D’après les estimations expérimentales, l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales (CVM) en 2023-2024 n’a que peu varié, laissant entrevoir un ralentissement du rythme de la « démondialisation » et des « relocalisations » par rapport à la période 2020-2022. La part de la valeur ajoutée locale dans les exportations a augmenté à la marge, passant de 77 % en 2022 à 77.6 % en 2024.
On constate une grande diversité de situations entre les pays : dans 11 économies, le contenu local a augmenté de plus 2.5 points de pourcentage entre 2022 et 2024, tandis que dans les autres, il est resté stable, voire a diminué.
Après avoir fluctué en 2021-2022, la valeur ajoutée locale dans le secteur manufacturier s’est stabilisée en 2023-2024 à 62-65 % en moyenne dans les pays de l’OCDE et à 75-77 % dans les grandes économies émergentes. Le contenu en services dans le secteur manufacturier a continué d’augmenter, la plupart des sous-secteurs affichant une hausse de la valeur ajoutée des services locaux comme étrangers.
C’est dans les petites économies spécialisées qu’on observe les erreurs de prévision immédiate les plus importantes, qui tiennent à leur complexité structurelle ainsi qu’à des chocs idiosyncratiques.]
Repositionnement au sein des chaînes de valeur mondiales
Messages clés
Copier le lien de Messages clésÉvolutions récentes dans les chaînes de valeur mondiales : démondialisation ou résilience ?
Copier le lien de Évolutions récentes dans les chaînes de valeur mondiales : démondialisation ou résilience ?Aperçu à l’échelle de l’économie
Les estimations expérimentales effectuées pour cinq indicateurs clés des échanges en valeur ajoutée (TiVA) ne fournissent que peu d’éléments qui attesteraient d’un mouvement généralisé de relocalisation en 2023-2024. Selon les estimations, la part de la valeur ajoutée locale pondérée par les exportations dans les exportations brutes n’a augmenté que légèrement en moyenne dans 41 économies, passant de quelque 77 % en 2022 à 77.7 % en 2023 et 77.6 % en 2024 (Graphique 1). En moyenne non pondérée, la progression est tout aussi modeste sur la même période, la proportion passant d’environ 71.1 % à 72.1 % en 2024, tandis que la part de la valeur ajoutée étrangère se repliait légèrement (revenant de 28.9 % à 27.9 %). Dans les 41 économies étudiées, la valeur ajoutée locale médiane a augmenté pour atteindre 74.2 % en 2024, contre 71.7 % en 2022. Il est probable que cette légère hausse de la valeur ajoutée locale reflète en partie le rôle croissant des services dans la production, qui sont plus souvent fournis localement, plutôt qu’une relocalisation systématique des étapes de fabrication.
Graphique 1. Valeur ajoutée locale dans les exportations : ensemble de l’économie
Copier le lien de Graphique 1. Valeur ajoutée locale dans les exportations : ensemble de l’économiePart de la valeur ajoutée locale pondérée par les exportations dans les exportations brutes, en %
Note : Les grandes économies émergentes sont l’Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, l’Inde et l’Indonésie.
Source : OCDE, exercice de prévision immédiate 2026 à partir des échanges en valeur ajoutée (TiVA).
D’après les estimations expérimentales, la part de la valeur ajoutée locale dans les économies de l’OCDE a augmenté de manière progressive, mais régulière, passant en moyenne de 69.7 % en 2022 à 70.6 % en 2023 et 70.8 % en 2024, signe d’une évolution graduelle plutôt que d’un basculement rapide en faveur de l’approvisionnement auprès de sources nationales. Le niveau de base était plus élevé dans les cinq grandes économies de marché émergentes prises en compte ici (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde et Indonésie), où la part de la valeur ajoutée locale est passée de 81.3 % en 2022 à 82.2 % en 2023 avant de redescendre à 81.6 % en 2024. Ces tendances, à savoir une légère hausse de la valeur ajoutée locale dans les économies de l’OCDE et une stabilité relative dans les grandes économies émergentes, semblent être cohérente avec l’analyse des positions au sein des chaînes de valeur mondiales effectuées par l’OCDE (Andrenelli et al., 2023[1] ; Crowe et Rawdanowicz, 2023[2]).
Dans l’ensemble, ces évolutions semblent indiquer que l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales (CVM) n’a que peu varié, laissant entrevoir un ralentissement du rythme de la « démondialisation » et des « relocalisations » par rapport à la période 2020-2022. Les données traduisent plutôt des ajustements progressifs, bien qu’inégaux, sur la période la plus récente. Ces résultats concordent avec des analyses récentes de l’OCDE montrant que les entreprises se sont concentrées sur la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement — diversification des fournisseurs et renforcement des stocks — plutôt que sur une relocalisation systématique de la production dans leur pays (Schwellnus, Haramboure et Samek, 2023[3]).
On observe une forte disparité entre les pays
Les tendances mondiales recouvrent d’importantes disparités entre les pays (Graphique 2). Dans un premier groupe d’économies (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Hongrie, Italie, Lettonie, Pays-Bas, Portugal, République slovaque et Slovénie), la valeur ajoutée locale dans les exportations brutes a enregistré entre 2022 et 2024 une hausse marquée, généralement supérieure à 2.5 points de pourcentage.
Dans un deuxième groupe comprenant l’Afrique du Sud, l’Australie, le Brésil, le Danemark, les États-Unis, l’Indonésie, l’Irlande, le Japon, la Norvège, le Royaume-Uni, la Suède et la Türkiye, la part de la valeur ajoutée locale a connu une progression modeste, voire nulle, en 2023-2024, avec des variations inférieures ou égales à zéro. Cette stabilité ou évolution à la baisse laisse penser que la dépendance à l’égard des intrants étrangers persiste, voire s’est accentuée, dans ces pays depuis 2022.
Les autres économies n’ont enregistré qu’une hausse modérée — entre 0 et 2.5 points de pourcentage — de la part de la valeur ajoutée locale sur la période 2023-2024, traduisant des ajustements progressifs plutôt qu’une réorientation marquée vers un recours accru à des sources d’approvisionnement nationales. Ces trajectoires concordent avec un modèle plus large de reconfiguration graduelle des chaînes de valeur mondiales plutôt que de relocalisation stratégique brutale.
Globalement, l’hétérogénéité des trajectoires nationales d’ajustement après 2022 reflète en grande partie les différences sous-jacentes qui existent entre les pays sur le plan structurel et sur celui de l’action publique. Les économies reposant sur un important socle manufacturier, comme l’Allemagne ou la République slovaque qui possèdent de puissants secteurs de l’automobile et de la fabrication de machines, et celles où les pouvoirs publics ont explicitement pris des mesures pour stimuler la résilience ou l’autonomie stratégique, affichent souvent des hausses plus marquées de la valeur ajoutée locale, leurs entreprises remplaçant certains intrants étrangers par des intrants locaux et s’employant à moderniser leurs capacités nationales (Jaax, Miroudot et Van Lieshout, 2023[4]). À l’inverse, dans les pays disposant d’avantages comparatifs solidement ancrés dans certaines chaînes de valeur mondiales fortement intégrées, ou dans lesquels les structures d’exportation restent largement orientées sur des chaînes de valeur très fragmentées, comme le Danemark avec son industrie pharmaceutique ou la Suède avec ses unités de fabrication de machines et d’appareils de télécommunication, la part de la valeur ajoutée locale est généralement stable ou en repli, car les schémas bien établis d’approvisionnement international persistent. Entre ces deux extrêmes, la plupart des économies n’ont enregistré que des évolutions modestes, qui témoignent d’un ajustement progressif et sectoriel des chaînes d’approvisionnement plutôt que d’un phénomène massif de relocalisation ou d’un recul général de la mondialisation (Andrenelli et al., 2023[1] ; OCDE, 2025[5]).
Dans la plupart des pays, la part des services dans la valeur ajoutée locale au cours des deux dernières années est globalement restée sur sa tendance antérieure, augmentant en moyenne de 1.9 point de pourcentage.
Graphique 2. Croissance la part de la valeur ajoutée locale dans les exportations : ensemble de l’économie
Copier le lien de Graphique 2. Croissance la part de la valeur ajoutée locale dans les exportations : ensemble de l’économieVariation de la part de la valeur ajoutée locale, en points de pourcentage
Note : Les cercles indiquent l’évolution de la part de la valeur ajoutée locale entre 2022 et 2023, les triangles l’évolution entre 2023 et 2024 et les carrés l’évolution cumulée sur la période 2022-2024.
Source : OCDE, exercice de prévision immédiate 2026 à partir des échanges en valeur ajoutée (TiVA).
Secteur manufacturier et services : des trajectoires de stabilisation différentes
Copier le lien de Secteur manufacturier et services : des trajectoires de stabilisation différentesSi les tendances générales sont restées globalement stables en 2023-2024, les différences sectorielles sont manifestes (Graphique 3). Dans le secteur manufacturier, la part de la valeur ajoutée locale semble s’être stabilisée ces dernières années après avoir reculé en 2021-2022, les économies de l’OCDE se maintenant dans la fourchette de 62-65 % et les grandes économies émergentes dans celle de 75-77 %. La tendance est différente dans les services : la part de la valeur ajoutée locale n’a diminué qu’à la marge en 2002 et a retrouvé depuis ses niveaux d’avant le choc de la pandémie de COVID-19, dans les économies de l’OCDE comme dans les grandes économies de marché émergentes. Cette résilience tient probablement au fait que le secteur des services est relativement à l’abri des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, ainsi qu’au développement des services livrables numériquement et des activités à forte intensité de savoir. Ces constats sont cohérents avec (OMC, 2025[6]).
Dans le secteur manufacturier et dans celui des services, l’évolution diffère également d’un sous-secteur à l’autre (Graphique 4). Dans les activités manufacturières, des sous-secteurs comme les produits informatiques, électroniques et optiques et les véhicules à moteur ont vu la part de la valeur ajoutée locale augmenter légèrement entre 2022 et 2024, alors qu’elle est restée stable dans les machines et équipements. Ces différences reflètent l’hétérogénéité des chaînes de valeur mondiales de produits manufacturés (Mourougane et al., 2023[7]). Dans les services, les variations entre sous-secteurs ont été moins marquées. Les parts sont restées relativement stables entre 2022 et 2024 dans le transport et l’entreposage, l’information et la communication et les activités professionnelles, scientifiques et techniques, avec des hausses uniquement marginales. Des analyses récentes montrent que dans le commerce des services, l’expansion a été particulièrement forte dans les services livrables numériquement et les services aux entreprises, notamment les services professionnels et techniques (OCDE, 2025[8]).
Graphique 3. Part de la valeur ajoutée locale dans les exportations : secteur manufacturier et services
Copier le lien de Graphique 3. Part de la valeur ajoutée locale dans les exportations : secteur manufacturier et servicesOCDE et grandes économies de marché émergentes, % des exportations brutes
Note : Les grandes économies émergentes sont l’Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, l’Inde et l’Indonésie.
Source : OCDE, exercice de prévision immédiate 2026 à partir des échanges en valeur ajoutée (TiVA).
Graphique 4. Teneur en services des exportations de produits manufacturés par sous-secteur, 2022-2024
Copier le lien de Graphique 4. Teneur en services des exportations de produits manufacturés par sous-secteur, 2022-2024Variation de la part de la valeur ajoutée locale constituée de services, en points de pourcentage
Source : OCDE, exercice de prévision immédiate 2026 à partir des échanges en valeur ajoutée (TiVA).
L’augmentation de la teneur en services des produits manufacturés se poursuit
Entre 2022 et 2024, les estimations expérimentales montrent une poursuite de la « servicification » des exportations de produits manufacturés dans de nombreuses économies (Graphique 5). En moyenne, les teneurs en services locaux et en services étrangers des exportations manufacturières ont toutes deux augmenté d’environ 0.3 point de pourcentage sur cette période. Dans le graphique 5, on voit qu’un groupe non négligeable de pays se concentre dans le quadrant supérieur droit, correspondant à une hausse des teneurs en services locaux et étrangers entre 2022 et 2024. On trouve dans ce groupe l’Australie, le Canada, la Corée, l’Espagne, la France, le Japon, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède, ainsi que plusieurs économies européennes plus petites (Belgique, Islande, Lituanie, Luxembourg, Portugal et Slovénie). Par exemple, on estime qu’au Japon, la teneur en services locaux est passée de quelque 19.8 % à 20.5 %, tandis que la teneur en services étrangers est passée d’environ 9.2 % à 9.9 %. Si l’on se concentre sur la période la plus récente, les variations entre 2023 et 2024 ont été globalement modestes, ce qui semble indiquer que la plupart des ajustements ont eu lieu plus tôt, les résultats de l’année 2024 correspondant largement à une consolidation des hausses antérieures.
Prises dans leur ensemble, ces évolutions marquent un changement par rapport à la période antérieure à la pandémie, où la hausse de la teneur en services des exportations manufacturières était davantage attribuable aux services étrangers. Entre 2015 et 2019, la part des services locaux dans les exportations de produits manufacturés a légèrement reculé en moyenne dans les pays de l’OCDE et dans les grandes économies émergentes, tandis que celle des services étrangers progressait d’environ 0.7 point de pourcentage, signe d’une délocalisation progressive des tâches en lien avec les services. En revanche, les dernières estimations pour la période 2023-2024 laissent entrevoir une dynamique plus équilibrée, les contenus locaux autant qu’étrangers participant à l’augmentation de l’intensité en services des exportations de produits manufacturés.
Graphique 5. Teneur en services des exportations de produits manufacturés, 2022-2024
Copier le lien de Graphique 5. Teneur en services des exportations de produits manufacturés, 2022-2024Points de pourcentage
Source : OCDE, exercice de prévision immédiate 2026 à partir des échanges en valeur ajoutée (TiVA).
Positionnement dans les chaînes de valeur mondiales
Copier le lien de Positionnement dans les chaînes de valeur mondialesLa participation aux chaînes de valeur mondiales peut s’apprécier sous deux angles complémentaires. Les liaisons en amont montrent le degré de dépendance aux intrants étrangers des exportations d’un pays, par exemple les situations dans lesquelles des entreprises importent des composants de l’étranger pour les assembler puis exporter ensuite le produit fini. À l’inverse, les liaisons en aval correspondent à la quantité de production propre à un pays qui est utilisée sous la forme d’intrants dans les exportations d’un autre pays, par exemple lorsqu’un pays exporte des produits chimiques, des pièces détachées ou des services aux entreprises qui sont ensuite incorporés dans des biens et services exportés par un autre pays. Une économie est dite « orientée vers l’aval » lorsque la valeur qu’elle ajoute à des biens et services qui sont au final absorbés dans la demande finale d’un autre pays est supérieure à la valeur des biens et services étrangers qu’elle importe et intégrée dans ses propres exportations. A contrario, les économies dites « orientées vers l’amont » dépendent davantage des intrants importés qu’elles incorporent dans leurs exportations que de la valeur ajoutée qu’elles fournissent au reste du monde (Banga, 2013[9]).
Selon des estimations expérimentales portant sur l’année 2024, les économies orientées vers l’aval présentaient en moyenne une part de valeur ajoutée étrangère dans leurs exportations de 25 %, et leur part de valeur ajoutée locale intégrée dans une demande finale étrangère se situait aux alentours de 33 % (Graphique 6). Les économies orientées vers l’amont présentent un schéma inverse, avec des parts de valeur ajoutée étrangère proches de 35 % et une part de valeur locale intégrée dans la demande finale étrangère de quelque 30 %. Les petites économies très ouvertes comme la Hongrie, l’Irlande, le Luxembourg et la République slovaque combinent généralement une utilisation importante d’intrants étrangers et de fortes liaisons en aval, quoiqu’avec des configurations différentes. Ainsi, le Luxembourg par exemple se caractérise par une valeur ajoutée étrangère exceptionnellement élevée (aux alentours de 65 %) en même temps qu’une forte participation en aval (légèrement supérieure à 60 %), tandis que l’Irlande combine une intégration en aval très importante (d’environ 75 %) et une valeur ajoutée étrangère élevée (de quelque 42 %), en raison de son rôle de plaque tournante de produits et services multinationaux.
Graphique 6. Participation aux chaînes de valeur mondiales, 2024, ensemble de l’économie
Copier le lien de Graphique 6. Participation aux chaînes de valeur mondiales, 2024, ensemble de l’économiePart de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations comparée à la valeur ajoutée locale intégrée dans la demande finale, en points de pourcentage
Note : La participation en amont (part de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations) est comparée à la participation en aval (pourcentage de valeur ajoutée locale totale incorporée dans la demande finale étrangère), avec pondération par le degré de participation aux chaînes de valeur mondiales (tel que mesuré par la somme des deux indicateurs).
Source : OCDE, exercice de prévision immédiate 2026 à partir des échanges en valeur ajoutée (TiVA).
Les grandes économies sont diversement positionnées au sein des chaînes de valeur mondiales. Selon les estimations, en 2024, l’Allemagne et les États-Unis se situaient du côté « orientation vers l’aval » de la bissectrice du graphique 6, avec des parts de contenu étranger relativement modérées (aux alentours de 22 % et 8 % respectivement), et une part non négligeable de valeur ajoutée locale destinée à la demande finale étrangère (d’environ 31 % et 9 % respectivement). Parallèlement, la Chine, la Corée et l’Inde sont restées relativement orientées vers l’amont, avec une dépendance aux intrants étrangers légèrement supérieure à la fourniture de valeur ajoutée destinée à la demande finale étrangère, leur part de valeur ajoutée étrangère dépassant de peu leur participation en aval telle qu’elle ressort des estimations expérimentales.
Globalement, malgré de légères hausses des parts de la valeur ajoutée locale, la participation aux chaînes de valeur mondiales est restée structurellement forte en amont comme en aval. Parmi les économies qui utilisent un volume important d’intrants étrangers, nombreuses sont celles qui dépendaient encore largement de la demande étrangère pour absorber leur valeur ajoutée, et ce schéma est conforme à des analyses antérieures de l’OCDE montrant que la participation aux chaînes de valeur mondiales est de nature pluridimensionnelle, ce qui permet aux pays de réduire certaines dépendances spécifiques sans pour autant se retirer des réseaux de production internationaux (Kano, Tsang et Yeung, 2020[10]).
Définition des indicateurs TiVA
Copier le lien de Définition des indicateurs TiVALa part de la valeur ajoutée locale dans les exportations brutes (ou teneur en valeur ajoutée locale des exportations brutes) à destination de régions partenaires, par secteur d’activité, représente la valeur ajoutée exportée qui a été générée à n’importe quel point d’une économie nationale. Il s’agit d’une mesure d’intensité qui reflète la part de valeur ajoutée produite à n’importe quel point de l’économie d’un pays qui est intégrée dans le total de ses exportations brutes, par secteur d’activité.
La part de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations brutes (ou teneur en valeur ajoutée étrangère des exportations brutes) correspond à la valeur des biens et services intermédiaires importés qui sont incorporés dans les exportations d’un secteur national. La valeur ajoutée peut provenir de n’importe quel secteur d’activité étranger situé en amont de la chaîne de production. Il s’agit d’une mesure d’intensité, souvent qualifiée de teneur en importations des exportations, qui est considérée comme une mesure des liaisons en amont dans les analyses des CVM. Elle reflète la quantité de valeur ajoutée générée à l’étranger qui est intégrée dans les exportations brutes totales d’un secteur d’activité.
La part des services locaux dans les exportations brutes (ou teneur en services locaux des exportations brutes) représente la valeur ajoutée provenant de secteurs de services nationaux en amont qui est intégrée dans les exportations (y compris les exportations de services finaux). Cet indicateur sert souvent à mesurer la teneur en services des exportations manufacturières et permet de rendre compte de l’intégration croissante de services dans la production et les exportations du secteur manufacturier.
La part des services étrangers dans les exportations brutes (ou teneur en services étrangers des exportations brutes) correspond à la part de la valeur ajoutée provenant de secteurs de services étrangers qui est incorporée dans les exportations brutes d’un secteur d’activité national. Elle permet de mesurer les services importés utilisés directement et indirectement dans la production de biens et services exportés, et elle est souvent interprétée comme la teneur en services étrangers des exportations.
La part de la valeur ajoutée locale incorporée dans la demande finale étrangère permet de mesurer, pour chaque secteur d’activité, la part de sa valeur ajoutée locale qui est en dernier ressort intégrée dans la demande finale étrangère (consommation et investissement) et non dans la demande finale locale. Elle sert habituellement à donner une indication de la dépendance d’un secteur ou d’une économie par rapport à la demande finale étrangère et de sa participation en aval (ou en amont) dans les chaînes de valeur mondiales.
Note : Les définitions sont tirées du Guide sur les indicateurs des Échanges en valeur ajoutée (TiVA) de l’OCDE, édition 2025.
Bilan de l’exercice 2024 de prévision immédiate à partir des indicateurs TiVA
Copier le lien de Bilan de l’exercice 2024 de prévision immédiate à partir des indicateurs TiVAL’exercice 2024 de prévision immédiate à partir des indicateurs TiVA 2024 a été l’occasion d’évaluer la précision avec laquelle des projections fondées sur l’apprentissage automatique permettent d’anticiper les caractéristiques des échanges en valeur ajoutée en l’absence de statistiques officielles actualisées (Insights on engagement in global value chains in 2023). L’utilisation de données historiques pour procéder à des estimations des indicateurs TiVA 2022-2023 et la validation de la procédure par référence aux résultats effectivement réalisés en 2022 qui viennent d’être publiés ont permis d’obtenir une référence réaliste de la précision prédictive.
On voit que la précision globale des principales mesures est forte (Graphique 7). Pour les indicateurs à l’échelle de l’ensemble de l’économie calculés en moyenne pour toutes les mesures TiVA, l’erreur absolue moyenne est relativement modeste, la moyenne mondiale (hors valeurs aberrantes) étant proche de zéro. Ce niveau de précision soutient avantageusement la comparaison par rapport aux normes internationales de prévision immédiate et se situe parfaitement dans la marge de tolérance généralement admise pour les diagnostics économiques. Il reflète également la stabilité relative des fondamentaux macroéconomiques des échanges que les modèles fondés sur l’apprentissage automatique sont en mesure de saisir avec un degré de fiabilité raisonnable.
Les erreurs concernant les moyennes du secteur manufacturier sont un peu plus importantes que celles qui concernent les moyennes pour l’ensemble de l’économie, en raison de la plus grande sensibilité de ce secteur aux perturbations des chaînes d’approvisionnement et à la volatilité des intrants intermédiaires. Pour les services, en comparaison, les erreurs donnent des résultats plus proches de la moyenne mondiale, même si des variations persistent d’un pays à l’autre. Ces schémas sectoriels donnent à penser que les chaînes de valeur manufacturières, avec leurs liaisons intermédiaires complexes et leurs réseaux de production en flux tendus, soulèvent davantage de difficultés que les activités de services lorsqu’il s’agit de procéder à des prévisions immédiates.
Graphique 7. Erreurs de prévision immédiate par pays
Copier le lien de Graphique 7. Erreurs de prévision immédiate par paysErreur moyenne pour tous les indicateurs TiVA sur l’ensemble de l’économie, en points de pourcentage
Note : La ligne tiretée correspond à la moyenne mondiale, la ligne en pointillés à la moyenne internationale hors les 25 % de valeurs aberrantes les plus élevées (barres grisées). Les barres rouges correspondent à une surestimation (erreur positive), les barres bleues à une sous-estimation (erreur négative).
Source : OCDE, prévisions immédiates TiVA 2024 et 2026.
Les erreurs de prévision immédiate sont souvent plus importantes pour les économies ouvertes, qui présentent généralement un niveau de volatilité plus important, en raison de leur plus grande exposition aux chocs idiosyncratiques, à la dynamique propre aux échanges avec un partenaire spécifique, à l’investissement international et à concentration sectorielle, autant d’éléments difficiles à saisir à l’aide d’indicateurs agrégés. Le Danemark se distingue par des erreurs particulièrement importantes au niveau des secteurs, qui tiennent sans doute à sa spécialisation dans les services maritimes, l’industrie pharmaceutique et les activités en lien avec l’énergie, qui ont tous fait l’objet, pendant la période de validation, d’importants basculements structurels difficiles à anticiper à partir des indicateurs prédictifs macroéconomiques standards.
Globalement, l’exercice 2024 de prévision immédiate fournit un outil d’alerte précoce crédible concernant les évolutions des chaînes de valeur mondiales, tout en offrant des indications claires sur les points à propos desquels des améliorations d’ordre méthodologique permettraient d’accroître le plus la précision. Cet exercice met en lumière les difficultés rencontrées pour modéliser des éléments complexes comme les chaînes d’approvisionnement et la teneur en services des produits manufacturés, où la volatilité autant que le caractère limité des données disponibles amoindrissent la précision prédictive. Le fait que les erreurs les plus importantes soient concentrées au niveau des économies relativement plus petites et plus spécialisées offre aussi une piste pour des améliorations futures.
Comment les prévisions immédiates à partir des indicateurs TiVA sont-elles produites ?
L’exercice porte sur 41 économies et 24 secteurs. Au lieu d’établir de nouveaux tableaux d’entrées-sorties complets chaque année, l’approche consiste à modéliser la variation annuelle d’un petit ensemble d’indicateurs TiVA (comme la part de la valeur ajoutée locale dans les exportations) au sein d’un panel regroupant toutes les observations par pays et par secteur. Sur le côté droit, le modèle recourt à un grand nombre de séries chronologiques explicatives rendant compte, au niveau d’un pays, de l’activité, des échanges, des prix, du marché du travail et des conditions financières, ainsi que de facteurs mondiaux.
Pour chaque indicateur, on utilise en parallèle plusieurs modèles statistiques et d’apprentissage automatique : un simple modèle autorégressif de base (reposant uniquement sur l’évolution historique propre à l’indicateur concerné), une régression linéaire à effets fixes, des régressions pénalisées (Ridge et Lasso, qui permettent de gérer un grand nombre d’indicateurs prédictifs corrélés et d’effectuer une sélection de variables), ainsi qu’un modèle d’arbres de décision à gradient amplifié (GBM) afin de pouvoir saisir les relations non linéaires et les interactions. Des séries macro essentielles rendant compte d’évolutions macroéconomiques mondiales comme les exportations et la valeur ajoutée font elles-mêmes l’objet de projections prospectives de façon que les informations les plus récentes puissent venir alimenter les modèles TiVA.
Pour sélectionner le modèle optimal pour chaque combinaison pays-secteur-indicateur, on procède à une validation croisée respectant la chronologie : pour chaque année écoulée, la situation est censée être celle en vigueur pendant l’année concernée, et l’on utilise uniquement des données qui auraient été disponibles à ce moment-là (les délais de publication sont pris en compte) ainsi que des prévisions à un an. On retient ensuite le modèle ayant produit l’erreur de prévision hors échantillon la plus faible (racine de l’erreur quadratique moyenne) qu’on alimente avec les données macroéconomiques et commerciales les plus récentes de façon à produire les prévisions immédiates mentionnées dans le blog. Les parts de valeur ajoutée étrangère sont finalement obtenues sous la forme d’une valeur résiduelle (un moins la part locale telle qu’elle ressort des prévisions immédiates.
Informations complémentaires
Copier le lien de Informations complémentairesPour plus d’informations, on pourra se reporter à Mourougane, A. et al. (2023), « Nowcasting trade in value added indicators », OECD Statistics Working Papers, no. 2023/03, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/00f8aff7-en.
La base de données sur les indicateurs TiVA peut être consultée ici : Échanges en valeur ajoutée | OCDE.
Bibliographie
[1] Andrenelli, A. et al. (2023), International Trade in the Wake of Multiple Shocks: OECD Global Trade Monitor.
[9] Banga, R. (2013), Measuring value in global value chains, CNUCED.
[2] Crowe, D. et Ł. Rawdanowicz (2023), « Risks and opportunities of reshaping global value chains », Documents de travail du Département des affaires économiques de l’OCDE, n° 1762, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/f758afe8-en.
[4] Jaax, A., S. Miroudot et E. Van Lieshout (2023), Deglobalisation? The Reorganisation of Global Value Chains in a Changing World Deglobalisation? The Reorganisation of GVCs in a Changing World.
[10] Kano, L., E. Tsang et H. Yeung (2020), Global value chains: A review of the multi-disciplinary literature, Palgrave Macmillan, https://doi.org/10.1057/s41267-020-00304-2.
[7] Mourougane, A. et al. (2023), « Nowcasting trade in value added indicators », OECD Statistics Working Papers, n° 2023/03, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/00f8aff7-en.
[5] OCDE (2025), Examen de l’OCDE sur la résilience des chaînes d’approvisionnement : Naviguer face aux risques, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/efc0e1c0-fr.
[8] OCDE (2025), The OECD-WTO Balanced Trade in Services Database (BaTIS), Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/c321a7a7-en.
[6] OMC, U. (2025), Recent Developments in Global Value Chains: Rewiring GVCs in a Changing Global Economy, OMC, UIBE, BAsD, ID-JETRO, WEF.
[3] Schwellnus, C., A. Haramboure et L. Samek (2023), « Policies to strengthen the resilience of global value chains: Empirical evidence from the COVID-19 shock », OECD Science, Technology and Industry Policy Papers, n° 141, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/fd82abd4-en.
Personne à contacter
Tom Arend (Direction des statistiques et des données, Division des statistiques du commerce et de la productivité) : tom.arend@oecd.org.