Seul le prononcé fait foi.
Chers invités,
Chers amis, Mesdames, Messieurs,
Je vous souhaite la bienvenue à l’édition 2025 du Forum mondial de l’OCDE sur l’intégrité et la lutte contre la corruption.
Ce Forum fait de la lutte contre la corruption un intérêt commun et une responsabilité conjointe des pouvoirs publics, des entreprises et de la société civile, en offrant à toutes les parties prenantes une plateforme pour mutualiser les meilleures pratiques et mieux coordonner leur action.
En participant à ce Forum aujourd’hui, nous reconnaissons tous que la lutte contre la corruption et la promotion de l’intégrité procurent des bienfaits considérables, en permettant notamment :
de favoriser la confiance de la population dans les institutions publiques ;
de veiller à ce que les pouvoirs publics prennent des décisions saines et utilisent les deniers publics de manière optimale ;
de garantir des règles du jeu équitables et une lisibilité de l’action publique qui concourent au développement des entreprises et à la prospérité économique.
La preuve : les pays où les niveaux de corruption perçue sont plus faibles lèvent en moyenne l’équivalent de 4 % du PIB en impôts supplémentaires – des ressources qui peuvent alors être consacrées à des investissements dans la croissance et le bien-être.
Cette 26e édition du Forum portera en particulier sur la manière dont l’innovation peut nous permettre d’intensifier nos efforts pour préserver l’intégrité et la transparence.
Premièrement, il sera question de tirer le meilleur parti des outils numériques pour accroître l’ampleur et l’efficacité de la lutte contre la corruption.
Qu’il s’agisse d’améliorer la transparence des processus sous-tendant les marchés publics, de déceler la fraude fiscale ou de faciliter les enquêtes sur les conflits d’intérêts, les algorithmes avancés et les nouvelles technologies numériques transforment la manière dont les institutions publiques détectent et préviennent la fraude et la corruption.
Par exemple, l’OCDE travaille actuellement avec le Service lituanien des enquêtes spéciales en vue d’élaborer un modèle fondé sur l’intelligence artificielle (IA) qui permettra de détecter les risques de corruption dans l’utilisation de fonds publics nationaux et européens.
Nous avons également lancé, avec les Cours des comptes régionales autrichiennes, un projet conjoint visant à intégrer l’IA dans les processus de contrôle des finances publiques, ce qui permettra à terme d’accélérer l’analyse de documents et d’en améliorer la précision.
Au cours des deux prochains jours, nous pourrons partager les enseignements que nous avons pu tirer de ces initiatives, ainsi que de l’utilisation d’autres outils numériques.
Deuxièmement, nous nous pencherons sur la mise en place de partenariats innovants avec le secteur privé, partenaire clé dans la lutte contre la corruption.
Dans le cadre de l’initiative mondiale de mobilisation du secteur privé comme partenaire dans la lutte contre la corruption (Global Initiative to Galvanize the Private Sector as Partners in Combating Corruption, GPS), l’OCDE met en relation des professionnels exerçant au sein d’administrations et d’entreprises publiques avec leurs homologues du secteur privé afin de recenser les moyens d’améliorer la conception et l’application des politiques publiques relatives à la lutte contre la corruption et à l’intégrité.
Plus généralement, les pouvoirs publics doivent offrir aux entreprises des incitations et un soutien pour les aider à lutter contre la corruption, notamment s’agissant de résister aux sollicitations de potsdevin et de signaler les tentatives de corruption.
À l’heure actuelle, 18 Membres de l’OCDE déploient des stratégies visant à atténuer les risques de corruption dans le secteur privé, les entreprises publiques et les partenariats public-privé, ce qui consiste notamment à renforcer les procédures de mise en conformité et de signalement.
La Convention anticorruption de l’OCDE, en vigueur depuis maintenant 26 ans, fournit en outre à ses adhérents des orientations sur le renforcement des protections juridiques qu’ils prévoient pour les entreprises qui refusent de verser des potsdevin.
Ce Forum nous permettra d’explorer les possibilités de poursuivre ces efforts.
Troisièmement, nous verrons comment l'adoption de nouveaux outils peut renforcer la transparence des flux financiers et en garantir l’intégrité dans les pays et territoires où l’information est limitée et où le degré de risque perçu est élevé.
Les technologies de paiement numérique et les solutions fondées sur les chaînes de blocs peuvent améliorer la traçabilité des fonds et appuyer les efforts de conformité des institutions financières, réduisant ainsi le risque que ces institutions se retirent de pays ou de territoires réputés à haut risque – qui sont aussi ceux où il est urgent d’élargir l’accès aux services financiers.
M-Pesa, un service kényan de paiement par téléphone mobile destiné à la population non bancarisée, ou encore le système d’identité numérique thaïlandais, qui vise à renforcer la sécurité des paiements en ligne grâce à la vérification de l’identité, sont deux exemples de solutions que les pouvoirs publics mettent en place pour améliorer la transparence des transactions financières.
En consultation avec le Groupe d’action financière (GAFI), l’OCDE est en train d'élaborer des orientations sur les moyens de tirer efficacement parti de ces outils pour favoriser l’intégrité dans le contexte des flux financiers à l’échelle nationale et internationale.
Ce Forum nous donnera l’occasion de recueillir les éclairages offerts par des institutions financières internationales, des spécialistes de la coopération pour le développement et des représentants de pouvoirs publics sur les moyens permettant de réduire encore le niveau des risques perçus et d'élargir l’accès à des services financiers sûrs et abordables.
Quatrièmement, il s’agira de s’attaquer aux nouvelles formes d’influence étrangère indue dans les institutions démocratiques.
Pour ce faire, il faut notamment remédier aux faiblesses de la réglementation applicable aux activités de lobbying comme à celles de la législation sur le financement de la vie politique, et répondre aux menaces pesant sur l’intégrité de l’information, telles que les faux contenus générés par l’IA.
Ces formes d’influence indue peuvent saper la confiance dans la prise de décision publique.
D’après l’édition 2023 de l’Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques, 43 % des personnes interrogées estiment que les pouvoirs publics sont susceptibles de mettre en œuvre des politiques favorisant les entreprises au détriment de l’intérêt général.
Notre analyse montre qu'il existe d’importants leviers pour renforcer les protections contre les influences indues, conformément à la Recommandation de l’OCDE sur la transparence et l’intégrité des activités de lobbying et d’influence.
Sur les 42 pays et territoires pour lesquels nous disposons d’informations, seuls le Canada et l’Union européenne imposent aux lobbyistes de déclarer leurs campagnes de sensibilisation et de communication sur les médias sociaux, qui sont une technique de plus en plus employée pour influencer l’opinion de la population sur des questions liées à l’action publique.
Vos échanges sur la corruption stratégique aideront à repérer les menaces émergentes ainsi que les modifications à apporter aux cadres d’intégrité des pays de façon à protéger leurs intérêts nationaux.
Jeudi, nous annoncerons également les vainqueurs du Défi pour la recherche sur la lutte contre la corruption de 2024.
Pour ce défi, que nous avons lancé l’année dernière, des chercheurs, des étudiants et des professionnels devaient, à l’aide de la base de données des Indicateurs d’intégrité publique de l’OCDE, produire des visuels innovants et apporter des éclairages susceptibles de déboucher sur des actions concrètes concernant les nouveaux moyens de lutter contre la corruption.
Je remercie toutes celles et tous ceux qui y ont participé et qui ont ainsi contribué au renforcement des politiques d’intégrité et de lutte contre la corruption dans l’ensemble de la zone OCDE et au-delà, et j’adresse toutes mes félicitations aux vainqueurs.
En conclusion,
Alors qu’apparaissent de nouvelles formes d’influence indue, de fraude et de corruption, nous avons besoin de solutions innovantes pour préserver l’intégrité et, in fine, l’efficience et l’efficacité de nos institutions publiques et de nos marchés.
Il sera indispensable de renforcer la coopération entre les administrations et d’associer la société civile, le secteur privé et le milieu universitaire à nos efforts pour parvenir à nos fins.
Les éclairages que vous partagerez au cours des deux prochains jours contribueront à façonner les orientations de l’OCDE sur la transparence et la lutte contre la corruption, et, à terme, à favoriser un avenir plus juste et plus prospère.
Je vous remercie de votre attention.
Coopérant avec plus d’une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour préserver les libertés individuelles et améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.