L'aide publique au développement (APD) nette des pays membres du Comité d'aide au développement (CAD) devrait encore baisser de 6,9 % en 2026, en raison des coupes budgétaires opérées par les principaux fournisseurs. C'est le secteur de la santé qui subit les coupes les plus importantes, l'aide dans ce domaine tombant à son plus bas niveau depuis près de deux décennies. Alors que le monde est confronté à des crises sanitaires de plus en plus fréquentes et généralisées, cette diminution de l'aide destinée à la santé risque d'avoir de vastes répercussions à l'échelle mondiale.
L’APD bilatérale en faveur de la santé devrait encore reculer, pour atteindre son niveau le plus bas depuis près de deux décennies
L’APD bilatérale nette des pays du CAD consacrée à la santé et politique en matière de population (ci-après « santé ») en 2024 représentait le troisième secteur en volume (17,6 milliards de dollars) après l’aide humanitaire et l’aide aux pouvoirs publics et à la société civile.
L’APD en faveur de la santé devrait baisser de 29 à 46 % entre 2024 et 2026, ce qui équivaut à une réduction de 5 à 8 milliards de dollars. Non seulement ce chiffre est inférieur de 63 % au pic atteint en 2022 en raison de la COVID-19, mais il ramène l’aide à des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis 2008. Cette baisse devrait se poursuivre au-delà de 2026, les principaux fournisseurs continuant à mettre en œuvre des réductions pluriannuelles prévues au moins jusqu’en 2028.
Les contributions aux organisations multilatérales, qui sont des acteurs clés de l’architecture sanitaire mondiale, devraient encore baisser de 3,4 % en 2026. Il s’agit de la troisième année consécutive de baisse et de la deuxième plus longue période de recul de l’histoire de l’APD multilatérale.
Les réductions se concentrent dans les régions qui dépendent le plus de l’aide pour la santé
Les pays d’Afrique subsaharienne, notamment le Malawi, le Soudan du Sud, le Mozambique, le Lesotho et l’Ouganda, dépendent fortement des financements extérieurs pour soutenir leurs systèmes de santé. Alors que des fournisseurs de premier plan, en particulier ceux du G7, devraient réduire drastiquement leur APD, ces pays disposent d’une marge de manœuvre budgétaire limitée pour absorber ces coupes, ce qui pourrait avoir des répercussions dramatiques sur la santé publique.
La santé reproductive et la lutte contre les maladies infectieuses sont les plus durement touchées par les réductions de l’APD
Au sein du secteur de la santé, la santé reproductive et la santé des populations, y compris la lutte contre le VIH/sida et d’autres maladies sexuellement transmissibles, subissent les coupes les plus importantes en termes de volume. Ces coupes sont plus de dix fois supérieures à celles du secteur le plus touché après celui-ci (la santé générale). Elles risquent d’avoir un impact disproportionné sur les femmes.
Le financement de la lutte contre les maladies transmissibles, notamment le paludisme et la tuberculose, subit les baisses les plus importantes en pourcentage (respectivement 60 % et 57 %). Alors que les épidémies de maladies infectieuses deviennent plus fréquentes et plus étendues, ces baisses spectaculaires soulèvent des doutes quant à la capacité des pays receveurs à faire face aux futures crises sanitaires.
La réduction de l’aide à la santé affaiblit également la sécurité sanitaire mondiale
Le financement de la préparation, de la prévention et de la réponse aux pandémies (PPR) est essentiel pour faire face aux épidémies et minimiser les perturbations des services de santé essentiels pendant celles-ci. Les dépenses consacrées à la PPR par habitant étaient plus de 30 fois inférieures dans les pays à faible revenu (PFR), où les risques sont les plus élevés, que dans les économies avancées. Près de 80 % du financement de la PPR pour les PFR provient de sources externes, notamment de l’aide publique au développement (APD).
Le risque est particulièrement aigu là où les épidémies sont fréquentes. En République démocratique du Congo et en Ouganda, qui sont confrontés à une épidémie d’Ebola en cours, l’aide sanitaire devrait baisser respectivement de 46,6 % et 53,5 %. Comme le montrent les récentes épidémies, la solidité du système de santé mondial dépend de son maillon le plus faible. Cette réduction drastique de l’aide sanitaire devrait donc susciter de vives inquiétudes quant à l’état du système de santé mondial dans son ensemble.