Seul le prononcé fait foi.
Merci Monsieur le Président, Mark Birrell, pour ces mots de présentation si aimables.
Je salue également votre PDG, Andrew McKellar.
Quel plaisir d’être de retour à Melbourne et de voir autant de visages familiers dans la salle. Vous êtes trop nombreux pour que je vous nomme tous.
J’aimerais cependant saluer chaleureusement mon ami et ancien collègue du Conseil de l’OCDE, Whitney Baird, qui assume aujourd’hui un rôle important en sa qualité de président de l’USCIB, le Conseil des États-Unis pour le commerce international.
Mesdames et Messieurs, chers amis,
Je vous remercie de m’avoir invité à la réunion du Conseil général de la Chambre australienne de commerce et d’industrie
pour vous exposer le regard que l’OCDE porte sur l’état actuel du paysage économique et géopolitique, et ce que cela signifie pour l’Australie.
L’ACCI est depuis toujours un porte-parole puissant des entreprises australiennes et elle est très appréciée pour cela, que ce soit ici, en Australie, ou sur la scène internationale.
Sur la scène internationale, justement, cela fait plus d’un demi-siècle que l’ACCI participe activement aux travaux de l’OCDE par l’intermédiaire de Business at OECD. Elle apporte ainsi des éclairages originaux et contribue à étoffer les liens que nous nous employons à nouer partout dans le monde, en particulier en Asie du Sud-Est.
Cette réunion du Conseil général se tient à l’heure où l’économie mondiale voit ses perspectives s’assombrir, après avoir fait preuve d’une résilience remarquable pendant toute une période pourtant marquée par de grands bouleversements.
En effet, malgré une série de chocs externes, parmi lesquels on peut citer la pandémie de COVID-19, la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, la crise énergétique et, à sa suite, la flambée de l’inflation, ou encore la montée des tensions géopolitiques, l’économie mondiale a affiché une croissance relativement dynamique de plus de 3 % jusque fin 2024.
Si cette année a mieux démarré que prévu, les perspectives économiques mondiales se sont toutefois fortement assombries ces derniers mois.
La forte imprévisibilité de l’action publique, les tensions géopolitiques, la multiplication des obstacles aux échanges sont autant de facteurs qui font grimper les coûts, durcissent les conditions financières et sapent la confiance des entreprises et des ménages. Tout cela pèse sur les perspectives de l’investissement et de la croissance à l’échelle mondiale.
Dans la dernière édition de nos Perspectives économiques, parue en juin, nous tablons sur une croissance mondiale de 2.9 % en 2025 et 2026.
Cela représente, pour ces deux années, une révision à la baisse de 0.4 point de pourcentage par rapport aux projections publiées en décembre 2024.
En tant que nation commerçante tournée vers les exportations sur les marchés mondiaux, l’Australie est concernée par l’évolution de l’économie mondiale,
et ce, qu’elle soit favorable ou défavorable. De fait, l’Australie bénéficie de la robustesse de la croissance mondiale qui concerne plus particulièrement l’Asie du Sud-Est depuis quelques dizaines d’années, mais elle subit aussi de plein fouet les vents contraires qui soufflent actuellement.
Pour l’Australie, nous prévoyons donc à présent une croissance du PIB de 1.8 % cette année et de 2.2 % l’an prochain, soit une légère révision à la baisse de nos prévisions de décembre 2024 [qui étaient de 1.9 % pour 2025 et 2.5 % pour 2026],
principalement à cause du ralentissement de la demande à l’exportation, de la baisse des prix des matières premières et de la montée de l’incertitude commerciale.1
En outre, dans les économies du G20, l’inflation devrait, cette année et la suivante, reculer plus lentement et rester élevée plus longtemps que prévu auparavant.
Tout cela intervient sur fond de problèmes et de transformations d’ordre structurel que nous devons continuer à affronter, parmi lesquels :
- une faible croissance de la productivité,
- les conséquences économiques, sociales et budgétaires du vieillissement démographique,
- la nécessité de relever les défis et d’exploiter les possibilités qui découlent du changement climatique, en adoptant une méthode plus cohérente et plus efficace à l’échelle mondiale,
- la nécessité de profiter de tous les formidables avantages procurés par la transformation numérique et l’intelligence artificielle, tout en améliorant la gestion de certains des risques et des bouleversements qui y sont associés,
- et la nécessité de rendre plus équitable notre système commercial mondial fondé sur des règles et d’en améliorer le fonctionnement. Car il s’agit de lutter contre les pratiques commerciales déloyales tout en renforçant la sécurité économique et la résilience des chaînes d’approvisionnement de manière à préserver les avantages économiques bien établis qui découlent de l’ouverture des marchés et d’échanges mondiaux fondés sur des règles.
Engager un dialogue ouvert, axé sur les résultats, et améliorer la coopération internationale en vue de revenir à des niveaux plus élevés de stabilité et de certitude concernant l’action publique, telles sont les tâches essentielles à mener pour relever un grand nombre de ces défis et libérer une croissance plus forte et plus résiliente.
Cela suppose de favoriser l’ouverture des marchés et le maintien d’un système commercial mondial fondé sur des règles, qui s’est révélé être un puissant levier de croissance, d’emploi, de hausse des revenus et d’amélioration des niveaux de vie.
On assiste toutefois à une perte de confiance dans la capacité du système commercial mondial à se discipliner ou à prévenir les distorsions commerciales non attribuables au jeu des forces du marché qui se sont multipliées ces dernières années.
Ces distorsions, ainsi que leurs répercussions économiques et sociales, sont en train de remodeler l’économie mondiale et de rendre l’opinion publique moins favorable à l’ouverture des marchés.
C’est également ce qui explique, entre autres, la progression d’autres conceptions du commerce international qui, si elles s’imposent dans le temps, compromettront aussi bien certains des avantages économiques bien établis de l’ouverture des marchés et d’un régime d’échanges mondiaux fondé sur des règles (intensification de la concurrence, innovation, croissance de la productivité et efficience), que la consolidation de la croissance, l’emploi, la hausse des revenus, la baisse des coûts et, en définitive, l’élévation des niveaux de vie censée en découler.
En effet, toutes choses égales par ailleurs, des marchés mondiaux ouverts et en bon état de fonctionnement sont synonymes d’amélioration du niveau de vie.
Toutes les économies ont la lourde tâche de rétablir la confiance dans l’ouverture des marchés et dans un système d’échanges reposant sur des règles.
Autrement dit, nous devons revenir à la mission qui consiste à bâtir un système commercial mondial plus équitable sur la base du principe de l’équité des règles du jeu.
Dans ce contexte, nous recommandons instamment à tous les pays, en particulier aux démocraties de marché, de s’engager dans une collaboration bilatérale et multilatérale pour trouver le meilleur moyen de rendre le système commercial international plus équitable et d’en améliorer le fonctionnement, en préservant les avantages de l’ouverture des marchés et d’un régime d’échanges mondiaux fondé sur des règles.
Ces avantages trouvent parfaitement leur illustration dans le cas de l’Australie.
En effet, près d’un quart du PIB australien dépend des exportations.2 L’Australie s’appuie donc de manière importante sur les échanges pour gagner en prospérité et élever le niveau de vie de sa population grâce à ses ressources naturelles et ses entreprises.
Un des aspects positifs du débat mondial actuel sur les droits de douane est qu’il est désormais plus largement admis que c’est à la nation qui les met en place ou qui les prélève que ces droits coûtent le plus cher.
L’Australie a d’ailleurs eu une attitude exemplaire en optant pour la suppression plutôt que pour le relèvement, des droits de douane. Le gouvernement australien a ainsi aboli quelque 500 droits de douane l’an dernier et, pas plus tard que la semaine dernière, il a annoncé son intention d’en supprimer environ 500 de plus.
Ces décisions sont favorables aux ménages, aux entreprises et à l’économie en général. Elles envoient en outre un signal puissant au reste du monde quant à l’adhésion continue de l’Australie à l’ouverture des marchés et à un régime d’échanges fondé sur des règles.
L’OCDE fournit des éléments et données uniques afin d’aider à préserver ces avantages et à mieux coordonner les réponses aux préoccupations relatives aux distorsions commerciales et à la résilience des échanges.
En effet, la promotion d’une expansion durable du commerce mondial sur une base multilatérale et non discriminatoire et conformément aux obligations internationales est un principe fondamental de la Convention portant création de l’OCDE.
Par exemple, notre base de données de l’OCDE sur les groupes et les entreprises industriels (MAGIC, pour MAnufacturing Groups and Industrial Corporations) aide à améliorer la transparence et à faire ressortir les distorsions commerciales en se fondant sur des éléments probants, grâce aux données qu’elle contient sur les subventions dont 482 grandes entreprises manufacturières ont bénéficié entre 2005 et 2022 dans 14 secteurs, notamment ceux de l’aluminium, de l’acier et des semi-conducteurs.
Il s’agit de la première initiative indépendante prise à l’échelle mondiale pour mesurer l’incidence des subventions à l’origine de distorsions de marché dans le secteur manufacturier.
À ce jour, deux tendances ressortent clairement de la base de données MAGIC.
Premièrement, c’est en Chine que les subventions à l’industrie sont les plus importantes et les plus répandues.
Les données montrent que ce pays abrite environ 80 % des grandes entreprises manufacturières et industrielles qui ont reçu des subventions massives, c’est-à-dire représentant plus de 15 % de leur chiffre d’affaires.
Il s’agit notamment d’entreprises des secteurs des semi-conducteurs, de l’aluminium, du verre et du ciment.
D’après d’autres travaux de l’OCDE, les entreprises sidérurgiques chinoises perçoivent en moyenne dix fois plus de subventions que leurs concurrentes des pays de l’OCDE.
Deuxièmement, il ressort des données que ces subventions ont permis aux entreprises chinoises de gagner d’importantes parts de marché mondial au détriment de leurs concurrentes de la zone OCDE, en particulier sur les marchés des cellules solaires photovoltaïques, des semi-conducteurs, de la construction navale et de l’acier.
Les conséquences de ces pertes de part de marché se font sentir partout dans le monde, y compris en Australie.
Les distorsions de marché ne se règlent pas facilement. Il n’en demeure pas moins essentiel, dans un premier temps, de prendre la mesure du problème et d’engager des discussions fondées sur des données et des éléments probants afin de soutenir l’exécution des réformes nécessaires pour aider à instaurer, à l’échelle mondiale, un climat des échanges fondé sur des règles qui soit plus satisfaisant et plus équitable.
Nous fournissons également des éléments factuels concernant la réglementation des marchés de produits, la restrictivité des échanges de services, les pratiques établies en matière de facilitation des échanges et bien d’autres questions encore, pour mettre en évidence les moyens de supprimer les barrières commerciales contre-productives qui coûtent cher aux ménages et aux entreprises et, en définitive, freinent la croissance et l’innovation.
Outre les échanges, la mission première de l’OCDE est de favoriser la coopération internationale dans tous les domaines de l’action publique économique, sociale et environnementale. À cet effet, l’Organisation aide les gouvernements à faire avancer leurs programmes de réforme en permettant, à l’échelle internationale, l’établissement de pratiques exemplaires et l’apprentissage mutuel sur la base de données probantes.
Pour les économies exposées aux échanges comme l’Australie, compte tenu des défis économiques mondiaux actuels, il est d’autant plus important de veiller à ce que le cadre d’action intérieur facilite l’existence d’une concurrence et d’une résilience optimales à l’échelle internationale.
Plusieurs grandes priorités de l’OCDE revêtent un intérêt particulier pour l’Australie.
La première consiste à dynamiser la croissance de la productivité.
À travers la productivité, il s’agit avant tout d’améliorer le niveau de vie des populations.
Une hausse de la productivité signifie un salaire réel plus élevé pour les travailleurs et travailleuses,
une augmentation de la production et une croissance plus forte pour les entreprises,
et, pour les consommateurs et consommatrices, des biens et des services plus nombreux, de meilleure qualité et à des prix fixés dans de meilleures conditions de concurrence.
Or, la croissance de la productivité recule dans la zone OCDE et ici, en Australie, depuis déjà plusieurs décennies.
Ainsi, cela fait plus de dix ans qu’en Australie, le taux de croissance de la productivité du travail est inférieur à la moyenne OCDE, déjà comparativement faible.
Durant la décennie qui a précédé la pandémie, il s’est élevé à 1.1 % par an en moyenne. C’est deux fois moins que dans les années 90 et le plus bas niveau enregistré ces 60 dernières années.3
Bien que la productivité du travail croisse lentement en Australie, son niveau réel (68 USD de l’heure) reste légèrement supérieur à la moyenne OCDE (62 USD de l’heure), mais très inférieur à celui des États‑Unis (84 USD de l’heure) et à ceux de la zone euro et du Royaume-Uni (respectivement 73 USD et 72 USD de l’heure).
À 68 USD de l’heure, la productivité du travail australienne n’a guère évolué ces quelque dix dernières années.
Je voudrais m’arrêter ici sur quelques-uns des domaines de l’action publique dans lesquels il faudrait intervenir pour relancer la croissance de la productivité en Australie.
Tout d’abord, des mesures doivent être prises dans l’ensemble du pays pour stimuler la dynamique des entreprises et la concurrence.
Il est fondamental d’alléger les formalités administratives et de réduire la fragmentation de la réglementation, laquelle doit aussi être simplifiée à tous les niveaux de l’administration.
Les indicateurs de réglementation des marchés de produits mis au point par l’OCDE montrent que le poids des formalités administratives qui pèse sur les entreprises est plus élevé en Australie que dans la plupart des pays de l’OCDE.
Un moyen de l’alléger serait de simplifier les systèmes d’autorisation, par exemple dans les professions réglementées où une plus grande mobilité géographique des effectifs pourrait stimuler la productivité.4
Une réforme de la réglementation recèle d’importants avantages. Par exemple, nos données montrent que, dans les pays dans lesquels le cadre réglementaire est le plus favorable à la concurrence, le niveau de la productivité est supérieur de moitié à celui enregistré dans les pays où il l’est le moins.
Dans le classement général des pays pour lesquels on dispose des données nécessaires pour calculer les indicateurs de réglementation des marchés de produits, l’Australie se situe à la 24e place sur 43, autrement dit dans la tranche intermédiaire basse.
Ces mêmes indicateurs révèlent que le poids des formalités administratives qui pèse sur les entreprises est plus élevé en Australie que dans la plupart des pays de l’OCDE. Ainsi, l’Australie occupe le 37e rang sur 43 dans le classement par ordre croissant des pays au regard de la charge administrative et réglementaire, et la 39e place sur 43 quand on examine si les systèmes de délivrance de permis et d’autorisations sont favorables à la concurrence. Il y a donc encore largement matière à procéder à des simplifications porteuses de gains de productivité.
Quel est le dividende économique potentiel de ce type de réforme ? D’après nos données, si les obstacles à la concurrence, y compris à l’investissement étranger, s’abaissaient au niveau des cinq pays de l’OCDE les plus performants dans les secteurs des services, de l’énergie, des transports et des communications électroniques, le PIB par habitant des économies avancées du G20 y gagnerait 0.8 % en cinq ans.
Dans le cas spécifique de l’Australie, une analyse réalisée à l’aide de notre modèle de développement économique à long terme donne à penser que la mise en œuvre de vastes réformes visant à simplifier et rationaliser les procédures administratives et les systèmes de délivrance d’autorisations et de permis, conformément aux meilleures pratiques internationales, pourrait rehausser le PIB de 1.4 % d’ici 2035.
En complément de telles réformes générales de la réglementation, il convient de faire davantage pour revitaliser le cadre d’action australien en matière de concurrence.
Cette tâche, déjà partiellement engagée, consiste à renforcer l’interopérabilité des cadres réglementaires en place dans les États et les territoires.
Il y a également matière à harmoniser la réglementation intérieure avec les normes internationales et à durcir encore le droit de la concurrence face aux pratiques anticoncurrentielles.
Par ailleurs, la réforme de la politique de la concurrence devrait avoir pour but principal d’améliorer la répartition des ressources en favorisant la mobilité des compétences et de la main-d’œuvre. Il s’agit notamment de réformer les autorisations d’exercice et de réduire les goulets d’étranglement en matière de logement et de planification.
Outre la politique de concurrence, les pouvoirs publics disposent d’autres moyens d’action pour améliorer le dynamisme économique : par exemple, encourager la montée des investissements en rendant la fiscalité plus favorable à la croissance et plus compétitive à l’échelle internationale et poursuivre les réformes en vue de stimuler la participation à la vie active, en particulier parmi les seniors.
En outre, aucune économie ne peut se permettre d’ignorer que la croissance de la productivité dépendra forcément des nouvelles avancées de l’IA, en particulier l’IA générative, riches en promesses pour l’innovation.
D’après nos données les plus récentes, l’adoption de l’IA dans les pays du G7 pourrait se traduire par une hausse du taux de croissance globale de la productivité du travail, comprise entre 0.4 et 1.3 point de pourcentage par an dans les pays qui présentent des conditions favorables à cette adoption, tels que les États-Unis et le Royaume-Uni.
Nous avons entrepris d’élargir cette année l’éventail des estimations à d’autres pays, dont l’Australie.
Certes, les gains de productivité peuvent varier selon les économies, en fonction du rythme auquel elles adoptent l’IA et de leur composition. Pourtant, même là où le taux d’adoption de l’IA est plus faible et le secteur manufacturier plus important, et donc moins concerné par l’IA, il est possible que la croissance de la productivité gagne entre 0.2 et 0.8 point de pourcentage par an.5
Les entreprises australiennes soutiennent cette transformation : l’an dernier, 40 % d’entre elles ont déclaré recourir à l’IA. Cela dit, une proportion identique, 40 %, n’a toujours pas envisagé de le faire.6
L’Australie doit accélérer l’adoption de l’IA en favorisant l’instauration d’écosystèmes d’IA compétitifs offrant des services de qualité à des prix abordables.
Il faut aussi investir davantage dans les compétences et le capital humain pour donner des moyens d’agir à la population active, que ce soit à travers la formation, en améliorant la culture de l’IA et en favorisant l’apprentissage tout au long de la vie. Il s’agit de donner à chacun les moyens de participer à la transformation numérique et de tirer parti des possibilités offertes par son accélération et par l’IA.
Surtout, l’Australie doit prendre des dispositions pour protéger la concurrence face à l’évolution rapide des marchés numériques et de l’IA. L’UE, le Royaume-Uni et d’autres pays de l’OCDE se sont dotés de lois pour répondre à certains des risques qui compromettent l’existence d’une véritable concurrence sur les marchés numériques. C’est une tâche à laquelle l’Australie doit elle aussi s’atteler.
L’analyse approfondie réalisée par la Commission australienne de la concurrence et de la consommation (Australian Competition and Consumer Commission), qui couvre une période de cinq ans, contient des recommandations solides sur les dispositions réglementaires à prendre à l’égard des services de plateformes numériques afin de préserver et d’accroître la concurrence et l’innovation tout en protégeant les consommateurs et consommatrices sur les marchés numériques.
Deuxièmement, l’Australie et les économies partageant la même vision doivent saisir les occasions qui se présentent à elles, à l’heure où des pays du monde entier cherchent à accroître la résilience des chaînes d’approvisionnement en ressources minérales.
À mesure que la transformation numérique et écologique de nos économies monte en puissance, nous devenons de plus en plus dépendants des approvisionnements extérieurs de matières premières critiques.
Dans ce domaine, les approvisionnements mondiaux sont extrêmement concentrés : en 2022, les trois premiers pays fournisseurs représentaient entre 65 % et 92 % de la production mondiale de plusieurs ressources minérales comme le nickel [65 %], le cobalt [78 %], les terres rares [90 %] et le lithium [92 %].7
À cela s’ajoute une multiplication des restrictions à l’exportation de matières premières critiques, qui ont plus que quintuplé depuis 2009.8
En parallèle, la demande mondiale de ces ressources minérales devrait quadrupler durant les deux prochaines décennies.9
L’Australie est appelée à jouer un rôle de premier plan dans la satisfaction de cette demande, ce qui implique tout un éventail d’occasions nouvelles à saisir, par exemple développer les capacités de raffinage et de traitement, qui sont relativement concentrées dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Pour cela, il faudra :10
- libérer l’investissement dans les infrastructures afin de mieux relier les pôles de production aux marchés intérieur et mondial;11
- investir dans l’amélioration des compétences et la formation pour permettre la spécialisation et l’accès à de nouveaux débouchés professionnels ; et12
- renforcer les contacts et partenariats avec les populations, y compris aborigènes, des régions minières, afin que tout le monde ait les meilleures chances de bénéficier des nouveaux investissements.
Troisièmement, nous devons continuer de faire avancer la coopération mondiale en matière fiscale.
Cette coopération assure la lisibilité de l’action publique dont les entreprises de la zone OCDE et du reste du monde ont besoin pour investir et participer à la concurrence.
Elle constitue également un facteur de stabilité, en apportant des solutions aux problèmes fiscaux soulevés par le commerce transnational et la transformation numérique, tout en atténuant la nécessité de prendre des mesures unilatérales contre-productives.
Enfin, la coopération en matière fiscale empêche la double imposition et permet d’épargner des coûts administratifs inutiles aux entreprises et aux administrations.
L’OCDE œuvre depuis longtemps à une véritable coopération internationale en matière fiscale.13
L’Australie participe activement à ces efforts, que ce soit dans la conduite des initiatives d’échange de renseignements à des fins de lutte contre la fraude et l’évasion fiscales14 ou à l’appui des programmes de renforcement des capacités menés dans un certain nombre de pays en développement.
Très récemment, des progrès importants ont été réalisés autour de la Solution reposant sur deux piliers, y compris de l’impôt minimum mondial : 67 pays et territoires du monde entier ont déjà promulgué la législation nécessaire à la mise en place de cet impôt ou ont pris des dispositions concrètes à cet effet.
Même si je sais que nous reviendrons tout à l’heure sur ce point, je voudrais rappeler qu’au mois de juin, les pays du G7 ont adopté une proposition sur la marche à suivre pour assurer le bon fonctionnement des mécanismes d’impôt minimum mondial, entre le système adopté par les États-Unis [le régime GILTI (Global Intangible Low-Taxed Income) relatif aux revenus mondiaux faiblement imposés générés par des actifs incorporels] et le Cadre inclusif OCDE/G20 sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS). Cette proposition a été soumise pour examen à tous les membres du Cadre inclusif.
Le Secrétariat de l’OCDE continuera de prêter son appui aux membres du Cadre inclusif dans ce contexte, afin que les discussions aboutissent à un consensus équitable et pérenne. Il s’agit en effet de préserver les acquis obtenus jusqu’ici et, à terme, de garantir des conditions de prévisibilité et de stabilité autour d’un accord durable et mutuellement bénéfique qui serve la croissance et permette d’aller de l’avant partout dans le monde.
Quatrièmement, nous devons continuer d’élargir la portée des normes et plateformes de dialogue communes.
L’OCDE s’est dotée d’une stratégie globale de relations mondiale qui vise à promouvoir l’adoption de ses normes et bonnes pratiques dans le monde entier, par exemple à travers le programme régional pour l’Asie du Sud-Est dont l’Australie assume la coprésidence [avec le Viet Nam] depuis trois ans.
Par ailleurs, partout dans le monde, des pays clés continuent de manifester un vif intérêt à l’égard d’une adhésion à l’OCDE et de prendre l’engagement de se mettre en conformité avec ses normes et bonnes pratiques.
L’an dernier, le Conseil de l’OCDE a pris la décision historique d’entamer des discussions avec l’Indonésie et la Thaïlande en vue de leur adhésion.
Cela signifie que les deux plus grandes économies de l’Asie du Sud-Est, la région qui enregistre la croissance la plus dynamique au monde, ont entrepris de se mettre en adéquation avec les normes et bonnes pratiques de l’OCDE, donnant ainsi un point d’ancrage au programme de réformes à engager dans ces pays pour qu’ils deviennent des économies avancées.
L’Indonésie et la Thaïlande sont donc venues allonger la liste des candidats actuels à l’adhésion à l’OCDE, qui compte déjà l’Argentine, le Brésil et le Pérou, pays d’Amérique latine, mais aussi la Bulgarie, la Croatie et la Roumanie, membres de l’Union européenne.
Avec leur adhésion, la famille OCDE verra son poids économique augmenter de 5 500 milliards USD.
Les efforts déployés en vue de ces adhésions procureront des avantages non négligeables aux entreprises, sous la forme d’un cadre réglementaire amélioré, de nouvelles possibilités d’affaires et d’investissement ou encore de normes plus robustes dans différents domaines, comme la conduite responsable des entreprises, la lutte contre la corruption et la concurrence.
En conclusion,
Nous évoluons actuellement dans un contexte très difficile, marqué par le ralentissement de la croissance mondiale et la montée de l’imprévisibilité de l’action publique.
Pourtant, à l’OCDE, nous observons toujours une volonté très forte, de la part des pays, de se réunir, de débattre et de trouver des pistes et solutions efficaces.
Nous continuerons de fournir le socle factuel et les cadres de dialogue nécessaires. À cet égard, une partie importante de ce travail consiste à recueillir les données et points de vue des entreprises. C’est pourquoi nous vous invitons à continuer d’y contribuer activement, par l’intermédiaire de l’ACCI et de Business at OECD.
Les responsables de l’élaboration des politiques disposent des outils nécessaires pour relancer la croissance économique et avancer dans la résolution des problèmes communs, qu’il s’agisse d’améliorer le fonctionnement des échanges, de s’adapter au vieillissement démographique ou d’optimiser la transformation écologique et numérique de nos économies et sociétés.
À l’OCDE, notre but est d’aider à concevoir et utiliser ces outils de manière à soutenir l’élaboration de politiques meilleures pour une vie meilleure.
Je me réjouis à la perspective du débat qui aura lieu aujourd’hui
et je vous remercie de votre attention.
1 L’indice des prix à l’exportation (qui mesure l’évolution des prix des exportations australiennes) a diminué de 4.5 % au deuxième trimestre 2025 et de 3.3 % sur l’ensemble de l’année. Cette baisse est la conséquence du recul des prix des minerais métallifères et des déchets de métaux (-9.0 %) dû à l’incertitude qui entoure les échanges internationaux et à la faiblesse actuelle du marché immobilier chinois. Source : ABS (juillet 2025), International Trade Price Indexes, Australia, June 2025 | Australian Bureau of Statistics
2 Les exportations de biens et de services ont représenté 24.7 % du PIB australien en 2024 (contre 20.1 % en 2015 et 18.2 % en 2005). Source : Exportations de biens et de services (% du PIB) - Australie | Données
3 Commission australienne de la productivité (Productivity Commission), 5-year Productivity Inquiry : Advancing Prosperity, vol. 1, février 2023, p. 1, consultable ici.
4 L’Australie occupe la 37e place sur 43 dans le classement par ordre croissant des pays au regard de la charge administrative et réglementaire, et la 39e place sur 43 quand on examine les pays dans lesquels la réglementation des autorisations et permis est la plus favorable au jeu de la concurrence. Source : Australia_PMR country note.pdf et Études économiques de l’OCDE : Australie 2023. En mai 2025, la Commission australienne de la productivité a annoncé qu’elle allait étudier les possibilités de réforme des autorisations d’exercice, notamment en harmonisant les différentes normes appliquées dans le pays. Voir : Call for submissions - National Competition Policy analysis 2025.
5 Ibid. Ces chiffres se rapportent au Japon et à l’Italie.
6 Ces données se rapportent au quatrième trimestre 2024 et sont issues d’une enquête menée auprès de 400 PME australiennes, dont la première campagne a eu lieu au troisième trimestre 2024 : 40 % des PME interrogées déclarent avoir adopté l’IA (soit 5 % de plus qu’au troisième trimestre). Source : AI adoption in Australian businesses for 2024 Q4 | Department of Industry Science and Resources
7 Par exemple, Inde, Philippines et Russie dans le cas du nickel ; République démocratique du Congo, Inde et Russie pour le cobalt ; Chine, États‑Unis et Australie pour les terres rares ; Australie, Chili et Türkiye pour le lithium. Source : Examen de l’OCDE sur la résilience des chaînes d’approvisionnement
8 OCDE (2023), Raw Materials Critical for the Green Transition : Production, International Trade and Export Restrictions et AIE (2021), The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions
9 OCDE (2023), Raw Materials Critical for the Green Transition: Production, International Trade and Export Restrictions et AIE (2021), The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions
10 CSIRO, From minerals to materials: Assessment of Australia’s critical mineral mid-stream processing capabilities, mai 2024, From minerals to materials: an assessment of Australia's critical minerals mid-stream processing capabilities - CSIRO. Parlement australien, Critical Minerals in Australia, 15 juillet 2025.
11 Stratégie australienne sur les minéraux critiques 2023-2030 : Stratégie sur les minéraux critiques 2023–2030.
12 Ibid.
13 Ainsi, ces dix dernières années, l’OCDE a soutenu les initiatives en faveur de l’échange automatique de renseignements à des fins fiscales qui ont véritablement mis fin au secret bancaire. Elle a également modernisé l’architecture de la fiscalité internationale à travers le projet BEPS de lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices, afin de contrecarrer les stratégies d’évasion fiscale qui exploitent les lacunes et incohérences des règles fiscales.
14 Au sein du Forum sur l’administration fiscale de l’OCDE, l’Australian Taxation Office (ATO) dirige le Groupe de travail international pour le partage des renseignements et la collaboration (JITSIC).
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.