Allocution d’ouverture du Secrétaire général de l’OCDE, M. Mathias Cormann à l'occasion Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des Ministres de 2026 à Paris, France.
Seul le prononcé fait foi.
Monsieur le Président, Petteri Orpo, Premier ministre de la Finlande, Monsieur le Premier ministre du Pérou, Luis Arroyo Sánchez, Monsieur le Président de la Confédération suisse, Guy Parmelin ;
Mesdames et Messieurs les Ministres, Excellences, éminents membres des délégations, chères et chers collègues, mes amis,
Je vous souhaite très chaleureusement la bienvenue à la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des Ministres de 2026 ayant pour thème « Des politiques industrielles au service de l’ouverture des marchés, de la croissance et de la prospérité ».
Ce matin, nous avons publié les Perspectives économiques de l’OCDE.
L’économie mondiale est sous pression.
Le conflit au Moyen-Orient a perturbé les marchés de l’énergie et des matières premières.
La croissance est en baisse. L’inflation est en hausse.
Les prix des engrais, tels que l’urée, ont flambé, ce qui a des répercussions sur les prix des produits alimentaires et la sécurité alimentaire.
La volatilité des marchés financiers s’est accentuée.
Les chaînes d’approvisionnement sont de nouveau mises à l’épreuve.
Toutes ces évolutions viennent s’ajouter à des défis structurels préexistants, plus profonds :
une croissance de la productivité trop faible depuis trop longtemps ;
une fracturation de l’ordre commercial mondial fondé sur des règles ; l’inégalité des chances, qui alimente la polarisation politique ;
le vieillissement de la population, qui pèse sur la croissance et place les finances publiques sous tension ;
la double transition numérique et climatique, qui nécessite des investissements à si grande échelle et si rapides que les pouvoirs publics ne sont pas encore à la hauteur.
Chacun de ces défis structurels comporte une dimension de politique industrielle.
Pour chacun d’eux, les pouvoirs publics doivent faire des choix difficiles pour savoir ce qu’ils doivent faire ou ne pas faire, avec qui ils doivent coopérer et comment mieux travailler ensemble.
Nous sommes précisément ici, aujourd’hui et demain, pour en débattre.
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Partout dans le monde, les pouvoirs publics repensent le rôle qu’ils ont à jouer dans l’économie.
La pandémie a mis au jour les vulnérabilités des structures sanitaires, économiques et sociétales et celles des chaînes d’approvisionnement mondiales.
La course mondiale pour la première place dans les domaines de l’IA, des semi-conducteurs et des technologies quantiques s’intensifie.
La pression s’accentue pour obtenir une énergie fiable, abordable et propre et il n’y a pas de temps à perdre pour y parvenir.
De plus, les citoyens demandent que la croissance apporte des bienfaits tangibles dans leur propre vie, et pas seulement, de manière globale, dans l’économie.
C’est dans ce contexte que la politique industrielle fait son retour, et avec vigueur.
La question n’est pas de savoir si les pouvoirs publics doivent agir, car c’est déjà ce qu’ils font.
La question est de savoir comment agir, et comment le faire à bon escient.
Parce que le passé en atteste : la politique industrielle peut contribuer à libérer une croissance plus forte, plus d’innovation et plus de résilience.
Mais elle peut aussi fausser les marchés, évincer l’investissement privé, étouffer l’innovation, saper la viabilité des finances publiques et déclencher des conflits commerciaux coûteux, ce qui pénalise la croissance et grève le niveau de vie au fil du temps.
Une bonne définition de la politique industrielle et, plus important encore, une bonne mise en œuvre font toute la différence entre le succès et l’échec.
Des marchés qui fonctionnent bien et des échanges ouverts et fondés sur des règles demeurent les fondements les plus efficaces de la réussite industrielle.
Une bonne politique industrielle fonctionne avec le marché, non contre lui.
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La discussion des deux prochains jours se déroulera dans un contexte de creusement des déséquilibres économiques mondiaux, ainsi que d’excédents persistants dans certaines économies et de déficits chroniques dans d’autres, dont le coût s’alourdit si rien n’est fait pour y remédier.
Quoiqu’il en soit, les pays excédentaires et déficitaires ne peuvent faire l’économie de réels ajustements. Les pays déficitaires doivent épargner davantage et dépenser moins.
Les pays excédentaires doivent consommer plus et exporter moins.
Certaines économies déficitaires sont confrontées à un défi urgent de plus : combler l’écart de compétitivité et de productivité qu’elles ont laissé se creuser pendant trop longtemps.
Un dialogue coordonné s’impose. Ce n’est pas une option.
Sans lui, la pression continuera de s’intensifier, et le risque d’un ajustement désordonné, avec tous les dommages qu’il entraînerait pour la stabilité et la croissance mondiales, s’amplifie avec elle.
Cela signifie, pour les économies excédentaires, davantage qu’un transfert de l’investissement et des exportations vers la consommation.
Cela signifie qu’il faut renoncer à l’octroi de subventions qui faussent le jeu du marché au profit d’approches plus axées sur le marché, de celles qui génèrent une croissance durable et efficiente plutôt que des dépendances dont il est difficile de se défaire.
Dans ce contexte, nous avons publié cette semaine la base de données MAGIC de l’OCDE, outil unique en son genre permettant de suivre les subventions industrielles, au niveau des entreprises, partout dans le monde et de mettre en évidence les risques de distorsion qu’elles entraînent.
MAGIC couvre 15 secteurs et 525 entreprises et montre que les subventions à l’industrie sont généralisées dans tous les secteurs et toutes les régions.
La plupart sont modestes par rapport au chiffre d’affaires des entreprises, mais importantes pour leur marge bénéficiaire.
C’est notamment le cas dans les industries lourdes et les secteurs stratégiques.
Une tendance se dégage clairement : les entreprises basées en Chine bénéficient d’un soutien nettement plus considérable que celles des pays de l’OCDE, principalement parce qu’elles peuvent souscrire des emprunts à des conditions plus favorables que celles du marché auprès de banques contrôlées par l’État.
Ces politiques ont contribué à creuser des déséquilibres du commerce mondial insoutenables à terme.
Elles ont également permis à la Chine de se créer une situation de pouvoir dans les principales chaînes d’approvisionnement industrielles.
La concentration de l’offre dans des secteurs stratégiques représente désormais un risque systémique pour la résilience de l’économie mondiale.
L’accès à toutes ces données assure la tenue de discussions honnêtes, fondées sur des données probantes.
Les conclusions et les conséquences qui en découlent les rendent indispensables.
L’OCDE est une enceinte facilitant ce dialogue, à l’appui des discussions bilatérales et plurilatérales.
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À quoi sert une bonne politique industrielle ? La clé, c’est la productivité.
Le plus important qu’un gouvernement, quel qu’il soit, puisse faire pour sa base industrielle, c’est de favoriser une croissance vigoureuse et généralisée de la productivité,
en réduisant les formalités administratives,
en investissant dans les compétences,
en finançant la recherche et l’innovation,
en favorisant l’égalité entre les genres en tant que vecteur d’activité et de productivité,
en construisant des infrastructures de classe mondiale,
et en négociant au mieux la double transition énergétique et numérique, non pas comme un coût qu’il faudrait gérer, mais comme un investissement nécessaire pour garantir, à l’avenir, la compétitivité industrielle internationale.
Cependant, une bonne politique industrielle exige aussi ce qu’aucun pays ne peut faire seul.
Elle nécessite des partenaires.
La résilience des chaînes d’approvisionnement, l’avance technologique, dans le domaine de l’IA et au-delà, la sécurité des approvisionnements en minéraux critiques, la transition vers des énergies propres - rien de tout cela n’est à la portée d’un pays agissant unilatéralement et de manière isolée.
Et justement, quelle puissante coalition de partenaires se trouve aujourd’hui réunie ici !
Nos discussions ne déboucheront pas uniquement sur des résultats se limitant à nos frontières respectives.
Elles auront aussi un impact sur les économies émergentes et en développement, tributaires du maintien d’un accès à des marchés ouverts et de règles claires et prévisibles.
C’est aussi pourquoi il est si important que nous sachions trouver un juste équilibre : mener des politiques industrielles propices au développement et à la croissance partout dans le monde, et propres à préserver et améliorer les chances offertes à toutes les populations de la planète de participer à ce développement et à cette croissance, et d’en bénéficier.
Au cours des deux jours qui viennent, vous allez vous pencher sur LE défi du moment : comment mettre la politique industrielle au service du renforcement de nos économies, tout en restant fidèle à l’ouverture des marchés et au système commercial fondé sur des règles qui en font la force depuis plusieurs décennies.
Nous devons aborder ces débats avec pragmatisme.
Pour obtenir des avancées dans un cadre multilatéral, il faut s’engager à s’écouter, à communiquer et à interagir et, oui, lorsque cela est nécessaire, à faire des compromis.
La capacité à trouver un terrain d’entente, même sur des sujets difficiles, même avec des partenaires avec lesquels on peut parfois être en désaccord, n’est pas un signe de faiblesse, mais de force.
Tel est le noble art de la conduite de l’État.
Il n’y a pas d’autre façon de procéder.
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Mesdames et Messieurs les Ministres, chères et chers collègues, mes amis, cette RCM coïncide également avec le début de mon second et dernier mandat de Secrétaire général.
C’est un grand honneur que m’ont fait les Membres en me confiant la mission de continuer à diriger cette organisation.
Au cours des cinq dernières années, ensemble, nous avons œuvré au renforcement de l’OCDE, avec des analyses plus acérées sur l’IA, la sécurité économique, la viabilité budgétaire, la transition écologique et la croissance inclusive, huit pays candidats à l’adhésion, un record, et une organisation plus transparente, plus efficiente et mieux adaptée à sa mission.
Vos priorités seront notre boussole dans la période qui nous attend :
relancer la productivité et la compétitivité au service d’une croissance généralisée ;
améliorer l’équité et la résilience du système commercial mondial, de manière à préserver les bienfaits de l’ouverture des marchés et d’un système commercial mondial fondé sur des règles ;
renforcer notre rôle de chef de file concernant la transformation numérique et la gouvernance de l’IA ; fournir des éclairages pour établir des pratiques exemplaires en matière de politique climatique ;
obtenir des avancées concernant l’élargissement stratégique de l’OCDE et son impact mondial ;
et continuer d’en moderniser le mode de fonctionnement. Ces aspirations n’ont rien d’abstrait.
Il s’agit d’engagements, qui s’appuient sur les ressources, les données, l’expertise approfondie et la crédibilité institutionnelle que cette organisation a su accumuler en 65 ans.
Pour conclure,
Mettre en place de saines politiques industrielles n’est pas simplement un défi technique.
C’est un test : le modèle de développement et de croissance ouvert et fondé sur le marché que nous autres, pays Membres, avons mis en place au cours de 65 années de coopération fructueuse, pourra-t-il s’adapter et l’emporter dans le monde d’aujourd’hui, plus fragmenté et marqué par des remises en cause plus nombreuses ?
Mais surtout, il s’agit de savoir si nous pouvons démontrer à nos concitoyens que ce modèle peut encore assurer la sécurité économique et les conditions qui nous permettront d’aller de l’avant.
J’en suis persuadé.
Mais seulement si nous faisons en sorte que ce soit possible.
Seulement si nous défendons les valeurs sur lesquelles ce modèle est fondé : des marchés ouverts, des échanges fondés sur des règles et une gouvernance démocratique, non comme des postulats hérités du passé, mais comme des idéaux que nos concitoyens nous ont chargés de défendre et de promouvoir activement au quotidien.
Excellences, chères et chers collègues, mes amis, au travail !
Mais tout d’abord, je me réjouis de laisser la parole à notre Président, le Premier ministre de la Finlande.
Monsieur le Premier ministre, c’est à vous.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.