Un cabinet d’architecture remporte un contrat pour concevoir un aéroport à l’étranger. Des ingénieurs, des spécialistes des logiciels et des conseillers juridiques contribuent à sa réalisation. Certains travaillent localement. D’autres interviennent depuis l’étranger. À mesure que le contrat se développe, l’emploi progresse, non seulement au sein de l’entreprise, mais aussi chez ses fournisseurs et dans l’ensemble de l’économie locale.
C’est de plus en plus à cela que ressemble le commerce des services.
Dans les économies de l’OCDE, trois travailleurs sur quatre sont employés dans les services, mais les débats sur le commerce et l’emploi restent largement centrés sur l’industrie manufacturière. De nouveaux résultats de l’OCDE indiquent qu’une grande partie des ajustements actuels des marchés du travail se produit ailleurs. La numérisation rend davantage de services échangeables au-delà des frontières, et ses effets s’étendent bien au-delà des entreprises directement concernées. De nombreux services autrefois considérés comme locaux peuvent désormais être fournis à l’international en quelques clics. L’importance de cette évolution ne tient pas seulement au nombre d’emplois qu’elle crée, mais aussi aux types d’emplois qu’elle soutient et aux personnes qui peuvent y accéder. Ces questions occupent désormais une place centrale dans les débats internationaux sur le commerce, notamment dans le cadre du Forum public de l’OMC de cette année, qui mettra en lumière le rôle croissant des services dans la création d’emplois, les opportunités économiques et l’autonomisation.
Les services sont de plus en plus au cœur de la mondialisation
Le commerce des services prend différentes formes. Les entreprises peuvent fournir directement des services au-delà des frontières, créer des filiales à l’étranger ou fournir des services à travers le déplacement de clients ou de travailleurs. La présente analyse porte sur les services fournis au-delà des frontières, notamment dans des activités telles que les logiciels, l’ingénierie, la finance, le conseil et le design.
La numérisation a facilité la fourniture à distance de nombreux services, élargissant les possibilités pour les entreprises d’atteindre une clientèle internationale et de collaborer au-delà des frontières.
Il en résulte une transformation discrète mais profonde de l’économie mondiale. Les entreprises peuvent de plus en plus accéder à des compétences hautement spécialisées et servir des marchés internationaux sans être physiquement présentes dans chaque lieu où elles exercent leurs activités.
Les services ne se contentent plus d’accompagner la production : ils en constituent un fondement essentiel. De l’industrie manufacturière aux services aux entreprises, les chaînes d’approvisionnement modernes reposent de plus en plus sur des tâches intensives en connaissances. Le commerce des services devient ainsi un moteur de plus en plus important de la croissance et de l’emploi.
Les services importés créent aussi des emplois
Les exportations sont faciles à identifier, mais les bénéfices des importations sont souvent moins visibles.
Lorsque les entreprises développent leurs exportations de services, l’emploi tend à augmenter. L’analyse de l’OCDE montre qu’une hausse de 10 % des exportations de services est associée à une augmentation de 0,5 % de l’emploi au niveau sectoriel.
Mais les exportations n'expliquent pas tout.
Les services importés peuvent eux aussi constituer un puissant moteur de création d’emplois. Les entreprises dépendent de plus en plus d’intrants spécialisés, qu’il s’agisse de logiciels, de services d’ingénierie, de services financiers ou d’expertise juridique. L’accès à ces services peut accroître la productivité, soutenir l’expansion des activités et stimuler la demande de main-d’œuvre dans d’autres étapes du processus de production.
Une augmentation de 10 % des intrants de services importés est associée à des gains d’emploi compris entre 1 % et 2 %, en particulier dans l’industrie manufacturière et d’autres secteurs hors services.
Le projet d’aéroport illustre bien ce mécanisme. Les services importés d’ingénierie, de conseil juridique ou de technologies numériques peuvent remplacer certaines tâches. Ils peuvent également rendre viables des projets qui, autrement, ne pourraient pas voir le jour. L’accès à une expertise spécialisée peut permettre aux entreprises de mener à bien des projets de plus grande envergure ou plus complexes, créant ainsi une demande pour les ouvriers du bâtiment, les fournisseurs d’équipements, les services de transport et d’autres entreprises locales.
Les importations ne sont pas seulement une source de concurrence. Elles peuvent aussi être une source de croissance.
Les emplois créés par le commerce des services se diffusent dans les économies locales
Les bénéfices des services ne s’arrêtent pas aux entreprises qui les commercialisent.
À mesure que les entreprises connectées aux marchés internationaux se développent, la demande se diffuse dans l’ensemble de l’économie locale. Les salariés dépensent davantage dans les commerces, les cafés et les restaurants. Les entreprises achètent davantage de services de soutien. Cette nouvelle activité génère à son tour des emplois dans des secteurs peu directement exposés aux marchés étrangers.
Les effets peuvent être considérables.
Selon les données de l’OCDE, au Brésil, en France et aux États-Unis, chaque emploi supplémentaire dans les services échangeables génère entre 0,6 et 1,6 emploi supplémentaire dans les secteurs locaux de services non échangeables.
Ce constat met en lumière une caractéristique souvent négligée du commerce des services. Ses effets sur l’emploi ne se limitent pas aux activités directement échangées, mais se propagent dans les économies locales par l’intermédiaire des réseaux de fournisseurs et des dépenses de consommation.
Le commerce des services transforme les parcours professionnels, la mobilité de l’emploi et les bénéficiaires de la croissance
La création d’emplois n’est toutefois qu’une des dimensions par lesquelles le commerce des services affecte les travailleurs.
À mesure que les secteurs sont davantage exposés au commerce international, leurs travailleurs ont tendance à changer d’emploi plus fréquemment. Toutefois, rien n’indique qu’une exposition accrue au commerce se traduise par un chômage plus élevé, une hausse du travail temporaire ou un affaiblissement du lien avec le marché du travail.
Cela témoigne d’un dynamisme accru plutôt que d’une plus grande précarité.
L’exposition au commerce est également associée à une évolution en faveur des entreprises de plus grande taille, souvent mieux placées pour être compétitives à l’international. Pour les travailleurs, cela peut signifier un meilleur accès à la formation, à l’évolution professionnelle et aux réseaux professionnels.
Les bénéfices semblent également plus larges qu’on ne le pense souvent. Les femmes et les jeunes travailleurs sont davantage représentés dans certains secteurs exposés au commerce à mesure que l’activité internationale se développe, ce qui suggère que les opportunités créées par le commerce des services peuvent bénéficier à des groupes traditionnellement moins présents dans les activités connectées aux marchés internationaux. Ces opportunités ne sont pas réservées aux travailleurs ayant un niveau d’éducation élevé. Les différentes formes de commerce des services créent des possibilités dans un large éventail de professions et à tous les niveaux de compétences.
Tous les emplois ne se valent pas. Le commerce des services influence non seulement le nombre d’emplois disponibles, mais aussi la manière dont les carrières évoluent, la façon dont les travailleurs accèdent à de nouvelles opportunités et les types d’entreprises dans lesquelles ils travaillent.
Les politiques de compétences et du marché du travail doivent suivre le rythme du commerce des services
L’essor du commerce des services estompe les frontières entre politique commerciale, politique du marché du travail et politique des compétences.
Des marchés des services ouverts et performants peuvent stimuler la productivité, renforcer les chaînes d’approvisionnement et soutenir l’emploi. Toutefois, les bénéfices ne seront pas automatiquement répartis entre les travailleurs, les secteurs ou les régions.
Pour permettre au plus grand nombre de bénéficier du commerce des services, les politiques publiques doivent mettre l’accent non seulement sur l’ouverture, mais aussi sur l’adaptation. Les systèmes de compétences, l’apprentissage tout au long de la vie et des institutions du marché du travail réactives peuvent aider les travailleurs à saisir de nouvelles opportunités à mesure que les économies évoluent.
Le commerce des services crée des emplois grâce aux exportations, aux intrants importés et aux retombées locales. Plus important encore, il transforme en profondeur le fonctionnement des marchés du travail.
À mesure que la numérisation élargit la gamme de services pouvant être échangés à l’échelle internationale, l’enjeu n’est pas seulement de créer davantage d’emplois. Il est aussi de faire en sorte que les travailleurs puissent accéder aux opportunités offertes par ces marchés et que celles-ci se traduisent par des emplois de qualité.