Les produits et services utilisés au quotidien proviennent rarement d’un seul endroit. Une voiture peut intégrer des pièces fabriquées dans plusieurs pays. Un médicament peut reposer sur des ingrédients et des emballages provenant de différents continents. Un achat en ligne peut associer un logiciel développé dans une région, un traitement financier réalisé dans une autre et une logistique physique traversant de multiples frontières.
Ces biens et services du quotidien reposent sur deux systèmes distincts mais complémentaires. D’une part, la chaîne d’approvisionnement, qui assure l’approvisionnement logistique et le déplacement physique des matériaux. D’autre part, la chaîne de valeur mondiale, beaucoup plus large, qui englobe la manière dont la valeur est ajoutée à chaque étape de la production en intégrant la conception, les logiciels, l’investissement multinational, la fabrication et les services aux entreprises au-delà des frontières.
En 2024, les chaînes de valeur mondiales sont restées une caractéristique centrale de l’économie mondiale. Les échanges liés à ces réseaux représentaient environ 17 % du PIB mondial, tandis que le commerce mondial total atteignait près de 31 % du PIB mondial. Malgré les chocs récents, la production mondiale ne s’est pas fragmentée : elle s’adapte
Pourquoi les chaînes d’approvisionnement mondiales se transforment plutôt qu’elles ne se réduisent
La pandémie de COVID-19, les récentes tensions géopolitiques et le renforcement des restrictions commerciales ont mis en évidence les goulets d’étranglement des chaînes d’approvisionnement mondiales, accru les coûts et conduit les entreprises à réévaluer leurs modalités d’acheminement physique des marchandises.
Cette situation a alimenté des prévisions annonçant une fragmentation économique généralisée et une démondialisation. La réalité est toutefois différente. Les entreprises réorganisent leurs chaînes d’approvisionnement logistiques afin de mieux gérer les risques, notamment en diversifiant leurs fournisseurs, en renforçant la résilience de leurs chaînes d’approvisionnement ou en relocalisant certaines activités physiques. Elles n’abandonnent toutefois pas les chaînes de valeur mondiales. L’intégration transfrontière par les services et l’investissement demeure profondément ancrée.
Les secteurs s’adaptent sans se désengager du commerce mondial
Les secteurs d’activité s’ajustent aux chocs de manière ciblée.
L’industrie manufacturière et les transports restent fortement intégrés aux chaînes de valeur mondiales, les produits complexes continuant de dépendre de réseaux internationaux denses. Depuis 2011, l’industrie pharmaceutique est devenue davantage intégrée à l’échelle internationale, ce qui reflète sa dépendance à l’égard d’intrants hautement spécialisés et de processus de production étroitement coordonnés.
À l’inverse, le secteur automobile a réduit sa dépendance aux intrants étrangers importés. Cette évolution correspond à un ajustement stratégique des chaînes d’approvisionnement physiques visant à limiter l’exposition aux pénuries de composants — parfois qualifié de relocalisation (« reshoring ») ou de relocalisation de proximité (« nearshoring ») — plutôt qu’à un retrait complet de la création de valeur mondiale.
L’intégration des économies aux chaînes de valeur mondiales se renforce
Les évolutions observées au niveau des pays confirment que l’intégration au commerce mondial continue de se transformer. Les nouvelles données de l’OCDE montrent que 49 des 80 économies couvertes ont accru, entre 2011 et 2024, la part des intrants étrangers incorporés dans leurs exportations. Pour de nombreuses économies, cette tendance indique une intégration plus profonde en tant qu’assembleurs de matériaux importés.
Toutefois, l’analyse est plus nuancée lorsque l’on examine le rôle des pays en tant que fournisseurs d’intrants incorporés dans les exportations d’autres économies. Certains renforcent ce rôle en amont, tandis que d’autres le réduisent. Cette évolution reflète les transformations structurelles de la production mondiale, de nombreuses économies se concentrant désormais sur des activités à forte valeur ajoutée qui dépendent largement de composants provenant de sources internationales.
Les services et les entreprises multinationales stimulent la création de valeur mondiale
L’évolution des chaînes de valeur mondiales est largement portée par les actifs immatériels. Produire et commercialiser des biens dépend de plus en plus des logiciels, de la finance, de la conception et de la logistique, et non plus seulement des usines et du transport maritime.
Entre 2011 et 2023, le commerce des services a progressé plus rapidement que celui des marchandises, atteignant 21 % du PIB mondial lorsque l’on tient compte de tous les modes de fourniture internationale, y compris les services fournis par l’intermédiaire de filiales étrangères, et pas uniquement des transactions transfrontières. La présence commerciale à l’étranger demeure un moyen essentiel de fournir ces services à l’international. Une entreprise peut raccourcir sa chaîne d’approvisionnement physique en produisant plus près de son marché domestique tout en élargissant simultanément sa chaîne de valeur mondiale grâce à l’utilisation de logiciels et de services financiers provenant de l’étranger.
Les entreprises multinationales constituent le socle de l’ensemble de ce système. Elles représentent plus de la moitié des exportations mondiales lorsque les exportations de leurs filiales étrangères sont prises en compte. En 2023, les ventes domestiques et les exportations de ces filiales étrangères ont atteint 25 600 milliards USD, soit un montant proche de la valeur totale du commerce mondial. Ces décisions stratégiques d’investissement façonnent les flux mondiaux de production bien au-delà du simple transport de biens physiques.
Ce que cela signifie pour l’avenir du commerce mondial
Les chaînes de valeur mondiales ne se fragmentent pas ; elles évoluent vers des systèmes plus complexes, davantage tirés par les services. Un pays peut sécuriser ses chaînes d’approvisionnement physiques face aux perturbations tout en demeurant profondément intégré aux chaînes de valeur mondiales grâce aux services, aux données et à l’investissement.
Non, la mondialisation n’est pas morte. L’économie mondiale reste profondément interconnectée, même si la forme de ces interconnexions continue d’évoluer et de s’adapter.
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