- Les marchés du travail font preuve de résilience mais montrent des premiers signes de ralentissement
- Les salaires réels sont en hausse mais ont encore du retard à rattraper
- Contrer les effets du vieillissement sur la croissance
- Les politiques du marché du travail doivent évoluer afin d’aider les travailleurs à rester plus longtemps en emploi
Table des matières
Ces notes pays donnent un aperçu de la situation du marché du travail dans chaque pays en s’appuyant sur les données des Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2025. Cette édition met en lumière la façon dont le vieillissement de la population et en particulier de la population active va affecter le marché du travail et les emplois.
Les marchés du travail font preuve de résilience mais montrent des premiers signes de ralentissement
Copier le lien de Les marchés du travail font preuve de résilience mais montrent des premiers signes de ralentissementLe taux de chômage de l’OCDE se maintient à 4.9 % en mai 2025, soit le même niveau qu’il y a un an. Toutefois, des signes de ralentissement apparaissent, avec une décélération de la croissance de l’emploi, et des tensions sur le marché du travail qui retombent aux niveaux d’avant la crise de COVID‑19 dans de nombreux pays.
En France, le taux de chômage est resté stable autour de 7.3‑7,4 % au cours de l’année écoulée, jusqu’en avril-mai 2025, où il est tombé à 7.1 %. Ce taux reste à un niveau historiquement bas, mais supérieur de 2.2 points de pourcentage au taux de chômage de l’OCDE. À 69.3 % au premier trimestre 2025, le taux d’emploi de la population en âge de travailler a atteint un niveau record, soit 0.6 point de pourcentage de plus qu’un an auparavant. Ce taux reste toutefois inférieur à la moyenne de l’OCDE, qui est de 72.1 %.
Selon les projections de l’OCDE, la croissance du PIB devrait ralentir de 1.1 % en 2023‑24 à 0.6 % en 2025 en raison de l’incertitude accrue des politiques économiques, avant de repartir progressivement pour atteindre 0.9 % en 2026. En conséquence, le taux de chômage devrait augmenter pour atteindre 7.8 % à la fin de l’année 2025, avant de retomber à 7.4 % fin 2026.
Dans de nombreux pays de l’OCDE, les tensions sur le marché du travail ont retrouvé leur niveau d’avant la crise du COVID‑19, tout comme l’efficacité de l’appariement entre les employeurs et les demandeurs d’emploi. Cependant, les marchés du travail restent tendus pour un certain nombre de raisons structurelles. En France, les tensions sur le marché du travail (mesurées par le nombre de postes vacants par chômeur) demeurent supérieures de 22 % aux niveaux d’avant crise.
En avril 2025, la France a introduit une nouvelle réforme de son système d’indemnisation du chômage, qui concerne notamment les demandeurs d’emploi âgés. L’âge minimal pour bénéficier d’une prolongation de 25 % (respectivement 20 %) de la durée potentielle d’indemnisation a été relevé de 53 à 55 ans (respectivement 55 à 57 ans), tandis que le seuil d’exemption de la réduction de 30 % de l’indemnisation après sept mois de chômage a été abaissé de 57 à 55 ans. En outre, l’âge minimum auquel la durée d’indemnisation peut être prolongée jusqu’à ce que le demandeur d’emploi ait droit à une retraite complète a été porté de 62 à 64 ans. Cette mesure est cohérente avec la récente réforme des retraites qui a porté à 64 ans l’âge légal de la retraite, c’est-à-dire l’âge minimum auquel les individus peuvent prétendre à leur retraite.
Les salaires réels sont en hausse mais ont encore du retard à rattraper
Copier le lien de Les salaires réels sont en hausse mais ont encore du retard à rattraperLes salaires réels augmentent dans pratiquement tous les pays de l’OCDE, mais dans la moitié d’entre eux, ils sont encore inférieurs aux niveaux de début 2021 – juste avant la poussée inflationniste qui a suivi la pandémie.
Les salaires réels en France ont presque rattrapé leurs niveaux de début 2021 – au premier trimestre 2025, ils n’étaient inférieurs que de 1 % à leur niveau du premier trimestre 2021 (voir graphique ci-dessous). En France, les salaires réels n’ont pas beaucoup baissé pendant la poussée inflationniste, comme cela a été le cas dans de nombreux pays voisins (par exemple, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne et l’Italie), grâce à une inflation relativement contenue et à des renégociations salariales dynamiques. Toutefois, à 0.7 %, la croissance annuelle des salaires réels reste faible – le taux de croissance moyen parmi les 37 pays de l’OCDE pour lesquels des données sont disponibles est de 2.5 %.
L’indexation automatique du SMIC a contribué à sauvegarder le pouvoir d’achat des bas salaires : le salaire minimum réel était 0.6 % plus élevé en avril 2025 qu’en janvier 2021. Cette évolution peut être mise en relation avec la compression significative de la distribution des salaires au bas de l’échelle depuis la crise du COVID‑19. Le salaire minimum en France représente 62 % du salaire médian, soit l’un des niveaux les plus élevés de l’OCDE.
Contrer les effets du vieillissement sur la croissance
Copier le lien de Contrer les effets du vieillissement sur la croissancePartout dans le monde, les gens vivent plus longtemps et en meilleure santé que jamais auparavant. Cette réussite remarquable s’est accompagnée d’une baisse de la fécondité, ce qui a entraîné d’importants changements démographiques. Le nombre de personnes âgées par personne en âge de travailler augmentera de 67 % d’ici 2060 dans l’ensemble de l’OCDE. Sans changement politique, la part des personnes qui travaillent dans la population diminuera, ce qui ralentira la croissance annuelle du PIB par habitant de 0.4 point de pourcentage.
Pour la France, le ratio emploi/population diminuera de 2.08 points de pourcentage. En supposant que la croissance de la productivité reste constante – au niveau de la période 2006‑19 – cela implique que le PIB par habitant augmentera à un taux annuel de 0.48 %, contre 0.72 % pour la période 2006‑19. Au cours de la même période, selon les prévisions de référence le nombre de personnes âgées dépendantes par individu en âge de travailler passera de 0.39 à 0.52 entre 2023 et 2060.
L’augmentation du nombre d’emplois pour les travailleurs âgés et la promotion de l’égalité femmes / hommes au travail pourraient stabiliser les ratios emploi/population de la plupart des pays de l’OCDE. Toutefois, la croissance du PIB par habitant continuera de ralentir dans de nombreux pays. Outre la mobilisation des talents inexploités, il sera également important de stimuler la croissance de la productivité pour maintenir un niveau de croissance proche des niveaux antérieurs.
En mobilisant les talents inexploités – en réduisant de deux tiers l’écart entre les genres en matière d’emploi et, surtout, en activant les travailleurs âgés en bonne santé ainsi qu’en encourageant les migrations régulières – la France peut porter la croissance annuelle du PIB par habitant à 0.86 %, se rapprochant ainsi du taux de croissance moyen de 1.04 % observé dans l’OCDE au cours de la période 2006‑19 (voir le graphique ci-dessous). La France peut augmenter la croissance économique au-delà de cette référence – jusqu’à 1.28 % – si, en outre, la croissance de la productivité atteint la moitié de la médiane des pays de l’OCDE pour la période 1991‑2000. Ainsi, la France peut effectivement limiter le frein à la croissance que représente la transition démographique.
Les politiques du marché du travail doivent évoluer afin d’aider les travailleurs à rester plus longtemps en emploi
Copier le lien de Les politiques du marché du travail doivent évoluer afin d’aider les travailleurs à rester plus longtemps en emploiDans la plupart des pays, l’emploi des hommes et des femmes diminue fortement après 60 ans. La promotion de l’apprentissage tout au long de la vie, de lieux de travail sains, de retraites flexibles et de pratiques patronales inclusives est essentielle pour renforcer l’employabilité des travailleurs âgés et prolonger leur vie professionnelle.
Les taux d’emploi des travailleurs en fin de carrière ont augmenté de manière significative dans les pays de l’OCDE au cours des deux dernières décennies (2000‑24). En France, suite aux réformes successives des retraites, le taux d’emploi a augmenté de 28.9 points de pourcentage pour les 55‑59 ans, soit plus du double de la moyenne de l’OCDE (14.1 points de pourcentage), et de 31.9 points de pourcentage pour les 60‑64 ans (contre 21.1 points de pourcentage en moyenne dans l’OCDE). Néanmoins, à 42.4 % en 2024, le taux d’emploi des 60‑64 ans reste bien inférieur à la moyenne de l’OCDE (55.9 %) (voir graphique ci-dessous).
Les réformes des retraites doivent s’accompagner d’efforts visant à stimuler la demande de travail et à garantir que les travailleurs restent employables tout au long de leur vie, y compris en fin de carrière. Dans de nombreux pays, l’âge moyen de sortie du marché du travail reste inférieur à l’âge normal de la retraite. C’est notamment le cas en France, où l’écart est de 2.6 ans pour les femmes et de 4.1 ans pour les hommes. Les possibilités de combiner travail et retraite peuvent faciliter une retraite progressive. Toutefois, la proportion de travailleurs âgés qui continuent à travailler tout en percevant une retraite est relativement faible dans les pays de l’OCDE pour lesquels des données sont disponibles. En France, seuls 10.9 % des travailleurs âgés de 50 à 69 ans continuent à travailler lorsqu’ils perçoivent leur première pension de retraite, ce qui est plus de deux fois inférieur à la moyenne de 22.4 % parmi les 24 pays européens de l’OCDE.
En 2023, la France a adopté une importante réforme des retraites qui relève progressivement l’âge légal de la retraite, c’est-à-dire l’âge minimum auquel les individus peuvent prétendre à une retraite, de 62 à 64 ans d’ici 2030 et accélère le passage à la condition de 43 années de cotisation pour bénéficier d’une retraite complète, de 2035 à 2027. Un nouveau projet de loi discuté au parlement, basé sur un accord national entre les partenaires sociaux, prévoit de faciliter l’accès à la retraite partielle, en commençant 4 ans avant l’âge du taux plein, contre 2 ans actuellement.
En France, la formation des adultes est particulièrement faible chez les travailleurs âgés. 21.7 % des travailleurs âgés de 55 à 65 ans ont participé à un apprentissage non formel en 2022, soit environ la moitié de ceux âgés de 25 à 54 ans (40.6 %).
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Stéphane CARCILLO (✉ stephane.carcillo@oecd.org)
Alexandre GEORGIEFF (✉ alexandre.georgieff@oecd.org)
Cet ouvrage est publié sous la responsabilité du Secrétaire général de l'OCDE. Les opinions exprimées et les arguments utilisés ici ne reflètent pas nécessairement les vues officielles des pays membres de l'OCDE.
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L'ouvrage complet est disponible en anglais : OCDE (2025), Perspectives de l'emploi de l'OCDE 2025 : Pouvons-nous surmonter la crise démographique ?, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/194a947b-en.
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