Seul le prononcé fait foi.
Monsieur le Ministre Tovar, cher Manuel, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames les Ambassadrices et Messieurs les Ambassadeurs, chers collègues, chers amis,
Je vous souhaite la bienvenue au lancement de ce tout premier Examen de l’OCDE sur la résilience des chaînes d’approvisionnement.
Cet ouvrage présente les analyses les plus récentes de l’OCDE sur les interdépendances des chaînes d’approvisionnement, la concentration des échanges et les obstacles réglementaires, mettant à profit le socle de données et de connaissances sans équivalent de l’Organisation.
Les chaînes d’approvisionnement mondiales sont un pilier essentiel de nos économies.
Elles permettent une production et une distribution efficientes des biens et des services par-delà les frontières et, partant, un abaissement des coûts pour les entreprises et les consommateurs.
Elles facilitent l’innovation par la collaboration mondiale et sont porteuses de millions d’emplois par les liens qu'elles établissent entre les secteurs économiques et les marchés, partout dans le monde.
Elles font profiter les consommateurs des bienfaits de l’efficience, de la concurrence et de l’innovation,
et approvisionnent les entreprises en intrants essentiels.
De fait, les produits intermédiaires représentent aujourd’hui quelque 60 % des échanges mondiaux.
En outre, les chaînes d’approvisionnement mondiales sont, pour les pays Membres et non Membres de l’OCDE, un puissant levier de croissance et une formidable source de débouchés, du fait qu’elles facilitent la connectivité aux marchés du monde entier.
C’est ainsi que 15 % environ des biens et services produits dans la zone OCDE sont consommés en dehors de celle-ci.
Nous observons depuis quelques années des évolutions qui illustrent combien il est nécessaire de renforcer la résilience et la sécurité de ces chaînes d’approvisionnement.
Une série de risques associés aux chaînes d’approvisionnement sont apparus et ont évolué sous l’influence :
des répercussions de la pandémie de COVID-19,
des guerres et des conflits,
des catastrophes naturelles et des conditions météorologiques extrêmes,
des choix opérés par certains pays en octroyant des subventions et en prenant d’autres mesures susceptibles de fausser le marché qui peuvent nuire aux capacités industrielles dans les économies de marché,
des cas de coercition économique ou de restriction des échanges, et
très concrètement, des goulets d’étranglement physiques dans les réseaux de transport.
Comme le montre notre Examen, la concentration dans nos chaînes d’approvisionnement s’accentue.
Par extension, il en va de même des risques de perturbations.
Tous pays confondus, il ressort d’une évaluation d’environ 4 800 biens entrant dans les échanges internationaux que la proportion des biens caractérisés par une forte concentration des importations a augmenté en moyenne de 50 % environ entre la fin des années 1990 et le début des années 2020.
Au niveau mondial, au cours de la période 2020-22, 30 % du niveau de concentration sur les marchés d’importation étaient le fait des exportations chinoises – ce qui constitue le pourcentage le plus élevé de tous les pays et contraste avec celui de seulement 5 % relevé 23-25 ans plus tôt.
Notre analyse montre aussi que la solution consistant à simplement relocaliser la production n’est pas la bonne.
Selon nos estimations, s’attaquer à la forte concentration en s’attachant uniquement à relocaliser la production au niveau national entraînerait une baisse du PIB réel mondial de plus de 5 %.
Nous estimons que les pays de l’OCDE perdraient entre 3.2 % et 13.1 % de PIB et créeraient en plus de nouvelles vulnérabilités aux chocs extérieurs.
Nous devons plutôt faire appel à de nouvelles sources d’approvisionnement inexploitées à l’échelle mondiale et accroître la flexibilité des chaînes d’approvisionnement internationales, en particulier pour les produits caractérisés par une concentration significative des importations.
D’importantes possibilités de diversification s’offrent notamment en développant les liens d'échanges et d’investissement avec l’Amérique latine et l’Afrique concernant les ressources minérales, avec l’Inde s’agissant des produits pharmaceutiques et avec certains pays d’Asie du Sud-Est comme la Thaïlande pour ce qui est des plastiques. Et il existe d’autres possibilités encore.
L’objectif doit être de renforcer la sécurité économique et la résilience des chaînes d’approvisionnement, tout en préservant les avantages économiques découlant de l’ouverture des marchés et du commerce mondial fondé sur des règles.
Pour l’atteindre, notre Examen met en exergue plusieurs priorités :
Premièrement, simplifier les procédures douanières et aux frontières applicables aux biens.
Des réseaux logistiques et de transport plus efficients peuvent aider les entreprises à modifier leurs approvisionnements et leurs activités de distribution moyennant des retards et des coûts minimes.
En outre, le recours aux outils numériques et aux procédures douanières dématérialisées peut raccourcir les délais de dédouanement et améliorer la transparence.
Nos derniers Indicateurs de facilitation des échanges montrent que les goulets d’étranglement et les formalités administratives aux frontières ont diminué ces dernières années, et les coûts estimés des échanges ont baissé de 5 % au cours de la décennie écoulée.
Il s’agit de poursuivre les efforts en ce sens.
Deuxièmement, lever les obstacles inutiles aux échanges de services essentiels à la chaîne d’approvisionnement, comme le transport et la logistique.
Les obstacles aux échanges dans ces secteurs progressent, ce qui entraîne une hausse des coûts et nuit à la flexibilité des chaînes d’approvisionnement manufacturières.
Selon nos estimations, l’abaissement des obstacles aux échanges de services liés aux chaînes d’approvisionnement mondiales pourrait réduire les coûts des échanges de 5 % à 14 % en moyenne dans les différents pays, et c’est dans le transport aérien que l’impact serait le plus fort puisqu’il pourrait atteindre 24 %.
Troisièmement, abaisser les obstacles réglementaires qui affectent les flux transfrontières de données pour favoriser l’agilité des entreprises et leur réactivité face aux perturbations.
Les échanges de données en temps réel aident les fournisseurs à mieux gérer leurs stocks, à coordonner la production entre les pays, à anticiper les évolutions de la demande et à réagir plus rapidement à des perturbations soudaines.
Cependant, les obligations de collecter, traiter ou stocker les données personnelles et celles des entreprises dans le périmètre d'un pays sont aujourd’hui plus de deux fois plus nombreuses qu’il y a dix ans.
Ces mesures ont certes pour effet de renforcer la sécurité des flux de données, mais elles réduisent également la capacité d’adaptation des entreprises aux évolutions en temps réel des chaînes d’approvisionnement.
En permettant une circulation transfrontière des données assortie d’une protection et de garde-fous appropriés, on permettra aux entreprises de suivre et d’anticiper les chocs émergents et d’y réagir de manière proactive.
En conclusion,
Les risques de perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales se sont accrus et pourraient avoir des répercussions importantes sur nos économies et nos sociétés.
Nous disposons toutefois des moyens d’action pour ouvrir de nouvelles sources d’approvisionnement et de nouveaux débouchés économiques,
en allégeant les obstacles administratifs et autres aux échanges,
et en favorisant un meilleur fonctionnement des marchés mondiaux et des règles du jeu équitables.
L’OCDE continuera de mobiliser sa base de données factuelles et ses analyses sans équivalent pour aider les responsables de l’action publique à mettre ces moyens d’action au service de chaînes d’approvisionnement plus résilientes, plus adaptables et plus fiables.
Je vous remercie de votre attention.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.