Allocution du Secrétaire général de l'OCDE, M. Mathias Cormann, pour accueillir le Président et le Gouvernement de l’Argentine à l'OCDE à l'occasion d'« Argentina Week ».
Seul le prononcé fait foi.
Mesdames et Messieurs, chers collègues, chers amis de l’Argentine,
Je remercie le Président et le Gouvernement de l’Argentine d’associer l’OCDE à la deuxième édition de l’« Argentina Week ».
Je vous remercie de m’avoir invité à prononcer quelques mots sur les opportunités qui s’offrent à l’Argentine dans un paysage mondial en mutation, et sur l’importance que revêt dans ce contexte le processus d’adhésion de l’Argentine à l’OCDE.
Je voudrais donc évoquer devant vous trois points.
La direction que prend le monde.
Les progrès que l’Argentine a déjà accomplis.
Nos propositions, fondées sur des données probantes, quant aux actions à mener à l’avenir.
D’abord, le monde s’achemine vers ce que l’Argentine a déjà à offrir.
L'Argentine est un pays extraordinaire.
Des terres fertiles qui en font un grand exportateur de soja, de maïs et de blé.
Un cinquième environ des ressources mondiales connues en lithium.
Certaines des meilleures conditions qui soient en termes d’énergie éolienne et solaire.
Son économie du savoir, aussi bien dans les logiciels, dans l’ingénierie que dans la biotechnologie, est désormais un secteur exportateur à part entière.
Intéressons-nous maintenant à ce dont le monde a besoin.
Les entreprises sont en train de repenser leurs chaînes d’approvisionnement.
Les pouvoirs publics cherchent à garantir la sécurité alimentaire et énergétique.
La transition énergétique et l’essor des investissements dans l’intelligence artificielle stimulent la demande de minéraux critiques.
La transformation numérique accroît quant à elle la valeur des talents et des capacités technologiques, où qu’ils se trouvent.
Chacune de ces évolutions fait augmenter la valeur des richesses que détient précisément l’Argentine en abondance.
Mais les ressources et les talents ne suffisent pas, à eux seuls, à assurer la prospérité.
C’est là qu’interviennent les politiques publiques.
La stabilité macroéconomique.
Les règles prévisibles.
Le respect des contrats et de l’État de droit.
Les marchés concurrentiels.
Et l’intégration dans le monde.
Ces fondements sont ceux que le processus d’adhésion à l’OCDE cherche à consolider.
Parmi nos comités, vingt-cinq sont en train d’examiner les politiques de l’Argentine au regard des normes auxquelles nos Membres souscrivent,
avec un objectif concret : aider l’Argentine à faire progresser ses propres priorités en matière de réforme, à partir d’éléments factuels sur les mesures qui se sont révélées efficaces et celles qui n’ont pas fonctionné, dans l’ensemble de nos Membres.
Ensuite, intéressons-nous aux progrès que l’Argentine a déjà accomplis.
Quelle était la situation de départ ?
Entre 2011 et 2025, la croissance de l’Argentine était d’environ 0.8 % par an, soit moins de la moitié de la moyenne de l’OCDE, qui était de 2.2 %. Entre 2012 et 2023, la productivité du travail a baissé de 1.3 % par an. En 2024, l’inflation a atteint 220 %.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. L’Argentine est parvenue à inverser la tendance, rapidement et dans tous les domaines.
Après deux années de récession, l’économie a renoué avec la croissance en 2025, soit plus vite que la moyenne de l’OCDE. Nous prévoyons une croissance de 2.6 % cette année et de 3.0 % l’année prochaine. L’inflation a fortement diminué, de même que les anticipations d’inflation. La reprise est tirée par les exportations de produits miniers, agricoles et énergétiques.
Ce renversement de la conjoncture n’est pas le fruit du hasard.
Un assainissement budgétaire de grande ampleur a en effet permis de revenir à un excédent primaire.
Les restrictions de longue date sur le marché des changes ont pour l’essentiel été levées,
et les obstacles à la concurrence, réduits.
L’Argentine est également en train de s’ouvrir aux échanges et à l’investissement.
Mais un exemple vaut mieux qu’un long discours.
En 2018, l’Argentine appliquait l’un des cadres réglementaires les plus restrictifs des 48 économies couvertes par notre indice de réglementation des marchés de produits.
En 2025, elle avait enregistré l’une des plus fortes progressions de toutes les économies que nous mesurons en termes d’ouverture de ses cadres réglementaires.
Le défi consiste désormais à poursuivre sur cette lancée, afin de transformer ces avancées récentes en améliorations durables de la croissance et du niveau de vie. Il importe de consolider cette dynamique en suivant une trajectoire d’avenir positive et stable, afin de surmonter les fortes fluctuations conjoncturelles à la hausse et à la baisse qui ont été observées par le passé.
Nos données permettent ici de dégager quatre priorités.
Ce qui m'amène à mon troisième point – les actions qui, selon nos données probantes, devraient être menées à l’avenir.
Premièrement, continuer d’assouplir les réglementations qui entravent la concurrence.
D’après nos estimations, si les efforts se poursuivent pour aligner les cadres réglementaires de l’Argentine sur ceux des pays de l’OCDE les plus performants, la production potentielle pourrait augmenter de 6.8 % et l’emploi de 2.2 % d’ici à 2050.
Il s’agit notamment de faciliter et d’accélérer la création d'entreprise, et de pouvoir offrir des services professionnels d’une province à l’autre.
Deuxièmement, tirer pleinement parti du vivier de talents de l’Argentine.
La créativité, l’esprit d’entreprise et l’adaptabilité sont en effet de véritables atouts à l’ère de l’intelligence artificielle. Ils doivent cependant reposer sur des bases solides. Aujourd’hui, seul un élève argentin sur quatre atteint le niveau de base en mathématiques, contre près de deux sur trois dans la zone OCDE. Combler cet écart, faciliter l’accès à l’emploi formel et développer la formation tout au long de la vie sont autant d’actions à mener pour que l’Argentine tire son épingle du jeu.
Troisièmement, mobiliser davantage de capitaux.
La capitalisation du marché boursier de l’Argentine est nettement inférieure à la moyenne de l’OCDE, et l’émission d’actions cotées est minime depuis 2018.
Renforcer les institutions des marchés de capitaux et améliorer la gouvernance d’entreprise permettraient d’approfondir les marchés et de débloquer davantage d’investissements.
Quatrièmement, établir des liens avec les marchés mondiaux,
en réduisant les obstacles aux échanges, en modernisant les procédures douanières, en améliorant l’efficacité des procédures aux frontières et en veillant à l’alignement sur les normes internationales.
La propriété intellectuelle doit être mieux protégée, de façon à rassurer les entreprises pour innover et investir.
Enfin, dans les secteurs des activités extractives, de l’énergie et de l’agriculture, la transparence, la gestion responsable de l’environnement et les retombées pour les populations locales sont autant d’éléments que les investisseurs et les partenaires commerciaux considèrent désormais comme allant de soi.
En conclusion
L’Argentine a récemment accompli des progrès absolument remarquables.
Ses possibilités d’action s’annoncent encore plus vastes à l’avenir, avec en perspective des hausses importantes des revenus et du niveau de vie pour la population.
Les investisseurs soutiennent les réformes qui s'inscrivent dans la durée, et accordent une grande importance à la stabilité et à la prévisibilité.
C’est en ancrant ses réformes sur des normes communes, faisant l’objet d’un examen indépendant, qu’un pays montre sa volonté de les inscrire dans la durée, au-delà des échéances d’un cycle politique.
Il s’agit, à bien des égards, du défi le plus important pour l’Argentine : montrer qu’elle peut maintenir une dynamique de réforme constante tout au long des cycles politiques.
Et c’est précisément ce qu’offre le processus d’adhésion.
L’OCDE est résolue à continuer d’accompagner l’Argentine sur cette voie, jusqu’à l’adhésion et au-delà.
Je vous remercie.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.