Perspectives économiques de l'OCDE, Volume 2024 Numéro 2 : Égypte
Table des matières
La croissance devrait s’établir aux alentours de 3.7 % au titre de l’exercice budgétaire en cours, avant de monter à 5.0 % et 5.2 % sur les exercices 2025/26 et 2026/27, respectivement. La demande intérieure, dans un premier temps freinée par des mesures restrictives, marquera une accélération à mesure que les tensions inflationnistes s’atténueront et que certains grands projets d’investissement seront déployés. Malgré un environnement géopolitique toujours défavorable, la croissance des exportations sera soutenue par le redressement de la production de gaz et de pétrole et par les gains de compétitivité résultant de la dépréciation du taux de change.
Il importe de consolider la stabilité économique et de mener des réformes structurelles favorisant la croissance, ce qui suppose de maintenir une politique monétaire restrictive jusqu’à ce que l’inflation se rapproche de l’objectif ainsi que de réduire la dette publique. Rationaliser l’investissement et les aides publics, accélérer les privatisations, lever les barrières d’ordre réglementaire et fiscal auxquels se heurtent les entreprises privées et éliminer les obstacles à la participation des femmes au marché du travail sont autant de mesures qui contribueraient à jeter les bases d’une croissance solide et durable.
La croissance a ralenti, mais les conditions de la reprise se mettent en place
Copier le lien de La croissance a ralenti, mais les conditions de la reprise se mettent en placeLa croissance est tombée à 2.4 % en cours de l’exercice 2023/24 sur fond d’inflation élevée, quoiqu’en baisse. Le repli des exportations de gaz et de pétrole et la chute des recettes tirées du trafic dans le canal de Suez qu’entraîne le conflit au Moyen-Orient ont lourdement grevé l’activité. L’inflation mesurée par les prix à la consommation s’est établie à 26.3 % en glissement annuel en octobre et continue de peser sur la demande intérieure. Malgré le fléchissement de la hausse des prix des produits alimentaires, la désinflation marque le pas depuis le début de l’été en raison de l’augmentation des prix réglementés de l’énergie et des transports publics liée à la réduction des aides budgétaires accordées à ces secteurs. De nouvelles hausses de prix réglementés de l’énergie sont attendues avant la fin 2024.
La mise en œuvre de réformes de grande ampleur en accord avec le FMI et les entrées massives de devises depuis mars 2024 ont permis de maintenir le taux de change à un niveau à peu près stable et de supprimer peu à peu les restrictions à l’importation. Les difficultés de production dans les secteurs gazier et pétrolier sont en voie d’être résolues grâce au règlement progressif des arriérés de paiement vis-à-vis des entreprises étrangères exploitant les gisements. En plus des prêts accordés par le FMI, des accords de soutien financier ont été signés avec l’Union européenne, la Banque mondiale et la Banque européenne de développement. En outre, l’emploi se redresse dans le secteur privé non pétrolier dans un contexte de hausse de la demande extérieure, au diapason de la confiance des entreprises dans l’évolution de leurs activités dans les mois à venir alors que leur compétitivité-coûts s’est améliorée.
Égypte
Copier le lien de Égypte
1. L’inflation sur les articles réglementés correspond à l’inflation en milieu urbain calculée par la banque centrale. Les autres mesures de l’inflation sont établies à l’échelle nationale.
Source : CEIC ; et OCDE, base de données des comptes nationaux.
Égypte : demande, production et prix
Copier le lien de Égypte : demande, production et prixDes politiques macroéconomiques restrictives restent nécessaires
Copier le lien de Des politiques macroéconomiques restrictives restent nécessairesLa banque centrale a maintenu son principal taux directeur inchangé, à 27.75 %, depuis l’unification du régime de change en mars 2024. Dans le même temps, le taux de change vis-à-vis du dollar des États-Unis s’est stabilisé entre 48 et 50 livres égyptiennes, ce qui correspond à une perte de valeur d’environ 37 %. La poursuite d'une désinflation conformément aux objectifs de la banque centrale nécessite une orientation restrictive de la politique monétaire. Les recettes exceptionnelles, équivalant à près de 4 % du PIB, générées par la cession des droits d’exploitation du site touristique de Ras el-Hekma ont contribué à ramener le déficit budgétaire à 3.6 % au titre de l’exercice 2023/24. En 2024/25 ce déficit devrait augmenter à 7.6% du PIB, soit un peu plus que l’objectif de 7.3% du gouvernement, qui table sur un excédent primaire de 3.5% du PIB et s’appuie sur une projection de croissance de 4.2%. Cet objectif repose sur un accroissement des recettes, passant par la modernisation et la simplification du système fiscal, en particulier pour les PME, et par l’amélioration des incitations à l’intégration des entreprises du secteur informel dans l’économie formelle. Ces mesures, qui favorisent la croissance du secteur privé, s’accompagnent de projets de privatisation d’un montant équivalent à 0.6 % du PIB.
L’activité va progressivement se renforcer
Copier le lien de L’activité va progressivement se renforcerLa croissance devrait rebondir au cours des deux prochaines années tandis que la désinflation bénéficiera, à partir du début de 2025, d’effets de base favorables. L’assouplissement progressif des taux d’intérêt et le regain de dynamisme des investissements lié à la construction du site touristique de Ras el-Hekma devraient alors favoriser un raffermissement de la demande intérieure. L’augmentation de la production de gaz et de pétrole et l’affaiblissement de la livre auront un effet positif sur les exportations. Cette amélioration de la croissance économique devrait s’accompagner d’une nouvelle baisse du chômage. Une aggravation des tensions géopolitiques compromettrait cette reprise. À l’inverse, un apaisement des tensions dans la région stimulerait les exportations à la faveur d’une reprise du trafic dans le canal de Suez. La croissance bénéficierait également d’une intensification de l’investissement direct étranger si des réformes propices au développement du secteur privé étaient mises en œuvre avec détermination.
Les réformes doivent être intensifiées pour libérer l’activité du secteur privé
Copier le lien de Les réformes doivent être intensifiées pour libérer l’activité du secteur privéLa stabilisation économique en cours doit s'accompagner d'efforts supplémentaires pour promouvoir le développement du secteur privé. Il s’agit notamment de mener une politique de privatisation plus ambitieuse et de continuer à éliminer les distorsions fiscales favorisant les entreprises publiques. Pour être efficace et durable, la rationalisation des investissements publics ne doit pas seulement reposer sur un plafonnement des investissements, mais aussi sur une sélection rigoureuse des projets d’infrastructure. Il y a également lieu de s’attacher à remplacer les aides généralisées par des aides sociales ciblant les plus vulnérables. Il est en outre important d’encourager l’activité féminine pour renforcer la croissance en accélérant la création de crèches et en promouvant des modes d’organisation du travail flexibles qui permettent aux femmes de concilier responsabilités professionnelles et familiales.