Les bâtiments représentent environ 34 % des émissions mondiales de CO2 liées à l'énergie, tout en constituant l'une des classes d'actifs les plus vulnérables aux risques liés au climat. Avec un parc immobilier évalué à 111 000 milliards USD dans les seuls pays de l'OCDE, le secteur immobilier est au cœur des enjeux d'atténuation et d'adaptation au changement climatique.
Ce rapport s'inscrit dans le cadre du Programme de l'OCDE sur la décarbonation des bâtiments dans les villes et les régions (OECD Programme on Decarbonising Buildings in Cities and Regions). Depuis sa création, ce programme a exploré de nombreuses thématiques importantes. La première phase a examiné le rôle déterminant des villes et des régions dans l’accélération de la décarbonation des bâtiments dans un cadre de gouvernance pluri-niveaux. La deuxième phase a approfondi cette dimension à travers des applications concrètes, avec une étude de cas consacrée aux Pays-Bas illustrant la manière dont les gouvernements nationaux et infranationaux peuvent ensemble accélérer la rénovation de l’habitat. La troisième phase a élargi la perspective, passant du carbone opérationnel, qui désigne les émissions générées pendant l'utilisation des bâtiments (liées au chauffage, à la climatisation ou à l'éclairage par exemple), pour s’intéresser au carbone sur l'ensemble du cycle de vie, qui comprend également les émissions intrinsèques liées à l'extraction des matériaux, à la construction, à la rénovation et à la démolition. Ce changement de perspective a mis en évidence la nécessité de traiter les émissions liées à la construction et à la fin de vie des bâtiments, en complément de la performance énergétique.
Ce rapport marque le début d'une nouvelle phase, élargissant l’analyse au-delà des bâtiments vers le secteur immobilier dans son ensemble. Il démontre que l’atteinte des objectifs de décarbonation et de résilience requiert une action coordonnée non seulement de la part des gouvernements, mais aussi des investisseurs, des banques, des assureurs, des promoteurs immobiliers et des ménages. Le rapport examine ainsi la manière dont les risques liés au climat sont évalués, quantifiés et gérés au sein de l'écosystème immobilier, et comment les politiques peuvent concilier les investissements privés et les objectifs climatiques publics de manière stratégique tout en favorisant un meilleur fonctionnement du marché immobilier.
Le rapport s'appuie sur l’élan donné par la Déclaration de Chaillot sur les bâtiments et le climat, adoptée par plus de 60 pays lors du Forum Mondial Bâtiments et Climat de Paris en mars 2024. Cette déclaration a souligné l’urgence de réorienter les flux d'investissement actuellement dirigés vers des bâtiments à forte intensité carbone et à haut risque vers des actifs résilients au changement climatique et à émissions quasi nulles.
Dans ce contexte, l'OCDE a lancé le projet sur les investissements immobiliers à l'épreuve du temps (Future-proofing Real Estate Investment), soutenu par le groupe de travail de l'OCDE sur les investissements immobiliers pérennes (OECD Future-proof Real Estate Task Force). Cette initiative collaborative a réuni des régulateurs, des investisseurs, des banques, des assureurs, des spécialistes des risques liés au climat, des promoteurs immobiliers et des organisations internationales afin de partager des données probantes, d'identifier les obstacles et de proposer des solutions à la gestion des risques liés au climat dans le secteur immobilier. Ce rapport synthétise ces contributions dans une analyse structurée des risques liés au climat dans l'immobilier et propose une feuille de route comprenant des recommandations en matière de politiques publiques à l'intention des gouvernements, des marchés et des collectivités.
Il vise à aider les décideurs publics et les acteurs du marché à aligner les décisions d'investissement sur les impératifs de décarbonation et de résilience, afin de garantir un environnement bâti non seulement durable, mais aussi véritablement adapté aux défis futurs.