23. L’évolution du conflit au Moyen-Orient est très incertaine et fait peser des risques considérables sur les projections de référence. À en juger par les anticipations de recul des prix de l’énergie sur les marchés à terme, qui sont utilisées pour ces projections, les perturbations actuelles devraient s’atténuer progressivement et être limitées en 2027. Une fermeture prolongée des installations de production de pétrole et de gaz dans la région, accompagnée de dégâts sur des infrastructures critiques, ou des perturbations persistantes des exportations via le détroit d’Ormuz auraient probablement des conséquences négatives plus importantes que ce qui est actuellement anticipé par les marchés mondiaux. Les perturbations potentielles des approvisionnements pourraient être exacerbées par le niveau actuel relativement bas des réserves européennes de gaz, et par les difficultés à exporter la grande majorité des capacités mondiales de production de pétrole brut inutilisées, principalement située en Arabie saoudite. Outre une nouvelle flambée des cours, des pénuries d’énergie pourraient peser sur les activités de production de certaines économies, en particulier des importateurs nets d’énergie. Les importations nettes d’énergie représentent généralement plus de 80 % de la consommation intérieure d’énergie dans certains pays d’Asie qui sont également fortement tributaires du Moyen-Orient pour leurs importations d’énergie, notamment au Japon et en Corée.
24. De nouvelles perturbations des échanges dans le golfe Persique pourraient aussi avoir des effets négatifs sur un plus large éventail de produits dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ainsi, les contraintes persistantes qui limitent les approvisionnements en engrais pourraient accroître les prix mondiaux des produits alimentaires, ce qui pourrait avoir des répercussions potentiellement importantes pour les finances des ménages et les anticipations d’inflation. En outre, une réduction de l’offre de soufre, d’hélium ou d’aluminium pourrait entraver la production de divers secteurs. À l’inverse, une désescalade des hostilités plus rapide que prévu pourrait se traduire par un repli brutal des prix au comptant des matières premières, limitant l’effet de freinage induit sur la croissance mondiale et entraînant des baisses rapides de l’inflation globale.
25. Des scénarios illustratifs fondés sur le modèle économétrique mondial de l’Institut national de recherche économique et sociale du Royaume-Uni (NiGEM) mettent en évidence la sensibilité potentielle de la croissance et de l’inflation à deux des nombreuses trajectoires d’évolution envisageables pour les prix de l’énergie au cours de l’année prochaine.
Un scénario défavorable permet d’analyser l’effet qu’aurait une forte hausse inattendue des prix de l’énergie par rapport au niveau retenu comme hypothèse dans les projections de référence, les prix du pétrole s’établissant en moyenne à 135 USD le baril au deuxième trimestre de 2026 et les prix du gaz naturel sur le marché néerlandais (TTF, Title Transfer Facility) à 77 EUR/MWh. Il est supposé qu’ils diminuent ensuite, mais demeurent nettement au-dessus de la trajectoire de référence des prix. Par rapport aux projections de référence, les prix du pétrole et du gaz sont supérieurs de 26 % et 17 % en moyenne la première année du choc, et de 15 % environ la deuxième année. On pose également l’hypothèse que les conditions financières mondiales se durcissent dans ce scénario, en raison d’une réévaluation des risques consécutive au choc, ce qui se traduit par une augmentation des primes de risque sur les investissements qui accentue les mouvements de baisse des cours des actions mis en évidence par modélisation. Ce dernier choc affaiblit la demande du secteur privé, ce qui atténue dans une certaine mesure les tensions exercées sur les prix par le renchérissement de l’énergie.
Dans un autre scénario, favorable, les répercussions d’une fin plus rapide que prévu du conflit actuel au Moyen-Orient sont examinées, avec un retour des prix de l’énergie vers leurs niveaux d’avant le conflit en quelques mois. Cela implique que les prix du pétrole et du gaz sont inférieurs de 20 % environ à leur niveau dans le scénario de référence en moyenne la première année du choc.
Les prix mondiaux des engrais sont supposés évoluer conformément aux chocs sur les prix du gaz simulés dans chacun des deux scénarios.
26. Dans le scénario défavorable, la production mondiale diminue de 0.5 % environ d’ici la deuxième année suivant le choc (graphique 11, partie A), le fléchissement des revenus réels et le durcissement des conditions financières pesant sur les dépenses de consommation et l’investissement. De nombreuses économies de la région Asie-Pacifique sont particulièrement affectées, ce qui reflète l’importance des importations d’énergie pour nombre d’entre elles. Les économies avancées sont également assez durement touchées par le choc financier, en partie en raison de leur plus grande sensibilité aux conditions financières. Les effets induits sur la production sont relativement limités dans les économies non membres de l’OCDE, mais cela résulte de la conjonction de phénomènes contrastés, dans la mesure où la production des économies importatrices d’énergie est sensiblement affectée, tandis qu’une amélioration des termes de l’échange renforce la production dans de nombreuses économies exportatrices d’énergie. À l’échelle mondiale, le niveau des prix à la consommation augmente de 0.9 % environ d’ici la deuxième année suivant le choc (graphique 11, partie B), les effets les plus sensibles étant observés dans les économies de marché émergentes et en développement. Cela reflète l’intensité énergétique plus élevée de ces pays ainsi que leur sensibilité plus forte à la hausse des prix des produits alimentaires, liée à la répercussion du renchérissement du coût des engrais. À court terme, les autorités monétaires procèdent initialement à des hausses des taux d’intérêt directeurs comprises dans une fourchette de 25 à 50 points de base dans de nombreuses économies, afin de garantir que les anticipations d’inflation restent ancrées, sachant que les anticipations d’inflation à court terme du secteur privé sont relativement sensibles aux variations des cours du pétrole, toutefois ces hausses de taux sont de courte durée, compte tenu de l’intensification des effets à la baisse exercés sur la production. Il est supposé que les gouvernements laissent jouer les stabilisateurs budgétaires automatiques pour amortir l’impact du choc, mais qu’ils n’adoptent par ailleurs aucune mesure discrétionnaire d’aide budgétaire en faveur des ménages pour compenser l’augmentation des coûts énergétiques. Un tel soutien contribuerait à soutenir les revenus réels des ménages, mais alourdirait encore davantage la charge de la dette déjà croissante dans de nombreux pays. Ce scénario n’intègre pas d’éventuelles réductions forcées de la consommation d’énergie par les entreprises en raison de graves pénuries d’énergie. Si de telles pénuries survenaient, les effets négatifs induits sur la croissance seraient plus importants à court terme.