Seul le prononcé fait foi.
Bonjour,
Je vous remercie d’être ici avec nous pour le lancement des Perspectives économiques de l’OCDE.
Jusqu’à la fin de 2024, l’économie mondiale a fait preuve d’une vraie résilience, affichant une croissance du PIB de 3.3 % sur l’année.
Mais depuis lors, l’environnement économique mondial est devenu nettement plus difficile.
Entre janvier et mars de cette année, la croissance du PIB de la zone OCDE a chuté brutalement pour s’établir à 0.1 % au cours du dernier trimestre, soit le taux de croissance le plus faible depuis le pic de la pandémie de COVID-19 il y a cinq ans.
Les droits de douane bilatéraux entre les États‑Unis et leurs partenaires commerciaux ont fortement augmenté, avec des conséquences notables sur la croissance et l’inflation.
Les mesures de l’incertitude liée à la politique commerciale telles qu’elles ressortent de la presse écrite ont atteint des niveaux inédits.
Les indicateurs à court terme laissent entrevoir un affaiblissement de l’activité économique.
Les enquêtes montrent un recul de la confiance des consommateurs, et l’incertitude liée à l’action publique érode également celle des entreprises.
Depuis la dernière édition de nos Perspectives intermédiaires, nous avons revu à la baisse nos projections de croissance du PIB mondial.
La croissance mondiale devrait ainsi, selon nos projections, ralentir et passer de 3.3 % en 2024 à 2.9 % en 2025 et 2026.
Par rapport à nos Perspectives intermédiaires de mars, il s’agit d’une correction à la baisse de 0.2 point pour 2025 et de 0.1 point pour 2026.
Les chiffres sont même inférieurs de 0.4 point à ceux que nous donnions pour 2025 et 2026 dans l’édition de décembre 2024 des Perspectives économiques, il y a six mois.
L’augmentation du coût des échanges alimente un regain de tensions inflationnistes
Nous nous attendons à ce que, cette année et la suivante, dans les économies du G20, l’inflation recule plus lentement et reste élevée plus longtemps que ce qui avait été prévu dans nos Perspectives de décembre 2024.
Venons-en aux évolutions propres à certains pays. Aux États-Unis, la croissance devrait ralentir.
Les principaux facteurs de ralentissement sont attribuables à la moindre croissance des exportations en raison des mesures de rétorsion prises par certains partenaires commerciaux ;
à l’impact de la forte incertitude liée à l’action publique ; et à une contraction prononcée de l’immigration nette.
La croissance du PIB devrait refluer, passant de 2.8 % en 2024 à 1.6 % en 2025 puis à 1.5 % en 2026.
Dans la zone euro, la croissance devrait légèrement s’affermir, passant de 0.8 % en 2024 à 1.0 % en 2025 et à 1.2 % en 2026.
L’amélioration des conditions de crédit à la faveur de l’assouplissement de la politique monétaire et l’augmentation des investissements financés par le plan de relance Next Generation EU contribueront à atténuer l’impact des pressions sur les échanges.
Au Japon, les fortes hausses des salaires et l’augmentation de l’investissement des entreprises soutiennent l’activité.
La croissance devrait en profiter, passant de 0.2 % en 2024 à 0.7 % en 2025, puis se modérer pour revenir à 0.4 % en 2026 en raison de l’essoufflement de la demande extérieure.
Les pays émergents d’Asie, à savoir la Chine, l’Inde, l’Indonésie et sept autres économies asiatiques dynamiques, continuent de représenter plus de la moitié de la croissance mondiale.
Néanmoins, l’augmentation des droits de douane freinera la croissance en Chine.
Si des mesures budgétaires comme des subventions aux biens de consommation aident à amortir le ralentissement de l’activité, la croissance devrait s’y modérer, passant de 5.0 % en 2024 à 4.7 % en 2025 et 4.3 % en 2026.
Des risques non négligeables pèsent sur ces perspectives économiques.
L’incertitude est particulièrement forte en ce qui concerne les échanges et la politique commerciale.
De nouvelles hausses des obstacles aux échanges ou une incertitude prolongée en lien avec l’action publique assombriraient encore les perspectives de croissance et auraient sans doute pour effet de faire monter l’inflation dans les pays imposant des droits de douane.
Selon les estimations figurant dans notre rapport, dans un scénario où les droits de douane bilatéraux imposés par les États-Unis seraient relevés de 10 points de pourcentage supplémentaires pour tous les pays par rapport aux taux en vigueur à la mi-mai, le PIB mondial pourrait perdre environ 0.3 % au bout de deux ans.
Le Canada, les États-Unis et le Mexique seraient particulièrement touchés, en raison de leur intégration commerciale étroite.
En revanche, des mesures visant à réduire les obstacles aux échanges, à revenir sur les hausses de droits de douane et à dissiper les incertitudes liées à l’action publique pourraient stimuler la confiance, abaisser le coût des échanges, soutenir la croissance et contribuer à atténuer les tensions inflationnistes.
La persistance de l’inflation demeure un autre risque majeur.
La hausse des prix des biens s’est accélérée en début d’année, principalement en raison de l’augmentation des prix des produits alimentaires, et parallèlement, l’inflation dans les services est restée relativement élevée.
Les anticipations d’inflation des ménages ont augmenté dans certaines économies, particulièrement aux États-Unis, sans doute en raison de la hausse attendue du coût des importations.
Face à l’augmentation des tensions inflationnistes, l’orientation de la politique monétaire devra rester restrictive plus longtemps, faisant monter le coût des emprunts et freinant l’activité économique.
Dans ce contexte, voici les principales priorités de l’action publique :
- entretenir un dialogue constructif pour trouver une solution durable aux tensions commerciales actuelles ;
- mener une politique monétaire et budgétaire prudente ; et
- engager des réformes structurelles ambitieuses pour redynamiser la croissance à plus longue échéance.
S’agissant de l’augmentation des incertitudes liées aux politiques commerciales et de la hausse des droits de douane ces deux derniers mois :
notre principale recommandation est que les gouvernements échangent les uns avec les autres pour résoudre de manière coopérative les difficultés rencontrées au niveau du système commercial mondial ;
il s’agit d’examiner sans détour toutes les questions, entre démocraties de marché et au-delà, avec tous les pays partenaires qui, partout dans le monde, sont prêts à engager des discussions de bonne foi sur la meilleure façon de rendre le système commercial mondial fondé sur des règles plus équitables et faire en sorte qu’il fonctionne mieux au service de tous.
L’OCDE est, à bien des égards, la plateforme idéale pour servir de cadre à certaines de ces discussions multilatérales très importantes.
Pour donner quelques chiffres sur les perspectives que cela pourrait ouvrir, il faut savoir que selon nos analyses, une baisse mondiale généralisée des taux des droits de douane de 1.5 point de pourcentage pourrait faire progresser le PIB de 0.2 % dans les économies avancées du G20 et de près de 0.3 % dans les économies émergentes du G20 en l’espace de trois ans, tout en contribuant à faire baisser l’inflation.
Les atouts uniques en leur genre que constituent les données, les analyses, les normes et les instruments de l’OCDE, dans des domaines allant des subventions qui faussent le jeu du marché à l’importance de la neutralité concurrentielle en passant par la bonne gouvernance des entreprises publiques et la conduite responsable des entreprises, peuvent apporter une contribution importante aux principaux débats bilatéraux et multilatéraux portant sur l’amélioration des accords commerciaux mondiaux.
La politique monétaire devra être soigneusement calibrée.
Les banques centrales devraient rester vigilantes face au niveau élevé de l’incertitude liée à l’action publique et à la possibilité que la hausse des coûts des échanges influe sur les salaires, les prix et la demande.
Si les anticipations d’inflation restent bien ancrées et si les tensions commerciales ne s’aggravent pas, on pourra continuer d’abaisser les taux directeurs dans les pays où l’inflation devrait, selon les projections, s’atténuer ou rester modérée.
D’après nos projections, nous tablons sur une poursuite de la baisse des taux directeurs dans plusieurs grandes économies de l’OCDE, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et la zone euro.
S’agissant de la politique budgétaire :
Les pouvoirs publics doivent s’attacher à reconstituer des marges budgétaires et à se ménager la possibilité de faire face à de futures tensions sur les dépenses.
L’année dernière, la dette publique dans la zone OCDE représentait 112 % du PIB, contre 73 % en 2007.
De plus, les coûts du service de la dette sont en hausse — dans notre Rapport sur la dette mondiale publié en mars, on voit que les intérêts des administrations publiques exprimés en pourcentage du PIB ont augmenté dans environ deux tiers des pays de l’OCDE en 2024, atteignant 3.3 % en moyenne.
Parallèlement, même si elles restent inférieures à celles que se sont fixées les pays eux-mêmes, les dépenses de défense augmentent en Europe,
forçant à opérer des choix difficiles quant au rythme et à la nature de l’ajustement budgétaire.
Les politiques sociales et celles qui concernent les retraites, par exemple, qui constituent les deux postes les plus importants des budgets publics, pourraient gagner en efficacité grâce à de meilleures incitations au travail des seniors et à un ciblage plus judicieux des prestations sociales.
Tout en nous employant à relever les défis économiques immédiats, nous devons aussi jeter les bases de perspectives de croissance plus fortes à moyen et à long terme.
Dans la zone OCDE, la croissance potentielle par habitant est estimée cette année à 1.3 %, contre environ 2 % dans les années 90.
La création d’emplois a été un moteur essentiel de la croissance ces dernières années, tandis que les gains de productivité et l’investissement reculaient tous les deux sensiblement.
Des réformes structurelles ambitieuses sont indispensables pour voir progresser l’investissement et la productivité et faire en sorte qu’ils redeviennent de puissants moteurs de croissance ; il s’agit notamment de :
- stimuler la concurrence et réduire les obstacles à l’entrée des entreprises ;
- abaisser les coûts de la réglementation pour les entreprises ;
- réduire les incertitudes liées à l’action publique ;
- améliorer les possibilités de financement, en particulier pour les jeunes entreprises innovantes ; et
- garantir l’existence d’une main-d’œuvre qualifiée et adaptable.
En conclusion,
Alors que nous nous heurtons à d’importants écueils économiques, nous avons à notre disposition les outils nécessaires pour faire avancer les réformes structurelles essentielles, soutenir une coopération internationale productive au service d’une plus grande certitude de l’action publique et promouvoir une croissance vigoureuse, durable, inclusive et résiliente.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.