Peter Jarrett
Cyrille Schwellnus
Peter Jarrett
Cyrille Schwellnus
Le Maroc a une population jeune et croissante, mais il demeure caractérisé par une forte proportion d’emploi informel couplée à un taux de chômage des jeunes élevé et un faible taux d’activité des femmes. En tirant meilleur parti de la population d’âge actif, le pays pourrait stimuler la croissance et relever les niveaux de vie. Une grande réforme a été engagée dans le but d’élargir le filet de protection sociale et de réduire l’activité informelle, ce qui contribuera à rehausser la qualité du marché du travail. La réforme doit être pleinement mise en œuvre et des mesures complémentaires prises pour améliorer l’attractivité du travail dans l’économie formelle, notamment en abaissant les cotisations sociales des travailleurs faiblement rémunérés, en assouplissant la réglementation du marché du travail, en prenant en compte l'impact du salaire minimum sur la formalisation, et en renforçant la collecte des impôts et l’application des cotisations sociales. La part importante de jeunes sans emploi et sortis du système éducatif témoigne en partie des faibles résultats de l’enseignement. Ceux-ci pourraient être relevés en améliorant le système scolaire, notamment en évitant les redoublements excessifs et en perfectionnant les méthodes d’enseignement, comme l’envisagent les réformes en cours. Le taux d’activité des femmes dans l’économie formelle pourrait être augmenté en élargissant l’offre de services de garde d’enfants, en améliorant l’inclusion financière, en réduisant plus efficacement les discriminations, et en luttant contre les stéréotypes de genre.
Le Maroc a une population jeune et grandissante, mais l’emploi informel est largement répandu, le chômage des jeunes est élevé, surtout pour les jeunes actifs qualifiés, et le taux d’activité des femmes est faible. En tirant un meilleur parti de sa population et de ses compétences, le Maroc pourrait stimuler la croissance, réduire la pauvreté et rehausser la qualité des emplois. Une situation sur le marché du travail moins favorable que dans le pays moyen de l’OCDE n’a rien d’inhabituel parmi les autres pays de la région affichant un revenu par habitant comparable (Tableau 3.1). Le Maroc peut toutefois améliorer ses institutions du marché du travail et s’attaquer aux déficiences de longue date dans les politiques de l’éducation et des compétences afin d’obtenir de meilleurs résultats, dans la continuité des réformes passées et en cours. Le présent chapitre analyse les mesures de réduction de l’économie informelle, de stimulation de l’emploi des jeunes et de renforcement de l’activité des femmes en s’intéressant plus particulièrement aux réformes du système de protection sociale et de réglementation du marché du travail, aux politiques de l’éducation et des compétences et aux mesures spécifiques en faveur d’un meilleur marché du travail pour les femmes. Il ressort de l’expérience des pays de l’OCDE que les mesures d’assouplissement doivent être contrebalancées par des mesures et des institutions qui protègent les travailleurs, favorisent l’inclusivité et permettent de tirer le meilleur parti des changements structurels en cours (OECD, 2018[1]).
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Maroc |
Moyenne des pays de comparaison1 |
Moyenne OCDE |
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|---|---|---|---|
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Population (millions) |
37.8 |
56.1 |
36.3 |
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Population d’âge actif, en % de la population |
62.0 |
63.8 |
63.8 |
|
Taux d’activité, en % de la population d’âge actif |
43.6 |
48.2 |
75.8 |
|
Taux d’emploi, en % de la population active |
38.0 |
39.1 |
71.5 |
|
Taux de chômage, en % de la population active |
13.0 |
12.1 |
4.8 |
|
Emploi informel, en % de l’emploi total |
67.62 |
52.0 |
14.0 |
|
Emploi dans l’industrie, en % de l’emploi total |
12.2 |
31.4 |
22.5 |
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Emploi dans le secteur primaire, en % de l’emploi total |
34.6 |
14.7 |
4.9 |
1. Moyenne simple de l’Algérie, l’Égypte et la Tunisie.
2. Part de travailleurs informels dans l’emploi salarié total mesuré par la part de travailleurs non affiliés à la sécurité sociale (dernière estimation officielle en date du Haut-Commissariat au Plan pour 2013‑14).
Source : Haut-Commissariat au Plan ; OCDE ; Banque mondiale ; OIT.
Plusieurs réformes ont été engagées par les autorités, notamment une grande réforme de la protection sociale et des réformes du système scolaire. La mise en œuvre d’un large train de mesures complémentaires dans les domaines d’action des pouvoirs publics dont il est ici question serait mutuellement bénéfique et soutiendrait cette démarche. Par exemple, l’amélioration générale des retombées de l’enseignement déboucherait sur de meilleures perspectives professionnelles pour les femmes, tandis que la réduction de l’activité informelle serait bénéfique pour les compétences des travailleurs en leur permettant d’accéder à des formations structurées.
La section 3.1 livre une vue d’ensemble du marché du travail marocain, portant plus particulièrement sur l’activité informelle, l’ampleur du chômage des jeunes et le faible taux d’activité des femmes. La section 3.2 analyse les mesures de réduction de l’emploi informel, notamment les politiques de prélèvements et prestations et la réglementation du marché du travail. La section 3.3 porte sur les politiques actives du marché du travail et les politiques de l’éducation susceptibles de stimuler l’activité des jeunes. Enfin, la section 3.4 propose des réformes qui aideraient les femmes à obtenir plus d’emplois et de meilleure qualité.
La population du Maroc augmente rapidement, à un rythme annuel d’environ 1 %. Le taux de fécondité de la femme moyenne a fortement baissé depuis les années 1970 et s’établit actuellement à 2.05 enfants, soit un peu en deçà du taux de natalité de 2.1 requis pour assurer la stabilité de la population, mais la hausse de l’espérance de vie vient augmenter le nombre d’habitants. Le taux de fécondité des femmes vivant en milieu rural (2.36) demeure plus élevé que celui des femmes en zone urbaine (1.87). L’espérance de vie globale était de 74 ans en 2021, soit une forte augmentation par rapport aux 71.7 ans observés en 2004. Un écart important persiste toutefois entre les régions, qui affichent une espérance de vie entre 79.3 ans et 69.4 ans aux deux extrêmes. La population d’âge actif continue d’augmenter, mais la courbe devrait se stabiliser dans les années 2040 avant de commencer à descendre à plus longue échéance (Graphique 3.1).
Source : Organisation des Nations Unies, Département des affaires économiques et sociales, Division de la population, Perspectives de la population mondiale 2022.
La population est relativement jeune. Le taux de dépendance total s’est récemment stabilisé aux alentours de 0.5 dépendant (dont 0.4 enfant) par personne d’âge actif. Alors que le taux de dépendance des jeunes est relativement élevé, mais en baisse, le taux de dépendance des personnes âgées, initialement très bas, est quant à lui en hausse : il atteindra plus de 15 % en 2030, à comparer à moins de 7 % en 2000, et pourrait dépasser 50 % avant la fin du siècle. Les taux de dépendance des personnes âgées actuel et projeté en 2030 correspondent à environ la moitié seulement des taux moyens non pondérés dans les pays de l’OCDE, qu’ils ne rattraperont pas à longue échéance. Le « dividende démographique » récolté par le Maroc grâce au faible taux de dépendance total devrait commencer à reculer au milieu des années 2030.
Le Maroc connaît une forte émigration, qui ralentit toutefois depuis quelques années. Après avoir atteint un niveau record de 3.3 pour mille par an aux alentours de 2005, l’émigration nette par rapport à la population a chuté à 1.2 pour mille ces dernières années. Ce chiffre n’en est pas moins élevé relativement aux autres pays de la région MENA. Environ 3.3 millions de Marocains vivaient à l’étranger en 2020, en Europe dans plus de 80 % des cas (Haut-Commissariat au Plan (HCP), 2020[2]). Parmi les pays de la région MENA, seule l’Égypte compte une diaspora plus nombreuse (3.6 millions). Le Maroc accueille également un petit nombre d’immigrés, venus d’Afrique subsaharienne pour la plupart.
Les déterminants de l’émigration sont pluriels, et l’on citera notamment les différences de salaire par rapport aux économies plus avancées, les liens linguistiques avec certains pays européens et des réseaux de diaspora bien établis. Une enquête conduite en 2018-19 par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a constaté que 23 % des adultes envisageaient de quitter le pays (29 % d’hommes et 18 % de femmes). La part la plus importante était celle des moins de 30 ans en milieu rural. Seulement 12.4 % des personnes sans diplôme d’enseignement ont l’intention d’émigrer, tandis que 20.7 % des diplômés de l’enseignement supérieur et 40.6 % des personnes possédant une qualification professionnelle envisageaient d’émigrer. Près de trois quarts de tous les émigrés (un total d’environ 45 000 par an) partent pour des raisons économiques, généralement pour un emploi ou dans l’expectative d’un meilleur niveau de vie. Le fait qu’un tiers des émigrés aient fait des études supérieures (à comparer avec 13 % de l’ensemble de la population adulte), en particulier ceux qui partent en Amérique du Nord, entraîne pour le Maroc des effets de fuite des cerveaux et une perte de compétences accumulées. Un nombre important de départs sont motivés par des études universitaires (57 000 en 2019). L’émigration est compensée par la migration de retour, mais à petite échelle (OECD, 2024d) et généralement après une longue période à l’étranger. Environ la moitié des émigrés qui reviennent au Maroc y exercent un emploi, tandis qu’un sur six prend sa retraite. Le retour des émigrés est souvent une source de compétences et d’expériences utiles susceptibles de renforcer l’économie marocaine : le Maroc devrait aller plus loin pour faciliter la reconnaissance des compétences acquises à l’étranger, parfois sous la forme de qualifications qui n’existent actuellement pas au Maroc. De meilleures incitations financières au retour pourraient être proposées, notamment pour les plus qualifiés.
D’importantes différences sociales et professionnelles existent entre les régions du Maroc, tenant en partie à l’étalement géographique de la population, aux difficultés de transport et à l’écart de développement entre les villes et les zones littorales d’un côté, et les régions rurales et montagneuses de l’autre. La longue tendance à l’urbanisation observée au Maroc, passée de 35.1 % de la population en 1971 à 64.8 % en 2023 (HCP, 2024c), devrait se poursuivre, les prédictions de la proportion de la population qui vivra en milieu rural à l’horizon 2035 s’établissant à 30 %. La situation sur le marché du travail varie considérablement selon la région : en 2022, les taux d’activité allaient d’environ 38 % à 50 % et les taux de chômage de 7 % à 20 %.
Comme dans d’autres pays comparables, les populations rurales sont confrontées à un certain nombre de difficultés. Les résultats de l’enseignement ont tendance à être inférieurs dans les milieux ruraux. À l’âge actif, la proportion de jeunes sans emploi et sortis du système éducatif est plus forte dans les zones rurales (30.3 % contre moins de 21.8 % dans les zones urbaines en 2022), où certains enfants effectuent des travaux domestiques. Il n’existe pas de protection pour les enfants de 15 ans et moins travaillant dans l’artisanat traditionnel. Les travailleurs des milieux ruraux exercent plus souvent un emploi informel et ont historiquement moins de chances de bénéficier de la protection sociale, comme dans d’autres pays en développement (Kolev, La and Manfredi, 2023[3]). Le taux d’activité des adultes est toutefois plus élevé en milieu rural qu’en milieu urbain, car il est plus fréquent que les femmes travaillent par nécessité, pour subvenir aux besoins de la famille. Le taux de chômage est par ailleurs nettement plus bas (environ 6 % contre près de 16,8 % dans les zones urbaines).
L’activité informelle est largement répandue dans l’économie marocaine, à l’instar d’autres pays affichant des niveaux comparables de revenu par habitant. Le Maroc a officiellement mesuré l’ampleur de l’économie informelle en calculant la part de titulaires d’un emploi non affiliés à un régime d’assurance sociale. Les enquêtes nationales conduites en 2013‑14 par le Haut-Commissariat au Plan et publiées en 2018 situaient, selon cette définition, la part de travailleurs informels à 67 % sur l’ensemble des travailleurs et à 36% sur l’ensemble des ouvriers non agricoles (El Rhaz and Bouzner, 2021; Graphique 3.2). Cette situation tenait à la forte proportion de travailleurs non affiliés à l’assurance sociale dans le secteur agricole, l’affiliation n’ayant pas été obligatoire par le passé. Il est probable que cette mesure de l’économie informelle fondée sur l’assurance sociale s’améliorera très considérablement avec l’entrée en vigueur en 2024 de l’obligation de se déclarer sur le nouveau registre social pour bénéficier de l’aide directe et de la couverture médicale.
Un autre indicateur de l’économie informelle, les travailleurs sans contrat, représentaient 67.2 % de toutes les personnes occupées en 2000 avant de descendre à 51.2 % en 2022, mais largement concentrés en milieu rural, essentiellement dans l’agriculture et parmi les jeunes (HCP, 2024c). D’autres sources et méthodes situent la part de travailleurs informels entre 41 % et 80 % (Bertelsmann Stiftung, 2022[5]). Ces écarts s’expliquent en grande partie par l’inclusion ou non du secteur agricole, source d’emploi de la majorité des travailleurs informels : selon les estimations, 82 % des femmes et 46 % des hommes exercent un emploi informel dans l’agriculture (HCP, 2023a). L’activité informelle est aussi très répandue dans le secteur de la construction et des travaux publics, ainsi que dans le commerce et les services de réparation. Au Maroc comme ailleurs, bon nombre de travailleurs informels sont employés par des entreprises du secteur formel redevables de l’impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée : ils sont 40 % sur un large échantillon de pays en développement (dont le Maroc est exclu faute de données) (Kolev, La and Manfredi, 2023[3]). Par groupe d’âge, la part de l’activité informelle au Maroc, comme dans le reste de la région MENA, décrit une courbe en U indiquant qu’elle est plus répandue chez les jeunes et les personnes âgées (Ulyssea, 2020[6]; Lopez-Acevedo et al., 2023[7]). En 2017, était estimé que 94 % des titulaires d’un emploi de 15 à 24 ans travaillaient dans le secteur informel (OCDE, 2021[8]). Il y a aussi une différence de genre avec près de 90 % des travailleurs informels non agricoles qui sont des hommes, à la différence d’autres pays en développement (Ulyssea, 2020[6]). La majorité des travailleurs informels sont indépendants, tandis qu’environ 88 % des autres travaillaient pour des employeurs ayant moins de 10 salariés en 2017 (Lopez-Acevedo et al., 2023[7]). Bon nombre d’entre eux encore sont des travailleurs familiaux non rémunérés (les aidants familiaux).
Globalement, bien qu’il soit difficile de calculer avec précision l’ampleur de l’économie informelle au Maroc, elle apparaît plus répandue que dans de nombreux autres pays comparables lorsque le secteur agricole est pris en compte (Graphique 3.2). C’est ce que confirment les données indiquant que les travailleurs informels sont relativement nombreux à tous les niveaux d’éducation (Ulyssea, 2020[6]) et de revenu (Lopez-Acevedo et al., 2023[7). Les comparaisons internationales seraient plus aisées si le Maroc était inclus dans la base de données sur les indicateurs clés de l’informalité en fonction des individus et leurs ménages (KIIbIH) récemment élaborée par l’OCDE. Basée sur les enquêtes auprès des ménages, elle livre des indicateurs harmonisés et comparables en rapport avec l’emploi informel dans 42 pays (Kolev, La and Manfredi, 2023[3]).
Note : Les données ne sont pas totalement comparables entre les pays. Elles concernent 2022 à l’exception de JOR (2021), HUN (2020), EGY et TUN (2019) et THA (2018).
1. La dernière estimation officielle en date du Haut-Commissariat au Plan pour 2013-14 fondée sur la part de travailleurs non affiliés à la Sécurité sociale.
2. La dernière estimation officielle en date du Haut-Commissariat au Plan pour 2013-14 fondée sur la part de travailleurs non affiliés à la Sécurité sociale hors agriculture.
Source : Statistiques de la population active de l’OIT ; Haut-Commissariat au Plan.
L’activité informelle représente une bien moindre part du PIB que de l’emploi, selon des estimations allant d’environ 11 % selon le Haut Commissariat au Plan à 30 % selon la Banque centrale. Cette moindre part du PIB témoigne du fait que la productivité des travailleurs informels est nettement plus faible que celle des travailleurs exerçant des emplois formels, et ce en raison des niveaux moyens inférieurs de capital humain et de la moindre intensité capitalistique des activités des travailleurs informels.
De nombreux travailleurs n’enfreignent pas la loi en menant une activité informelle. En effet, en deçà d’un certain seuil de revenus, les employeurs, les travailleurs à leur propre compte et les travailleurs familiaux ne sont assujettis ni à l’impôt ni aux cotisations sociales et ont droit même avant la réforme actuelle à la couverture médicale (sans être assurés) par le Régime de l’assistance médicale (RAMED) public. Tous les travailleurs salariés sont dans l’obligation légale de payer des cotisations sociales, mais 65 % ne s’y seraient pas pliés en 2018 selon les estimations. Ce chiffre s’établirait à 54 % en Tunisie. Bon nombre paient leurs cotisations pour une partie de l’année seulement (Lopez-Acevedo et al., 2023[7]). L’activité informelle peut être une nécessité économique pour les personnes peu qualifiées manquant de pouvoir de négociation. Or, dans le cas singulier du Maroc, elle est omniprésente même dans les plus hauts déciles de revenus et parmi les diplômés universitaires (Graphique 3.3). Même si la proportion de travailleurs informels diminue à mesure que les revenus augmentent, la majorité d’entre eux ne se situent pas dans les deux déciles inférieurs au Maroc, soit une proportion plus élevée qu’en Tunisie ou en Égypte (Lopez-Acevedo et al., 2023[7]). Aucune ventilation par secteur ou par profession n’est disponible qui pemettrait d’évaluer séparément l’activité informelle dans l’agriculture et les secteurs non agricoles.
Note : On entend par « emploi informel » les travailleurs, salariés ou non, qui ne sont pas couverts par l’assurance sociale contributive. Des différences sont donc possibles d’un pays à l’autre lorsque certaines catégories de travailleurs sont exclues de l’assurance sociale contributive par la loi, autorisant ainsi de manière implicite l’emploi informel légal. Faute de données suffisantes pour l’Égypte, il n’a pas été possible d’utiliser les déciles de dépenses des ménages par habitant. Ils ont été remplacés par des déciles de richesse construits selon une analyse factorielle à partir de la propriété et des biens durables des ménages ainsi que des conditions de logement.
Source : G. Lopez-Acevedo, M.Ranzani, N. Sinha et A. Elsheikhi (2023), Informality and Inclusive Growth in the Middle East and North Africa, Middle East and North Africa Development Report, Banque mondiale, Washington. doi:10.1596/978-1-4648-1988-9
Le chômage est élevé, en particulier chez les jeunes en milieu urbain. Même en s’appuyant sur les données d’enquêtes, sa mesure est assez imprécise compte tenu de l’ampleur de l’activité informelle et des « petits boulots ». La plupart des personnes sans emploi manquent d’accès aux prestations en cas de perte d’emploi, mais certaines sont à même de travailler au moins un petit peu dans l’économie informelle pour subvenir à leurs besoins. Selon les données d’enquêtes, le taux de chômage au Maroc s’établissait en moyenne à 13 % de la main-d’œuvre en 2023 (9.2 % en 2019) et comprenait un grand nombre de primo-demandeurs d’emploi très qualifiés. Le chômage avait été élevé relativement au reste de la région MENA au milieu des années 1990, avant de connaître une période de relative amélioration. Un nombre croissant de personnes en âge de travailler, des femmes en grande majorité comme c’est le cas dans des pays similaires, ne sont plus comptées dans la population active parce qu’elles ne recherchent pas d’emploi (les « chômeurs passifs ») (ILO, 2024[9]). On observe en outre une hétérogénéité régionale non négligeable, avec des taux de chômage allant de 7 à 20 % (de 11 à 49 % pour les femmes).
Le chômage est particulièrement répandu chez les jeunes de moins de 25 ans (35.8 %), les femmes (18.3 % contre 11.5 % chez les hommes), les personnes ayant fait des études supérieures, notamment les diplômés universitaires et les habitants des milieux urbains (Graphique 3.4, partie C). À l’inverse, le taux de chômage mesuré des personnes sans diplôme, à 5 % seulement, témoigne probablement de « chômage passif » ou d’emplois de subsistance dans le secteur informel. À titre de comparaison, il s’établit à 19.6 % dans le cas des travailleurs possédant un diplôme quelconque (enseignement primaire, secondaire ou supérieur) et à 25.9 % dans celui des personnes ayant fait des études plus poussées (dont 28.1 % pour les diplômés universitaires). Ces chiffres mettent en relief les difficultés d’insertion professionnelle rencontrées par les personnes diplômées de l’enseignement supérieur. Le chômage est particulièrement élevé et en hausse parmi les femmes très qualifiées de moins de 35 ans (38.3 %), signe possible d’un ralentissement des embauches dans le secteur public visé par une grande partie d’entre elles en raison de la stabilité procurée par les contrats de travail permanent, les salaires et les avantages, mais aussi de la prévisibilité et du faible nombre d’heures de travail (Morikawa, 2015[10]; Bassou, 2023[11]).
Note : Le graphique porte sur les trois premiers trimestres de 2023.
Source : Haut-Commissariat au Plan.
Les périodes de chômage sont souvent longues : la moyenne récente était de 32 mois et 66.4 % des chômeurs n’avaient pas eu d’emploi depuis plus d’un an en 2023 (Graphique 3.4, partie D). Bien qu’inférieur au record de 75 % atteint pendant la pandémie, ce taux n’en est pas moins bien plus élevé que les 51 % enregistrés avant le COVID. La durée moyenne du chômage est plus longue pour les personnes plus instruites et pour les femmes, mais l’écart entre les genres se résorbe. Les licenciements sont depuis peu la cause d’environ 27 % du chômage total, mais la majorité des chômeurs (51.2 %) sont jeunes et n’ont encore jamais travaillé (plus de deux tiers dans le cas des femmes).
Au Maroc, le terme « sous-emploi » désigne le fait d’être contraint à travailler moins d’heures que les 48 heures normales par semaine ou d’être trop qualifié pour son emploi (inadéquation entre les compétences et l’emploi) (Guermane and Bakrim, 2022[12]). Le sous-emploi est répandu, en particulier parmi les diplômés de l’enseignement secondaire et même les diplômés universitaires, qui doivent souvent accepter des emplois sans rapport avec leurs études : 9 % de toutes les personnes occupées étaient en sous-emploi en 2022 (10.0 % d’hommes et 5.4 % de femmes). Selon les données du recensement de 2014, 7.6 % des travailleurs seraient déclassés et 46.7 % surclassés (HCP, n.d.[13]). Si l’on s’intéresse uniquement aux personnes possédant un diplôme quelconque, l’écart se resserre et l’on obtient 16.1 % de travailleurs déclassés et 31.1 % surclassés. Avant la pandémie, bon nombre d’employeurs n’étant pas en mesure d’utiliser les compétences disponibles, la part de travailleurs déclassés atteignait 23 % dans le secteur des TIC et 20 % dans celui des finances et de l’assurance. En revanche, dans l’industrie manufacturière, la proportion d’ouvriers qualifiés en 2019 (67 %) était inférieure à la moyenne de tous les pays à revenu intermédiaire (76 %) selon les enquêtes auprès des entreprises conduites par la Banque mondiale.
La relativement grande ampleur du chômage, en particulier chez les jeunes ayant fait des études, est un trait commun des pays de la région et témoigne de certains problèmes (Graphique 3.5). Face aux nouvelles cohortes qui cherchent à rejoindre le marché du travail chaque année, soit actuellement 400 000 par an, il est très difficile de créer suffisamment d’emplois : la création nette annuelle d’emplois a atteint 300 000 deux fois seulement depuis 2000 et n’a en moyenne pas dépassé 110 000. L’élasticité de l’emploi au PIB a diminué du fait que les emplois ont été créés dans les activités à plus forte productivité (Banque Mondiale et Haut-Commissariat au Plan, 2021). Dans le même temps, on observe une évolution significative de l'emploi, avec des pertes dans le secteur agricole et des gains dans les activités industrielles et de services. Le gouvernement espère créer 400 000 nouveaux emplois d'ici 2026 (Gouvernement du Maroc, 2024[14]),), et la demande de travailleurs qualifiés augmente, comme le suggère l'augmentation de la part des travailleurs titulaires d'un diplôme secondaire ou tertiaire, qui passe de 41 % en 2017 à 50 % en 2023. Le décalage perçu au Maroc entre les compétences des personnes qui terminent leurs études et la demande de ces compétences était le plus prononcé des 10 pays de comparaison en 2013, selon les enquêtes de la Banque mondiale (OECD, 2017, Vol. 2). Les jeunes Marocains vivent une transition difficile entre l’école et le milieu du travail. Il leur faut parfois plusieurs années pour se sentir bien intégrés dans un emploi stable. L’influence perçue des relations personnelles dans la majorité des nouvelles embauches fait naître un sentiment d’injustice (Pereira da Silva, 2018[15]) qui n’est peut-être pas sans contribuer au désir d’émigrer d’un grand nombre de jeunes (Arab Barometer, 2022[16]).
Note : Le terme « chômage des jeunes » désigne la part de la main-d’œuvre âgée entre 15 et 24 ans sans travail, mais disponible sur le marché du travail et en recherche d’emploi.
Source : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde – Estimations de l’OIT.
La proportion de jeunes sans emploi et sortis du système éducatif est relativement importante, mais s’améliore progressivement. Elle représente une lourde perte de potentiel pour l’économie et peut avoir un impact permanent sur l’accumulation de compétences et les perspectives (effets de stigmate). Selon le Haut-Commissariat au Plan, près d’un million et demi, soit un quart, des Marocains âgés de 15 à 24 ans sont dans cette situation (30 % en 2012). Le taux global de jeunes sans emploi et sortis du système éducatif est nettement supérieur à la moyenne de l’OCDE (moins de 13 %), mais plus ou moins comparable à ceux de la région MENA (OECD, 2022a). Presque trois quarts de ces jeunes sont des femmes. Environ 31 % des femmes de cette tranche d’âge sont sans emploi et sorties du système éducatif (près de 50 % en 2012), bon nombre d’entre elles sont mariées et possèdent un diplôme de l’enseignement secondaire (Graphique 3.6). Le taux de jeunes sans emploi et sortis du système éducatif est nettement plus élevé en milieu rural (30.3 %) qu’en milieu urbain (21.8 %). Il recule toutefois depuis quelques années, et ce plus rapidement pour les femmes. Les jeunes sans emploi ont tendance à le rester et bon nombre de ceux qui étaient sans emploi et sortis du système éducatif en 2010 n’avait toujours pas accédé à l’emploi en 2018. La probabilité d’être sans emploi et sorti du système éducatif augmente avec l’âge parmi les jeunes, diminue en fonction du niveau de formation, est plus élevée pour ceux qui vivent dans les villes de taille moyenne que pour ceux qui vivent dans les grandes villes et en milieu rural, et plus élevée encore pour les femmes mariées que pour les femmes célibataires ; elle est toutefois moins élevée pour les hommes mariés (Alfani et al., 2020[17]).
Note : Taux de jeunes âgés de 15 à 24 ans sans emploi et sortis du système éducatif en part de la population jeune totale.
Source : ILOSTAT, estimations modélisées de l’OIT (base de données ILOEST), https://ilostat.ilo.org/
Le taux d’activité des femmes sur le marché du travail au Maroc est relativement faible (Graphique 3.7). Cette situation, en plus de réduire les revenus des ménages, est une occasion manquée de mobiliser les compétences des femmes et de les intégrer dans le marché du travail. Elle continue malgré les progrès réalisés en matière d’éducation des femmes à tous les niveaux, et notamment malgré le fait qu’elles constituent désormais plus de la moitié des étudiants de premier cycle de l’enseignement supérieur dans toutes les principales disciplines excepté l’ingénierie. Le plan gouvernemental pour l'égalité 2023-2026 comprend des mesures sur l’autonomisation des femmes, de protection contre les violences à l’égard des femmes, et de promotion de droits et lutte contre les discriminations et le stéréotypes. Le Ministère de la Solidarité, de l'Insertion Sociale et de la Famille (MSISF) a lancé le programme « GISSR Attamkine wa Arriyada » (Autonomsation et Leadership) qui a reçu l’adhésion de 84000 femmes qu’il accompagne dans un processus d'autonomisation.
Moins d’une femme d’âge actif sur cinq travaille (2023) ou recherche un emploi, soit 50 points de pourcentage de moins que les hommes. Cet écart entre les genres typique des pays de la région MENA est à comparer avec une moyenne mondiale d’environ 26 points de pourcentage, une moyenne OCDE de 12 points de pourcentage et la Jordanie, qui enregistre des taux encore plus bas, dus à une combinaison de facteurs économiques et autres. Même parmi le groupe d’âge le plus actif (25 à 29 ans), le taux d’activité féminine ne dépasse pas 31.5 % alors qu’il atteint 95 % chez les hommes. On dénombre actuellement environ 11 millions de femmes en âge de travailler inactives. Les différences régionales sont prononcées, avec un taux d’activité des femmes allant de 12 % à 27 %. Pour leur part, les écarts régionaux de taux d’activité masculine n’atteignent pas 9 points de pourcentage.
Le taux d’activité des femmes au Maroc a reculé au fil des ans depuis 2005, malgré l’amélioration des niveaux d’études atteint et la baisse du taux de fécondité. Ces deux facteurs entraînant normalement une hausse du taux d’activité féminine, on parle de « paradoxe de la région MENA » (Assaad et al., 2018[19). Celui-ci pourrait témoigner d’une trajectoire en U au fil du temps (Goldin, 1994[20]) : les femmes des milieux ruraux cessent d’exercer des emplois informels et agricoles à mesure que le revenu du ménage augmente, ce qui réduit à néant l’effet positif des études supérieures, malgré le taux de chômage élevé des femmes qualifiées. Dans les comparaisons internationales, cependant, la baisse du taux d’activité féminine au Maroc est inhabituelle, car la plupart des pays affichent des taux stables et celui de la Türkiye a sensiblement augmenté.
La résorption des inégalités entre les genres peut être déterminante dans le renforcement de la croissance, comme cela a été le cas dans les pays de l’OCDE au fil des décennies écoulées (Hsieh et al., 2019[21]). Il ressort de certaines données factuelles quantitatives que la perte de PIB par habitant occasionnée peut aller jusqu’à 46 % (IMF, 2022[22]; Bargain, 2021[23]). Si l’activité des femmes pouvait atteindre 45 % dans les dix prochaines années, comme l’envisage le nouveau modèle de développement économique (Kingdom of Morrocco, 2021[24]), la croissance moyenne du PIB par habitant gagnerait entre 1.7 et 2.4 % par an jusqu’à 2035 (Bouba et Azeroual, 2022[25]). En plus d’être préjudiciables à la croissance, les faibles niveaux d’activité féminine peuvent témoigner d’un manque de bien-être des ménages et d’inégalités injustifiées entre les genres (Pimkina and de la Flo, 2020[26]).
La plupart des femmes actives exercent des emplois informels manquant souvent de protection sociale ; bon nombre d’entre elles exercent des travaux domestiques non rémunérées ou des ouvrières agricoles très mal rémunérées (Bossenbroek and Ftouchi, 2021[27]). Les femmes les plus instruites sont toutefois nombreuses à travailler dans le secteur public. Les données les plus récentes indiquent que l’écart de salaire mensuel global en faveur des hommes atteint jusqu’à 21 %. Or, le niveau d’études des femmes âgées de 18 à 29 ans étant supérieur, il est désormais 10 % en leur faveur (HCP, 2024a[28]).
Taux d’activité, par âge et diplôme
Note : Le taux d’activité correspond au rapport entre la population active et la population d’âge actif. La population d’âge actif est constituée des personnes âgées entre 15 et 64 ans.
Source : OIT, Enquête sur les forces de travail ; et données fournies par les autorités.
Lutter contre une activité informelle largement répandue nécessite un programme complet de mesures dans la continuité des initiatives précédentes et des réformes en cours. L’activité informelle est déterminée par divers facteurs, dont l’influence de l’impôt sur le revenu, les cotisations de sécurité sociale et les avantages (assurance maladie, assurance chômage et couverture retraite) de l’intégration ou non dans le secteur formel. Des taux d’imposition et de côtisations sociales marginaux élevés, surtout pour les personnes à faibles revenus, couplés à un manque de contrôle du paiement de l’impôt et des cotisations de sécurité sociale, peuvent décourager de travailler dans le secteur formel. De même, une réglementation contraignante du marché du travail, sous la forme d’une législation stricte sur la protection de l’emploi dans le secteur formel et d’un salaire minimum élevé, peut éloigner les travailleurs et les entreprises du secteur formel. Pour être efficaces, les stratégies en faveur de la régularisation doivent être globales au lieu d’être axées sur un seul facteur (Encadré 3.1).
À l’instar de nombreuses économies émergentes, le Maroc est caractérisé par une activité informelle largement répandue. C’est une source de revenus importante pour beaucoup de ménages et permet également aux entreprises de réagir aux chocs économiques, mais les entreprises informelles sont moins productives et les travailleurs de l’économie informelle sont peu rémunérés. L’ampleur de l’économie informelle est également préjudiciable à la mobilisation de recettes fiscales, à la croissance globale et à la dynamique concurrentielle dans le secteur formel.
L’efficacité des mesures de régularisation dépend des circonstances propres aux entreprises et aux travailleurs informels dans chaque pays. Une stratégie nationale intégrée de régularisation devrait faire jouer une pluralité de leviers de l’action publique et, pour l’essentiel, chercher à maximiser les avantages (ou réduire le coût) de l’activité formelle et à accroître le coût de l’activité informelle.
Quelques exemples de stratégies employées dans d’autres pays pour réduire l’activité informelle :
Réduire le coût de l’entrée dans le secteur formel : les entreprises et les travailleurs souhaitant éventuellement intégrer le secteur formel sont découragés par le coût que cela représente. Des procédures d’enregistrement compliquées et coûteuses, ou encore une réglementation excessive du travail pourraient en être la cause. La réduction du coût d’une entreprise et de l’emploi dans le secteur formel peut déboucher sur une hausse appréciable de la régularisation (Ulyssea, 2010[29]; Benhassine et al., 2018[30]; Ohnsorge and Yu, 2022[31]).
Réduire le coût permanent de l’activité formelle : réduire le coût de l’activité formelle, notamment pour les entreprises et les travailleurs aux marges de l’activité formelle, pourrait accroître l’attractivité de cette dernière. Il pourrait s’agir d’abaisser l’impôt sur les sociétés pour les PME, les études ayant montré que l’allègement de la fiscalité des petites entreprises a un effet significatif sur les taux de régularisation (de Mel, McKenzie and Woodruff, 2013[32]; Rocha, Ulyssea and Rachter, 2018[33]). Les cotisations de sécurité sociale obligatoires élevées, surtout dans le cas des travailleurs faiblement rémunérés, sont également citées en tant qu’obstacle majeur au développement de l’emploi formel (Arnold et al., 2024[34]). Par exemple, le coût de l’embauche de travailleurs au salaire minimum, y compris toutes les cotisations liées à la sécurité sociale, représente 36 % du PIB par travailleur en Amérique latine, contre 22 % du PIB par travailleur dans les pays de l’OCDE. Cette situation contribue à des taux élevés d’activité informelle dans la région, caractérisée par une faible application de la législation (Ripani et al., 2023[35]; Arnold et al., 2024[34]). L’allègement de la fiscalité des entreprises et des travailleurs aux marges de l’économie formelle peut créer de plus fortes incitations à la régularisation.
Améliorer les avantages de l’activité formelle : notamment au moyen d’initiatives visant à élargir les possibilités d’accès au marché ouvertes aux entreprises formelles par la passation de marchés (Encadré 3.3). Du point de vue des travailleurs, une couverture d’assurance maladie plus complète pour les travailleurs du secteur formel peut être une importante incitation à intégrer le secteur formel, comme cela a été le cas en Colombie (Camacho et al., 2014).
Accroître le coût de l’activité informelle : une meilleure application des lois et règlements en vigueur est un autre instrument important pour inciter à la régularisation. Il ressort d’études que le déploiement d’inspecteurs municipaux supplémentaires a fait monter les taux d’inscription de jusqu’à 27 points de pourcentage au Brésil (de Andrade, Bruhn and McKenzie, 2014[36]). Il s’agit de veiller à ce qu’aucune violation de la législation en vigueur ne soit commise, et que les travailleurs comme les entreprises paient leurs impôts (OECD, 2024[37]). Les mesures répressives supplémentaires devraient porter sur la marge extensive en mettant l’accent sur la régularisation des entreprises ; en accordant trop d’attention aux travailleurs, elles risquent d’aggraver le chômage et la pauvreté.
Transformation numérique : la dématérialisation des procédures requises pour opérer dans le secteur formel peut impulser la régularisation en réduisant le coût de la conformité et en renforçant les mécanismes de dissuasion. La mise en œuvre de la facturation électronique de la TVA au Pérou a fait augmenter les ventes et la valeur ajoutée déclarées par les entreprises de plus de 5 % en un an (Bellon et al., 2022[38]). De même, le déploiement de la facturation informatisée de la TVA en Chine a renforcé les incitations à s’enregistrer et à déclarer correctement les ventes, ce qui a entraîné une amélioration de la collecte des recettes publiques de plus de 10 points de pourcentage après 5 ans (Fan et al., 2018[39]).
Information : les entreprises et les salariés du secteur informel ne sont pas toujours pleinement conscients des avantages de la régularisation (ou des conséquences d’une activité continue dans le secteur informel). Conjuguées avec d’autres interventions, les campagnes d’information sur les avantages de la régularisation (ou le coût de l’activité informelle) se sont montrées prometteuses pour relever les taux de régularisation (Ulyssea, 2020[6]; Jessen and Kluve, 2021[40]).
Les grandes réformes en cours, conjuguées avec les mesures prises par le passé, pourraient avoir un impact considérable sur les incitations à déclarer l’emploi formel au Maroc en élargissant la couverture d’assurance sociale, en améliorant certaines procédures administratives et en apportant des modifications ciblées à la fiscalité. Premièrement, les autorités ont créé un nouveau registre social unifié (RSU) couvrant l’intégralité de la population, en remplacement du système précédent, incomplet et sujet à la fraude (CNSS, 2023). Le RSU est devenu opérationnel à la fin de 2023 et 17 millions de personnes se sont inscrites. La majorité d’entre elles devra payer au moins quelques cotisations de sécurité sociale, mais les personnes vulnérables seront exemptées (Encadré 3.2). Les personnes inscrites auront pleinement accès au régime public d’assurance maladie. Deuxièmement, depuis 2021, les travailleurs indépendants dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur soit à 2 millions de dirhams dans l’industrie, le commerce et artisanat (autour de 200 000 USD) soit à 0.5 million dans le secteur des services, peuvent opter pour une contribution professionnelle unifiée (CPU) en remplacement de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, de l’impôt sur les sociétés, de la taxe sur les services communaux et des charges sociales. La CPU leur donne droit à l’assurance maladie. Cette mesure vient s’ajouter à la création en 2015 du statut d’autoentrepreneur, en vertu duquel un travailleur indépendant est exonéré de la TVA et redevable d’un impôt forfaitaire équivalent à 1 % seulement du chiffre d’affaires (si celui-ci est inférieur à 200 000 dirhams dans le secteur des services, et 0.5 % si le chiffre d’affaires est inférieur à un demi-million de dirhams dans d’autres secteurs). Des charges sociales de 100 à 1 200 dirhams (10-120 USD) sont également prélevées (en fonction du chiffre d’affaires), mais la personne a droit à l’assurance maladie. Le bilan est positif : le nombre d’autoentrepreneurs est passé de 86 000 en 2018 à 406 000 en 2022, sachant toutefois que la perte de recettes est importante et que les inscriptions potentielles sont estimées aux alentours de 4 millions de personnes (Gannat and Betcherman, 2021[41]). Il est possible qu’un grand nombre d’individus déjà couverts déclarent des revenus plus bas pour ne pas atteindre les seuils et bénéficier des avantages du statut, mais aussi que ces seuils découragent tôt ou tard le développement des entreprises et l’intégration verticale (Lopez-Acevdeo et al., 2023[7]).
La réforme sociale mise en œuvre à compter de la fin de 2023 met en place un système d’aides sociales ciblées et étend la couverture maladie aux personnes qui s’inscrivent au registre social unifié (RSU). Elle entend améliorer la protection sociale de manière ciblée, remplacer partiellement le précédent système de subventions, réduire les inégalités de revenu régionales et assurer la dignité de tous les Marocains, ainsi qu’aider les personnes à retourner vers l’emploi.
Les ménages déclarés admissibles aux nouvelles aides sociales sont au nombre de 3.4 millions, soit près de 12 millions de personnes (dont 4.9 millions d’enfants et 1.2 million de personnes âgées) (Gouvernement du Maroc, 2024[14]). Les projections officielles chiffrent les dépenses au titre de ce programme à 29 milliards de dirhams (1.75 % du PIB) par an d’ici à 2026.
La réforme devrait faire grimper les dépenses relatives à la composante non contributive de 1.35 % du PIB à 3.45 %. L’assurance sociale contributive au Maroc pesait 6.6 % seulement du PIB en 2019 (Lopez-Acevedo et al., 2023[7]), à comparer avec 11.7 % en Tunisie et 10.9 % en Égypte.
L’admissibilité repose sur un score obtenu par rapport à un large éventail d’indicateurs sur la situation familiale et la consommation. Au moyen d’un outil en ligne, tous les demandeurs de prestations sociales calculent leur score sur 70 indicateurs socioéconomiques (le revenu n’est pas inclus), et seuls ceux qui n’atteignent pas un certain seuil ont droit aux aides. La multiplicité des indicateurs, dont des indicateurs sur la consommation (consommation d’électricité) et sur les biens (propriété immobilière) plutôt qu’un simple seuil fondé sur les revenus est censée limiter le risque de fraude. Compte tenu de la forte proportion de travail informel, il est facile de ne pas déclarer tous ses revenus, tandis que les indicateurs sur la consommation et les biens sont plus aisément vérifiables.
Plusieurs types d’aides sociales directes ciblées relevant de ce régime (parfois qualifiées abusivement d’« allocations familiales ») sont prévus. La première est une aide exceptionnelle pour une naissance. La deuxième concerne les familles avec enfants de moins de 21 ans, qui reçoivent un montant réduits s’ils ne sont pas scolarisés. Ces régimes représentent l’essentiel des dépenses publiques globales. Pour les enfants en situation de handicap, les familles bénéficient d’un montant supplémentaire. Troisièmement, toutes les familles, à l’exception des familles aisées sans enfants, bénéficient d’une allocation. Quatrièmement, une aide spécifique est versée aux veuves avec enfants de moins de 21 ans.
La réforme sociale devrait améliorer les incitations à la régularisation en exigeant l’inscription au RSU et en conditionnant l’assurance maladie à un minimum de cotisations sociales au-delà d’un certain seuil. Les autorités envisagent d’élargir le régime d’aide sociale et d’inscription afin de pouvoir cibler les mesures d’activation sur les sections de la société affichant un taux élevé d’inactivité ou un faible taux d’activité formelle. Il est un fait que certains bénéficiaires de l’aide sociale ne sont pas à même de travailler et que le revenu de ces aides peut réduire les incitations à travailler pour être davantage rémunéré, mais le contact accru avec les autorités par le biais des procédures d’inscription et du calcul des scores offre un moyen de cibler les mesures d’activation et d’aider les groupes qui en ont besoin. L’élargissement des mesures d’activation à une grande population, présentant parfois des besoins plus complexes, pourrait nécessiter une forte montée en échelle et en ressources des programmes pour l’emploi.
La réforme sociale devrait être accompagnée de réformes complémentaires en faveur de la régularisation. Il est possible que, malgré la réforme, des travailleurs continuent d’exercer ou de déclarer un emploi informel, tout en cotisant et en étant couverts par l’assurance sociale. D’autre part, le score qui détermine l’admissibilité à l’aide en espèces pénalise les ménages couverts par la sécurité sociale. Ces ménages risquent ainsi de subir une importante perte marginale du fait de la régularisation. Il faudrait supprimer cet aspect de la formule de calcul du score. L’expérience d’autres pays montre que cibler les travailleurs du secteur informel pour l’expansion de la protection sociale peut avoir des effets très préjudiciables aux incitations à la régularisation parmi les bénéficiaires (Garganta and Gasparini, 2015[1]).
Parallèlement, le Maroc a rendu son système fiscal plus simple et plus progressif (Bank Al-Maghrib, 2021), ce qui devrait améliorer les incitations à la régularisation. En particulier, il a mis en œuvre un taux initial d’impôt sur le revenu des personnes physiques de 10 % depuis 2010, applicable à près de 100 % du PIB moyen par habitant, à comparer avec le taux initial de 26 % en Tunisie et de 2.5 % en Égypte, qui s'appliquent tous deux à partir de seuils de revenus inférieurs (OECD, 2024a). Le taux maximum est de 38 % et le coin fiscal – l’écart entre le salaire brut (avant impôt sur le revenu et cotisations de sécurité sociale) et la rémunération nette – pour les célibataires sans enfants occupés est de 25 %, à comparer avec la moyenne OCDE de 35 % (OCDE, Les impôts sur les salaires 2023) (OCDE, 2019). Afin d’alléger les charges administratives et d’améliorer les incitations à la régularisation des entreprises, le budget 2024 a mis en œuvre un nouveau système de calcul du passif de TVA (autoliquidation) ainsi que deux nouveaux mécanismes de retenue de la TVA, censés améliorer la transparence de la taxe, lutter contre les fausses factures, élargir le filet fiscal dans le secteur des services numériques et encourager la régularisation.
Les incitations à la régularisation pourraient être encore renforcées en réduisant les prélèvements sur les salaires et en assurant un salaire minimum approprié (Angel-Urdinola et al., 2016). Le programme Tahfiz réduit les obstacles au recrutement dans l’économie formelle en exonérant les nouvelles entreprises créées après 2015 des cotisations salariales de sécurité sociale pour jusqu’à 10 nouvelles embauches, à hauteur d’un plafond mensuel de 10 000 dirhams pendant 24 mois. Les nouvelles recrues sont exonérées de l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Cette mesure améliore les incitations au recrutement, mais elle ne réduit pas de manière permanente le coût de l’emploi de travailleurs à bas salaire dans le secteur formel. L’aide est généreuse si l’on considère l’ampleur des exonérations et parce qu’elle s’applique à des salaires plusieurs fois supérieurs au salaire minimum dans le secteur formel. Réduire les charges salariales des entreprises, nouvelles comme établies, mais uniquement pour les personnes faiblement rémunérées, renforcerait les incitations à la régularisation. Certaines études ont constaté l’efficacité de telles mesures en Colombie dans les années qui ont suivi l’allègement des charges salariales en 2012 (OECD, 2019b).
La régularisation pourrait être encore favorisée par un contrôle plus rigoureux du paiement des impôts et des cotisations de sécurité sociale, ce qui permettrait de réduire les cas de sous-déclaration des revenus. L’État devrait raffermir l’application de la réglementation du travail en augmentant encore le nombre d’inspecteurs du travail, leur salaire et le montant des amendes qu’ils peuvent infliger. Les entreprises employant des travailleurs informels pourraient être interdites de contrats futurs dans le secteur public (OECD, 2023a), et les personnes exerçant une profession libérale de manière informelle, interdites d’exercice. La déclaration des salaires par voie électronique (au moins pour les entreprises avec salariés) pourrait être obligatoire, comme au Chili. Cela permettrait de vérifier ces informations par rapport à celles du régime de sécurité sociale afin d’empêcher les entreprises de « sur-déclarer » les salaires pour réduire leur facture d’impôt sur les sociétés, et de les sous-déclarer pour faire baisser leurs charges sociales. Des mesures supplémentaires en faveur de la régularisation des entreprises et du respect des obligations de paiement pourraient être utiles (voir le chapitre 2).
Le Code du travail marocain impose des règles complexes sur les contrats de travail, menant ceux-ci très souvent à se faire par accord verbal et de courte durée, voire sans aucun contrat formel (Tableau 3.2). Bien que les données officielles fassent apparaître un passage progressif aux contrats écrits, sauf parmi les personnes les moins instruites, les autorités devraient envisager d’élaborer un modèle de contrat écrit simple pouvant être utilisé par défaut afin que les contrats formels soient plus répandus.
|
2019 |
2013 |
2019 |
||||
|---|---|---|---|---|---|---|
|
% |
Hommes |
Femmes |
Total |
Total |
Décrocheurs scolaires |
Diplômés universitaires |
|
Écrit, durée indéterminée |
35.1 |
40.3 |
36.3 |
16.0 |
19.7 |
63.3 |
|
Écrit, durée déterminée |
11.4 |
20.5 |
13.6 |
4.2 |
7.0 |
21.3 |
|
Oral, durée indéterminée |
8.6 |
6.6 |
8.1 |
3.0 |
11.7 |
2.1 |
|
Oral, durée déterminée |
2.4 |
1.8 |
2.3 |
1.1 |
2.6 |
0.0 |
|
Aucun |
42.6 |
30.8 |
39.8 |
75.7 |
58.9 |
13.4 |
|
Total |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
Source : Calculs de l’OCDE à partir de données fournies par les autorités.
Des réformes de la réglementation stricte du marché du travail, portant notamment sur le salaire minimum et la protection de l’emploi, pourraient contribuer à faciliter la transition vers un emploi formel stable. Le salaire minimum garanti (le SMIG) relativement élevé au Maroc, qui est fixé par le dialogue social, peut avoir un effet dissuasif sur l’emploi formel. Après une forte augmentation entre 2010 et 2012, il a légèrement reculé en termes réels depuis (Graphique 3.8, partie A). Applicable à tous les travailleurs non agricoles, il est actuellement fixé à 16.29 dirhams (environs 1,65 USD) par heure dans le secteur privé (3 111.39 dirhams par mois) et 3 500 dirhams par mois dans le secteur public. En comparaison internationale, le SMIG est plutôt généreux relativement au niveau de revenu dans l’économie, à près de 30 % du PIB par travailleur (partie B). Il est prévu que le SMIG soit élevé de 5% en janvier 2025 et encore de 5% en janvier 2026. Même dans le secteur formel, où les salariés sont censés être rémunérés au SMIG, la conformité semble imparfaite sachant que 45.6 % des salariés ont déclaré un salaire inférieur au SMIG à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) en 2019. L’expérience de l’OCDE montre qu’il peut être difficile de parvenir à la pleine conformité au salaire minimum (OECD, 2022c).
Note : Prix de 2010 pour la partie A. Données de l’année la plus récente (2021 ou 2022) pour la partie B.
1. Le salaire minimum annuel obtenu en multipliant par 12 le salaire brut/minimum mensuel légal, en USD convertis aux parités de pouvoir d’achat (PPA) de 2017.
Source : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde (WDI) ; ILOSTAT, base de données des statistiques sur les salaires et le temps de travail.
Le niveau élevé du SMIG a tendance à décourager l’emploi dans le secteur formel (Angel-Urdinola, Barry and Guennouni, 2016[43]) parce qu’il rend inabordable le coût des travailleurs, notamment des travailleurs peu qualifiés, des femmes et des jeunes. Le salaire minimum est utile pour protéger les travailleurs vulnérables, mais le régime d’aide sociale permet de soutenir les revenus des ménages les plus modestes en ayant moins d’effets de distorsion. Une enquête du HCP a révélé que pour 26 % des entreprises (43 % de grandes entreprises) sondées en 2019, le coût de la main-d’œuvre constituait un obstacle à l’embauche (Haut-Commissariat au Plan (HCP), 2019[44]). Le SMIG devrait être fixé en tenant compte de l'impact sur les incitations à la formalisation. Dans le but de garantir un salaire minimum adéquat, il pourrait être utile d’instaurer une commission indépendante chargée de le revoir périodiquement en tenant compte de facteurs sociaux et économiques, comme la croissance de la productivité. C’est ce que font la France et le Royaume‑Uni. Pour éviter des effets négatifs sur la régularisation, les autorités pourraient envisager d’exclure certains secteurs à faible productivité et d’appliquer un salaire minimum sectoriel inférieur dans certains cas, comme cela est déjà le cas pour l’agriculture ou pour les travailleurs domestiques. Une autre option serait d’autoriser un taux inférieur spécial pour les jeunes, dont la productivité est moindre et dont l’embauche est le plus menacée par un SMIG trop élevé.
Les lois sur la protection de l’emploi sont nécessaires pour stimuler la création d’emplois de qualité et protéger les travailleurs contre l’insécurité et les traitements défavorables, mais une réglementation excessive peut être plus néfaste que bénéfique en conduisant à la création d’emplois en dehors du secteur formel ou en empêchant la création d’emploi (OECD, 2018). Appliquée aux contrats de travail à durée indéterminée, elle est surtout constituée de contraintes de licenciement. Inversement, appliquée aux contrats temporaires, elle comporte surtout des contraintes d’embauche. Le Maroc n’est pas inclus dans l’indicateur de l’OCDE sur la rigueur de la législation sur la protection de l’emploi, mais l’Examen multidimensionnel du Maroc de l’OCDE (2017) livrait quelques estimations pour 2013. Celles-ci faisaient apparaître que la législation était plus rigoureuse au Maroc que dans les pays de comparaison et dans le pays moyen de l’OCDE, pour les contrats à durée indéterminée (licenciements individuels et collectifs) comme pour les contrats de travail temporaire et par intérim. On ignore si la situation a beaucoup évolué dans les dix années qui ont suivi, mais ce constat concorde avec d’autres sources. Les contraintes d’embauche et de licenciement peuvent aussi gêner le processus de redéploiement de la main-d’œuvre, de l’agriculture et autres secteurs à faible productivité vers les secteurs à plus haute technologie, plus formels, présents au Maroc, notamment la construction automobile et aéronautique (Kuddo, 2018; Chauffour and Diaz-Sanchez, 2017). Selon les enquêtes de la Banque mondiale auprès des entreprises (2023), 19.9 % des entreprises sondées considèrent la réglementation du marché du travail comme une contrainte majeure, à comparer avec une moyenne de 12.1 % dans la région MENA et 10 % dans tous les pays sondés. L’enquête menée auprès des entreprises par le HCP en 2019 a constaté que 40 % des entreprises sondées (47 % de sociétés industrielles) considéraient la réglementation du marché du travail comme un obstacle au développement de leur activité (HCP, 2019).
Un certain nombre de règlements du marché du travail sont particulièrement pesants pour les entreprises. À l’inverse de la majorité des autres pays comparables (Hatayama, 2021), les contrats à durée déterminée ne sont pas autorisés pour les tâches permanentes et ne peuvent pas non plus dépasser 12 mois. Ils peuvent toutefois être renouvelés une seule fois. Un assouplissement équilibré de ces contraintes permettrait d’enrichir le rôle des travailleurs temporaires. Le licenciement est difficile, car les employeurs doivent consulter les représentants du personnel, et les représentants syndicaux s’il y a lieu, fournir toutes les informations nécessaires concernant les raisons du licenciement et demander l’approbation des autorités régionales, ce qui constitue un obstacle majeur à la restructuration d’entreprise. Le licenciement collectif nécessite quant à lui un plan de licenciement approuvé, une règle parfois pesante pour les entreprises moyennes risquant de se trouver dans l’impossibilité de réduire un effectif excessif. Les périodes d’essai ne peuvent pas dépasser un mois et demi (45 jours) pour les travailleurs intellectuels (manuels) sous contrat permanent (Gannat and Richardson, 2021), sachant que bon nombre d’autres pays n’imposent pas ce genre de limites. Ce type de plafond n’existait pas au Maroc il y a moins de dix ans. D’autre part, des règles strictes concernant les heures supplémentaires et les primes pour travail de nuit sont en vigueur.
Au premier abord, le coût financier des licenciements est relativement bas et permet aux entreprises d’ajuster leur effectif. Il commence à 4.2 % seulement du salaire mensuel et augmente avec l’ancienneté, jusqu’à 15.2 % au-delà de 35 ans. Les chiffres correspondants sans prise en compte de l’ancienneté sont de 8% en Égypte et 5 à 6.25 % en Tunisie (Lopez-Acevedo et al., 2023). Ces chiffres sont nettement au-dessous de la norme pour l’OCDE. Or, les dommages-intérêts moyens à verser en cas de licenciement abusif s’élèvent à un mois et demi de salaire par année d’ancienneté et sont plafonnés à 36 mois de salaire. Les travailleurs considèrent souvent à tort les primes de licenciement et les dommages-intérêts comme une indemnisation pour perte d’emploi qui leur est due et les employeurs réagissent généralement en saisissant la justice pour éviter de payer (Lopez-Acevedo et al., 2021a, p. 24). L'accord tripartite entre le gouvernement et les partenaires sociaux du 29 avril 2024 prévoit la poursuite des négociations sur la réforme du code du travail, visant à trouver un équilibre entre la facilité de faire des affaires et la protection des travailleurs.
Le nombre d’inspecteurs du travail est trop faible pour avoir un effet dissuasif sur l’activité informelle. Le point de référence de l’OIT pour les pays en transition est d’un inspecteur pour 20 000 salariés, mais le Maroc n’en dénombrait pas plus de la moitié jusqu’à récemment (Gannat and Betcherman, 20214; Kuddo and Moosa, 2019), c’est-à-dire bien moins que l’Algérie et environ un quart du nombre observé en Jordanie et en Tunisie. Chose prometteuse, le nombre d’inspecteurs a nettement augmenté au cours des deux dernières années. Les inspecteurs marocains sont toutefois également responsables d’encadrer les négociations entre employeurs et salariés en cas de conflit du travail individuel ou collectif, au lieu de s’occuper uniquement de la conformité à la réglementation du travail. Ils résolvent environ 70 % de ces conflits. Un service de médiation public pourrait alléger la charge de travail des inspecteurs. L’État est de plus en plus à même d’effectuer des vérifications croisées dans plusieurs bases de données informatiques pour détecter les fraudes. Quoi qu’il en soit, il serait judicieux d’évoluer vers le paiement obligatoire de tous les salaires par virement automatique ou au moins de ne pas autoriser de paiements en espèces déductibles des impôts afin d’empêcher les employeurs d’opter pour l’emploi informel.
L’adoption d’une démarche globale pour lutter contre l’économie informelle en réformant le système de prélèvements et de prestations, la révision de la réglementation du marché du travail et le raffermissement des mesures de contrôle peuvent avoir d’importants effets positifs sur la régularisation, comme dans les cas du Brésil et du Chili (Encadré 3.3). Une action dans la continuité des politiques en vigueur et des réformes en cours contribuerait à réduire plus efficacement l’activité informelle au Maroc.
Brésil : il ressort d’expériences récentes qu’une combinaison d’instruments d’action peut avoir un effet positif sur la régularisation. En 1996, le Brésil a mis en œuvre SIMPLES, un système destiné aux petites et moyennes entreprises amalgamant plusieurs impôts fédéraux et charges sociales en un seul paiement. Il a réduit à la fois la complexité de l’activité dans le secteur formel et allégé la charge fiscale des entreprises admissibles, entraînant ainsi la régularisation de près d’un demi-million d’entreprises et de plus de deux millions d’emplois (OECD, 2017[14]; OECD, 2013[15]).
Les modifications du régime SIMPLES (désormais appelé Super SIMPLES) en 2007 ont encore allégé la bureaucratie et la charge fiscale, d’une part en incorporant les impôts nationaux et municipaux ainsi que les cotisations sociales dans le système et de l’autre, en exonérant les microentreprises de certains impôts fédéraux (ILO, 2014[3]). Pendant cette période, le Brésil a également mis en œuvre des politiques complémentaires de renforcement de l’application des règlements par la réforme du système d’inspection du travail en 1995. Des incitations financières destinées aux inspecteurs ont été créées sous forme de primes à la performance conformément aux objectifs d’application initiaux (Abras et al., 2018[14]). Par ailleurs, l’élaboration de normes communes, le suivi renforcé de la qualité des inspections et l’élargissement des options ouvertes aux inspecteurs pour résoudre les conflits ont abouti à une amélioration de 44 % des cas de régularisation à la suite d’une inspection (Abras et al., 2018[14]). Grâce à ces initiatives, l’emploi informel a considérablement diminué pendant les périodes qui ont suivi, passant de 53 % de l’emploi total en 2002 à 36 % en 2014 (Kerstenetzky and Machado, 2018[4]).
Chili : une grande initiative à l’échelle de l’administration publique dans le but d’encourager l’activité formelle par l’assouplissement du marché du travail a été engagée dans les années 1980, et le recours aux outils numériques est passé à la vitesse supérieure au début des années 2000. Un portail en ligne pour la déclaration et le paiement des cotisations de sécurité sociale, PreviRed, a été créé, regroupant progressivement tous les régimes publics et privés. La plateforme réunit aujourd’hui plus de 70 dispositifs (retraites, santé, assurance chômage, etc.) et simplifie considérablement les procédures nécessaires pour opérer dans le secteur formel.
Le Chili a également engagé un chantier d’intégration de toutes les formes de marchés publics en un seul portail en ligne : Mercado Publico. En 2017, plus de 850 institutions publiques, allant de l’administration centrale aux hôpitaux publics, gèrent les appels d’offres et leurs achats dans le système. L’inscription formelle des fournisseurs participants sur le portail est obligatoire. L’exemple de Mercado Publico, avec un taux de participation des PME de 90 %, indique qu’en améliorant les possibilités d’accès au marché, c’est-à-dire en augmentant les avantages économiques du secteur formel, celui-ci peut être nettement plus intéressant pour les entrepreneurs.
En 2013, le Chili a inauguré une plateforme baptisée « Une entreprise en un jour » (Empresa en Un Día) permettant d’établir, de transformer et de dissoudre son entreprise en ligne. Grâce à elle, des procédures qui prenaient autrefois environ trois mois ont été réduites à cinq jours et le coût du démarrage d’une activité a baissé de plus de 90 %. D’autres mesures concomitantes ont contribué à la régularisation : 1) la création d’un statut légal spécial pour les entreprises à domicile qui les exonère de certaines obligations de permis (2002) et 2) un régime fiscal simplifié pour les PME, qui regroupe toutes les formes d’imposition du capital et du travail en un seul prélèvement (2014). Ces initiatives ont entraîné une baisse importante et soutenue du taux d’emploi informel, lequel est passé de plus de 40 % en 2010 à 28 % en 2018 (ILO, 2019[17]).
Le chômage élevé des jeunes et la forte proportion de jeunes sans emploi et sortis du système éducatif au Maroc témoignent des difficultés rencontrées par un grand nombre d’entre eux au moment d’effectuer la transition entre le milieu scolaire et le milieu du travail. À court terme, le moyen le plus direct de faciliter cette transition consiste à renforcer les politiques actives du marché du travail et à les cibler spécifiquement sur les jeunes. À moyen terme, résorber le chômage des jeunes nécessite d’améliorer le système scolaire afin de veiller à ce que ces jeunes soient équipés des compétences recherchées sur le marché du travail.
Les pouvoirs publics s’efforcent de longue date de remédier au chômage des jeunes et d’améliorer la vie des jeunes Marocains. Pour faire face au problème des jeunes sans emploi et sortis du système éducatif, un programme de service militaire d’un an a été mis en œuvre pour environ 200 000 jeunes de 19 à 25 ans, avec une deuxième année facultative pour un maximum de 100 000 jeunes. Une autre option de service social pourrait être utile, mais ce programme doit être rigoureusement évalué pour veiller à ce que l’amélioration de la situation sur le marché du travail à long terme en justifie le maintien.
De nombreuses politiques actives du marché du travail sont en place, dont certaines concernent les jeunes. Elles s’inscrivent cependant dans une démarche quelque peu fragmentée, entraînant un nombre excessif de chevauchements (Encadré 3.4). Il serait utile de combiner quelques-unes des très nombreuses mesures, en partant d’une évaluation systématique et approfondie de leur efficacité. Afin d’améliorer le processus de rapprochement entre les offres et les demandeurs d’emploi, il serait judicieux de veiller à ce qu’un plus grand nombre de personnes sans emploi soient inscrites auprès de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC). Il pourrait être envisagé, par exemple, d’inscrire systématiquement les personnes bénéficiaires de l’assurance maladie en vertu de la récente réforme sociale qui sont en mesure de travailler. Il faudrait, par ailleurs, exiger que les demandeurs d’emploi acceptent n’importe quel emploi pour lequel ils sont qualifiés, afin d’écourter les périodes de chômage excessivement longues.
L’agence publique pour l’emploi, l’ANAPEC, établie en 2000 puis restructurée en 2022, disposait d’un budget de 240 millions de dirhams seulement (24.4 millions USD) en 2022. Relativement peu d’embauches sont le fruit de ses efforts. La majorité des recherches d’emploi se faisant par contact direct avec les employeurs et par l’intermédiaire de réseaux (Tableau 3.3).
L’ANAPEC a récemment élaboré une stratégie numérique pour accroître la qualité de ses services. Elle est responsable de la gestion d’un certain nombre de programmes actifs du marché du travail, notamment du programme Tahfiz au titre duquel les nouvelles entreprises créées après 2015 sont exonérées des charges sociales et de la taxe sur la formation professionnelle, et les salariés ne paient pas l’impôt sur le revenu des personnes physiques pour les salaires ne dépassant pas un plafond de 10 000 dirhams par mois. L’ANAPEC gère également l’initiative Ana Moukawil, récemment mise en œuvre par le gouvernement. Dotée d’un budget de 670 millions de dirhams sur les trois prochaines années, elle a vocation à aider 100 000 des plus petites entreprises et des autoentrepreneurs, dont un grand nombre sont informels.
Quelques initiatives sont axées spécifiquement sur les jeunes. Le programme Idmaj subventionne des apprentissages de jusqu’à deux ans dans le secteur privé pour ceux qui possèdent au moins le baccalauréat. Les bénéficiaires ne sont pas redevables de l’impôt sur le revenu des personnes physiques et les employeurs ne paient pas de charges sociales ni de taxe sur la formation, mais ils doivent s’engager à recruter 60 % de leurs apprentis en fin de contrat ; une condition qui semble avoir été contraignante. On dénombre 117 000 de ces apprentis en 2021. Le programme Taehil a formé des jeunes en difficulté sur leur trajectoire d’insertion en les aidant à acquérir des compétences professionnelles ou à se reconvertir, en particulier dans le droit fil des besoins exprimés par les secteurs en croissance comme la construction automobile et aéronautique. Ce sont 115 000 jeunes qui ont ainsi été formés entre 2017 et 2021. Les programmes Forsa et Awrach visent à encourager l’entrepreneuriat des jeunes, mais les bénéficiaires sont moins nombreux que prévu.
L’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) dispose d’un budget de 5 milliards de dirhams, bien plus important que celui de l’ANAPEC et largement financé par la taxe sur la formation professionnelle. Cet organisme public est responsable de l’enseignement et de la formation professionnels, y compris de la formation professionnelle initiale. Le rapprochement de l’OFPPT et de l’ANAPEC pourrait contribuer à améliorer les résultats en renforçant la coordination et en éliminant les chevauchements d’activités. Dans de nombreux pays de l’OCDE, les mesures publiques pour la formation sont la responsabilité d’un seul organisme.
|
Hommes |
Femmes |
Total |
|
|---|---|---|---|
|
Contact direct avec les employeurs |
31.1 |
23.6 |
28.8 |
|
Parents, amis et connaissances |
34.9 |
29.1 |
33.1 |
|
Concours |
15.8 |
34.8 |
21.8 |
|
Institutions spécialisées |
1.2 |
1.6 |
1.3 |
|
Offres d’emploi, lettres et Internet |
7.5 |
9.4 |
8.1 |
|
Moukef (marché de l’emploi) |
9.3 |
1.5 |
6.8 |
|
Autre |
0.3 |
0.0 |
0.2 |
|
Total |
100 |
100 |
100 |
Source : Calculs de l’OCDE à partir de données fournies par les autorités.
L’évaluation quantitative du rapport qualité-prix de la plupart des programmes pour l’emploi actuels a été en grande partie négligée, à l’exception du programme Tahfiz, et ce en dépit du coût et du manque d’efficacité potentiels de certains programmes constatés dans d’autres pays. Il est nécessaire d’évaluer et de regrouper les programmes actifs du marché du travail actuels. Le programme Idmaj de subvention à l’emploi fait toutefois exception (Chatri et al., 2021) dans la mesure où l’on sait qu’il a considérablement diminué la probabilité de chômage, pour les femmes et les personnes âgées de moins de 24 ans (Chatri et al., 2021). Il a toutefois également fait baisser les salaires et pourrait avoir allongé les heures de travail et réduit la couverture d’assurance sociale des 25-34 ans. Aucune information n’a été publiée concernant les effets sur les revenus (par opposition aux salaires) ni sur le rapport coût-efficacité. L’évaluation recommandait d’écourter la durée maximum des contrats, d’assurer une formation complémentaire à l’employabilité et de fixer des plafonds salariaux différenciés servant de base pour les exonérations d’impôt et de charges sociales afin de contrer le biais observé chez les employeurs en faveur des bas salaires.
Le système éducatif et scolaire marocain a enregistré des résultats relativement faibles en comparaison internationale. Des améliorations ont toutefois été observées sur les dix dernières années et des réformes sont engagées pour améliorer la qualité de l’éducation. La scolarisation est obligatoire entre six et quinze ans, mais le taux de décrochage reste élevé malgré d’importants progrès. Le taux net de scolarisation dans le primaire, désormais proche de 100 %, représente une amélioration considérable en dix ans. Dans le secondaire, la part d’élèves qui abandonnent leur scolarité est estimée entre 7 et 10 %, soit une amélioration par rapport aux 12 à 14 % constatés en 2015. Les taux actuels d’abandon n’en sont cependant pas moins préoccupants (Graphique 3.9). Le décrochage scolaire est lié à la fois au fait que les élèves sont poussés à travailler et aux difficultés rencontrées dans le système éducatif : y compris le taux excessif de redoublement, la mauvaise qualité des établissements d’enseignement secondaire, surtout dans les zones rurales (Maghnouj et al, 2018). Les filles sont parfois obligées d’aider aux tâches ménagères, interdites d’école par un membre de la famille. Des problèmes fondamentaux de coût et de transport, notamment dans les zones isolées et montagneuses, interviennent également.
Les jeunes arrêtent encore leurs études tôt, mais la situation s’est considérablement améliorée. Environ deux tiers d’entre eux achèvent le premier cycle de l’enseignement secondaire, une proportion qui se rapproche de celle enregistrée dans quelques autres pays de la région MENA, mais nettement inférieure à la norme dans les pays de l’OCDE (Graphique 3.10). Environ la moitié seulement des jeunes obtiennent un diplôme de l’enseignement supérieur, ce qui représente toutefois une amélioration par rapport aux 38 % constatés en 2010. L’écart entre les genres demeure béant : 30 % de filles seulement parviennent à ce niveau, contre 45 % de garçons. La part d’enfants de quatre et cinq ans préscolarisés a presque atteint 80 % en 2023 alors qu’elle ne dépassait pas les 50 % en 2018.
Part du groupe d’âge concerné ayant achevé le premier cycle de l’enseignement secondaire en 2022 ou la dernière année connue
Note : Le taux peut dépasser 100 % pour plusieurs raisons. Par exemple, « le numérateur peut inclure des inscrits tardifs ou des enfants plus âgés ayant redoublé une année ou plus du premier cycle de l’enseignement secondaire, ainsi que des élèves scolarisés tôt. Le dénominateur est le nombre d’enfants à l’âge de l’entrée dans la dernière année du premier cycle de l’enseignement secondaire ».
Source : Banque mondiale.
Les difficultés dans le domaine éducatif sont amplifiées par le patrimoine linguistique complexe du Maroc (World Education News and Reviews, 2022). La population arabe est confrontée au besoin d’apprendre à la fois l’arabe standard moderne et le darija parlé. Un autre groupe de taille non négligeable parle à la maison l’amazighe, qui est désormais une langue officielle. Celle-ci est progressivement ajoutée au programme d’enseignement primaire avec un budget d’un milliard d’euros sur les trois années à venir (Gouvernement du Maroc, 2024). Le français est la langue la plus utilisée dans l’enseignement supérieur, et même avant pour les matières scientifiques. L’anglais est désormais enseigné dès la première année du secondaire dans l’enseignement public, soit deux ans plus tôt qu’auparavant, mais dès le primaire dans bon nombre d’établissements privés.
Les retombées de l’enseignement mesurées par les scores aux tests sont faibles par rapport aux autres pays qui ont participé au PISA 2022. Les résultats indiquent que les élèves marocains de 15 ans étaient soit les moins performants de tous (en lecture) soit plus performants que ceux des Philippines seulement (sciences) ou des Philippines et de la Jordanie (mathématiques) (Graphique 3.11). Comme dans d’autres pays, les résultats se sont détériorés dans les trois matières sous l’effet des perturbations causées par le COVID‑19, entre autres. Cette détérioration témoigne également du fait que les jeunes Marocains de milieux marginalisés étaient plus nombreux à passer le test en 2022 qu’en 2018, sans changement dans la performance des élèves des autres catégories en 2018 (OECD, 2023b).
Source : Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves (PISA), Évaluations en compréhension de l’écrit, en culture mathématique et en culture scientifique 2022.
La situation socioéconomique influe beaucoup et de plus en plus sur les trajectoires scolaires, comme dans de nombreux autres pays. L’égalité des chances en est ainsi limitée et les talents des élèves issus de milieux moins privilégiés risquent d’être sous-exploités. Une situation socioéconomique élevée (deux quintiles supérieurs de la répartition des revenus) influe fortement sur les retombées individuelles, y compris le taux d’inscription dans le préprimaire, les niveaux de formation atteints et les taux de diplômés, ainsi que sur les scores au PISA (Graphique 3.12). Le système devient de plus en plus dualiste et l’enseignement privé gagne du terrain. Entre 2010 et 2021, la part d’écoles privées dans l’ensemble des établissements scolaires est passée de 33 % à 44 % ; une progression qui pourrait traduire une certaine préoccupation vis-à-vis du système public, principalement de la part des familles aisées. Or, même les parents à faible revenu cherchent à scolariser leurs enfants dans le privé.
1. Les quintiles internationaux correspondent à l’Indice PISA de statut économique, social et culturel dans l’ensemble des pays et des économies.
Source : Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves (PISA), Évaluations en compréhension de l’écrit, en culture mathématique et en culture scientifique 2022.
Le système scolaire s’est heurté à un certain nombre de défis. Premièrement, les données du PISA 2018 montrent que le Maroc est assez peu performant en ce qui concerne l’accompagnement des élèves par les enseignants dans les cours de langue d’instruction (55e sur 75) (OECD, 2019c). Les résultats de l’apprentissage font apparaître une qualité inégale de l’enseignement et des méthodes d’enseignement dépassées. Deuxièmement, l’absentéisme enseignant reste un problème important: il comptait pour 7.5 % du temps d’enseignement total il y a dix ans (Maghnouj et al., 2018) et le PISA 2018 le qualifie de problème grave pour 35 % de l’ensemble des élèves. Le recrutement d’enseignants pour les établissements ruraux et le contrôle de leur présence sont particulièrement problématiques. Troisièmement, l’infrastructure scolaire est inadéquate et dans un état avancé de détérioration, qu’il s’agisse du bâti ou du matériel, notamment dans les régions périphériques. Quatrièmement, la redevabilité fait défaut et les responsabilités ne sont pas clairement définies dans l’ensemble du système éducatif (Maghnouj, 2018), même si l’on constate quelques progrès dans certaines autorités régionales d’éducation et de formation individuelles (AREF) plus ou moins capables. L’administration centrale a souvent voté des réformes utiles, mais celles-ci n’ont pas toujours été mises en œuvre. Certaines AREF plus capables redoublent d’efforts et adoptent les changements, d’autres non, et l’information est mal partagée. Bon nombre de micromesures ont été mises à l’essai (souvent financées par l’aide extérieure), mais n’ont pas été bien évaluées et celles qui ont donné de bons résultats n’ont pas été élargies.
L’État a augmenté les dépenses d’éducation en part du PIB, les portant à 5.8 % en 2022 par rapport à 4.7 % en 2017, soit au-dessus de la majorité des pays de comparaison et de la moyenne de l’OCDE (4.3 %). Cela permettra d’augmenter l’investissement dans l’infrastructure scolaire et de réformer le recrutement, la formation et la rémunération des enseignants. Les ressources ne semblent plus être le principal obstacle à de meilleurs résultats, constat qui cadre avec les données internationales indiquant que les résultats aux épreuves normalisées au Maroc sont inférieurs à ceux d’autres pays dont les dépenses d’éducation primaire en part du PIB par habitant sont comparables (OECD, 2017).
D’importantes réformes sont en cours dans le cadre de la mise en œuvre d’une feuille de route pour améliorer les résultats scolaires sur la période 2022-26. Celle-ci porte principalement sur l’enseignement primaire, avec la création de 626 « écoles pionnières » (322 000 élèves) appliquant de nouvelles méthodes d’enseignement et de nouveaux principes organisationnels (Encadré 3.5). Les premiers résultats, en langue et en mathématiques, sont prometteurs (Gouvernement du Maroc, 2024). Les réformes dans le premier cycle du secondaire démarreront en 2026-27, à un rythme de 500 établissements par an.
Les autorités ont mis en place une feuille de route pour la réforme du système éducatif en 2022-26, axée sur le renforcement de l’enseignement des concepts fondamentaux (langues, mathématiques élémentaires), l’accès aux activités hors programme et la réduction du taux d’abandon scolaire.
Ces objectifs stratégiques seront poursuivis au moyen de programmes déployés de manière progressive : élargissement de l’éducation publique pour les jeunes enfants ; réforme de la formation et des carrières des enseignants ; réforme des méthodes d’enseignement, notamment l’actualisation des manuels scolaires ; système de certification pour les établissements qui participent volontairement aux programmes de réforme et qui obtiennent de bons résultats d’évaluation.
La création d’« écoles pionnières », engagée dans l’enseignement primaire en 2023-24, est un élément clé de la mise en œuvre de la feuille de route. Au total, 626 établissements se sont portés volontaires, soit environ 9 % de l’ensemble des écoles primaires. L’objectif déclaré par les autorités est de parvenir à une couverture quasi universelle des établissements primaires d’ici l’année scolaire 2026-27.
Le modèle d’école pionnière est fondé sur les principes suivants : renforcement de la formation des enseignants ; révision des méthodes d’enseignement, notamment par l’adoption de la méthode Teaching at the Right Level (TARL) qui enseigne les concepts fondamentaux jusqu’à ce qu’ils soient maîtrisés par les élèves avant de passer au concept suivant ; accompagnement individuel des élèves en difficulté ; fourniture d’outils pédagogiques numériques ; incitations financières pour encourager les enseignants et les établissements à obtenir une certification de qualité.
Le projet d’école pionnière sera indépendamment évalué à la fin de l’année scolaire 2023-24 par le centre de recherche J-PAL affilié au Massachussetts Institute of Technology. Les autorités certifieront les écoles pionnières de haute qualité en fonction de cette évaluation. L’évaluation permettra d’adopter des méthodes pédagogiques éprouvées (Maghnouj et al., 2018) et la certification de la qualité des établissements renforcera la redevabilité. Il a été démontré qu’une redevabilité accrue, surtout dans les écoles des quartiers pauvres, débouche sur de meilleurs résultats (Conseil Supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche scientifique, 2021).
Limiter les redoublements permettrait de réduire le taux de décrochage scolaire. Ils pourraient être remplacés par un accompagnement plus intensif des élèves en difficulté. Le taux de redoublement a baissé en dix ans dans le deuxième cycle du secondaire, où il est retombé à 13 %, mais il demeure élevé dans le primaire et le premier cycle du secondaire (Elasraoui and El Omani, 2022). Les pouvoirs publics admettent que les redoublements excessifs devraient être évités, au moins pendant les premières années de scolarité, car les scores des redoublants au Programme national d’évaluation des acquis (PNEA) 2016 étaient pires dans presque toutes les matières (Conseil Supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche scientifique, 2017). Le redoublement est bien plus courant au Maroc que dans d’autres pays de la région MENA – notamment l’Égypte, où le redoublement est rare – selon l’Institut de statistique de l’UNESCO. Ce sont 63.4 % des enfants du quartile inférieur de revenus qui redoublent, à comparer à 26.6 % de ceux du quartile supérieur (ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, 2023). Remplacer le redoublement par un soutien pédagogique pour les élèves en retard, comme l’envisagent les écoles pionnières, serait une meilleure solution. Le redoublement pourrait être limité aux cas exceptionnels et exiger que des ressources soient allouées à ce travail précieux.
Le taux de décrochage scolaire doit être réduit pour faire augmenter le niveau moyen. Le dispositif de transferts monétaires conditionnels Tayssir est doté d’un budget de quatre milliards de dirhams (aux alentours de 0.3% du PIB) pour aider les familles à maintenir la scolarité de deux millions d’élèves, et les veuves bénéficient d’une aide financière supplémentaire pour que leurs enfants puissent également continuer d’être scolarisés. Mis à l’essai en 2008, puis élargi en 2013, il a permis de réduire le taux de décrochage dans le primaire d’un tiers, en particulier pour les filles. Il a également augmenté le taux d’inscriptions de filles dans le premier cycle du secondaire (Gazeaud and Ricard, 2021). L’accent mis par les écoles pionnières sur la méthode TARL et l’accompagnement individuel des élèves en difficulté (voir Encadré 3.5) est un pas dans la bonne direction, et l’effet sur le taux de décrochage devrait être surveillé de près. L’élargissement du modèle d’école pionnière aux établissements du premier cycle du secondaire à partir de 2024-25 prévoit un certain nombre de mesures prometteuses qui devraient être pleinement mises en œuvre, dont des cours de rattrapage de 4 à 8 semaines au début de l’année scolaire pour résorber les écarts de connaissances, et l’accompagnement individuel des élèves en difficulté tout au long de l’année scolaire. Une attention particulière devrait être accordée aux filles, notamment en sensibilisant les élèves et leurs familles à l’importance de l’éducation, et en réduisant les stéréotypes de genre dans les supports pédagogiques. En dernier recours pour les élèves qui abandonnent, les « écoles de la deuxième chance » visant à équiper ces décrocheurs de compétences recherchées sur le marché du travail, y compris de compétences non techniques, peuvent venir en complément des mesures préventives. Il faut toutefois chercher avant tout à maintenir les jeunes dans le système scolaire ou à les y ramener une fois qu’ils ont décroché.
Dans le but d’améliorer la qualité de l’enseignement, les salaires ont été fortement augmentés et les qualifications et normes de formation pédagogique relevées. Cinq ans d’études et de formation post-secondaires sont désormais exigés. La démotivation des enseignants est illustrée par leur niveau de satisfaction à l’égard de leur emploi, nettement inférieur à la moyenne de l’OCDE dans les résultats du PISA 2018 (ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, 2023) et par le fait que près de la moitié de tous les enseignants souhaitaient changer d’établissement (Conseil Supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche scientifique, 2021). Dans le contexte des grèves prolongées connues pendant l’année scolaire 2023-24, un accord a été conclu avec les cinq plus grands syndicats à la fin de 2023. Le nouveau statut unifié des enseignants donne aux personnes récemment recrutées le statut de fonctionnaires, avec droit aux mêmes avantages ainsi qu’à une augmentation salariale allant de 1 500 dirhams (environs 150 USD) net en moyenne par mois pour les enseignants en début de carrière, à 5 100 dirhams en moyenne pour les enseignants en fin de parcours (environ 30 %), en plus d’une amélioration au niveau du nombre d’heures de travail.
Les incitations visant à améliorer la qualité de l’enseignement pourraient être encore renforcées en reliant la rémunération à la performance. Le statut unifié des enseignants adopté à la fin de 2023 prévoit le développement des bilans d’évaluation professionnelle fondés sur des critères mesurables, dont la participation aux formations et le respect des règles professionnelles. Il faudrait ensuite faire en sorte que le salaire et la progression de carrière soient en grande partie déterminés au mérite plutôt qu’à l’ancienneté. La réduction du poids de l’ancienneté dans la progression salariale et l’augmentation du poids à la fois de la qualité de l’enseignement et de la prise en charge de tâches hors enseignement, comme le prévoit le nouveau statut unifié des enseignants, sont des mesures positives qui devraient être pleinement appliquées. De plus fortes incitations financières et professionnelles pour les enseignants qui acceptent des postes dans les quartiers pauvres ou les régions isolées pourraient contribuer à une amélioration de la qualité de l’enseignement là où le besoin est le plus criant tout en assurant l’avancement professionnel des enseignants les plus mobilisés.
Il faut améliorer l’attractivité de l’enseignement secondaire professionnel, comme le prévoit la feuille de route pour 2022-26, notamment en créant des passerelles entre les diplômes professionnels de l’enseignement secondaire et l’accès à l’enseignement supérieur. Un manque criant de services d’orientation professionnelle des élèves déséquilibre l’offre et la demande de compétences. Au deuxième cycle de l’enseignement secondaire, 15 % seulement des élèves en 2019-20 ont choisi des filières professionnelles alors qu’ils sont trop nombreux à choisir des études universitaires dans des domaines peu recherchés pour l’emploi dans le secteur privé (notamment les lettres et le droit, l’économie et les sciences sociales) (Lopez-Acevedo et al., 2021a). L’État a commencé à former des experts pour renforcer l’offre d’orientation professionnelle dès le premier cycle de l’enseignement secondaire. Il devrait également intensifier l’accompagnement des élèves défavorisés, par exemple en facilitant les liens entre ces élèves et des professionnels dans leur domaine de prédilection (OECD, 2024e). L’État a également décidé d’augmenter le nombre de passerelles entre les cursus de manière à permettre aux élèves de changer de cursus s’ils se heurtent à des obstacles ou si leurs intérêts changent. De telles mesures pourraient améliorer l’intérêt et l’attractivité de l’enseignement secondaire professionnel, ce qui aurait pour autre avantage de maintenir dans le système éducatif les élèves qui risquent le plus de décrocher.
Le taux relativement faible d’activité des femmes sur le marché du travail témoigne d’une offre publique limitée de garde d’enfant, mais aussi de normes socioculturelles et de discriminations. En 2016, une enquête du HCP révélait que, de l’avis de plus de 60 % des personnes interrogées, la priorité devrait être donnée aux hommes en matière d’emploi et les mères qui travaillent peuvent négliger l’éducation de leurs enfants (HCP, 2024b). Selon une enquête menée il y a presque dix ans, environ la moitié des Marocaines disaient être interdites de travailler par leur famille et bon nombre d’entre elles déclaraient manquer de compétences adéquates (Morikawa, 2015). Bien que l’écart de niveau de formation entre les genres se soit résorbé en quelques années (OECD, 2024f), beaucoup moins de femmes que d’hommes de 15 à 24 ans sont dans le système éducatif (HCP, 2024b). L’Indice Institutions sociales et égalité des genres (SIGI) de l’OCDE fait apparaître que le marché du travail marocain est plus discriminatoire dans l’ensemble que celui de la plupart des autres pays, notamment les pays de l’OCDE, mais moins que celui de la plupart des pays de la région MENA (OECD, 2024 forthcoming) et que la situation s’est améliorée dans l’ensemble depuis 2019 (Tableau 3.4). Le Maroc est cependant moins bien placé dans le domaine économique. Les femmes occupées à temps plein sont rémunérées 16 % de moins que leurs homologues masculins (HCP, 2023a).
|
SIGI global 2023 |
Dont : Accès aux biens productifs et financiers |
|
|---|---|---|
|
Maroc |
49.3 |
42.6 |
|
(p.m.) Maroc 2019 |
50.8 |
37.8 |
|
G7 |
||
|
Égypte |
56.1 |
45.8 |
|
Jordanie |
58.5 |
33.6 |
|
Liban |
57.1 |
38.8 |
|
Tunisie |
46.5 |
36.3 |
|
Türkiye |
24.0 |
29.8 |
|
MENA |
56 |
39 |
|
OCDE |
15.3 |
12.7 |
|
Monde |
29.2 |
27.1 |
Note : Mesure de 0 à 100. Les valeurs plus élevées indiquent de plus fortes discriminations.
Source : OCDE (2023), Rapport mondial 2023 « Institutions sociales et égalité des genres » (SIGI).
Le gouvernement a récemment lancé le troisième programme de promotion de l'inclusion économique des femmes, qui prévoit des congés de maternité et des prestations importantes. Au Maroc, les mères qui travaillent dans le secteur formel ont droit à un congé de maternité rémunéré jusqu’à 14 semaines, soit l’un des plus généreux de la région MENA (Hatayama, 2021). Dans le secteur privé, la rémunération pendant le congé de maternité est relativement basse, à deux tiers seulement du salaire normal (OECD, 2017, Vol. 2). Les mères qui exercent un emploi informel n’ont pas droit à cette allocation. Les données factuelles en provenance de Jordanie, pays qui a récemment mis en œuvre un régime d’assurance maternité, confirment qu’une telle prestation fait augmenter le taux d’activité des femmes (ILO, 2021a), mais que le problème des remplacements reste à résoudre (au moins pour les travailleuses qualifiées). Les femmes assurent également une grande part de l’aide aux parents âgés, domaine dans lequel le marché propose peu d’options.
Il faut davantage aider les femmes à concilier responsabilités familiales et travail, mais aussi encourager un partage plus égal du travail domestique non rémunéré avec les hommes. Les femmes doivent répartir leur temps entre une multitude de responsabilités : selon l’ONU Femmes, les femmes et les filles à partir de 15 ans consacrent 20.8 % de leur temps à s’occuper des enfants et des personnes âgées, en plus des tâches ménagères, contre 3 % pour les hommes. Ce rapport de 7 est supérieur à la moyenne de 5.9 dans la région MENA (OECD, 2024 forthcoming). Des mesures pour faciliter un meilleur équilibre entre les options de travail des femmes et leurs responsabilités financières seraient les bienvenues. Selon le Gros plan sur l’égalité des sexes 2023 publié par l’ONU, les Marocaines consacrent en moyenne 2.8 heures par jour de plus que les hommes aux tâches ménagères (cuisine et ménage), malgré l’allègement des corvées et le temps gagné grâce aux appareils ménagers. Les femmes bénéficieraient aussi grandement de la possibilité de sous-traiter les tâches ménagères. La disponibilité de services d’éducation et d’accueil de la petite enfance (EAJE) de qualité et d’un prix abordable est essentielle. Il ressort des données factuelles de l’OCDE que de meilleures structures de garderie d’enfants réduisent les contre-incitations à l’activité des femmes et les pénalités de rémunération liées à la maternité (OECD, 2024b). Le Maroc a réalisé d’importants progrès au regard de la préscolarisation des enfants de plus de 4 ans. L’élargissement de l’enseignement préprimaire public aux enfants de moins de 4 ans améliorerait encore les incitations à l’activité des femmes et aurait des effets positifs sur le développement des enfants et l'inclusion sociale.
L’amélioration de l’accès aux transports et de l’inclusion financière des femmes est nécessaire, en particulier dans les zones rurales isolées. Des initiatives de transport innovantes, comme les options de transport réservées aux femmes – qui existent au Brésil, en Égypte, en Inde, au Japon et au Mexique – pourraient être encouragées par les autorités locales et nationales. D’autres initiatives sont aussi prometteuses, dont la création d’applications mobiles qui informent en temps réel sur les horaires, les itinéraires et les dispositifs de sécurité des transports en commun, ou encore les systèmes d’alarme ou les applications dans les systèmes de transport permettant aux femmes de signaler rapidement les incidents ou les situations de harcèlement. D’une manière plus générale, les perspectives de genre devraient être intégrées à tous les stades de l’élaboration, de la planification et de la mise en œuvre des politiques de transport. L’amélioration de l’inclusion financière pourrait donner aux femmes qui travaillent les moyens de prendre elles-mêmes leurs décisions de consommation et d’épargne sur leurs revenus potentiels. Il pourrait être envisagé de concevoir des produits d’épargne, d’assurance et de placement adaptés spécifiquement aux besoins des femmes, mais aussi d’améliorer la culture financière, notamment en intégrant l’éducation financière dans le programme scolaire pour développer des compétences en la matière dès un jeune âge. Afin de remédier au problème des discriminations sexistes, un effort plus concerté d’élimination des pratiques d’embauche discriminatoires s’impose, par l’adoption de pratiques indifférenciées selon le genre et, de manière plus radicale, par la discrimination positive sous la forme de quotas aux postes de responsabilité dans les secteurs clés, à l’instar des mesures prises pour les conseils d’administration.
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PRINCIPALES CONCLUSIONS |
RECOMMANDATIONS (LES PRINCIPALES RECOMMANDATIONS SONT EN GRAS) |
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Le taux d’emploi informel est excessif |
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Un ambitieux chantier d’extension de la protection sociale est en cours, mais l’activité informelle demeure répandue et enferme un grand nombre de personnes dans des emplois de mauvaise qualité. |
Mettre en œuvre les réformes de la protection sociale en cours et réduire en même temps le taux des cotisations patronales sur les bas salaires. Renforcer les mesures de contrôle du paiement des cotisations sociales, et augmenter le nombre d’inspecteurs du travail. Créer un nouveau service public de médiation pour la prise en charge des conflits. Créer un modèle de contrat de travail type simple. |
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La rigidité de la protection de l’emploi fait peser une lourde charge sur les employeurs, réduit la demande de main-d’œuvre et stimule l’activité informelle. |
Assouplir les contrats de travail permanent et temporaire. |
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Le chômage des jeunes est élevé |
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Le chômage est élevé, surtout chez les jeunes, et bon nombre de jeunes chômeurs sont sortis du système d’éducation et de formation. |
Tenir compte de l'impact négatif sur les incitations à la formalisation lors de la fixation du salaire minimum dans le secteur formel. Consolider les nombreux programmes actifs du marché du travail (PAMT), renforcer les mesures d’activation et le rôle de l’agence de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC). Inscrire systématiquement auprès de l’agence de promotion de l’emploi les chômeurs demandant l’assurance maladie. Envisager de rapprocher l’agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) et l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) afin de consolider les programmes pour l’emploi. Offrir des possibilités de formation intensive à tous les jeunes. |
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L’amélioration des systèmes d’enseignement et de formation est nécessaire |
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Les résultats aux épreuves normalisées sont relativement faibles, les élèves sont encore nombreux à abandonner tôt leur scolarité et le redoublement est fréquent. Une grande réforme de l’école est engagée. |
Mettre en œuvre la réforme de l’école en cours et remplacer le redoublement par un accompagnement complémentaire des élèves en difficulté. Relier la rémunération à des indicateurs de performance, y compris à un indicateur de l’absentéisme, et proposer des primes pour la prise en charge de responsabilités supplémentaires. Continuer de promouvoir l’adoption de méthodes d’enseignement éprouvées pour adapter l’enseignement aux besoins des élèves. Améliorer l’orientation professionnelle à tous les niveaux en faisant appel à des experts formés en la matière et à même d’obtenir des informations de meilleure qualité sur les secteurs les plus prometteurs. |
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Le taux d’activité des femmes est faible |
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Les femmes sont confrontées à un certain nombre de défis sur le marché du travail et leur taux d’activité est faible. Le programme préscolaire national proposant un accueil gratuit des enfants est généralisé à partir de 4 ans. |
Intensifier les initiatives visant à renforcer l'intégration des femmes sur le marché du travail, notamment en améliorant l'accès au financement, en réduisant les discriminations et en luttant contre les stéréotypes liés au genre. Améliorer la disponibilité de la garde d’enfants gratuite et l’étendre aux enfants en bas âge pour les femmes qui travaillent. |
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