Les ménages jouent un rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique. Qu'il s'agisse de simples gestes quotidiens comme éteindre les lumières ou de mesures plus importantes comme l'installation de systèmes de chauffage et de refroidissement efficaces sur le plan énergétique, les ménages peuvent contribuer de manière substantielle à la réduction des émissions. Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la mise en œuvre de politiques plus ambitieuses axées sur la demande pourrait permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les principaux secteurs d'utilisation finale de 40 à 70 % à l'échelle mondiale d'ici à 2050.
Cependant, l'analyse de l'OCDE montre que si les ménages se disent prêts à modifier leur comportement pour protéger l'environnement, il subsiste un écart important entre cette volonté et la mesure dans laquelle ils opèrent des changements significatifs.
Les préoccupations liées au coût et au climat incitent les ménages à économiser de l'énergie, mais les actions à fort impact restent à la traîne
Les ménages représentent près d'un quart de la consommation mondiale d'énergie et 11 % des émissions de gaz à effet de serre (GES). L'amélioration de l'efficacité énergétique, le passage à des énergies plus propres et la réduction de la demande globale d'énergie des ménages constituent donc des opportunités cruciales de réduction des émissions.
Le rapport 2023 de l'OCDE intitulé Comportement des ménages et environnement : Opérer des choix durables sur fond de crises interdépendantes donne un aperçu des choix des ménages en matière d'utilisation de l'énergie, de transport, de consommation alimentaire et de déchets dans neuf pays de l'OCDE. Les résultats sont basés sur l’Enquête de l'OCDE sur la politique de l'environnement et le comportement des ménages (EPIC) qui couvre au total plus de 17 000 ménages dans neuf pays de l'OCDE.
Les réponses à l'enquête EPIC suggèrent que les décisions d'économiser l'énergie sont motivées à la fois par des économies financières (déclarées par 46 % des ménages) et par des préoccupations environnementales (30 %). Le rapport identifie plusieurs domaines clés dans lesquels les actions des ménages peuvent faire la différence. Il constate que si la majorité des ménages interrogés adoptent des gestes simples comme éteindre systématiquement les lumières (92 %), ils sont moins nombreux à s'engager dans des mesures plus efficaces telles que la réduction du chauffage et de la climatisation (68 %). Les mesures plus coûteuses, telles que l'installation d'énergies renouvelables et de technologies à faibles émissions, restent également limitées, même parmi les ménages à revenus élevés. Parmi ces ménages, par exemple, seuls 29 % ont installé des panneaux solaires et 30 % ont adopté des pompes à chaleur.
Si les ménages sont prêts à s'engager, pourquoi le potentiel de leurs contributions reste-t-il si peu exploité ?
La sensibilisation, l'accessibilité financière et la faisabilité sont les principaux obstacles à l'action des ménages en faveur du climat
Les analyses récentes de l'OCDE identifient trois obstacles majeurs qui empêchent les ménages de faire des choix plus durables sur le plan environnemental : le manque de sensibilisation, l'accessibilité financière et la faisabilité.
Ces défis concernent les comportements des ménages en matière d'énergie - l'objet de ce blog - ainsi que les transports, la consommation alimentaire et la gestion des déchets.
- La sensibilisation. De nombreux ménages ne sont pas informés des technologies disponibles, telles que le stockage par batterie et les pompes à chaleur, ce qui entrave leur adoption. Le manque de connaissances s'étend souvent aux avantages que ces technologies peuvent offrir, tels que les économies à long terme et la réduction de l'impact sur l'environnement.
- L'accessibilité financière. Parmi les propriétaires interrogés, 29 % de ceux qui n'ont pas installé d'équipements énergétiques à faibles émissions citent le coût comme principale raison de ne pas le faire. Les ménages à faibles revenus sont nettement moins susceptibles d'installer de tels équipements que les autres.
- La faisabilité. Les contraintes pratiques posent des problèmes à près de la moitié des ménages non-adoptants. Par exemple, les exigences d'approbation du propriétaire et les limitations structurelles rendent souvent difficile l'installation de technologies telles que les pompes à chaleur et les panneaux solaires pour les locataires et les habitants d'appartements.
Ces obstacles peuvent être surmontés par des politiques ciblées sur la demande qui sensibilisent, améliorent l'accessibilité financière des technologies clés et aident les ménages à surmonter les difficultés pratiques. Un document d'orientation récent du projet Zéro émission nette+ de l’OCDE examine certains des principaux obstacles à une action efficace et présente des solutions politiques pour les surmonter - des mesures qui pourraient être renforcées par leur inclusion dans les contributions déterminées au niveau national (CDN) des pays.
L'inclusion de politiques axées sur la demande dans les CDN recèle un potentiel inexploité
Les CDN des parties à l'Accord de Paris pourraient jouer un rôle important dans la promotion des politiques axées sur la demande qui peuvent lever les obstacles à l'action des ménages. Toutefois, les conclusions du rapport de synthèse de la CCNUCC sur les CDN suggèrent que les pays continuent d'accorder une priorité relativement moindre aux approches axées sur la demande, telles que les efforts visant à accroître l'efficacité énergétique et les changements de comportement, par rapport aux solutions axées sur l'offre, telles que les projets d'énergie renouvelable et l'élimination progressive des combustibles fossiles.
Dans le sillage de ces conclusions, une étude récente analysant les engagements climatiques des pays les plus émetteurs révèle que les CDN ne mettent pas suffisamment l'accent sur les approches d'atténuation du côté de la demande. L'étude identifie neuf « pratiques prioritaires » comme étant les changements de comportement les plus efficaces et les plus réalisables pour réduire les émissions de GES dans différents secteurs, notamment l'énergie, la mobilité et les systèmes alimentaires. Seules trois de ces pratiques ont été systématiquement prises en compte dans les CDN soumises par 20 pays d'ici à 2024. En outre, seuls 12 de ces 20 pays ont explicitement inclus des mesures visant à améliorer l'efficacité énergétique des ménages.
Les politiques axées sur la demande intégrées dans les CDN peuvent renforcer l'action des ménages en faveur du climat
Les habitations sont la pierre angulaire d'un avenir durable. Pour libérer le potentiel des contributions des ménages - qu'il s'agisse de simples habitudes quotidiennes ou de mesures plus efficaces - il faut une action politique plus décisive du côté de la demande. Les CDN ambitieuses définissent l'orientation à suivre pour prendre des mesures efficaces d'atténuation du changement climatique et contribuer à la croissance et au développement. Pour atteindre ces objectifs, il faut mieux intégrer les mesures axées sur la demande dans les CDN et les politiques connexes. Les pays qui sont encore en train de mettre à jour leurs CDN, initialement prévues pour février 2025, ont l’opportunité d'intégrer ce changement dès maintenant et de tirer parti de l'action des ménages pour atténuer le changement climatique.