduire leur dépendance à l’égard des financements publics et de faciliter le financement des infrastructures et d’autres priorités de développement. Ensemble, ces résultats peuvent renforcer la résilience économique et la capacité des entreprises publiques à parvenir à une croissance durable.
La section 5.2 montre que les entreprises publiques africaines sont des acteurs économiques majeurs, en particulier dans les secteurs stratégiques, mais que leur présence sur les marchés d’actions cotées reste limitée. Les données disponibles indiquent que de nombreuses entreprises publiques non cotées présentent une taille et des performances opérationnelles suffisantes pour être des candidates crédibles à l’accès aux marchés de capitaux. La section 5.3 présente les réformes récemment engagées en Égypte, en Éthiopie et au Maroc, qui montrent que le remaniement de la gouvernance des entreprises publiques peut concourir au développement des marchés de capitaux de différentes manières : le désinvestissement et les introductions en bourse, la création de nouvelles places boursières et le recours accru aux instruments de financement de marché. Pour conclure, la section 5.4 étudie la manière dont les normes de l’OCDE en matière de gouvernance d’entreprise peuvent aider les administrations à préparer les entreprises publiques à accéder aux marchés de capitaux, à renforcer la confiance des investisseurs et à utiliser les introductions en bourse de manière stratégique pour servir les objectifs de l’action publique, le développement des marchés et la résilience économique.
5.2. Vue d’ensemble du paysage des entreprises publiques en Afrique et de leur participation aux marchés de capitaux
Copier le lien de 5.2. Vue d’ensemble du paysage des entreprises publiques en Afrique et de leur participation aux marchés de capitaux5.2.1. Taille et importance économique des grandes entreprises publiques en Afrique
Dans de nombreux pays africains, les entreprises publiques jouent un rôle majeur en tant qu’acteurs économiques et instruments de l’action publique et elles interviennent dans un large éventail de secteurs commerciaux et de services publics. Le paysage de l’actionnariat public sur le continent se caractérise par la diversité des modèles d’actionnariat, des cadres de gouvernance, des structures juridiques et des niveaux de développement économique. Afin de garantir la comparabilité des données et de concentrer l’analyse sur les entreprises dont l’empreinte économique et l’incidence sur l’action publique sont les plus prépondérantes, le présent rapport s’intéresse principalement aux grandes entreprises publiques (dont le total des actifs dépassait 100 millions USD en 2024). Bien que les entreprises publiques figurent parmi les acteurs économiques les plus importants d’Afrique et que nombre d’entre elles présentent la taille et les caractéristiques nécessaires, en termes de performance, pour accéder aux marchés de capitaux, leur présence sur les marchés d’actions cotées reste limitée par rapport à d’autres marchés émergents et économies en développement (MEED).
Selon la méthodologie de l’Base de données mondiale de l’OCDE sur les entreprises publiques (Arikan, Medina et Ruiz Casas, 2026[1]), l’Afrique représente une part relativement faible des entreprises publiques à l’échelle mondiale, avec 194 grandes entreprises publiques non financières et 219 grandes entreprises publiques financières recensées en 2024. La région ne compte que 1 % des grandes entreprises publiques non financières et 3 % des grandes entreprises publiques financières dans le monde, et représente environ 1 % du total des actifs des entreprises publiques dans chacun de ces deux secteurs. En termes d’actifs, les grandes entreprises publiques africaines détiennent 432 milliards USD d’actifs non financiers et 913 milliards USD d’actifs financiers. À cet égard, la prédominance des institutions financières dans la région s’observe également dans toutes les autres régions (Tableau 5.1).
Tableau 5.1. Vue d’ensemble des grandes entreprises publiques en Afrique, 2024
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Nombre d’entreprises publiques |
Actifs totaux, milliards USD |
|||
|---|---|---|---|---|
|
Région |
Sociétés non financières |
Sociétés financières |
Sociétés non financières |
Sociétés financières |
|
Afrique |
194 |
219 |
432 |
913 |
|
% du total |
1 % |
3 % |
1 % |
1 % |
|
% des économies émergentes |
1 % |
4 % |
1 % |
1 % |
|
Asie hors Chine |
2 043 |
1 468 |
2 981 |
11 417 |
|
Chine |
14 856 |
3 103 |
24 234 |
70 541 |
|
Europe |
7 536 |
2 155 |
6 737 |
14 502 |
|
ALC |
288 |
216 |
851 |
1 710 |
|
Autres |
2 002 |
936 |
4 184 |
8 811 |
|
Total |
26 919 |
8 097 |
39 420 |
107 895 |
|
OCDE |
7 446 |
2 445 |
7 799 |
19 939 |
|
Économies avancées |
7 556 |
3 131 |
7 817 |
21 187 |
|
Économies émergentes |
19 363 |
4 966 |
31 603 |
86 708 |
Note : L’échantillon africain comprend des entreprises publiques établies dans les pays suivants : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Botswana, Cabo Verde, Côte d’Ivoire, Égypte, Éthiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Kenya, Libye, Maroc, Maurice, Mozambique, Namibie, Nigéria, Ouganda, République démocratique du Congo, République du Congo, République-Unie de Tanzanie, Royaume d’Eswatini, Rwanda, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Soudan, Tunisie, Zambie et Zimbabwe.
Source : Base de données mondiale de l’OCDE sur les entreprises publiques.
La part des entreprises publiques parmi les plus grandes entreprises africaines témoigne du rôle prépondérant qu’elles jouent dans l’économie de la région (Tableau 5.2). Selon la méthodologie de l’Base de données mondiale de l’OCDE sur les entreprises publiques (ci-après la « méthodologie de l’OCDE »), sept des dix plus grandes entreprises de la région en termes de chiffre d’affaires se caractérisent par une participation importante du secteur public à leur capital. L’actionnariat public conserve une place particulièrement significative dans les secteurs liés aux ressources naturelles et aux infrastructures critiques, où les pouvoirs publics conservent souvent des participations de contrôle afin de préserver leurs intérêts stratégiques. Ainsi, les deux plus grandes entreprises en termes de chiffre d’affaires – SONATRACH (Algérie) et NNPC (Nigéria) – sont des compagnies pétrolières nationales entièrement détenues par l’État, dont les chiffres d’affaires s’élèvent respectivement à 64.8 milliards USD et 30.2 milliards USD, soit environ 24 % et 13 % du PIB de leur pays respectif.
Tableau 5.2. Entreprises publiques figurant parmi les 10 plus grandes entreprises d’Afrique, 2024
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Classement |
Entreprise |
Secteur |
Pays |
Chiffre d’affaires 2024 (millions USD) |
Bénéfice 2024 (millions USD) |
Participation publique >25 %1 |
Premier actionnaire public |
Cotée |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
1 |
SONATRACH |
Énergie |
Algérie |
64 813 |
7 334 |
Oui |
Gouvernement algérien |
Non |
|
2 |
NNPC |
Énergie |
Nigéria |
30 201 |
3 628 |
Oui |
Gouvernement nigérian |
Non |
|
3 |
VIVO ENERGY GROUP |
Énergie |
Afrique du Sud |
19 450 |
227 |
Non |
– |
Non |
|
4 |
ESKOM |
Services collectifs de distribution |
Afrique du Sud |
19 090 |
896 |
Oui |
Gouvernement sud-africain |
Non |
|
5 |
NATIONAL OIL CORPORATION |
Énergie |
Libye |
18 611 |
n.d. |
Oui |
Gouvernement libyen |
Non |
|
6 |
SHOPRITE HOLDINGS |
Commerce de détail |
Afrique du Sud |
14 374 |
417 |
Non |
– |
Oui |
|
7 |
SASOL |
Produits chimiques |
Afrique du Sud |
13 949 |
433 |
Oui |
Gouvernement sud-africain |
Oui |
|
8 |
BIDCORP GROUP |
Agroalimentaire |
Afrique du Sud |
13 193 |
460 |
Oui |
Fonds de pension public sud-africain |
Oui |
|
9 |
MTN GROUP |
Télécommunications |
Afrique du Sud |
10 528 |
(628) |
Non |
– |
Oui |
|
10 |
GROUPE OCP |
Mines |
Maroc |
9 699 |
2 047 |
Oui |
Gouvernement marocain |
Non |
1. Une entité est considérée comme une entreprise publique lorsque la participation directe ou indirecte du secteur public à son capital dépasse 25 %, selon la méthodologie exposée à l’annexe 5.A.
Source : The Africa Report (2026[2]), « 500 Business Champions », https://www.theafricareport.com/ranking/500-business-champions/
Les entreprises recensées selon la méthodologie de l’OCDE présentent des structures actionnariales diverses. Si la plupart des entreprises publiques de l’échantillon sont entièrement détenues par l’État et non cotées en bourse, Sasol et Bidcorp représentent deux formes distinctes de participation du secteur public au capital de sociétés cotées. Le cas de Sasol illustre un mouvement de privatisation partielle et d’ouverture aux investisseurs privés d’entreprises autrefois détenues par l’État, tandis que Bidcorp se caractérise par de fortes participations détenues par des investisseurs institutionnels du secteur public.
Ces configurations peuvent concourir au développement des marchés de capitaux en associant investissements publics et capitaux privés, tout en permettant aux institutions publiques, notamment aux fonds de pension publics et à d’autres organismes d’investissement de l’État, de bénéficier des rendements générés par les grandes entreprises. Même si ces configurations diffèrent d’une détention intégrale du capital par l’État, ce type d’investissement peut renforcer la présence du secteur public dans le tissu économique tout en favorisant le développement de marchés de capitaux nationaux plus profonds et plus liquides.
Graphique 5.1. Répartition sectorielle des actifs des grandes entreprises publiques non financières en 2024
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Note : Les entreprises publiques financières sont exclues de cette analyse sectorielle afin d’améliorer la comparabilité entre les secteurs, car la taille et la composition de leurs actifs ne sont pas directement comparables à celles des actifs des entreprises non financières et pourraient influer de manière disproportionnée sur les résultats.
Source : Base de données mondiale de l’OCDE sur les entreprises publiques.
C’est en Afrique que la part des actifs des entreprises publiques opérant dans le secteur minier est la plus élevée, à 40 %, suivie de l’Amérique latine et des Caraïbes (36 % chacune). À titre de comparaison, cette part s’établit à 10 % à l’échelle mondiale et à 12 % dans les économies émergentes (Graphique 5.1). Ces chiffres soulignent l’importance persistante des industries extractives dans la région. Les secteurs liés aux infrastructures, notamment les transports, les communications et les services collectifs de distribution, représentent 24 % des actifs des grandes entreprises publiques, ce qui témoigne de besoins persistants en infrastructures. Cette proportion est globalement comparable à celles observées en Chine (23 %) et dans les MEED (26 %).
La répartition des actifs des entreprises publiques africaines est moins diversifiée que dans les autres régions. La prédominance du secteur minier parmi les plus grandes entreprises fait ressortir l’importance des ressources naturelles du continent, mais aussi sa vulnérabilité face à la volatilité des prix des matières premières. Toutefois, les agrégats régionaux masquent des disparités entre pays dans la répartition sectorielle des actifs, qui s’expliquent par des différences entre les pays africains en termes de structures économiques, de dotations en ressources et de stratégies d’actionnariat public.
5.2.2. Présence limitée des entreprises publiques sur les marchés d’actions africains
Comme évoqué dans les chapitres précédents, en Afrique, le développement des marchés de capitaux reste très inégal. Si plusieurs pays disposent aujourd’hui de marchés de la dette et des actions relativement actifs, beaucoup d’autres continuent de se heurter à des obstacles structurels, notamment des infrastructures de marché limitées, une base d’investisseurs peu étoffée et une faible liquidité des marchés. Dans les pays où les bourses sont de petite taille ou peu liquides, les marchés nationaux peuvent ne pas être en mesure d’offrir un nombre d’investisseurs ou une liquidité des échanges suffisants pour permettre la cotation de grandes entreprises publiques. Dans ces circonstances, d’autres mécanismes d’intégration régionale, des cotations croisées ou des doubles cotations peuvent faciliter l’accès de ces entreprises aux marchés. Ainsi, Kenya Airways a tiré parti des cotations croisées sur les marchés financiers d’Afrique de l’Est (Bourse de Nairobi : Nairobi Securities Exchange ; Bourse d’Ouganda : Uganda Securities Exchange ; et Bourse de Dar es Salaam : Dar es Salaam Stock Exchange), tandis que la double cotation de Maroc Telecom à Casablanca et à Paris lui a également permis d’élargir son accès aux investisseurs internationaux.
Parmi les plus grandes entreprises africaines, l’actionnariat public reste caractérisé par un recours limité aux marchés d’actions cotées, seules quelques sociétés conjuguant participation de l’État à leur capital et cotation en bourse (Graphique 5.2). Sur le continent, à ce jour, la majorité des plus grandes entreprises dont le capital est marqué par une forte participation publique (cinq sur sept) ne sont pas cotées, notamment les trois premières en termes de chiffre d’affaires. À l’inverse, deux entreprises non publiques sur trois figurant parmi les dix premières sont cotées en bourse. Les deux entreprises cotées dont le capital est marqué par une forte participation publique sont sud-africaines, ce qui met en évidence le rôle que l’approfondissement des marchés financiers nationaux peut jouer pour faciliter les structures d’actionnariat mixte et l’accès au financement par émission d’actions. Si ces exemples montrent que l’actionnariat public est compatible avec une cotation en bourse, ils restent des exceptions parmi les plus grandes entreprises de l’échantillon. Dans l’ensemble, les plus grandes entreprises à participation publique restent majoritairement non cotées et entièrement détenues par l’État.
Graphique 5.2. Total des actifs des grandes entreprises publiques cotées et non cotées, 2024
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Note : Tous secteurs confondus, hors secteur financier
Source : Base de données mondiale de l’OCDE sur les entreprises publiques.
Parmi les régions émergentes, l’Afrique est celle où la concentration des actifs des grandes entreprises publiques dans les sociétés non cotées est la plus forte. Les grandes entreprises publiques cotées ne représentent que 27 % du total des actifs des entreprises publiques en Afrique, contre 45 % dans l’ensemble des marchés émergents et 42 % à l’échelle mondiale. Cette proportion est également nettement inférieure à celles observées en Chine (43 %) et en Asie hors Chine (54 %). La part relativement limitée des entreprises publiques cotées laisse penser que les marchés de capitaux jouent, à ce jour, un rôle moins important dans le financement des entreprises publiques qu’au sein des autres MEED. En Afrique, la répartition des actifs se rapproche donc davantage de celle observée dans les économies avancées et en Europe, où les entreprises publiques non cotées sont largement prédominantes, que de celle des autres régions émergentes.
Cette similitude semble toutefois résulter de trajectoires historiques différentes. En Europe, les vagues successives de privatisation des années 80 et 90 et du début des années 2000 ont entraîné le transfert au secteur privé de nombreuses entreprises publiques à vocation commerciale, ou leur transformation en sociétés à actionnariat mixte. De ce fait, parmi les entreprises qui restent aujourd’hui sous actionnariat public, beaucoup opèrent dans des secteurs stratégiques et demeurent souvent entièrement détenues par l’État et non cotées. En Afrique, les programmes de privatisation ont réduit le rôle joué par l’État dans certains pans de l’économie, mais ont généralement entraîné des transferts d’actifs au secteur privé de moindre ampleur. Par conséquent, nombre des plus grandes entreprises africaines restent sous actionnariat public, notamment dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, l’exploitation minière et les infrastructures.
L’Afrique représente une part relativement faible des entreprises publiques cotées à l’échelle mondiale, avec 122 entreprises contre 2 610 dans le monde (Graphique 5.3). Malgré ce faible nombre, les entreprises publiques africaines représentent 23 % de la capitalisation boursière totale de la région, soit une proportion supérieure à la moyenne mondiale de 11 %. Cette situation tient principalement au manque de profondeur des marchés d’actions en Afrique, où relativement peu d’entreprises privées sont cotées (voir chapitre 2). La participation des entreprises publiques africaines aux marchés d’actions reste relativement modeste par rapport à celle observée dans les autres marchés émergents, où les entreprises publiques représentent environ 40 % de la capitalisation boursière totale.
Graphique 5.3. Vue d’ensemble des entreprises publiques cotées en bourse, 2025
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Note : Tous secteurs confondus, y compris le secteur financier. Les entreprises dont au moins 25 % du capital est détenu par le secteur public sont considérées comme des entreprises publiques.
Source :Base de données de l’OCDE sur les marchés de capitaux; London Stock Exchange Group (LSEG) ; FactSet ; et Bloomberg.
Cette différence s’explique en grande partie par les programmes de privatisation et d’introduction en bourse de plus grande ampleur mis en œuvre dans nombre d’économies émergentes, notamment au Brésil, en Corée, en Pologne, en Roumanie et à Singapour, où les pouvoirs publics ont choisi d’introduire de grandes entreprises publiques en bourse afin d’accroître la taille des marchés et d’élargir la base d’investisseurs (Silva, 2021[3]). En Chine, la création et l’expansion des Bourses de Shanghai et de Shenzhen ont été étroitement corrélées aux efforts visant à transformer les entreprises publiques en sociétés commerciales et à introduire une partie de leur capital en bourse (OCDE, 2025[4]). De même, le programme d’actionnarisation (equitisation) du Viet Nam a largement reposé sur l’introduction en bourse d’entreprises publiques, ce qui a accéléré le développement des marchés de capitaux du pays. Cela met en évidence le potentiel dont dispose l’Afrique pour accroître la participation de ses entreprises publiques aux marchés de capitaux et élargir leur accès au financement par émission d’actions.
5.2.3. Évolution historique des cotations en bourse des entreprises publiques africaines
Depuis 2001, les entreprises publiques africaines n’ont eu recours que de manière sporadique aux marchés d’actions cotées, avec moins de 30 introductions en bourse enregistrées sur l’ensemble de la période (Graphique 5.4). Les émissions ont été fortement concentrées sur un petit nombre d’années, notamment en 2007, alors qu’aucune introduction en bourse n’a été recensée pendant 7 des 14 dernières années (2012, 2019‑2020 et 2022‑2025). Bien que quelques opérations de grande envergure aient permis de lever des capitaux importants (notamment celles de Maroc Telecom, au Maroc, en 2004, et de Telecom Egypt, en Égypte, en 2005), les volumes globaux d’émission sont restés modestes et inégaux au fil du temps. Le nombre limité d’introductions en bourse et l’absence d’activité d’émission soutenue montrent que les marchés boursiers n’ont joué qu’un rôle marginal dans le financement des entreprises publiques africaines.
Graphique 5.4. Introductions en bourse et émissions complémentaires d’actions d’entreprises publiques en Afrique, 2001-2025
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Note : Tous secteurs confondus, y compris le secteur financier. Les entreprises dont au moins 25 % du capital est détenu par le secteur public sont considérées comme des entreprises publiques.
Source : Base de données de l’OCDE sur les marchés de capitaux ; London Stock Exchange Group (LSEG) ; FactSet ; et Bloomberg.
Conformément aux tendances générales observées sur les marchés, au-delà du secteur des entreprises publiques (voir chapitre 2), les entreprises publiques africaines ont eu davantage recours aux émissions complémentaires d’actions qu’aux introductions en bourse, même si leur activité d’émission est restée limitée. Les émissions complémentaires d’actions se sont accélérées après le milieu des années 2000, pour atteindre un pic de 12 opérations en 2010, tandis que les volumes annuels d’émission sont restés très volatils, sous l’effet d’un petit nombre de levées de capitaux de grande ampleur. Malgré ce recours accru aux émissions complémentaires d’actions, le nombre d’opérations est resté modeste et celles-ci se sont concentrées sur quelques marchés et sur un nombre limité d’années. Sur l’ensemble de la période, trois pays (Afrique du Sud, Égypte et Maroc) ont concentré 70 % du montant total des émissions réalisées dans le cadre d’introductions en bourse et 87 % de celui des émissions complémentaires d’actions.
La participation limitée des entreprises publiques africaines aux marchés d’actions cotées tient également au manque de profondeur et de liquidité des marchés, aux contraintes réglementaires, aux coûts élevés de transaction et de cotation, ainsi qu’à la faiblesse de la demande des investisseurs pour les introductions en bourse. Ces différents facteurs sont examinés plus en détail au chapitre 2.
Le calendrier des émissions d’actions des entreprises publiques semble lié à la conjoncture macroéconomique plus générale et aux conditions sur les marchés mondiaux. La concentration des introductions en bourse et des émissions complémentaires d’actions au milieu des années 2000 et autour de 2010 a coïncidé avec des périodes de forte liquidité mondiale (OCDE, 2010[5]). À l’inverse, les années marquées par une faible activité d’émission correspondent globalement à des périodes d’incertitude accrue, notamment au lendemain de la crise financière mondiale et de celle de la zone euro, pendant la pandémie de COVID-19 et lors du durcissement des conditions financières mondiales observé depuis 2022 (OCDE, 2022[6]). Outre les conditions plus générales du marché, le calendrier des émissions d’actions des entreprises publiques peut également être influencé par les décisions des pouvoirs publics concernant la politique actionnariale, les programmes de privatisation et les questions de valorisation. Les périodes de forte incertitude peuvent amener les pouvoirs publics à reporter des opérations prévues, en particulier lorsqu’ils estiment que les conditions de marché sont défavorables à la réalisation de leurs objectifs stratégiques ou budgétaires.
5.2.4. Vivier d’entreprises publiques susceptibles d’être cotées en bourse en Afrique
Le recours limité aux marchés financiers pour financer les entreprises publiques et diversifier leur actionnariat en Afrique laisse entrevoir des possibilités à exploiter. En augmentant le nombre d’entreprises publiques cotées, il serait possible non seulement d’élargir et d’approfondir les marchés d’actions locaux, mais aussi d’améliorer la transparence, de renforcer les pratiques en matière de gouvernance et de mobiliser des capitaux privés à long terme pour financer les infrastructures et d’autres secteurs prioritaires. Comme le montre le Graphique 5.5, l’Afrique dispose d’un vivier relativement important d’entreprises publiques susceptibles d’être cotées en bourse qui, moyennant des réformes structurelles et de gouvernance adéquates, pourraient remplir les critères nécessaires pour accéder aux marchés de capitaux. Le Graphique 5.5 semble indiquer que la participation limitée de ces entreprises aux marchés ne peut s’expliquer uniquement par leur taille ou leurs performances opérationnelles. La gouvernance, la transparence, les modalités d’actionnariat, la profondeur des marchés et la confiance des investisseurs constituent probablement, elles aussi, autant de freins.
Si la cotation en bourse peut renforcer la transparence et la redevabilité des entreprises publiques en les soumettant aux obligations de diffusion d’informations applicables sur les marchés financiers, l’ampleur de ces avantages dépend de la qualité et de l’application effective des règles relatives à la cotation et aux valeurs mobilières, qui diffèrent selon les juridictions (Vasquez et al., 2024[7]). Par ailleurs, la cotation en bourse n’est pas le seul levier d’amélioration de la transparence. Des résultats comparables peuvent être obtenus grâce à des dispositifs solides de communication publique, assortis de la diffusion d’informations financières et non financières.
Graphique 5.5. Principales caractéristiques des grandes entreprises publiques cotées et non cotées en Afrique, 2024
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Note : Tous secteurs confondus, hors secteur financier
Source : Base de données mondiale de l’OCDE sur les entreprises publiques.
L’existence d’entreprises publiques de grande taille et rentables est une condition essentielle au succès des introductions en bourse des entreprises publiques. (Silva, 2021[3]). Le Graphique 5.5 semble indiquer que plusieurs entreprises publiques africaines non cotées présentent des caractéristiques financières qui pourraient en faire des candidates potentielles à une introduction en bourse. En moyenne, les entreprises publiques africaines cotées sont plus grandes que les entreprises non cotées, avec un total moyen des actifs de 2.7 milliards USD, contre 2.3 milliards USD en 2024, et un chiffre d’affaires moyen de 1.2 milliard USD, contre 0.9 milliard USD. Ces moyennes peuvent masquer des disparités entre les entreprises, et les valeurs des indicateurs agrégés de rentabilité peuvent être influencées par un petit nombre d’entreprises publiques de grande taille ou particulièrement rentables.
Toutefois, les écarts de taille entre les entreprises publiques cotées et non cotées restent relativement limités. Bien qu’elles ne soient pas présentes sur les marchés d’actions, les grandes entreprises publiques non cotées semblent être d’une taille comparable à celle des grandes entreprises publiques cotées. Plusieurs d’entre elles pourraient donc déjà avoir l’envergure nécessaire pour susciter l’intérêt des investisseurs et être potentiellement admises à la cote.
En moyenne, par rapport aux grandes entreprises publiques cotées, les grandes entreprises publiques non cotées affichent un rendement des capitaux propres supérieur (10 %, contre 7 % en 2024) et des marges légèrement plus élevées en termes de résultat avant intérêts, impôts et amortissement (EBITDA) (31 %, contre 28 %). Cela laisse à penser que les entreprises publiques non cotées présentent généralement de solides performances. Si leurs marges bénéficiaires sont plus faibles (18 %, contre 25 %), cela peut s’expliquer en partie par des différences au regard des structures de coûts et des obligations de service public, plutôt que par des fondamentaux moins solides. Par ailleurs, leur ratio d’endettement plus élevé (116 %, contre 95 %) témoigne d’un recours accru au financement par l’emprunt, ce qui souligne les avantages potentiels de l’accès aux marchés d’actions.
L’analyse qui précède indique que le recours limité des grandes entreprises publiques africaines aux marchés de capitaux ne peut s’expliquer uniquement par leur taille ou leurs performances opérationnelles. Outre d’autres facteurs, tels que les cadres juridiques et le degré général de préparation des actifs, les questions de gouvernance jouent probablement un rôle majeur dans la capacité des entreprises publiques à attirer des investissements privés et à accéder aux financements de marché. Il importe donc de considérer la réforme de la gouvernance des entreprises publiques non seulement comme un moyen d’améliorer leurs performances, mais aussi comme un catalyseur du développement des marchés de capitaux. La section suivante s’appuie sur l’expérience de trois pays africains pour montrer de quelle manière les réformes visant à professionnaliser la fonction d’actionnaire de l’État, à renforcer la redevabilité et à améliorer les cadres de gouvernance peuvent contribuer à constituer un vivier d’entreprises publiques prêtes à accéder aux marchés et à renforcer le rôle des marchés de capitaux au service d’objectifs plus larges en matière d’action publique.
5.3. Articuler la réforme de la gouvernance des entreprises publiques et le développement des marchés de capitaux : enseignements tirés de trois pays africains
Copier le lien de 5.3. Articuler la réforme de la gouvernance des entreprises publiques et le développement des marchés de capitaux : enseignements tirés de trois pays africainsLes réformes du secteur des entreprises publiques menées récemment en Égypte, en Éthiopie et au Maroc illustrent le lien grandissant entre les politiques d’actionnariat public et le développement des marchés de capitaux en Afrique. Ces trois pays ont été retenus non pas en vue de dresser un bilan exhaustif des réformes des entreprises publiques sur le continent, mais parce qu’ils ont récemment engagé des réformes ambitieuses ayant des implications manifestes pour le développement des marchés de capitaux. Ensemble, ils illustrent différentes séquences de réforme, différents modèles institutionnels et différents canaux par lesquels les entreprises publiques peuvent accéder aux marchés de capitaux dans le contexte africain.
Ces trois études de cas illustrent également la diversité des liens entre les réformes des entreprises publiques et le développement des marchés de capitaux. L’Égypte a principalement mis l’accent sur le désinvestissement et la monétisation des actifs, l’Éthiopie a associé la réforme de la gouvernance des entreprises publiques à la création d’une nouvelle bourse de valeurs, tandis que le Maroc a privilégié l’optimisation du portefeuille de participations publiques et le recours progressif aux financements de marché.
5.3.1. Égypte – Mettre la politique actionnariale de l’État au service du désinvestissement et de la mobilisation de capitaux privés
L’Égypte offre un exemple d’approche de la réforme des entreprises publiques axée sur le désinvestissement, par laquelle les marchés de capitaux sont utilisés comme un moyen de réduire la place de l’État dans l’économie, d’attirer les investissements privés et d’améliorer la gouvernance des entreprises publiques.
Le pays a récemment actualisé sa Politique d’actionnariat public, en s’appuyant sur le cadre initialement mis en place en 2022, puis révisé en 2023. Dans sa première version, cette politique définissait les objectifs et les principes de l’actionnariat public, en précisant des critères tels que les considérations de sécurité nationale, le développement des industries technologiques prioritaires et l’attractivité des secteurs pour l’investissement privé. Une analyse récente de l’OCDE établit notamment un lien entre l’amélioration de la gouvernance des infrastructures et l’objectif d’attirer davantage d’investissements privés, conformément aux efforts de réforme plus vastes engagés par l’Égypte (OCDE, 2026[8]).
La deuxième version de la Politique d’actionnariat public, publiée en juin 2026, fait fond sur l’expérience acquise au cours de la première phase de mise en œuvre (2022‑2025). Elle met davantage l’accent sur l’efficience, la neutralité concurrentielle, la viabilité budgétaire et les retombées économiques mesurables, conformément à l’objectif de l’Égypte de se doter d’un cadre plus complet pour la gestion des actifs de l’État (Egypt, Arab Republic of, 2026[9]). Dans cette version actualisée, la politique vise à améliorer le degré de préparation des actifs et leur gouvernance, à renforcer la coordination institutionnelle et à accroître la contribution du secteur privé à la croissance, à l’emploi, aux exportations et à l’investissement.
La Politique d’actionnariat public reconnaît également la nécessité de réformer la gouvernance des entreprises publiques et prévoit explicitement une convergence vers les Lignes directrices de l’OCDE sur la gouvernance des entreprises publiques. Parmi les principales initiatives figurent une séparation claire entre les fonctions d’actionnaire et de réglementation, le renforcement de la transparence et de la diffusion d’informations, une plus grande indépendance des conseils d’administration, l’amélioration des systèmes de gestion des risques et d’audit, ainsi que des pratiques rigoureuses en matière de gouvernance de l’investissement public et de passation des marchés publics.
La Politique égyptienne d’actionnariat public s’inscrit également dans le contexte de réformes économiques plus larges visant à renforcer la participation du secteur privé à l’économie. Dans le cadre du mécanisme élargi de crédit (MEDC) du Fonds monétaire international (FMI), l’Égypte s’est engagée à réduire la place de l’État dans l’économie, à garantir des conditions de concurrence équitables entre entreprises publiques et privées, à accélérer le désinvestissement et à favoriser une croissance plus forte tirée par le secteur privé, autant de mesures essentielles pour préserver la stabilité macroéconomique et améliorer les perspectives de croissance à moyen terme (International Monetary Fund, 2026[10]).
Le programme de réforme de la gouvernance des entreprises publiques en Égypte est lié au retrait de l’État des activités non stratégiques. Selon la version actualisée de la Politique d’actionnariat public, le principal outil stratégique dont disposent les pouvoirs publics pour atteindre ces objectifs est le « Government Offerings Programme » (programme de cession de participations de l’État). Ce programme vise à céder des participations minoritaires ou majoritaires dans certaines entreprises publiques, à introduire des entreprises à la Bourse égyptienne (Egyptian Exchange, EGX), à attirer des investisseurs stratégiques par la cession de participations hors marché, à transférer certains actifs au Fonds souverain d’Égypte en vue de les restructurer et de les valoriser avant leur cession, ainsi qu’à améliorer la gouvernance et la transparence des entreprises publiques afin de renforcer leur attractivité auprès des investisseurs.
Dans le cadre de la mise en œuvre de la Politique d’actionnariat public, le gouvernement égyptien a annoncé en février 2023 un élargissement de son programme de monétisation des actifs et d’introductions en bourse, de façon à englober 32 entreprises publiques (Ahram Online, 2023[11]). Ce programme prévoyait de combiner des introductions en bourse, des émissions complémentaires d’actions d’entreprises déjà cotées et des cessions de participations à des investisseurs stratégiques.
Dans les faits, les progrès accomplis en matière d’introduction en bourse ont toutefois été plus limités que prévu initialement. Si le programme envisageait la cotation de plusieurs entreprises publiques à l’EGX, sa mise en œuvre a pour l’essentiel donné lieu à des cessions de participations à des investisseurs stratégiques plutôt qu’à de nouvelles introductions en bourse. D’importantes incertitudes subsistaient quant à l’ampleur définitive du désengagement de l’État, au nombre d’entreprises concernées par les cessions et aux cadres juridiques et institutionnels qui régissent les transactions portant sur différentes catégories d’actifs et la participation du secteur privé (OCDE, 2024[12]).
L’expérience égyptienne montre comment une politique actionnariale peut intégrer les marchés de capitaux dans une stratégie plus large visant à réduire la place de l’État dans l’économie et à attirer les investissements privés. Toutefois, sa mise en œuvre a jusqu’à présent davantage reposé sur des cessions de participations stratégiques que sur de nouvelles introductions en bourse, ce qui souligne l’importance des conditions de marché, du degré de préparation des actifs et de la confiance des investisseurs. Cette expérience montre également que les programmes de désinvestissement de l’État doivent s’appuyer sur une réforme de la gouvernance, un enchaînement crédible des différentes étapes et un environnement plus propice à la participation du secteur privé. Les initiatives récentes, notamment l’admission temporaire à la cote de six entreprises publiques industrielles à l’EGX en avril 2026, dans le cadre de la préparation de leur introduction en bourse, soulignent un peu plus l’ambition des pouvoirs publics de développer la profondeur des marchés financiers et de mobiliser des capitaux privés.
5.3.2. Éthiopie – S’appuyer sur la réforme des entreprises publiques pour favoriser l’émergence de marchés de capitaux nationaux
Le cas de l’Éthiopie illustre de quelle manière la réforme des entreprises publiques peut apporter un concours direct au développement d’un nouveau marché national de capitaux. Le pays a entrepris un programme de réforme des entreprises publiques dans le cadre plus vaste de son Programme national de réforme économique (Homegrown Economic Reform Agenda), publié en 2019. Ce dernier vise à préserver la stabilité macrofinancière et à soutenir la croissance économique, le « renforcement des finances publiques, notamment par l’amélioration de l’efficience des entreprises publiques et leur privatisation » en constituant le premier pilier (Ethiopia, 2020[13]). Ainsi, l’approche éthiopienne associe la libéralisation des marchés, l’amélioration de la gouvernance et des performances des entreprises publiques, et l’ouverture progressive de leur capital aux investisseurs privés lorsque celle-ci peut favoriser l’investissement, la concurrence et l’efficience.
La mise en place d’un nouveau cadre institutionnel pour l’actionnariat public a été un élément majeur de la réforme. Depuis 2019, les pouvoirs publics ont mis en œuvre des mesures visant à renforcer la supervision des entreprises publiques fédérales, dont la création d’une division spécialement chargée de leur supervision au sein du ministère des Finances et l’adoption de nouveaux cadres juridiques et de gouvernance destinés à améliorer la transparence, la redevabilité et la gestion des risques budgétaires (Ethiopia News Agency, 2026[14]).
La création d’Ethiopian Investment Holdings (EIH) en 2021 a marqué une nouvelle étape importante du processus de réforme vers un modèle d’actionnariat centralisé. Constituée sous la forme d’une société holding souveraine, EIH a été chargée de gérer bon nombre des plus grandes entreprises publiques commerciales d’Éthiopie, dont Ethio Telecom, Ethiopian Airlines et la Commercial Bank of Ethiopia.
Ce nouveau cadre a jeté les bases d’un vaste programme de réforme de la gouvernance, avec entre autres des engagements visant à professionnaliser les conseils d’administration, à imposer la production d’états financiers audités, à promouvoir l’adoption des normes internationales d’information financière et à renforcer les obligations de diffusion d’informations. Si ces mesures constituent des avancées notables vers un dispositif d’actionnariat public plus transparent et plus professionnel, leur mise en œuvre demeure incomplète. À ce jour, EIH n’a publié qu’un seul jeu d’états financiers consolidés, portant sur l’exercice 2022/23, et ceux-ci n’ont pas été audités. La qualité et la réalisation en temps voulu des audits externes restent des points problématiques, et aucun rapport annuel agrégeant les données du portefeuille n’a encore été produit.
En 2025, la création de l’Ethiopian Securities Exchange (ESX), la Bourse éthiopienne, a offert aux entreprises publiques un nouveau moyen d’accéder aux capitaux privés, de diversifier leur actionnariat et d’améliorer leur transparence. Dès l’origine, il était explicitement prévu que le marché principal de cette nouvelle Bourse serve de plateforme de cotation pour certaines des plus grandes entreprises publiques, ce qui témoigne du lien entre les objectifs des pouvoirs publics en matière de développement des marchés de capitaux et la réforme du secteur des entreprises publiques (Ethiopian Securities Exchange, 2026[15]).
L’exemple le plus marquant à ce jour est celui de l’introduction en bourse d’Ethio Telecom. Après la transformation de cette entreprise en société par actions, le gouvernement a lancé une offre publique portant sur une participation minoritaire, destinée aux citoyens éthiopiens, dans le cadre de son programme de réformes économiques. En mai 2026, Ethio Telecom est devenue la première entreprise publique cotée à l’ESX, marquant une étape majeure tant pour la réforme des entreprises publiques que pour le développement des marchés de capitaux éthiopiens (Ethiopian Securities Exchange, 2026[16]).
D’importantes difficultés subsistent néanmoins. Si l’introduction en bourse d’Ethio Telecom a marqué une étape majeure dans le développement du marché éthiopien des capitaux, celui-ci reste encore peu développé et se caractérise par une profondeur et une liquidité limitées, ainsi que par une faible participation des investisseurs. En outre, aucune autre introduction en bourse d’entreprise publique n’est actuellement en préparation. Nombre de réformes récentes n’ont pas encore été pleinement mises en œuvre et de fortes lacunes subsistent en matière de gouvernance d’entreprise, de transparence, de diffusion d’informations et de gestion des risques budgétaires (EIH, 2026[17]). À l’avenir, l’élargissement du vivier d’entreprises publiques cotées nécessitera de poursuivre les efforts de réforme, notamment l’amélioration des pratiques en matière de diffusion d’informations financières et autres, le renforcement des mécanismes de redevabilité et de surveillance, une efficacité accrue des dispositifs de gouvernance – y compris grâce à une plus grande indépendance des conseils d’administration –, et l’adoption de mesures propres à renforcer la confiance des investisseurs et les capacités du marché (International Monetary Fund. African Dept., 2026[18]).
5.3.3. Maroc – Professionnaliser la fonction d’actionnaire de l’État pour mobiliser des financements sur les marchés de capitaux
Le cas du Maroc montre comment une réforme des entreprises publiques axée sur la professionnalisation de la fonction d’actionnaire de l’État et l’amélioration de la gouvernance peut préparer ces entreprises à recourir davantage aux financements privés et aux financements de marché, tout en jetant les bases de futures transactions sur les marchés de capitaux et de la participation du secteur privé.
La récente réforme du secteur des entreprises publiques au Maroc repose sur plusieurs textes législatifs, dont deux lois promulguées en 2021. La loi no 50-21 relative à la réforme des établissements et entreprises publics a défini le cadre de la réforme, ses principaux objectifs et ses modalités de mise en œuvre. La loi no 82-20 a officiellement créé l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État et de suivi des performances des établissements et entreprises publics (ANGSPE), chargée de professionnaliser la fonction d’actionnaire de l’État, de centraliser la supervision des actifs stratégiques de l’État et de dissocier les responsabilités actionnariales de la gestion opérationnelle des entreprises publiques.
L’un des principaux piliers de la réforme est la nouvelle Politique actionnariale de l’État (PAE), dont les orientations stratégiques ont été adoptées par décret en décembre 2024. Cette politique définit les motifs justifiant l’actionnariat public et les objectifs poursuivis par l’État en tant qu’actionnaire, en précisant le rôle des entreprises publiques à l’appui de la souveraineté nationale, de la prestation de services publics, des secteurs stratégiques, de l’innovation et du développement socioéconomique (ANGSPE, 2024[19]). Elle vise plus particulièrement à renforcer l’exemplarité des entreprises publiques en matière de gouvernance et de performance, et à faire du secteur des entreprises publiques un moteur de l’investissement privé.
La réforme de la gouvernance occupe donc une place centrale dans ce programme. La PAE met particulièrement l’accent sur la professionnalisation des conseils d’administration, la clarification des cadres de redevabilité, l’alignement des modalités de gouvernance sur les normes internationales et le renforcement du suivi des performances. L’ANGSPE encourage notamment la publication d’états financiers consolidés conformes aux normes internationales d’information financière (IFRS), afin d’améliorer la transparence financière des entreprises publiques (ANGSPE, 2026[20]). Elle a également instauré la publication régulière d’informations sur le portefeuille de participations de l’État, au moyen de son rapport annuel sur l’État actionnaire, qui vise à renforcer la transparence concernant les performances financières et opérationnelles des entreprises publiques (ANGSPE, 2025[21]).
À mesure que les réformes en matière de gouvernance progressent, le volet consacré aux marchés de capitaux prend une importance croissante. En avril 2025, l’ANGSPE et l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) ont signé un protocole d’accord visant à faciliter l’accès des entreprises publiques aux instruments des marchés de capitaux (AMMC, 2025[22]).
Ces dernières années, l’ANGSPE a activement accompagné les entreprises publiques dans leur transition de financements traditionnels soutenus par l’État vers des financements de marché, en les aidant à structurer des émissions obligataires (obligations vertes notamment) et des opérations de titrisation, et à recourir à d’autres instruments de financement sans garantie de l’État. Cette approche a permis de financer de vastes programmes d’investissement dans les secteurs des transports, des infrastructures, de l’énergie et de l’industrie. En évaluant les implications financières, la capacité d’emprunt et la viabilité à long terme des plans de financement proposés, l’ANGSPE a aidé les entreprises publiques à faire en sorte que les financements de marché contribuent à la fois à renforcer la discipline financière au niveau des entreprises et à développer plus largement les marchés de capitaux, tout en réduisant leur dépendance à l’égard du soutien direct de l’État.
D’importantes difficultés de mise en œuvre subsistent néanmoins. La mise en place concrète de la nouvelle politique actionnariale par une rationalisation effective du portefeuille de participations publiques nécessitera un engagement politique durable et des capacités institutionnelles adéquates. En outre, si les marchés de capitaux sont appelés à jouer un rôle plus important dans le financement des entreprises publiques, un recours accru aux instruments fondés sur le marché dépendra de la poursuite des progrès sur les plans de la gouvernance d’entreprise, de la transparence et de la confiance des investisseurs, ainsi que de la constitution d’un vivier d’entreprises prêtes à attirer des investissements. Si l’introduction en bourse d’entreprises publiques a été évoquée comme un objectif possible, les autorités n’ont pas encore communiqué de liste précise d’entreprises candidates.
L’expérience marocaine montre comment le développement des marchés de capitaux peut s’inscrire dans une réforme plus large de l’actionnariat public, même en l’absence de programme immédiat de privatisation ou d’introduction en bourse. Le Maroc professionnalise la fonction d’actionnaire, améliore la transparence financière et établit des liens institutionnels avec l’autorité de régulation du marché des capitaux. Ce faisant, le pays crée des conditions susceptibles de permettre aux entreprises publiques d’accéder à une gamme plus étendue d’instruments de financement au fil du temps.
Considérés dans leur ensemble, les cas de l’Égypte, de l’Éthiopie et du Maroc montrent que la réforme de la gouvernance des entreprises publiques peut concourir au développement des marchés de capitaux lorsqu’elle s’accompagne d’une gouvernance renforcée, d’objectifs plus clairs en matière d’actionnariat et de mécanismes de mise en œuvre crédibles. Comme le montre le Tableau 5.3, ces trois pays se distinguent les uns des autres par l’enchaînement de leurs réformes et les instruments mobilisés, mais tous trois illustrent l’importance de préparer les entreprises publiques en clarifiant les objectifs en matière d’actionnariat, en professionnalisant les modalités d’exercice de la fonction d’actionnaire, en renforçant les pratiques de diffusion d’informations et en améliorant la supervision exercée par les conseils d’administration. Ces expériences montrent également que les résultats obtenus sur les marchés de capitaux dépendent non seulement de l’ambition des politiques engagées, mais aussi du degré de préparation des actifs, de la confiance des investisseurs, des capacités institutionnelles, des mesures prises pour faire face au risque de change et, plus généralement, des conditions de marché.
Tableau 5.3. Comparaison entre pays
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Égypte |
Éthiopie |
Maroc |
|
|---|---|---|---|
|
Trajectoire de réforme |
Procéder au désinvestissement de l’État par la cession de participations minoritaires et par d’éventuelles introductions en bourse d’entreprises publiques. |
Mettre à profit une réforme ambitieuse du secteur des entreprises publiques pour favoriser l’essor d’une nouvelle bourse de valeurs. |
Mettre en place un cadre professionnel d’exercice de la fonction d’actionnaire permettant un recours accru aux instruments des marchés de capitaux. |
|
Cadre d’action |
Politique actionnariale de l’État initialement mise en place en 2022, révisée en 2023 et actualisée en 2026. |
Programme national de réforme économique (Homegrown Economic Reform Agenda, 2019), appuyé par la proclamation de 2020 relative à la privatisation des entreprises publiques (Public Enterprises Privatization Proclamation). |
Réforme fondée sur les lois no 82-20 et no 50-21 et sur la Politique actionnariale de l’État adoptée en 2024 |
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Principal instrument de réforme |
Le Fonds souverain d’Égypte joue un rôle central dans la restructuration, la valorisation et la préparation de certains actifs de l’État destinés à des investissements privés. |
Ethiopian Investment Holdings supervise bon nombre des plus grandes entreprises publiques commerciales d’Éthiopie et concourt à un modèle d’actionnariat plus centralisé. |
L’ANGSPE est l’organisme central chargé de représenter l’État actionnaire et d’assurer la gestion stratégique de ses participations. |
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Priorités en matière de réforme de la gouvernance |
Convergence vers les Lignes directrices de l’OCDE sur la gouvernance des entreprises publiques, séparation des fonctions d’actionnaire et de réglementation, renforcement des conseils d’administration, amélioration des pratiques de diffusion d’informations, d’audit, de gestion des risques et de passation des marchés publics. |
Professionnalisation des conseils d’administration, production d’états financiers audités, adoption des normes IFRS, renforcement de la diffusion d’informations, du suivi des performances et de la gestion des risques budgétaires. |
Convergence vers les Lignes directrices de l’OCDE sur la gouvernance des entreprises publiques, professionnalisation des conseils d’administration, cadres de redevabilité, publication d’états financiers consolidés conformes aux normes IFRS, suivi du portefeuille de participations et publication d’un rapport annuel sur l’État actionnaire. |
|
Participation aux marchés de capitaux |
Plusieurs opérations réalisées dans le cadre du programme de monétisation des actifs, mais moins d’introductions en bourse que prévu initialement. L’admission temporaire à la cote d’entreprises publiques industrielles témoigne de la poursuite des préparatifs en vue de leur introduction en bourse. |
Création de l’Ethiopian Securities Exchange et cotation de certaines entreprises publiques, à commencer par Ethio Telecom. |
Signature d’un protocole d’accord entre l’ANGSPE et l’AMMC visant à faciliter l’accès des entreprises publiques aux instruments des marchés de capitaux. L’ANGSPE a accompagné plusieurs entreprises publiques marocaines dans la mobilisation de financements de marché (obligations, titrisation, etc.). |
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Principales difficultés de mise en œuvre |
Degré de préparation des actifs, conditions de marché, confiance des investisseurs, évolution des taux de change et des taux d’intérêt. Nécessité de concrétiser les projets de désinvestissement par de véritables introductions en bourse. |
Marché de capitaux encore peu développé, profondeur limitée, nécessité d’accroître la participation des investisseurs et de maintenir des normes de gouvernance rigoureuses. |
Passer de la réforme institutionnelle à une rationalisation effective du portefeuille de participations publiques, constituer un vivier d’entreprises publiques prêtes à attirer des investissements et développer le recours effectif aux instruments de marché. |
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Principaux enseignements pour l’action publique |
La constitution d’un vivier clairement identifié d’entreprises prêtes à accéder aux marchés est susceptible de favoriser les introductions en bourse et les cessions d’actifs. La crédibilité des réformes est aussi importante que leur ambition. L’évolution de la conjoncture économique et des conditions de marché peut compliquer la concrétisation des stratégies de réforme sous forme d’opérations de marché. |
Les organismes chargés de l’exercice centralisé de la fonction d’actionnaire peuvent jouer un rôle essentiel dans la préparation des actifs stratégiques de l’État à une future participation aux marchés. Dans les marchés émergents, les réformes de la gouvernance des entreprises publiques devraient favoriser la constitution d’un vivier d’entreprises susceptibles d’attirer des investissements. |
La centralisation et la professionnalisation de la fonction d’actionnaire peuvent renforcer la crédibilité auprès des investisseurs. Les réformes des entreprises publiques axées sur le marché peuvent porter leurs fruits sans nécessairement donner la priorité à des privatisations de grande ampleur. |
5.4. Principales recommandations pour l’action publique
Copier le lien de 5.4. Principales recommandations pour l’action publique5.4.1. Renforcer les cadres de gouvernance des entreprises publiques pour leur permettre d’accéder aux marchés d’actions cotées
Les entreprises publiques sont souvent confrontées à des problèmes de gouvernance susceptibles d’affaiblir leurs performances et d’éroder la confiance des investisseurs. Les interventions excessives ou motivées par des considérations politiques des pouvoirs publics peuvent compromettre leur autonomie opérationnelle, tandis qu’une supervision insuffisante des entreprises publiques par l’État actionnaire peut affaiblir la redevabilité des conseils d’administration et des dirigeants. Une gouvernance efficace est déterminante pour surmonter ces difficultés et renforcer la confiance des investisseurs. À l’inverse, des structures d’actionnariat fragmentées, le manque de clarté des objectifs de politique publique et les ingérences politiques peuvent accroître la perception des risques et limiter l’accès aux capitaux privés à des conditions favorables (OCDE, 2024[23]).
Ces éléments sont particulièrement pertinents pour plusieurs pays africains où la fragmentation des cadres juridiques, la dispersion des modalités d’actionnariat et le manque de coordination entre les acteurs publics continuent de compromettre la supervision, la redevabilité et la cohérence stratégique (OCDE, 2025[24]). Le renforcement de ces cadres peut améliorer la transparence, limiter les ingérences politiques et professionnaliser la fonction d’actionnaire de l’État. Comme le montrent les trois études de cas, les principales réformes consistent notamment à adopter des politiques actionnariales globales, à évoluer vers des modèles d’actionnariat plus centralisés ou mieux coordonnés, ainsi qu’à améliorer la diffusion d’informations, la redevabilité et le suivi des performances. Lorsqu’elles sont soutenues par une volonté politique durable et cohérentes avec les stratégies de développement des marchés de capitaux, ces réformes peuvent également accroître l’intérêt et l’efficacité des introductions en bourse d’entreprises publiques.
Enfin, l’introduction en bourse d’entreprises publiques concourt également au développement des marchés de capitaux en accroissant leur profondeur et leur liquidité, en élargissant la base d’investisseurs et en consolidant ainsi leur rôle de source de financement à long terme de l’économie locale. Du point de vue des finances publiques, ces introductions en bourse peuvent aussi générer des recettes que les pouvoirs publics peuvent consacrer à des objectifs clés de développement économique et de politique sociale, notamment dans les domaines des infrastructures, de l’éducation et de la santé.
Au-delà de leur contribution au développement des marchés de capitaux, une participation accrue des entreprises publiques aux marchés boursiers peut renforcer leur résilience. De nombreux gouvernements africains font face à des pressions budgétaires croissantes et à des besoins concurrents en matière de ressources publiques, ce qui peut limiter leur capacité à financer les investissements nécessaires aux grandes entreprises publiques (voir chapitre 4). L’accès aux marchés de capitaux peut donc réduire la dépendance des entreprises publiques à l’égard des transferts publics et des emprunts souverains, tout en les rendant moins vulnérables aux contraintes budgétaires et aux changements de priorités en matière d’investissement public. Il peut également les aider à s’adapter à une conjoncture économique instable grâce à l’émission d’actions ou d’obligations, en leur procurant des financements stables, plus susceptibles que les dotations budgétaires annuelles de répondre à leurs besoins de financement à long terme dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les transports, les télécommunications et les infrastructures. Le Tableau 5.4 présente un cadre destiné aux pouvoirs publics désireux de remédier aux problèmes de gouvernance rencontrés par les entreprises publiques et de les préparer à accéder aux marchés.
Tableau 5.4. Problématiques de gouvernance couramment rencontrés par les entreprises publiques africaines et recommandations correspondantes pour l’action publique
Copier le lien de Tableau 5.4. Problématiques de gouvernance couramment rencontrés par les entreprises publiques africaines et recommandations correspondantes pour l’action publique|
Problématiques de gouvernance couramment rencontrés par les entreprises publiques africaines |
Principales recommandations pour l’action publique |
|---|---|
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Objectifs et motifs justifiant l’actionnariat public mal définis, entraînant des ambiguïtés quant à la finalité de cet actionnariat et aux attentes à l’égard des entreprises publiques. Ingérences politiques dans la prise de décisions opérationnelles, réduisant l’autonomie des dirigeants, affaiblissant l’orientation commerciale des entreprises et faisant peser des risques de corruption. |
Élaborer une politique actionnariale transparente, qui définit clairement les motifs justifiant l’actionnariat public et les objectifs poursuivis, et vise à optimiser la valeur créée à long terme pour la société. À cet égard, les responsables de l’action publique peuvent se référer au guide de l’OCDE intitulé Good practices for strengthening state ownership. (OCDE, 2026[25]) |
|
Modalités d’actionnariat fragmentées ou mal coordonnées, susceptibles d’entraîner un manque de cohérence dans la supervision, des chevauchements de responsabilités et une redevabilité limitée, ou des conflits découlant des multiples rôles de l’État en tant qu’actionnaire, autorité de réglementation, responsable de l’action publique et acteur du marché. |
Garantir une séparation claire entre la fonction d’actionnaire de l’État et ses fonctions de réglementation et d’élaboration des politiques publiques, notamment en limitant les ingérences politiques dans la prise de décisions opérationnelles. |
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Manque d’indépendance et de professionnalisme des conseils d’administration, notamment nominations motivées par des considérations politiques, manque d’expertise et autonomie limitée, et redevabilité insuffisante des conseils d’administration en matière de performances, de stratégie, de gestion des risques et de supervision de la direction. |
Veiller à ce que les conseils d’administration des entreprises publiques soient indépendants, compétents et redevables, afin de garantir une supervision stratégique et une gestion des risques efficaces. Garantir la neutralité concurrentielle en assurant des conditions de concurrence équitables entre les entreprises publiques et les entreprises privées. |
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Pratiques inadéquates en matière de transparence et de diffusion d’informations, notamment communication publique limitée d’informations sur les performances financières, les modalités de gouvernance, les risques et les objectifs en matière d’action publique. |
Définir clairement les obligations de service public incombant aux entreprises publiques, afin de permettre, si nécessaire, une compensation adéquate et transparente. |
|
Faiblesse du contrôle interne, de la gestion des risques et de l’audit, limitant la capacité des entreprises publiques à identifier et à gérer les risques opérationnels, financiers et liés à l’intégrité. |
Adopter les normes reconnues à l’échelle internationale en matière d’établissement de rapports, de comptabilité et de diffusion d’informations. Cela suppose notamment de mettre en place une fonction d’audit interne adaptée et des systèmes appropriés de gestion des risques. Faire réaliser chaque année un audit externe par un cabinet reconnu à l’échelle internationale, dans le respect des normes déontologiques et d’indépendance. |
|
Préoccupations concernant le traitement équitable des actionnaires minoritaires et étrangers. |
Se conformer aux Principes de gouvernement d’entreprise du G20 et de l’OCDE, notamment en ce qui concerne la protection des actionnaires. |
Source : Lignes directrices de l’OCDE sur la gouvernance des entreprises publiques, 2024
5.4.2. Constituer un vivier d’entreprises publiques aptes à accéder aux marchés de capitaux
Constituer un vivier d’entreprises publiques aptes à accéder aux marchés est essentiel pour permettre à ces dernières de contribuer pleinement au développement des marchés de capitaux africains. Les expériences de l’Égypte, de l’Éthiopie et du Maroc donnent à penser qu’au-delà des réformes en matière de gouvernance, les pouvoirs publics doivent opérer des choix stratégiques quant à la manière dont leurs portefeuilles d’entreprises publiques peuvent concourir aux objectifs plus larges de développement des marchés de capitaux.
Il est essentiel de définir clairement la politique actionnariale pour permettre à l’État d’exercer efficacement sa fonction d’actionnaire. Les motifs justifiant l’actionnariat public et les éventuels objectifs en matière d’action publique assignés aux entreprises publiques doivent être clairement formulés, étroitement liés à leurs activités principales, définis par les autorités compétentes et portés à la connaissance du public.
Le guide Policy Maker’s Guide to Privatisation publié par l’OCDE souligne que la privatisation d’une entreprise publique se justifie généralement par le fait que celle-ci ne répond plus aux motifs ayant justifié son actionnariat public. Il n’existe pas de règle générale permettant de déterminer si une activité doit relever du secteur public ou du secteur privé. Les motifs justifiant l’actionnariat public varient d’un pays et d’un secteur à l’autre, en fonction de la situation économique, de considérations stratégiques et d’objectifs d’action publique. La définition explicite et transparente de ces motifs constitue le socle d’une politique actionnariale efficace, dans la mesure où elle permet aux pouvoirs publics de mettre en cohérence les objectifs des entreprises publiques, leurs modalités de gouvernance et les performances attendues. Ces motifs doivent faire l’objet d’un réexamen régulier pour veiller à ce que l’actionnariat public demeure pertinent au regard de l’évolution des conditions de marché, des priorités stratégiques et de la valeur à long terme attendue du portefeuille de participations de l’État (OCDE, 2019[26]).
Une fois les motifs justifiant l’actionnariat public clarifiés et la composition de leur portefeuille d’entreprises publiques évaluée, les pouvoirs publics doivent déterminer la forme de participation aux marchés la plus appropriée. Les études de cas présentées précédemment montrent que les entreprises publiques peuvent concourir au développement des marchés de capitaux par différents moyens, et pas uniquement par la privatisation ou l’introduction en bourse. En Égypte, la mobilisation de capitaux privés s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire la présence de l’État dans certaines activités économiques. En Éthiopie, l’introduction en bourse d’Ethio Telecom constitue une opération fondatrice, destinée à attirer les investisseurs et à asseoir la crédibilité du marché. Au Maroc, les réformes ont surtout cherché à créer les conditions permettant aux entreprises publiques de recourir davantage, au fil du temps, aux instruments de dette et de fonds propres proposés sur les marchés de capitaux.
L’aptitude d’une entreprise publique à accéder aux marchés dépend de la situation économique du pays, des objectifs en matière d’action publique et des caractéristiques propres à l’entreprise. Les éléments suivants peuvent servir de base à un processus efficace de sélection des entreprises susceptibles d’accéder aux marchés financiers :
la contribution stratégique aux objectifs nationaux de développement,
la viabilité commerciale et la rentabilité à long terme, notamment la prévisibilité des flux de recettes,
la capacité à attirer des investisseurs privés tout en préservant les mandats de politique publique,
le degré général de préparation à la participation aux marchés, notamment l’existence de cadres adéquats en matière de réglementation, d’application et de concurrence,
la contribution potentielle à la profondeur, à la liquidité et à la diversification des marchés de capitaux.
L’introduction en bourse d’entreprises publiques ne doit pas être considérée comme une simple opération de levée de capitaux. Elle est plus efficace lorsqu’elle s’inscrit dans des réformes plus larges de l’actionnariat public et dans des stratégies de développement des marchés de capitaux. Les expériences de l’Égypte, de l’Éthiopie et du Maroc montrent que la réforme des entreprises publiques peut concourir au développement des marchés de capitaux de différentes manières : le désinvestissement et la cession de participations minoritaires, le recours à de grandes entreprises publiques pour appuyer la création de nouvelles bourses de valeurs, ou encore la mobilisation progressive d’instruments de financement de marché. Lorsqu’elles sont étayées par des réformes de gouvernance conformes aux Lignes directrices de l’OCDE sur la gouvernance des entreprises publiques, les introductions en bourse peuvent produire des effets bénéfiques à plusieurs niveaux : pour les entreprises, en renforçant leur accès aux financements et en améliorant la transparence, la gouvernance et la redevabilité ; pour les marchés, en élargissant l’offre d’actifs susceptibles d’attirer des investissements, en améliorant la liquidité et en favorisant une participation accrue des investisseurs ; et pour l’État, en améliorant la visibilité et la valeur de ses actifs, en renforçant la supervision de sa fonction d’actionnaire et, le cas échéant, en générant des recettes budgétaires grâce aux opérations d’introduction en bourse.
Références
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[21] ANGSPE (2025), Rapport sur l’État Actionnaire 2023 – 2024, https://api.angspe.ma/uploads/RA_ANGSPE_def_ok_glisses_de37f551b1.pdf (consulté le 11 septembre 2026).
[19] ANGSPE (2024), Politique Actionnariale de l’État, https://angspe.ma/politique-actionnariale-de-l-etat/ (consulté le 11 septembre 2026).
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[9] Egypt, Arab Republic of (2026), State Ownership Policy - Second Edition 2026-2030, https://www.cabinet.gov.eg/UI/pdf/property-policy-document-eng.pdf (consulté le 11 septembre 2026).
[17] EIH (2026), Annual Report, https://eih.et/annual-report/ (consulté le 19 octobre 2026).
[14] Ethiopia News Agency (2026), Ethiopia’s Shift in SOEs from Managing Risks to Unlocking Opportunities Maximizing Economic Growth, https://www.ena.et/web/eng/w/eng_8617846 (consulté le 11 septembre 2026).
[13] Ethiopia, F. (2020), A Homegrown Economic Reform, https://www.mofed.gov.et/media/filer_public/38/78/3878265a-1565-4be4-8ac9-dee9ea1f4f1a/a_homegrown_economic_reform_agenda-_a_pathway_to_prosperity_-_public_version_-_march_2020-.pdf (consulté le 11 septembre 2026).
[16] Ethiopian Securities Exchange (2026), Ethiopian securities exchange announces the official listing of Ethio Telecom on the ESX main market, https://esx.et/ethiopian-securities-exchange-announces-the-official-listing-of-ethio-telecom-on-the-esx-main-market/ (consulté le 11 septembre 2026).
[15] Ethiopian Securities Exchange (2026), Listing, https://esx.et/equity-market/listing/ (consulté le 11 septembre 2026).
[10] International Monetary Fund (2026), Press Release No. 26/271, https://www.imf.org/en/news/articles/2026/07/30/pr26271-egypt-imf-completes-the-7th-review-under-eff-and-2nd-review-under-the-rsf (consulté le 11 septembre 2026).
[18] International Monetary Fund. African Dept. (2026), « The Federal Democratic Republic of Ethiopia », IMF Staff Country Reports, vol. 2026/174, p. 1, https://doi.org/10.5089/9798229053396.002.
[8] OCDE (2026), Efficient and Sustainable Infrastructure in Egypt : Advancing Service Delivery, Green Transition and Private Investment, OECD Public Governance Reviews, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/d6e57f17-en.
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[24] OCDE (2025), Africa Capital Markets Report 2025, OECD Capital Market Series, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/7d26e1d3-en.
[4] OCDE (2025), Asia Capital Markets Report 2025, OECD Capital Market Series, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/02172cdc-en.
[12] OCDE (2024), OECD Economic Surveys: Egypt 2024, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/af900de2-en.
[23] OCDE (2024), OECD Guidelines on Corporate Governance of State-Owned Enterprises 2024, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/18a24f43-en.
[6] OCDE (2022), OECD Economic Outlook, Volume 2022 Issue 2 : Confronting the Crisis, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/f6da2159-en.
[26] OCDE (2019), A Policy Maker’s Guide to Privatisation, Corporate Governance, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ea4eff68-en.
[5] OCDE (2010), OECD Economic Outlook, Volume 2010 Issue 2, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/eco_outlook-v2010-2-en.
[3] Silva, A. (2021), Listing State-Owned Enterprises in Emerging and Developing Economies : Lessons Learned from 30 Years of Success and Failure.
[2] The Africa Report (2026), 500 Business Champions, https://www.theafricareport.com/ranking/500-business-champions/ (consulté le 11 septembre 2026).
[7] Vasquez, K. et al. (2024), « The Legal Foundations of Public Debt Transparency », IMF Working Papers, vol. 2024/029, p. 1, https://doi.org/10.5089/9798400267222.001.
Annexe 5.A. Méthode de collecte et de classification des données relatives aux entreprises publiques
Copier le lien de Annexe 5.A. Méthode de collecte et de classification des données relatives aux entreprises publiquesLe présent chapitre utilise une définition de l’actionnariat public qui se rapproche, dans la mesure du possible, de la définition des entreprises publiques figurant dans les Lignes directrices de l’OCDE sur la gouvernance des entreprises publiques de 2024 (ci-après les « Lignes directrices sur la gouvernance des entreprises publiques »). Dans ce document, on entend par « entreprise publique » toute entreprise reconnue comme une entreprise en vertu de la législation nationale et dans laquelle l’État exerce des droits d’actionnaire ou de contrôle, que ce soit par l’intermédiaire d’une participation majoritaire ou d’autres moyens d’influence tels que des droits de vote spéciaux, une représentation au conseil d’administration ou d’autres dispositifs qui lui conféreraient une influence décisive. Par exemple, l’État peut exercer son contrôle sur une entreprise par différents moyens, notamment des droits de vote spéciaux, des dispositions légales, des dispositions statutaires, des droits de veto ou un pouvoir décisif dans la nomination des membres du conseil d’administration.
Le présent chapitre s’appuie également sur des éléments issus de l’Base de données mondiale de l’OCDE sur les entreprises publiques. Celui-ci repose sur une méthodologie permettant de constituer un ensemble de données longitudinales à l’échelle mondiale sur les entreprises publiques, à partir des informations relatives à l’actionnariat et d’ordre financier d’ORBIS pour la période 2013‑2024. Les entreprises publiques sont identifiées au moyen d’un algorithme qui retrace, de manière itérative, les chaînes d’actionnariat et classe une entreprise comme publique lorsque la participation directe ou indirecte de l’État à son capital dépasse 25 %. Cette approche combine les informations relatives aux actionnaires effectifs à l’échelle mondiale et les participations publiques agrégées, afin de ne pas omettre les entreprises dont le capital est réparti entre plusieurs organismes publics.
Compte tenu du seuil de participation de 25 % retenu dans l’ensemble de données, la population ainsi constituée couvre un large éventail d’entreprises à participation publique. Elle comprend aussi bien des entreprises entièrement détenues par l’État ou placées sous son contrôle majoritaire que des sociétés cotées en bourse ou à capitaux privés dans lesquelles l’État détient une participation minoritaire importante, reflétant les différentes modalités par lesquelles les pouvoirs publics peuvent exercer une influence sur les décisions des entreprises.
L’ensemble de données prend en compte les participations directes agrégées des administrations centrales et locales, ainsi que les participations dans des entreprises susceptibles d’être indirectement liées à ces administrations par l’intermédiaire d’un fonds souverain, d’un fonds de pension public, d’un fonds d’investissement ou d’un instrument financier public, d’entreprises publiques ou d’autres entités.
Les chaînes d’actionnariat sont ensuite reconstituées sur un maximum de dix niveaux de filiales, ce qui permet de prendre en compte le contrôle indirect exercé par l’État au sein de structures d’entreprise complexes. Les entreprises susceptibles d’être considérées comme publiques sont regroupées et reliées à l’entité publique d’origine, tandis que les administrations publiques, les succursales, les organisations à but non lucratif et les autres entités non commerciales sont exclues. Afin d’améliorer la comparabilité entre pays et la qualité des données, l’analyse se concentre sur les grandes entreprises publiques dont les actifs dépassent 100 millions USD (aux prix de 2024).
Les états financiers consolidés sont privilégiés afin d’éviter les doubles comptages et de mieux rendre compte du poids économique des groupes d’entreprises publiques. Le processus d’identification est répété chaque année pour tenir compte de l’évolution des structures d’actionnariat et constituer un ensemble de données cohérent. Les données manquantes sur l’actionnariat et les informations financières sont traitées à l’aide de techniques de consolidation de différentes versions des données, d’interpolation et, dans une mesure limitée, d’extension des données. L’ensemble de données ainsi obtenu permet de mesurer de manière harmonisée et comparable à l’échelle internationale la taille et l’évolution de l’actionnariat public dans les différentes économies.
S’agissant d’évaluer le poids global de l’actionnariat public, cette section s’intéresse aux entreprises publiques financières et non financières. L’analyse sectorielle et celle des performances opérationnelles présentées ci-après portent sur les entreprises publiques non financières, car les bilans et les marges des entreprises publiques financières ne sont pas directement comparables à ceux des entreprises non financières.