La croissance mondiale a ralenti au premier semestre de 2026, mais elle est restée résiliente dans de nombreux pays, malgré les effets négatifs du conflit en cours au Moyen-Orient. L’ampleur des stocks de pétrole, l’augmentation de l’offre ne provenant pas des économies du Golfe et les mesures discrétionnaires de soutien gouvernemental sont autant d’éléments qui ont contribué à atténuer son impact sur l’économie mondiale. Le dynamisme persistant des activités liées à l’intelligence artificielle (IA) a également soutenu l’investissement, la production et les échanges.
Les perspectives économiques mondiales restent très dépendantes de l’éventualité d’un règlement durable du conflit au Moyen-Orient. Les prix de l’énergie ont récemment augmenté suite à l’intensification des perturbations de la production et des exportations des économies du Golfe. Les marges de raffinage élevées dues aux goulets d’étranglement de la production exercent des tensions supplémentaires sur les prix à la consommation et les coûts des entreprises. Les prix de certains produits agricoles ont aussi nettement augmenté ces derniers mois, en partie en raison de l’impact de phénomènes météorologiques extrêmes sur l’offre.
Les modifications fréquentes des politiques commerciales, qu’il s’agisse des droits de douane ou des restrictions aux exportations, accentuent l’incertitude liée à l’action publique et contribuent aux perturbations des approvisionnements. On estime que les nouveaux taux de droits douane bilatéraux imposés depuis juillet par les États-Unis ont rehaussé de 1 point de pourcentage environ leur taux de droits de douane effectif moyen.
Les taux d’intérêt à long terme ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis au moins 15 ans dans de nombreuses économies, suite aux préoccupations grandissantes liées aux risques budgétaires à long terme et aux émissions massives d’obligations des entreprises d’IA. Néanmoins, les conditions financières globales restent favorables, grâce au niveau élevé des cours sur les marchés d’actions et à l’amélioration de la croissance du crédit.
Le PIB mondial devrait augmenter de 2.9 % en 2026 et de 3.0 % en 2027. L’accentuation des tensions sur les prix, le ralentissement de la progression des revenus et la hausse des taux d’intérêt modéreront la dynamique de croissance à court terme dans de nombreuses économies, mais la vigueur des activités liées à l’IA et une détente supposée des prix de l’énergie l’année prochaine correspondant aux anticipations du marché intégrées dans les contrats à terme contribueront au redressement de l’activité tout au long de l’année 2027.
Aux États‑Unis, la croissance annuelle du PIB devrait s’établir à 2.2 % en 2026 et à 2.1 % en 2027, le dynamisme de l’investissement lié à l’IA étant compensé dans une certaine mesure par un ralentissement de l’augmentation des revenus réels et des dépenses de consommation. Dans la zone euro, la croissance du PIB devrait s’établir à 1.0 % en 2026 comme en 2027, la demande se renforçant avec la normalisation des prix de l’énergie et la mise en place progressive des nouvelles initiatives en matière de défense. En Chine, la croissance devrait ralentir à 4.5 % en 2026 puis à 4.2 % en 2027.
L’inflation devrait augmenter à court terme, compte tenu des hausses des prix des matières premières, avant de diminuer progressivement en 2027, la modération des prix de l’énergie et le resserrement des politiques monétaires contribuant à limiter les tensions globales sur les prix. Dans les économies du Groupe des Vingt (G20), l’inflation globale devrait refluer de 4.1 % en 2026 à 3.6 % en 2027. Dans les économies avancées, l’inflation sous-jacente devrait se modérer, et passer de 2.7 % en 2026 à 2.5 % en 2027.
Ces perspectives sont entourées d’une incertitude considérable, liée en particulier aux évolutions possibles des marchés de l’énergie. La trajectoire des prix du pétrole et du gaz dépend de manière cruciale de la durée des perturbations des approvisionnements, de la capacité des producteurs et consommateurs à s’ajuster et aux évolutions géopolitiques. Une normalisation plus rapide des marchés de l’énergie atténuerait les tensions inflationnistes et soutiendrait l’activité, tandis que des perturbations répétées ou plus persistantes pourraient se traduire à la fois par une inflation plus élevée et une croissance plus faible.
D’autres risques importants de divergence à la baisse par rapport aux perspectives résident dans l’éventualité de chocs d’offre liés aux phénomènes météorologiques, notamment d’un épisode El Niño très intense, qui auraient des effets négatifs sur la production agricole et renforceraient les tensions sur les prix des produits alimentaires. De nouvelles hausses des rendements des obligations souveraines à long terme ou une rentabilité des investissements dans l’IA plus faible que celle escomptée pourraient aussi provoquer un réajustement des prix sur les marchés d’actifs et dégrader les perspectives de croissance. À l’inverse, une adoption plus rapide des technologies d’IA favorisant les gains de productivité pourrait se traduire par une croissance plus forte que prévu.
Confrontées au nouveau choc lié aux prix de l’énergie et à une inflation supérieure à l’objectif visé, les banques centrales doivent veiller à ce que les anticipations d’inflation demeurent bien ancrées. De nouveaux ajustements des politiques monétaires pourraient être nécessaires si des signes de généralisation des tensions sur les prix apparaissent ou si les perspectives de croissance se dégradent sensiblement.
La préservation de la stabilité financière passe par une surveillance attentive, ainsi que par des progrès sur la mise en place de cadres réglementaires solides pour les intermédiaires financiers non bancaires et les crypto-actifs, qui exige notamment de combler les lacunes en matière de données.
Toute mesure des pouvoirs publics visant à amortir l’impact de la hausse des prix de l’énergie devrait être judicieusement ciblée, préserver les incitations à réduire la consommation d’énergie et à diversifier les sources d’énergie, et s’accompagner d’un mécanisme d’expiration clairement défini.
L’augmentation des rendements obligataires souligne plus que jamais la nécessité de redoubler d’efforts pour maîtriser et réallouer les dépenses publiques, améliorer l’efficience du secteur public et renforcer les recettes, afin d’assurer la viabilité de la dette à long terme et de préserver la capacité des pouvoirs publics de réagir aux chocs importants. Le choix du rythme et de la composition de ces ajustements dépendra de la situation et des difficultés spécifiques à chaque pays, et devrait s’inscrire dans le cadre de stratégies pluriannuelles crédibles visant à assainir les finances publiques à long terme.
Des réformes structurelles s’imposent également pour augmenter la croissance de la production potentielle et renforcer la résilience des économies face à de nouvelles perturbations des approvisionnements. Il s’agit notamment de prendre des mesures pour davantage diversifier les approvisionnements énergétiques et réaliser des gains d’efficacité énergétique, ainsi que pour renforcer la capacité des marchés de produits et du travail de s’adapter aux chocs et faire en sorte que les travailleurs aient les compétences nécessaires pour s’adapter aux changements structurels.
Compte tenu de la dégradation sensible des résultats des élèves mise en évidence par les conclusions de la nouvelle enquête menée dans le cadre du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE, il est encore plus urgent d’améliorer les résultats des systèmes d’enseignement et les compétences, ainsi que la culture numérique, tout en veillant à ce que les adultes aient la possibilité de développer et d’adapter leurs compétences parallèlement à l’évolution des technologies et des besoins du marché du travail.
Des réformes destinées à rendre le système commercial mondial plus équitable et plus résilient, tout en préservant les avantages inhérents à l’ouverture des marchés, contribueraient à améliorer les perspectives de croissance durable et résiliente.
Perspectives économiques de l'OCDE, Rapport intermédiaire de septembre 2026
Surmonter des chocs successifs
Résumé
Copier le lien de RésuméTableau 1. La croissance mondiale a ralenti
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Note : Écart par rapport aux Perspectives économiques de l’OCDE de juin 2026 mesuré en points de pourcentage, sur la base de chiffres arrondis. Les agrégats Monde et G20 sont calculés à l’aide de pondérations variables fondées sur les PIB nominaux, à parité de pouvoir d’achat (PPA). Les révisions des estimations de PPA influent sur les écarts mesurés au niveau des agrégats. Ce tableau se fonde sur les données disponibles au 16 septembre 2026.
1. L’Union européenne (UE) est membre à part entière du Groupe des Vingt (G20), mais l’agrégat G20 comprend uniquement les pays qui en sont également membres à titre individuel.
2. L’Espagne est un invité permanent du G20.
3. Exercices budgétaires, qui débutent en avril.
Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 120 ; et base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 119.
Tableau 2. L’inflation globale devrait augmenter en 2026
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Note : Écart par rapport aux Perspectives économiques de l’OCDE de juin 2026 mesuré en points de pourcentage, sur la base de chiffres arrondis. L’agrégat G20 est calculé à l’aide de pondérations variables fondées sur les PIB nominaux, à parité de pouvoir d’achat (PPA). Les révisions des estimations de PPA influent sur l’écart mesuré au niveau de l’agrégat. Ce tableau se fonde sur les données disponibles au 16 septembre 2026.
1. L’Union européenne (UE) est membre à part entière du Groupe des Vingt (G20), mais l’agrégat G20 comprend uniquement les pays qui en sont également membres à titre individuel.
2. L’Espagne est un invité permanent du G20.
3. Exercices budgétaires, qui débutent en avril.
Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 120 ; et base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 119.
Tableau 3. L’inflation sous-jacente devrait se modérer lentement
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Note : Écart par rapport aux Perspectives économiques de l’OCDE de juin 2026 mesuré en points de pourcentage, sur la base de chiffres arrondis. L’agrégat « Économies avancées du G20 » est calculé à l’aide de pondérations variables fondées sur les PIB nominaux, à parité de pouvoir d’achat (PPA). Les révisions des estimations de PPA influent sur l’écart mesuré au niveau de l’agrégat. L’inflation sous-jacente exclut les prix des produits alimentaires et de l’énergie. Ce tableau se fonde sur les données disponibles au 16 septembre 2026.
1. L’Union européenne (UE) est membre à part entière du Groupe des Vingt (G20), mais l’agrégat G20 comprend uniquement les pays qui en sont également membres à titre individuel.
2. L’Espagne est un invité permanent du G20.
Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 120 ; et base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 119.
Développements récents
Copier le lien de Développements récentsLa croissance mondiale a fléchi, avec des répercussions du conflit en partie compensées par la vigueur du secteur de l’IA
1. Le rythme de la croissance mondiale a ralenti au premier semestre 2026 pour s’établir à un taux annualisé de 2.6 % (graphique 1, partie A), contre 3.6 % au second semestre 2025. La production a fortement chuté dans les pays directement touchés par le conflit au Moyen-Orient, y compris en Arabie saoudite, mais s’est montrée plus résiliente que prévu dans de nombreux pays importateurs et exportateurs d’énergie. La forte baisse des approvisionnements énergétiques provenant des économies du Golfe (graphique 1, partie B) et la flambée des prix du pétrole et du gaz qui en a résulté ont entraîné une hausse des prix à la consommation et un recul de la demande pour les matières premières concernées (graphique 1, partie B). L’impact plus global de ce choc a été amorti par la réintroduction généralisée de mesures discrétionnaires d’aide publique, un recours partiel à des matières premières de substitution telles que le charbon, l’augmentation de l’offre ne provenant pas des économies du Golfe et des prélèvements dans les réserves de pétrole. Les évolutions survenues en Chine ont aussi contribué à équilibrer les marchés de l’énergie, avec une forte chute des importations d’énergie, une réduction sensible des stocks et une baisse importante de la consommation de pétrole.
2. Les effets économiques cumulés du conflit ont été en partie contrebalancés par la poursuite de l’expansion rapide des investissements et de la production liés à l’intelligence artificielle dans de nombreuses économies. Dans certains pays tels que les États-Unis, le Canada et l’Australie, la croissance du PIB réel au deuxième trimestre a été dynamisée par les investissements dans les structures et équipements technologiques des centres de données. Ces investissements ont permis de stimuler l’activité dans les pays qui produisent à grande échelle les technologies et les composants de construction associés. La Corée et le Japon, deux grands fabricants de semi-conducteurs, ont enregistré une forte hausse de leurs exportations technologiques au cours de la période. C’est également le cas en Chine, tandis que l’activité dans plusieurs autres économies de marché émergentes du G20, telles que l’Inde, l’Indonésie et le Brésil, a été soutenue par une demande intérieure résiliente et des politiques publiques qui ont protégé les ménages et les entreprises des conséquences de la hausse des prix de l’énergie. Plusieurs économies européennes, notamment le Royaume-Uni et l’Espagne, ont également connu une solide croissance de la demande intérieure au deuxième trimestre, tandis que le redressement des exportations a étayé une reprise en Allemagne.
Graphique 1. La croissance mondiale s’est modérée dans un contexte de nette diminution de l’offre et de la demande de pétrole
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Note : Dans la partie A, la croissance annuelle correspond à la variation en glissement annuel pour le trimestre indiqué. Les agrégats mondiaux sont des mesures pondérées calculées à PPA.
Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 120 ; Rapport de l’AIE sur le marché pétrolier ; et calculs de l’OCDE.
3. Les échanges mondiaux de marchandises se sont progressivement redressés après l’impact initial du conflit, malgré un renchérissement des coûts de transport. Les livraisons de biens liés à l’IA ont continué de jouer un rôle moteur (graphique 2, partie A), et ont notamment stimulé la croissance des échanges dans les économies asiatiques. La croissance des échanges de biens non liés à l’IA a également commencé à s’accélérer, soutenue par la hausse des prix des matières premières et la reconstitution des stocks dans les pays importateurs. Les données relatives aux activités de transport indiquent que la reprise des échanges de marchandises s’est poursuivie au troisième trimestre, les indicateurs de tensions sur la chaîne d’approvisionnement s’étant modérés après avoir connu un pic juste après le début du conflit (graphique 2, partie B). Toutefois, les données disponibles indiquent que le transport maritime via le détroit d’Ormuz reste à un niveau très faible.
Graphique 2. Les livraisons de biens liés à l’IA continuent de soutenir les échanges mondiaux
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Note : La partie A repose sur les statistiques mensuelles des échanges de marchandises en valeur nominale et en dollars des États-Unis, en utilisant une moyenne mobile sur trois mois. La valeur des échanges correspond à la moyenne des exportations et des importations d’une sélection de pays qui disposent de données douanières actualisées jusqu’en mai 2026. Les pays concernés sont l’Afrique du Sud, l’Argentine, l’Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, la Corée, les États-Unis, Hong Kong (Chine), l’Inde, l’Indonésie, le Japon, la Malaisie, le Mexique, les Philippines, le Royaume-Uni, Singapour, le Taipei chinois, la Thaïlande, la Türkiye, l’Union européenne et le Viet Nam. Les biens liés à l’IA correspondent aux 104 produits au niveau SH6 défini par l’OMC.
Source : Banque fédérale de réserve de New York, Indice des tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales ; Eurostat ; ITC Trade Map ; Comtrade des Nations Unies ; OMC ; et calculs de l’OCDE.
4. Les données relatives à l’activité avant la remontée récente des prix de l’énergie indiquent que la croissance mondiale est restée globalement stable au cours des derniers mois. L’indice composite des directeurs d’achat relatif à la production a continué de se redresser jusqu’en août, porté par une reprise des services, surtout dans les économies avancées. La production industrielle liée aux technologies a elle aussi connu une expansion rapide, surtout en Asie, mais aussi aux États-Unis et, plus récemment, dans de nombreuses économies européennes. La baisse du taux d’épargne des ménages, qui avait atteint des niveaux historiquement élevés, ainsi que les effets de richesse liés aux actions, particulièrement marqués dans certains pays, ont contribué à soutenir les dépenses de consommation. La confiance des consommateurs s’est améliorée depuis mai dans les économies avancées malgré les perturbations causées par le conflit, traduisant en partie la stabilité de la situation du marché du travail. Les taux de chômage se maintiennent à des niveaux bas et les indicateurs relatifs aux emplois vacants sont restés stables dans la plupart des pays. Néanmoins, les données de transactions par cartes de crédit aux États‑Unis, en Allemagne et au Royaume-Uni montrent que les ménages consacrent une partie plus importante de leurs dépenses au carburant, dans un contexte de flambée des prix de l’essence et du gazole depuis le début du conflit. Ces hausses de prix traduisent à la fois l’augmentation des prix du pétrole brut et celle des marges, alors que le secteur du raffinage connaît des goulets d’étranglement de plus en plus nombreux (graphique 3). L’augmentation des prix des carburants pour les consommateurs intervient à un moment où le niveau des salaires réels dans certaines économies du G20, telles que le Japon, l’Afrique du Sud et l’Italie, reste égal ou inférieur à celui d’avant la pandémie.
Graphique 3. Les prix de l’essence et du gazole ont rapidement augmenté dans de nombreuses économies sous l’effet de la hausse des cours du pétrole brut et de l’accroissement des marges des raffineurs
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Note : Dans la partie A, les données se rapportent à juillet pour la Chine et le Mexique, et à août pour les autres pays.
Source : Rapport de l’AIE sur le marché pétrolier ; CEIC ; Automobile Association of South Africa ; et calculs de l’OCDE.
5. Les perspectives économiques mondiales continuent de dépendre de l’éventualité d’un règlement durable du conflit au Moyen-Orient. Les prix sur les marchés de l’énergie se sont modérés en juin et juillet, parallèlement au redressement de la production et des exportations de pétrole dans les économies du Golfe. Plus récemment, les prix ont de nouveau rebondi en raison de l’intensification des perturbations de la production et des exportations dans les économies du Golfe et de nouvelles menaces pesant sur le transport maritime dans le détroit de Bab el-Mandeb, les marchés à terme n’indiquant que de faibles variations de prix au cours des prochains mois. La flambée des prix du gaz en Europe et en Asie a été particulièrement marquée, dans le contexte des vagues de chaleur pendant l’été et de la faiblesse des stocks (graphique 4, partie A). En Europe, les stocks de gaz naturel par rapport à la capacité totale se situent à leur plus bas niveau pour cette période de l’année depuis plus de 15 ans (graphique 4, partie B). Les cours du pétrole brut et les prix des produits pétroliers restent largement supérieurs à leurs niveaux un an auparavant. L’AIE estime qu’au niveau mondial, les stocks de pétrole observés en août étaient inférieurs d’environ 507 millions de barils à ceux de février, soit une baisse de plus de 6 %. Les baisses ont été encore plus marquées dans certains pays. Dans les pays européens de l’OCDE, les stocks de fioul ont chuté de plus de 20 % et la réserve stratégique de pétrole (SPR, Strategic Petroleum Reserve) des États‑Unis est tombée à son plus bas niveau depuis 1982.
6. Les prix d’autres matières premières dont les économies du Golfe sont d’importants producteurs restent généralement supérieurs à leurs niveaux d’avant le conflit, même s’ils ont évolué différemment d’une matière première à l’autre (graphique 4, partie A). Les prix du soufre et des composés pétrochimiques restent nettement plus élevés. À l’inverse, les prix de certains engrais tels que l’urée ont sensiblement diminué depuis le pic atteint à la mi-avril et sont désormais revenus à leurs niveaux d’avant le conflit, en partie grâce à l’assouplissement des quotas d’exportation d’urée en Chine. Les prix du maïs et du blé ont nettement augmenté ces derniers mois, en raison des préoccupations liées aux conditions météorologiques concernant les perspectives de récolte dans les principales régions productrices et des perturbations persistantes de l’approvisionnement en céréales en provenance de la mer Noire.
Graphique 4. Les prix du gaz ont fortement augmenté, et les stocks de gaz en Europe se situent à des niveaux historiquement bas
Copier le lien de Graphique 4. Les prix du gaz ont fortement augmenté, et les stocks de gaz en Europe se situent à des niveaux historiquement bas
Note : La partie A se fonde sur les données disponibles jusqu’au 17 septembre 2026. La partie B se fonde sur les données jusqu’au 16 septembre 2026. La zone grisée correspond aux valeurs minimum et maximum de la moyenne de l’UE calculée pour chaque journée de 2016 à 2025. Le « % de la capacité totale » fait référence au volume utile de gaz disponible.
Source : LSEG ; AGSI ; et calculs de l’OCDE.
7. Les modifications fréquentes des politiques commerciales, tant en ce qui concerne les droits de douane que l’application croissante de restrictions à l’exportation de produits critiques, alimentent une forte incertitude liée à l’action publique. Les taux bilatéraux des droits de douane des États-Unis ont de nouveau été modifiés depuis le milieu de l’année, bien que l’incidence sur le taux tarifaire effectif estimé applicable aux importations des États-Unis soit relativement modeste. Les nouveaux droits de douane instaurés en vertu de l’article 301 ont pris effet fin juillet, remplaçant les droits de douane forfaitaires de 10 points de pourcentage jusqu’alors appliqués à tous les pays. Des taux de 12.5 points de pourcentage sont désormais appliqués à un large éventail de biens pour 38 pays, dont le Mexique et le Canada, tandis que 17 pays, dont le Royaume-Uni, connaissent des taux de 10 points de pourcentage. En vertu d’une législation distincte, certains produits provenant du Canada et du Brésil sont assujettis à des droits de douane supplémentaires de 50 % et 25 %, le Canada ayant adopté des mesures de rétorsion. Les droits de douane prévus sur les produits pharmaceutiques non génériques sont également entrés en vigueur en juillet. Malgré ces modifications des politiques commerciales, y compris un certain nombre d’autres nouvelles mesures sectorielles de portée limitée, le taux tarifaire effectif estimé appliqué aux produits importés aux États-Unis n’a augmenté que d’un peu plus d’un point de pourcentage, passant de 9.6 % en juin à 10.9 % à la mi-septembre. S’agissant des grands pays, les plus fortes hausses des taux tarifaires effectifs estimés concerneraient les importations en provenance du Brésil et de l’Inde, après la prise en compte de la part des biens assujettis à des droits de douane.
Évolution de l’inflation
8. Des signes montrent que l’inflation est repartie à la hausse après s’être stabilisée au milieu de l’année. L’inflation globale est restée généralement stable en juin et juillet, après avoir augmenté de 1 point de pourcentage dans les économies avancées et de 0.4 point dans les économies de marché émergentes entre février et mai (graphique 5, partie A). Toutefois, l’inflation globale s’est accrue en août dans de nombreuses économies du G20, attisée par la remontée des prix de certaines matières premières. Plus de la moitié des pays du G20 enregistrent actuellement un niveau d’inflation supérieur à l’objectif de la banque centrale. Les mesures quotidiennes des prix de détail en ligne indiquent que les hausses de prix survenues entre la mi-juillet et la mi-septembre résultaient principalement de l’impact direct de la remontée des prix de l’énergie à la fois dans les économies avancées et dans les économies de marché émergentes (graphique 5, partie B). Les indicateurs quotidiens des prix n’indiquent pour l’instant que peu de signes d’accélération de l’inflation des prix alimentaires. Malgré la résurgence de l’inflation globale, les tensions inflationnistes sous-jacentes semblent être relativement contenues. Dans la plupart des économies, à l’exception du Japon, la croissance des salaires nominaux est atone depuis le premier trimestre de l’année. Les anticipations d’inflation mesurées par des enquêtes menées auprès des ménages ou sur les marchés financiers semblent bien ancrées, mais après avoir culminé en avril et mai, elles sont reparties à la hausse récemment dans de nombreuses grandes économies, dont les États-Unis, la zone euro et le Royaume-Uni.
Graphique 5. L’inflation est récemment repartie à la hausse
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Note : Dans la partie A, l’inflation globale au niveau mondial est calculée sur la base des données relatives à 73 pays et l’inflation sous-jacente au niveau mondial est calculée sur la base des données de 49 pays. La partie B présente les indices quotidiens des prix jusqu’au 15 septembre. Les données sont établies à partir de la méthodologie décrite par Cavallo et Rigabon (2016) et utilisent des technologies d’extraction de données sur le web pour suivre et recueillir les prix quotidiens de millions d’articles vendus par des détaillants en ligne qui sont généralement aussi physiquement présents dans 27 pays. Les variations de prix sont ensuite corrigées au moyen de pondérations de l’IPC officiel dans chaque pays et agrégées pour obtenir un indice mondial en utilisant les pondérations à parité de pouvoir d’achat. L’axe horizontal indique les jours de l’année, la ligne bleue représente l’évolution moyenne de l’inflation des prix à la consommation au cours de l’année pendant la période 2010‑25, les lignes orange et verte montrent que les prix ont augmenté dans les économies avancées et les économies de marché émergentes en 2026 conformément à cette évolution habituelle jusqu’à la fin février, date à laquelle le conflit s’est aggravé et les prix ont augmenté plus rapidement que les normes historiques. À titre d’exemple, la variation en pourcentage de l’indice des prix entre le début de l’année et le 15 septembre s’établissait à 2.3 % en moyenne au cours de la période 2010-25, mais atteint 4.1 % dans les économies avancées et 3.8 % dans les économies de marché émergentes cette année.
Source : Base de données de l’OCDE sur les prix à la consommation ; Eurostat ; Bureau d’analyse économique des États-Unis (US Bureau of Economic Analysis) ; sources nationales ; State Street PriceStats ; et calculs de l’OCDE.
Les rendements obligataires à long terme augmentent, mais les conditions financières globales demeurent favorables
9. Les rendements à long terme des obligations souveraines se situent désormais à leur plus haut niveau depuis 15 ans dans la plupart des grandes économies avancées (graphique 6, partie A). Les taux d’intérêt réels à long terme sont eux aussi en hausse. La montée des préoccupations concernant les risques budgétaires à plus longue échéance et les émissions massives d’obligations à long terme des entreprises d’IA sont les principaux facteurs qui exercent des tensions à la hausse sur les rendements sur les marchés et sur la prime d’échéance requise pour détenir des obligations. Ces évolutions aggravent les tensions budgétaires qui pèsent sur les États et conduisent à un alourdissement des coûts d’emprunt dans l’ensemble de l’économie.
10. Les conditions financières globales demeurent favorables à l’activité (graphique 6, partie B), malgré la hausse des rendements à long terme, et les indicateurs de tensions financières se situent à un bas niveau. La croissance du crédit bancaire s’est de nouveau accélérée, surtout dans les économies avancées, et les marchés d’actions ont affiché de bonnes performances dans la plupart des grandes économies au cours des derniers mois, notamment en Europe, au Canada et au Japon. La volatilité est généralement modérée, malgré la forte correction des cours survenue en Corée à la suite de l’essor des principales valeurs du secteur des puces électroniques lié à l’IA. Néanmoins, les indicateurs classiques suggèrent que les valorisations des actions demeurent excessives, surtout dans les secteurs des technologies, alors que les marchés n’ont pour le moment guère réagi à la hausse actuelle des taux d’intérêt à long terme.
Graphique 6. Les conditions financières demeurent favorables malgré l’augmentation des rendements des obligations souveraines
Copier le lien de Graphique 6. Les conditions financières demeurent favorables malgré l’augmentation des rendements des obligations souveraines
Note : Les indices des conditions financières (ICF) mensuels pour les économies avancées et les économies émergentes correspondent à la médiane des ICF normalisés de chaque pays. Les ICF par pays, qui sont normalisés autour d’une moyenne sur longue période, représentent la première composante principale d’une large série de données financières nationales et internationales.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
Projections
Copier le lien de Projections11. Le PIB mondial devrait augmenter de 2.9 % en 2026 et de 3.0 % en 2027. Les projections de croissance annuelle sont globalement conformes à celles du scénario de « perturbations limitées dans le temps » figurant dans l’édition de juin 2026 des Perspectives économiques de l’OCDE, mais elles masquent un profil de croissance trimestrielle quelque peu différent. Si le secteur privé s’est montré résilient jusqu’à présent, affichant une dynamique de croissance à court terme plus forte que prévu, le choc sur les prix des matières premières s’avère plus persistant que supposé précédemment. L’utilisation des stocks et les réserves d’épargne des ménages commenceront à être mises à rude épreuve dans certaines économies au fil du temps. Par conséquent, la croissance mondiale devrait être confrontée à des forces contraires à la fin de 2026 et au début de 2027, sur fond d’érosion du pouvoir d’achat des ménages et de hausse des taux directeurs, avant qu’une résolution supposée du conflit n’entraîne une reprise progressive. Dans de nombreuses économies du G20, la croissance restera soutenue par les dépenses et la production liées à l’IA, celles-ci continuant souvent de compenser la faiblesse relative des investissements dans d’autres pans du secteur des entreprises.
12. Ces projections reposent sur l’hypothèse technique selon laquelle les prix de l’énergie évolueront conformément aux prix du pétrole et du gaz sur les marchés à terme le 14 septembre. Selon elles, les prix du pétrole brut Brent et du gaz sur le marché TTF atteindront un pic au dernier trimestre de 2026, avec une valeur trimestrielle moyenne de 105 USD par baril et de 82 EUR par mégawattheure, respectivement. Par la suite, les prix des contrats à terme sur le pétrole et le gaz diminuent régulièrement jusqu’à la fin de 2027, avec des prix moyens de 85 USD par baril et de 60 EUR par MWh en 2027. Les hypothèses relatives aux prix des produits alimentaires tiennent également compte des courbes des contrats à terme disponibles, les prix des produits alimentaires dans leur ensemble culminant au deuxième trimestre de 2027, à une valeur moyenne supérieure d’environ 11 % à celle du troisième trimestre de 2026. Le prix du pétrole brut Brent selon les projections est globalement conforme à celui utilisé dans le scénario de « perturbations limitées dans le temps » des Perspectives économiques de l’OCDE de juin 2026, mais la trajectoire supposée des prix du gaz est supérieure d’environ 60 % à celle du scénario de « perturbations prolongées ». Les taux de droits de douane effectifs sont supposés rester au même niveau qu’à mi‑septembre pendant le reste de la période 2026-27.
Graphique 7. La croissance devrait se redresser progressivement
Copier le lien de Graphique 7. La croissance devrait se redresser progressivement
Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 120 ; base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 119 ; et calculs de l’OCDE.
13. Dans les économies avancées du G20, la croissance devrait rester globalement stable, l’impact du choc sur les marchés de l’énergie étant pleinement amorti par les mesures de soutien public dans de nombreuses économies. Aux États-Unis, des forces compensatoires sont à l’œuvre, avec une forte dynamique sous-jacente et une poursuite de l’expansion des investissements dans l’IA, mais des dépenses de consommation de plus en plus limitées par la baisse du pouvoir d’achat, une croissance plus modérée de la population active et l’épuisement de l’épargne des ménages. En conséquence, la croissance annuelle du PIB devrait s’établir à 2.2 % en 2026 et à 2.1 % en 2027. Au Canada, la croissance devrait ralentir à 0.9 % en 2026, avant de remonter à 1.3 % en 2027, sous l’effet d’une plus forte croissance de la consommation privée et de l’investissement public, et d’un redressement progressif du rythme de l’investissement des entreprises. Les nouveaux droits de douane sur les exportations canadiennes vers les États-Unis pèsent sur certains secteurs, mais les répercussions macroéconomiques seront limitées en raison de la portée étroite de ces mesures. L’incertitude quant à l’avenir de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique risque de freiner la croissance du commerce régional.
14. Dans la zone euro, la croissance devrait rester modérée, à 1.0 % en 2026 et en 2027. La récente hausse des prix de l’énergie et celle des taux directeurs devrait peser sur l’activité, même si leurs effets s’estomperont à mesure que les prix de l’énergie fléchiront et que les nouvelles initiatives en matière de dépenses de défense prendront de l’ampleur. Au Royaume-Uni, la croissance économique devrait s’établir à 1.1 % en 2026 et 1.0 % en 2027, la consommation devant être soutenue par les mesures de soutien public récemment annoncées. Au Japon, la demande finale sera stimulée par la vigueur de l’investissement des entreprises, les bénéfices de celles-ci et la consommation publique restant solides. Ces forces positives seront compensées par la hausse des taux directeurs et le coût plus élevé des importations d’énergie, la croissance devant légèrement ralentir, passant de 0.8 % en 2026 à 0.7 % en 2027. La croissance de l’économie coréenne devrait s’établir à 3.7 % en 2026, sous l’effet d’une forte croissance de la production industrielle et des exportations, avant de reculer à 2.6 % en 2027 en raison d’une croissance plus modeste de la consommation privée.
15. Dans les économies de marché émergentes du G20, la croissance économique devrait rester globalement stable, même si son profil varie selon les pays. En Chine, la croissance devrait ralentir encore, passant de 5.0 % en 2025 à 4.5 % en 2026 et 4.2 % en 2027, la hausse progressive de l’inflation globale pesant sur la consommation alors même que la croissance de l’investissement est freinée par les mesures « anti-involution » du gouvernement visant à réduire les capacités excessives. Malgré la forte dynamique observée récemment, la baisse du pouvoir d’achat devrait également affaiblir la croissance en Inde au second semestre de cette année, avant une reprise progressive en 2027. En termes annuels, la croissance devrait reculer, passant de 7.8 % au cours de l’exercice budgétaire 2025/26 à respectivement 7.1 % et 6.5 % au cours des exercices 2026/27 et 2027/28. La croissance devrait rester globalement stable en Indonésie, s’établissant à 5.2 % en 2026 et à 5.1 % en 2027, l’amélioration des termes de l’échange favorisant une nouvelle progression de l’investissement. Au Mexique, la croissance devrait se redresser pour s’établir à 1.5 % en 2026 et à 1.8 % en 2027, soutenue par la vigueur persistante de la production liée aux technologies et par l’effet décalé de la baisse des taux directeurs. L’assouplissement de la politique monétaire au cours de la période considérée devrait également soutenir la croissance dans plusieurs autres économies de marché émergentes, dont le Brésil et la Türkiye.
16. Dans les pays du G20 considérés dans leur ensemble, l’inflation mesurée par les prix à la consommation devrait augmenter à court terme avant de se modérer progressivement, le fléchissement supposé des prix mondiaux de l’énergie tout au long de 2027 et le resserrement de la politique monétaire contribuant à limiter d’une manière plus générale les tensions sur les prix. Dans les pays du G20, l’inflation globale devrait passer de 3.4 % en 2025 à 4.1 % en 2026, avant de diminuer à 3.6 % en 2027. Dans les économies avancées du G20, l’inflation globale devrait passer de 2.5 % en 2025 à 3.2 % en 2026, avant de baisser à 2.6 % en 2027. L’inflation sous-jacente devrait également reculer, passant de 2.7 % en 2026 à 2.5 % en 2027. Aux États-Unis, l’inflation globale devrait baisser, passant de 3.6 % en 2026 à 2.6 % en 2027, malgré les tensions actuelles exercées sur les coûts des entreprises par les droits de douane et la hausse des prix des produits énergétiques. L’inflation devrait rester élevée dans la zone euro à court terme, en partie en raison de la récente forte hausse des prix du gaz, avant de se réduire légèrement, passant de 3.0 % en 2026 à 2.9 % en 2027. En revanche, l’inflation globale au Japon devrait augmenter, passant de 1.8 % en 2026 à 2.6 % en 2027, en partie sous l’effet des tensions sur le marché du travail et de la forte croissance des salaires nominaux.
17. Dans les économies de marché émergentes du G20, l’inflation globale devrait augmenter, passant de 4.1 % en 2025 à 4.8 % en 2026, avant de se replier à 4.3 % en 2027. Dans certaines économies de marché émergentes, comme l’Inde, l’Indonésie et le Mexique, les mesures publiques de soutien liées aux prix atténuent les tensions sur les prix de l’énergie et continueront de le faire à court terme. En Inde, l’inflation globale devrait reculer, passant de 4.7 % en 2026 à 4.2 % en 2027, tandis qu’en Indonésie, l’inflation devrait passer de 3.3 % en 2026 à 3.0 % en 2027. Néanmoins, en Chine, l’impact de la baisse des prix de l’énergie devrait être compensé par une diminution des capacités de production inutilisées qui contribuera à faire augmenter l’inflation globale, celle-ci passant de 1.4 % en 2026 à 1.9 % en 2027. On s’attend à ce que la désinflation persiste en Argentine et en Türkiye, malgré les effets négatifs liés aux coûts de l’énergie et des engrais, tandis que l’inflation devrait également se modérer en 2027 dans plusieurs autres économies de marché émergentes, dont l’Afrique du Sud, le Brésil et le Mexique.
Risques et enjeux
Copier le lien de Risques et enjeux18. L’incertitude persistante liée à l’évolution du conflit au Moyen-Orient continue de faire peser un risque considérable sur les projections de référence. Les anticipations de baisse des prix de l’énergie tout au long de 2027 sur les marchés à terme suggèrent que les effets des perturbations actuelles vont commencer à s’atténuer et que les tensions sur les marchés mondiaux de l’énergie se dissiperont. Toutefois, un redressement plus rapide que prévu de la demande d’importations de la Chine et d’autres pays importateurs qui ont réduit leur consommation pourrait conduire à une hausse des prix à un niveau supérieur à celui actuellement anticipé sur les marchés à terme. La persistance d’obstacles aux exportations via le détroit d’Ormuz, de nouvelles perturbations des autres voies d’exportation comme le détroit de Bab el-Mandeb, ou de nouveaux dégâts importants causés aux installations de production d’énergie dans la région, pourraient aussi entraîner une nouvelle hausse prolongée des prix de l’énergie et se traduire éventuellement par des pénuries de matières premières essentielles, en particulier dans les pays importateurs nets. Les risques de perturbation des approvisionnements pourraient en outre être exacerbés par le niveau actuel relativement faible des réserves de gaz européennes et l’incertitude entourant la mesure dans laquelle les stocks pétroliers pourraient continuer de diminuer durablement dans certains pays. Alors que les stocks de pétrole détenus par le secteur privé dans les pays de l’OCDE n’ont que légèrement diminué et se maintiennent à des niveaux relativement élevés, les réserves contrôlées par l’État ont reculé de manière plus marquée. Les stocks de certains produits énergétiques ont fortement diminué dans certaines régions, notamment ceux de gazole en Europe. De futures pénuries d’énergie pourraient s’avérer particulièrement préjudiciables à certains secteurs de croissance à forte dépendance énergétique, comme l’IA.
19. En revanche, un règlement à court terme global et crédible du conflit au Moyen-Orient, passant par une réouverture rapide et totale du détroit d’Ormuz, constitue un risque de divergence à la hausse par rapport aux projections de croissance. Un tel scénario se traduirait probablement par une baisse des prix de l’énergie et des autres matières premières concernées en deçà du niveau retenu dans le scénario de référence. Toutefois, même en l’absence d’un règlement du conflit à court terme, les entreprises pourraient continuer de se révéler plus résilientes et plus adaptables que prévu. Au cours des dernières années, elles ont bien résisté à une succession d’évolutions défavorables, telles que le renforcement des obstacles aux échanges, la hausse de l’inflation et l’aggravation des pénuries de main-d’œuvre, et pourraient être à même de continuer d’adapter leurs activités et leurs chaînes d’approvisionnement pour amortir l’impact de nouvelles perturbations. Des facteurs structurels, comme l’essor des véhicules électriques et la baisse progressive de l’intensité énergétique de la production, aideront également.
20. Par ailleurs, l’économie mondiale est confrontée à un risque accru de phénomènes météorologiques extrêmes dans certaines régions, qui pourraient affaiblir la croissance et accroître l’inflation. D’après les estimations de l’Agence nationale océanique et atmosphérique des États-Unis (National Oceanic and Atmospheric Administration), la probabilité qu’un épisode El Niño très intense se produise entre octobre et décembre 2026 est actuellement de 95 %. Ce phénomène, qui est généralement associé à une hausse de la température des océans et à une perturbation des régimes pluviométriques, a des conséquences négatives sur l’activité économique des pays et régions touchés. Ainsi, un épisode El Niño très intense s’accompagne d’une probabilité plus élevée de conditions plus sèches en Australie, d’une mousson plus faible en Inde et de sécheresses en Indonésie et dans les pays d’Asie du Sud-Est, soit des phénomènes qui de manière générale freinent la production agricole. Un tel événement pourrait certes accroître certaines productions agricoles dans d’autres régions, mais les matières premières cultivées de manière intensive dans les régions les plus exposées verraient leurs prix augmenter. L’expérience montre qu’un épisode El Niño intense pourrait entraîner une hausse des prix des produits alimentaires à l’échelle mondiale pendant une période pouvant aller jusqu’à deux ans, sachant qu’en cas d’épisode très intense, les effets pourraient être encore plus marqués. Les perturbations persistantes des approvisionnements en engrais en provenance des économies du Golfe pourraient également réduire davantage que prévu les rendements futurs des cultures – en particulier si la production gazière demeure perturbée pendant une période plus longue –, faisant baisser l’offre alimentaire mondiale.
21. De tels facteurs indiquent des risques croissants de tensions plus fortes que prévu sur les prix des produits alimentaires de base. L’ampleur de l’évolution des prix des produits alimentaires pour les ménages, en particulier ceux à faible revenu, pourrait peser sur les revenus réels et faire augmenter les anticipations d’inflation, tout en engendrant des risques de tensions sous-jacentes plus généralisées sur les prix. Dans le même temps, un épisode El Niño plus intense pourrait entraîner une hausse des températures hivernales dans l’hémisphère Nord, réduisant la demande d’énergie, comme en 2023/24, et les tensions sur les prix du gaz en Europe.
22. De nouvelles hausses des rendements des obligations souveraines à long terme constituent un risque de plus en plus important, sachant qu’elles exerceraient des tensions supplémentaires sur les finances publiques, accentueraient les risques pour la valorisation des actions et alourdiraient les coûts d’emprunt dans l’ensemble de l’économie. Des inquiétudes accrues concernant la viabilité des finances publiques, une intensification de la concurrence pour obtenir des financements de la part du secteur privé en raison des importantes émissions d’obligations par les entreprises d’IA, ou des anticipations d’un resserrement considérable de la politique monétaire sont autant de facteurs qui pourraient faire grimper les rendements. L’augmentation des rendements des obligations souveraines pourrait en outre se traduire par une correction des prix sur les marchés d’actions, par exemple sous l’effet d’une baisse de la rentabilité des entreprises du secteur de l’IA et d’un ralentissement de la croissance des bénéfices.
23. La poursuite du développement et de l’adoption des technologies d’IA fait peser des risques à la hausse comme à la baisse sur l’économie mondiale. Une nouvelle amplification des investissements dans le domaine de l’IA et de la production liée aux technologies dans les différents pays pourrait donner un élan supplémentaire à la croissance économique à court terme. Une fois bien intégrées dans les processus de production, les technologies d’IA peuvent également générer des gains de productivité considérables pour les économies. Il existe néanmoins un risque que les rendements des investissements dans l’IA soient décevants ou prennent plus de temps que prévu à se concrétiser, en particulier en cas de difficultés d’approvisionnement en intrants tels que l’électricité ou les semi-conducteurs les plus avancés. Les préoccupations croissantes en matière de sécurité liées à l’IA pourraient en outre ralentir le développement de la technologie ou son adoption par les utilisateurs. Le recours grandissant des entreprises d’IA à l’endettement et la complexité croissante des structures de financement, conjugués à des signes d’augmentation du risque de crédit, pourraient aussi amplifier tout revirement marqué de la confiance des investisseurs. Les prévisions des analystes concernant les bénéfices des entreprises d’IA indiquent que la croissance des bénéfices devra augmenter rapidement au cours des prochaines années pour satisfaire les attentes des investisseurs (graphique 8). Une croissance décevante des bénéfices est susceptible de ralentir sensiblement l’investissement dans ce secteur et, par conséquent, dans d’autres filières connexes telles que l’ingénierie et la construction, mais pourrait aussi entraîner une détérioration des valorisations sur les marchés financiers.
24. Un ensemble de simulations indicatives, fondées sur le modèle économétrique mondial NiGEM en mode prospectif, met en évidence les effets à court terme que certains de ces risques de divergence à la baisse pourraient avoir :
On pose l’hypothèse que les prix du pétrole et du gaz se maintiendront à leur niveau actuel jusqu’au quatrième trimestre de 2027, avant de diminuer pour converger vers la trajectoire anticipée sur les marchés à terme, dans un contexte de perturbations persistantes de la production et des exportations d’énergie en provenance du Moyen-Orient. Cela signifie que les prix du pétrole et du gaz en 2027 seront supérieurs d’environ 24 % et 31 % aux hypothèses retenues dans les projections de référence.
Graphique 8. Les bénéfices des entreprises du secteur de l’IA devront augmenter rapidement pour répondre aux attentes
Copier le lien de Graphique 8. Les bénéfices des entreprises du secteur de l’IA devront augmenter rapidement pour répondre aux attentesPrévisions de bénéfice par action
Note : Dans ce graphique, le bénéfice par action (BPA) pour la période 2021-2028 est basé sur les anticipations à un an du consensus IBES. Le BPA peut être négatif, car les entreprises peuvent enregistrer des pertes. Les agrégats sont des moyennes pondérées en fonction de la capitalisation boursière. Le secteur des technologies comprend les entreprises qui exercent des activités liées aux logiciels et aux services informatiques, aux semi-conducteurs, ainsi qu’au matériel et aux équipements technologiques. Les autres économies avancées sont les suivantes : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Lituanie, Luxembourg, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède et Suisse. Données actualisées le 14 septembre 2026.
Source : LSEG ; et calculs de l’OCDE.
Face à une période prolongée de baisse de l’offre, des pénuries d’énergie et de produits énergétiques risquent d’apparaître à mesure que les réserves s’épuisent. Les importateurs nets d’énergie sont particulièrement exposés, en particulier dans la région Asie-Pacifique et en Europe, mais les perturbations se feront sentir dans le monde entier via une hausse des prix à la consommation et des pénuries d’intrants dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. On suppose que des pénuries d’énergie et d’intrants spécialisés en provenance des économies du Golfe perturberont la production et se traduiront par un rationnement de l’énergie consommée par les entreprises. Ces pertes de production sont représentées dans le modèle par une diminution temporaire de l’efficience technique plutôt que par une perte définitive de la productivité sous‑jacente. Dans ce scénario, l’efficience diminue de 1½ pour cent en moyenne en 2027 dans les économies les plus exposées, directement ou indirectement, à des pénuries d’approvisionnement énergétique, et d’environ ¾ pour cent dans toutes les autres économies.
D’autres chocs d’offre pourraient également survenir sur les marchés des produits alimentaires de base en cas d’épisode El Niño intense ou très intense. Conjuguée à une perturbation persistante des approvisionnements en engrais en provenance des économies du Golfe, cette situation pourrait amplifier les tensions à la hausse attendues sur les prix des produits alimentaires et potentiellement réduire la production agricole dans les économies les plus exposées en Amérique latine, en Afrique et dans la région Asie-Pacifique. Les effets possibles sont très incertains, mais on suppose que les prix des produits alimentaires en 2027 seront 10 % plus élevés que dans les projections de référence, et que la production diminuera légèrement (d’environ ¼ pour cent du PIB) dans les économies particulièrement exposées à un épisode El Niño très intense.
Ces chocs d’offre se répercutent déjà sur les conditions financières, mais ils pourraient être amplifiés s’ils s’accompagnaient d’un choc de demande négatif résultant d’une correction plus importante des cours sur les marchés d’actions mondiaux et d’une accentuation des tensions sur les primes de risque et d’échéance qui fait augmenter les taux d’intérêt à long terme et les coûts d’emprunt. Dans l’ensemble, le scénario présenté à titre indicatif repose sur l’hypothèse que les cours des actions baisseront de 15 % en 2027 et que les primes de risque sur les investissements augmenteront de 35 points de base, et la prime d’échéance sur les obligations d’État à long terme de 25 points de base.
25. Dans leur ensemble, ces chocs considérés à titre illustratif pourraient réduire la croissance mondiale de 0.7 point de pourcentage en 2027, mais aussi accroître l’inflation mondiale mesurée par les prix à la consommation de 1.1 point de pourcentage, et avoir des effets négatifs supplémentaires l’année suivante (graphique 9). Chacun de ces chocs contribue à une baisse de la production, mais le renchérissement de l’énergie et le durcissement des conditions financières ont les effets les plus importants. La hausse des prix des intrants augmenterait l’inflation à l’échelle mondiale, bien que l’impact serait en partie atténué par le fléchissement de la demande finale. Même si les chocs commencent à s’estomper, à partir du quatrième trimestre de 2027, les effets négatifs sur la croissance et l’inflation persisteront pendant un certain temps.
26. À court terme, on pose l’hypothèse que, face à une inflation plus élevée, les autorités monétaires relèvent les taux d’intérêt directeurs d’environ 1 point de pourcentage dans la plupart des économies afin de garantir que les anticipations d’inflation demeurent ancrées, sachant que celles du secteur privé sont relativement sensibles aux variations des prix de l’énergie et des produits alimentaires. Les taux diminuent ensuite à mesure que les effets à la baisse exercés sur la production et la demande s’intensifient. Il est supposé que les pouvoirs publics n’adoptent aucune mesure discrétionnaire de soutien public pour atténuer l’impact des chocs, mais qu’ils laissent jouer les stabilisateurs budgétaires automatiques, et que les effets négatifs induits sur la production potentielle accentueront les tensions budgétaires existantes au fil du temps.
Graphique 9. D’importants risques à la baisse pèsent sur la croissance et l’inflation
Copier le lien de Graphique 9. D’importants risques à la baisse pèsent sur la croissance et l’inflation
Note : Le graphique repose sur un scénario construit à partir du quatrième trimestre de 2026 et caractérisé par une hausse des prix du pétrole, du gaz et des produits alimentaires, un durcissement des conditions financières et une baisse de l’efficience technique dus à des pénuries d’énergie, des perturbations des chaînes d’approvisionnement et des conditions météorologiques défavorables. On trouvera dans le corps du texte une description plus détaillée des chocs appliqués.
Source : Calculs de l’OCDE fondés sur le modèle économétrique mondial de l’Institut national de recherche économique et sociale du Royaume-Uni (NiGEM, National Institute’s Global Econometric Model).
27. À l’inverse, les prix du pétrole et du gaz pourraient diminuer plus fortement en cas d’amélioration de la confiance des marchés suite à une atténuation plus rapide des perturbations des approvisionnements. Une telle diminution se traduirait par une réduction des tensions sur les prix, et éventuellement par une baisse des taux d’intérêt directeurs, et améliorerait la confiance des marchés financiers. D’après une simulation réalisée à titre indicatif à l’aide du modèle économétrique mondial de l’Institut national de recherche économique et sociale du Royaume-Uni (NiGEM, National Institute's Global Econometric Model), un recul de 10 % des prix du pétrole et du gaz à partir du quatrième trimestre de 2026 pourrait rehausser la croissance du PIB mondial de 0.1 point de pourcentage en 2027 et réduire l’inflation mondiale de 0.3 point de pourcentage.
Impératifs de l’action publique
Copier le lien de Impératifs de l’action publiqueDes ajustements supplémentaires des taux directeurs seront peut-être nécessaires
28. Les effets de la hausse des prix de l’énergie sur l’inflation globale et le risque de généralisation des tensions sur les prix ont contribué aux variations des taux directeurs observées cette année dans l’ensemble des économies. À la marge, l’augmentation des taux d’intérêt à long terme réels anticipés a également suscité des interrogations quant à la possibilité que les taux directeurs neutres puissent être légèrement supérieurs à ce qui était attendu précédemment. Environ un tiers des banques centrales ont relevé leurs taux directeurs depuis le mois de mars, certes modestement dans de nombreux cas, et beaucoup d’entre elles, jusque-là engagées dans une série d’abaissements de leurs taux, les ont laissés inchangés ces derniers mois (graphique 10). Si l’on considère les économies du G20, des hausses de taux directeurs ont été observés depuis mars en Afrique du Sud, en Australie, en Corée, en Indonésie, au Japon, aux États-Unis et dans la zone euro. Le Brésil constitue une exception notable puisque le taux directeur y a été réduit de plus d’un point de pourcentage depuis mars, en partant d’un niveau indiquant une politique très restrictive.
Graphique 10. De nombreuses banques centrales ont revu l’orientation de leur politique monétaire cette année
Copier le lien de Graphique 10. De nombreuses banques centrales ont revu l’orientation de leur politique monétaire cette annéePart des banques centrales ayant modifié leur taux directeur au cours des six derniers mois
Note : Sur un échantillon de 37 banques centrales et d’après des données allant jusqu’à août 2026.
Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 120.
29. Face à de nouveaux chocs sur les prix de l’énergie et à des tensions liée à la demande plus fortes que prévu, et dans un contexte d’inflation excédant déjà l’objectif dans de nombreuses économies, les banques centrales doivent veiller à ce que les tensions inflationnistes sous-jacentes soient durablement jugulées. Les hausses des prix mondiaux de l’énergie et des produits alimentaires dues à l’offre peuvent être ignorées, sous réserve que les anticipations d’inflation restent bien ancrées, mais de nouveaux ajustements de la politique monétaire seront nécessaires si les signes de généralisation des tensions sur les prix ou de modération importante de la croissance se multiplient. Les inquiétudes relatives à de possibles tensions sur les devises, dans le contexte d’un réajustement en cours des prix sur les marchés d’actifs et d’une élévation des taux d’intérêt aux États-Unis, pèseront peut-être aussi sur les décisions des pouvoirs publics des économies de marché émergentes visant à garantir que les anticipations d’inflation demeurent bien ancrées. Une communication claire est nécessaire dans tous les pays pour assurer une bonne compréhension des facteurs sous-jacents aux décisions des pouvoirs publics ainsi que de la manière dont les risques pesant sur la stabilité des prix sont évalués et gérés.
30. Aux États-Unis, un nouveau relèvement des taux directeurs est prévu au quatrième trimestre de 2026, la fourchette retenue comme objectif cible pour le taux des fonds fédéraux restant par la suite inchangée, à 4-4¼ pour cent jusqu’en 2027, en raison de la persistance des tensions inflationnistes et de la vigueur de la croissance du PIB dans les projections (graphique 11). D’autres relèvements modestes des taux sont également attendus à moyen terme en Australie, en Corée et dans la zone euro afin de contenir les risques de généralisation des tensions inflationnistes. D’après les projections, des mouvements dans le même sens devraient aussi être observés au Japon à mesure que l’orientation accommodante de la politique monétaire sera progressivement abandonnée. En revanche, les taux directeurs ne devraient pas varier au Canada, ni au Royaume-Uni jusque tard l’année prochaine. Du côté des économies de marché émergentes, la banque centrale indienne devrait relever temporairement ses taux pour contribuer à compenser l’accentuation des tensions inflationnistes. En Afrique du Sud, au Brésil, en Indonésie et en Türkiye en revanche, c’est une baisse des taux directeurs qui devrait se profiler lorsque l’inflation se modèrera. En Chine, le taux directeur devrait se maintenir à un niveau peu élevé.
Graphique 11. Projections relatives aux taux d’intérêt directeurs dans les principales économies
Copier le lien de Graphique 11. Projections relatives aux taux d’intérêt directeurs dans les principales économies
Note : La partie A du graphique représente le point médian de la fourchette retenue comme objectif pour le taux des fonds fédéraux aux États-Unis, et le taux de la facilité de dépôt pour la zone euro.
Source : Base de données des Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE, n° 120.
Les choix budgétaires doivent répondre à l’intensification des tensions sur les finances publiques
31. Dans de nombreux pays, les pouvoirs publics sont de plus en plus confrontés à des difficultés budgétaires. L'endettement a augmenté et la hausse continue des rendements obligataires et du coût du service de la dette vient s’ajouter à la montée des tensions sur les dépenses liées au vieillissement démographique, aux engagements en matière de défense et à l’alourdissement du coût des phénomènes météorologiques extrêmes. De nombreuses économies de marché émergentes sont soumises à des pressions supplémentaires liées à la nécessité d’améliorer les infrastructures et de renforcer les filets de protection sociale ainsi qu’à l’augmentation des coûts des emprunts en devises. Des efforts accrus sont nécessaires afin de maîtriser et réallouer les dépenses publiques, améliorer l’efficience du secteur public et accroître les recettes, pour assurer la viabilité de la dette à plus long terme et préserver la capacité de réaction des pouvoirs publics face à des chocs importants et répétés. Le rythme et la composition de ces ajustements qui seront adaptés à la situation dépendront de l’évolution des circonstances et des défis propres à chaque pays, mais le but devrait être de préserver et de développer le potentiel de croissance qui conditionne en définitive l’aboutissement des efforts de réduction de la dette. L’adoption de stratégies pluriannuelles crédibles, faisant l’objet d’une communication claire, faciliterait un assainissement à plus long terme, en particulier lorsque la marge de manœuvre pour des ajustements à court terme est limitée.
32. Dans l’immédiat, la nouvelle flambée des prix de l’énergie va accroître les coûts budgétaires de même que les pressions s’exerçant sur les États pour qu’ils maintiennent, voire, dans certains cas, réintroduisent des mesures d’aide d’urgence afin d’atténuer les conséquences de cette évolution sur le budget des ménages et des entreprises. Il conviendrait que ces mesures ciblent les ménages qui en ont le plus besoin ainsi que les petites et moyennes entreprises financièrement saines, et que soient en même temps préservées les incitations à réduire la consommation énergétique et à diversifier les sources d’énergie. Des mécanismes d’expiration clairs doivent également être institués pour garantir la suppression des dispositifs mis en place quand les prix de l’énergie diminueront.
33. L’Outil OCDE de suivi des mesures de soutien liées à l'énergie montre que, dans l’ensemble des pays, seulement environ la moitié des mesures actuellement en vigueur sont ciblées (graphique 12). Les plus courantes demeurent des formes non ciblées et coûteuses d’allègement des prix telles que l’abaissement des taxes sur l’énergie et la réglementation ou le plafonnement des prix de l’énergie. Des mesures réglementaires et des mesures de soutien au revenu sous forme d’aides directement liées à la facture énergétique ou de transferts budgétaires de plus large portée sont également utilisées, quoiqu'à une échelle moindre. Le coût budgétaire des dispositifs de soutien est généralement tout à fait modeste dans les pays pour lesquels on dispose d’estimations. On observe toutefois des variations notables d’un pays à l’autre, sachant que ce coût peut atteindre 0.7 % du PIB en Corée. Parmi les mesures mises en place depuis le début du conflit qui ont fait l'objet d’un suivi, environ 27 % ont expiré et 17 % ont été reconduites au-delà de la date d’expiration fixée initialement.
Graphique 12. Les mesures de soutien à l’énergie prises par les pouvoirs publics restent souvent non ciblées
Copier le lien de Graphique 12. Les mesures de soutien à l’énergie prises par les pouvoirs publics restent souvent non cibléesNombre de mesures prises par les pouvoirs publics en réponse au conflit au Moyen-Orient
Note : Les données se rapportent à 33 pays de l’OCDE (sachant que le Costa Rica, la Finlande, Israël, le Mexique et la Suisse n’ont pris aucune mesure) et à 16 économies non membres (l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Brésil, la Bulgarie, la Chine, la Croatie, l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, le Maroc, le Pérou, les Philippines, la Roumanie, la Thaïlande, l’Ukraine et le Viet Nam). L’Outil de suivi ne prend pas en compte les mesures axées sur la diminution de la demande et la transition énergétique. On entend par mesures ciblées celles dont l’application se limite à un groupe spécifique de ménages ou d’entreprises. L’extension de la durée ou l’ajustement des paramètres d’instruments existants ne sont pas pris en compte comme des mesures distinctes de ces instruments, de sorte que le nombre de mesures recensées correspond aux différents instruments appliqués et non aux annonces successives. Données collectées jusqu’au 14 septembre 2026.
Source : Outil OCDE de suivi des mesures de soutien liées à l’énergie 2026 (en anglais).
Des réformes structurelles supplémentaires aideront les économies à surmonter les chocs d’approvisionnement futurs
34. Les réformes structurelles qui améliorent la capacité des économies à affronter des perturbations du côté de l’offre sont également une priorité absolue pour les gouvernements dans la conjoncture actuelle. Le secteur privé s’est adapté remarquablement aux chocs successifs survenus au cours des dernières années, et les politiques publiques concourent à l’instauration de conditions d’ensemble propices au maintien et au renforcement de cette résilience. Les réformes contribuant à atténuer la vulnérabilité des économies face à des crises énergétiques mondiales sont prioritaires dans l’immédiat compte tenu de l’incertitude entourant l’évolution du conflit au Moyen-Orient. Il s’agit notamment de diversifier les approvisionnements en énergie et d’améliorer l’efficacité énergétique dans les économies nationales en établissant des normes réglementaires bien conçues en la matière, en engageant des campagnes d’information et en déployant des incitations financières le cas échéant.
35. De façon plus générale, les mesures garantissant le bon fonctionnement du filet de protection sociale et la capacité des économies de redéployer efficacement leurs ressources sont importantes pour aider les pays à surmonter des chocs d’approvisionnement. Les systèmes d’aide sociale qui ciblent effectivement les plus vulnérables et leur procurent un soutien en temps voulu joueront un rôle dans l’atténuation des effets négatifs des perturbations à venir par des moyens présentant un rapport coût‑efficacité optimal pour des États confrontés à des contraintes budgétaires. Il conviendrait d’adopter en complément des réformes visant à assouplir les restrictions excessives qui pèsent sur les entreprises et les travailleurs et à les réserver aux secteurs de l’économie où elles sont le plus nécessaires. À titre d’exemples, citons l’allègement des charges réglementaires superflues entravant l’entrée des entreprises sur le marché, les efforts engagés pour s’assurer que les procédures d’insolvabilité ne sont excessivement complexes et la levée des dispositions trop restrictives en vigueur sur le marché du travail, comme le recours à des clauses de non-concurrence dans des domaines où elles ne se justifient pas.
36. Les mesures destinées à garantir que les travailleurs possèdent des compétences adéquates et adaptables seront aussi bénéfiques à la résilience et aux perspectives de croissance au sens où elles leur permettront de s’adapter aux nouveaux chocs non anticipés et aux changements structurels en cours associés au vieillissement de la population et aux transitions numérique et écologique. Pouvoir mobiliser les compétences adéquates fait également partie des facteurs importants pour que les entreprises puissent réaliser des investissements en capital. Les mesures en faveur du développement de solides compétences de base constituent un socle indispensable. Cependant, les résultats de l’enquête PISA publiés récemment font apparaître que les scores obtenus par les élèves à l’issue des tests normalisés portant sur les sciences, la lecture et les mathématiques sont en baisse dans un grand nombre de pays depuis dix ans (graphique 12). L’approche qui doit être suivie par les pouvoirs publics pour inverser cette tendance varie selon les pays, mais il y a souvent lieu de s’attacher à lutter contre les pénuries d’enseignants et à faire en sorte que des ressources suffisantes soient allouées aux élèves et aux établissements défavorisés. Les initiatives visant à renforcer la culture numérique et à élargir les possibilités de formation des adultes sont également une priorité afin que les jeunes qui entrent sur le marché du travail et les travailleurs déjà en poste possèdent les compétences requises pour s’adapter au changement technologique, notamment l’adoption accrue de l’IA.
Graphique 13. Les résultats des tests auxquels les élèves ont été soumis sont en baisse dans de nombreux pays
Copier le lien de Graphique 13. Les résultats des tests auxquels les élèves ont été soumis sont en baisse dans de nombreux paysScores obtenus dans le cadre du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), moyenne de l’OCDE
Source : OCDE (2026), Résultats du PISA 2025 (Volume I).